Les enfants, dès tout petits, sont émerveillés d'apprendre.

-La gestion des émotions est importante-P B Cissoko-


Pourtant l'école devient ensuite, pour beaucoup d'entre eux, synonyme d'anxiété ou d'échec. Aujourd'hui, les connaissances scientifiques sur le cerveau bouleversent notre approche de l'éducation. Les neurosciences affectives et sociales montrent qu'une relation chaleureuse et empathique génère un cercle vertueux : l'enfant se sent compris, il est motivé, sa réussite scolaire augmente et l'enseignant se sent compétent. À l'inverse, l'éducation punitive produit un effet contraire à celui recherché. Quant à la dévalorisation et aux humiliations verbales, elles ont un impact aussi néfaste que les coups.


Dans ce livre majeur, Catherine Gueguen analyse les règles fondamentales et les formations qui permettent aux adultes comme aux enfants de développer leurs compétences émotionnelles et sociales. L'empathie, cela s'apprend, l'écoute peut se renforcer, l'attention à soi et aux autres se travaille...
Tous les enfants peuvent être « heureux d'apprendre » !


Et les adultes, heureux de les accompagner sur ce chemin !


Chute du Prix du Pétrole : Une opportunité à mieux utiliser pour les pays importateurs


À Alger comme à Luanda, en passant par Abuja ou Pointe Noire, elle hante les nuits des dirigeants et inquiète fortement les populations qui, dans la foulée de leurs princes, avaient pris la mauvaise habitude de vivre presque exclusivement de la rente pétrolière, dans une certaine insouciance des lendemains. Elle, c'est la chute vertigineuse du prix du baril du pétrole et les perspectives moroses qui sont annoncées pour ce produit phare. Elle a plongé dans la crise financière de nombreux pays, prélude à une crise économique plus profonde et peut être, des difficultés sociales voire politiques dans certaines contrées. Cependant, conformément au vieil proverbe africain relatif à la mort du cabri de certains, profitant à la succulence de la sauce d'autres, tout le monde ne se lamente pas sur le sort du cours du brut, loin de là ! Les pays importateurs d'hydrocarbures qui suivent les prix de ce produit comme du lait sur le feu, sont grandement soulagés quand le cours du pétrole est clément.
Ces pays ont mis en place des dispositifs de gestion des prix des hydrocarbures utilisant l'ajustement de la fiscalité en fonction du cours pour assurer la stabilité des prix au détail. Ils régulent ainsi les prix à partir des taxes.

Quand les cours sont élevés, l'État réduit la fiscalité, préserve un peu les marges des fournisseurs et agit sur le prix à la pompe. Le même mécanisme fonctionne à la baisse, au bénéfice des taxes. La baisse continue des cours du pétrole a été une véritable aubaine pour leurs finances publiques. Des États n'ont pas répercuté la baisse sur les prix à la pompe, la fiscalité a été maintenue à un certain niveau et les ressources générées ont été significatives pour les trésors publics. Dans le contexte baissier des cours, les perspectives sont donc positives pour ces pays. Il se pose ainsi une question majeure pour eux : que faire de l'opportunité que constitue cette baisse structurelle des cours du pétrole ?

Faut-il simplement engranger des revenus supplémentaires et se contenter de les enregistrer parmi les recettes et couvrir des contre-performances éventuelles sur d'autres segments budgétaires ?

Faut-il les utiliser pour diminuer le déficit budgétaire et préserver quelques marges de manoeuvres pour le futur ? Faut-il faire autre chose ?


Il est indispensable au préalable que les décideurs publics de ces pays se penchent sur la question.

Autant les pays pétroliers, en proie à des difficultés, réfléchissent aux possibilités leur permettant de rebondir, autant les importateurs doivent analyser les opportunités actuelles tout en anticipant des retournements éventuels de conjoncture. Ils doivent considérer cette aubaine comme un facteur non prévu et non maitrisé et y accorder une attention majeure. Celle-ci conditionne l'adoption d'initiatives et de stratégies porteuses pour l'avenir à partager avec les populations. Dans cette optique, ils doivent mobiliser leurs outils d'anticipation et de suivi du marché et des grandes évolutions le concernant.


