Dans son rapport sur l'examen périodique universel des Nations unies, Amnesty International juge inéquitable un certain nombre de procès au Sénégal, dont celui du maire de Dakar, Khalifa Sall, candidat à la présidentielle de 2019 et dont on connaîtra le verdict en appel le 30 août. L'organisation de défense des droits de l'homme cite également le cas de Karim Wade, dont le procès n'a pas respecté « les normes internationales », et celui de jihadistes présumés, condamnés après « une longue détention préventive et sans assistance de leurs avocats ».

Les gens se posent des questions sur la politisation des affaires traitées par la justice, et notamment quand il s'agit de militants de l'opposition.

François Patuel, chercheur chez Amnesty International, pointe l'absence d'indépendance de la justice sénégalaise

RFI

Il y a quelques jours une partie de l’opposition a mobilisé ses troupes lors d’un défilé à Pikine et à Guédiawaye. Celui-ci se voulait une manifestation populaire hostile au régime de Maky Sall.

En soi une telle démonstration de force ne peut qu’être encouragée mais elle aurait été assurément plus efficace si au lieu d’apparaître de façon disparate et désorganisée elle avait présenté un caractère unitaire. 

On a en effet eu l’impression que chacun cherchait avant tout à tirer la couverture à soi, à se mettre en avant au détriment des autres. La meilleure illustration en a été la bousculade qui s’est produite lorsque certains jeunes militants politiques ont cherché à occuper le devant de la scène du défilé dans le seul but d’obtenir une meilleure visibilité auprès des médias.

La diversité des slogans clamés par les uns et les autres et la mise en avant des leaders politiques respectifs a donné également une impression de cacophonie. Mieux vaudrait à l’avenir s’organiser, se structurer et choisir un thème en particulier, une bannière derrière laquelle tout le monde pourrait se ranger. Ce ne sont pas les sujets qui manquent :

  • Libération des prisonniers politiques,
  • Etablissement d’un dialogue entre pouvoir et opposition,
  • Suppression de la loi sur les parrainages, etc.

Oui, Macky Sall doit partir ! Tout le monde est d’accord sur ce point, tant l’échec de sa politique est patent, que ce soit sur le plan économique, social, dans le domaine de l’éducation comme celui de la santé. Oui, nos compatriotes sénégalais sont en droit d’attendre de son successeur un changement radical, une véritable transparence, une lutte quotidienne contre la corruption, un programme ambitieux de réformes dans les domaines cités précédemment.

Mais cela ne peut se faire que dans la cohérence et non la discordance et la population sénégalaise attend que l’opposition fasse preuve de maturité, d’imagination, de responsabilité. Et pas qu’elle se donne en spectacle comme cela a été le cas à Pikine et à Guédiawaye. On ne bâtit pas le renouveau indispensable à un régime déclinant sur des vociférations, mais sur des propositions réfléchies pour le pays et un comportement respectueux des institutions. En ce sens, réclamer la candidature de Karim Wade et la libération de Khalifa Sall est tout à fait légitime.

Pour ce qui concerne le mouvement UN AUTRE AVENIR nous nous faisons une autre idée de la politique, de notre engagement. Cela passe notamment par un renouvellement des générations face à des dirigeants qui ont fait leur temps et doivent laisser leur place à des jeunes, par une ambition pour un Sénégal plus juste en matière d’éducation et de santé, plus dynamique, plus respectueux des droits de l’homme mais aussi de l’environnement, plus soucieux de l’avenir de sa jeunesse et enfin de la place de notre pays au sein de la communauté internationale.

En clair, il s’agit pour nous de redonner un Nouveau Souffle au Sénégal.

L’élection ne se fera pas dans la rue, mais au cours des mois qui viennent dans un combat d’idées à travers des meetings, dans la presse, à la radio, sur les plateaux de télévision. Ce moment est proche. Pour notre part nous y sommes prêts et nos compatriotes ont droit à cette confrontation démocratique, pacifique car il en va de l’avenir du pays.

Le renouvellement des hommes et des idées est en marche, rien ne l’arrêtera désormais.

