Comme je l'avais dit , ichrono.info milite pour que le savoir se transmette. L'Afrique a trop laissé de coté ses intellectuels plus reconnus ailleurs que sur le continent et ce n'est pas normal.

Le PR D SAMB éminent platonicien et platonisant, grand savant nous entraîne dans un travail inédit : la recension et l'interprétation des rêves en Afrique sub saharienne. Voici son discours , c'est un délice. pape  Cissoko

 

Pr Djibril Samb  Institut Fondamental d'Afrique Noire Cheikh Anta Diop, Dakar

Monsieur le Président du Jury du Prix Noma,
Madame, Messieurs les Membres du Jury,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis, Étrangers et Australiens,

Je suis venu de l'Afrique noire, très lointaine si l'on en juge par les océans, les mers et les terres qu'il nous a fallu, mon épouse et moi-même, traverser pour arriver jusqu'à vous, mais elle est également fort proche si l'on tient, aujourd'hui, avec la majorité des savants autorisés, qu'elle fut probablement le berceau de l'Humanité. C'est pourquoi je voudrais d'abord apporter à votre immense et beau pays et à ses divers peuples le salut fraternel, amical et chaleureux de l'Afrique notre mère, elle-même si diverse et si prodigieuse. Ce salut chaleureux, comme l'on sait si bien le pratiquer dans nos contrées, me rappelle, vous aussi sans doute, ce qu'exprima, voilà quelque quatre siècles, le prudent et perspicace Montaigne, à savoir que chacun de nous, hommes et femmes, porte en lui la forme entière de l'humaine condition.
Mais comment ne pas remercier aussitôt, en mon nom propre et en celui des Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (NEAS), qui m'ont confié la lourde responsabilité de les représenter officiellement, le Jury du prestigieux Noma Award qui a couronné mon livre intitulé L'Interprétation des rêves dans la région sénégambienne, suivi de la clé des songes comparée de la Sénégambie, de l'Égypte pharaonique et de la tradition islamique, choisi parmi 107 ouvrages rédigés en 10 langues différentes, proposés par 69 éditeurs de 19 pays africains ? Je voudrais vous assurer que je mesure bien l'exceptionnelle valeur de votre Prix, non seulement parce qu'il est précédé en amont par une redoutable sélection effectuée par les éditeurs eux-mêmes et par leurs experts, et que le Jury lui-même, naturellement, est porté et je dirais a intérêt à retenir ce qu'il juge le meilleur, mais aussi, parce que l'on m'a fait savoir, de bonne source, que votre Prix est, en Afrique, la consécration suprême pour un écrivain, un érudit ou un universitaire.
Parlant de l'immense prestige du Prix Noma, je ne puis m'empêcher de rendre hommage à son éminent fondateur, feu Shoichi Noma, et à ses continuateurs, pour leur brillante idée qui leur vaudra la reconnaissance éternelle de l'Afrique, ainsi à jamais liée intellectuellement et spirituellement à la glorieuse civilisation du pays du Soleil Levant. Je ne puis non plus manquer de nourrir, par la même occasion, une pieuse pensée à l'endroit de ma compatriote, feue Mariama Ba, première lauréate du Prix Noma, pour son roman Une si longue lettre, qui continue de faire les délices de tous les passionnés des Belles Lettres africaines.
Après ce prologue, je voudrais vous livrer, comme on l'a souhaité, quelques réflexions sommaires sur le rôle du livre en Afrique, "ancienne" et moderne, avant de dire un mot de L'Interprétation des rêves dans la région sénégambienne.
Rappelons, avant tout, que l'Afrique n'est pas ce continent totalement privé d'écriture, que l'on s'est souvent plu à décrire comme réduite à la seule culture de l'oralité, même si cette notion a été reconsidérée, depuis trente ans, par une foule d'études menées principalement par les ethno-linguistes, les sémioticiens et les historiens. L'Égypte, qu'elle ait ou non inventé l'écriture, la connaît cependant très certainement depuis au moins cinq mille ans, comme l'illustre le papyrus d'Edwin Smith, si l'on fait abstraction de l'os d'Ishango, présenté comme "le plus ancien document à entailles d'Afrique" (Battestini 1997 : 44), et dont l'âge est estimé entre 8500 et 25 000 ans.
Ailleurs, en Afrique noire, on sait que l'écriture nsibidi, indépendante de toute influence externe, existe depuis 1700 au Nigeria. En Afrique occidentale, le vaï, le mendé, le guerzé, le toma, le bassa et le bamoun étaient écrits, comme l'étaient le nuba et le galla, par exemple, en Afrique orientale.
Quant au livre, il est connu et pratiqué de longue date par l'Afrique noire, de même que les gens de lettres y sont bien traités, comme en portent témoignage abondamment les historiens médiévaux. Dans sa Description de l'Afrique, au livre VII, Léon l'Africain (ob. 1550 ?) dit du roi Askia de Tombouctou qu'"il porte grand honneur à ceux qui font profession des lettres, et pour ce regard, on rapporte dans cette cité des livres écrits à la main qui viennent de Barbarie, lesquels se vendent fort bien, tellement qu'on en retire plus grand profit, que quelque autre marchandise qu'on sache vendre" .
Ibn Batoutah (ob. 1378 ?) mentionne dans ses Voyages qu'il a trouvé, chez un commandant de Tombouctou, "un exemplaire du Kitab Almodhich ou du livre intitulé L'Étonnant d'Ibn Aldjeouzy". À Gaoga, Léon l'Africain, près de deux siècles plus tard, note que le roi Homara aussi "porte grand honneur aux gens de lettres et les a en grande recommandation", tandis qu'à Tombouctou, il remarque "plusieurs prêtres et docteurs, qui sont tous assez raisonnablement par le roy salariés[Sigma]". L'on sait aussi comment, d'après Ibn Khaldoun , le roi du Mali, Mansa Moussa, lors de son pèlerinage fameux à la Mecque (1324), ramena avec lui le poète espagnol es-Saheli, qu'il plaça, ainsi que sa descendance, sous sa bienveillante protection.
