Billet d’humeur

Un TER sénégalais à la française et un calcul politique

Il fallait s’y attendre, c’est de bonne guerre, voici quelques jours le président Macky Sall a inauguré le premier tronçon des voies ferrées du Train Express Régional (TER), qu’il n’a cessé de présenter comme une vitrine du Plan Sénégal émergent. Coût de l’opération : 656 milliards de CFA soit un milliard d’euros. Une facture salée pour un des vingt-cinq pays les plus pauvres du monde selon les chiffres de la Banque mondiale. En ce compris les surcouts entraînés pour précipiter la fin du chantier et respecter la promesse de Macky du 14 janvier. Pour le chef de l’Etat sénégalais tenir ses engagements n’a pas de prix, mais cher quand même pour un calcul politique.

Un coup de com’ ?

La date choisie, le 14 janvier, n’est pas innocente, c’est quasiment jour pour jour un mois avant l’élection présidentielle de février. C’est ce qui s’appelle un coup de com’ où je ne m’y connais pas.

Dakar - Diamniado

Et le chef de l’Etat de rappeler, non sans une certaine modestie que le 14 janvier 2017 était donné le premier coup de pioche de travaux. Deux ans après un premier wagon à donc roulé sur les trente-six kilomètres entre Diamniado et Dakar avec à son bord une ribambelle de personnalités politiques, d’entrepreneurs et de financiers. Sans oublier bien sûr le maître d’œuvre du projet en personne, son excellence Macky Sall en personne. A tout seigneur, tout honneur. Pour la circonstance la gare de Dakar a été récemment rafraîchie afin d’ajouter un lustre supplémentaire à la cérémonie et toutes les éminentes personnes invitées au voyage ne boudaient pas leur plaisir.

A quand les 55 kms pour Blaise Diagne ?

Reste maintenant à prolonger la voie d’un second tronçon, de 55 kilomètres, pour relier la ville nouvelle à l’aéroport international Blaise Diagne avec au total quelques quatorze gares réparties sur le trajet. L’objectif, indiscutable, est clair, il s’agit de désengorger la capitale sénégalaise et réduire les embouteillages qui polluent la vie des habitants, 30% environ de la population sénégalaise répartie sur seulement 0,28% de la surface du pays. Macky aura un quinquennat devant lui pour inaugurer le dernier tronçon … et pourquoi pas à la veille de 2024 ?

115 000 passagers/jour

Une projection réalisée estime que 115 000 passagers emprunteront le TER quotidiennement à raison de 565 personnes par wagon roulant à 160 km/h lorsqu’il sera achevé. Alors, merci qui ? Merci Macky. Merci aussi aux entreprises franco-turco-sénégalaises, dont Eiffage, Engie, Alstom et Thales et merci aussi à la SNCF et à la RATP qui ont signé l’exploitation de la ligne pour cinq années.

Entre Dakar et Paris, pas un nuage

Décidemment sous Macky les relations franco-sénégalaises sont au beau fixe et sa réélection prochaine ne manquera pas de réjouir Paris. Et surtout qu’on ne parle pas de françafrique.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono

Sénégal, l’éradication de la mouche tsé-tsé

En ces temps où les bonnes nouvelles ne sont pas légion et où les questions politiques ne doivent pas nous obséder, il en est, concernant la santé qui peuvent nous réjouir. Comme celle concernant l’éradication au Sénégal de la mouche tsé-tsé.

Cette mouche, responsable de la maladie du sommeil, a en effet été éradiquée au nord de Dakar, une des zones vivrières les plus importantes du pays qui concentre 80 % de la population. Longtemps les éleveurs ont été victimes de cette mouche qui se nourrit du sang du bétail par la transmission d’un redoutable parasite, le trypanosome, responsable chez l’homme de la maladie du sommeil.

Les chercheurs français ont largement contribué à la découverte en particulier ceux du CIRAD, Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement. Et il a fallu pas moins de douze années pour qu’une campagne, dite de l’insecte stérile, porte ses fruits.

L’idée consistait à inonder une zone d’environ 1000 km2 de millions de mouches mâles stérilisés par irradiation. Ceux-ci ont été produits dans deux laboratoires, l’un situé en Slovaquie et l’autre au Burkina Faso et ont été lâchés par avion au-dessus de la région concernée. Résultat, aujourd’hui la zone des Niayes a été officiellement déclarée libérée de la mouche tsé-tsé.

Reste à savoir maintenant si cette TIS (Technique de l’Insecte Stérile) va pouvoir profiter à l’île de la Réunion pour combattre le chikungunya et lui permettre d’éviter la récidive d’une crise sanitaire qui en 2006 a été l’origine de 203 décès.

Saint-Denis, dans le 93.3, dans son laboratoire de l’Institut de recherche pour le développement le chercheur et entomologiste Louis Clément Couagna travaille depuis plus de dix ans sur cette maladie et son projet est de monter une mini-usine à moustiques afin de produire environ 300 000 moustiques-tigres-irradiés afin d’endiguer, zone par zone, les secteurs de l’île où les moustiques-tigres pullulent. Les moustiques lâchés auront été préalablement irradiés aux rayons x afin que lors de leur accouplement avec des femelles celles-ci ne puissent plus reproduire et n’aient aucune descendance.

