Billet d’humeur

Inédit : Candidat à l’élection présidentielle depuis son cachot !

Il n’est pas fréquent de voir un homme politique déclarer sa candidature depuis la geôle d’un pénitencier. C’est pourtant ce qui vient de se passer au Sénégal, où Khalifa Sall, depuis la prison de Reubess, à Dakar, a annoncé officiellement son intention de briguer l’investiture présidentielle en février prochain. Cette décision n’a étonné personne, seul le lieu, une cellule, depuis lequel elle a été prise, a créé la surprise.

Loin des caméras de télévision et des micros

Pour ce type d’annonce on est en effet plus habitué à un plateau de télévision, une conférence de presse, un communiqué dans un journal, lors d’un débat public, etc.  Formulée depuis un mitard la chose est singulière et fera date dans les annales de la vie politique sénégalaise. De là, à créer une jurisprudence …

Procès politique ? 

Rappelons que l’ancien maire de la capitale est incarcéré depuis le mois de mars 2017 pour détournement de deniers publics et qu’il a interjeté appel devant la Cour. Les mauvaises langues diront qu’il a pu mettre à profit tout ce temps derrière les barreaux pour établir un programme alors qu’il clame toujours son innocence et crie au procès politique « avec une procédure à charge uniquement et un empressement pour hâter le procès et son issue ».

Snober la cour ?

Là, où les choses se compliquent c’est que l’intéressé refuse désormais de comparaître devant la Cour d’appel au motif qu’il s’estime condamné d’avance. Boycotter le procès n’est peut-être pas la meilleure stratégie car les juges n’apprécient guère la politique de la chaise vide, au motif notamment qu’ils ont mauvaise conscience à rendre un jugement en l’absence du justiciable. Les procès par contumace ne sont pas leur tasse de thé.

Le compte à rebours est lancé … à 7 mois des présidentielles

Si la condamnation de Khalifa Sall en première instance devait par la suite être confirmée par la Cour de cassation alors sa candidature serait juridiquement irrecevable. A sept mois de l’échéance électorale le temps lui est désormais compté, d’autant qu’on a rarement vu un candidat conduire une campagne depuis son cachot. Et de ce point de vue les cours de récréation d’une maison d’arrêt n’offrent pas la meilleure tribune pour influencer les électeurs à la veille d’un scrutin. 

1erround : Khalifa !

Pour l’heure, avec cette annonce théâtrale, Khalifa Sall a cependant remporté un round médiatique sur le ring judiciaire. Mais la bataille promet d’être encore longue et le risque d’un KO n’est pas exclu.

Le Directeur de la publication

Ichrono  

Coupe du Monde de football : Une France métissée

A peine les flonflons de la fête étaient-ils éteints qu’une polémique, aux effluves racistes, aux relents nauséabonds, naissait. La fête, quelle fête ? La coupe du monde bien sûr, décrochée en Russie par les bleus. Autrement dit par l’équipe de France.

Le ton a été donné par des pays connus pour leur ostracisme, leur xénophobie et pour propager des idées nationalistes comme l’Italie et la Pologne. Pour ceux-ci, l’équipe de France était plutôt une équipe « africaine », au prétexte que sur les onze joueurs plusieurs d’entre eux ont des origines familiales se situant de l’autre côté de la Méditerranée. Que de sarcasmes n’a-t-on pas entendu ? Que de titres racoleurs n’a-t-on pas lu dans la presse italienne et polonaise ?

Quelle honte ! Quelle calomnieque ce procès en identité

Certes, plusieurs co-équipiers d’Hugo Lioris, d’Antoine Griezmannn, d’Olivier Giroud ou de Benjamin Pavard ne sont pas tous issus, comme eux, du terroir national, de Nice, des Hauts-de-France ou de Macon.  Leurs parents sont venus du Cameroun, du Sénégal où d’ailleurs. Mais de qui on parle ? Tous, sans exclusive, se sont réclamés de leur nationalité française. Ils l’ont revendiquée, clamée haut et fort. Ils ont entonné d’une même voix l’hymne national « La Marseillaise ». Ils ont fait se dresser dans les stades des milliers de drapeaux tricolores et ont vanté les vertus, les valeurs de la République.