Ibrahima Thiam

Président d’UN AUTRE AVENIR

L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix, le Ghanéen Kofi Annan, est décédé, ce samedi 18 août, à l’âge de 80 ans, après « une courte maladie », a annoncé à Genève la Fondation Kofi Annan dans un communiqué. Les réactions, en Afrique et dans le reste du monde, lui rendant hommage, se multiplient. L'actuel secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué « une force qui guidait vers le bien ».

L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix, le Ghanéen Kofi Annan, est décédé, ce samedi 18 août, à l’âge de 80 ans, après « une courte maladie », a annoncé à Genève la Fondation Kofi Annan dans un communiqué. Les réactions, en Afrique et dans le reste du monde, lui rendant hommage, se multiplient. L'actuel secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué « une force qui guidait vers le bien ».

« De bien des manières, Kofi Annan incarnait les Nations unies. Il est sorti des rangs pour diriger l’organisation vers le nouveau millénaire avec dignité et une détermination sans égales », a souligné le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

« Kofi Annan était un internationaliste qui ne voyait aucune contradiction entre ses origines africaines et son personnage comme citoyen du monde, explique sur RFI Bijane Farnudi, porte-parole de Kofi Annan et de la fondation qui porte son nom. Il voyait le monde comme un endroit où la paix, le développement et les droits humains étaient fondamentaux pour qu’une société puisse exister de manière paisible et en harmonie. C’est quelqu’un qui a ouvert l’organisation aux citoyens. Il interprétait la charte des Nations unies comme "Nous, le peuple" et pas comme "Nous, les Etats", et a donc engagé la société civile mais aussi le secteur privé en discussion. Il les a intégrés au cœur de cette organisation et c’est d’ailleurs, entre autres, pour cela qu’il a reçu le prix Nobel de la paix en 2001. »

« C’était notre voix »

Joint par RFI, le Camerounais Sammy Kum Buo et ancien directeur Afrique de l'ONU, désormais retraité, est très ému. Lui et Kofi Annan ont fait carrière, côte à côte, durant près de 40 ans.

« C'est quelqu'un que je connaissais bien. Quand j'ai rejoint l'ONU, j'avais 22 ans, et mon premier contact au travail c'était lui, raconte-t-il sur RFI. Je l'ai connu tout au long des 38 années de ma carrière. C'était plus que mon patron, c'était mon grand frère, nous étions tous deux africains. C'est une grande perte parce que même depuis sa retraite de l'ONU, il était actif, il défendait les grandes valeurs et, par-dessus tout, c'était notre voix sur ce continent et maintenant elle est réduite au silence. Je ne sais pas qui a cette influence… Mandela est parti, il est parti, Boutros-Ghali aussi. C'étaient les leaders qui nous ont donné une place de haut niveau à l'échelle internationale. »

Emotion au sein de la SADC, réunie en sommet à Windhoek

L’annonce de la mort de Kofi Annan a mis brutalement un terme à la conférence de presse finale du 38e sommet de la SADC, le Communauté de développement de l'Afrique australe. Le président namibien, Hage Geingob, président en exercice de l’organisation, a bien connu Kofi Annan puisque lui aussi a fait une partie de sa carrière aux Nations unies. Il ne cache pas son émotion :

« Je suis vraiment choqué, je suis terriblement choqué. On devait se voir à Lagos et il n’a pas pu venir. On était ensemble aux Nations unies. C’est une perte pour moi. Il a bien travaillé pour l’Afrique et le monde. Pour moi, en tant qu’Africain, en tant que secrétaire général de l’ONU, il a réussi à faire son travail et à finir son mandat avec beaucoup de dignité. Alors, il a eu quelques petits problèmes avec son fils, mais il a bien servi l’Afrique, il a bien servi le monde. Et puis, vraiment, ses capacités intellectuelles aussi... tout ce qu’il a fait aux Nations unies ! Je suis vraiment désolé. Il va me manquer », a réagi le chef de l’Etat namibien.

C’est une nouvelle très choquante, c'est très triste pour notre région et pour le monde. Kofi Annan a beaucoup fait et on espérait qu'on pourrait continuer à faire appel à lui dans différentes situations politiques ou sur des questions de paix et de sécurité. Je veux juste prier pour que son âme repose en paix, mais c’est très choquant, très triste. Ce qu’on peut retenir de lui, c’est qu’il a été là pour notre région. Il a été présent sur la scène internationale. On se souviendra de lui sur tellement de questions, il a beaucoup contribué pour le Kenya. On se souviendra de tout ce qu’il a fait pour la région et pour le continent.

