INTELLECTUEL - LANGUE D'ESOPE : LE MEILLEUR ET LE PIRE-MAKHTAR DIOUF -l'harmattan
Fiche de lecture de Vieux SAVANE sudonline

Comment définir un intellectuel ? Tel est le sujet qui occupe la réflexion de Makhtar Diouf, professeur de Sciences économiques, retraité des universités. S'intéressant à la survenue de ce concept sur la scène du monde, aux conditions de son émergence et de sa perception dans diverses aires géographiques, il se livre à une sorte de monographie où se déclinent différentes significations possibles.

Cette typologie de l'intellectualité revisite un certain nombre d'auteurs et les nuances de leurs perceptions. Il en va ainsi de la différenciation faite par Antonio Gramsci entre « Intellectuel traditionnel et intellectuel organique ».

De celles de Bourdieu et Foucault qui parlent « d'intellectuel spécifique et d'intellectuel collectif ».

Désertant l'espace francophone, il interroge celui anglophone, pour y déceler une différence, notamment du point de vue de la société américaine qui perçoit l'intellectuel comme « prétentieux, arrogant, imbu de sa personne, snob ».

Ce qui est loin de prévaloir en Allemagne où, fera-t-il remarquer, « aucun intellectuel du 20e siècle n'aura exercé autant d'influence que Sigmund Freud ». Quant à l'intellectualisme féminin, Makhtar Diouf relève que « les premières jeunes engagées dans la fonction d'intellectuelles sont certainement les pionnières du féminisme », défini comme un mouvement intellectuel de combat contre le patriarcat, avec ses revendications aux droits à l'instruction, au divorce, au vote, etc. Un regard particulier sera par ailleurs porté sur Amina Wadud. Cette afro-américaine convertie à l'Islam, en se livrant à une « déconstruction comme méthode analytique de lecture », proposerait selon l'auteur, « une relecture du Coran dans une perspective de femme ».

Aussi Makhtar Diouf de faire remarquer au passage que la « particularité du féminisme islamique est de se positionner à l'intérieur même de l'Islam », contrairement au féminisme chrétien qui porterait « un doigt accusateur sur le texte même de la Bible ». Une manière de signifier que ce n'est pas le Coran qui est mis en cause mais son interprétation. Il s'intéresse aussi aux intellectuels pourfendeurs et défenseurs de l'Islam de même qu'aux théoriciens du racisme, pour la plupart adeptes du polygénisme (les races sont différentes parce que provenant d'origines différentes).

Parfois, il y a comme quelques glissements de sens ou le départ ne semble pas bien établi entre l'intellectuel engagé prenant des risques et l'intellectuel peinardement installé dans son quant à soi. Un sentiment qui va toutefois s'estomper au regard de la prise de position tranchée de l'auteur lorsqu'il explique que l'intellectuel ne doit pas garder le silence mais plutôt « avertir, dénoncer, alerter ». Sa vocation ne serait donc ni de s'enfermer dans un silence mortifère ni de se complaire dans une posture de renoncement.

Etablissant un distinguo avec les organisations de défense des droits humains, telles qu'elles s'illustrent aujourd'hui, il croit savoir que le champ d'intervention de l'intellectuel doit embrasser le champ public. « Plus précisément la politique intérieure de son pays, les problèmes de société et les problèmes internationaux ». Un intellectuel ne devrait donc pas viser à se faire une place au soleil mais plutôt revendiquer une posture d'indignation. Pour ce faire il lui revient de régler un certain nombre de préalables, « à savoir s'assurer une indépendance financière », gage de liberté et d'autonomie à l'endroit des pouvoirs publics si prompts à essayer de corrompre et domestiquer les esprits rebelles. En tant que conscience morale, l'intellectuel doit au contraire prendre des risques, résister aux pressions, aux honneurs, aux séductions de confort « qu'on lui fait miroiter pour l'amadouer ».

