Théorie du désengagement moral de Bandura : comment les gens peuvent faire du tort et garder bonne conscience

Figure de proue de la psychologie sociale, Albert Bandura a montré le rôle du sentiment d'efficacité personnelle.

Ses théories partent d'une conception résolument optimiste de l'être humain.
À 92 ans, il fait toujours parler de lui. Avec son dernier livre Le Désengagement moral sorti en 2016, il est encore une fois au cœur de l'actualité, fustigeant les dérives de notre société contemporaine. Mais bien avant cela, Albert Bandura s'est fait un nom en proposant dès les années 1960 une nouvelle approche en psychologie. Avec le cognitivisme social, il introduit une troisième voie se situant à l'interface des approches béhavioristes centrées sur le comportement, et des théories psychanalytiques focalisées sur l'inconscient. Bandura est donc avant tout un précurseur des thérapies cognitives qui mettent au cœur de leur réflexion nos manières de penser et d'interpréter nos évènements quotidiens. Sa théorie de l'autoefficacité s'inscrit dans la suite logique de ce mouvement. Elle met l'accent sur les croyances en nos capacités & [ lire la suite... ]


https://www.scienceshumaines.com/albert-bandura-croire-en-soi-pour-agir_fr_39805.html

Théorie du désengagement moral de Bandura : comment les gens peuvent faire du tort et garder bonne conscience


Psychomédia

Le psychologue américain Albert Bandura, a publié en décembre 2015, à l'âge de 90 ans, un livre intitulé « Moral Disengagement : How People Do Harm and Live with Themselves » (1) dans lequel il expose sa théorie du désengagement moral qu'il développe depuis les années 1980.


Bandura est considéré comme l'un des psychologues les plus influents du XXe siècle. À la différence de ses nombreuses publications académiques, ce dernier livre est destiné à un large public.
Comment des gens, par ailleurs normalement prévenants et attentionnés, font des choses cruelles et vivent encore en paix avec eux-mêmes ? Se basant sur sa théorie de l'agentivité, Bandura expose les mécanismes psychologiques par lesquels les gens désengagent sélectivement leur « autosanction morale » faisant normalement partie de leurs processus d'autorégulation.


Ces mécanismes sont les suivants :


• ils sanctifient leur comportement dommageable comme servant des causes louables, comme étant mieux que certains comportements des autres... ;
• ils se déchargent du blâme pour le préjudice qu'ils causent en déplaçant et en diffusant la responsabilité ;
• ils minimisent ou nient les effets néfastes de leurs actions ;
• ils déshumanisent ceux qu'ils maltraitent ;
• ils blâment leurs victimes en attribuant leurs malheurs à leurs défauts et leurs défaillances.


La plupart des théories de la moralité sont presque exclusivement centrées sur le niveau individuel. « La théorie de Bandura étend le désengagement moral au niveau des systèmes sociaux à travers lesquels des inhumanités sont commises, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives », indique la présentation de l'éditeur.
Le livre analyse, à la lumière de ce modèle, le désengagement moral impliqué dans plusieurs problèmes sociaux contemporains : peine de mort, crise financière de 2008, déni du réchauffement climatique, terrorisme, comportements de grandes industries...


Dans certaines industries, note l'auteur, le climat social de désengagement moral facilite la production de produits dangereux (tels que les cigarettes) et de résidus chimiques toxiques (dont le plomb, le chlorure de vinyle, la silice et la poussière de charbon) qui représentent des menaces importantes pour la santé et le bien-être.
Son objectif, écrit-il, n'est pas d'excuser ou de tolérer les conduites analysées, mais plutôt d'utiliser les connaissances scientifiques pour informer les efforts pour « prévenir et contrer la suspension de la morale dans la perpétration d'inhumanités ».


(1) Littéralement : « Désengagement moral : Comment les gens font du tort et vivent avec eux-mêmes ».
http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/2016-05-27/desengagement-moral-albert-bandura

 

La psychologie s'intéresse depuis longtemps aux mécanismes nous amenant à commettre des actes contraires à nos valeurs. Dans un nouvel ouvrage, Albert Bandura renouvelle ce champ de recherches.