Docteur Tax Stergomena Lawrence, secrétaire exécutive de la SADC

« Ce que le Ghana avait de meilleur à offrir »

Pour Fritz Baffour, journaliste, homme politique et ancien ministre ghanéen de l’Information, Kofi Annan était ce que le Ghana avait de meilleur à offrir.

« Le Ghana a toujours été surnommé l'étoile noire de l'Afrique et était une des avant-gardes du continent. Et Kofi Annan a représenté le Ghana à un si haut niveau de responsabilité ! Malgré sa retraite, il restait très actif dans des causes importantes pour le pays et restait, dans tous les cas, un très bon conseiller pour les forces politiques du pays », a réagi Fritz Baffour.

La gratitude de la France

Dans un communiqué, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a salué l’engagement constant de l’ancien secrétaire général des Nations unies, sur tous les continents.

« De Genève à New York, en passant par Addis-Abeba, Kofi Annan a été un acteur engagé sur tous les continents et pendant plus d’un demi-siècle, au service des plus grandes causes et à l’assaut des grands défis de l’ère contemporaine : la paix, le développement, la promotion des droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté et les discriminations. Au tournant de ce siècle, Kofi Annan a permis à l’ONU de se moderniser pour mieux faire face aux bouleversements d’un monde divisé qu’il a toujours essayé de rassembler.Je rends hommage à sa mémoire et souhaite exprimer la gratitude de la France pour son a

Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères de la France entre 1997 et 2002, à l'époque du premier mandat de Kofi Annan à l'ONU. Très ému au micro de RFI, il se souvient d'un homme « si distingué, si fin, si subtile, si agréable, si souriant, si intelligent dans le contact ».

Un homme respecté de Moscou à Washington

Vladimir Poutine a déclaré samedi avoir « sincèrement admiré la sagesse et le courage » de Kofo Annan, dans un message adressé à Antonio Guterres et rendu public par le Kremlin. « Son souvenir restera à jamais dans le coeur des Russes », a ajouté le président russe, saluant « sa capacité à prendre des décisions réfléchies, même dans les situations les plus complexes et critiques ».

La Première ministre britannique Theresa May a rendu hommage à « un grand leader et réformateur de l'ONU », tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a, elle, insisté sur la « voix de Kofi Annan » qui « va beaucoup nous manquer à une époque où la recherche en commun de solutions aux problèmes mondiaux est plus urgente que jamais ».

L'ex-président américain Barack Obama a pour sa part salué « son intégrité, sa détermination, son optimisme et son sens de notre humanité partagée » et souligné que l'ancien secrétaire général des Nations unies avait contribué à « motiver et inspirer » la « prochaine génération de leaders ». L'ambassadrice américaine à l'ONU a, elle, salué la mémoire de Kofi Annan, louant un diplomate ayant « oeuvré inlassablement pour nous unir ». « Kofi Annan a voué sa vie à faire du monde un endroit plus pacifique », a ajouté Nikki Haley sur Twitter, précisant qu'il n'avait « jamais cessé de se battre pour la dignité de chacun ».

RFI

« De bien des manières, Kofi Annan incarnait les Nations unies. Il est sorti des rangs pour diriger l’organisation vers le nouveau millénaire avec dignité et une détermination sans égales », a souligné le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

« Kofi Annan était un internationaliste qui ne voyait aucune contradiction entre ses origines africaines et son personnage comme citoyen du monde, explique sur RFI Bijane Farnudi, porte-parole de Kofi Annan et de la fondation qui porte son nom. Il voyait le monde comme un endroit où la paix, le développement et les droits humains étaient fondamentaux pour qu’une société puisse exister de manière paisible et en harmonie. C’est quelqu’un qui a ouvert l’organisation aux citoyens. Il interprétait la charte des Nations unies comme "Nous, le peuple" et pas comme "Nous, les Etats", et a donc engagé la société civile mais aussi le secteur privé en discussion. Il les a intégrés au cœur de cette organisation et c’est d’ailleurs, entre autres, pour cela quil a reçu le prix Nobel de la paix en 2001. »

« C’était notre voix »

Joint par RFI, le Camerounais Sammy Kum Buo et ancien directeur Afrique de l'ONU, désormais retraité, est très ému. Lui et Kofi Annan ont fait carrière, côte à côte, durant près de 40 ans.

