vendredi, 19 janvier 2018 15:58

ÉLOGE DE LA LENTEUR- CARL HONORÉ-Ed MARABOUT

 

ÉLOGE DE LA LENTEUR- CARL HONORÉ-Ed MARABOUT

Nous avons mieux à faire de la vie que d'en accélérer le rythme.Gandhi
Sommaire
AVANT-PROPOS. LA FUREUR DE VIVRE
CHAPITRE 1. TOUJOURS PLUS VITE

Avant-propos
La fureur de vivre
Les gens naissent et se marient, puis vivent et meurent dans une folle agitation, dont il est étonnant qu'elle ne leur fasse pas perdre la raison.-William Dean Howells (1907)


Été 1985.Par un après-midi écrasé de soleil, mon voyage de jeunesse en Europe fait halte en grinçant des freins devant un square de la périphérie de Rome. Notre bus, qui est reparti en ville, a vingt minutes de retard et n'a pas l'air de vouloir réapparaître. Mais cela ne me perturbe pas le moins du monde. Au lieu de marcher de long en large sur le trottoir ou d'appeler la compagnie de bus pour récriminer, je pose un Walkman sur mes oreilles et je me couche sur un banc pour écouter Simon and Garfunkel chanter le bonheur du temps qui passe et l'art de le faire durer. Chaque détail de cette scène reste gravé dans ma mémoire: deux petits garçons tapent dans un ballon de football autour d'une fontaine médiévale; des branches viennent se frotter contre le haut d'un mur de pierre; une veuve âgée transporte des légumes dans son filet à provisions...


Quinze ans plus tard, les choses n'ont plus rien à voir avec la scène qui précède. Me voici désormais dans l'aéroport bondé de Rome Fiumicino, et je suis un correspondant étranger courant pour attraper son vol de retour pour Londres. Au lieu de battre le pavé et de jouir de l'instant, je me précipite en salle d'embarquement, maudissant silencieusement toute personne moins pressée que moi qui oserait me ralentir le passage. Au lieu d'écouter de la musique folk sur un vieux Walkman, je discute sur mon portable avec mon rédacteur en chef, qui se trouve à des milliers de kilomètres.
Arrivé à la porte d'embarquement, je prends place au bout d'une longue file d'attente où il n'y a plus, justement, qu'à attendre. Sauf que je ne suis plus capable de ne rien faire. Pour rendre cette attente plus productive, pour qu'elle ressemble moins à ce qu'elle est, je commence à parcourir le journal. Et c'est là que mes yeux tombent sur un article qui allait, au bout du compte, m'inspirer l'écriture d'un livre sur la lenteur.


Le titre qui retient alors mon attention vante les mérites d'une « histoire-minute pour aller au lit ». Pour aider les parents à négocier le temps que leur prennent leurs tout-petits, divers auteurs ont en effet condensé les classiques du conte de fées en extraits de soixante secondes. Imaginez Hans Christian Andersen passé au crible du management. Mon premier réflexe est de crier: Eurêka! À l'époque, je suis confronté chaque soir à une lutte pied à pied avec mon fils de deux ans, qui adore les histoires longues, lues à un rythme tranquille et décousu. Et tous les soirs, je l'oriente vers les histoires les plus courtes, que je lui lis à toute vitesse. La confrontation est systématique. « Tu vas trop vite! » proteste-t-il. Ou bien, au moment où je passe la porte: « J'en veux une autre! » Une part de moi-même se juge horriblement égoïste d'accélérer ainsi le rituel du coucher, mais l'autre part ne peut tout simplement pas résister à la tentation de se jeter sur ce qu'il lui reste à faire – le dîner, consulter les courriels et les factures, travailler ou regarder le bulletin d'informations télévisé. Faire un lent détour par l'univers du conte pour enfants n'est pas envisageable. Cela prend trop de temps.


À première vue, donc, la fameuse histoire résumée pour endormir les enfants paraît trop belle pour être vraie. Débiter six ou sept histoires à toute vitesse et expédier l'affaire en dix minutes: que rêver de mieux? Mais alors que je suis déjà en train de me demander dans quels délais Amazon.com serait en mesure de m'en expédier un volume, la rédemption m'apparaît sous la forme d'une question contradictoire: Suis-je devenu complètement fou? Alors que la file serpente en direction de la borne de contrôle des billets, je mets de côté mon journal et commence à réfléchir. Ma vie entière s'est transformée en un gymkhana sans merci consistant à remplir chacune de mes heures un peu plus chaque jour. Je suis un grippe-sou armé d'un chronomètre, vivant dans l'obsession de récupérer la moindre parcelle de temps, une minute ici, quelques secondes là. Et je ne suis pas le seul.

Tout le monde autour de moi – collègues, amis, famille – est pris dans le même vortex.
En 1982, le médecin américain Larry Dossey a inventé le concept de « maladie du temps » pour décrire cette croyance obsessionnelle selon laquelle « le temps s'enfuit, qu'il n'y en a pas assez et qu'il nous faut pédaler pour le rattraper ». De nos jours, le monde entier en souffre. Nous sommes tous prisonniers du même culte de la vitesse. Debout dans cette file d'attente, je commence à me colleter avec les questions qui sont au cœur de ce livre: « Pourquoi sommes-nous toujours si pressés? Comment guérir de cette obsession du temps? Est-il possible, ou seulement désirable, d'aller moins vite? »


En ce début de XXIe siècle, tout un chacun est sommé d'aller plus vite. Il n'y a pas si longtemps, Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, a formulé ce besoin de vitesse en termes crus: « Nous troquons un monde dans lequel le gros mange le petit pour celui où les plus rapides mangent les plus lents. » Cet avertissement retentit bien au-delà du monde darwinien du commerce. Par les temps agités et affairés qui sont les nôtres, tout est une course contre la montre. Selon le psychologue britannique Guy Claxton, l'accélération est désormais notre seconde nature: « Nous avons développé une intériorisation psychologique des notions de vitesse, de gain de temps et d'efficacité maximale, qui se renforce de jour en jour. »


Il est temps désormais de défier notre obsession de tout faire plus vite. La vitesse n'est pas toujours la meilleure des politiques. L'évolution fonctionne sur le principe de la survie du plus résistant et non du plus rapide. Souvenez-vous du vainqueur de la course du Lièvre et de la Tortue. Tandis que nous traversons notre vie ventre à terre, en exigeant chaque jour un peu plus de nos heures déjà bien remplies, nous tirons sur la corde jusqu'au point de rupture.


Avant d'aller plus loin, il nous faut clarifier un point: ce livre n'est pas une déclaration de guerre à la vitesse. Celle-ci nous a permis de reconstruire le monde dans un sens merveilleux et libérateur. Qui aujourd'hui voudrait vivre sans Internet ni avion à réaction? Le problème est que notre amour de la vitesse, notre obsession d'en faire toujours plus en moins en moins de temps ont passé les bornes. Elle s'est transformée en dépendance, en une sorte d'idolâtrie. Même lorsque la vitesse semble se retourner contre nous, nous invoquons les mânes du « toujours plus vite ». Du travail en retard? Adoptez une connexion plus rapide à Internet. Pas de temps pour lire ce roman qu'on vous a offert à Noël? Apprenez la lecture rapide.

Les régimes ne marchent pas? Essayez la liposuccion. Trop occupé(e) pour cuisiner? Achetez un four à micro-ondes. Pourtant, il y a certaines choses qui ne peuvent pas, et ne devraient pas aller plus vite. Elles prennent du temps, elles demandent de la lenteur. Lorsque vous accélérez des choses qui ne devraient pas l'être, lorsque vous oubliez comment calmer le jeu, il y a un prix à payer.