La première des postures à prendre rapidement est de veiller à ce que l'embellie sur le front de la fiscalité pétrolière ne masque pas les résultats insuffisants en matière de collecte des ressources intérieures, véritable talon d'Achille des pays africains (pression fiscale encore inférieure à 20% du PIB). Il faut que les autres recettes soient gérées avec un grand souci de performances et continuer à mettre la pression à ce niveau, avec pour objectif d'améliorer les ressources fiscales internes. Les reformes des administrations fiscales, la lutte contre la corruption, la modernisation et la simplification des procédures fiscales, l'amélioration des relations avec les contribuables, la mise en valeur de certains « gisements » fiscaux constituent des pistes qu'il faut continuer d'arpenter afin de réaliser les objectifs d'amélioration des performances fiscales des États.


La seconde posture est celle de la communication et du partenariat avec la société civile dans la gestion de ces ressources imprévues et non maitrisées. Il est souhaitable que les populations sachent comment fonctionne le dispositif de gestion des prix des hydrocarbures, son impact sur les prix sur le marché, ses effets stabilisateurs de prix.... La communication sera encore plus efficace si les décideurs associent les populations dans l'utilisation des ressources additionnelles dégagées, ce qui facilitera leurs tâches au moment d'adoption de mesures plus difficiles en cas de retournement de la conjoncture.
La posture suivante consistera à considérer ces revenus supplémentaires comme exceptionnels et de ce fait à les affecter vers le financement de dépenses d'investissement ou de dépenses opportunes ou porteuses d'avenir, au lieu de les laisser fondre parmi les recettes courantes destinées à couvrir des dépenses de fonctionnement. Les Gouvernements pourront, en rapport avec les populations, mettre en place un cadre partenarial pour suivre l'évolution de ces ressources, examiner les initiatives à conduire et les suivre. En la matière, plusieurs options s'offrent à elles.


La baisse substantielle du prix des carburants n'est pas à proprement parler une dépense publique mais constitue un manque à gagner dans la mesure où elle se fait au travers d'une baisse de la fiscalité. Le prix du carburant a un impact sur de nombreux autres facteurs économiques comme les transports ou encore l'énergie et donc sur les produits de consommation courante. Sa diminution significative (au moins 5%) donnera du pouvoir d'achat aux populations et pourra servir de levier à une embellie économique liée à la consommation. L'impact économique de cette mesure sera cependant limité. Elle bénéficiera principalement aux consommateurs de produits pétroliers et aux citadins dont l'énergie est en partie fournie par les centrales thermiques. Plus on sera éloigné des villes, moins on percevra nettement la portée de la baisse du prix du carburant.


L'allocation de subventions aux intrants agricoles (engrais, pesticides, semences) ainsi qu'aux matériels agricoles (tracteurs, charrues...), le soutien aux cantines scolaires ou encore la subvention aux frais de scolarité touchent directement les couches défavorisées et la production rurale et donc le plus grand nombre. Une partie des ressources additionnelles issues de la baisse du prix du pétrole peut être allouée à cette activité, soulageant grandement les populations rurales. On pourrait mieux orienter la subvention et l'affecter aux intrants qui ne bénéficient pas directement de la chute des cours (ceux qui ne sont pas dérivés des hydrocarbures) pour en améliorer encore l'impact.


La lutte contre le chômage des jeunes est une urgence continentale. L'entrepreneuriat est considéré comme un des moyens efficaces de promouvoir l'auto-emploi des jeunes et surtout l'innovation, la créativité et donc le développement. Nous devons faire nettement plus pour le soutien à la création d'entreprise par les jeunes, l'appui à leurs projets notamment dans la production (pisciculture, agro-industrie...). Il faut augmenter les budgets alloués à cela et utiliser pour ce faire une partie des ressources additionnelles dégagées par la baisse du prix du pétrole.


L'énergie solaire est une alternative de long terme aux hydrocarbures et dispose en Afrique, notamment dans les parties sahéliennes et sahariennes, d'une source d'approvisionnement inépuisable. Elle est renouvelable et surtout préserve l'environnement et le climat. Les pays africains ont prévu dans le cadre de l'Accord de Paris, des mesures d'adaptation dont la promotion du solaire.

On peut concrétiser cet engagement en investissant une partie des ressources additionnelles au développement du solaire et sa vulgarisation aussi bien dans les campagnes qu'en ville.