« C'est quelqu'un que je connaissais bien. Quand j'ai rejoint l'ONU, j'avais 22 ans, et mon premier contact au travail c'était lui, raconte-t-il sur RFI. Je l'ai connu tout au long des 38 années de ma carrière. C'était plus que mon patron, c'était mon grand frère, nous étions tous deux africains. C'est une grande perte parce que même depuis sa retraite de l'ONU, il était actif, il défendait les grandes valeurs et, par-dessus tout, c'était notre voix sur ce continent et maintenant elle est réduite au silence. Je ne sais pas qui a cette influence… Mandela est parti, il est parti, Boutros-Ghali aussi. C'étaient les leaders qui nous ont donné une place de haut niveau à l'échelle internationale. »

Emotion au sein de la SADC, réunie en sommet à Windhoek

L’annonce de la mort de Kofi Annan a mis brutalement un terme à la conférence de presse finale du 38e sommet de la SADC, le Communauté de développement de l'Afrique australe. Le président namibien, Hage Geingob, président en exercice de l’organisation, a bien connu Kofi Annan puisque lui aussi a fait une partie de sa carrière aux Nations unies. Il ne cache pas son émotion :

« Je suis vraiment choqué, je suis terriblement choqué. On devait se voir à Lagos et il n’a pas pu venir. On était ensemble aux Nations unies. C’est une perte pour moi. Il a bien travaillé pour l’Afrique et le monde. Pour moi, en tant qu’Africain, en tant que secrétaire général de l’ONU, il a réussi à faire son travail et à finir son mandat avec beaucoup de dignité. Alors, il a eu quelques petits problèmes avec son fils, mais il a bien servi l’Afrique, il a bien servi le monde. Et puis, vraiment, ses capacités intellectuelles aussi... tout ce qu’il a fait aux Nations unies ! Je suis vraiment désolé. Il va me manquer », a réagi le chef de l’Etat namibien.

C’est une nouvelle très choquante, c'est très triste pour notre région et pour le monde. Kofi Annan a beaucoup fait et on espérait qu'on pourrait continuer à faire appel à lui dans différentes situations politiques ou sur des questions de paix et de sécurité. Je veux juste prier pour que son âme repose en paix, mais c’est très choquant, très triste. Ce qu’on peut retenir de lui, c’est qu’il a été là pour notre région. Il a été présent sur la scène internationale. On se souviendra de lui sur tellement de questions, il a beaucoup contribué pour le Kenya. On se souviendra de tout ce qu’il a fait pour la région et pour le continent.

Docteur Tax Stergomena Lawrence, secrétaire exécutive de la SADC

« Ce que le Ghana avait de meilleur à offrir »

Pour Fritz Baffour, journaliste, homme politique et ancien ministre ghanéen de l’Information, Kofi Annan était ce que le Ghana avait de meilleur à offrir.

« Le Ghana a toujours été surnommé l'étoile noire de l'Afrique et était une des avant-gardes du continent. Et Kofi Annan a représenté le Ghana à un si haut niveau de responsabilité ! Malgré sa retraite, il restait très actif dans des causes importantes pour le pays et restait, dans tous les cas, un très bon conseiller pour les forces politiques du pays », a réagi Fritz Baffour.

La gratitude de la France

Dans un communiqué, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a salué l’engagement constant de l’ancien secrétaire général des Nations unies, sur tous les continents.

