Billet d’humeur

Binationaux, la mesure humiliante !

quatre mois des élections présidentielles une disposition règlementaire jusque-là passée inaperçue apparaît soudainement au grand jour. Et dans toute sa nocivité. Je veux parler du texte qui oblige tout candidat à la magistrature suprême à abandonner sa double nationalité, s’il en a une, pour ne conserver que celle d’origine. Plusieurs anciens chefs d’Etat sénégalais disposaient de la double nationalité, raison sans doute pour laquelle la mesure n’était pas appliquée. Aujourd’hui en revanche ce n’est pas le cas et on la ressort fort opportunément des cartons.

Prenons le cas d’un sénégalais naturalisé français, installé à Paris et membre de la diaspora. Si celui-ci décide de faire acte de candidature pour les élections de février prochain il devra, selon la règle instituée par le pouvoir en place à Dakar, renoncer à sa nationalité française. Il y a là quelque chose de profondément humiliant car ce texte bafoue les droits élémentaires d’un individu à disposer d’un statut binational reconnu par les lois internationales. Il créé également le soupçon en laissant supposer qu’un binational n’aurait pas les compétences requises pour diriger le pays. A moins de voir en lui un être susceptible d’être manipulé par une puissance étrangère.

Pire encore, ce texte est discriminatoire à l’égard de l’ensemble des membres de la diaspora traitée avec désinvolture et le plus grand mépris, alors qu’elle contribue chaque année à l’enrichissement du Sénégal à hauteur de mille milliards de francs CFA, c’est-à-dire plus que la totalité de l’aide internationale au développement qui lui est destiné.

En clair cela revient à dire : « Votre argent m’intéresse » (un slogan qui rappelle celui très controversé de la BNP il y a quelques années) mais pour le reste vous n’avez pas la pertinence requise pour gérer les affaires du pays.

Cette mesure est d’autant plus scandaleuse qu’elle ne s’applique pas aux sportifs sénégalais de haut niveau résidant à l’étranger mais jouant dans l’équipe nationale du Sénégal. Lors de la récente coupe du monde de football on a relevé que la Tunisie, le Maroc et le Sénégal comptaient à eux seuls plus de 25 joueurs nés en France. Et lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de 2017 un joueur sur trois avait été formé en France. Autrement dit là où la FIFA autorise l’Etat sénégalais refuse.

Il y a fort à parier que si on appliquait cette mesure vexatoire et pénalisante à des joueurs comme El-Hadj ou Salif Diao qui jouent à Liverpool ou encore à Fadiga qui évolue à l’Inter de Milan ceux-ci y regarderaient à deux fois avant de rejoindre les rangs des lions de la Téranga. 

Question : Ce qui est bon pour un sportif ne le serait-il pas pour un citoyen lambda désireux de solliciter les suffrages de ses compatriotes sans pour autant se renier ? Sans être contraint à une forme de lâcheté ?

Nous savons que pour écarter des prétendants à la course à la présidence de la République certains n’hésitent pas à recourir à des méthodes peu orthodoxes comme les contrôles fiscaux, les procès et les condamnations d’opposants etc., désormais il faudra aussi compter sur la déchéance de nationalité nouvelle version puisqu’elle nécessite une démarche volontaire de l’intéressé. 

Autant lui demander de se faire Hara-Kiri.

Le directeur d’Ichrono

Quand les sénégalais redécouvrent le Sénégal

Dans la grisaille de l’actualité il y a quelques fois des bonnes nouvelles dont il faut se réjouir, comme celle confirmant que les sénégalais redécouvrent les trésors de leur pays et sont de plus en plus nombreux à être adeptes du tourisme local.

Depuis des années le tourisme au Sénégal était l’affaire des étrangers, nos compatriotes eux-mêmes préférant « s’expatrier » le temps de leurs congés, qui en Europe, qui aux Etats-Unis, qui en Afrique du Nord, etc. Cette inclinaison pour des destinations extérieures, si elle existe toujours, semble cependant s’être ralentie depuis plusieurs mois.

C’est ainsi que nombreux sont ceux qui découvrent, ou redécouvrent, les beautés de Saint-Louis, les pays des Signares, les chutes de Dindifelo à Kédougou, les peuples bassaris dans les montagnes, les parcs naturels de Saint-Louis ou encore les forêts de palétuviers dans le Saloum et la Casamance.

Désormais, l’île de Gorée ou la station balnéaire de Saint-Louis ne sont plus leurs seules destinations intérieures, ce dont bien sûr se réjouissent les hôteliers et restaurateurs dont les établissements accueillent une nouvelle clientèle, qui jusque-là était plutôt rare. 

Les sénégalais, outre l’attrait pour certains lieux, apprécient semble-t-il les tarifs compétitifs, l’offre d’activités et la qualité des réceptifs des hôtels. Et privilégient de plus en plus certains sites touristiques du pays à des séjours à l’étranger. 

Non seulement c’est bon pour notre patrimoine culturel qui profite de ce nouvel élan de la part des sénégalais eux-mêmes, mais aussi pour l’économie du pays car ce sont autant de devises qui ne sont pas dépensées à l’étranger. Deux bonnes raisons de se réjouir de cette nouvelle tendance. 

