Billet d’humeur

Les priorités ne sont pas les mêmes au Nord ou au Sud

Les français n’ont d’yeux actuellement que pour la manifestation des gilets jaunes du 17 novembre. Sera-t-elle ou non un succès populaire, le blocage des routes sera-t-il massif ? En cause, les taxes qui affectent l’essence et le gazole, des taxes dont l’objectif est de lutter contre le réchauffement climatiqueen privilégiant les énergies renouvelables et propres. Personne, nulle part dans le monde, n’aime à payer des impôts supplémentaires. Mais il faut être cohérent lorsqu’on se prétenddéfenseur de l’environnement, lorsqu’on ambitionne de protéger les générations futures,qu’elles soient humaines ou animales. A moins qu’il ne s’agisse-là d’un nouveau paradoxe.

Face à ces turpitudes hexagonales bien gauloises, je vous invite à prendre un peu de hauteur et de nous déplacer au Gabon, un pays où la forêt primaire avec 22 millions d’hectares occupe près de 87% du territoire et constitueune des réserves mondiales de biodiversité. 

Pour autant, cinquante ans après l’indépendance de ce pays il n’existe toujourspas de système d’assainissement à Librevilledont la population s’élèveà quelques 600 000 habitants ! Comment s’étonner après cela des inondations récurrentes dont est victime la capitale ?Comment être surpris que les habitants soient menacés par des maladies, pour certaines mortelles, dues à l’absence de traitement des eaux pluviales et usées ? Il n’existe aucun système de collecte ni de traitement. Celles-ci se déversent dans des canaux de drainage à ciel ouvert, qui pour certains se rejettent dans l’Océan et les boues de latrines et fosses septiques sont déversées dans la nature.

Par ailleurLibreville donne directement sur la mer. La capitale gabonaise est donc directementvisée par les conséquences du dérèglement climatique (dont Donal Trump n’a cure). Résultat, la montée des eaux, outre les crues et inondations qu’elle provoquera, impacterad’ici quelques années la capacité d’évacuation des eaux de pluies et affecterd’autres villes,notamment Port-Gentil avec tous les risquesque cela suppose sur la santé des populationset l’écosystème. Une immigration climatiquviendra alors s’ajouterà l’immigrationéconomique d’aujourd’hui et aux réfugiés fuyant les guerres et la famine.

Si on n’agit pas rapidement le réchauffement climatique,causé par les gaz à effet de serre,signera la chronique d’une mort avancée de la planète, en particulier du continentafricain.Deux tiers des villes africaines seront impactésd’ici 2035. L’Afrique est le continent le plus menacé par les effets du réchauffement du fait de l’existence sur son sol de 86 des 120 villes mondiales à la croissance démographique la plus forte, de leurs difficultés d’approvisionnement en eau potable et des violentes inondations qu’elles subissent. Huit villes africaines figurent parmi les dix les plus à risque au monde, dont Kinshasa en République démocratique du Congo, Morovia au Libéria ou encore Bangui en Centrafrique.

Nous avons là tous les éléments constitutifs d’une bombe à retardement écologique, mais qui s’en soucie ?Pas l’Amérique en tout cas qui s’obstine à nier les effets du réchauffement de la planète, y compris les incendies géants en Californie.

Et pendant ce temps, en France, des milliers d’automobilistesen colères’apprêtent à bloquer les routes pour s’opposer au paiement d’une taxe écologique sur l’essence et le diesel. Ce n’est pas en additionnant tous les égoïsmes qu’on fera preuve de solidarité« Sauvons la planète ! » qu’ils disaient,d’accord, mais pas au prix de quelques centimes supplémentaires.

l’évidence les priorités ne sont pas les mêmes au Nord et au Sud, entre les pays riches et les pays pauvres. Les risques non plus, il est vrai.Là où il est question pour certains de confort et de niveau de vie, pour d’autres c’est une question de survie.

Au fait, rappelez-moi, quel est le pays qui a organisé la COP 21 ?

Le directeur de publication d’Ichrono

Quand les femmes sénégalaises repoussent le désert

 

On en parle trop peu, mais au Sénégal celle qu’on appelle « La grande muraille verte », l’entreprise de reboisement au Sahel, n’aurait pu se développer sans le rôle essentiel joué par les femmes. L’occasion ici de rendre hommage à celles qui ont repoussé le désert.