« De Genève à New York, en passant par Addis-Abeba, Kofi Annan a été un acteur engagé sur tous les continents et pendant plus d’un demi-siècle, au service des plus grandes causes et à l’assaut des grands défis de l’ère contemporaine : la paix, le développement, la promotion des droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté et les discriminations. Au tournant de ce siècle, Kofi Annan a permis à l’ONU de se moderniser pour mieux faire face aux bouleversements d’un monde divisé qu’il a toujours essayé de rassembler.Je rends hommage à sa mémoire et souhaite exprimer la gratitude de la France pour son a

Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères de la France entre 1997 et 2002, à l'époque du premier mandat de Kofi Annan à l'ONU. Très ému au micro de RFI, il se souvient d'un homme « si distingué, si fin, si subtile, si agréable, si souriant, si intelligent dans le contact ».

Un homme respecté de Moscou à Washington

Vladimir Poutine a déclaré samedi avoir « sincèrement admiré la sagesse et le courage » de Kofo Annan, dans un message adressé à Antonio Guterres et rendu public par le Kremlin. « Son souvenir restera à jamais dans le coeur des Russes », a ajouté le président russe, saluant « sa capacité à prendre des décisions réfléchies, même dans les situations les plus complexes et critiques ».

La Première ministre britannique Theresa May a rendu hommage à « un grand leader et réformateur de l'ONU », tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a, elle, insisté sur la « voix de Kofi Annan » qui « va beaucoup nous manquer à une époque où la recherche en commun de solutions aux problèmes mondiaux est plus urgente que jamais ».

L'ex-président américain Barack Obama a pour sa part salué « son intégrité, sa détermination, son optimisme et son sens de notre humanité partagée » et souligné que l'ancien secrétaire général des Nations unies avait contribué à « motiver et inspirer » la « prochaine génération de leaders ». L'ambassadrice américaine à l'ONU a, elle, salué la mémoire de Kofi Annan, louant un diplomate ayant « oeuvré inlassablement pour nous unir ». « Kofi Annan a voué sa vie à faire du monde un endroit plus pacifique », a ajouté Nikki Haley sur Twitter, précisant qu'il n'avait « jamais cessé de se battre pour la dignité de chacun ».

 

RFI

Kofi Annan, septième secrétaire général des Nations unies (1997-2006), est mort, a-t-on appris ce samedi 18 août 2018. Il avait 80 ans. Très respecté, Kofi Annan a été le premier homme noir à diriger l’Organisation des Nations unies (ONU), dont il connaissait tous les rouages après y avoir travaillé pendant plus de 40 ans. Unanimement reconnu comme un homme de paix, il a obtenu conjointement avec l'ONU le prestigieux prix Nobel de la paix en 2001, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

Kofi Annan, septième secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006, a été « l’un des dirigeants les plus visionnaires et plus démocratiques du monde », pour reprendre les mots de l’ancien directeur de l’office des Nations unies à Genève, Vladimir Petrovsky.

Pour Thobjorn Jagland, ministre norvégien des Affaires étrangères (2000-2001), ancien Premier ministre et secrétaire général du Conseil de l’Europe, il était un dirigeant « intelligent et courageux ». « Quand il entre dans une pièce, une onde de sérénité se propage. On dirait le pape », déclare un ancien ministre européen.

Kofi Annan a ainsi su s’attirer les éloges des diplomates du monde entier. L’ancien ambassadeur américain à l’ONU, Richard Holbrooke, le considère comme « le meilleur secrétaire général de l’histoire des Nations unies, sans exception ».

Par son habileté, son opiniâtreté et son intégrité, le Ghanéen disparu le 18 août a su être un interlocuteur accepté aussi bien par les Chinois que par les Américains, les musulmans, les Occidentaux, les Arabes, les Israéliens, le Nord et le Sud. Il a dirigé l’ONU dans un monde où la guerre froide était terminée, mais où d’autres conflits faisaient rage, comme en Yougoslavie, en Tchétchénie ou au Congo. Dans un monde aussi où le XXIe siècle s’ouvrait, traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001.

Agir avec courage et avec cœur pour résoudre les conflits

Visionnaire, Kofi Annan a contribué à remettre les Nations unies au cœur du règlement des conflits. Il est parvenu à résoudre plusieurs oppositions épineuses, avec un mélange inédit de douceur, de charme et de franc-parler. Ses interventions ont été capitales à la frontière israélo-libanaise en 2000, ou lors de l’escalade américano-irakienne en 1998, année où il a obtenu la signature d’un accord sur le contrôle des sites militaires irakiens.

