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Publié dans Opinions et Débats

LES SOCIETES CIVILES par Sam BA intellectuel sénégalo-français, élu local

Juil 15, 2016
LES SOCIETES CIVILES par Sam BA intellectuel sénégalo-français, élu local

 

La société civile est un concept utilisé comme entité jouant un rôle dans des réalités et enjeux politiques, économiques et sociaux des nations.

La société civile est souvent un acteur dans les relations de partenariat ou d'opposition avec l'Etat et le marché notamment dans les pays postcoloniaux où les vertus de la société civile étant exaltés, tandis qu'à l'inverse sont dénoncés de l'Etat ou ceux du marché.
Dans les pays dits développés, la société civile est utilisée comme contre pouvoir défendant les intérêts des populations.

Alors, il paraît intéressant d'analyser la signification théorique et les implications socio-politiques ou éventuellement idéologique de la notion de société civile., ainsi que celle de réseaux sociaux, deux notions d'une certaine façon dès fois complémentaires, dès fois concurrentes.

La notion de société civile est plutôt utilisée lorsque l'ensemble social est envisagé en tant que partenaire ou adversaire de l'Etat et du marché tandis que celle du réseaux l'est plutôt lorsque cet ensemble est envisagé du point de vue de sa structuration, de son fonctionnement et des formes de son articulation avec l'Etat et le marché.

Il est important de noter que le terme de société civile est presque toujours connoté positivement, dans la mesure où il renvoie à des images d'autonomie des acteurs sociaux par rapport à l'Etat, à des images de citoyenneté fondée sur la vie associative, de démocratie au quotidien alors qu'il est loin d'en être de même pour celui de réseaux, lequel fait références plutôt à des réalités peu apparentes, pour ne pas dire occultées et en définitive peu avouables.

C'est ainsi que dans les pays postcoloniaux, on fait appel aux vertus de la société civile et de ses organisations pour combattre les agissements des réseaux de la corruption ou de divers trafics illicites.
Mais paradoxalement dans d'autres circonstances, la société civile s'appuie sur des réseaux pour faire avancer ces luttes.

Ces deux notions des sciences sociales ont en commun de ne pas avoir de statut scientifique clairement défini.


La généralisation de leur emploi est frappée d'une très grande ambiguité sans doute pour occulter les contradictions dont elles sont porteuses.

Lorsqu'on analyse la littérature produite depuis une vingtaine d'années sur la société civile, l'on ne peut qu'être frappé par l'extrême diversité des significations données à ce terme :
Jusqu'au siècle des lumières, le concept de société civile désigne la société organisée politiquement et juridiquement à un niveau supérieur à celui de la communauté domestique, donc une société organisé au niveau de ce que l'on appelle maintenant l'Etat.

MARX et HEGEL considèrent la société civile comme la sphère des intérêts particuliers. Ils considèrent l'Etat et la société civile comme résultant de façon complémentaire d'un même phénomène historique c'est à dire la dissolution du système féodal.

Karl MARX considère que la société civile n'est pas le règne de la liberté mais au contraire celui de l'aliénation car selon lui la société civile est la société bourgeoise qui institut et légitime l'individualité, les intérêts privés.

Quant aux philosophes européens du 17eme et 18eme siècle envisagent la société civile comme étant coextensive à l'ordre politique. Cette conception de la société civile s'imprègne alors d'une idéologie aboutissant à considérer que seules méritent véritablement cette qualification de société civile, les sociétés qui mettent en œuvre les principes du libéralisme politique et économique. Principalement chez les théoriciens libéraux de la tradition anglo-saxonne, le secteur privé est regardé comme celui où s'exprime par excellence la société civile, puisque c'est celui où les individus peuvent librement s'échanger et s'associer. Et par conséquent, la fonction de l'Etat ne peut être que de protéger et favoriser le libre jeu des intérêts privés.

A partir des années soixante, le concept de société civile sera surtout utilisé dans les analyses du développement politique des pays du tiers monde.

Et l'on observe de façon générale dans ces pays en développement et notamment en Amérique Latine qu'il n'y a pas de différentiation clair, au contraire il y a une interpénétration entre l'Etat, le système politique et une société civile faiblement organisée.
Et toute la difficulté du développement est qu'il doit tendre, non pas à les séparer, mais d'une part à les renforcer et à développer leur autonomie, et d'autre part à les articuler étroitement. Alors, les acteurs de la société civile doivent maintenant jouer un rôle de plus en plus important dans ces pays.