Au XIe s. déjà, El Bekri (ob. 1067), qui n'a cependant jamais visité le continent, dans sa Description de l'Afrique septentrionale, signale que la ville de Ghana "possède des jurisconsultes et des hommes remplis d'érudition".
Aujourd'hui, avec les évolutions et les mutations nées de plusieurs siècles de contact avec l'Occident chrétien et le monde arabo-islamique, le livre est devenu un aspect encore plus important de la civilisation et de la culture africaines.
C'est que le livre assume plusieurs rôles irremplaçables. Tout d'abord, il est et demeure un instrument privilégié de transmission du savoir scientifique, technique et culturel. C'est pourquoi, avec des fortunes variables, les gouvernements africains ont essayé de mettre en oeuvre des politiques de promotion et de développement du livre. Parfois même, certains États africains se sont associés, par le passé, pour fonder une maison d'édition commune. Ce fut le cas des Nouvelles Éditions africaines (NEA) créées en 1972 par le Sénégal, mon pays, la Côte-d'Ivoire et le Togo. Malheureusement, l'expérience n'a duré que dix-sept ans (1972-1989), mais chaque pays se retrouve avec ses Nouvelles Éditions, sans doute moins fortes isolément, mais ayant conservé une vitalité certaine pour les cas des Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (NEAS) et des Nouvelles Éditions ivoiriennes (NEI).
Le livre est aussi un puissant instrument d'affirmation et de renforcement de l'identité africaine. En vérité, l'Afrique noire, depuis la nuit des temps, n'a jamais ni méconnu ni renoncé à l'ouverture aux autres, à la diversité des contacts et des échanges féconds avec d'autres peuples. Cependant, surtout en cette ère où la tentation de l'uniformisation compromet parfois ce que la mondialisation peut avoir de fécond, elle ne renie pas pour autant la préservation de sa personnalité, de sa civilisation et de sa culture. Même des pays autrement plus puissants que ne le sont généralement les pays africains revendiquent le droit à la différence ou à l'exception culturelle. Aucune nation, il est vrai, n'a intérêt à délaisser ce qui la constitue comme entité vivante, historique, c'est-à-dire ses souvenirs communs, et son destin collectif.
Enfin, loin d'être un instrument d'enfermement sur soi, sur ses particularités, ou d'être un miroir offert à un narcissisme délétère, le livre est un moyen de dialogue, de découverte réciproque, d'échanges avec l'Autre. Bref, c'est un puissant moyen d'universalisation de l'homme, de rapprochement entre les hommes et entre les peuples jusque dans leur intimité. Car, dans toute expérience humaine, si singulière qu'elle nous apparaisse tout d'abord, il y a une part immarcescible qui parle à tout l'Homme, qui lui fait signe, qui l'appelle à une auto-reconnaissance. C'est l'un des sens que l'on peut donner au mot fameux du célèbre Térence : Homo sum, humani nil a me alienum puto.
L'un des buts poursuivis par mon Interprétation des rêves dans la région sénégambienne, au-delà de la motivation de toute recherche fondamentale qui est de développer la connaissance humaine et d'affiner notre compréhension du monde, c'était précisément de révéler ce qui pouvait rapprocher l'imaginaire sénégambien de l'imaginaire universel, de telle sorte que l'Australien par exemple, vivant aux antipodes de cette région, puisse réaliser, en lisant tel symbolisme onirique ou en prenant connaissance de telle expérience onirique, combien le Sénégambien, dans son intimité même, lui est tout à coup si proche dans le temps même où il mesure sa différence, qui n'est cependant pas de l'ordre de l'irréductible. En somme, ce livre devrait illustrer, dans un domaine limité mais essentiel, combien les hommes, tout en étant différents, sont proches les uns des autres, et comment s'articulent concrètement, dans une sphère déterminée de la vie humaine, "universalisme et particularisme, globalité et diversité, sans tomber dans les travers ni du culturalisme ni du relativisme" (Samb 1999: 140).
C'est pourquoi, m'adressant à un aréopage d'éditeurs, de professionnels du livre, d'universitaires et d'érudits, j'exprime le souhait que L'Interprétation des rêves puisse être traduit rapidement au moins en anglais, en allemand et en japonais, en vue de mieux faire connaître à un public plus étendu l'intimité psychologique et les ressorts profonds de l'imaginaire des Africains noirs. Feu Shoichi Noma n'eût sûrement pas désavoué une telle ambition.
Pour conclure, j'ai plaisir à rappeler à tous nos amis, et notamment aux éditeurs et professionnels du livre, que les responsables des NEAS m'ont chargé tout spécialement d'être leur mandant et de mener tous contacts et tous échanges utiles, quel qu'en soit le niveau. Ils expriment, à l'endroit du Jury du Prix Noma, leur pleine satisfaction pour cette haute distinction qui honore et le Sénégal, cette Grèce noire de l'Afrique, et les NEAS elles-mêmes. Ils renouvellent leurs encouragements aux efforts importants du Prix Noma qui contribue magistralement au développement de l'édition en Afrique. Ils vous disent que si vous distribuez des Prix prestigieux, votre oeuvre, elle, est sans prix, car elle vous a déjà valu la reconnaissance de tous, et pour toujours.
Je vous remercie.