Son action au sein de l’ONU s’est concentrée sur la réorganisation interne des Nations unies, le développement de la lutte contre le sida, la poursuite des efforts de paix au Proche-Orient et le développement économique et social.

En manager hors pair, Kofi Annan a toujours su impressionner ses interlocuteurs par son élégance et sa courtoisie jamais prises à défaut. Calme et toujours à l’écoute, Kofi Annan était également capable d’humour vache. La France s’opposait à sa candidature pour succéder à l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali comme secrétaire général, car elle voulait un vrai francophone à la tête de l’ONU. Il avait ridiculisé l’argument en parlant anglais avec un accent français.

Docteur honoris causa de plusieurs universités (Dresde, Princeton, Gand, Neuchâtel, etc.), Kofi Annan a remporté de nombreux prix et récompenses pour son action au sein de l’ONU, dont le prestigieux prix Nobel de la paix, en 2001, avec l’ONU, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ». Il avait jugé « presque indécent » de se voir attribuer un tel prix en pleine guerre d’Afghanistan et en plein conflit au Proche-Orient. Le dernier et le seul autre secrétaire général des Nations unies à avoir reçu le Nobel de la paix était le Suédois Dag Hammarskjoeld, en 1961, à titre posthume.

« On l’a beaucoup critiqué comme étant l’homme des Etats-Unis, mais il est l’homme de la communauté mondiale », a déclaré Geir Lundestad, directeur de l’Institut Nobel, ajoutant : « Cela s’est confirmé lors de sa réélection le 27 juin 2001. […] Annan a reçu le soutien de l’Afrique, bien sûr, mais aussi de l’Asie et de toutes les grandes puissances même si la Chine a un peu traîné les pieds. » Sa réélection pour un mandat de cinq ans a été votée de façon unanime par les 189 Etats membres de l’ONU.

« Homme des Etats-Unis », avant la brouille de la guerre « illégale » en Irak

Lui qui est le premier secrétaire général à sortir des rangs du personnel de l’organisation a toujours eu une grande volonté de la réformer. Son image assez docile, d’« homme des Etats-Unis », qu’il avait au début de son mandat, s’explique par le fait qu’il a été élu secrétaire général de l’ONU en 1996 avec le soutien de Washington. En 2001, il a déclaré « approuver les raids américano-britanniques en Afghanistan appelant toutefois à tout faire pour épargner la population civile ».

Mais les relations entre Kofi Annan et la Maison Blanche se sont gâtées en 2003, avec l’invasion américaine de l’Irak. En 2004, il qualifie cette guerre d’« illégale », une opinion qu’il confirme tout au long de sa vie. Le secrétaire général a perdu un de ses proches à cause de la guerre, Sergio Vieira de Mello. Tué par un attentat-suicide à Bagdad le 19 août 2003, Sergio Vieira de Mello était, depuis mai 2003, le représentant de Kofi Annan en Irak, une mission qui était censée durer quatre mois. Il était perçu comme un successeur potentiel de Kofi Annan à la tête des Nations unies.

Lors du dernier discours qu’il a tenu devant un public américain en tant que secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan s’est montré sévère envers le président des Etats-Unis George W. Bush et sa politique. Dans la bibliothèque Harry Truman à Independence, dans le Missouri, Kofi Annan a rappelé l’héritage de ce même Harry Truman, un des fondateurs des Nations unies, qui disait : « La responsabilité des grands Etats est de servir les peuples du monde, pas de les dominer. »

Sans jamais prononcer le nom de George W. Bush, il a, en filigrane, critiqué sa politique : « Par le passé, l’Amérique a été à l’avant-garde du mouvement mondial pour les droits de l’homme. Mais, pour ce pays, la seule manière de rester en tête sera de se montrer fidèle à ses principes, jusque dans la lutte contre le terrorisme. » A l’époque, ces déclarations ont choqué les conservateurs américains.