Portant un intérêt particulier à l'intellectuel africain, Makhtar Diouf souligne que ce dernier doit « faire preuve de personnalité, d'audace dans ses réflexions, penser pour lui-même, par lui-même sans se fermer aux courants intellectuels venus d'ailleurs ». Pour bien relever qu'une telle invite est loin d'être saugrenue, l'auteur convoque Cheikh Anta Diop, lequel déplorait le fait qu' « il arrive très souvent que le Nègre intellectuel perde confiance en ses propres possibilités et en celles de sa race » (Nations nègres et culture, tome 1, p. 54).

Riche de son intertextualité, l'ouvrage du Pr Makhtar Diouf déroule une connaissance nourrie de références importantes en même temps qu'il appelle l'intellectuel à assumer ses responsabilités et à se réconcilier avec sa fonction sociale. A ce titre, « Intellectuel » est un ouvrage à lire, à discuter, surtout dans notre pays, le Sénégal, où le calcul égoïste semble de plus en plus prendre le dessus sur toute forme d'empathie et d'engagement au service de la collectivité.

Qui est le Pr Abdallah Cheriet ? Un philosophe, un poète et un historien algérien : un intellectuel robuste.

Tous les livres qui pensent et qui font penser sont, plus que des vertus contre le vice, des lumières pour les aveugles de la raison et du coeur.

C'est par hasard que je rencontre la fille et la petite du Pr Abdallah CHERIET dans le Val de Marne. On parle professionnel et en honnêtes gens nous sommes arrivés à parler de la vie et voici que nous atterrissons sur le barreau ( la petite fille de 25 ans venait de réussir diplôme d'avocat et elle me précise qu'elle a aussi une licence de philosophie), mais aussi sur le papa de Mme qui est philosophe et poête. Je demande le nom, je secoue ma tête et je réponds je ne connais pas. Je n'aime pas rester ignorer. Une fois chez moi je me mets à rechercher les traces de ce fameux professeur et je suis heureux de vous livrer ce que j'ai découvert. Un intellectuel, qui s'est battu pour l'arabisation de l'algérie mais aussi sa volonté d'éntendre cet enseignement dans beaucoup de pays arabes, la question du sous-développement, les lumières et le dépassement, etc ..Pape B CISSOKO

Il est et restera un des précurseurs du discours progressiste et rationaliste en Algérie, et un des fondateurs de l'université de l'Algérie indépendante. Mais il fut avant tout un grand journaliste formé par la Révolution algérienne, avec tout son rayonnement national, régional et international. Abdallah Cheriet est né à Meskana, wilaya d'Oum El-Bouaghi, dans l'Est algérien en 1921. Dès son jeune âge, il rejoint l'école coranique de son village, à l'instar de ses semblables, et entama ses études dans une école française à Meskana en 1927.

En 1932, il partit sur Tébessa, où il intégrera l'école des Ouléma, « Education des enfants », dirigée par Cheikh Larbi Tebessi, jusqu'à 1934. En 1938, il partit en Tunisie, où il poursuivra des études durant une année, avant de les interrompre à cause de la deuxième guerre mondiale. Il reviendra à Constantine pour rejoindre certaines Medersa. A la fin de la guerre, en 1945, il retournera en Tunisie et terminera ses études à la Zitouna, et sortira avec un diplôme d'enseignant en 1946.

En 1947, il voyagea en Orient, via la France, avec un faux passeport, aidé par des députés algériens à Paris, dont notamment Mohamed Khider, représentant du MTLD à l'Assemblée nationale française, d'où il volera sur Damas, puis Beyrouth. Il entamera des études de philosophie à l'université syrienne, et obtiendra sa licence en 1951. La même année, il retournera en Algérie, mais, à cause du chômage, ne tardera pas à rejoindre la Tunisie, où il enseignera dans un institut des sciences modernes fraichement créé à la Zitouna.

En 1955, il rejoint la délégation politique du FLN, constituée après le déclenchement de la guerre. Il sera chargé de la traduction en langue arabe. Après la création des deux journaux El-Mouqawama et El-Moudjahid, organes centraux du FLN, il sera chargé de rédiger les éditoriaux et les commentaires du jour, en plus de la traduction d'articles parus dans la presse internationale sur la révolution algérienne. Tâche qu'il assumera jusqu'à l'aube de l'Indépendance. En mois d'août de la même année, de retour au pays, Mohamed Khider, responsable du parti, fera appel à lui en le chargeant de l'information. Mais il sera vite écarté du parti, après le conflit entre Benbella et Khider, à cause de son amitié avec ce dernier.