La finance folle, les industries polluantes, les lobbies du tabac et des armes, le management autoritaire... Les comportements immoraux s'érigent en systèmes et ne sont pas l'apanage de psychopathes solitaires. Pourtant, qui se satisfait que la Terre vive à crédit de ses ressources naturelles, que notre santé soit exposée à des risques importants dans notre environnement quotidien (air, alimentation...), que des réfugiés meurent en Méditerranée, que la souffrance au travail se répande comme une épidémie ? Personne ne répondra par l'affirmative, même parmi les responsables ou les soldats du désastre. Mais combien sommes-nous à lutter contre des systèmes que l'on ne cautionne pas ? Pire, combien sommes-nous à y participer et à le faire vivre ? Cette équation paradoxale pourrait trouver sa solution dans un phénomène théorisé dans un nouvel ouvrage signé par le psychologue canadien, Albert Bandura : le désengagement moral (1).


Se persuader qu'on respecte sa morale


Ralentir pour se retrouver...


https://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/la-theorie-du-desengagement-moral_sh_38358
Connaître ce penseur
Qui est le psychologue Albert Bandura ayant reçu une « médaille nationale de la science » américaine ?
Psychomédia

Le 19 mai 2016, le président américain Barack Obama a remis l'une des 9 « médailles nationales en sciences » (National Medals of Science) 2015 au psychologue Albert Bandura dont la candidature avait été présentée par l'American Psychological Association.


Le psychologue, aujourd'hui âgé de 90 ans, professeur émérite à l'Université Stanford, est considéré comme l'un des chercheurs en psychologie les plus influents dans le monde.
Le prix reconnaît notamment le développement de la théorie cognitive sociale, qui a transformé la compréhension de la psychologie de l'apprentissage, et son application généralisée aux niveaux individuel et sociétal. « La théorie cognitive sociale était un changement transformateur par rapport au béhaviorisme qui était en vogue à l'époque », explique Bandura.


Cette théorie a notamment mené aux travaux subséquents sur le sentiment d'efficacité personnelle, aussi appelé « auto-efficacité », qui réfère aux croyances des individus sur leur propre capacité d'accomplir des tâches ou de relever des défis et plus généralement d'avoir une influence sur le cours de leur vie.

Ces croyances affectent les choix et les motivations ainsi que le bien-être et même la santé.


« Les scientifiques du comportement reçoivent rarement ce genre de prix », a-t-il déclaré. « Ceci est une occasion de reconnaître notre discipline, et non seulement moi-même ».
Le dernier livre de Bandura, intitulé « Moral Disengagement: How Good People Can Do Harm and Feel Good about Themselves » a été publié en décembre 2015. À la différence de ses nombreuses publications académiques, ce dernier livre est destiné à un large public.
Dans un classement des plus éminents psychologues établi par une étude américaine en 2014, Albert Bandura figurait en première place. Ce classement, listant 200 psychologues, était basé sur le nombre de citations dans les publications scientifiques et les manuels d'enseignement ainsi que les grands prix scientifiques reçus.


• Théorie du désengagement moral de Bandura : comment les gens peuvent faire du tort et garder bonne conscience (2016)
• Qu'est-ce que le sentiment d'efficacité personnelle ?

*

 

Mondial Russie 2018 : Les salaires de l'entraîneur et le gardien de but Aliou CISSE et Khadim NDIAYE mal payés et il faut réagir.


Deux personnes sont à aider au Sénégal. L'entraîneur Aliou CISSE et le gardien de but Khadim NDIAYE du Sénégal sont les plus mal payés de la coupe du monde et ce serait bien de les aider si l'Etat ne le fait pas. L'équipe du Sénégal a bien joué. Il y a toujours des erreurs à pointer mais il faut les porter et les critiquer sans manquer de les féliciter. Une critique doit toujours être constructive. Cette jeune génération


Moi je remercie


L'entraîneur de l'équipe sénégalaise de football, Aliou Cissé, est le moins bien payé parmi les 32 sélectionneurs qui vont prendre part au Mondial-2018 en Russie (14 juin – 15 juillet) avec un salaire annuel estimé à 200.000 euros, selon une étude diffusée par le média néerlandais Zoomin TV.