Dans le nord du pays, à Widou, dans la zone sahélienne, ce projet panafricain près de cent cinquante femmes travaillent inlassablement, chaque jour dans des jardins pour y faire pousser des pastèques, des pommes de terre, du niébé, de l’oignon, de l’oseille ou du gombo. Dans cette région aride où il arrive qu’il ne tombe pas une goutte de pluie durant près de dix mois et où la steppe grille sous l’harmattan, ce vent sec et chaud venu du Sahara.

C’est dire l’immense mérite qui est le leur. Cette grande muraille est née voici dix ans, en 2008, avec comme objectif le reboisement. Celle-ciàson apogée doit s’étendre sur 7 800 kilomètres, de Dakar à Djibouti, c’est dire l’ambition des porteurs du projet, en l’occurrence l’Union Africaine. Un projet pharaonique car il va traverser onze pays et transformer la vie de plusieurs millions de personnes.

Ces milliers de femmes sont les « petites mains », les chevilles ouvrières de la plus vaste entreprise écologique du monde avec le barrage vert en Algérie et la reforestation du désert de Gobi en Chine.

On doit ainsi à ces femmes d’avoir planté dans la région de Widou quelques 675 hectares d’acacias du Sénégal, appelé des gommiers blancs, qui ont été entourés de grillages pour les protéger des chèvres, des vaches et des zébus.

Pour El Hadj Goudiaby qui est agent technique des Eaux et Forêts au Sénégal ; « La grande muraille verte n’est pas une barrière ininterrompue de forêt mais plutôt un archipel de plantations, une série de tâches vertes dans l’immensité désertique ».

Que ces femmes sénégalaises s’investissent avec autant d’énergie depuis plus de dix ans dans cette grande cause en faveur de l’environnement mérite le respect et notre reconnaissance. 

A commencer car ce modeste billet d’humeur qui n’a d’autre but que de les mettre à l’honneur en leur témoignant notre estime et notre admiration.

Le directeur de publication d’Ichrono

Faits et méfaits de la colonisation

Personne ne songerait à plaider en faveur du colonialisme dont la France s’est rendue coupable au cours des siècles derniers, aussi bien en Afrique, au Moyen-Orient qu’en Asie. Quand bien même à l’époque tous les pays européens agissaient de la sorte, de l’Italie à l’Allemagne en passant par le Portugal, l’Espagne et bien sûr le Royaume-Uni. Cela n’excuse rien et n’atténue pas la responsabilité des générations concernées à l’égard des peuples colonisés.

Aujourd’hui on ne peut que regretter cette période sombre de l’histoire de l’humanité et réparer certaines erreurs du passé, lorsque c’est possible, en particulier à propos de la tragédie qu’a été l’esclavage.

Et si certains colonisateurs se sont comportés avec un peu plus d’humanité que d’autres l’objectif restait le même pour tous : répandre la civilisation européenne sur l’ensemble des continents en imposant une langue, une religion, une culture, un enseignement, etc. en contrepartie de nouvelles technologies, de découvertes scientifiques et des progrès de la médecine, etc. Les colons ont aussi exploité, certains disent pillé, les matières premières et les ressources naturelles de ces pays, telles que le bois, le sucre, le cacao, les bananes, etc. 

Aujourd’hui une polémique a pris naissance au Sénégal, plus précisément à Saint-Louis. C’est là qu’est érigée la statue du général Louis Faidherbe, polytechnicien et ancien gouverneur du Sénégal. Depuis plus de trente ans celle-ci trônait sur la place éponyme, avant de se détériorer au fil des années, d’être dégradée par des sénégalais en colère et finalement recouverte de peinture blanche.

On aurait pu tout aussi bien s’en prendre au pont du même nom qui a remplacé le bac voici près d’un siècle et demi et relie l’île historique de Saint-Louis-du-Sénégal au continent. Cela aurait été au détriment des milliers de personnes qui empruntent quotidiennement ce pont classé depuis 2000 au patrimoine mondial de l’Unesco.