Plus tard, il rejoint l'université d'Alger comme professeur de philosophie et y restera jusqu'à la fin de ses jours. Il a encadré des générations d'étudiants dans la préparation de leurs thèses de magister et de doctorat. Abdallah Cheriert est souvent présenté comme le modèle type de l'intellectuel organique, pour toutes les batailles intellectuelles qu'il aura suscitées, dans les médias, sur divers sujets liées à la question des langues, de l'histoire, de l'identité, de la culture et de l'idéologie.

Le Docteur Abdallah Cheriet a déjà été honoré par le président Houari Boumediène, à la fin des années soixante-dix, pour tous ses efforts dans les domaines de la pensée, de la recherche et de l'éducation. Le président Bouteflika lui rendra hommage, à l'occasion de la parution de son importante encyclopédie consacré à la place de la Révolution algérienne dans la presse internationale. Il décédera le 09 juillet 2010 à 82 ans, un bel âge.

Le docteur Abdallah Cheriet a écrit de nombreux ouvrages dans divers domaines du savoir : en philosophie, littérature, sociologie, politique. Il en a publié seize :
L'Algérie dans le miroir de l'histoire, 1965 ; L'éthique chez Ibn Khaldûn ;

Dialogue idéologique sur la question sahraouie et la cause palestinienne, 1982 ; La pensée politique moderne et l'effort idéologique en Algérie, 1986 ;
Le problème idéologue en Algérie et les questions de développement, 1981 ; L'histoire de la culture au Machrek et au Maghreb, 1983 ;
La bataille des concepts, 1981 ; Les sources philosophiques de la pensée socialiste, 1976 ;
De la réalité de la culture algérienne, 1981 ; Réflexions sur la politique de l'enseignement et de l'arabisation ;
Textes choisis de la philosophie d'Ibn Khaldûn, 1984 ; Dialogue idéologique avec Abdallah Laroui ;
Ethique occidentale en Algérie ; La Révolution algérienne vue par la presse internationale.

Autre pans à savoir sur le PR CHERIET


Folio. Abdellah Cheriet, le poète philosophe
Djilali Khellas Publié dans El Watan

De son vivant, on classait Abdellah Cheriet (1921-2010) comme « philosophe » (1) et on oubliait souvent ses « écrits littéraires ». En fait, Abdellah Cheriet, qui vient de nous quitter ce samedi 10 juillet 2010, était aussi un bon poète. Dès les années cinquante, on distingua l'envergure de son talent poétique peu commun et la place qui lui revient dans l'histoire de « la poésie libre arabophone ». Il était parmi les premiers poètes algériens qui ont révolutionné l'écriture poétique arabophone au Maghreb. Abdellah Cheriet était un homme d'une vaste érudition ; d'une immense culture poétique. Son langage naturel et précis s'alliait à un génie poétique subtil, voire raffiné, et à une extraordinaire intuition verbale qui lui faisaient découvrir, parmi des dizaines de milliers de vocables, l'unique mot propre. Une grande souplesse et une variété infinie de rythmes et d'intonations lui permirent de « s'en approprier », selon sa propre expression, de les faire siens, au point qu'ils ne ressemblent à ceux d'aucun autre poète.


Issu du peuple, enraciné en lui, Adellah Cheriet écrivait des poèmes dans lesquels les meilleures traditions de la poésie populaire et de toute la culture du peuple algérien se confondent avec l'histoire commune du Maghreb. Il était « un Maghrébin convaincu ».« J'aperçois notre pas, notre glorieux chemin. Au travers de la neige et de son frisson d'ailes. Et je me penche au sol pour prendre dans ma main. Ton empreinte gravée dans la neige nouvelle. » C'était en hiver. En ce début, de 1954, tout le Maghreb était embrasé. Abdellah Cheriet a longtemps cru que le Maghreb allait s'unifier dans sa lutte libératrice. Il a cru voir « l'empreinte de l'unité » gravée dans la neige nouvelle, la neige de l'hiver 1954. Plus tard, le poète écrira : « Nous voulions que s'efface. Plus vite l'écho des batailles. Partout dans le monde. Qu'au fil des années. Refleurisse la terre si lasse. Et que, plus jamais, les canons, les orages n'y grondent. »


