Billet d’humeur

Ainsi va l’actualité de la planète

En cette fin de semaine, les feux de l’actualité se tournent vers deux capitales, Khartoum et Londres. Et pour cette dernière une fois n’est pas coutume ce n’est pas pour le Brexit qui fait tourner en bourrique tous les européens.

Premier coup de projecteur : le Soudan. Voici un pays en proie à la guerre civile depuis des années, cause de milliers de victimes et d’importants déplacements de populations réduites à l’exil. Et comme l’actualité internationale nous offre assez peu d’occasions de nous réjouir saluons comme il convient la chute d’un tyran. Celle d’Omar el-Béchir qui dirigeait le pays d’une main de fer et avec un pouvoir absolu depuis trente ans.

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Crimes contre l’humanité

 Là où on pensait que la Cour pénale internationale saisie pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » finirait par avoir raison de lui c’est finalement son peule, avec la complicité d’un putsch militaire, qui aura été le plus fort après quatre mois de contestation dans la rue. Là, comme en Algérie Vox populi, vox Dei.Cette destitution n’effacera pas cependant l’horreur du Darfour, la famine et les camps de réfugiés. Avec la chute de ce dictateur de 75 ans et de son régime la situation n’est pas pour autant réglée. Il faudra du temps pour oublier qu’il avait accueilli Oussama ben Laden et rêvait de faire de son pays l’épicentre d’une internationale islamiste, d’avoir soutenu le terrorisme et surtout occasionné un génocide qui après vingt et un ans de combat aura fait deux millions de morts et quatre millions de déplacés. La nausée collective au Soudan vient de prendre fin cette semaine. 

Julien Assange n’est pas un ange !

Second coup de projecteur : la Grande-Bretagne qui fait la Une des grands quotidiens en cette fin de semaine avec l’arrestation surprise à l’ambassade équatorienne de Julian Assange. Pour le lanceur d’alerte, fondateur de Wikileaks la fuite aura duré sept ans. L’homme, barbu, vieilli, qu’on a vu hier emporté comme un vulgaire baluchon dans le fourgon de la police anglaise était à peine reconnaissable. Avec cette arrestation spectaculaire prend fin un feuilleton géo-politico-judiciaire qui aura duré six ans neuf mois et vingt-deux jours. Et si aujourd’hui certains crient leur indignation à cette « exfiltration » d’une ambassade, voulue par l’Equateur, il ne faudrait pas oublier qu’en 2010 la Suède à émis un mandat d’arrêt à son encontre pour l’entendre dans une affaire d’agressions sexuelles sur deux jeunes femmes. Assange n’est peut-être pas l’homme aussi vierge qu’il prétend l’être. Il ne faudrait pas non plus oublier que la publication de centaines de milliers de documents et la divulgation de renseignement classés secrets de l’armée américaine a été la cause de dégâts collatéraux inestimables pour l’occident. 

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Une extradition vers les Etats-Unis ?

Son passage vers la Suède pourrait-elle être l’occasion d’une extradition vers les Etats-Unis ? C’est là toute la question car sur place une condamnation est très vraisemblable pour « piratage informatique ». Sept ans d’exil plus cinq ans de détention, la facture risque d’être lourde pour cet Australien aujourd’hui âgé de 47 ans. La juge britannique Emma Arbuthnot, du tribunal de Westminster a quant à elle estimé que « Assange était un narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt », Theresa May indiquant que « personne n’était au-dessus des lois ». L’arrestation d’Assange est tout sauf la chute d’un héros.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono 

Le badbuzz de Ségolène et de Sibeth

Alors que Ségolène Royale, une française née à Dakar, se trouvait au Sénégal pour l’investiture de Macky Sall, en France, une Sénégalaise fraîchement naturalisée française, Sybeth Ndiaye changeait d’employeur pour passer d’Emmanuel Macron à Edouard Philippe et de chargée de communication à l’Elysée pour la fonction de porte-parole du gouvernement. Deux évènements pas si anodins qu’ils paraissent.

 

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Premièreréflexion, ils témoignent l’un comme l’autre, que soixante ans après l’indépendance du Sénégal les relations franco-sénégalaises demeurent très vivaces. 

Deuxièmeréflexion, il s’agit là de deux femmes politiques peu ordinaires, la première a été candidate à la présidence de la République française et la seconde devient la première africaine porte-parole du gouvernement français. Une femme noire à ce poste de responsabilité (secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre) apparaît comme un symbole fort à un moment où le racisme est toujours très présent dans notre pays Il faut dire que la jeune femme ancienne militante de l’UNEF et du PS, titulaire d’un DESS d’économie publique et qui aura quarante ans à la fin de l’année a de qui tenir avec un père ancien numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade et une mère ancienne présidente du conseil constitutionnel, de 2002 à 2010.