Le procès de la vitesse commence par l'économie. Le capitalisme moderne génère une richesse extraordinaire, mais au prix d'une consommation effrénée des ressources naturelles, menée à un rythme que Mère Nature ne peut plus soutenir. Des milliers de kilomètres carrés de forêt primaire amazonienne disparaissent chaque année, tandis qu'une pêche au chalut trop intensive a mis l'esturgeon, le loup de mer du Chili et d'autres poissons au nombre des espèces en danger. Le capitalisme va trop vite, voire à l'encontre de son propre intérêt, lorsque l'exigence de finir avant la concurrence laisse trop peu de temps au contrôle de la qualité. Prenez l'industrie informatique. Ces dernières années, les fabricants de logiciels ont pris l'habitude de faire sortir leurs produits avant qu'ils n'aient été complètement testés. Il en résulte une épidémie d'incidents, bogues et autres pépins techniques coûtant chaque année aux entreprises des milliards de dollars.


Puis vient le coût humain du « turbo-capitalisme ». De nos jours, nous existons pour servir l'économie, et non l'inverse. De longues heures passées au travail nous rendent finalement improductifs, sujets à l'erreur, insatisfaits et mal en point. Les cabinets médicaux regorgent de patients souffrant d'affections liées au stress: insomnies, migraines, hypertension, asthme et troubles gastro-intestinaux, pour n'en citer que quelques-unes. La culture actuelle du travail menace également notre santé mentale. « Auparavant, on ne rencontrait des états limites de surmenage qu'au-delà de quarante ans, observe un coach de vie basé à Londres. À présent, je rencontre des hommes et des femmes de trente ans, parfois même de vingt ans, qui ont brûlé toutes leurs réserves. »


Le culte du travail, qui peut être bénéfique à doses modérées, a désormais pris le dessus. Il n'est que d'observer la progression de cette aversion répandue à prendre de vraies vacances. Dans une étude Reed menée auprès de 5 000 travailleurs anglais, 60 % des personnes interrogées envisageaient de ne pas prendre toutes leurs vacances en 2003. En moyenne, les Américains délaissent un cinquième de leurs congés payés. Même la maladie ne parvient plus à éloigner de son bureau l'employé moderne: un Américain sur cinq retourne travailler quand il devrait se trouver alité ou en visite chez le médecin.


Quant à approfondir les conséquences effrayantes d'un tel phénomène, il suffit de se tourner vers le Japon, où l'on dispose d'un mot, karoshi, pour désigner la « mort par surmenage ». L'une des plus célèbres victimes du karoshi fut Kamei Shuji, un courtier de haut vol travaillant régulièrement quatre-vingt-dix heures par semaine au moment de l'expansion de la Bourse japonaise, à la fin des années 1980. Son employeur vantait l'endurance surhumaine de sa recrue dans des newsletters et des brochures de formation, faisant de lui l'étalon-or auquel devait se référer tout employé. Lors des rares pauses ménagées dans le protocole japonais, on lui demandait de former des collaborateurs plus âgés à l'art de la vente – ce qui ne faisait qu'ajouter au stress pesant déjà sur ses épaules de flanelle aux fines rayures. Lorsque la bulle boursière explosa en 1989, Shuji travailla encore plus dur pour compenser les pertes. En 1990, il mourut subitement d'une crise cardiaque. Il avait vingt-six ans.
Même si certains prennent cette triste histoire pour un avertissement, la culture du « marche-ou-crève » reste très profondément ancrée au Japon.

En 2001, le gouvernement a enregistré un taux record de 143 victimes du karoshi. Ses détracteurs évaluent en milliers le nombre annuel des victimes du surmenage au Japon.


Mais sans même évoquer le karoshi, une main-d'œuvre à bout de force est de toute façon néfaste sur un plan strictement économique. Le Conseil national américain de la sécurité estime que le stress au travail pousse chaque jour des millions de citoyens à l'absentéisme, coûtant à l'économie plus de 150 milliards de dollars par an. En 2003, le stress a détrôné le mal de dos au titre de première cause d'absentéisme en Grande-Bretagne.


Le surmenage présente d'autres types de risques pour la santé. Il nous laisse moins de temps et d'énergie pour faire de l'exercice et nous expose à la consommation excessive d'alcool et de plats tout préparés. Ce n'est pas un hasard si les nations les plus dominées par la vitesse le sont aussi par les graisses: près d'un tiers des Américains et un cinquième des Britanniques sont désormais cliniquement obèses.


Même les Japonais prennent du poids. En 2002, une enquête nationale sur la nutrition a montré qu'un tiers des Japonais de plus de trente ans était en surpoids.
Pour suivre le rythme du monde moderne, beaucoup ont délaissé le café au profit d'excitants plus puissants. La cocaïne demeure un stimulant de choix chez les cols blancs, mais les amphétamines, également connues sous le nom de speed, sont en passe de les rattraper. Aux États-Unis, la consommation de drogues sur le lieu de travail a fait un bond de 70 % depuis 1998. De nombreux employés préfèrent la méthamphétamine cristal, qui procure une montée d'euphorie et d'énergie persistant au-delà de la journée de travail et épargne l'embarrassante loquacité qui accompagne toujours la prise de cocaïne. Le piège, c'est que les formes les plus puissantes de speed rendent plus dépendant que l'héroïne, et que le retour à la réalité peut déclencher dépression, agitation et comportements violents.


L'une des raisons pour lesquelles nous avons besoin de stimulants est que nous sommes nombreux à manquer de sommeil. Avec tant de choses à faire et si peu de temps pour les accomplir, l'Américain moyen dort quatre-vingt-dix minutes de moins qu'il y a un siècle. En Europe du Sud, foyer spirituel de la dolce vita, la sieste de l'après-midi a fini par céder du terrain à la traditionnelle journée de huit heures ouvrée: aujourd'hui, 7 % seulement des Espagnols prennent encore le temps d'un somme postprandial. Le manque de sommeil peut endommager les systèmes cardiovasculaires et immunitaires, provoquer un diabète et des problèmes cardiaques et déclencher indigestion, irritabilité et dépression.

Dormir moins de six heures par nuit peut déséquilibrer la coordination motrice, le discours, les réflexes et le jugement. La fatigue a joué un rôle dans les pires désastres de l'ère moderne: Tchernobyl, l'Exxon Valdez, Three Mile Island, Union Carbide et la navette spatiale Challenger.
La somnolence cause plus d'accidents de voiture que l'alcool. Il ressort ainsi d'un récent sondage Gallup que 11 % des conducteurs britanniques ont reconnu s'être déjà assoupis au volant. Une étude émanant de la Commission nationale américaine des désordres du sommeil impute à la fatigue la moitié des accidents de la circulation. Combinez cela avec notre penchant pour la vitesse, et le résultat est un carnage. Le nombre annuel mondial des accidents de la route atteint à présent 1,3 million, soit plus du double qu'en 1990. Bien que de meilleures normes de sécurité aient fait baisser le nombre de victimes de la route dans les pays développés, les Nations Unies prévoient que la circulation sera la troisième cause de mortalité à l'horizon 2020. À l'heure qu'il est, plus de 40 000 personnes sont tuées et 1,6 million blessées chaque année sur les routes d'Europe.