Sans surprise, les grandes nations dominent la hiérarchie. Sur le banc de l'Allemagne, tenante du titre, Joachim Low sera ainsi le sélectionneur le mieux payé en Russie avec un salaire de 3,8 millions d'euros annuels. Suivent Tite (Brésil) et Didier Deschamps (France) avec 3,4 millions d'euros chacun. 4e, l'Espagnol Julen Lopetegui se trouve juste en-dessous avec 2,9 millions d'euros.
Pour trouver trace du premier sélectionneur d'une nation africaine, il faut descendre au 11e rang avec l'entraîneur argentin de l'Egypte, Hector Cuper (1,5 million d'euros).
Le Français Hervé Renard (Maroc) pointe à la 21e place avec 778.000 euros et le Franco-Allemand, Gernot Rohr, (Nigeria) à la 24e avec 497.000 euros.
28e, Nabil Maâloul (Tunisie) est le sélectionneur de nationalité africaine le mieux payé avec 348.000 euros. Son homologue du Sénégal, Aliou Cissé, est quant à lui le sélectionneur le moins bien payé parmi les 32 qualifiés avec 200.000 euros par an, soit 19 fois moins que Low.


En revanche, le sélectionneur le mieux payé au monde reste très nettement l'Italien Marcello Lippi, à la tête de la Chine, non-qualifiée pour le Mondial, avec un salaire annuel de 23 millions d'euros.
Classement des sélectionneurs qualifiés pour le Mondial-2018 (salaire annuel en euros) :


1er – Joachim Low (Allemagne) : 3,8 millions d'euros
2e – Tite (Brésil) : 3,4 millions
— – Didier Deschamps (France) : 3,4 millions
4e – Julen Lopetegui (Espagne) : 2,9 millions
5e – Stanislav Cherchesov (Russie) : 2,5 millions
6e – Fernando Santos (Portugal) : 2,18 millions
7e – Carlos Queiroz (Iran) : 1,9 million
— – Gareth Southgate (Angleterre) : 1,9 million
9e – Jorge Sampaoli (Argentine) : 1,77 million
10e – Oscar Tabarez (Uruguay) : 1,7 million
11e – Hector Cuper (Egypte) : 1,5 million
— – Jose Peckerman (Colombie) : 1,5 million
13e – Juan Pizzi (Arabie saoudite) : 1,4 million
14e – Bert van Marwijk (Australie) : 1,17 million
15e – Ricardo Gareca (Pérou) : 1,1 million
16e – Juan Osorio (Mexique) : 1 million
17e – Age Hareide (Danemark) : 925.000
— – Akira Nishino (Japon) : 925.000
— – Roberto Martinez (Belgique) : 925.000
20e – Vladimir Petkovic (Suisse) : 845.000
21e – Hervé Renard (Maroc) : 778.000
22e – Helmir Hallgrimsson (Islande) : 697.000
23e – Zlatko Dalic (Croatie) : 546.000
24e – Gernot Rohr (Nigeria) : 497.000
25e – Janne Andersson (Suède) : 448.000
— – Shin Tae-Young (Corée du Sud) : 448.000
27e – Hernan Gomez (Panama) : 398.000
28e – Nabil Maaloul (Tunisie) : 348.000
— – Oscar Ramirez (Costa Rica) : 348.000
30e – Mladen Krstajic (Serbie) : 298.000
31e – Adam Nawalka (Pologne) : 268.000
32e – Aliou Cissé (Sénégal) : 200.000


https://www.webmanagercenter.com/2018/05/14/419866/mondial-russie-2018-les-salaires-des-entraineurs/
Découvrez le salaire ridicule de Tony Sylva sur le banc des Lions


