"L'enfant devient roi, il a le droit de négocier, de discuter, de s'opposer à ses parents, il est surprotégé par la loi et les parents ont peur. Peur de ne pas aavoir l'amour de leurs enfants, peur de tout et ils laissent faire.....L'enfant ne sait plus donner, partager, il devient égoiste et individualiste, il vient vers vous quand ça lui chante ou quand il a besoin. Il ne respecte plus rien, l'autorité fou le camp, le prof il s'en fou, la police il s'en moque, les pompiers il ne les respecte pas, les personnés âgées il n'a pas d'égard, il se veut libre de respecter ou de ne pas respecter, Un enfant est une personne mais il faut comme le dit Alain le Dresser ( rendre droit sans violence et cela s'appelle Education-P B Cissoko

Individualisme, rejet de l'autorité... Enquête sur la génération «J'ai le droit» par Christel Brigaudeau|

Les jeunes générations ont grandi avec les réseaux sociaux, qui favorisent l'individualisme.


L'intérêt général, connais plus! Une prof jette un pavé dans la mare en fustigeant la génération « j'ai le droit ». Des jeunes, mais aussi des adultes pour qui le « je » prime sur tout.


C'est une phrase courte, qui se passe rarement d'un point d'exclamation. Comme une petite explosion sémantique qu'on entend partout et qu'on prononce soi-même souvent : « J'ai le droit ! » Le droit de parler en classe, le droit de bloquer son lycée, le droit au wi-fi et à la déconnexion, le droit de maltraiter l'orthographe, le droit de payer moins cher, celui de revendiquer sa singularité, religieuse ou identitaire, et même, désormais, le droit à l'erreur administrative...


« Après tout, nous sommes dans un Etat de droit, comme le répètent très souvent les politiques », sourit la sociologue et directrice de recherches au CNRS Monique Dagnaud.


La fin des piédestaux ?


Mais cet état de fait serait-il aussi devenu le trait le plus saillant de la société d'aujourd'hui ? « Nous sommes dans la glorification des identités particulières, dans un individualisme forcené », assène Barbara Lefebvre, enseignante et polémiste, auteur d'un pavé dans cette mare du « je » : « Génération : J'ai le droit », à paraître jeudi (1). Cette prof d'histoire-géographie dénonce chez ses élèves mais aussi chez leurs parents « une suspicion » à l'égard de l'autorité et des savoirs, comme si le règne du moi revendiqué sur les réseaux sociaux rendait tout le reste relatif.

Au feu, les estrades et piédestaux sur lesquels trônaient autrefois le maître, le juge, le politique, les parents ?

« L'individualisme est un trait fort de nos sociétés contemporaines, et c'est vrai qu'il dilue le sentiment d'appartenance collective, abonde Monique Dagnaud (2). Nous avons pour de bon quitté la société patriarcale : un cadre existe toujours dans la famille mais il est négocié et la parole de l'enfant est prise en compte. Pas étonnant, dans ce contexte, que des jeunes s'élèvent avec l'argument j'ai le droit. »


S'il constate aussi « une montée générale des revendications identitaires et des attitudes protestataires », le sociologue de la jeunesse Olivier Galland (3) nuance : « Le rejet de l'autorité n'est pas généralisé chez les jeunes, il est en fait très différent selon le milieu social ou le niveau de diplôme. Mais il est vrai aussi que la reconnaissance de l'individu dans ce qu'il a de particulier est un thème très fort dans la jeunesse. » Une jeunesse pour laquelle les notions de respect et d'humiliation sont, relève le spécialiste, parmi les plus importantes qui soient.


1. « Génération : J'ai le droit », de Barbara Lefebvre, Ed. Albin Michel, 240 p, 18 €.
2. « Le Modèle californien.Comment l'esprit collaboratif change le monde », de Monique Dagnaud, Ed. Odile Jacob, 2016.
3. « Sociologie de la jeunesse », d'Olivier Galland, Ed. Armand Collin, 2017.