Références bibliographiques
Battestini, S. Ecriture et texte : contribution africaine. Québec, Ottawa: PUL ; Paris: Présence Africaine, 1997.
El Bekri. Description de l'Afrique septentrionale. Trad. par Mac Guckin de Slane. Ed. rev. et corrigée. Paris : Maisonneuve, 1963. (Texte arabe).
Ibn Batoutah. Voyages d'Ibn Batoutah. Texte arabe, accompagné d'une traduction par G. Degrémery et B. R. Sanguinetti. Paris : Imprimerie nationale, 1922.
Ibn Khaldoun. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale. t. 2. Trad. de l'arabe par Le Baron de Slane. Nouv. éd. publ. sous la direction de P. Casanova. Paris : P. Geuthner, 1927.
Léon l'Africain, Jean. Description de l'Afrique : Tierce partie du monde. vol. 3. Nouvelle édition annotée par Ch. Schefer. Paris : E. Leroux, 1898.
Samb, D. Comprendre Abdou Diouf : Chroniques politiques Dakar : H2000, 1999.

Professeur Djibril Samb est le Directeur de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire Anta Diop de Dakar. Il est Commandeur de l'Ordre du mérite et Lauréat de l'Académie française. Philosophe, platonicien et spécialiste de la Grèce antique, il est également un fin observateur de la culture sénégalaise.

jeudi, 12 février 2015 10:52

Diadji Diop : un artiste dense

 

Un sculpteur hors pair avec une intelligence au service de la matière. Modeste et fort, les oeuvres de Djiadji Diop nous invitent aux voyages interrogatifs. Il a exposé dans les jardins de l'Elysée et c'était un succès mondial. Voici quelques lectures sur cet artiste sénégalo-francais qui vit dans le Val-de-Marne à Choisy-le-Roi en France. Pape  ichrono