Source: : Seneweb.com


Découvrez le salaire ridicule de Tony Sylva sur le banc des Lions


Pour un ancien footballeur, qui titillait les étoiles et ramassait les millions à la pelle chaque semaine, le traitement est ridicule. Certes les temps ont changé, Tony Sylva est à la retraite. Mais on parle du préparateur des gardiens de buts de l'équipe du Sénégal A, qualifiée pour le Mondial-2018.
Figurez-vous que Tony touche un salaire de 500 mille francs Cfa par mois. Le quotidien sportif Record, qui donne l'information dans son édition de ce vendredi, souligne qu'il est le moins bien payé du staff technique des Lions. Aliou Cissé, le sélectionneur national, touchant 9 millions, et son adjoint, Regis Bogaert, 2,5 millions, selon le journal.
Record affirme que c'est du fait de ce bas niveau de traitement que le meilleur gardien de la Can-2002 se limite à préparer les gardiens de buts de l'équipe du Sénégal. Sans plus. Le minimum syndical, pour tout dire.


Auteur: Seneweb news-RP - Seneweb.com


Petite histoire du Mondial] Khadim Ndiaye, le gardien « sans complexe » du Sénégal


Sénégal


À 33 ans, Khadim Ndiaye, le portier sénégalais vit sa première Coupe du monde. Au milieu de stars de clubs européens tels que Liverpool dont son compatriote Sadio Mané partage le banc, le Paris Saint-Germain ou encore le Real Madrid, Khadim Ndiaye, lui, est arrivé en Russie avec un parcours bien atypique. Il est le seul joueur de l'équipe sénégalaise à évoluer sur le continent.
Le gardien de but sénégalais est en effet la star du Horoya Athletic Club, qui domine le modeste championnat de Guinée. Mais pas de quoi le complexer face à ses coéquipiers. "Pas de complexe, je suis professionnel comme eux", expliquait-il à l'AFP à l'issue d'un entraînement de fin de championnat à Conakry. "Eux, ils sont à Liverpool, moi je suis à Horoya, mais on partage la même sélection, j'ai le même niveau de compétitivité, les mêmes valeurs", ajoute le natif de Dakar.
En Guinée, Khadim Ndiaye a en effet trôné au sommet. Il a notamment remporté quatre titres de champion, dont celui de la saison 2017/18 est encore chaud, trois Coupes de Guinée et trois Super coupes. En sélection, il était de l'aventure à la Coupe d'Afrique des Nations de 2017, pendant laquelle le Sénégal a atteint les quarts de finale.
Avec 23 sélections depuis la première en 2010, Khadim Ndiaye s'est imposé comme un taulier du vestiaire sénégalais. Même si, aujourd'hui, il doit faire avec la concurrence Rennais Abdoulaye Diallo.
Les critiques sont de plus acerbes depuis la dernière sortie des Lions de la Teranga face au Japon (2-2) où Ndiaye a été accusé d'incompétence. Les commentateurs du match sur une chaîne cryptée du bouquet affirmaient du reste que le Sénégal a une équipe, mais pas de gardien de but. Kharim Ndiaye le sait, il doit redoubler d'efforts s'il veut rester titulaire et montrer que le club où on évolue n'a de valeur que le talent.

 

Rapport OMS : Dakar, mais parmi les villes les plus polluées au monde –La pollution tue

-Regardez les nuages de fumée, on ne peut rien voir au loin, les enfants à cause de leurs tailles « bouffent » la pollution, les vendeurs ambulants, les mendiants, les routiers et les voisins tous auront des soucis de santé un jour. Les riches sont dans leurs grosses voitures climatisées et les pauvres sont dans la rue , Elgas parlait des murs sociaux grandissants au Sénégal, ouvrez les yeux et bougez-vous.
Les particules fines sont fines et insidieuses, elles se figent dans les poumons sans crier gare. Notre destin nous appartient veillons-y. Chaque citoyen peut être éco-responsable, la société civile peut obliger l'Etat à mieux agir. PB C


Par Mamadou Diagne

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié son rapport annuel sur la pollution de l'air dans les grandes villes de la planète. 4 300 agglomérations de 108 pays sont désormais inscrites dans cette importante base de données. L'organisation s'intéresse particulièrement aux particules fines, extrêmement dangereuses pour la santé. Parmi les mauvais élèves, figurent de nombreuses villes du continent asiatique, mais aussi Dakar.