Dans les années 80, se produit aussi un retournement intellectuel qui fait de la notion société civile une référence obligée des discours sur l'évolution du monde contemporain, et suivi de la multiplication d'initiatives individuelles et collectives de la société civile.


Selon les spécialiste, ce retournement de situation est dû à trois grands phénomènes :

- Le premier concerne les luttes menées en Europe centrale et orientale contre le totalitarisme soviétique à la fin des année 70 et dans le courant des années 80. La plupart des dissidents se réclamaient de la société civile considérée comme le domaine de la liberté individuelle et collective, par opposition au domaine oppresseur de l'Etat et du système politique. Leur lutte et leurs écrits ont eu un très grand échos à l'ouest d'autant plus qu'il était amplifié par le relais de l'église catholique, et la chute des régimes communistes y a été souvent interprétée comme le triomphe de la société civile.
- Le deuxième phénomène c'est que dans le même temps le tiers monde s'engageait également dans la voie de la démocratisation. Et l'on a assisté à l'échec sinon à la faillite d'Etats qui prétendaient prendre en charge la construction de la société et de la nation et conduire au développement. La crise économique d'un côté, la puissance du libéralisme et du fondamentalisme de l'autre côté ont fortement amputé la légitimité et la capacité d'actions de ces Etats.

- Enfin, le dernier événement, c'est que dans les pays de l'ouest, les pays occidentaux, l'Etat providence a perdu de son pouvoir et de son attrait, et l'on a mis de plus en plus en cause le faussé qui tendrait à s'élargir entre le système politique et l'ensemble des citoyens. Par ailleurs, la domination croissante du marché a suscité des appréhensions .

Ces trois phénomènes sont certes forts différents, mais ils paraissent avoir fondamentalement en commun l'affirmation de la société civile et de ses droits aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays postcoloniaux.

Si l'on considère que l'existence d'une société civile suppose qu'il y ait au préalable une différenciation de la société par rapport à la communauté c'est à dire la formation d'une sphère où des personnes individualisées ont la capacité de s'associer librement de diverses façons pour des objectifs relevant notamment du bien public, la question se pose alors de savoir s'il est possible d'appliquer ce concept est applicable à certains pays où priment les allégeances traditionnelles à des communautés locales, ethniques ou religieuses, ou à des autorités qui les représentent.

La crise de l'économie et de l'Etat, les inégalités et les précarités contemporaines ne peuvent que provoquer une crise de la société civile ou bien aggraver sa faiblesse, notamment parce que le marché et l'Etat sont dans une grande mesure incapable de répondre aux demandes sociales.
Des catégories entières de populations sont rejetés dans une exclusion qui est par nature incompatible avec la constitution d'une société civile.
Ces crises y compris dans les pays occidentaux ont sapé les mécanismes de mobilité sociale, rendu difficile à des groupes l'intégration à la ville, l'élévation de leur niveau d'éducation, l'amélioration de leur statut social, diminuant par le fait même leur capacité d'intervenir dans l'espace public.
Ceux qui se mobilisent dans les activités civiles doivent pour le faire disposer d'un minimun de ressources, qu'elle soit économique, sociopolitique ou culturelle.

La crise des économies, la globalisation et ses conséquences ainsi que la faiblesse des sociétés civiles paraissent avoir pour effet de susciter un repli sur des comportements et l'appel à la protection que peuvent procurer diverses appartenances communautaires ayant parfois des fonction de refuge, susciter aussi des comportements défensives où il s'agit de se protéger de la société globale plus que de la transformer, de s'en retrancher plus que de s'y intégrer.

La société civile est par nature indissociable de l'Etat et que son existence suppose donc que leur deux sphères soit coextensive, c'est à dire qu'elle s'étendent sur un même territoire , que ce territoire soit coextensif à une nation de façon que l'homogénéité culturelle des participants leur fasse partager les mêmes valeurs de civilité.

Alors que reste-t-il de la société civile à notre époque, ère de la mondialisation, où s'accentuent les précarités, le repli communautaire, le désespoir que l'action de l'Etat n'ait une quelconque influence sur la solution des problèmes rencontrés.

 

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Fatoulala CISSOKO Vendome 07/2016

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