Troisièmeréflexion, elles sont dotées l’une et l’autre d’une forte personnalité, d’un tempérament à toute épreuve. Ségolène l’a démontré en surmontant l’humiliation dont elle a été la victime lors de la relation François-Valérie et Sybeth d’avoir déclaré : « J’assume parfaitement mentir pour protéger le président ». Que des responsables politiques mentent n’est pas très honorable, qu’ils le reconnaissent relèvent de la provocation, pire de l’inconscience. Et aucune explication ne saurait justifier un tel comportement. On se souvient du sort que les américains ont réservé à Richard Nixon, alors présidents des Etats-Unis, à la suite du scandale du Watergate. 

Quatrièmeréflexion, elles ont en commun le sens des petites phrases choc. A la première : « Qui vient sur la grande muraille (de Chine) conquiert la bravitude », à propos de Fidel Castro : « Il est le symbole d’une amitié très profonde entre Cuba et la France », ou encore « Je m’adresse à vous, cette génération qui n’est pas encore née », « La justice chinoise, un modèle de rapidité »etc.  A la seconde, parlant à des journalistes : « Faites votre boulot les gars, c’est pas du travail de journalistes, c’est du travail de sagouins »,plus grave, confirmant le décès de Simone Veil : « Yes, la meuf est dead ». Au concours du badbuzz politique difficile de départager les deux femmes mais a ce petit jeu Sybeth risque d’avoir un avantage sur Ségolène si l’on en croit l’origine de son prénom qui évoque les reines combattantes de la Casamance et qui signifie « qui a gagné beaucoup de combats » en langue diola. Il lui faudra pour cela éviter de renouveler certaines expériences malencontreuses comme la diffusion en 2018 sur son compte Twitter d’une vidéo d’Emmanuel Macron commentant un projet de discours sur les aides sociales : « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Une expression, stigmatisante, qui tranchait avec la solennité « jupitérienne » affichée jusque-là par le chef de l’Etat. De là, à évoquer les casseroles de Sybeth Ndiagne il n’y a qu’un pas que beaucoup d’observateurs n’ont pas hésité à franchir.

Cinquième réflexion, il est clair que ses relations houleuses avec les journalistes, (certains d’entre eux avouent avoir été « blacklistés » par la collaboratrice de l’Elysée, d’autres avoir été menacés d’être exclus du pool des accrédités au Palais  : « Vous devez obéir »), risquent de ne pas s’améliorer à l’avenir et ce n’est pas son langage cru, ses coups de gueule, son habitude du franglais (elle a tweeté sa fierté d’un nouveau « job » au lendemain de sa nomination) qui vont arranger les choses. A moins que Edouard Philippe ne musèle ses sorties tonitruantes.

Quant aux journalistes qui se risqueront à critiquer la nouvelle porte-parole de Matignon peut être s’exposeront-ils à être traités de racistes, ce qui serait regrettable. Pour notre part, nous ne lui faisons aucun procès d’intention et nous attendons avec intérêt et curiosité ses prochains compte-rendu lors de la sortie du conseil des ministres.  

Jean-Yves Duval, directeur d’Ichrono

 

 

Un TER sénégalais à la française et un calcul politique

Il fallait s’y attendre, c’est de bonne guerre, voici quelques jours le président Macky Sall a inauguré le premier tronçon des voies ferrées du Train Express Régional (TER), qu’il n’a cessé de présenter comme une vitrine du Plan Sénégal émergent. Coût de l’opération : 656 milliards de CFA soit un milliard d’euros. Une facture salée pour un des vingt-cinq pays les plus pauvres du monde selon les chiffres de la Banque mondiale. En ce compris les surcouts entraînés pour précipiter la fin du chantier et respecter la promesse de Macky du 14 janvier. Pour le chef de l’Etat sénégalais tenir ses engagements n’a pas de prix, mais cher quand même pour un calcul politique.

Un coup de com’ ?

La date choisie, le 14 janvier, n’est pas innocente, c’est quasiment jour pour jour un mois avant l’élection présidentielle de février. C’est ce qui s’appelle un coup de com’ où je ne m’y connais pas.