Ses sculptures imposantes, souvent rouges, parlent d'identité, d'exil, de violence. Pour la première fois, une galerie consacre une rétrospective au sculpteur sénégalais.in le monde magazine
1987. "La mort de mon père, j'avais 13 ans." Jusque-là, le jeune garçon se rêvait architecte. Après le décès, il n'a "plus envie de construire des intérieurs, mais le désir de "construire" des hommes, comme pour retrouver quelqu'un." Réincarnations (1996) en sera la forme sculpturale : un groupe de personnages en terre cuite autour du moule dont ils sont issus.
1995. Il entre aux Beaux-Arts de Paris. "Alors que je m'apprêtais à intégrer les Gobelins pour me consacrer à la bande dessinée ou à l'animation, j'ai découvert le volume. C'est à ce moment-là que j'ai choisi la sculpture." Il se perfectionne dans les différentes techniques de cet art, où il acquiert une dextérité rare : il sait à peu près tout faire seul.
2001. Il sort diplômé des Beaux-Arts avec les félicitations du jury. "Pour l'examen, j'ai décidé pour la première fois de travailler le rouge, une couleur qui deviendra une matière à part entière et que j'emploie depuis quasiment systématiquement." L'installation Point de départ réalisée pour son diplôme est suivie de Galerman (2002), qui lui vaut ses premières critiques favorables.
2009. "La naissance de ma fille. Cet événement m'a conforté dans le désir de poursuivre une carrière artistique." Il lui inspire...Dans le bonheur, le nageur rouge exposé dans les jardins de l'Elysée en 2009 puis acquis par le Musée de l'histoire de l'immigration en 2011.
Dans jeune afrique on lira ceci :
Aussi discret que ses sculptures sont remarquables, cet artiste d'origine sénégalaise s'est fait repérer... dans les jardins de l'Élysée !
Rouge vif, au pied du Palais de la porte Dorée (Paris), un géant chauve exécute un mouvement de crawl. Seule une partie de son corps émerge de la terre. Signée Diadji Diop, cette sculpture monumentale s'intitule Dans le bonheur (de l'expression française "nager dans le bonheur"). Les habitués du lieu noteront toute l'ironie de sa présence sur ce terrain : construit en 1931, le bâtiment qui le domine fut successivement le Musée des colonies, le Musée de la France d'outre-mer, le Musée des arts africains et océaniens, jusqu'à devenir la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Un symbole qui ne peut vraiment déplaire à l'artiste sénégalais qui a vu le jour en octobre 1973, à Dakar, et vit en France depuis une vingtaine d'années. Mais l'histoire est plus amusante encore : cette oeuvre intrigante fut pour la première fois présentée dans les jardins du palais de l'Élysée, lors des Journées du patrimoine, à la demande du conseiller culturel des lieux, sous la présidence de Nicolas Sarkozy...
Bien entouré, il fréquentait une école privée et ses résultats scolaires étaient bons. Jusqu'à ce que le ciel s'effondre.
Modeste, presque timide, Diadji Diop ne se gargarise pas de ces honneurs. Il suit avec détermination un chemin entrevu dès l'enfance. "Je dessine depuis que je suis capable de tenir un crayon, dit-il. Comme beaucoup, j'ai commencé par copier des superhéros, avec toujours une même passion pour le trait réaliste. En autodidacte." Issu d'une famille plutôt aisée - son père travaillait comme inspecteur de banque, sa mère au sein de l'Idep (Pnud) -, le petit garçon, qui vivait dans un appartement le long des voies de chemin de fer sur la route de Rufisque, se souvient d'une enfance heureuse.