Notre impatience rend même nos loisirs plus dangereux. Chaque année, des millions de personnes de par le monde souffrent de blessures occasionnées par le sport et l'activité physique. Beaucoup sont dues au fait d'avoir poussé le corps trop loin, trop vite et trop tôt hors de ses limites. Même le yoga n'est pas à l'abri: l'une de mes amies s'est récemment froissé les muscles du cou en tentant une posture sur la tête avant que son corps ne soit prêt à la tenir. Certains souffrent des pires problèmes. À Boston, dans le Massachusetts, un professeur impatient a brisé les os pubiens d'une de ses élèves en la poussant à forcer une position.

Dans un club à la mode de Manhattan, un homme d'une trentaine d'années s'est retrouvé avec une partie de la cuisse droite insensibilisée après s'être pincé un nerf au cours d'une séance de yoga.
Inévitablement, une vie agitée peut devenir superficielle. Lorsque nous nous hâtons, nous écrémons la surface des choses et échouons à créer de vrais contacts avec les autres et le monde qui nous entoure. Comme l'écrit Milan Kundera dans La Lenteur: « Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même. » Toutes les choses qui nous relient et donnent du prix à la vie – la communauté, la famille, l'amitié – se nourrissent de ce dont nous manquons perpétuellement: le temps. Dans un récent sondage de l'Institut des médecines de complément, la moitié des adultes britanniques ont déclaré que leur emploi du temps surchargé leur avait fait perdre le contact avec leurs amis.


Considérons les dégâts que la vie à grande vitesse peut infliger à la vie de famille. Chaque membre menant sa vie de son côté, les Post-it collés sur la porte du réfrigérateur deviennent aujourd'hui la principale forme de communication dans bien des foyers. D'après les chiffres publiés par le gouvernement britannique, les parents actifs passent en moyenne deux fois plus de temps à gérer leur courrier électronique qu'à jouer avec leurs enfants. Au Japon, les parents réservent des places pour leurs enfants dans des centres de prise en charge ouverts 24 heures sur 24. Partout dans le monde industrialisé, les petits rentrent de l'école pour trouver une maison vide, où personne n'est là pour prêter l'oreille à leurs histoires, à leurs triomphes ou à leurs peurs. Dans une enquête du magazine Newsweek menée en 2000 auprès d'adolescents américains, 73 % d'entre eux déclaraient passer trop peu de temps avec leurs parents.


Les plus jeunes souffrent probablement davantage de cette orgie d'accélération. Ils mûrissent plus vite encore que jamais; beaucoup sont désormais aussi occupés que leurs parents, jonglant avec des emplois du temps bourrés d'occupations allant des cours particuliers aux leçons de piano en passant par l'entraînement de football. Ce type de situation a été croqué dans un dessin animé récent: deux petites filles attendent le bus à une station, chacune tenant son agenda électronique. L'une dit à l'autre: « D'accord, je recule mon cours de danse d'une heure, je change mon cours de gymnastique et j'efface le cours de piano... Toi, tu déplaces à jeudi ton cours de violon et tu sautes ton entraînement de foot... Cela nous laisse un créneau le mercredi 16, pour jouer de 15 h 15 à 15 h 45. »


normes de sécurité aient fait baisser le nombre de victimes de la route dans les pays développés, les Nations Unies prévoient que la circulation sera la troisième cause de mortalité à l'horizon 2020. À l'heure qu'il est, plus de 40 000 personnes sont tuées et 1,6 million blessées chaque année sur les routes d'Europe.
Notre impatience rend même nos loisirs plus dangereux.

Chaque année, des millions de personnes de par le monde souffrent de blessures occasionnées par le sport et l'activité physique. Beaucoup sont dues au fait d'avoir poussé le corps trop loin, trop vite et trop tôt hors de ses limites. Même le yoga n'est pas à l'abri: l'une de mes amies s'est récemment froissé les muscles du cou en tentant une posture sur la tête avant que son corps ne soit prêt à la tenir. Certains souffrent des pires problèmes. À Boston, dans le Massachusetts, un professeur impatient a brisé les os pubiens d'une de ses élèves en la poussant à forcer une position. Dans un club à la mode de Manhattan, un homme d'une trentaine d'années s'est retrouvé avec une partie de la cuisse droite insensibilisée après s'être pincé un nerf au cours d'une séance de yoga.
Inévitablement, une vie agitée peut devenir superficielle. Lorsque nous nous hâtons, nous écrémons la surface des choses et échouons à créer de vrais contacts avec les autres et le monde qui nous entoure. Comme l'écrit Milan Kundera dans La Lenteur: « Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même. » Toutes les choses qui nous relient et donnent du prix à la vie – la communauté, la famille, l'amitié – se nourrissent de ce dont nous manquons perpétuellement: le temps. Dans un récent sondage de l'Institut des médecines de complément, la moitié des adultes britanniques ont déclaré que leur emploi du temps surchargé leur avait fait perdre le contact avec leurs amis.


Considérons les dégâts que la vie à grande vitesse peut infliger à la vie de famille. Chaque membre menant sa vie de son côté, les Post-it collés sur la porte du réfrigérateur deviennent aujourd'hui la principale forme de communication dans bien des foyers. D'après les chiffres publiés par le gouvernement britannique, les parents actifs passent en moyenne deux fois plus de temps à gérer leur courrier électronique qu'à jouer avec leurs enfants. Au Japon, les parents réservent des places pour leurs enfants dans des centres de prise en charge ouverts 24 heures sur 24. Partout dans le monde industrialisé, les petits rentrent de l'école pour trouver une maison vide, où personne n'est là pour prêter l'oreille à leurs histoires, à leurs triomphes ou à leurs peurs. Dans une enquête du magazine Newsweek menée en 2000 auprès d'adolescents américains, 73 % d'entre eux déclaraient passer trop peu de temps avec leurs parents.


Les plus jeunes souffrent probablement davantage de cette orgie d'accélération. Ils mûrissent plus vite encore que jamais; beaucoup sont désormais aussi occupés que leurs parents, jonglant avec des emplois du temps bourrés d'occupations allant des cours particuliers aux leçons de piano en passant par l'entraînement de football. Ce type de situation a été croqué dans un dessin animé récent: deux petites filles attendent le bus à une station, chacune tenant son agenda électronique. L'une dit à l'autre: « D'accord, je recule mon cours de danse d'une heure, je change mon cours de gymnastique et j'efface le cours de piano... Toi, tu déplaces à jeudi ton cours de violon et tu sautes ton entraînement de foot... Cela nous laisse un créneau le mercredi 16, pour jouer de 15 h 15 à 15 h 45. »


Vivre la vie d'adultes tout-puissants laisse bien peu de temps à ce qui fait la vérité de l'enfance: rire avec les copains, jouer sans le contrôle des adultes, rêver... Cela a également des incidences sur la santé, et les enfants sont moins capables de résister à la privation de sommeil et au stress qui sont le prix à payer pour ces existences bousculées et sans pause. Les psychologues spécialisés dans le traitement de l'anxiété chez les adolescents voient affluer dans leurs salles d'attente des enfants de cinq ans souffrant de maux d'estomac, de maux de tête, d'insomnie, de dépression et de troubles de l'alimentation. Dans de nombreux pays industrialisés, les suicides d'adolescents sont en hausse – ce qui n'est pas un hasard compte tenu de la charge que beaucoup doivent assumer en classe. En 2002, Louise Kitching, une jeune fille du Lincolnshire âgée de dix-sept ans s'est enfuie en larmes de sa salle d'examen. Cette lycéenne vedette venait juste de passer son cinquième examen de la journée et n'avait eu droit qu'à dix minutes de battement entre chaque épreuve.