 

Génération "j'ai le droit" : La faillite de notre éducation Broché – de Barbara Lefebvre (Auteur) –albin Michel

Toute une génération ne cesse de répéter " J'ai le droit ", exprimant de manière péremptoire un " droit de s'élever contre " : l'école, l'autorité parentale, les règles communes et même la loi en général. Plus que jamais cette revendication symbolise un individualisme irresponsable et témoigne d'une faillite collective accablante : régression de nos libertés collectives au profit des communautés, triomphe de l'égalitarisme, dérives pédagogiques de l'Education nationale, démission de parents dépassés... Barbara Lefebvre montre, preuves à l'appui, comment nos enfants ont été abandonnés culturellement par notre système éducatif. Elle alerte sur des enjeux qui dépassent largement la sphère scolaire : nivellement par le bas, absence des familles, mépris des valeurs humanistes fondamentales, racisme, sexisme, antisémitisme, destruction de la laïcité, culte de l'individualisme...


Génération «J'ai le droit» : «Dès la 6e, les élèves se lèvent en plein cours, tutoient»
|Propos recueillis par Christel Brigaudeau|


Barbara Lefebvre est enseignante, auteur de « Génération : J'ai le droit ». Dans son livre, elle témoigne de son expérience et parle d'une génération individualiste, de crise de l'autorité...


Elle parle comme elle marche : vite. Même avec le rhume, Barbara Lefebvre est habitée par son propos. Cette prof d'histoire-géographie en région parisienne, en poste auprès d'élèves en situation de handicap, est devenue l'une des figures des débats sur l'école. Elle est classée dans le camp des conservateurs depuis sa participation il y a quinze ans à l'ouvrage collectif « les Territoires perdus de la République » sur la montée des communautarismes. « Génération : J'ai le droit » est son quatrième livre.


La génération « J'ai le droit », c'est quoi ?


Barbara Lefebvre. C'est à la fois une génération d'élèves et une génération de parents qui considèrent que leurs droits individuels prévalent sur l'intérêt général. On glorifie les identités particulières au détriment du bien commun. Cet individualisme fait le jeu de deux courants : d'une part, le modèle ultralibéral, avec le culte de l'argent ; d'autre part, le communautarisme, selon lequel on serait déterminé par une identité de naissance à préserver absolument.


En tant que prof depuis vingt ans, avez-vous observé les comportements de cette génération « J'ai le droit » ?


Oui. Dès la 6e, les élèves se lèvent en plein cours, tutoient et interrompent l'enseignant... C'est la preuve que quelque chose n'est pas cadré. Je vois dans cette génération deux rejets, deux crises : une crise de l'autorité et une crise de la culture. Or, la culture est fondamentale car elle est génératrice d'intégration. Et je ne parle pas là que des enfants d'immigrés, car un enfant est un nouveau venu dans la société, et le rôle de l'école est de lui apprendre la vie en collectivité. Mais elle est aujourd'hui délégitimée. Il ne faut pas s'étonner, par conséquent, que l'élève conteste, n'obéisse pas, voire dise qu'il est son propre maître.


Pour vous, l'école serait donc responsable ?


Cette génération est le résultat d'un très long phénomène, mais l'école en particulier a perdu le sens de sa mission. Avec ce principe prétendument progressiste selon lequel il faut se mettre à la portée des enfants, on a maintenu un grand nombre d'élèves derrière un fossé devenu quasiment infranchissable. Privés d'un accès exigeant à la langue, ils ne sont plus en capacité d'avoir une conversation avec quelqu'un qui vient d'un autre milieu. L'école a perdu sa capacité intégratrice.


C'est nouveau ?


L'explosion des réseaux sociaux a accentué la domination du « je » tout-puissant, qui pense primer sur le « nous ». Dans les années 2000 déjà, on sentait chez les élèves un certain non-consentement de l'autorité. Cela s'est exacerbé depuis cinq ou six ans.


Cet individualisme ne peut-il pas avoir de bons côtés ?


Quand vous mettez votre « je » en avant, quand la seule chose qui compte est la satisfaction de vos désirs et de vos envies, cela crée un rapport avec les autres extrêmement violent. L'autre devient un objet. D'où le harcèlement, le sexisme, et ces petits caïds qui font leur loi...
Vous incluez les parents...


Beaucoup ont intégré que l'école serait ce lieu de la violence institutionnelle, qui nierait l'identité et l'épanouissement de leurs enfants. Mais c'est normal ! L'école n'est pas le lieu d'épanouissement de l'enfant, c'est le lieu d'instruction de l'élève et futur citoyen. Aujourd'hui, beaucoup de parents ne prennent plus l'école au sérieux parce qu'elle-même a accepté que son idéal soit galvaudé.