Bien entouré, il fréquentait une école privée et ses résultats scolaires étaient bons. Jusqu'à ce que le ciel s'effondre, l'année de ses 13 ans, avec la mort de son père. Diop se souvient d'"un homme très joueur, généreux, proche de ses enfants", qui l'encourageait dans son envie de devenir architecte. "Il a choisi de partir, poursuit Diop. C'est bien plus tard que je l'ai appris, et le savoir a donné du sens à mon désarroi. Mais sur le moment, on nous en a protégés.
La douleur, c'était son absence." Complètement "paumé", selon ses termes, l'adolescent trouve un certain réconfort dans le dessin. "Après son décès, j'ai commencé à avoir envie de construire des hommes, comme pour combler un vide", se souvient-il. Il rêve alors de bandes dessinées, de films d'animations...
Même si "on ne guérit jamais vraiment", Diadji Diop vit son deuil porté par la force familiale et par ses ambitions créatrices. Une première bande dessinée naît de son crayon : "Le thème était assez osé pour l'époque, c'était l'histoire d'un serial killer qui, à Dakar, voulait tuer tous les homosexuels. Le journal Le Soleil la voulait, mais ils payaient des clopinettes..." Son rêve est désormais plus clair : faire l'école des Gobelins, à Paris.
Après le bac, en 1992, une bonne fée donne corps à ses ambitions. Des amis français, anciens expatriés au Sénégal, l'accueillent à Bondy, dans l'est de Paris, lui permettant d'intégrer l'École d'arts appliqués, une classe préparatoire aux Gobelins. "Je n'avais aucune notion d'histoire de l'art, se souvient-il. C'est à cette époque que j'ai découvert le volume." Suivant les conseils de ses enseignants, il se présente aussi au concours des Beaux-Arts de Paris, qu'il obtient.
Le galeriste qui accueille aujourd'hui ses oeuvres, dit de lui qu'il possède "le don rare de faire plus que rendre la réalité avec ses mains".
Puis, il intègre la prestigieuse école, abandonne l'animation et se lance "à 100 % dans le volume" au sein de l'atelier des matériaux nouveaux (résines, ciment, plastiques). Bertrand Scholler, le galeriste qui accueille aujourd'hui ses oeuvres, dit de lui qu'il possède "le don rare de faire plus que rendre la réalité avec ses mains".
Diplômé avec les félicitations du jury, Diop expose dès le début des années 2000 et, pour gagner sa vie, enseigne dans des écoles d'art. L'une de ses premières oeuvres, La Résurrection, représentait quatre personnages de couleurs différentes autour d'un corps pris dans la gangue de son moule. Aujourd'hui, ses sculptures, qui valent entre 3 000 et "quelques dizaines de milliers d'euros", sont toutes rouge vif - un rouge qui n'est pas biologique mais symbolique.
"Au début, je représentais les différentes populations par leur couleur. Aujourd'hui, je m'intéresse plus à la matière, qui est plutôt vermillon, qu'à l'enveloppe. J'ai aussi supprimé les cheveux, qui nous distinguent. Notre différence n'est qu'épidermique."
"C'est un artiste totalement sincère, et c'est rare", dit de lui Bertrand Scholler. Pour s'en convaincre, il suffit d'évoquer la biennale d'art contemporain de Dakar. "Tant qu'elle sera axée sur le travail des Africains, même si ça part d'un bon sentiment, ça ne donnera jamais qu'une image d'artistes de seconde zone, affirme Diop. Je ne veux pas être cantonné à un ghetto culturel." Cet été, son épouse franco-américaine donnera naissance à son second enfant. Aujourd'hui, il nage dans le bonheur.
Diadji travaille ses personnages sans croquis ni maquette.
« Il a une capacité extraordinaire à voyager directement à l'échelle qui l'intéresse », souligne Richard Deacon, sculpteur britannique qui fut son professeur aux Beaux-Arts.

