CETTE HUMANITÉ QUI HURLE HORS DES PORES DE NOTRE PEAU, Marie-Rose Abomo-Maurin

Il s'agit d'un recueil de poème écrit par une femme d'origine camerounaise, chercheuse de renommée, ancienne enseignante de langue française et professeure de littérature française et francophones en France, en Afrique, et au Brésil. Les vers de Marie-Rose Abomo-Maurin sont porteurs de passion et veulent destabiliser les croyances enracinées qui font accepter un certain fatalisme, selon lequel les sociétés seraient immuables ou impossibles à transformer. Avec ce titre emblématique Cette humanité qui hurle hors des pores de notre peau, Marie-rose Abomo-Maurin inaugure la collection « Littératures et cultures afro-américaines ».

Marie-Rose Abomo-Maurin, auteure de nombreux livres et articles, est enseignante, chercheure, romancière, dramaturge et poète

Cet univers des infinis qui

tantôt écrase l'homme

tantôt l'invite à la révolte,

Ce monde des contrastes qui

tantôt déstabilise l'individu

tantôt l'amène à en être le maître

Ce firmament

tantôt bleu, blanc, noir

tantôt menaçant, souriant,

Cette terre qui

tantôt s'élève en montagnes

tantôt s'affaisse en terribles gorges,

Et cette mer qui

s'étale à l'infini, belle et meurtrière,

testant et ouvrant nos perspectives à l'infini,

Cet univers, ce monde, ce firmament, cette terre

et cette mer, ne sont-ils pas finalement

ces éléments de la mesure de l'humanité,

de la force de l'homme ?

Je cherche une réponse,

Mais qui me rassurera ?

Marie-Rose Abomo-Maurin, auteure de nombreux livres et articles,

est enseignante,chercheure, romancière, dramaturge et poète.

 

Parlons à la société civile --  Abdoulaye Rokhaya WANE

Au Sénégal, comme dans le reste du continent, on ne s'interroge que trop rarement sur le type d'Etat qui pourrait nous mener à l'émergence. Questionnement d'autant plus essentiel qu'aucune des approches de développement adoptées, jusqu'ici, ne nous a permis de : «diversifier et de transformer nos économies, ni d'enregistrer des taux de croissance réguliers et soutenus, encore moins de réaliser des niveaux de développement social élevés».

Au Sénégal, comme dans le reste du continent, on ne s'interroge que trop rarement sur le type d'Etat qui pourrait nous mener à l'émergence. Questionnement d'autant plus essentiel qu'aucune des approches de développement adoptées, jusqu'ici, ne nous a permis de : «diversifier et de transformer nos économies, ni d'enregistrer des taux de croissance réguliers et soutenus, encore moins de réaliser des niveaux de développement social élevés». C'est le constat fait par la Commission économique africaine qui recommande aux pays du continent de promouvoir l'Etat développementaliste. Qu'est ce à dire ?

C'est un Etat édifié autour d'un gouvernement doté de la volonté et de la légitimité politiques d'assumer des fonctions de développement spécifiques, d'une administration professionnelle qui applique les stratégies et politiques de développement national établies, et de mécanismes d'interaction permettant aux diverses parties prenantes de prendre part à l'élaboration et à l'exécution des politiques.

Pourquoi l'Etat doit appuyer la société civile

Les parties prenantes sont constituées des trois acteurs principaux que sont l'Etat, le secteur privé et la société civile. Au cours des vingt dernières années, la société civile – qui regroupe notamment les organisations syndicales, les organisations non gouvernementales, les organisations confessionnelles, les organisations professionnelles, les médias, les associations culturelles et sportives – s'est imposée comme un acteur clé du développement. A la faveur de l'expansion de la gouvernance démocratique, on a assisté à un accroissement spectaculaire de la taille et de la capacité de la société civile. Peut-on alors légitimement occulter le rôle de cette force dont le dynamisme et la place qu'elle occupe dans le champ social et politique sont des atouts que tout Etat organisé intégrerait dans ses stratégies ?