On pourrait soutenir la recherche dans ce domaine, promouvoir les innovations, encourager la réalisation de mini centrales, soutenir les entrepreneurs du secteur, faciliter l'accès aux matériels de production... La baisse du prix du pétrole menace le développement de cette industrie, il est donc tout à fait normal que les ressources additionnelles dégagées du fait de cette baisse soutiennent la promotion du secteur solaire.
L'accès aux soins reste problématique pour une bonne partie des Africains en raison de la qualité insuffisante du personnel de santé. Or, le développement humain, crucial pour le progrès socioéconomique de l'Afrique, repose d'abord et avant tout sur le système sanitaire. Le recrutement de personnels qualifiés, le renforcement des capacités du personnel sanitaire, les investissements en infrastructures et en équipements sont des initiatives qui peuvent bénéficier de l'utilisation des ressources additionnelles dégagées par la baisse du prix du pétrole.


Parallèlement aux activités à soutenir par les ressources additionnelles consécutives à la chute du cours de l'or noir, il est indispensable de mettre en place un véritable fonds de soutien aux cours des produits pétroliers qui sera alimenté par une partie de l'excèdent généré et qui sera géré avec la société civile dans le cadre du dispositif partenarial évoqué précédemment. Le fonds complètera la fiscalité flottante au cas où celle-ci menacerait de déséquilibrer les finances publiques en cas de hausse importante et durable des cours. Ce fonds sera régulièrement abondé en période favorable et pourrait même être utilisé pour financer certains investissements prioritaires (production d'énergie, maitrise de l'eau, ...) dont les revenus serviront à le rembourser et à le reconstituer. Il pourrait être utilisé comme fonds souverain, utilisé comme une structure privée essentiellement mue par la rentabilité. Ce dispositif complètera ainsi l'architecture à mettre en place pour permettre aux pays importateurs de mieux bénéficier de l'embellie actuelle des prix du pétrole. Cette architecture mettra définitivement ces pays à l'abri de pressions de la société civile pour mieux redistribuer les dividendes actuels sous forme d'augmentation de salaires, de subventions...Elle leur permettra de s'orienter vers des initiatives porteuses à moyen terme de prospérité économique et cela, dans un cadre de grande stabilité sociale.


Moussa MARA-Ancien Premier Ministre du Mali

Comment philosopher en Afrique ?
Nos rendez-vous avec le Salon africain du livre de Genève. Invités, Souleymane Bachir Diagne et Séverine Kodjo-Grandvaux éclairent de leurs oeuvres les sentiers philosophiques sur le continent.
Valérie Marin La Meslée
-Le Point Afrique

Souleymane Bachir Diagne et Séverine Kodjo-Grandvaux. © DR


Professeur à Columbia University à New York, spécialiste de philosophie des mathématiques à l'origine, Souleymane Bachir Diagne est aussi celui qui a relié l'oeuvre de son compatriote Senghor à celle de Bergson. Et fait découvrir l'Islam ouvert du philosophe indien Mohamed Iqbal. Alors que reparaît son Comment philosopher en Islam (Éditions Philippe Rey), il vient de consacrer un ouvrage à la philosophie en Afrique : L'encre des savants (Présence africaine). Un "précis" où il montre comment les questions de l'ontologie, du temps, de l'oralité et de la politique sont pensées par les Africains. Entretien.


Le Point : Quand on pense à l'Afrique, c'est souvent davantage au continent de l'irrationnel qu'à celui de la philosophie. Idée reçue ?


Souleymane Bachir Diagne : Cette idée reçue est liée à la situation coloniale. À l'époque, la pensée philosophique, fine pointe de la civilisation, est le propre de l'Europe. Or celle-ci nie toute civilisation à l'Afrique puisqu'il s'agit justement pour elle de l'apporter aux Africains. La découverte, sur place, de mythes, contes, proverbes va donner naissance à la notion vague de "sagesse", avant que l'ethnologue Lévy-Bruhl popularise l'expression de "mentalité primitive". Or philosophie et primitif sont deux mots qui s'accordent bien mal...


Et voici qu'en 1948, un ouvrage venu du Congo belge signé du missionnaire Placide Tempels, La philosophie bantoue, dont vous préfacez d'ailleurs la réédition, les fait s'accorder...


