Billet d’humeur

Quand les femmes sénégalaises repoussent le désert

 

On en parle trop peu, mais au Sénégal celle qu’on appelle « La grande muraille verte », l’entreprise de reboisement au Sahel, n’aurait pu se développer sans le rôle essentiel joué par les femmes. L’occasion ici de rendre hommage à celles qui ont repoussé le désert.

Dans le nord du pays, à Widou, dans la zone sahélienne, ce projet panafricain près de cent cinquante femmes travaillent inlassablement, chaque jour dans des jardins pour y faire pousser des pastèques, des pommes de terre, du niébé, de l’oignon, de l’oseille ou du gombo. Dans cette région aride où il arrive qu’il ne tombe pas une goutte de pluie durant près de dix mois et où la steppe grille sous l’harmattan, ce vent sec et chaud venu du Sahara.

C’est dire l’immense mérite qui est le leur. Cette grande muraille est née voici dix ans, en 2008, avec comme objectif le reboisement. Celle-ciàson apogée doit s’étendre sur 7 800 kilomètres, de Dakar à Djibouti, c’est dire l’ambition des porteurs du projet, en l’occurrence l’Union Africaine. Un projet pharaonique car il va traverser onze pays et transformer la vie de plusieurs millions de personnes.

Ces milliers de femmes sont les « petites mains », les chevilles ouvrières de la plus vaste entreprise écologique du monde avec le barrage vert en Algérie et la reforestation du désert de Gobi en Chine.

On doit ainsi à ces femmes d’avoir planté dans la région de Widou quelques 675 hectares d’acacias du Sénégal, appelé des gommiers blancs, qui ont été entourés de grillages pour les protéger des chèvres, des vaches et des zébus.

Pour El Hadj Goudiaby qui est agent technique des Eaux et Forêts au Sénégal ; « La grande muraille verte n’est pas une barrière ininterrompue de forêt mais plutôt un archipel de plantations, une série de tâches vertes dans l’immensité désertique ».

Que ces femmes sénégalaises s’investissent avec autant d’énergie depuis plus de dix ans dans cette grande cause en faveur de l’environnement mérite le respect et notre reconnaissance. 

A commencer car ce modeste billet d’humeur qui n’a d’autre but que de les mettre à l’honneur en leur témoignant notre estime et notre admiration.

Le directeur de publication d’Ichrono

Faits et méfaits de la colonisation

Personne ne songerait à plaider en faveur du colonialisme dont la France s’est rendue coupable au cours des siècles derniers, aussi bien en Afrique, au Moyen-Orient qu’en Asie. Quand bien même à l’époque tous les pays européens agissaient de la sorte, de l’Italie à l’Allemagne en passant par le Portugal, l’Espagne et bien sûr le Royaume-Uni. Cela n’excuse rien et n’atténue pas la responsabilité des générations concernées à l’égard des peuples colonisés.

Aujourd’hui on ne peut que regretter cette période sombre de l’histoire de l’humanité et réparer certaines erreurs du passé, lorsque c’est possible, en particulier à propos de la tragédie qu’a été l’esclavage.

Et si certains colonisateurs se sont comportés avec un peu plus d’humanité que d’autres l’objectif restait le même pour tous : répandre la civilisation européenne sur l’ensemble des continents en imposant une langue, une religion, une culture, un enseignement, etc. en contrepartie de nouvelles technologies, de découvertes scientifiques et des progrès de la médecine, etc. Les colons ont aussi exploité, certains disent pillé, les matières premières et les ressources naturelles de ces pays, telles que le bois, le sucre, le cacao, les bananes, etc. 

Aujourd’hui une polémique a pris naissance au Sénégal, plus précisément à Saint-Louis. C’est là qu’est érigée la statue du général Louis Faidherbe, polytechnicien et ancien gouverneur du Sénégal. Depuis plus de trente ans celle-ci trônait sur la place éponyme, avant de se détériorer au fil des années, d’être dégradée par des sénégalais en colère et finalement recouverte de peinture blanche.

