Billet d’humeur

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Les priorités ne sont pas les mêmes au Nord ou au Sud

Nov 16, 2018
Les priorités ne sont pas les mêmes au Nord ou au Sud

Les français n’ont d’yeux actuellement que pour la manifestation des gilets jaunes du 17 novembre. Sera-t-elle ou non un succès populaire, le blocage des routes sera-t-il massif ? En cause, les taxes qui affectent l’essence et le gazole, des taxes dont l’objectif est de lutter contre le réchauffement climatiqueen privilégiant les énergies renouvelables et propres. Personne, nulle part dans le monde, n’aime à payer des impôts supplémentaires. Mais il faut être cohérent lorsqu’on se prétenddéfenseur de l’environnement, lorsqu’on ambitionne de protéger les générations futures,qu’elles soient humaines ou animales. A moins qu’il ne s’agisse-là d’un nouveau paradoxe.

Face à ces turpitudes hexagonales bien gauloises, je vous invite à prendre un peu de hauteur et de nous déplacer au Gabon, un pays où la forêt primaire avec 22 millions d’hectares occupe près de 87% du territoire et constitueune des réserves mondiales de biodiversité. 

Pour autant, cinquante ans après l’indépendance de ce pays il n’existe toujourspas de système d’assainissement à Librevilledont la population s’élèveà quelques 600 000 habitants ! Comment s’étonner après cela des inondations récurrentes dont est victime la capitale ?Comment être surpris que les habitants soient menacés par des maladies, pour certaines mortelles, dues à l’absence de traitement des eaux pluviales et usées ? Il n’existe aucun système de collecte ni de traitement. Celles-ci se déversent dans des canaux de drainage à ciel ouvert, qui pour certains se rejettent dans l’Océan et les boues de latrines et fosses septiques sont déversées dans la nature.

Par ailleurLibreville donne directement sur la mer. La capitale gabonaise est donc directementvisée par les conséquences du dérèglement climatique (dont Donal Trump n’a cure). Résultat, la montée des eaux, outre les crues et inondations qu’elle provoquera, impacterad’ici quelques années la capacité d’évacuation des eaux de pluies et affecterd’autres villes,notamment Port-Gentil avec tous les risquesque cela suppose sur la santé des populationset l’écosystème. Une immigration climatiquviendra alors s’ajouterà l’immigrationéconomique d’aujourd’hui et aux réfugiés fuyant les guerres et la famine.

Si on n’agit pas rapidement le réchauffement climatique,causé par les gaz à effet de serre,signera la chronique d’une mort avancée de la planète, en particulier du continentafricain.Deux tiers des villes africaines seront impactésd’ici 2035. L’Afrique est le continent le plus menacé par les effets du réchauffement du fait de l’existence sur son sol de 86 des 120 villes mondiales à la croissance démographique la plus forte, de leurs difficultés d’approvisionnement en eau potable et des violentes inondations qu’elles subissent. Huit villes africaines figurent parmi les dix les plus à risque au monde, dont Kinshasa en République démocratique du Congo, Morovia au Libéria ou encore Bangui en Centrafrique.

Nous avons là tous les éléments constitutifs d’une bombe à retardement écologique, mais qui s’en soucie ?Pas l’Amérique en tout cas qui s’obstine à nier les effets du réchauffement de la planète, y compris les incendies géants en Californie.

Et pendant ce temps, en France, des milliers d’automobilistesen colères’apprêtent à bloquer les routes pour s’opposer au paiement d’une taxe écologique sur l’essence et le diesel. Ce n’est pas en additionnant tous les égoïsmes qu’on fera preuve de solidarité« Sauvons la planète ! » qu’ils disaient,d’accord, mais pas au prix de quelques centimes supplémentaires.

l’évidence les priorités ne sont pas les mêmes au Nord et au Sud, entre les pays riches et les pays pauvres. Les risques non plus, il est vrai.Là où il est question pour certains de confort et de niveau de vie, pour d’autres c’est une question de survie.

Au fait, rappelez-moi, quel est le pays qui a organisé la COP 21 ?

Le directeur de publication d’Ichrono

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