Oui, ce fut un véritable coup de tonnerre ! Associer une population d'Afrique, les Bantous, et la philosophie : on n'avait jamais vu cela. Tempels y explique que les ethnologues et anthropologues s'en sont tenu à la surface des choses, avec leurs descriptions ethnographiques. Il ne suffit pas d'observer les systèmes de lois, les rituels, la religion ou la morale sociale, il faut remonter, dit l'auteur, à la philosophie de l'être qui les sous-tend, en l'occurrence, une ontologie de la force vitale. Une chose existe en tant qu'elle est une force, et l'essence de toute chose est d'être une force. Chez les Bantous, le système de pensée se hiérarchise autour de cette notion.
Le livre de Tempels a fait l'objet de nombreuses controverses : l'affaire de la philosophie en Afrique n'était pas "gagnée"...


Oui, d'abord parce qu'il visait quand même à parfaire l'oeuvre coloniale en comprenant mieux les populations... Ensuite parce qu'il a servi de "fourre-tout", comme si la philosophie de la force vitale était celle du continent tout entier. Avec le recul, on voit que Senghor y a trouvé appui pour sa réflexion sur l'art africain comme philosophie : lui qui parlait d'une force ordonnatrice qui tient ensemble les différentes parties d'une sculpture africaine rencontre dans ce livre son lexique philosophique ! Enfin, il faut constater aussi que cette ontologie, qu'on décrit là très rapidement, n'est pas le propre exclusif de l'Afrique : on en trouve des échos chez Spinoza, et aussi chez Deleuze...


La question de l'oralité a beaucoup occupé les philosophes africains. Peut-on philosopher sans écrire ?


L'objection que l'on fait toujours à l'activité philosophique en Afrique est la suivante : une civilisation essentiellement orale ne peut pas être une civilisation de l'esprit critique. Mon collègue sénégalais Mamoussé Diagne, dans son livre Critique de la raison orale (Éditions Karthala), a brillamment démontré que la tradition orale ne cesse de s'autocritiquer. Bien des textes oraux, si l'on excuse cette expression paradoxale, ne peuvent se lire qu'à la lumière de contenus précédents qu'ils remettent en question.
L'encre des savants, par son titre, rappelle aussi l'existence d'une tradition écrite en Afrique ?


Avec l'islamisation d'une bonne partie de l'Afrique à partir du IXe siècle, toute une tradition érudite écrite, nourrie de ce que le monde islamique avait lui-même reçu du monde grec, est arrivée dans des centres de savoir comme à Tombouctou, Djenné au Mali actuel, ou Coki du côté du Sénégal. Et des textes importants y apparaissent surtout après le XIVe siècle, dont un superbe ouvrage, emblématique de ce que fut Tombouctou, où Ahmed Baba rappelle cette tradition prophétique selon laquelle l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs. J'ai emprunté le titre de mon livre à cette parole parce que nous vivons à une époque où il faut rappeler cela...


La philosophie pourrait-elle un jour s'écrire et s'enseigner en langues africaines


L'histoire prouve qu'il existe déjà une littérature philosophique dans les langues africaines : certains manuscrits de Tombouctou dits ajami sont écrits dans ces langues, transcrites en caractères arabes. Les philosophes n'ont plus besoin de s'épuiser sur ces a priori absurdes de langues qui seraient concrètes ou abstraites. J'ai récemment écrit dans ma langue maternelle, le wolof, un texte sur le vrai et le faux paru dans un livre manifeste Listening to ourselves, édité par un de mes anciens étudiants, Chike Jeffers, professeur à Halifax au Canada, réunissant les essais, écrits dans leur langue maternelle, d'une dizaine de philosophes africains vivant aux États-Unis, avec traduction en anglais en vis-à-vis.


Quel est l'apport des philosophies africaines à l'histoire de la pensée universelle ?