On aurait pu tout aussi bien s’en prendre au pont du même nom qui a remplacé le bac voici près d’un siècle et demi et relie l’île historique de Saint-Louis-du-Sénégal au continent. Cela aurait été au détriment des milliers de personnes qui empruntent quotidiennement ce pont classé depuis 2000 au patrimoine mondial de l’Unesco.

En France, au nom de la repentance qu’affectionne certaines personnes on pourrait aussi, pourquoi pas, débaptiser, la station de métro de la ligne 6 Etoile-Nation. Il y a quelques mois des membres de l’association « Survie » l’ont envisagé et rebaptisé à l’aide d’autocollants « Faidherbe, ça suffit ».

Ces militants seront satisfaits d’apprendre que la bibliothèque Faidherbe, située dans le XIème arrondissement, actuellement fermée pour cause de travaux, rouvrira l’an prochain sous le nom de Violette Leduc. 

On mettra toutefois au crédit de ce général, qui gouverna le Sénégal entre 1854 et 1861 et de 1863 à 1865, la création du port de Dakar, qu’il développa l’économie locale, favorisa le développement des plantations de coton, projeta la ligne de chemin de fer qui un peu plus tard devait rallier Dakar au Niger et qu’il favorisa la distribution d’eau potable à Saint-Louis. A l’heure où certains font son procès il n’est pas inutile de rappeler ces réalisations qui aujourd’hui encore profitent à la population du Sénégal.

Elles n’effacent cependant en rien les crimes et les méfaits de la colonisation. Elles ne font que les atténuer au regard de l’histoire.

Le directeur de publication d’Ichrono

Exit Corsair, Air Sénégal et Air France désormais rois du pétrole sur la ligne Dakar-Paris-Dakar

Nous avons eu l’occasion d’évoquer ici-même l’intention d’Air Sénégalde voler de ses propres ailes et de supplanter la compagnie Corsair pour la liaison Dakar-Paris-Dakar. Nous émettions alors quelques réserves au vu de la situation plus qu’embryonnaire de la compagnie nationale sénégalaise.

Les prix avantageux … de l’histoire ancienne

Rappelons que la présence de Corsair, en concurrençant Air Francesur cette ligne avait permis de casser les prix. Cette situation semble bien révolue aujourd’hui. 

Adieu Orly, bonjour Roissy

En effet Air Sénégal va désormais s’allier avec Air France dont elle va bénéficier de la logistique et des services (enregistrement, embarquement, salon affaires, etc.) Ce partenariat va notamment lui permettre de bénéficier de l’accès au terminal E de Roissy-CDG, une aérogare fonctionnelle. 

Terminés les embarquements et débarquements à Orly pour les passagers qui empruntaient auparavant Corsair.

Autre avantage à trois mois de l’ouverture de la nouvelle ligne par Air Sénégal celle-ci va pouvoir disposer du réseau commercial d’Air France en particulier de ses agences de voyages. Grâce à cet accord on pourra ainsi effectuer le voyage aller sur Air France et un retour sur Air Sénégal avec le même billet.

Un marché de dupes ?

A première vue il s’agit là d’une bonne nouvelle. Oui mais à y regarder de plus près ce sont surtout les autorités sénégalaises qui vont empocher le bonus grâce à ces économies. Air France aussi, qui voit ainsi disparaître la concurrence de Corsair et qui n’a pas à redouter celle d’Air Sénégal en situation de dépendance vis-à-vis d’elle. Et qui dit absence de concurrence dit monopole donc un marché maîtrisé en particulier sur les prix. Cherchez l’erreur !

Or cette ligne est particulièrement juteuse, songez que la demande y est plus forte que l’offre et que le remplissage annuel des avions est voisin de 90 % ce qui autorise des tarifs élevés. CQFD !

« Aux urnes » voyageurs !