L'ancien Secrétaire Général des Nations unies, Koffi Annan, déclarait en 1998 que : «la bonne gouvernance est sans doute le facteur le plus important en vue de l'éradication de la pauvreté et la promotion du développement». Dans son entendement,  bonne gouvernance ne signifie pas simplement la conduite du gouvernement par l'Etat. Mais, il implique aussi, par ailleurs, la participation d'autres acteurs à la recherche de solutions concernant les problèmes sociaux. Ces autres acteurs sont le secteur privé et la société civile. Il s'agit, ici, d'une recherche permanente d'efficacité et d'efficience dans l'action de l'Etat, par la coordination et la coopération des pôles constitutifs de l'espace public que sont le secteur étatique, le secteur privé et le secteur de la société civile.

Au regard de la réalité sociologique et de l'histoire politique du Sénégal, des pratiques européennes de développement et des expériences d'institutions comme la Banque Mondiale, on peut attester qu'une société civile dotée de moyens d'action constitue un élément essentiel du système démocratique. Elle incarne et favorise le pluralisme et peut contribuer à une efficacité accrue des politiques, à un développement équitable et durable et à une croissance inclusive.

En exprimant les préoccupations des citoyens, la société civile est à sa place dans la sphère publique, où elle porte des initiatives qui renforcent la démocratie participative. Elle est l'expression de la demande croissante d'une gouvernance transparente, responsable et redevable.

Pourquoi l'Etat doit s'appuyer sur la société civile

Bien qu'il incombe, avant tout, à l'Etat de garantir le développement et une gouvernance démocratique, les synergies qu'il crée avec la société civile peuvent aider à combattre plus efficacement la pauvreté, les inégalités et l'exclusion sociale. Aussi, l'implication des organisations de la société civile aux processus politiques est essentielle pour élaborer des politiques inclusives et efficaces. Elles contribuent ainsi à la construction d'Etats plus légitimes et comptables de leurs actes, ce qui débouche sur une cohésion sociale accrue et des démocraties plus ouvertes et plus fortes.

Ce qui signifie en clair que pour marcher vers l'émergence, notre Etat doit disposer d'une tête forte et bien faite, de bras solides, de mains agiles et, s'appuyer, comme il faut, sur ces deux jambes que sont le secteur privé et la société civile. Si, l'Etat clame partout son choix, pertinent, de centrer le secteur privé au cœur de nos stratégies de développement pour en faire le moteur de la croissance, il ne prévoit aucune articulation opérationnelle lui permettant de s'appuyer, aussi, sur le secteur de la société civile. C'est encore plus grave en ce qui concerne la promotion de la société civile comme un levier indispensable dans le dispositif national de transformation économique et sociale du pays. Pire, la société civile est généralement perçue par les gens au pouvoir comme une opposition en embuscade ou comme le terrain de germination d'opportunistes en manque de statut.

Cette perception cache, à tort, la forêt des réalisations, hautement appréciées par les populations et obtenues grâce aux activités des organisations de la société civile dans l'éducation, l'agriculture, les infrastructures, la santé, etc. Qui n'est pas fier du succès mondial du Sénégal dans la lutte contre le sida et dont le mérite revient en grande partie à la société civile ? Nous ne sommes pas non plus peu fiers de la liberté d'expression, de pensée, d'association et du pluralisme, devenues des valeurs sacrées de la société sénégalaise, au prix d'âpres combats pour les libertés.

Pourquoi la société civile doit crédibiliser sa posture

S'il est sain de dénoncer les comportements déviationnistes ou l'attitude obstructionniste de certains syndicats, ce serait, de la part de l'Etat, une grave erreur d'appréciation de ne pas donner à la société civile la pleine mesure de son rôle dans le projet de transformation économique et sociale. Au Sénégal, le débat, pour ne pas dire la polémique, sur le concept de la société civile est loin d'être tranché. Aussi bien la classe politique, les médias et le secteur privé ne sont pas unanimes et beaucoup manifestent leur scepticisme à l'égard de cette société civile dont on doute de la neutralité et du désintéressement.

Or, dans une démocratie, la société civile organisée est constituée d'organisations qui n'aspirent pas à exercer directement le pouvoir, mais qui se présentent comme une force de proposition, de mobilisation et d'influence, ce qui permet de faire évoluer les décisions politiques. Aussi, la société civile sénégalaise doit éviter la confusion des genres. Sa valeur distinctive réside dans son indépendance d'esprit et d'action.