Depuis la charte du Mandé, du XIIIe siècle, proclamant que toute vie humaine est une vie, jusqu'à nos jours, c'est vaste... Je m'en tiendrais au domaine de la philosophie politique, d'importance majeure quand il s'agit de penser le contenu à donner à la démocratie. Mon collègue Jean-Godefroy Bidima a écrit un livre sur le concept moderne de la palabre, bien loin de l'image d'Épinal de vieillards assis sous l'arbre du même nom ! Il l'associe à la recherche du consensus si indispensable en cas d'affrontements politiques, qui vont jusqu'à déchirer le tissu social. Je citerais aussi le concept d'ubuntu universalisé aussi bien par Mandela que par Desmond Tutu. Pour dépasser la situation la plus conflictuelle qu'on puisse imaginer, l'Apartheid, cette notion d'ubuntu qu'on pourrait traduire par "faire humanité ensemble" a trouvé son application dans la société. La justice transactionnelle, qui cherche la vérité non pas nécessairement pour punir mais pour guérir, doit beaucoup à l'humanisme porteur d'avenir que contient ce concept.


Qu'est-ce que les philosophes africains nous disent de l'avenir ?


La question du temps les a beaucoup occupés, puisqu'elle est encore une fois liée à un stéréotype qui voulait que le continent africain soit celui de l'immobilisme où l'on valorise la tradition, à la différence d'un monde moderne engagé dans le progrès. Il s'est même trouvé certains pour dire que la dimension du futur était quasi absente de la réflexion africaine. En ce qui me concerne, j'invite justement à penser le continent africain dans une philosophie du mouvement, où le sens de nos actions nous vient du futur que nous voulons et ne nous est pas dicté par le passé.


Sur quoi repose cette philosophie du mouvement à laquelle vous travaillez ?


Dans tout ce que j'écris, il y a une constante : celle du rapport entre les notions de fidélité et de mouvement. Est fidèle à l'Islam ce qui suit le mouvement de son ouverture, c'est le sujet de mon livre sur Iqbal et de Comment philosopher en Islam ? De la même manière, quand je réfléchis au "philosopher en Afrique", je soutiens que la vraie fidélité à la notion (introuvable, il faut bien le dire) d'africanité se trouve dans l'invention continue de soi. Et non dans la pétrification, où l'on risque de se perdre. Regardez ce que le traditionalisme a inspiré à Mobutu qui a revendiqué la tradition pour imposer sa dictature...

Que valent au continent les postures défensives et réactives, hier contre le colonialisme, aujourd'hui contre la mondialisation ?

Et la crispation identitaire, qui pour la religion peut prendre les formes du fanatisme, du littéralisme ? Ils sont là les adversaires de cette pensée de la fidélité dans et par le mouvement !
C'est elle que je défends, et en cela je suis l'un des Bantous de Tempels : je crois en la force de vivre, force qui doit croître et aller de l'avant...

http://afrique.lepoint.fr/culture/comment-philosopher-en-afrique-19-08-2014-1857630_2256.php

 


ENTRETIEN. Défis posés à l'islam et à la démocratie, impact de l'éducation, relations Afrique-France, Trump... : le grand penseur sénégalais ouvre de passionnantes pistes de réflexion.


Propos recueillis par Gilbert Faye et Malick Diawara
 Le Point Afrique

Le philosophe Souleymane Bachir Diagne fait partie des plus illustres penseurs contemporains.

Alors que l'Afrique, à l'instar de tous les continents, est secouée par l'islamisme et que sa marche vers la démocratie est loin d'être tranquille, perturbée qu'elle est par des contingences locales à la fois politiques, économiques et sociales, la parole de Souleymane Bachir Diagne est précieuse. Considéré comme l'un des plus grands penseurs de notre temps, ce Sénégalais, professeur à Columbia University à New York, est l'auteur, entre autres ouvrages, de Comment philosopher en islam ? (éditions Philippe Rey), mais aussi de L'Encre des savants (Présence africaine), un livre qui éclaire sur l'approche propre et multiple qu'ont les Africains de nombre de questions, dont la politique et le temps. L'éclairage de Souleymane Bachir Diagne vaut le détour. Illustration.


Le Point Afrique : professeur à Columbia University, vous êtes aux premières loges pour donner une appréciation sur Trump, l'impact de sa politique au niveau interne, notamment par rapport aux migrants d'origine africaine, mais aussi sur l'Afrique qui doit être accompagnée par les pays riches sur le chemin des solutions au changement climatique ?