Dans un de nos articles, on faisait état que Dakar était la deuxième ville la plus polluée du monde. En réalité, Dakar a bel et bien un niveau élevé, mais est encore loin des mégalopoles les plus touchées par la pollution.


Selon le site avocommentaires, il ne s'agissait donc pas du classement de l'OMS mais plutôt d'une sélection de villes réalisée parmi les 2900 répertoriées dans le rapport dévoilé par l'OMS il y a moins d'un mois.


Dans le classement exhaustif réalisé par l'OMS, des dizaines de villes sont largement au-delà de la moyenne dakaroise.
Cependant, le niveau de la pollution relevé à Dakar alerte plus d'un.

Les recommandations de l'OMS étant de 20 μg/m3 (pour les PM10) et de 10 μg/m3 (pour les PM2,5) et les statistiques de Dakar sont de 141 pour les PM10 et de 34 pour les PM2,5.


http://teranganews.sn/2018/05/rapport-oms-dakar-pas-2eme-mais-parmi-les-villes-les-plus-polluees-au-monde/


Suite


L'OMS liste aussi les causes de ces pollutions mortelles et Dakar les regroupe quasiment toutes : concentration d'industries, des voitures anciennes, des centrales à charbon, incinération des déchets, déforestation et on peut également ajouter des phénomènes naturels comme le sable et les poussières provenant du désert.
Malick est biologiste mais ne pensait pas que la concentration de particules fines était aussi importante.


« Là, cela m'étonne vraiment. Je ne pensais pas que Dakar était aussi polluée », a-t-il dit.


Contrôleur de gestion, Hospice Samb s'inquiète, lui, de l'inertie des autorités qui laissent par exemple les gens jeter et brûler les poubelles devant son lieu de travail.
« Vous voyez la statue, là, c'est Senghor car juste en face se trouve sa maison, un musée, mais cela n'empêche pas que l'on brûle. Si on voit et qu'on ne réagit pas, cela veut dire que quelque part, on cautionne », constate-t-il.


La statue de Senghor, à Dakar, avec les déchets autour et la nappe de pollution au fond. © RFI/Guillaume Thibault


Le président Macky Sall - qui se pose en leader dans la lutte contre la pollution - avait notamment promis, l'an dernier, la tolérance zéro pour les véhicules hors d'âge très polluants, mais l'application concrète sur le terrain prend du temps.


Cette pollution aux particules fines qui touche en tout cas la capitale pourrait devenir, à terme, un frein au développement.


http://www.rfi.fr/afrique/20180514-senegal-dakar-pollution-

 

Mohamed Iqbal, penseur d'un autre Islam
Article publié le 02/09/2014
Par Nicolas Hautemanière

C'est en lisant le Pr Souleymanne Bachir DIAGNE que je suis tombé sur ce philosophe. P B CISSOKO


Mohamed Iqbal (1877-1938) est un poète et philosophe musulman originaire des Indes britanniques. Bien qu'il soit considéré comme le père spirituel du Pakistan moderne, la fécondité de sa pensée politique et religieuse interdit de réduire son œuvre à celle d'un simple militant nationaliste de la décolonisation. Sa relecture radicale de l'Islam et la complexité de ses idéaux politiques en font l'un des grands penseurs musulmans du XXe siècle, dont la réception dépasse largement les frontières de son pays natal.


Parcours biographique


Né le 9 novembre 1877 à Sialkot, dans la région du Pendjab, Mohamed Iqbal grandit dans une famille musulmane religieuse et traditionnelle. Ses capacités intellectuelles lui permirent néanmoins très tôt de quitter ses terres d'origine : il se lia en effet d'amitié avec le philosophe britannique Thomas Arnold (1864-1930), qui l'encouragea à poursuivre ses études en Angleterre, au Trinity College de Cambridge, où il était lui-même professeur. Mohamed Iqbal y étudia la philosophie de 1905 à 1908 et y publia sa thèse de doctorat sur La Métaphysique en Perse, avant de retourner en Inde où lui était offert un poste de professeur au Government College de Lahore.