Vie à Paris (France) : Le « stoïcisme » des immigrés. Malick Camara

Informer pour comprendre.


« Nous avons abordé la figure du stoïcisme et voici une variante. Ce n'est pas du stoïcisme c'est du suicide, il est préférable de vivre pauvre et digne que de subir toutes les humiliations du monde. Nous respectons le choix de chacun. » P B C


La France est un pays de rêve. Il faut y aller ! Y aller à tout prix, à la recherche d'une meilleure situation financière.


Hélas, pour beaucoup, tout n'est qu'illusion dans ce pays, véritable miroir aux alouettes.
Mal logés, sous employés ou simplement sans emploi, la plupart des immigrés en France, "souffrent et meurent sans parler".
Les premiers immigrés ayant bénéficié d'un titre de séjour ont pu avoir de modestes logements (2 à 3 pièces).
Ils sont généralement "naturalisés" et travaillent comme plongeurs (laveurs d'assiettes) ou techniciens de surface (balayeurs de rue).
Les autres vivent dans des foyers : foyer Soundiata, foyer de Montreuil, foyer de la commanderie, (foyer Rosny sous-bois) etc...
Les foyers ne sont autres que des bâtiments à étages construits spécialement pour les immigrés.
Dans ces bâtiments délabrés, crasseux et dont la couleur reste difficile à définir, ils vivent avec leurs familles dans des chambres qui ressemblent à des cellules de prison.


En effet, dans ces chambres préalablement affectées à une seule personne, les occupants dorment à même le sol.
Pire, nombre de couples et leurs enfants (7 à 8 personnes) dorment dans le même lit. Et, malgré leur étroitesse, ces chambres ne sont pas gratuites. Elles sont mensuellement payés entre 250 et 300 euros.


Dans les foyers, vivent principalement les noirs et les arabes.
Coupés du reste de la société, ils créent leur propre environnement.
Leur petit hall leur sert de "vestibule", un lieu de discussions, et de prières.


Ici, tout rappelle l'Afrique.


Les vieux, accoudés sur des nattes, écoutent autour du thé, la musique du pays.
Les marchands, installés devant l'entrée du bâtiment, vendent de la chique, du gombo, des colliers et des tissus africains.
Plusieurs autres vendent du maïs à la braise pour 1 euro (655 Fcfa) l'unité.
Selon ce jeune vendeur, "ça permet d'avoir de quoi manger et de rester sur place, afin d'échapper aux contrôles d'identité répétés des autorités (CRS).
En effet, les CRS ces "agents de poursuite" constituent de véritables bêtes noires pour les immigrés clandestins. Et pour cause, ils sont chargés de "pêcher" les clandos et de les remettre à la justice qui, à son tour se chargera de les expulser de la France de "nos ancêtres les Gaullois".
La crainte de contrôle a fait perdre à beaucoup de travailleurs leur emploi (également clandestin), car le "chef" ne tolère pas les absences et les retards.


L'exploitation de l'homme par l'homme


Les rémunérations des clandos qui ont la chance de travailler varient entre 300 et 400 euros. Des sommes d'argent qui paraissent colossales au Mali, mais en France, elles ne peuvent ni même servir à payer mensuellement une petite chambre. Surtout, quand on sait que les immigrés clandestins qui ont la chance de bénéficier mensuellement de 300 euros, doivent se nourrir, se vêtir, se rendre au travail, régler le foyer, les factures de téléphones, d'électricité et encore, épargner de l'argent pour les parents...


Mais, n'ayant pas le choix et ne pouvant guère se plaindre, à cause de leur situation irrégulière (absence de titre de séjour), les immigrés sont contraints d'accepter n'importe quelles conditions de travail.


Résignés, ils sont obligés de courber le dos pour survivre à "Bako", l'autre rive.


Quant aux dames immigrées, elles sont pour la plupart employées comme femmes de ménage dans les hôtels, les HLM (habitations à loyer modéré), ou font de la restauration dans les foyers des immigrés.


Là, elles vendent, (comme à Douertza) des plats de Sombaladji, de Tigadegué (maafe), de yassa, bref, des plats africains pour quelques... pièces de monnaie.
Par ailleurs, la France étant un pays de régime monogamique, les familles polygamiques africaines sont confrontées à divers problèmes.
La loi n'accorde le statut d'épouse légale qu'à la première femme, les autres (2è, 3è, 4è) n'existent pas. Elles ne peuvent à ce titre être considérées que comme des concubines.