Si nous continuons à ce rythme, le culte de la vitesse ne peut qu'empirer. Lorsque tout le monde choisit d'aller vite, l'avantage de notre propre vitesse s'évanouit, nous forçant à accélérer encore et encore. En fin de compte, il ne nous reste qu'à soutenir une course à l'armement basée sur la vitesse, et nous savons tous comment cela se termine: dans l'impasse effrayante des armes de destruction massive.


Beaucoup de choses ont déjà été sacrifiées sur l'autel de la vitesse. Nous avons oublié ce qu'est l'attente et comment profiter du moment où arrivent les événements. Les restaurateurs ont noté que de plus en plus de dîneurs pressés demandaient à régler la note et commander leur taxi avant même d'avoir entamé leur dessert. Beaucoup de fans quittent le lieu d'une rencontre sportive avant son issue, simplement pour prendre de l'avance sur leur trajet de retour. Et puis il y a cette malédiction de faire plusieurs choses à la fois. Accomplir deux choses en même temps nous paraît si intelligent, si efficace, si moderne... Et pourtant, cela équivaut souvent à faire moins bien les deux activités. Comme beaucoup de gens, je lis le journal tout en regardant la télévision – et je constate que je ne retire pas grand-chose de l'une et l'autre de ces occupations.


Dans cette époque riche en informations, gavée de médias, vouée au nomadisme télévisuel et aux jeux électroniques, nous avons perdu l'art de ne rien faire, de fermer la porte aux bruits de fond et à ce qui nous distrait, de ralentir le rythme en restant simplement seuls avec nous-mêmes. L'ennui – un mot qui existait à peine il y a cent cinquante ans – est une invention moderne. Retirez toute stimulation extérieure et nous ne tenons plus en place, nous paniquons et cherchons quelque chose, n'importe quoi, pour occuper notre temps. Quand avez-vous vu pour la dernière fois un passager laisser filer son regard à travers la vitre d'un train?

Chacun est trop occupé à lire le journal, à jouer à des jeux vidéo, à écouter son iPod, à travailler sur son portable ou à marmonner dans son téléphone mobile.


Au lieu de penser en profondeur ou de laisser une idée mûrir au fond de notre tête, notre instinct nous commande à présent de trouver le résumé le plus immédiat. Dans les conflits modernes, les correspondants sur le terrain et les experts dans les studios pondent des analyses à chaud des événements. Leurs jugements se révèlent souvent faux, mais cela importe peu de nos jours: le pays de la vitesse consacre le règne de la réponse toute prête. Avec des retours satellite et des chaînes d'information actives 24 heures sur 24, les médias électroniques sont dominés par ce qu'un sociologue français a baptisé « la pensée rapide » – par ceux qui, sans perdre le rythme un seul instant, peuvent fournir une réponse désinvolte à n'importe quelle question.


D'une certaine manière, nous sommes tous entraînés aujourd'hui à cette pensée rapide.

Notre impatience est devenue si implacable que, comme le résumait l'actrice Carrie Fisher sur le ton de la plaisanterie, « même la gratification immédiate prend trop de temps ». Cela explique en partie la frustration chronique bouillonnant à la surface de nos vies modernes. Toute personne ou toute chose se trouvant sur notre passage, qui nous ralentit et nous empêche d'obtenir exactement ce que nous voulons quand nous le voulons, devient l'ennemi. Ainsi le plus petit contretemps, le plus léger délai, la plus légère bouffée de lenteur peut désormais provoquer une colère noire chez des gens tout à fait ordinaires.
On en voit des preuves partout. À Los Angeles, un homme a provoqué un esclandre au supermarché parce que le client qui était devant lui prenait trop de temps pour empaqueter ses courses. À Londres, une femme érafle la peinture d'un véhicule qui arrive avant elle sur une place de parking, un cadre s'en prend à une hôtesse de l'air en apprenant que son avion est obligé de passer vingt minutes de plus à tourner au-dessus de l'aéroport d'Heathrow avant d'atterrir. « Je veux atterrir maintenant! Tout de suite! » hurle-t-il en enfant gâté.


Une camionnette s'arrête devant la maison de mes voisins, forçant les voitures qui la suivent à attendre que le conducteur ait livré une table basse. En l'espace d'une minute, la femme d'affaires assise dans la voiture de derrière, la quarantaine, commence à l'agonir, levant les bras en l'air et oscillant sèchement la tête. De sa fenêtre ouverte, elle laisse finalement échapper une plainte grave et gutturale. On se croirait dans une scène de L'Exorciste. J'en conclus qu'elle doit être en train d'avoir une crise d'épilepsie et me précipite en bas pour aider. Mais il s'avère, lorsque j'arrive sur le trottoir, qu'elle est simplement agacée de se retrouver coincée derrière la camionnette. Elle se penche à sa fenêtre et hurle à la cantonade: « Si vous ne bougez pas votre p... de camion, c'est moi qui vais vous dézinguer. » Le livreur hausse les épaules comme s'il avait déjà vu cela mille fois, se glisse derrière son volant et s'en va. J'ouvre la bouche pour demander à la mécontente de baisser un peu le ton, mais ma voix est couverte par le crissement de ses pneus dérapant sur l'asphalte.
Voilà où nous mène notre obsession d'aller vite et de gagner du temps. À la furie. Furie au volant, en avion, dans les magasins, en couple, au bureau, en vacances, à la gym.

Grâce à la vitesse, nous vivons l'âge de la rage.


Après cette radicale prise de conscience à l'aéroport de Rome, je retourne à Londres avec une mission: évaluer le coût de la vitesse et les chances existantes de pouvoir décélérer dans un monde obsédé par l'idée d'aller toujours plus vite. Nous sommes nombreux à nous plaindre de nos emplois du temps surchargés; mais faisons-nous vraiment quoi que ce soit pour en changer? Eh bien, oui. Tandis que le reste du monde carbure à cent à l'heure, une minorité grandissante a choisi de ne pas tout faire à toute vitesse. Dans tous les aspects de l'activité humaine, qu'il s'agisse de sexe, de travail, d'exercice, d'alimentation, de médecine ou d'urbanisme, ces rebelles accomplissent l'impensable: ils font de la place à la lenteur. Et la bonne nouvelle, c'est que ça marche. En dépit des imprécations de Cassandre des marchands de vitesse, il apparaît qu'aller moins vite veut souvent dire « aller mieux ». Ce qui signifie: être en meilleure santé, être meilleur au travail et en affaires, être meilleur en sport, jouir d'une meilleure vie de famille et d'une meilleure sexualité.


Nous en sommes déjà passés par là. Au XIXe siècle, les gens ont résisté à la pression de la vitesse par des moyens qui nous sont familiers aujourd'hui. Les syndicats ont alors réclamé plus de temps libre, les citadins stressés ont trouvé refuge et réconfort à la campagne; peintres et poètes, écrivains et artisans ont cherché les moyens de privilégier une esthétique de la lenteur à l'ère de la machine. Aujourd'hui cependant, cette violente réaction à l'encontre de la vitesse gagne le grand public dans une urgence accrue. C'est un mouvement populaire, des cuisines aux bureaux, des salles de concerts aux usines, des chambres à coucher aux clubs de gym, des quartiers aux galeries d'art et aux hôpitaux, des écoles aux centres de loisirs, qui refuse d'accepter le diktat selon lequel le plus vite est toujours le mieux. Et dans cette décision de ralentir de façon multiple et variée se cache le ferment d'un mouvement global en faveur de la lenteur.