 

La guerre des fesses» de Jean-Claude Kaufmann

Minceur, rondeurs et beauté.
Régimes, crèmes miracle, gant de crin, bistouri, liposuccion, pourquoi tant de haine ? Trop grosses, forcėment trop grosses, jamais les fesses n'avaient ėtė autant torturėes.
Jean-Claude Kaufmann a mené l'enquête. Il nous entraîne dans une surprenante géopolitique du derrière où s'opposent l'hémisphère Nord, martyre d'une irrésistible injonction à la minceur extrême et le Sud, qui ne le conçoit que bien rebondi.
Il décrypte la tyrannie des normes imposées aux femmes par le regard supposé de l'autre, plus encore par leur propre regard qui varie suivant les modes et les époques. Par quel singulier miracle leur corps lui-même suit-il cette dictature des canons de beauté ambiants ? Entre minceur et rondeurs, où cette guerre planétaire nous mène-t-elle ? Quelle sera la silhouette, demain ?
Jean-Claude Kaufmann nous livre les clés de ces mystères et prévient : il faut suivre les fesses de très près pour saisir vers où va le monde.
L'auteur
En scrutant l'intimité du couple, sa spécialité, Jean-Claude Kaufmann, sociologue, chercheur au CNRS, nous invite à décrypter nos propres comportements. Une démarche originale suivie par un large public.

 "Ce sujet est très sérieux et relève de la sociologie. Au Brésil , Zaïre, etc il y a tout un art des entours. Celà dit, il ne faut pas mettre n'importe quoi dans les fesses pour provoquer une proéminence de cette partie du corps qui doit respecter un certain équilibre. Les ceintures de perles, les habits de nos belles sénégalaises exigent d'avoir de belles formes, mais sans excès". pape ichrono

 