En France, au nom de la repentance qu’affectionne certaines personnes on pourrait aussi, pourquoi pas, débaptiser, la station de métro de la ligne 6 Etoile-Nation. Il y a quelques mois des membres de l’association « Survie » l’ont envisagé et rebaptisé à l’aide d’autocollants « Faidherbe, ça suffit ».

Ces militants seront satisfaits d’apprendre que la bibliothèque Faidherbe, située dans le XIème arrondissement, actuellement fermée pour cause de travaux, rouvrira l’an prochain sous le nom de Violette Leduc. 

On mettra toutefois au crédit de ce général, qui gouverna le Sénégal entre 1854 et 1861 et de 1863 à 1865, la création du port de Dakar, qu’il développa l’économie locale, favorisa le développement des plantations de coton, projeta la ligne de chemin de fer qui un peu plus tard devait rallier Dakar au Niger et qu’il favorisa la distribution d’eau potable à Saint-Louis. A l’heure où certains font son procès il n’est pas inutile de rappeler ces réalisations qui aujourd’hui encore profitent à la population du Sénégal.

Elles n’effacent cependant en rien les crimes et les méfaits de la colonisation. Elles ne font que les atténuer au regard de l’histoire.

Le directeur de publication d’Ichrono

Exit Corsair, Air Sénégal et Air France désormais rois du pétrole sur la ligne Dakar-Paris-Dakar

Nous avons eu l’occasion d’évoquer ici-même l’intention d’Air Sénégalde voler de ses propres ailes et de supplanter la compagnie Corsair pour la liaison Dakar-Paris-Dakar. Nous émettions alors quelques réserves au vu de la situation plus qu’embryonnaire de la compagnie nationale sénégalaise.

Les prix avantageux … de l’histoire ancienne

Rappelons que la présence de Corsair, en concurrençant Air Francesur cette ligne avait permis de casser les prix. Cette situation semble bien révolue aujourd’hui. 

Adieu Orly, bonjour Roissy

En effet Air Sénégal va désormais s’allier avec Air France dont elle va bénéficier de la logistique et des services (enregistrement, embarquement, salon affaires, etc.) Ce partenariat va notamment lui permettre de bénéficier de l’accès au terminal E de Roissy-CDG, une aérogare fonctionnelle. 

Terminés les embarquements et débarquements à Orly pour les passagers qui empruntaient auparavant Corsair.

Autre avantage à trois mois de l’ouverture de la nouvelle ligne par Air Sénégal celle-ci va pouvoir disposer du réseau commercial d’Air France en particulier de ses agences de voyages. Grâce à cet accord on pourra ainsi effectuer le voyage aller sur Air France et un retour sur Air Sénégal avec le même billet.

Un marché de dupes ?

A première vue il s’agit là d’une bonne nouvelle. Oui mais à y regarder de plus près ce sont surtout les autorités sénégalaises qui vont empocher le bonus grâce à ces économies. Air France aussi, qui voit ainsi disparaître la concurrence de Corsair et qui n’a pas à redouter celle d’Air Sénégal en situation de dépendance vis-à-vis d’elle. Et qui dit absence de concurrence dit monopole donc un marché maîtrisé en particulier sur les prix. Cherchez l’erreur !

Or cette ligne est particulièrement juteuse, songez que la demande y est plus forte que l’offre et que le remplissage annuel des avions est voisin de 90 % ce qui autorise des tarifs élevés. CQFD !

« Aux urnes » voyageurs !

Si donc, dans ce trio « Air France », « Air Sénégal » et « voyageurs », les deux premiers sont gagnant-gagnant, qui selon vous sera le dindon de la farce ? Les c… de voyageurs pardi. Et les sénégalais de France peuvent dire aujourd’hui « merci ». Merci qui ? 

« Merci monsieur Macky Sall ! Depuis les débuts de votre septennat nous pouvions bénéficier avec Corsair d’un tarif avantageux, ça c’était hier, et les choses demain vont changer. Mais rassurez-vous, on a bien l’intention de vous faire supporter la future augmentation du prix du billet lors de l’élection présidentielle en février prochain. Ce sera pour nous une façon de nous dédommager à défaut de se faire rembourser ».

Le directeur de publication d’Ichrono

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