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Cornel WEST, un Professeur Noir américain influent à connaître-ou le pragmatisme prophétique.

Fév 22, 2017
Cornel WEST, un Professeur Noir américain influent à connaître-ou le pragmatisme prophétique.

 

Cornel WEST, un Professeur Noir américain influent à connaître-ou le pragmatisme prophétique.


Une présentation trouvée ici et là

Cornel Ronald West, né à Tulsa le 2 juin 1953, est un philosophe et spécialiste des religions américain. Après avoir enseigné à l'université Harvard, il est professeur de religion et d'histoire sur les Noirs américains à l'université de Princeton

Professeur de philosophie et rappeur, Cornel West : L'audace de la critique

Jeudi 16 Avril 2009

Avec son style inimitable d'Afro qui refuse de se blanchir, Cornel West, l'auteur de Race Matters (La race, ça compte)(1993), soulève les foules partout où il passe. Il n'a pas de perruque et ne se défrise pas les cheveux. Il n'a pas grossi. C'est un provocateur de l'envergure de Noam Chomsky mais quand il parle il déborde d'énergie physique : c'est un tonnerre qui parle avec tout son corps. Il a l'habitude de s'habiller d'un austère costume noir sur lequel il tire par un tic qui annonce une conclusion en forme de question.

AUTEUR: Jorge MAJFUD
Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice

Contrairement à Noam Chomsky, West unit le rythme et la passion prosélyte du pasteur usaméricain avec la protestation aiguë du militant. Il est ce que l'on appelle un « professeur étoile », un genre presque inconnu en Amérique latine et qui dans les amphis bondés d'Europe et des USA fait de l'ombre aux étoiles de Hollywood ou de la NBA (National Baseball association). Frantz Fanon a été un autre philosophe noir qui a laissé une trace indélébile dans la pensée de la seconde moitié du XXe siècle, reconnu par Jean-Paul Sartre et pratiqué par Ernesto Che Guevara et Paulo Freire en Amérique latine. Mais le psychiatre caribéen-algérien, auteur de l'essai post-colonialiste, écrit trop tôt, Peau noire, masques blancs (1952) n'a pas reçu de son vivant la considération que les universités usaméricaines lui reconnaissent aujourd'hui, mais plutôt persécution, discrédit et, par moments, un oubli injuste. Quand ce n'était pas la moquerie propagandiste de la droite latino-américaine.
Comme Friedrich Nietzsche, Cornel West est professeur et philosophe de combat. Comme Nietzsche, il combine avec ses intérêts et ses convictions la pensée et la musique. Mais West est un rebelle chrétien. Si avec Nietzsche la parole est le pouvoir, avec West elle est justice, « la forme que prend l'amour en public ».

Loin de la définition nietzschéenne du christianisme traditionnel et loin également de la théologie de l'humiliation de tradition européenne, avec West le christianisme reprend les valeurs qu'il a dû avoir avant Constantin1.


Dans son dernier livre, Hope On à Tightrope (L'espoir sur la corde raide), West nous revient avec un style peu académique. Mais ce style facile à et élégant, plus proche de Kahlil Gibran que d'Edward Said, sans concepts compliqués, a les vertus de la communication populaire. Il n'y a presque pas de personnage historique qui ne soit pas facilement reconnu par des lecteurs non spécialisés. Parmi leurs pages, Napoléon et tant d'autres cessent d'être des grands sans le critère militaire qui a écrit l'histoire pour les textes de l'éducation primaire. « L'Occident parle de Churchill comme d'un grand - note West-. Il croyait que les Noirs étaient des sous-hommes. Il était avec Mussolini. Il a été grand en résistant aux nazis pour l'Empire britannique. Je peux le lui reconnaître. [...] Mais n'allez pas penser que seulement parce que sa souffrance est au centre de sa discussion elle puisse dépasser la mienne » (167).


Son profil de chrétien devenu intellectuel critique et radical se résume dans la phrase qui nous rappelle, littéralement, mais sans Dieu, Che Guevara: « Toute résistance à l'injustice, qu'elle soit aux USA, en Égypte, à Cuba, en Arabie Saoudite, est une activité dirigée par Dieu, parce que l'indignation contre le traitement cruel de tout groupe de personnes est un écho de la voix divine pour tous ceux parmi nous qui pprennent la croix au sérieux » (169). Puis : « MLK [Martin Luther King] l'a clairement énoncé quand il a dit que le massacre criminel des Vietnamiens, et spécialement des enfants, est un signe de la brutalité américaine » (169). Trois jours avant son assassinat, MLK avait préparé un discours appelé « Pourquoi l'Amérique pourrait aller en enfer » (170). Mais l'absence de mémoire historique est un instrument de grande utilité. « En 1969 les Panthères Noires avaient l'habitude de lire en public quelques fragments de la déclaration d'indépendance. Et cela dérangeait les gens. Moi, j'ai écouté Huey Newton lire ceci quand il est sorti de prison. Les gens disaient, 'Quelle doctrine révolutionnaire est-il en train de nous lire maintenant ?' C'était la Déclaration d'Indépendance de Jefferson » (173).