NON Á LA PERVERSION NÉGATIONNISTE par Rosa Amelia Plumelle-Uribe
Comme chacun et chacune est censé(e) le savoir, nous venons de rentrer dans la décennie internationale des personnes d'ascendance africaine lancée par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 10 décembre 2014. En effet, dans sa résolution A/68/L. 34, l'Assemblée générale a décidé le 19 décembre 2013 que la décennie allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024, serait la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine.
D'aucuns considèrent que cette Déclaration n'a aucune importance ou ne veut pas dire grand-chose. D'autres considèrent qu'elle est une victoire rendue possible par les efforts de toutes et tous celles et ceux qui, partout où ils se trouvaient, n'ont jamais épargné leurs efforts pour la dignité des Noirs. Je dirai que cette Déclaration est un pas dans la voie de la reconnaissance. Reconnaissance de quoi ? De ce crime contre l'humanité qu'a été le couple traite/esclavage. Et ne dépend que de nous-mêmes la possibilité de s'appuyer sur cette Déclaration pour faire avancer la mise en évidence de la perversion négationniste qui, internationalement, a prévalu sur les études concernant la traite et l'esclavage des Noirs. Ce travail est indispensable dans la voie de la reconnaissance ; reconnaissance sans laquelle aucune réconciliation ne sera possible.
On se rappellera qu'en France, jusqu'aux années 1980, ce crime contre l'humanité était abordé avec le même critère économique qui, autrefois, autorisait Eugène Augeard, auteur d'une monographie devenue par la suite une référence universitaire, à dire et écrire que « Retracer l'histoire de la traite des noirs, c'est donc retracer l'histoire d'une des pages les plus brillantes de notre histoire commerciale » . Cette perversion négationniste qui présente la déportation massive d'êtres humains la plus gigantesque de l'histoire comme une des pages les plus brillantes de l'histoire commerciale française, a traversé le temps jusqu'à nos jours sans être vraiment contestée. Et cela en dépit des efforts courageux de certains Noirs dont la voix restait inaudible malgré la justesse de leurs analyses.
Ainsi, un petit manuel d'histoire publié en 1984 sous le titre La traite négrière vers le Nouveau Monde, à l'adresse des jeunes élèves. L'auteur explique ce qui était l'esclavage des Noirs notamment à Saint-Domingue devenu Haïti. C'est-à-dire la colonie où la barbarie quotidienne inhérente à l'univers concentrationnaire d'Amérique battait tous les records de violence. Il n'empêche, l'auteur réfute les témoignages sur un enfer organisé à l'intention des Noirs et invoque « d'autres témoignages tout aussi irréfutables qui nous montrent des Noirs vivant paisiblement auprès de bons maîtres » . Autant dire que des témoignages « irréfutables » nous montrent des victimes du nazisme vivant paisiblement auprès de « gentils SS » dans le camp de Buchenwald, Dachau ou dans n'importe quel autre camp de concentration allemand.
Et de ce paysage négationniste solidement enraciné dans les milieux académiques et partout dans la société, se détache en 1987, Louis Sala-Molins alors Professeur de philosophie politique à Paris 1. Ce Professeur a exhumé le code noir, ce texte dont les spécialistes du couple traite/esclavage ne parlaient jamais, sauf pour nous expliquer, de manière assez lapidaire, qu'il s'agissait d'un décret qui cherchait à mettre un frein à l'arbitraire des maîtres lorsque ceux-ci abusaient de leur pouvoir. Il arrive que, ayant étudié le code noir comme nulle autre personne, Sala-Molins a accompagné la publication de ce texte avec un commentaire qui, 27 ans plus tard demeure indépassable . Et de surcroît, il a commis l'aberration de conclure : a) que le Noir était et demeure un être humain à part entière ; b) que le code noir était une monstruosité juridique chargé de régler le génocide le plus glacé de la modernité. Ce fut un coup de tonnerre. Même le quotidien Le Monde, qui à l'époque était encore un journal de référence, publia le 19 avril 1987 en premier page un article titré Le « code Noir » réédité. La loi de la honte. Dans ces milieux savants où la tranquillité et aussi l'autorité des dépositaires des savoirs repose souvent sur l'ignorance des autres habilement entretenue, Le code noir ou le calvaire de Canaan était irrecevable.
En revanche, pour celles et ceux qui, impuissant(e)s, insulté(e)s et ignoré(e)s, ne se sont jamais résigné(e)s à accepter la négation de leur humanité, pour ceux-là l'événement ne pouvait pas être plus heureux : Pour la première fois, un savant européen connu pour l'envergure de ses travaux*, Professeur à la Sorbonne, prenait fait et cause pour la reconnaissance inconditionnelle de l'appartenance des Noirs à l'espèce humaine ; et là où d'autres spécialistes parlaient économie, commerce ou, dans le meilleur des cas, tragédie humaine, Louis Sala-Molins parlait crime contre l'humanité et, par conséquent, RÉPARATION, plutôt que de pleurnicher sur la souffrance de ces pauvres Noirs victimes de la cupidité et l'injustice de quelques maîtres méchants.