Si donc, dans ce trio « Air France », « Air Sénégal » et « voyageurs », les deux premiers sont gagnant-gagnant, qui selon vous sera le dindon de la farce ? Les c… de voyageurs pardi. Et les sénégalais de France peuvent dire aujourd’hui « merci ». Merci qui ? 

« Merci monsieur Macky Sall ! Depuis les débuts de votre septennat nous pouvions bénéficier avec Corsair d’un tarif avantageux, ça c’était hier, et les choses demain vont changer. Mais rassurez-vous, on a bien l’intention de vous faire supporter la future augmentation du prix du billet lors de l’élection présidentielle en février prochain. Ce sera pour nous une façon de nous dédommager à défaut de se faire rembourser ».

Le directeur de publication d’Ichrono

L’exploitation sexuelle dans les écoles au Sénégal

L’ONG Human Rights Watch (HRW) vient de publier un rapport édifiant, qui fait froid dans le dos et éclaire d’un jour nouveau des pratiques scandaleuses concernant l’exploitation au Sénégal et les abus sexuels à l’école, principalement perpétrés par des enseignants et des responsables éducatifs.

Dans ce document on découvre que ces personnels abusent de leur position d’autorité pour harceler les filles et les jeunes femmes, et plus grave, pour essayer d’avoir des relations sexuelles avec elles. 

Que font ces enseignants de leurs obligations professionnelles et plus encore de leur éthique, si tant est que le mot « morale » a encore un sens pour eux ? Ignorent-ils que leurs actes sont considérés comme criminels par le droit sénégalais dès lors qu’il s’agit de mineures de moins de seize ans ? Ne savent-ils pas que leur responsabilité est aggravée du fait que les actes sont commis par des personnes ayant autorité ? Mesurent-ils que pour ces actes ils sont passibles de peines de dix ans de prison ?

Le plus révoltant de cette histoire est que si des poursuites ont parfois été intentées dans les cas de viol et de pédophilie, aucune mesure n’a été prise par le gouvernement pour mettre fin à ces pratiques.

Aussi grave est le fait, rapporté par HRW, qu’il n’y a pas de système de protection dans les écoles à Dakar, mais aussi dans quatre régions où les enquêteurs de l’ONG ont pu travailler. C’est la loi du silence !

Evoquer ce sujet est tabou.

Encore plus attristant et scandaleux est le fait que cette situation perdure depuis des années. En lisant le rapport on apprend que certains enseignants cherchent à obtenir les faveurs des adolescentes avec la promesse d’argent, de bonnes notes, de nourriture, de téléphones portables, de vêtements, etc. 

Où va se nicher le vice et la perversité ?

Ce rapport est là pour rappeler à quel point il est dangereux de banaliser ce genre de comportements, de minimiser la gravité des faits alors que les directeurs d’école devraient enquêter, saisir la police et dénoncer les faits à la justice.

Cette impunité doit cesser ! 

Avant que les familles ne découvrent une grossesse précoce hors mariage. La « maslaha » comme on dit au pays, autrement dit un réglement amiable « dans l’intérêt commun » pour préserver la parenté et le bon voisinage ne peut être une réponse à ces violences sexuelles d’un autre âge.

La culpabilité doit changer de camp !

Ce n’est pas aux filles agressées de se sentir coupables, d’être menacées par des adultes, mais aux prédateurs sexuels de rendre des comptes.

Elles sont victimes et ne doivent pas avoir peur de dénoncer leurs agresseurs. # Metoo n’est peut-être pas très prisé au Sénégal mais en revanche un mouvement similaire #nopiwouma existe sur les réseaux sociaux. De nombreuses femmes ont déjà témoigné grâce à ce média sur les violences dont elles sont victimes et ainsi contribué à clouer au pilori des hommes au comportement inadmissible.

Il faut qu’elles continuent à libérer leur parole.

Le Directeur de la publication d’Ichronoa

logotwitterFacebook