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ARMEE ALGERIENNE : ARBITRE OU RECOURS ?

Avr 06, 2019
ARMEE ALGERIENNE : ARBITRE OU RECOURS ?

Cela fait plusieurs semaines que les grandes villes d’Algérie sont le théâtre de manifestations monstres contre le pouvoir politique en place depuis vingt ans à Alger.

Cette période a fait l’effet d’un roman feuilleton aux multiples rebondissements. Dans un premier temps, l’armée, premier pilier du régime à soutenu Abdelaziz Bouteflika puis, sentant l’opposition grandissante monter dans le pays, a pris ses distances avec un chef d’Etat moribond. Elle a obligé celui-ci à renoncer à l’exercice d’un cinquième mandat présidentiel et Bouteflika a alors annoncé, sous la pression de la foule, qu’il quitterait le pouvoir après avoir prolongé son mandat, prévu se terminer le 27 avril, jusqu’à la fin de l’année. Prétexte invoqué : la promulgation d’une nouvelle constitution. Une véritable pantalonnade et une décision considérée par la foule qui grondait dans les rues de la capitale comme une « mascarade », une « insulte au peuple algérien », une « provocation supplémentaire ».

Quatorze millions de personnes dans la rue

Il faut se souvenir qu’au plus fort de la contestation ce sont près de quatorze millions d’algériens, dont une majorité de jeunes, qui ont participé aux marches à travers le pays. Face à des manifestations d’une telle ampleur l’armée ne pouvait rester silencieuse et par la voix de son chef d’Etat-Major, le général Gaïd Salah « la grande muette » a finalement appelé à l’empêchement de Bouteflika évitant que les manifestants ne fassent d’elle une complice du pouvoir et qu’elle soit emportée dans la tourmente populaire. Et le 2 avril dernier la démission de celui-ci était annoncée avec la perspective de l’organisation d’une élection présidentielle dans les 90 jours.

« Ils ont des millions, nous sommes des millions »

Exigeant une plus grande démocratie, une société moins corrompue avec des slogans du genre : « Ils ont des millions, nous sommes des millions » ou « C’est une République, pas un royaume » les algériens ont finalement obtenu gain de cause. Le départ de Bouteflika a été acté après que le chef d’Etat-Major l’ait exhorté à quitter immédiatement le pouvoir. Il est des amitiés qui ne résistent pas aux épreuves du temps et les fidèles de la veille peuvent compter parmi les plus hostiles le lendemain. Les retournements de veste sont d’autant plus violents lorsqu’il s’agit d’uniformes. Le vieux chef pourra méditer sur cette leçon dans sa propriété, où il va se réfugier et vivre les derniers moments de sa vie, au terme d’un pouvoir absolu qui aura duré vingt ans. Piteusement, il aura même demandé pardon au peuple des erreurs commises sous son règne. L’histoire est pleine de ces puissants qu’on disait indéboulonnables dont la vindicte populaire a eu finalement raison.

Un Etat dans l’Etat

La question qui se pose maintenant est la suivante : l’armée algérienne, considérée comme un Etat dans l’Etat, va-t-elle se contenter d’arbitrer le débat démocratique en cours ou va-t-elle s’imposer comme un recours face à d’éventuels désordres, ou le risque d’un danger islamiste ? Personne en Algérie ne veut voir resurgir le spectre de la guerre civile qui a endeuillé le pays de 1992 à 1999 et a fait une centaine de milliers de morts. Garantir une transition propre à sortir l’Algérie de l’impasse actuelle - en faisant respecter la volonté du peuple, qui selon l’art. 7 de la constitution est « la source de tout pouvoir, la souveraineté nationale » - telle devrait être la mission de l’armée dans les semaines et mois à venir.

A moins qu’elle ne décide de sortir de ses casernes et de suppléer à la vacance du pouvoir, la nature ayant horreur du vide.

Jean-Yves Duval

Dernière modification le samedi, 06 avril 2019 11:34

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