Le soir de la demi-finale gagnée, puis de la finale remportée, des centaines de milliers de français ont envahi les Champs-Elysées rappelant un autre évènement historique, mais de nature différente, la Libération du pays à la fin de la seconde guerre mondiale.

Que faut-il leur demander de plus ?

De mettre des buts ? Ils l’ont fait ! Que ce soit Kylian Mbappé sorti de sa banlieue de Bondy, Raphaël Varane d’origine martiniquaise ou Paul Pogba d’origine guinéenne.

C’est sur leur comportement, leur volonté de vaincre, leur énergie et leur talent que durant tout le mois qu’à duré la coupe du monde, s’est façonnée l’unité des français autour du ballon rond. Pour combien de temps, nul ne le sait. Mais ces moments là sont suffisamment rares dans l’histoire de France pour être appréciés, savourés, comme il se doit.

Un « onze » métissé, fierté de la France

Qu’ils soient blancs ou noirs, ces onze-là ont un patrimoine commun, celui d’être français. Faut-il donc qu’ils exhibent leur passeport pour convaincre les sceptiques ? Et ils ont été la fierté de notre pays. Ils ont fait rêver soixante-six millions de français dans les grandes villes comme dans les plus petites bourgades de l’hexagone, des jeunes et des moins jeunes, des femmes comme des hommes.

Une alchimie qui honore la France

En affrontant et en remportant des victoires sur l’Uruguay, l’Argentine, la Belgique et la Croatie ils se sont montrés aussi intrépides que les gaulois face aux romains. Vercingétorix en personne ne les aurait pas reniés. Et leur potion magique ne provenait pas d’un quelconque breuvage imaginé par un mystérieux druide. Mais elle est le fruit d’une alchimie basée sur la cohésion d’un groupe, son goût du partage en raison de sa diversité. Par cette harmonie collective, au-delà de leur origine sociale, culturelle, ou religieuse, les joueurs de l’équipe de France ont indiqué le chemin, démontré, malgré les esprits chagrins, que l’intégration n’était pas cet échec que certains hommes (et femmes) politiques relayés par quelques médias se plaisent à mettre en avant. Mais une belle réussite quand elle est portée par des valeurs humanistes, de respect, de solidarité et d’amitié.

La belle complicité entre eux, leur joie communicative, leur ambition de ramener la coupe du monde en France à fait oublier à tout un peuple, le temps d’un tournoi, les soucis, les peurs, les craintes. Quel dirigeant politique, sur la planète, peut se vanter d’obtenir un tel résultat, d’entraîner derrière lui une telle adhésion, de provoquer une telle communion ?

Une victoire sur l’obscurantisme

Alors, les mauvaises langues pourront toujours dire, continuer à instruire un mauvais procès, les faits sont têtus. La France, qui aujourd’hui, est métissée pour sa plus grande richesse (car c’est de la différence qu’on se nourrit, et non pas « s’appauvrit », comme le clament quelques-uns) s’est totalement reconnue, identifiée à ces dieux du stade. 

Ces « onze » qui nous ont mis des étoiles plein les yeux peuvent entrer au Panthéon du sport car ils ont montré le plus bel exemple qui soit à la jeune génération et en ce sens leur triomphe est aussi une grande victoire sur l’obscurantisme et une belle leçon d’espoir pour l’avenir.

Le Directeur de la publication Ichrono

Quand l’Ouganda étouffe les voix dissidentes grâce à une « taxe sur les rumeurs »

Quand l’Ouganda étouffe les voix dissidentes grâce à une « taxe sur les rumeurs »

En Ouganda les gouvernants ne manquent pas d’imagination quand il s’agit de restreindre les libertés et d’augmenter les recettes publiques. Ils ont tout simplement créé une nouvelle taxe. Une taxe sur « les rumeurs » voilà qui est croquignolesque ! Sauf que celle-ci est réellement entrée en vigueur le 1er juillet dernier. Au moins dans ce pays la peur du ridicule ne tue pas.