Quand aux enfants, ils ont droit à l'instruction, quelle que soit la situation de leurs parents. Ils ne sont pas inquiétés dans leurs déplacements quotidiens.
Ce sont plutôt leurs parents qui ont la peur au ventre : peur d'être refoulé, peur de quitter le pays, miroir aux alouettes.
Ils se terrent alors dans leurs "abris" après le travail, pour n'en ressortir qu'en cas d'extrême besoin.
Ainsi, après des années de séjour, les lieux connus d'eux, se limitent à l'épicerie du coin ou à certains magasins.


Immigrés SDF


Le manque de confort des logements ou la recherche de l'abri ont poussé nombre d'immigrés à défoncer les portes des bâtiments en désuétude, ces vieux immeubles fermés par l'Etat français pour être démolis.
Les démolitions tardant à venir, les immigrés délogent rats et cafards pour prendre leurs places.
Malgré les coups de pinceaux, les murs restent lépreux et l'odeur de la moisissure persistante.


Ici, ils ne payent pas le loyer, seulement l'électricité et le téléphone, mais ; ils courent un grand danger, car ces immeubles peuvent s'effondrer à tout moment.
Ce ne sont là que quelques aspects des dures réalités que vivent en France, des milliers d'Africains appelés des "réfugiés économiques".
Sur la terre de "nos ancêtres, les Gaulois", ils ont rangé dans un coin du placard leur orgueil et leur dignité pour se vêtir du boubou de la résignation et de l'humiliation.

Malick Camara maliweb.net

 

La vie est un luxe rien ne vaut la vie. Arrêtez de trop miser sur vos enfants, les pesanteurs sopciales les envoient au suicide. Les Etats doivent jouer leurs rôles, former, éducquer, instruire et donner du travail. Pape CISSOKO

Les migrants victimes d'un vaste trafic d'organes en Égypte -Par Sophie Anmuth avec Vinciane Jacquet (photos), l'express

AFP PHOTO / ROBERTO SCHMIDT

Un rein, un bout de foie... Au Caire, un trafic lucratif s'est mis en place. Les réfugiés qui tentent de rejoindre l'Europe en sont les principales victimes.
Enquête. Dans les bas-fonds du Caire, les réfugiés qui rêvent de rejoindre l'Europe sont ciblés par les traficants. Les autorités n'arrivent pas à endiguer leur juteux marché.


Dans un appartement modeste de la grande périphérie du Caire, où il vit désormais, Wahib* rechigne à évoquer son histoire. Pour lui, le cauchemar a commencé il y a sept ans. Originaire du Soudan, il est alors fonctionnaire au ministère des Investissements, à Khartoum, la capitale. A son bureau, jour après jour, il découvre de multiples affaires de corruption. Devenu un témoin gênant, il est jeté en prison, où une connaissance lui propose un marché: Wahib sera muni de faux papiers et envoyé en Egypte s'il accepte de faire sortir trois femmes du pays avec lui, en avion. Il lui suffira de prétendre qu'elles sont ses épouses.


Vol d'organes pendant des opérations médicales


"Je n'avais pas le choix", explique Wahib. Il accepte et, quelques semaines plus tard, le voici au Caire. Libre, mais sans papiers. A peine arrivé, rongé par l'angoisse et pris de panique, il se plaint de maux de ventre et supplie son passeur de le transporter à l'hôpital: "D'examen en examen, j'ai reçu des explications auxquelles je n'ai rien compris. Ils ont fini par m'opérer." Quelques jours plus tard, il est abandonné dans un appartement miteux, d'où il est expulsé peu après.

Dans un bidonville du Caire, cette ville tentaculaire qu'il découvre, un compatriote lui apprend l'impensable :

"Tout le monde dans le quartier, sauf moi, savait ce qui s'était produit pendant l'opération... Ils m'avaient prélevé un rein." Des radiographies confirment la nouvelle.

Wahib, venu du Soudan, affirme s'être fait voler un rein pendant une opération médicale.