Appartenant aux élites occidentalisées de sa province, il entama naturellement une carrière juridique et politique. Il devint avocat en 1911, puis s'engagea dans le « Mouvement pour le califat » (Khilafat Movement), à l'heure où la jeune République Turque discutait de la réforme de cette institution autrefois liée au sultanat de l'Empire ottoman. La chute définitive du califat, qui survint en 1924, constitua une rupture dans son engagement politique. C'est en effet après l'échec d'une refondation de cette institution qu'il s'engagea dans la All-India Muslim League, dont il fut le président annuel en 1930. Il ne s'agissait plus pour Mohamed Iqbal de lutter pour l'union de l'intégralité des Musulmans sous l'égide d'un unique calife, mais d'obtenir des Britanniques l'autonomie des régions islamiques des Indes Britanniques.
Il mourut en 1938, dix ans avant que ne soit réalisée l'indépendance pakistanaise, à laquelle il avait fourni ses fondements théoriques.


Une nouvelle philosophie de l'Islam


La grande familiarité qu'acquit Mohamed Iqbal avec le mode de vie européen et la philosophie occidentale lors de son séjour à Cambridge est décisive pour comprendre la conception de l'Islam qu'il défendit tout au long de son existence.
Deux expériences marquèrent cette période de sa vie. La première est la prise de conscience de l'écart scientifique et technique séparant les mondes musulman et occidental à l'aube du XXe siècle. Bien qu'il récusât le matérialisme allant de pair avec le développement économique de l'Europe, il lui importait de comprendre les causes du décrochage des régions islamiques. Cette interrogation n'était d'ailleurs pas propre à Mohamed Iqbal mais marquait profondément les sphères intellectuelles musulmanes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. On en trouve un écho tardif mais particulièrement éloquent dans la publication de l'essai du Syrien Sakib Arslan répondant au titre lapidaire de « Pourquoi les Musulmans sont-ils en retard alors que les autres sont en avance ? » en 1939. La seconde expérience qui marqua Iqbal durant son séjour en Europe fut la prise de contact avec la philosophie d'Henri Bergson. En 1907, ce dernier était au faîte de sa gloire : cette année-là, il publiait L'évolution créatrice, qui reçut un accueil triomphal et fut lue avec enthousiasme par le jeune Mohamed Iqbal. Il y défendait une philosophie de la vie, une pensée du mouvement et une conception « vitale » du réel, opposées à la tradition de philosophie contemplative héritée de la philosophie grecque.


C'est à partir de sa lecture de Bergson que Mohamed Iqbal entendait à la fois expliquer le « déclin » supposé du monde musulman et contribuer à un renouvellement complet de sa culture. Si les cultures islamiques étaient incapables de modernité, c'est qu'elles s'étaient figées depuis le XIIIe siècle. La vitalité de la pensée musulmane des premiers temps aurait alors était perdue. Le poids des autorités religieuses aurait fait de l'interprétation du Coran un simple exercice de mémorisation de gloses anciennes, condamnant toute nouveauté quant à l'exégèse des textes sacrés. L'avancée du temps historique n'aurait plus été perçue que de manière négative, comme un élément venant progressivement corrompre l'Islam « pur » des premiers siècles. Ainsi s'expliquerait, d'après Mohamed Iqbal, que le monde musulman contemporain se soit montré incapable de prendre sa part à la modernisation scientifique, économique et culturelle du XIXe siècle.