Il est temps désormais de définir nos termes. Dans ce livre, vitesse et lenteur font plus que désigner un changement de rythme. Ce sont des termes incarnant des styles ou des philosophies de vie. La vitesse est occupée, autoritaire, agressive, agitée, analytique, stressée, superficielle, impatiente, active et privilégie la quantité sur la qualité. La lenteur est son opposé: calme, attentive, réceptive, immobile, intuitive, tranquille, patiente, réflexive et préfère la qualité à la quantité. Avec elle, il est question de contacts vrais et profonds – avec les gens, avec une culture, avec le travail, avec la nourriture, avec tout. Le paradoxe est que lent ne veut pas toujours dire « au ralenti ». Comme nous le verrons, accomplir une tâche à la manière lente donne souvent de bien meilleurs résultats, et il est également possible de faire les choses rapidement tout en maintenant un état d'esprit calme. Un siècle après ce vers de Rudyard Kipling nous intimant de garder la tête sur les épaules quand tous les autres l'auront perdue, les gens apprennent à conserver leur calme. Ils apprennent comment rester lents à l'intérieur, même lorsqu'ils tentent de tenir un délai au travail ou de déposer les enfants à l'heure à l'école. L'un des buts de ce livre est de montrer comment ils y parviennent.


En dépit du discours de certains critiques, ce mouvement pour la lenteur ne milite pas pour agir à la vitesse de l'escargot. Il ne s'agit pas non plus d'une mouvance réactionnaire visant à faire régresser toute la planète vers on ne sait quelle utopie préindustrielle. Au contraire, ce mouvement est constitué de gens comme vous et moi, qui veulent vivre mieux dans ce monde rapide qu'est le monde moderne. C'est pourquoi cette philosophie peut être résumée en un seul mot: équilibre. Allez vite lorsqu'il est logique de le faire. Et allez lentement lorsque la lenteur s'impose.

Cherchez à vivre à ce rythme que les musiciens appellent le tempo giusto – la « bonne cadence ».


L'un des grands partisans de la décélération est l'Italien Carlo Petrini, le fondateur de Slow Food, un mouvement international dédié à cette notion très civilisée selon laquelle ce que nous mangeons devrait être cultivé, cuisiné et consommé tranquillement. Bien que la table soit son cheval de bataille, Slow Food représente bien plus qu'un prétexte à de longs repas. Le manifeste du groupe est un appel aux armes contre le culte de la vitesse sous toutes ses formes: « Notre siècle, qui a débuté et s'est développé sous le signe de la révolution industrielle, a commencé par inventer la machine, puis en a fait un modèle de vie. Nous sommes les esclaves de la vitesse et avons tous succombé au même virus insidieux: la vie à grande vitesse, qui brise nos habitudes, envahit nos espaces privés et nous contraint à consommer du fast-food. »
Au cours d'un brûlant après-midi d'été à Bra, la petite ville piémontaise qui abrite le quartier général de Slow Food, je rencontre Petrini pour bavarder; sa recette de vie conserve une rassurante vibration de modernité. « Si vous allez toujours lentement, c'est stupide – et ce n'est pas du tout le but de notre démarche! me dit-il. Aller lentement revient à contrôler les rythmes de sa propre vie. Vous décidez à quelle vitesse vous devez aller, dans tel ou tel contexte. Si aujourd'hui j'ai envie d'aller vite, je vais vite. Si demain je veux aller doucement, je vais doucement. Nous nous battons pour le droit à déterminer notre propre tempo. »


Cette philosophie très simple gagne du terrain sur bien des scènes. Au travail, des millions de gens se battent – et gagnent – pour un meilleur équilibre entre le travail et la vie. Dans les chambres, les gens découvrent les joies du sexe au ralenti par le biais du tantrisme et d'autres formes de décélération érotique. L'idée que ce qui va lentement est meilleur sous-tend la vogue des disciplines – du yoga au taï-chi en passant par les médecines alternatives, de la phytothérapie à l'homéopathie – qui adoptent une approche du corps globale et douce. Partout, les villes refondent leur paysage urbain et encouragent les gens à conduire moins et à marcher plus. Beaucoup d'enfants échappent à la dictature de la vitesse quand leurs parents allègent leur emploi du temps.


Inévitablement, la philosophie de la lenteur se superpose à la croisade contre la mondialisation. Des deux côtés, les partisans sont convaincus que le turbo-capitalisme ne peut mener qu'au surmenage de la planète comme de ses habitants, et cela sans espoir de retour. Ils affirment que nous pouvons vivre mieux en consommant, produisant et travaillant à un rythme plus raisonnable. Comme les altermondialistes modérés, les activistes Slow ne sont pas pour détruire le système capitaliste. Ils cherchent plutôt à lui donner un visage humain. Petrini lui-même parle de « globalisation vertueuse ». Mais ce mouvement en faveur de la lenteur va bien plus en profondeur et balaie un champ bien plus large qu'une simple réforme économique. En s'attaquant au vain totem de la vitesse, il touche au cœur de l'identité humaine à l'ère numérique. La devise de la lenteur peut produire des résultats lorsqu'elle est appliquée par petites touches. Pour en retirer le plus grand bénéfice, nous devons aller au-delà et repenser notre approche globale. Un monde authentiquement « lent » ne suppose rien moins qu'une révolution de nos modes de vie.
La philosophie de la lenteur est encore en gestation. Elle ne dispose pas de quartier général, ni d'un site Internet, ni d'un représentant unique, pas plus qu'elle ne s'appuie sur un parti politique pour porter son message. De nombreuses personnes décident de ralentir sans pour autant se sentir appartenir à une tendance culturelle, sans même parler de croisade mondiale. Ce qui compte, néanmoins, c'est qu'une minorité agissante est en train de privilégier la lenteur par rapport à la vitesse. Chaque acte allant dans ce sens est un point de plus pour le mouvement.


Comme les altermondialistes, les activistes de la lenteur se forgent des réseaux, soutiennent leur élan et affûtent leur philosophie à travers des conférences internationales, Internet et les médias. Des groupes pro-Slow éclosent un peu partout. Certains, comme le Slow Food, se concentrent principalement sur un aspect de la vie. D'autres appliquent la philosophie de la lenteur à plus large échelle. C'est le cas du Sloth Club japonais (ou « Club de la paresse »), de la fondation américaine Long Now (« Du temps maintenant ») et de la Société européenne pour la décélération du temps. Le développement du mouvement viendra pour beaucoup de pollinisations croisées. Slow Food a déjà fait des petits. Sous la bannière des Citta Slow, plus de soixante villes en Italie et ailleurs s'efforcent de se transformer en oasis de calme. La ville de Bra est également le berceau du Slow Sex, un groupe voué à bannir toute précipitation dans le domaine amoureux. Aux États-Unis, la doctrine Petrini a inspiré à un éducateur le mouvement du Slow Schooling (l'« École progressive »).