Vinciane Jaquet pour L'Express


Le problème est connu : depuis plusieurs années, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Egypte est l'un des Etats le plus touchés au monde par le trafic d'organes, après la Chine, les Philippines et l'Inde. Mais l'enquête de L'Express jette une lumière crue sur cette pratique illégale. Située au carrefour du Maghreb, du Moyen-Orient, du Golfe et de l'Afrique subsaharienne, le pays attire des migrants de toutes ces régions, qui, seuls ou en famille, fuient la guerre ou la misère et rêvent d'une vie meilleure.


Depuis la fermeture de la route des Balkans, l'Egypte, au même titre que la Libye et le Maroc, est aussi devenue un point de départ privilégié vers l'Europe pour les candidats à l'exil. Il compterait 260000 réfugiés et plusieurs millions de migrants, selon le Haut Commissariat aux réfugiés. Nombre d'entre eux sont venus depuis le Soudan, l'Erythrée ou l'Ethiopie, et certains, comme les Ethiopiens et les Erythréens, ne parlent pas, ou peu, l'arabe. A la merci d'une expulsion, mal protégés par la police, victimes du racket, de violences racistes, de vols, et même de viols, beaucoup sont prêts à tout pour traverser la Méditerranée et gagner l'eldorado européen. Pour cela, toutes les idées sont bonnes. Même les plus radicales. Voilà pourquoi des milliers d'entre eux, chaque année, consentiraient à vendre un de leurs organes à des rabatteurs de laboratoires véreux, en quête de donneurs compatibles pour des patients en attente d'une greffe.
2000 dollars pour un rein


C'est le cas de Sameh, un Soudanais âgé de 37 ans, qui a fui la guerre dans le Darfour. Arrivé au Caire en juin 2015, il est accosté par un inconnu dans un café fréquenté par ses compatriotes. "L'homme prétendait travailler avec le Haut Commissariat aux réfugiés, se souvient Sameh. Il m'a proposé 10 000 dollars en échange d'un rein... C'est beaucoup d'argent, j'ai hésité. Puis j'ai dit oui. Mais à l'issue de l'opération, qui s'est plutôt bien passée, je n'ai reçu que 2000 dollars... et l'autorisation de rester dans un appartement pendant un mois de convalescence." Dans les semaines qui suivent, il s'obstine à réclamer le reste de la somme promise, mais un prétendu avocat parvient à le convaincre qu'il sera jeté en prison s'il parle...


D'autres récits affleurent, plus terribles encore. Nombre de "vendeurs" affirment avoir été enlevés et s'être fait voler un rein ou un bout de foie. C'est le cauchemar qu'a vécu Wahib, et celui auquel a échappé de justesse Nazih. Ce réfugié érythréen de 32 ans est parvenu, en 2011, à fuir la dictature d'Asmara avec sa femme et leurs quatre enfants.

Ensemble, ils se réfugient d'abord dans un camp au Soudan, puis s'en remettent à un passeur pour arriver au Caire, censé n'être qu'une étape sur la route vers la Méditerranée. Epuisés, Nazih et les siens abandonnent leur projet et s'établissent au Caire. Quelques mois après leur arrivée, pourtant, Nazih tombe dans un guet-apens tendu par son ancien passeur, un homme brutal, furieux de n'avoir pas récupéré la somme promise pour leur traversée en mer. "J'étais enfermé dans un appartement lorsque j'ai entendu des inconnus discuter du meilleur moyen d'organiser une opération afin de me prélever un rein, raconte Nazif. Ils espéraient toucher une commission. In extremis, je suis parvenu à m'enfuir..."

Il faut des années pour qu'une demande d'asile aboutisse, laissant les réfugiés sans ressources.


Certains réfugiés font même état de meurtres, pour prélever un coeur. Ces récits sont invérifiables, bien sûr, d'autant qu'une nouvelle loi, promulguée le 24 mai dernier par le président Abdel Fattah al-Sissi, a contraint la plupart des ONG étrangères à fermer leurs bureaux sur place.


Les recruteurs de vendeurs d'organes travaillent principalement au Caire, selon les représentants des communautés de migrants interrogés par L'Express. C'est là que se trouve la demande, avec des hôpitaux à la fois performants et peu regardants, qui accueillent de riches malades, souvent originaires du Golfe, prêts à payer le prix fort pour un organe sain. C'est là, aussi, que se trouve la plus grande partie de l'offre - les migrants et réfugiés qui attendent, souvent des années, le résultat de leur demande d'asile ou de relocalisation, mais aussi les Égyptiens les plus pauvres.