Plus de 40 ans dans le système onusien

Né le 8 avril 1938 à Kumasi au Ghana, Kofi Annan, qui a une sœur jumelle, est issu d’une famille aristocratique de négociants. Il a étudié à l’Université scientifique et technologique à Kumasi. En 1961, il obtient sa licence d’économie au Macalester College, à Saint Paul, dans le Minnesota (Etats-Unis). En 1961-1962, il effectue des études de troisième cycle en économie à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève (Suisse). En 1971-1972, il obtient son diplôme de maîtrise en sciences de gestion au Massachusetts Institute of Technology.

Kofi Annan entre à l’ONU en 1962 comme fonctionnaire d’administration et du budget auprès de l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Il a travaillé plus de 40 ans dans le système onusien. Il a été en poste à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, à Addis-Abeba (Ethiopie), à la Force d’urgence des Nations unies, à Ismaïlia (Egypte), au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Genève.

Puis, au siège des Nations unies, à New York, il a été sous-secrétaire général à la gestion des ressources humaines et coordonnateur des Nations unies pour les questions de sécurité, puis sous-secrétaire général à la planification des programmes, au budget et à la comptabilité, puis contrôleur et enfin secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Après l’ONU, il a créé la Fondation Kofi-Annan, dont l’objectif est de « mobilise[r] la volonté politique pour vaincre les menaces pesant sur la paix, le développement et les droits de l’homme ». Il est également nommé président de l’ONG Global Elders, un groupe de « sages universels » qui œuvre pour la paix et les droits de l’homme dans le monde. Parmi eux, figurent notamment Desmond Tutu, Jimmy Carter et Nelson Mandela, jusqu’à sa mort.

n 2006, il a créé, avec le dessinateur français Plantu, Cartooning for Peace, une association de caricaturistes de presse engagés contre l’intolérance et pour le « respect des cultures et des libertés ». Le 23 février 2012, il est nommé envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe pour la crise syrienne. Mais il démissionne de ce poste moins de six mois plus tard, le 2 août.

Père de trois enfants, Kofi Annan a d’abord été marié à une Nigériane dont il a eu un fils et une fille. Il a ensuite été marié à Nane Lagergren, juriste et artiste suédoise, nièce du diplomate Raoul Wallenberg, qui a sauvé des milliers de juifs en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Un homme sujet à la critique et aux erreurs

Un de ses regrets à l’ONU a été de ne pas avoir pu réformer le Conseil de sécurité, pour qu’il reflète mieux le monde du XXIe siècle, et non plus celui « de 1945 ». Les opérations onusiennes ont été « désastre[uses] » au Darfour et en Somalie pendant ses deux mandats, selon cet homme qui n’a jamais hésité à reconnaître ses échecs.

Kofi Annan a dit « accepter la critique » lorsqu’un rapport indépendant l’a jugé responsable « d’erreurs de gestion substantielles » dans l’affaire Pétrole contre nourriture. Ce programme onusien devait permettre au régime irakien de Saddam Hussein de vendre du brut en échange de biens de consommation, pour atténuer les effets de l’embargo sur les civils. Mais Saddam Hussein s’est livré à de la contrebande en surchargeant les pétroliers et aurait, selon une enquête indépendante, détourné près de 1,8 milliard de dollars.

Dans ce dossier, Kofi Annan a été lavé des accusations les plus graves. Il n’a pas été jugé coupable d’entorses à l’éthique ni de corruption, notamment car rien n’indique qu’il ait su que la Cotecna, une entreprise suisse qui employait son fils Kojo Annan, tentait d’obtenir un contrat onusien, qu’elle a remporté. Kofi Annan a simplement été « négligent », selon les enquêteurs et partage les torts avec un Conseil de sécurité divisé, une organisation trop bureaucratique, certains responsables corrompus et un régime irakien manipulateur.

Enfin, à l’époque du génocide anti-tutsi du printemps 1994 au Rwanda, Kofi Annan était secrétaire général de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix. Certains reprochent à l’organisation internationale de ne pas avoir réagi à temps aux massacres. Kofi Annan s’est excusé au nom des Nations unies, exigeant plusieurs rapports internes sur les dysfonctionnements dans l’organisation sur le Rwanda, mais aussi sur la Bosnie.

 

RFI

 

 

Page 9 sur 563

AUDIO

Les enfants ne sont pas
Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...

BANNIERE 03 UNE IKRONO

Banniere UAA 260x600

Video galleries

logotwitterFacebook