Souleymane Bachir Diagne : S'agissant de l'impact de la politique de Trump sur l'immigration aux États-Unis, quand on est dans une université comme la mienne, Columbia University, on est forcément aux premières loges pour savoir de quoi on parle. Dès le début de la présidence Trump, mon université Columbia a déclaré qu'elle faisait partie des établissements qui ne sont pas prêts à collaborer avec l'organisation fédérale qui a pour mission de traquer les immigrants illégaux et de les expulser. Le président Trump s'est en effet empressé de revenir sur la politique de Barack Obama en matière de protection de ce que l'on appelle ici les dreamers, c'est-à-dire les immigrants illégaux qui sont arrivés enfants aux États-Unis. Toutefois, je viens de lire dans la presse que le président Trump serait en passe de rétropédaler et de reconsidérer la mise en œuvre d'une telle politique. Mais cela est récent et reste à confirmer. Lorsque l'on vit à Columbia, on est à côté d'un quartier de Harlem qui s'appelle Little Senegal, où réside – comme son nom l'indique – une importante communauté sénégalaise. Et il y a eu beaucoup d'émoi ces derniers mois au sein de cette communauté, qui compte un certain nombre d'illégaux. Depuis, les choses se sont quelque peu calmées, mais l'impact, ne fût-ce que sur le plan émotionnel, est certain.
S'agissant de l'autre aspect, celui qui concerne les engagements pris sous la présidence Obama dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat en décembre 2015 pour protéger notre planète Terre, la décision de Donald Trump de suspendre la participation des États-Unis à cet accord universel est tout simplement catastrophique.


Que dit de l'Amérique la défiance exagérée de Trump envers l'islam ?


Ce fut en effet l'un des grands aspects de sa campagne. Dès avant sa présidence, une grande partie des propos de Donald Trump ont été dirigés contre les immigrés mexicains. On l'a entendu dire des choses terribles contre les « bad hombres », comme il les avait surnommés. Dans ce contexte, en termes de propos haineux, les musulmans ont été servis plus souvent qu'à leur tour. Ces propos ne sont pas restés sans conséquence. Il y a eu une montée en flèche du nombre d'incidents islamophobes dans le pays. Il ne s'agit donc pas de simples propos sans conséquence, car, combinés les uns aux autres, ils créent un climat délétère, installé par ce genre de rhétorique et qui rend possibles toutes les violences.
Le « muslim ban », promis par le candidat et qui s'est traduit dans le décret pris par Trump pour interdire aux ressortissants de six pays musulmans d'entrer aux États-Unis, est symptomatique d'un tel contexte. Il a été d'ailleurs annulé par la justice américaine, qui s'est, pour ce faire, notamment référée aux propos de campagne de Trump pour cerner les intentions réelles de cette mesure et la déclarer finalement, et à deux reprises, non conforme au droit américain.
Puis Trump s'est rendu en Arabie saoudite avec l'intention déclarée de faire la paix avec le monde musulman. De fait, il apparaît y avoir fait amende honorable à travers quelques déclarations dans lesquelles il semble être revenu quelque peu sur ses propos antérieurs. Si celles-ci étaient suivies d'effet, ce serait une bonne chose, car le climat qui a prévalu jusqu'à présent, régulièrement nourri de propos haineux envers l'islam et les musulmans, était encore une fois particulièrement délétère.


Victoire du populisme aux États-Unis, victoire du « dégagisme » en France. Qu'est-ce que cela dit de la démocratie dans ces deux grands pays qui inspirent la démocratie à travers le monde ?


Je placerai ce qui s'est passé en France à part. Car, au fond, même s'il est vrai qu'il y a eu « dégagisme », on a le sentiment qu'avec la victoire du président Emmanuel Macron la démocratie a fini par l'emporter. L'élection de Marine Le Pen aurait été, à l'inverse, un véritable désastre sur le plan de la démocratie. Mais il est vrai qu'il y a la montée des populismes, couplée au fait que la démocratie, au fond, ne suscite plus le même enthousiasme. On a l'impression qu'il y a un déficit démocratique dont on s'accommode volontiers dans un certain nombre de pays. C'est le cas, me semble-t-il, dans certains pays en Europe de l'Est, où l'adhésion à l'Union européenne et aux principes démocratiques est moins évidente, où l'enthousiasme de l'immédiat après-chute du mur de Berlin semble être retombé.
Il y a aujourd'hui des pays qui sont en régression démocratique. C'est très dangereux. Cela prépare un monde du repli sur soi, de la fragmentation, de la tribu finalement dans laquelle on se retracte sur des identités étroitement définies par opposition à d'autres. Un monde où l'idée d'humanité en général ne semble plus avoir grand sens. On l'a constaté à l'occasion de la crise des réfugiés. On le voit malheureusement aujourd'hui dans le succès relatif que rencontrent les populismes, surtout si ceux-ci appellent à une fermeture sur soi, contre les réfugiés, les immigrés, les populations différentes, même lorsqu'il s'agit de populations de citoyens – l'Europe étant devenue aujourd'hui multiculturelle. C'est également une fermeture qui joue contre l'Europe dans le sens où elle entrave la construction européenne.