Le directeur de la publication

Ichrono

Le vrai courage politique

Sep 29, 2018 Poster par
Le vrai courage politique

Au moment où le président Macky Sall se glorifie de ses réalisations depuis son élection à la magistrature suprême le rapport « La course à la nouvelle frontière des revenus » rédigé par vingt-cinq spécialistes venus de tous les horizons académiques et politiques afflige un cinglant démenti à ce bel enthousiasme.

Ces experts ont passé à la loupe, ou plutôt au scanner, les chiffres présentés par le « Plan Sénégal émergent » afin de vérifier si ladite émergence était atteignable en 2035, dans dix-sept ans.

Or si le Sénégal jouit d’une bonne image à l’international et si comme le reconnaît Christine Lagarde directrice générale du FMI le pays « a fait des progrès pour consolider ses équilibres macroéconomiques au cours des dernières décennies » et que la croissance au cours des trois dernières années à dépassé chaque année les 6% il faudrait progresser autour de 7 à 8% par an pour créer les emplois nécessaires à l’afflux des jeunes sur le marché du travail.

Rappelons en effet que 45 % de la population à moins de quatorze ans et il y a là un risque majeur d’explosion sociale si le taux de chômage n’est pas réduit de façon drastique au cours des années à venir. Les gouvernants actuels et futurs ont entre les mains un véritable bâton de dynamite.

L’endettement est également source d’inquiétude car si le Sénégal continue à emprunter au rythme actuel, son taux d’endettement, aujourd’hui de près de 60 % du PIB (produit intérieur brut) dépassera les 107 % d’ici deux ans. C’est-à-dire demain.

Voilà une belle grenade dégoupillée que laissera à son successeur l’actuel chef de l’Etat s’il n’est pas reconduit dans ses fonctions en février prochain, ou qu’il lui faudra gérer dans le cas contraire.

Quant au pari lancé par le « Plan Sénégal émergent » de parvenir à un revenu par tête de 4 000 dollars en 2035 et de voir ainsi l’émergence d’une vraie classe moyenne dans le pays, on a de quoi en douter quand on sait qu’il est aujourd’hui de seulement 2, 31 dollars … Et ce n’est pas en considérant que la croissance démographique (3% annuelle), qui entrave l’amélioration du niveau de vie, est un sujet politiquement incorrect, voir tabou, que la situation peut s’améliorer. 

Oui, il y a loin de la coupe aux lèvres mais le vrai courage d’un homme politique n’est pas, afin d’être populaire, de faire des promesses fallacieuses, auxquelles seuls les gens qui les écoutent veulent bien croire, mais de prendre des engagements sérieux, crédibles. Au risque de ne pas brosser les électeurs dans le sens du poil.

Le directeur de la publication d’Ichrono    

A Bargny « l’Emergence » à un goût amer !

Une nouvelle génération de militants à vu le jour ces dernières années, ils interviennent dans de nombreux domaines, tels que la finance, le Big Data, l’alimentation et bien sûr la protection de l’environnement. On les appelle des lanceurs d’alerte et aujourd’hui chacun s’accorde à reconnaître le bien fondé de leurs actions à l’origine de révélations d’informations que les Etats, les multinationales, les partis politiques souhaiteraient garder secrètes. Ou encore de dénonciation de scandales.

C’est également le mérite de Pierre Vanneste et de Laurence Grun, deux réalisateurs Belges, qui viennent de réaliser un web documentaire dénonçant la pollution et l’érosion côtière dans une petite commune située à seulement 30 kilomètres de Dakar : Bargny.  

Aux effluves polluants d’une cimenterie toute proche, depuis plusieurs décennies, s’ajoute désormais l’érosion côtière accentuée par le réchauffement climatique. C’est vrai que selon Donald Trump le réchauffement de la planète est une invention de pseudo-scientifiques en mal de reconnaissance médiatique. Sauf que là, la mer avance irrémédiablement à l’intérieur des terres.

Et comme si cela ne suffisait pas, voici 10 ans qu’a débuté, sans aucune concertation avec les élus locaux, la construction d’une centrale électrique à charbon qui doit assurer 12% des besoins du Sénégal en électricité. Sans parler de l’existence du port minéralier non loin de là.

Mais ce n’est pas tout, car à cinq kilomètres de là voici qu’un autre chantier s’apprête à sortir de terre : le nouveau pôle urbain de Dianmniado.

Comme station balnéaire on peut rêver mieux.

Quand, en 2014, le président Macky Sall à lancé son « Plan Sénégal Emergence » prônant un nouveau modèle de développement avec une croissance à 6,5% il a oublié de dire que cela appauvrirait encore un peu plus les les populations les plus fragiles et que son modèle de développement se ferait au détriment d’un Sénégal vert et au profit du tout bêton. 

Comme le dit si bien le titre tu web documentaire, volontairement ironique : « Bargny, ici commence l’émergence ». Donal Trump, Macky Sall, même combat ?

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono

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