Une façon déguisée d’augmentée les recettes fiscales

En cause les réseaux sociaux WathsApp, Facebook, Twitter, Skype, Viber, etc. Avec comme conséquences une restriction des libertés civiles et la réaction d’Amnesty International ne s’est pas faite attendre. L’association de défense de droits de l’homme a immédiatement demandé aux autorités Ougandaises d’abolir cette taxe d’un montant de 200 shillings. Il s’agit en effet pour elle d’un moyen « d’étouffer les voix dissidentes dans le pays en même temps que de rechercher des nouveaux revenus ».

Quand le gouvernement piétine les droits de l’homme

L’Ouganda, en agissant ainsi, ouvre la voie à l’arbitraire en décidant de ce qui est, ou non, utile sur les réseaux sociaux. Ben, voyons ! Au nom de la DEMOCRATIE le gouvernement serait plus avisé de faire respecter et de favoriser la liberté d’expression, sur Internet comme ailleurs.

Effet boomerang !

Depuis le 1er juillet les utilisateurs des réseaux sociaux doivent ainsi composer un code spécifique qui soustrait automatiquement le montant de la nouvelle taxe de leur crédit Internet mobile. A ce compte-là il sera intéressant de connaître la somme que va devoir payer le chef de l’Etat Yoweri Meseveni qui ne compte pas moins de … 855 000 abonnés sur Twitter. On risque bien d’assister à un remake de « l’arroseur arrosé ». Précisons enfin, qu’en raison d’un PIB moyen par habitant de 604 dollars, seulement 22 % de la population utilise Internet et ce n’est pas cette nouvelle taxe qui va favoriser son accès. Conclusion, la fracture numérique dans le pays va encore s’accroître entre jeunes et adultes, pauvres et riches et entre les hommes et les femmes. Bravo ! Reste à espérer maintenant que les tribunaux sanctionneront une initiative qui viole aussi effrontément la Constitution Ougandaise. Affaire à suivre.

Le Directeur de la publication

Ichrono

A VAINCRE SANS PERIL ON TRIOMPHE SANS GLOIRE !

Plus on approche de l’élection présidentielle, plus le climat se tend entre l’opposition et les dirigeants au pouvoir.

Le dernier signe d’énervement est venu du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) particulièrement remonté contre Macky Sall après l’éviction de son poulain Karim Wade, au motif que celui-ci a été exclu des listes électorales en vertu de l’article L 31 du code électoral. De là, à crier à l’arbitraire il n’y a qu’un pas que le PDS a franchi.

Notre propos n’est pas ici de prendre parti en faveur ou contre la candidature de Karim Wade. Nous constatons seulement que tous les moyens sont bons pour le pouvoir en place à Dakar pour dissuader toute candidature susceptible de faire de l’ombre au chef de l’Etat, candidat à sa propre succession.

Le premier et le plus efficace d’entre eux est celui du recours aux tribunaux et les nombreuses procédures engagées ces derniers temps contre tel ou tel leader politique posent question quant à la prétendue indépendance de la justice.

C’est contre ces méthodes, dignes d’un pouvoir autocratique, que nous nous insurgeons. La démocratie, dont se réclame le Sénégal, mérite mieux que cela. Elle suppose le pluralisme, autant des idées que des hommes. Elle réclame que tout citoyen désireux de participer au débat politique puisse le faire, librement, sans entraves et sans menaces judicaires ou fiscales. Elle exige des dirigeants au pouvoir qu’ils ne modifient pas les règles institutionnelles au gré de leur humeur, en bricolant la constitution.

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! Macky où sera votre victoire si vous faites table rase des idées de vos adversaires ? Si vous empêchez toute voix discordante de s’exprimer ? Si vous n’entendez pas les arguments des représentants d’une partie du peuple sénégalais ? Si vous étouffez dans l’œuf toute expression divergente ?

Il sera intéressant de constater l’importance de la mobilisation à laquelle invite le PDS vendredi prochain, le 13 juillet, en signe de révolte contre l’exclusion de Karim Wade de la joute électorale. Le risque existe toujours lorsqu’on bâillonne le peuple, ou ses représentants, que le pouvoir de la rue remplace celui des urnes et la démocratie en sort rarement gagnante.

Le Directeur de la publication

Ichrono

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