Désormais, celles et ceux qui n'avaient jamais renoncé à dénoncer COLONISATION-TRAITE NÉGRIÈRE-ESCLAVAGE= CRIME CONTRE L'HUMANITÉ et osaient demander RÉPARATION, ne seraient plus tournés en dérision avec l'habituelle légèreté de toujours. Avec beaucoup d'enthousiasme et une nouvelle assurance retrouvée, les Organisations noires existantes sont devenues bien plus dynamiques et beaucoup d'autres sont nées partout sur le territoire. En une décennie, le mouvement pour la reconnaissance de ce crime a beaucoup avancé et l'exigence de Réparation aussi. Dans cet élan, un exploit sans précédent en France : Selon les uns une centaine et selon les autres, près de 150 Associations noires se sont mises d'accord et ont invité les Noirs à participer le 23 mai 1998, à Paris, pour commémorer le 150ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies de France.
Nombre de militants, parmi les lectrices et lecteurs de Le code noir ou le calvaire de Canaan, sont allé(e)s rencontrer le Professeur Sala-Molins pour l'embrasser et le dire « Au nom des miens, laissez-moi vous dire MERCI ! ». Mais, de l'autre côté de la barrière aussi, des Organisations antiracistes ont proliféré avec les nouveaux amis des Noirs qui semblaient se multiplier. Cependant, au départ bien des Noirs n'arrivaient pas à comprendre pourquoi ces intellectuels antiracistes et négrophiles, prêts à dénoncer et condamner l'esclavage et les sévices de certains maîtres, partagent néanmoins une hostilité commune envers Sala-Molins, le seul savant européen qui a contribué à rendre visible les revendications de celles et ceux qui exigent RÉPARATION pour les crimes contre l'humanité découlant du couple traite/esclavage. Maintenant que les masques ont commencé à tomber, chacun pourra comprendre qu'il ne s'agit pas de ces querelles mesquines de jalousies, très courantes dans ces milieux savants où les gens se détestent cordialement. Ici, il s'agit de faire obstacle aux procédures en réparation et renouer avec l'approche négationniste qui prévalait avant la publication de Le code noir ou le calvaire de Canaan.
Cette offensive négationniste passe par la nécessaire réhabilitation du code noir. Ce sale travail, comme vous pouvez le vérifier dans ce lien : http://www.cliothemis.com/Les-chantiers-de-l-histoire-du est en voie d'exécution, grâce aux bons offices de Monsieur Jean-François Niort, un maître de conférences par le filtre de qui doivent passer les doctorants de Guadeloupe. Cette croisade doit être renforcée via les planches du mémorial à venir de Guadeloupe pour expliquer que la déportation d'Africains en Amérique aurait été exclusivement le fait des Africains eux-mêmes. Et comme il s'agit d'une offensive généralisée, voici un échantillon de « culture générale » : en ce début d'année 2015 vient de sortir un très gros livre de 1660 pages dont les auteurs affirment qu'il contient « la somme des connaissances censées être acquises au sortir de l'adolescence, et qui pourtant nous échappent sans cesse ». Et ils ajoutent « L'expérience de plus de vingt ans d'enseignement nous a permis d'écrire ce guide unique en son genre car [...] il couvre l'ensemble des principales cultures existant dans le monde [...] il s'étend sur la totalité de l'histoire (...). Un index de plus de 9.000 entrées permet de toujours tout trouver (...) ». Tout ce qu'il faut savoir de l'histoire du monde. Et le quotidien Le Monde l'annonce en première page du dimanche 1er février sous l'exclamation en immenses caractères : « A bas l'ignorance ! ».
Mais, si dans cet ouvrage où se trouve tout ce qu'il faut savoir de l'histoire du monde, vous cherchez une entrée « esclavage » ou « traite », vous ne trouvez rien. Et si à la liste des « lieux » vous cherchez « Antilles », vous ne trouverez rien non plus. Or, comme vous êtes un lecteur persévérant, vous allez à la liste des noms chercher « Toussaint Louverture », mais, là non plus, vous ne trouverez rien. Alors, vous allez à la liste des ouvrages et vous cherchez « Code Noir »... et à votre grande surprise, vous trouvez ! Ça vous renvoie à une seule et unique occurrence. Olympe de Gouges, et vous lirez : « elle dénonce le Code Noir mis en place par Louis XIV pour développer le commerce de sucre, d'épices et des plantes tinctoriales des Iles ». C'est tout. On ne saura rien de sa nature ni de son contenu ; pas plus que du couple traite/esclavage ou de Toussaint Louverture. Cela explique le silence total de la presse sur les deux capucins qui, en 1685 ont exigé la fin immédiate de la déportation* d'Africains en Amérique, la fin de l'esclavage et le versement de Réparations aux Noirs. Ils ont même averti que « l'obligation de réparation s'accroît à proportion du retard avec lequel elle est faite » .
Cependant, ainsi comme les tyrans ne réussissent que là où les démocrates ne font pas beaucoup pour s'opposer à eux, l'oppression exercée par la suprématie blanche a toujours eu besoin de la complicité des Nègres de service et l'ignorance savamment entretenue a besoin de la complicité de ceux qui savent. Notez, depuis la sortie vers la fin 2014 de l'ouvrage ESCLAVAGE RÉPARATION, parmi les intellectuels et écrivains Noirs en France ou aux Antilles, aucun, pour autant que je sache, n'a considéré utile de se servir de sa plume afin de faire connaitre un livre qui nous parle de ces deux missionnaires muselés par l'histoire officielle pour avoir plaidé et exigé de la royauté, la fin de la traite, de l'esclavage et le paiement des dommages aux Noirs victimes de ce crime et à leurs ayants droits. Voilà pourquoi il me semble nécessaire que, nous essayons de nous mettre d'accord sur une démarche commune à suivre face à cette offensive négationniste. Rosa Amelia Plumelle-Uribe /   Merci à Leonce Lebrrun de nous avoir proposé cette contribution

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