Le but de ce livre est de faire connaître la philosophie de la lenteur à un plus large public, d'en expliquer les motivations et le développement, de nommer les obstacles qu'elle rencontre sur sa route et de dire ce qu'elle a à nous offrir. Ma motivation, cependant, n'est pas entièrement altruiste. Je suis moi-même un accro de la vitesse, et ce livre représente aussi une odyssée personnelle. À la fin de ce travail, j'ambitionne de retrouver une part de la sérénité que j'avais éprouvée à Rome en attendant mon bus. Je veux être capable de lire une histoire à mon fils sans regarder ma montre.
Comme la plupart des gens, je veux trouver le moyen de vivre mieux en trouvant un équilibre entre vitesse et lenteur.
http://liseuse-hachette.fr/file/28528?fullscreen=1

 

Le Hénné, un art des entours-une gerbe de séduction-Soninkara et seneweb

"L'art des entours est tout ce qui a trait à l'esthétique du corps et de la maisonnée pour l'hygiène et la beauté : la conscience esthétique. C'est mon professeur d'esthétique à l'UCAD il y plus de 30 ans  Mr Abou SYLLA enseignant chercheur à l'IFAN, qui m'a ouvert les yeux sur nos arts. Le corps et les instruments de musiques, ceux du quotidien et les constructions ont été façonnés par les africains avec goût. Ici nous parlerons du hénné sujet initié par notre ami Amadou Demba DIALLO que nous remercions beaucoup pour la diversité des ses sujets soumis à notre sagacité". P B C


Ndeye Fatou Seck, Maria Dominica Thiam Diedhiou et PAPA,
Il faut faire attention aux pieds et aux mains : art de la séduction ,,,,,, à travers les cultures
http://www.soninkara.org/culture-soninke/

Les mains, les pieds et les cheveux sont les symboles même de la féminité, les hommes eux-mêmes l'avouent.

Ces parties du corps, lorsqu'elles sont douces et soignées, sont aussi érotiques que les creux des reins ou la courbe des hanches ! Forcément on se jette sur les produits de manucure, de pédicure ou capillaire. Alors, pourquoi ne pas mettre un peu d'exotisme dans nos soins de beauté en empruntant aux éblouissantes de là-bas leurs recettes, telles que le henné. Pour une beauté saine et naturelle, à lui seul il remplit plusieurs fonctions. Chevauchant le temps, le henné subsiste toujours et résiste bien au temps et à la modernité.
Il est difficile de dire, avec certitude, d'où vient le henné. On dit qu'il aurait voyagé au gré des conquêtes musulmanes, mais on le retrouve dans la plupart des civilisations, bien avant l'apparition de l'Islam. Le henné serait originaire d'une région située entre le sud de l'Iran et le Béloutchistan. C'est de là qu'il aurait ensuite gagné, dès l'Antiquité, le nord de l'Inde, la Syrie, la Palestine et l'Egypte. Le henné est employé depuis la plus Haute Antiquité.


La plante


Le henné se caractérise par des feuilles d'un vert plus intense que celles de l'olivier. La graine est noire comme les grains du sureau. La fleur blanche odorante est pareille à la mousse. Il soigne, fortifie, embellit et teint les cheveux et les mains. Plus particulièrement, le henné gaine les écailles du cheveu, apporte volume et tonus aux cheveux fins et mous. Il reste très apprécié des cheveux gras car permettant de réguler le sébum. Vous trouverez, dans le commerce, du henné neutre qui apportera vigueur et brillance aux cheveux ternes et du henné coloré pour teinter votre chevelure. Le henné a été de tout temps le cosmétique le plus employé. Les qualités de cette plante, que les musulmans disent venir du Paradis, sont nombreuses et son usage millénaire.


Les tatoueurs sont là !


On utilise ses feuilles pour les vertus colorantes, cosmétiques et thérapeutiques; ses fleurs pour leur parfum suave; ses racines pour les propriétés médicinales. Il est aussi utilisé pour colorer les cheveux et leur donner des reflets dont l'intensité dépendra du temps de pose. L'histoire du henné est à l'image de nombreux produits traditionnels. Elle porte en elle des siècles, voire des millénaires d'interactions culturelles, d'invasion et d'échange commerciaux. Il est donc fort probable que le henné et ses différents usages soient le fruit de ces interactions et qu'il n'y a pas une origine du henné, mais plusieurs.

Aujourd'hui, le tatouage temporaire au henné se lance à la conquête des pays occidentaux où il est devenu un véritable phénomène de mode. Au Sénégal, comme ailleurs, les tatoueurs au henné ont, de plus en plus, pignon sur rue. Nombreuses sont les stars sénégalaises, comme américaines, qui arborent des tatouages ethniques.
Le henné neutre
Le henné est aussi célèbre pour ses propriétés cosmétiques. On sait qu'il est excellent pour la peau et les cheveux. Il gomme aussi les impuretés et adoucit la peau en lui donnant un léger hâle. Astringent, il resserre les pores et unifie le teint. En plus, son action anti- bactérienne en fait un excellent déodorant. Il est, bien entendu, un produit naturel de teinture idéal. Du henné -médicament au henné- sortilège, en passant par l'atout séduction, la petite plante odoriférante s'est révélée être un pilier des cultures juive et musulmane au Maroc. Il n'y a pas de cérémonies ni de fêtes religieuses sans henné. Vif, séché ou broyé, il est utilisé dans différentes manifestations. Le henné neutre fait partie intégrante de l'attirail de beauté des femmes et parfois des hommes. Du Maghreb au Moyen-Orient. Faites en bon usage. Toutefois, il faut savoir que certaines peaux y sont allergiques.


À CHEVAL ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : Le charme de la vétusté ou l'art de la plume


Pourquoi souffrir le martyre avec des aiguilles ? Pourquoi dépenser des sommes folles pour faire enlever un tatouage permanent qu'on a fait faire sur un coup de tête ? Le tatouage au henné se fait au pinceau, à la seringue, en surface sans pénétration de l'épiderme.

Il est sécuritaire, temporaire, sans douleur. C'est un plaisir. Avec un maillot de bain, ou un décolleté estival, le tatouage prend un air taquin.


Profondément ancré dans les us et les coutumes, le henné tient une place de choix dans la vie quotidienne. Les femmes font un usage courant du henné pour teindre leurs cheveux, leurs mains et leurs pieds et appliquent elles-mêmes la pâte. Dans ce dessein, elles achètent de la colle, sous forme de sparadrap, qu'elles recollent sur leurs mains ou leurs talons avant d'appliquer le henné précédemment mélangé à du «bissap». Pour le rendre plus coloré. Ensuite, elles enveloppent la partie préalablement enduite de henné dans un sachet pendant une ou une demi- journée. En vue de rendre la coloration plus foncée et assurer ainsi sa longue tenue.


Mais, pour des applications élaborées, elles recourent aux services d'hommes appelés « tatoueurs », véritables artistes. Jadis, elles utilisaient un bâtonnet effilé pour ébaucher de fines lignes. Aujourd'hui, elles ont recours à des seringues de calibre différent. Le savoir-faire des tatoueurs modernes s'est adapté à la demande des jeunes générations. Bref, c'est l'ère des bonnes affaires pour les tatoueurs. Mais si certains le font pour préserver leurs valeurs, d'autres s'adonnent à ce «rituel» par souci de coller à la mode. Ce dernier aspect gagne de plus en plus du terrain au Sénégal. Selon Pape Samb, un tatoueur basé au centre commercial Elizabeth Diouf sis au marché Hlm, «le tatouage est très prisé par les jeunes, surtout du côté de la gent féminine.