Face à ces pesanteurs, Mohamed Iqbal entendait « remettre l'Islam en mouvement », c'est-à-dire lui rendre sa vitalité et renouer avec la tradition interrompue au XIIIe siècle. Reprenant à Bergson l'idée que la culture, la religion et la Création toute entière sont des objets « vivants », il défendait la nécessité d'une relecture continuelle du Coran, devant sans cesse en faire renaître le sens dans un monde aux contours changeants. A ce principe, Iqbal donnait le nom d'ijtihad, que l'on pourrait traduire par « effort d'adaptation constant ». Pour l'expliquer, l'auteur aimait à citer une tradition prophétique relative à Muâd Ibn Jabal. Ce dernier était chargé par Mahomet de veiller au bon gouvernement de la population yéménite récemment convertie à l'Islam. Mahomet s'entretient avec son jeune protégé : « Ô Muhâd, lui demanda-t-il alors, que feras-tu lorsque l'on soumettra un cas à ton jugement ? Je jugerai conformément au livre de Dieu. Le prophète de reprendre : et si tu ne trouves aucune solution dans le livre de Dieu ? Muâd : Alors je jugerai conformément à la coutume de son Messager. Le prophète d'insister : et si tu ne la trouves pas dans la coutume du Messager ? Alors, dit Muâd, j'utiliserai le raisonnement en toute liberté (ijtihad) pour former ma propre opinion [1] ». Ainsi, Mahomet aurait confié à ses disciples la responsabilité de faire évoluer les règles religieuses aux nouvelles situations se présentant dans le monde. La nouveauté, loin d'être un facteur de dégradation de l'Islam, serait le gage de sa vitalité et de la poursuite de l'œuvre entamée par le Prophète. Réformé, l'Islam pourrait retrouver une nouvelle modernité et épouser les transformations du monde contemporain.


Nationalisme pakistanais ou universalisme islamique ?


La réflexion religieuse de Mohamed Iqbal avait des conséquences politiques très fortes, qu'il convient maintenant d'expliciter.
La modernisation qu'il appelait de ses vœux ne devait pas se traduire par une importation directe et irréfléchie des modèles politiques et sociaux de l'Occident. On l'aura compris, la réforme de l'Islam devait naître d'un mouvement interne au monde musulman. C'est l'Islam lui-même, qui, pour Iqbal, est porteur d'une certaine modernité, y compris politique. Aucune relecture du Coran ne devait être tributaire de principes politiques ou religieux imposés de l'extérieur, tels des corps étrangers s'immisçant dans un organisme vivant et autonome. Plus particulièrement, il était inadmissible que la communauté musulmane importât sans ciller les principes de l'Etat-nation et de la laïcité : « Est-il possible de garder l'islam comme idéal éthique et de le récuser comme communauté politique au profit de communautés nationales où la disposition religieuse n'est autorisée à jouer aucun rôle [2] ? ». Venant de la plume de celui qu'on considère comme le père du nationalisme pakistanais, ces paroles pourront sans doute étonner. Leur cohérence n'en est pas moins certaine.


Le partage d'une unique religion par l'ensemble de la communauté musulmane devait en effet pousser celle-ci à s'organiser en une unique entité politique, qui se donnerait pour but la réalisation des idéaux moraux portés par l'Islam. Par-là, il ne faut pas entendre une application littérale et non circonstanciée de la shari'a, mais une mise en œuvre raisonnée et pour ainsi dire « adaptative » de ses principes dans le monde contemporain. La laïcité est à exclure, puisqu'elle empêche la communauté de s'imposer à elle-même ses règles morales. Mais l'organisation nationale des Etats l'est également, puisqu'elle limite artificiellement le champ d'application de la loi musulmane et divise injustement la communauté de destin formée par la umma. Ici s'explique l'engagement d'Iqbal dans le mouvement pour la refondation du califat. Cette institution incarnait la possibilité d'une union politico-religieuse transcendant les frontières nationales. Son renouvellement aurait également permis de renouer avec la période de floraison et de vitalité de l'Islam tant regrettée par Iqbal : celle du califat abbasside du XIIIe siècle, détruit par les Mongols.


Dès lors, comment expliquer l'engagement politique d'Iqbal en faveur de l'indépendance pakistanaise ?