Le nord du Sinaï, lui aussi, a longtemps été un haut lieu de passage de la traite d'êtres humains; c'est moins le cas, depuis la fin de 2013, car la zone est devenue un lieu d'affrontements entre les djihadistes et l'armée égyptienne.


D'autres régions sont parfois évoquées comme des lieux de trafic d'organes, en particulier dans la presse anglo-saxonne.

Mais la plupart sont trop isolées et éloignées d'hôpitaux. Restent les routes de passage des migrants, comme le triangle à l'extrême sud-ouest de l'Egypte, dans le secteur montagneux et désertique à la frontière avec le Soudan et la Libye, à proximité du Tchad, ou encore la première étape libyenne sur cette route désertique bien connue, l'oasis de Koufra.


Un marché juteux


Rabatteurs, cliniques, chirurgiens : le marché est juteux.

Première étape, le malade à la recherche d'un nouveau rein verse environ 7000 euros à un hôpital ou à une clinique impliqué dans le trafic, selon Cofs (Coalition for Organ-Failure Solutions), une association spécialisée américano-égyptienne, dont les enquêteurs ont été chassés du Caire.

Dans un deuxième temps, l'établissement médical, qui garde la moitié de la somme, reverse l'autre à un laboratoire : à charge pour celui-ci, qui prélève au passage environ 1000 euros de commission, d'identifier un donneur compatible, grâce à un réseau d'intermédiaires, véritables courtiers spécialisés. Restent alors 2500 euros, que se partagent l'intermédiaire et le malheureux "vendeur" - un montant souvent trop faible pour permettre à ce dernier de vivre dans de bonnes conditions, d'autant qu'une personne porteuse d'un seul rein ne peut exercer un travail physiquement éprouvant. Au fil du temps, dans ce pays où 40 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, un véritable marché s'est développé autour des organes du corps humain.


En principe, selon la loi égyptienne, la vente d'organes est interdite : seul le don à titre gracieux est autorisé. Mais de simples déclarations de bonne foi du demandeur et du donneur d'organe suffisent à établir les papiers demandés par le comité responsable des greffes au sein du ministère de la Santé. Souvent, aussi, quand le cas est trop suspect, l'hôpital ou la clinique "oublie" de le déclarer. "C'est un secret de Polichinelle", assurent les chirurgiens de l'hôpital universitaire de Mansourah, à 120 kilomètres de la capitale, des pionniers dans la transplantation du rein en Egypte, réputés pour leur déontologie impeccable. "La majorité des transplantations effectuées dans le pays utilisent des organes vendus", indiquent plusieurs d'entre eux, sous le couvert de l'anonymat. L'un de ces spécialistes, Mohamed Ghoneim, a fait des apparitions à la télévision égyptienne pour dénoncer l'ampleur du problème.

Des établissements publics seraient impliqués dans le trafic.
Vinciane Jacquet pour L'Express


Pour eux, l'explication est sociale et religieuse. Dans la plupart des pays, des organes sont prélevés sur les patients en état de mort cérébrale, avec l'accord des familles. En Egypte, cependant, la mort cérébrale n'est pas considérée comme une mort effective, et l'immense majorité des familles refuse le moindre prélèvement d'organes. En 2007, les enquêtes de plusieurs organisations égyptiennes et internationales ont entraîné une série d'arrestations et la fermeture de quelques hôpitaux incriminés. Mais ces établissements ont rouvert quelques mois plus tard, selon un représentant de Cofs. Une loi contre la traite d'êtres humains a bien été adoptée en 2010 au Parlement, mais nombre de médecins, selon nos sources, seraient hostiles à la criminalisation des ventes d'organes : si l'acheteur et le vendeur sont d'accord, estiment-ils, la justice ne devrait pas s'en mêler. Interrogés par L'Express, les ministères de l'Intérieur et de la Santé n'ont livré aucun commentaire.


Plusieurs coups de filet ont eu lieu au cours des derniers six mois, et ces opérations auraient permis de démanteler, selon les autorités égyptiennes, des réseaux de trafiquants. Les professeurs d'université et médecins arrêtés clament leur innocence. En attendant, ces jours-ci, au Caire, il est toujours courant de s'en remettre aux bons offices d'un laboratoire pour trouver un rein. Sans s'inquiéter de sa provenance.


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