Et les jeunes filles le font sous forme de dessins représentatifs par souci de modernité. Cela ne veut pas dire pour autant que les hommes sont en reste». Eh oui, les hommes veulent paraître «in» et redonner du tonus à leurs muscles. Et dans ce cas, un petit tatouage au henné serait la bienvenue. Également pour les grandes dames, les tatouages au henné constituent un allié de taille, pour les grandes cérémonies. Pour ceux qui rechignent à faire un tatouage définitif, le henné constitue donc un excellent supplétif. Et pour les prix, ils varient entre 2500 et 3000 Fcfa pour les mains et pour les pieds de 3000 à 7500 Fcfa. « En fait, le prix dépend du motif et de sa taille», nous explique-t-il. Ce tatouage, certes temporaire, peut durer 25 jours ou un mois, tout au plus. De couleur rouge, noire ou marron, il est réalisé à base de henné mélangé à un produit provenant de l'Arabie Saoudite.


Le henné est aussi un talisman


Le henné est utilisé dans les différents rites qui régissent les traditions. On dit qu'il est signe de bonne chance. Une tache de henné dans le creux de la main droite est particulièrement efficace contre le mauvais oeil. Certains rituels ont, peu à peu, disparu ou sont moins pratiqués par la nouvelle génération.

Tandis que d'autres demeurent immuables à l'occasion des fiançailles, du mariage, de la circoncision et du Ramadan. Puisque le henné constitue un ornement décoratif, il n'est pas appliqué pendant la durée du deuil. Au septième ou au quarantième jour, le henné, mis en pâte, circule dans l'assemblée, afin que l'on puisse le toucher, signe de l'autorisation à l'utiliser à nouveau. Un autre interdit est imposé pendant la période du Ramadan, car c'est le moment où l'être humain se purifie et renonce à tout apport étranger à son corps.
La veille du 27ème jour, on procède au tatouage pour éloigner toute influence négative pour le jeûne à venir. La mariée est coiffée le jour du mariage par une femme heureuse, n'ayant pas de rivale. Après avoir reçu une application de henné, les cheveux sont tressés, enserrés dans un anneau d'argent, symbole de la pureté. La «hennayat» (celle qui met le henné) casse un oeuf sur sa tête, symbole de la fécondité, en nouant les cheveux, elle y introduit deux dattes enduites de miel, symbole du bonheur. Ses mains et ses pieds font l'objet de dessins complexes et deviennent de véritables oeuvres d'art. La plante de henné fait partie aussi des cadeaux traditionnels. La cérémonie du henné se perpétue aussi dans la coutume de la circoncision.


Les vertus du henné


Le henné n'est pas seulement utilisé pour embellir les mains, les pieds, les cheveux, etc. Les qualités de cette plante sont nombreuses et son usage millénaire.?On utilise ses feuilles pour les vertus colorantes, cosmétiques et thérapeutiques ; ses fleurs pour leur parfum suave ; ses racines pour ses propriétés médicinales. En effet, il peut être exploité à d'autres fins, notamment pour des soins thérapeutiques. Il peut être préparé sous trois formes différentes : en pâte ou dissout dans de l'eau ou du lait, en décoction ou en infusion de racines. On remarque qu'il y a trois grands domaines d'application du henné en ce qui concerne les soins thérapeutiques : la peau, l'organisme et les muscles.


Traiter les maladies de peau


Ce sont les traitements cutanés qui sont de loin les plus connus et les plus répandus. Des analyses récentes ont montré que le henné possède des vertus antibactériennes, diurétiques et anti-diarrhéiques. Les brûlures bénignes sont soignées à l'aide d'emplâtres de henné. Celui-ci permet à la nouvelle peau qui se forme de s'épaissir et de s'endurcir. La varicelle est soignée par application de henné en poudre mélangé avec du lait de brebis sur tous les boutons dès leur apparition. Ils sèchent alors sans noircir, ni laisser de cicatrices. Les boutons de chaleur subissent le même traitement : soit on douche le corps avec de l'eau teintée de henné, soit on saupoudre les boutons de henné et l'on attend que la sueur sèche.


Purger l'organisme


Ce genre de traitement est surtout utilisé pour les nourrissons et les personnes âgées. En fait, le henné a une action régulatrice et purificatrice du fonctionnement intestinal. Le nourrisson est parfois affecté par des verres intestinaux. Pour le soigner, on lui fait prendre une petite quantité de lait dans lequel on aura fait tremper des feuilles de henné. Ce liquide purge l'enfant. Si l'affection n'est pas traitée de cette façon, cela peut conduire à une maladie du sang. Les coliques et les diarrhées sont traitées par des lavements avec de l'eau dans laquelle ont macéré des feuilles de henné, puis chauffée et filtrée. D'une façon générale, les populations qui utilisent le henné comme soin thérapeutique perçoivent leurs corps comme un organisme perpétuellement encombré de scories empêchant son bon fonctionnement et dont il faut se débarrasser.


Relaxer les muscles


On enduit de henné les parties paralysées d'un corps, à condition que celle-ci ne soit pas causée par une fracture mais par une contracture d'un tendon ou d'un muscle. Le henné est saupoudré dans du beurre fondu que l'on chauffe, on étend cette préparation sur le corps que l'on masse plusieurs jours durant. Le beurre permet de faciliter le massage et permet ainsi une meilleure pénétration du henné dans la peau. La guérison s'obtient en quelques jours. Les mêmes soins sont prodigués après résorption d'une fracture. Le membre blessé est massé dans le sens de la longueur.


Cette douceur enivrante des paumes qui ...


«Femme noire. Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'éternel. Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie». Dixit Léo le Poète. Comme la couleur noire renvoie à beaucoup de choses, dont le henné, l'on ne saurait passer sous silence ce produit dont les vertus coiffent celles de la pédicure et de la manucure.


Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux. (...) Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire...» in «Chants d'Ombre» de feu Léopold Sédar Senghor. En écrivant ces vers d'une rare beauté, le président- poète ne faisait pas que sublimer la grâce naturelle de la femme noire. Noire. Comme la couleur que laisse, si tant est qu'il est bien fait, le henné. «Foudeun» comme diraient les wolofs authentiques.


Tout un cérémonial avant d'en arriver à ce résultat qui faisait, naguère, le charme de nos charmantes femmes. Sans artifices, sans paillettes, sans maquillage, rien d'extravagant, pour dire le moins, la femme africaine, sénégalaise en particulier, avait un petit «quelque chose» qui la différenciait, et continue de faire sa particularité, des autres femmes. Bref, son raffinement n'a d'égal que sa grâce naturelle qui la distingue, ici et ailleurs, de ses autres sœurs. Aussi, tout, ou presque, était prétexte pour se teindre les pieds et les paumes. Et dans une moindre mesure les cheveux. Et il faut dire que le henné fait partie de cet attirail explosif qui constitue la force de frappe de la gent féminine sous nos chaudes latitudes. Rien, ni personne, ne les fera bouger d'un iota. Elles se démènent, en effet, comme de belles diablesses pour aggraver ce qui, aux yeux de beaucoup d'hommes, est un cocktail détonant. Vous avez deviné cette faculté congénitale qu'ont ces nymphes de vous lisser la peau, comme un bébé, pour vous endormir.