Souhaitons que l’expérience conduite avec succès au Sénégal et dont tout le monde peut se réjouir connaisse le même succès à La Réunion. Comme quoi, heureusement dans la vie il arrive qu’une bonne nouvelle en chasse de mauvaises.

Le Directeur de la publication Ichrono

Franc CFA, DSK le retour !

Déc 07, 2018 Poster par
Franc CFA, DSK le retour !

L’homme se faisait discret ces derniers temps et on n’entendait plus guère parler de lui, et voilà qu’il réapparaît là où ne l’attendait pas forcément : dans un débat sur la zone franc et le fonctionnement du franc CFA. Et pour cela l’ancien patron du FMI a choisi, cela ne s’invente pas un vendredi 13. Celui du mois de novembre.

Son intervention a pris la forme d’un rapport d’une trentaine de pages sous la forme d’une plaidoirie en faveur d’une transformation d’un franc CFA dont le fonctionnement actuel « fragilise les économies de la région ». Que ne l’a-t-il pas dit plus tôt ? Pourquoi avoir attendu autant de temps pour nous éclairer de ses lumières ?

Il est vrai que depuis sa « nuit américaine » DSK s’est reconverti dans le conseil aux gouvernements africains, en particulier celui du Congo Brazzaville. Ceci explique cela.

Son analyse toutefois est ambigüe car si d’un côté il estime que « si le problème politique du franc CFA devient de plus en plus sensible, la « Zone franc peut se vanter d’une bonne performance au niveau macroéconomique grâce à la garantie dont elle bénéficie ». On ne savait pas l’ex-directeur général du Fonds Monétaire International normand : « pt’être ben que oui, pt’être ben que non ».

Evidemment, s’agissant de l’aspect politique « le doute identitaire au sein d’une Afrique dont le rapport au passé colonial est particulièrement complexe » est relevé par Dominique Strauss-Kahn. Il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr pour savoir cela et en la matière sa lumière est un peu blafarde. 

La question de la parité et sa quasi-impossibilité à la modifier est plus intéressante. De même que le risque financier assumé par la France, seul pays à le faire, alors que l’avantage de la parité fixe CFA-Euro profite aux autres pays de la zone Euro. L’ancien ministre de l’Economie attend donc d’une réforme du franc CFA qu’elle ne soit pas « cosmétique » et suppose une refonte en profondeur de la Zone franc. Notamment la réattribution des sièges de la France au sein des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants et l’ancrage à un panier de monnaies plutôt qu’à l’euro.

Pour le grand gourou de la finance, la réussite d’une telle transformation passe par un dialogue approfondi avec les autorités africaines, une meilleure association des partenaires européens et une promotion de la coopération entre la Banque Centrale Européenne et les banques centrales africaines.

Comme dirait l’autre, « Y’a qu’a ! », traduction : Plus facile à dire qu’à faire.

Le directeur de la publication de Ichrono.

Un pays qui a perdu son honneur

Nov 24, 2018 Poster par
Un pays qui a perdu son honneur

Le 20 novembre dernier, il y a quelques jours, on a célébré la Journée mondiale des droits des enfants. L’occasion de s’interroger sur les droits pour des dizaines de milliers d’enfants Sénégalais réduits à la mendicité.

Ils seraient près de 40 000 pour la seule ville de Dakar, soumis aux brimades et aux humiliations d’adultes qui attendent d’eux qu’ils collectent chaque jour un peu plus d’argent des passants. Des enfants victimes et livrés sans défense à des maffieux. Ils sont des milliers d’enfants à dormir la nuit sur le trottoir, sur des cartons. Des milliers, livrés à tous les dangers de la nuit et aux prédateurs sexuels.

Que fait l’Etat, que fait le président Macky Sall, que fait le gouvernement pour mettre un terme à un tel scandale, d’autant plus infâmant qu’il touche les plus jeunes, les plus vulnérables de la société et pour autant des citoyens à part entière ?

Comment ose-t-on se prévaloir dans ces conditions d’une réussite en matière d’éducation ? Ces enfants ne sont pas les damnés, mais des déshérités de la terre, ceux qui, pourtant, portent l’avenir du pays sur leurs épaules. Un pays sans sa jeunesse, sans cet indispensablement renouvellement des générations, est en effet condamné à l’échec. 

Sans parler qu’un jour ces enfants-mendiants d’aujourd’hui, devenus à leur tour des adultes, demanderont, et à juste titre, des comptes à la société. Et ce jour-là la colère grondera et il faudra alors à la garde prétorienne du régime en place mater d’éventuelles émeutes populaires.

Qu’a fait depuis sept ans Macky Sall pour faire appliquer la loi votée en 2005 contre la mendicité des mineurs ? Que n’a-t-il trop attendu pour accueillir dans les écoles ces milliers d’enfants laissés à eux-mêmes, leur assurer des conditions de vie dignes, la santé, la sécurité ?

Un pays qui ne sait pas protéger ses enfants, préparer leur avenir est un pays qui a perdu sa fierté et a abandonné son honneur.

Le Directeur de la publication

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