Quel regard posez-vous sur la démocratie et son exercice en Afrique ?


La démocratie en Afrique avait connu une avancée heureuse ces dernières années. Ce qu'on a appelé les « transitions démocratiques » a eu lieu. Pendant très longtemps, les démocraties sur le continent africain se comptaient sur les doigts d'une seule main. Dans les années 1980, l'un de mes compatriotes sénégalais, Benoît Saliou Ngom, avocat spécialiste des droits humains, avait écrit un livre intitulé Afrique, le continent oublié des droits de l'homme. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il y a eu depuis des avancées réelles et majeures. Les alternances démocratiques paisibles ne sont plus du tout une exception. Les autocraties sont sur la défensive. Cela étant, on voit des régressions ici ou là. En particulier la fameuse « régression du troisième mandat » qui voit le pouvoir en place accepter l'idée d'une limitation du nombre de mandats afin qu'il y ait respiration démocratique ; puis, quand ces mandats arrivent à leur terme, le pouvoir est tenté de modifier la Constitution pour se perpétuer, ce qui est extrêmement dangereux. Mais enfin, la tendance lourde, globale en Afrique, va dans le sens d'un affermissement de la démocratie.


Cela dit, il faut se rendre compte que la démocratie est un régime fragile. Jusqu'à quel niveau de pauvreté la démocratie peut-elle réellement fonctionner ? Lorsqu'il y a beaucoup de désespoir dans la société, quand vous avez des jeunes qui ne savent plus à quel saint se vouer, qui peuvent être tentés par l'immigration ou toutes sortes de fanatismes, on se rend compte que cette démocratie est extrêmement précaire et qu'il faut veiller à préserver ces acquis démocratiques qui sont réels mais fragiles sur le continent africain.


Le Sénégal, pays à majorité musulmane, est un phare de la démocratie sur le continent. En quoi l'islam, selon vous, est-il compatible avec la démocratie ?
Il est tout à fait pertinent de rappeler que le Sénégal a une solide tradition démocratique. Parce qu'au fond la fameuse question de la compatibilité de l'islam avec la démocratie n'est pas une question théorique. C'est une question éminemment pratique. Si on regarde dans le monde le nombre de pays musulmans qui sont des démocraties, ils ne sont pas très nombreux, mais ils existent. Et leur nombre va en augmentant. Donc la réponse à la question de la compatibilité entre islam et démocratie ne peut qu'être pratique, empirique. Car, si on pose cette question en considérant les seuls aspects théoriques, en se demandant ainsi si quelque chose dans l'essence même de l'islam s'oppose à quelque chose dans l'essence même de la démocratie, une telle question ne peut pas trouver de réponse. Il suffit de la poser pour n'importe quelle religion pour se rendre compte de cela. Si je pose la question de savoir si le catholicisme est compatible avec la démocratie, et si je regarde l'histoire du catholicisme, des révolutions et des contre-révolutions en France, j'ai tendance à répondre non.

Mais, si je considère l'histoire de la République en France au XXe siècle, alors j'ai tendance à dire oui. Donc la réponse à la question de la compatibilité entre quelque religion que ce soit et la démocratie est toujours d'ordre pratique. De ce point de vue, des pays comme le Sénégal, la Tunisie, la Turquie, l'Indonésie, la Malaisie ou encore d'autres, en dépit de régressions démocratiques conjoncturelles toujours possibles, sont en train de faire la preuve que démocratie et islam peuvent parfaitement coexister.

http://afrique.lepoint.fr/culture

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