Pour ne pas dire vous transporter au Paradis dont le henné, selon une certaine historiographie, serait originaire. Aussi, il n était pas rare, « ba adouna daan baax », comprenez avant que la « civilisation » nous éloigne de la plupart de nos us et coutumes, de voir les dames parées de leurs «Louis d'or », drapées dans des tissus « soie ou tapis », chaussant des « marakiss », « foudeun bamou nioul » (les paumes et les pieds bien teints au henné) déambuler majestueusement pour aller honorer une de ces rencontres mondaines qui font, quelque part, sans aucune connotation péjorative, notre originalité. Et les puristes ne nous démentiront pas qui persistent à croire que « diongoma amatoul si miim reew ». Autrement dit, il n'y a plus de « Grande Dame », au sens figuré bien entendu, dans ce pays. En langage décrypté, cela veut dire tout simplement que les femmes sont tellement « dominées » par la modernité qu'elles en ont perdu de leur superbe. Voire de leur feeling. Tout cela pour dire que nos « Diongoma » et autres « Linguére » ont fait place nette à des « driyankés » d'un genre nouveau qui, en lieu et place du henné, préfèrent quelque chose qui semble être une sorte de clonage qui ne dit pas son nom : le tatouage. Fait à base de produit chimique, il produit le même résultat que le henné. Avec le naturel en moins.


Dès lors, on ne plus penser, comme le chantait l'enfant de Joal, «Femme noire, femme obscure, huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali, gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau. Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire. À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux ». Il est vrai qu'en cette période, la beauté de la femme noire était encore capable, « au coeur de l'Eté et de Midi, du haut d'un col calciné », de foudroyer en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle, le plus détaché des mollahs. David Diop ne s'y était pas trompé qui déclamait, majestueux, « Saute, saute, belle jigéen, c'est le tam-tam des arènes qui t'appelle ce soir ». L'auteur n'avait pas besoin d'ajouter que Koumba, l'éblouissante Reine, qui en était la Guest Star, «day foudeunou bouy nieuw ». Nostalgie quand tu nous tiens !
Ndeye Fatou Seck, Maria Dominica Thiam Diedhiou et PAPA,

posté par Fatou, une Soninké

 

Repenser la construction de l'Afrique avec audace et renégocier nos destins par Basse NDOYE

Merci à l'ami trouvé sur FB. Comme quoi la pensée généreuse peut se retrouver partout et ensemble nous parviendrons à amorcer une dynamique. PBC

«Nous sommes interpellés aujourd'hui plus que par le passé, dans notre habilité à identifier et à construire nous-mêmes de l'intérieur, des valeurs culturelles qui confortent notre capacité de résister ou de renégocier nos destins. L'excellence culturelle et esthétique est à notre portée sans ajouter au poids de la dette. Il nous appartient de réexplorer avec l'audace et la perspicacité nécessaires les formes de pensée, d'existence, ainsi que les pratiques sociales que la réappropriation de nos destins exige. Le salut de nos pays, faut-il le rappeler, n'est pas dans le volume des financements que les « nantis » nous consentent contre davantage de mutisme et de subordination. Il est dans le courage politique d'analyser la situation dans sa globalité, dans la volonté et l'honnêteté de la gérer en toute transparence, dans l'intérêt des citoyens et avec eux.» Aminata Traoré, L'Étau page 129

«C'est dans l'organisation, le travail, le patriotisme, la discipline, la compréhension des enjeux géopolitiques et géostratégiques, l'autonomie de pensée et d'action, que les Africains pourront commencer leur développement socio-économique. Les diverses"coopérations", les divers "partenariats", etc., ne donneront rien de sérieux sans un contexte de sursaut national, sans une réceptivité interne collective, sans mobilisation préalable des volontés nationales sollicitées pour le bien collectif. L'éducation, l'explication, la conviction, l'espoir, la discipline collective sur l'essentiel, doivent précéder tout "partenariat", pour réussir, tant soit peu. L'essentiel ne sera pas fait par autrui, mais par les Africains eux-mêmes.» Obenga. T

« En Occident, la barbarie n'est pas faite d'intolérance et d'obscurantisme, mais d'arrogance et d'insensibilité. L'armée américaine déboule dans l'antique Mésopotamie comme un hippopotame dans un champ de tulipes. Au nom de la liberté, de la démocratie, de la légitime défense et des droits de l'homme, on maltraite, on démolit, on tue... Sept cent mille morts plus tard, on se retirera avec un vague mot d'excuse. On a dépensé près d'un trillion de dollars, et selon certaines estimations deux ou trois fois plus, mais le pays que l'on a occupé est plus pauvre qu'avant. On a voulu combattre le terrorisme, mais celui-ci n'a jamais été aussi florissant...On a prétendu instaurer la démocratie, mais on s'y est pris de telle manière que la notion elle-même en a été pour longtemps déconsidérée. » Amin Maalouf

Bosse Ndiaye

 

Les tapisseries de Thiès, des fresques du Sénégal aux quatre coins du monde- Une expertise unique

Les tapisseries de Thiès, des fresques du Sénégal aux quatre coins du monde © AFP


Fleuron de la politique culturelle de Léopold Sédar Senghor, mais asphyxiée peu à peu sous le recul des subventions, les tapisseries de Thiès au Sénégal retrouvent une nouvelle vigueur avec une création monumentale destinée à orner le siège des Nations unies.
Cette tapisserie de 24 mètres carrés, en laine et coton, baptisée « Le Magal de Touba », domine une salle d'exposition de la Manufacture sénégalaise des arts décoratifs (MSAD) à Thiès, à 70 km à l'est de Dakar.


« C'est la plus grande oeuvre fabriquée par la MSAD. Le président Macky Sall va l'offrir à l'ONU », affirme à l'AFP son directeur, Sidy Seck.
Il a fallu 33 mois pour confectionner cette fresque murale, commandée en 2008, pour un coût non précisé, par le prédécesseur du président Sall, Abdoulaye Wade.
« Un art nouveau pour une nation nouvelle »: désireux de doter son pays d'un industrie culturelle, le premier président du Sénégal indépendant (1960-1980), Léopold Sédar Senghor, formé en France où il a été ministre, avait créé en 1966 une manufacture de tapisserie, art jusque là inconnu au Sénégal.
Le poète-président avait envoyé les artisans se former en France dans les manufactures des Gobelins et d'Aubusson, dont les oeuvres, qui ont orné les palais de l'aristocratie européenne, sont classées au patrimoine immatériel de l'Unesco.


La manufacture sénégalaise fonctionnait sous contrôle étroit de l'Etat, qui choisissait les modèles et en achetait la production.


Tissée à la main en 24 couleurs par deux artistes sénégalais, « Le Magal de Touba » doit remplacer celle qui orne la grande salle de conférence au siège des Nations Unis, à New York.


« On s'est plaint de la vétusté de la pièce » à New York, les autorités sénégalaises m'ont suggéré de la reproduire à l'identique, explique Pape Ibra Tall, ex-directeur de la MSAD et auteur de la maquette.


« La première édition avait été réalisée en France dans un atelier de tapisserie privé du village d'Aubusson. Mais pour cette deuxième, on avait la possibilité de la faire » à la MSAD, dit M. Tall, qui, comme premier directeur de la Manufacture, avait supervisé la première réalisation, il y a un demi-siècle.
Senghor voulait « vers 1964/65 offrir (un cadeau) à l'ONU. Ca devait être une oeuvre de 24m2 au minimum, typiquement sénégalaise et qui unissait tout le pays. J'ai proposé le Magal de Touba », raconte ce diplômé de l'Ecole des Beaux-arts de Paris.


Touba est une ville sainte du centre du Sénégal. Le magal est une fête religieuse célébrée chaque année par les mourides, très influents dans le pays, pour commémorer le départ en exil au Gabon, en 1895, du fondateur de cette confrérie soufie, Cheikh Ahmadou Bamba.


Complexe « unique en son genre en Afrique »


La manufacture de Thiès est « unique en son genre en Afrique », s'enorgueillit Sidy Seck.

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Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...
A nos sœurs et frères-Ne
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