Dakar - Diamniado

Et le chef de l’Etat de rappeler, non sans une certaine modestie que le 14 janvier 2017 était donné le premier coup de pioche de travaux. Deux ans après un premier wagon à donc roulé sur les trente-six kilomètres entre Diamniado et Dakar avec à son bord une ribambelle de personnalités politiques, d’entrepreneurs et de financiers. Sans oublier bien sûr le maître d’œuvre du projet en personne, son excellence Macky Sall en personne. A tout seigneur, tout honneur. Pour la circonstance la gare de Dakar a été récemment rafraîchie afin d’ajouter un lustre supplémentaire à la cérémonie et toutes les éminentes personnes invitées au voyage ne boudaient pas leur plaisir.

A quand les 55 kms pour Blaise Diagne ?

Reste maintenant à prolonger la voie d’un second tronçon, de 55 kilomètres, pour relier la ville nouvelle à l’aéroport international Blaise Diagne avec au total quelques quatorze gares réparties sur le trajet. L’objectif, indiscutable, est clair, il s’agit de désengorger la capitale sénégalaise et réduire les embouteillages qui polluent la vie des habitants, 30% environ de la population sénégalaise répartie sur seulement 0,28% de la surface du pays. Macky aura un quinquennat devant lui pour inaugurer le dernier tronçon … et pourquoi pas à la veille de 2024 ?

115 000 passagers/jour

Une projection réalisée estime que 115 000 passagers emprunteront le TER quotidiennement à raison de 565 personnes par wagon roulant à 160 km/h lorsqu’il sera achevé. Alors, merci qui ? Merci Macky. Merci aussi aux entreprises franco-turco-sénégalaises, dont Eiffage, Engie, Alstom et Thales et merci aussi à la SNCF et à la RATP qui ont signé l’exploitation de la ligne pour cinq années.

Entre Dakar et Paris, pas un nuage

Décidemment sous Macky les relations franco-sénégalaises sont au beau fixe et sa réélection prochaine ne manquera pas de réjouir Paris. Et surtout qu’on ne parle pas de françafrique.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono

Sénégal, l’éradication de la mouche tsé-tsé

En ces temps où les bonnes nouvelles ne sont pas légion et où les questions politiques ne doivent pas nous obséder, il en est, concernant la santé qui peuvent nous réjouir. Comme celle concernant l’éradication au Sénégal de la mouche tsé-tsé.

Cette mouche, responsable de la maladie du sommeil, a en effet été éradiquée au nord de Dakar, une des zones vivrières les plus importantes du pays qui concentre 80 % de la population. Longtemps les éleveurs ont été victimes de cette mouche qui se nourrit du sang du bétail par la transmission d’un redoutable parasite, le trypanosome, responsable chez l’homme de la maladie du sommeil.

Les chercheurs français ont largement contribué à la découverte en particulier ceux du CIRAD, Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement. Et il a fallu pas moins de douze années pour qu’une campagne, dite de l’insecte stérile, porte ses fruits.

L’idée consistait à inonder une zone d’environ 1000 km2 de millions de mouches mâles stérilisés par irradiation. Ceux-ci ont été produits dans deux laboratoires, l’un situé en Slovaquie et l’autre au Burkina Faso et ont été lâchés par avion au-dessus de la région concernée. Résultat, aujourd’hui la zone des Niayes a été officiellement déclarée libérée de la mouche tsé-tsé.

Reste à savoir maintenant si cette TIS (Technique de l’Insecte Stérile) va pouvoir profiter à l’île de la Réunion pour combattre le chikungunya et lui permettre d’éviter la récidive d’une crise sanitaire qui en 2006 a été l’origine de 203 décès.

Saint-Denis, dans le 93.3, dans son laboratoire de l’Institut de recherche pour le développement le chercheur et entomologiste Louis Clément Couagna travaille depuis plus de dix ans sur cette maladie et son projet est de monter une mini-usine à moustiques afin de produire environ 300 000 moustiques-tigres-irradiés afin d’endiguer, zone par zone, les secteurs de l’île où les moustiques-tigres pullulent. Les moustiques lâchés auront été préalablement irradiés aux rayons x afin que lors de leur accouplement avec des femelles celles-ci ne puissent plus reproduire et n’aient aucune descendance.

Souhaitons que l’expérience conduite avec succès au Sénégal et dont tout le monde peut se réjouir connaisse le même succès à La Réunion. Comme quoi, heureusement dans la vie il arrive qu’une bonne nouvelle en chasse de mauvaises.

Le Directeur de la publication Ichrono

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