Surtout, elle ne doit pas ternir le travail que mènent, quotidiennement, auprès des populations, ses 12000 associations communautaires, sportives, religieuses, professionnelles légalement enregistrées et ses 320 organisations non gouvernementales agréées. Que dire alors de ces milliers de personnes qui, dans l'anonymat total, aident, à travers, le lien familial, le lien de voisinage, le lien d'enfance, le lien religieux et le lien social des millions de personnes à manger, à se soigner, à se loger, à préparer la rentrée scolaire, à acheter les semences, à démarrer un petit commerce ou à se raccorder au réseau d'assainissement.

Pourquoi la société civile fait la richesse du Sénégal

Dans un pays comme le Sénégal où l'assurance chômage n'existe pas, où l'Etat ne donne pas de revenu social minimum, où le nombre d'emplois formels n'excède pas trois cent milles pour douze millions d'habitants, on devrait s'interroger sérieusement sur ce qui fait vivre ce pays stable, où les institutions fonctionnent normalement et où le développement est jugé, comparativement, aux autres Etats d'Afrique francophone, très satisfaisant.

Ce qui fait la richesse du Sénégal, c'est sa capacité à produire du capital social nécessaire au développement économique et au fonctionnement d'une société démocratique. La notion de capital social réside dans l'idée selon laquelle, les relations familiales, amicales, sociales, professionnelles, confessionnelles représentent un capital, dit «social», que l'on peut mobiliser pour résister à une situation de crise ou améliorer son sort. C'est cette richesse nationale qui a rendu le Sénégal solidaire, apaisé et digne, malgré les difficiles conditions de survie. Mais qui produit ce capital social ? C'est clairement la société civile sénégalaise.

Pourquoi la bonne gouvernance requiert une société civile forte

L'ampleur de cette société civile dépassant largement les limites de sa représentation la plus visible, notamment sur les droits de l'homme et la lutte contre la corruption, son ancrage institutionnel s'impose et requiert une conjonction d'efforts en terme politique, social et économique de la part des acteurs nationaux et des partenaires au développement. C'est donc globalement qu'il faut appréhender la société civile et la faire émerger dans l'espace public institutionnel pour encourager sa participation constructive et structurée au projet d'émergence économique et sociale du pays.

Dans l'exercice du pouvoir, l'Etat doit rendre effective la bonne gouvernance à travers quatre fonctions principales qu'il ne peut assumer sans une société civile forte. Il s'agit de : faire en sorte que la voix des populations pauvres et marginalisées soient entendues par les gouvernements et que leurs points de vue soient pris en compte dans les décisions politiques ; encourager la responsabilité, la transparence et la reddition des comptes dans le secteur public par le biais d'un soutien accru aux bonnes pratiques de gouvernance ; instaurer un terrain d'entente avec le gouvernement au moyen d'approches participatives dans la planification du développement et renforcer les initiatives nationales de réduction de la pauvreté ; fournir, en collaboration avec le gouvernement, des prestations de services au niveau local avec des solutions novatrices et financièrement rentables.

Pourquoi l'Etat doit institutionnaliser les rapports avec la société civile

Cette nécessité d'accroître la capacité des organisations de la société civile à exercer plus efficacement leur rôle d'acteurs indépendants du développement correspond à la volonté et aux approches de partenaires au développement qui ont accru progressivement leur collaboration opérationnelle avec elle en finançant ses initiatives de développement et en l'impliquant dans des projets qu'ils financent. A titre illustratif, le taux de participation des organisations de la société civile aux projets financés par la Banque Mondiale est passé de 21% en 1990 à 82% en 2012.

Toutefois, ces actions, consultatives pour l'essentiel, ne permettent pas à la société civile de peser véritablement dans le processus décisionnel du pouvoir politique. Il revient alors à l'Etat du Sénégal d'assumer le leadership d'élever la société civile au rang d'institution reconnue, dotée d'une autorité et de modes acceptés de représentation. Ce renforcement des associations en institutionnalisant la relation entre l'Etat et la société civile, combiné au renforcement des synergies entre associations et au renforcement des capacités techniques des organisations, va permettre à l'Etat de se mettre au service de la société civile.