En se référant au jazz, au blues et au hip-hop comme formes d'expression, à la fois échappatoires et de revendication des classes noires opprimées, aujourd'hui adoptés mondialement, West comprend que « aucune autre classe sociale aux USA ne peut se considérer créatrice de la plus importante force culturelle de la planète » (179). Ce qui est erroné si nous considérons que, Hollywood précisément et d'autres industries culturelles, conçues pour renforcer la suprématie qui est critiquée, la suprématie impériale, a été de fait la force culturelle la plus importante du monde, créé par la classe dominante usaméricaine.
En ce qui concerne les Amériques du Sud, West rappelle comment « les USA sont intervenus militairement en Amérique latine plus de cent fois durant les 162 dernières années. C'est très difficile pour un gouvernement de combattre le terrorisme avec la démocratie, alors qu'il a institutionnalisé des politiques militaristes qui ont souvent soutenu des régimes antidémocratiques quand il n'a pas hésité à renverser des régimes démocratiques. La 'sécurité nationale' est devenue plus qu'un terme élastique. Maintenant ils justifient l'agression impériale usaméricaine, les invasions préventives et les guerres au nom de la démocratie. Mais la tyrannie ne peut jamais être promue comme démocratie » (179).


D'autres aphorismes brefs et simples, des annotations en marge accompagnent le dernier livre de West qui fait allusion au titre et au slogan le plus connu d'un des amis de l'auteur, le président Barack Obama (The Audacity of Hope, 2006/L'audace de l'espoir). Mais lorsqu'il parle, West n'est pas condescendant avec son « frère » Obama. Tout au contraire. Il y a quelques jours, dans l'amphithéâtre de l'Université Lincoln, il a défini le problème d'une manière simple : il ne faut pas regarder s'il y a un noir au sommet mais combien de noirs il y a encore au sous-sol. Peut-être les universitaires s'ennuient-ils en lisant des phrases comme « seulement davantage de démocratie, peut améliorer la condition des victimes de la démocratie américaine ».


Mais le West à l'oral est bien plus persuasif que le West à l'écrit, ce qui est déjà beaucoup. Une fois, au cours d'une table ronde sur le 11 septembre, Bill Maher lui a demandé s'il croyait aux théories de la conspiration. West a répondu avec un style qui reflète son intelligence philosophe : « Non. Je sais que le monde est un endroit mystérieux. Je sais que des décisions sont prises généralement en secret. Mais je ne crois en aucune conspiration ».


Un étudiant lui a demandé pourquoi il enseignait dans l'élitiste Université de Princeton, Cornel West a répondu : nous pouvons tous faire quelque chose à partir de quelque lieu que l'on soit. Sans doute, cette voix est-elle davantage écoutée si elle vient de Princeton. Au moins pour les masses, la voix courageuse et lucide de Frantz Fanon est écoutée encore plus fort, étouffée pour un temps au milieu de la poudre d'Algérie, résonnant comme un murmure parmi les étagères des pharaoniques bibliothèques usaméricaines.

On peut entendre Cornel West rapper avec Clifton West et Mike Dailey [ Ils forment le groupe BLACK MEN WHO MEAN BUSINESS (BMWMB)] ici
Article original publié le 15/4/2009

Sur l'auteur
Esteban G. est rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste. Tous deux sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner l'auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7446&lg=fr

http://www.alterinfo.net/Professeur-de-philosophie-et-rappeur-Cornel-West-L-audace-de-la-critique_a31623.html

Cornel West, « prophète » afro-américain et penseur singulier


Notre chroniqueur nous invite à découvrir l'univers du professeur de philosophie de Princetown, grande figure intellectuelle méconnue de ce côté-ci de l'Atlantique.
Par Abdourahman Waberi (chroniqueur Le Monde Afrique) LE MONDE

Grand de taille, clair de teint, crinière afro, costume noir sur chemise blanche, gestes amples et verbe flamboyant. Qui se cache derrière ce portrait en forme d'esquisse ? En France, on donne sa langue au chat, mais, outre-Atlantique, c'est une autre affaire, car la devinette porte sur une grande figure intellectuelle et publique. Au bout de quelques secondes, la réponse fuse : Cornel West, n'est-ce pas ? Pour saisir pleinement l'aura de ce penseur singulier, un détour par l'Histoire s'impose.
Historiquement, les populations noires arrachées au continent africain, asservies au cours de la traversée et transformées en bêtes de somme ont pourtant réussi à constituer des réserves symboliques, psychiques, morales et spirituelles d'une force et d'une profondeur inouïes. Malgré l'exploitation constante et l'oppression perpétuelle, les grandes voix issues de cette humanité-là, qu'elles soient religieuses, artistiques, politiques et ou philosophiques, ont mis leur énergie au service du combat pour les droits civiques de leurs congénères, mais également au service de tous les opprimés du monde.
Lire aussi : « Kemtiyu », le retour de Cheikh Anta Diop