Il semble y avoir, à l'origine de ce choix, une certaine renonciation. Les négociations politiques pour le maintien du califat avaient échoué en 1924, et le réalisme imposait la constitution d'une entité politique musulmane aux dimensions réduites. Mais il faut surtout comprendre que le revirement politique de Mohamed Iqbal ne fut pas complet. Le célèbre discours qu'il prononça à l'occasion de l'ouverture de la 25e session annuelle de la All-India Muslim League en 1930 montre qu'il ne se rallia jamais au mode de pensée nationaliste des Occidentaux. C'est l'Islam qui devait constituer le lien essentiel au sein de la communauté pakistanaise à venir, et non un quelconque sentiment national. De même, la souveraineté et l'indépendance des régions musulmanes des Indes n'étaient pour lui pas essentielles.

L'autonomie de ces territoires devait suffire, puisque ce qui importait, c'était la capacité qu'auraient les populations de ces régions à se donner à elles-mêmes leurs propres lois, conformes à l'enseignement du Coran. Enfin, et c'est peut-être là le point essentiel, la fondation d'un Etat pakistanais n'était pas conçue comme un but en soi par Iqbal. A travers lui devait être fondé un espace propice à l'exercice de l'ijtihad. Les terres du Nord-Ouest des Indes auraient ainsi pu devenir un nouveau cœur du monde musulman, lui permettant de se « remettre en mouvement ». Pour reprendre les termes employés par S. B. Diagne, il s'agissait moins de créer un Etat islamique et national que de créer un « Etat des Musulmans », dans lesquels ceux-ci disposent d'un lieu d'expérimentation politique et religieuse devant les porter vers la modernité. Et c'est finalement à l'ensemble de la culture musulmane que devait servir la fondation d'un nouvel Etat au Pakistan, par-delà les frontières imposées par le réalisme politique.


De telles ambitions avaient sans doute quelque chose d'illusoire, et Mohamed Iqbal le confessait lui-même lorsqu'il écrivait dans ses carnets : « les nations naissent dans le cœur des poètes ; elles prospèrent et meurent entre les mains des politiciens [3] ». Sa pensée politique esquisse néanmoins le chemin vers une « troisième voie », entre le modèle de l'Etat laïc occidental et celui de l'Etat islamique caractérisé par l'application stricte de la shari'a. Ceci justifie sans doute le renouveau de l'intérêt porté à cette grande figure de l'Islam du XXe siècle, en particulier au sein de la recherche anglo-saxonne.

Vers un nouveau califat ? Une mise en perspective historique


Bibliographie :
• Diagne Souleymane Bachir, Bergson postcolonial. L'élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor et de Mohamed Iqbal, Paris, CNRS, coll. « Les conférences au Collège de France de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe », 2011.
• Iqbal Mohamed, Stray Reflections. The private Notebook of Muhammad Iqbal, Téhéran, Iqbal Academy Pakistan, 2008.
• Iqbal Mohamed, Reconstruire la pensée religieuse de l'islam, trad. De Eva Meyerovitch, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient Adrien-Maisonneuve, 1955.
• Leaman Olivier, « Muhammad Iqbal », in Leaman Olivier (ed.), Biographical Encyclopaedia of Islamic Philosophy, t. 1, 2006, pp. 333-335.
• Razzaqi Shahid Hussain (ed.), Discourses of Iqbal, Téhéran, Iqbal Academy Pakistan, 2008.
[1] Cité d'après Souleymane Bachir Diagne, Bergson postcolonial. L'élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor et de Mohamed Iqbal, Paris, CNRS, coll. « Les conférences au Collège de France de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe », 2011, p. 88.
[2] Mohamed Iqbal, Stray Reflections. The private Notebook of Muhammad Iqbal, Téhéran, Iqbal Academy Pakistan, 2008, p. 112.
[3] Mohamed Iqbal, Stray Reflections. The private Notebook of Muhammad Iqbal, Téhéran, Iqbal Academy Pakistan, 2008, p. 112.
https://www.lesclesdumoyenorient.com/Mohamed-Iqbal-penseur-d-un-autre.html

Page 7 sur 523

AUDIO

Les enfants ne sont pas
Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...

Video galleries

logotwitterFacebook