En Tunisie la création de la constituante civile, une instance qui se réunit en concomitance avec l'Assemblée nationale, traduit la volonté des autorités de donner toute sa place à la société civile qui a été à la base de la révolution tunisienne. Au Sénégal, nos sociologues, économistes et constitutionalistes devraient nous aider à trouver une façon originale et constructive de canaliser la force vivifiante et créatrice du capital social produit par la société civile pour l'injecter avec organisation et méthode dans les chantiers de l'émergence. Ils nous rendraient service, ainsi qu'à Durkheim pour qui «le seul idéal que puisse se proposer la raison humaine est d'améliorer ce qui existe, or c'est de la réalité seule qu'on peut apprendre les améliorations qu'elle réclame».

Aussi, je ne saurais trop recommander au Président SALL de faire de l'émergence de la société civile un des chantiers de son Plan Sénégal Emergent. Ce chantier sera à la fois un livrable et un catalyseur du processus de transformation économique et sociale du pays.

Abdoulaye Rokhaya WANE, Stratégiste Président du Think Tank Leadership Afrique

Il me semble que ce propos vise toute la société civile africaine et mondiale. les aspirations sont les mêmes face aux Etats, il faut une mobilisation intelligente et efficace. Ecouter la société civile c'est aussi prendre ce qu'il y a de bon à la base. Ecouter la société civile est une façon de mesurer la tension, la température d'un pays. Nier ou être condescendant témoigne d'un suicide annoncé. Pape CISSOKO

 

LA PROTECTION INTERNATIONALE DES DROITS DE L'HOMME DANS LES SITUATIONS DE CRISE EN AFRIQUE :
Le droit à l'épreuve des faits
Thiaca Thiaw Préface de Maître Sidiki Kaba

Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne sont, depuis de nombreuses années, déchirés par des instabilités chroniques qui ont fait le lit de violations massives des droits de l'homme. Après une étude des facteurs de ces instabilités, l'ouvrage présente la physionomie des violations des droits fondamentaux des populations civiles. Dans un deuxième temps, il aborde la question des solutions pratiques, institutionnelles, juridiques que la communauté internationale met en oeuvre.
Thiaca Thiaw
Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne sont, depuis de nombreuses années, déchirés par des instabilités chroniques comme les guerres civiles, les troubles internes graves, les coups d'État militaires et
années, déchirés par des instabilités chroniques comme les guerres civiles, les troubles internes graves, les coups d'État militaires et constitutionnels sanglants, les contestations postélectorales violentes, les clivages identitaires, etc.
Ces instabilités ont fait le lit de violations massives des droits de l'homme dans la plupart des cas. Les exemples récents des guerres au Mali, en RCI, en RDC, en RCA, au Tchad, au Soudan, au Sud-Soudan, et des crises électorales en Guinée, au Togo ou au Kenya illustrent éloquemment l'ampleur de ces tragédies dans le continent noir.
Après une étude des facteurs de ces instabilités, l'ouvrage présente dans un premier temps la physionomie des violations des droits fondamentaux des populations civiles les plus vulnérables (les femmes, les enfants, les déplacés forcés, etc.) ainsi que des personnes engagées dans les hostilités. Dans un deuxième temps, il aborde la question des solutions pratiques, institutionnelles, juridiques, judiciaires et parajudiciaires, que la communauté internationale met en œuvre avec un succès plus ou moins mitigé. Toutefois, le constat général qui se dégage est que le dogme de la souveraineté et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États sont fondamentalement remis en cause au nom de de la souveraineté et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États sont fondamentalement remis en cause au nom de la « Responsabilité de protéger ».
L'ouvrage retrace dans une analyse ¬ ne et systématique le renouveau de la protection des droits de l'homme par le droit international.

Of¬ficier supérieur de gendarmerie, le colonel
Thiaca THIAW est docteur en droit, spécialiste des questions de protection des droits humains, de
paix, con its armés et sécurité, ainsi que des problématiques de bonne gouvernance et de stabilité en Afrique. Il est en outre diplômé du Collège des Affaires de sécurité internationale de la National Defense University de Washing ton DC . Il a occupé plusieur s fonctions nationales et inter nationales notamment au sein des missions de maintien de la paix de l'ONU en RDC puis en Haïti. Il est Of¬ficier dans l'Ordre national du lion de la République du Sénégal

Page 405 sur 406

AUDIO

A nos sœurs et frères-Ne
  https://youtu.be/hrqEGnjyNMk Pensez aux images sui tournent sur les réseaux sociaux ; ...

Video galleries