Dans ces communautés que l'on dit diasporiques, des Caraïbes aux Etats-Unis, du Brésil à Cuba, les luttes dessinent un trajet laborieux et coûteux, mais aussi solaire, solidaire et intensément international. Luttes, résistance, floraisons artistiques, dispositions conviviales et trésors spirituels, voilà le terrain labouré hier par Martin Luther King, Malcolm X, W.E.B. Du Bois, John Coltrane, Nina Simone ou James Baldwin, pour ne citer que quelques illustres pionniers.


La sève prodigieuse du blues


Né en 1953 à Tulsa, en Oklahoma, d'une mère enseignante et d'un père employé d'une base militaire, le jeune Cornel fait des études brillantes, qu'il parachèvera à Harvard. Si toute sa carrière se déroule dans le gotha universitaire états-unien, l'homme se fond dans les masses opprimées et réclame la justice, l'égalité et la dignité en leur nom. Face à l'ignorance, il se fait pédagogue. Le petit-fils de prêcheur n'a jamais oublié la sève prodigieuse du blues. Pour lui, tout commence avec le blues qui symbolise la souffrance de l'esclave mais aussi son dépassement.
Cornel West reste fidèle à cette tradition de résistance et de résilience. Outre la musique et les arts, la religion et la philosophie sont les autres sources de son engagement dans la cité. Aux courants religieux noirs écartelés entre conservatisme, alliance avec le capitalisme et messianisme, il a emprunté la tradition prophétique et émancipatrice. « Le prophète dit la vérité et il en accepte les conséquences », martèle Cornel West. Avec un président noir à la Maison Blanche, beaucoup de militants noirs mettent de l'eau dans leur vin. Pas le professeur de philosophie et de combat qui n'épargne ni n'excuse Barack Obama pour ses manquements et autres reniements.


Après quatre décennies de bons services intellectuels, Cornel West vient de prendre sa retraite de l'université de Princeton, dans le New Jersey, mais c'est pour retourner à Harvard et y fomenter d'autres projets esthétiques, éthiques et politiques. Son étoile ne risque pas de pâlir à l'heure où Donald Trump s'apprête à endosser le costume du 45e président des Etats-Unis. A coup sûr, il redoublera d'énergie et de passion pour ne pas laisser le champ à ce qu'il a qualifié de « catastrophe néofasciste ». Méfiant à l'égard de la candidate démocrate Hillary Clinton, il apporte son soutien à Bernie Sanders dans l'élection primaire, avant de donner sa voix à la candidate écologique Jill Stein.


Une œuvre riche et protéiforme


C'est cet homme brillant, passionnant, généreux et tempétueux que le sociologue sénégalais Mahamadou Lamine Sagna nous présente dans un livre et met le lecteur en résonance avec les idées et la trajectoire du natif de Tulsa. Le sociologue ne fait pas mystère de son admiration pour l'auteur de Race Matters qu'il a fréquenté des années sur le campus de Princeton. Il comble aussi un trou immense. Disons-le, c'est un scandale que le lectorat francophone ne dispose que d'un seul livre, Tragicomique Amérique, sorti chez Payot en 2005. Car l'œuvre riche et protéiforme de Cornel West, qui compte une trentaine de titres, embrasse avec la même ferveur Platon, Socrate, les voix bibliques, les génies du blues, du jazz et du hip-hop.
Dans le concert des grandes voix afro-américaines, celles-là même qui ont donné au reste du monde et les armes miraculeuses pour faire reculer les assauts de la nuit et les motifs d'espérance, Cornel West joue sa propre partition. Capter ces notes et en analyser les multiples significations, voilà le pari tenu par le livre de Mahamadou Lamine Sagna. A quand un nouvel ouvrage du philosophe mélomane traduit en français ?


Cornel West, une pensée rebelle, de Mahamadou Lamine Sagna, éditions Karan, 2016 (208 pages, 18 euros).


Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l'actuelle République de Djibouti. Il vit entre Paris et les Etats-Unis, où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). Il est aujourd'hui professeur à George-Washington University. Auteur, entre autres, d'Aux Etats-Unis d'Afrique (éd. J.-C. Lattès, 2006), il a publié en 2015 La Divine Chanson (éd. Zulma).


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/07/cornel-west-prophete-afro-americain-et-penseur-singulier_5044930_3212.html

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