Le poète a toujours cru à la paix. « La paix assurée aux vivants et à ceux qu vont naître, car nous, nous avons combattu sans songer à la gloire », selon le poète. Tout au long de sa vie admirable, Abdellah Cheriet, même dans ses essais philosophiques, est resté ce chercheur, ce poète épris de liberté. Ses livres nous révèlent la beauté de l'homme libre sur la terre libérée qui lui appartient.

(1) - Professeur de philosophie à l'université d'Alger, Abdellah Cheriet a défendu aussi dans de nombreux essais « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Ses débuts littéraires et journalistiques remontent aux années 1940.
http://www.djazairess.com/fr/elwatan/165238

L'enseignement de la philosophie  Pratiques et discours, une étude diagnostique de l'expérience algérienne
par Zouaoui Beghoura Département de philosophie, faculté des lettres, université du Koweït


Au sujet du Pr CHERIET


À la différence de cette tendance générale, les travaux du professeur Abd Allah Cheriét [46][46] Abdallah Cheriét (1928-2010), professeur de philosophie... présentent une conception politique de la philosophie, puisqu'il considère que la tâche de la philosophie est de nature idéologique. Si, chez Gassoum, cette tâche est limitée à la défense de l'islam et des ancêtres spirituels des musulmans contre les attaques des laïcs et si, chez Yaakoubi, la philosophie est assimilée à la théologie, donc également tournée vers la défense de l'islam aux moyens d'arguments « rationnels », pour Cheriét, la mission de la philosophie est d'explorer les pulsations du temps présent et d'aller plus loin que la réalité vécue. Ainsi, elle aura à combattre les blocages, fruits des mythes et des passions excessives, qu'ils aient pour sujet les masses populaires ou les responsables politiques.


Cheriét estime que le rôle de la philosophie dans les pays « sous-développés » est d'aider à combattre la dépendance, le suivisme et le mimétisme dans lesquels tombent beaucoup d'intellectuels appartenant à ces pays.

Pour atteindre un tel objectif, la coopération entre historiens et philosophes est nécessaire.

Car, précise-t-il, le travail de l'historien est de donner du passé une explication objective, sérieuse, capable d'aider le philosophe à mener à bien l'exploration du futur, de sorte que toute perspective nouvellement ouverte sur le passé pourra jouer le rôle de stimulant dans l'organisation de la vie sociale et intellectuelle .
C'est dans cette double appréhension du temps historique où se relaient mémoire et exploration que l'historien et le philosophe se rencontrent.

Et c'est de cette manière que se bâtit la civilisation.

Le problème n'est pas tant que l'on soit d'accord ou non avec cette conception des rapports entre histoire et philosophie, car ce qui doit être souligné, c'est que l'intérêt que porte Cheriét au rapport entre ces deux disciplines constitue un pas important vers la prise de conscience de la valeur de la philosophie et de l'importance du rôle qu'elle est susceptible de jouer dans la vie sociale.

Et c'est cet intérêt qui l'a poussé à valoriser l'usage de la raison et à l'élever au rang d'un critère pour mesurer les avancées réalisées par la société, ainsi que ses retards
Alors que les sociétés dites « sous-développées » affrontent les événements de leur histoire passée avec une forte dose d'émotion – qui affecte leur perception des choses et fausse les jugements qu'elles portent sur elles-mêmes et sur les rapports qu'elles entretiennent avec le reste du monde, et du monde lui-même –, les sociétés développées revendiquent la raison, le contrôle de soi et l'équilibre psychique.


À la lumière de ces considérations, on comprend certains des motifs pour lesquels Cheriét, contrairement aux autres philosophes algériens de la première génération, a pris sur lui le soin de défendre la philosophie. « Le monde civilisé voit en la philosophie le flambeau qui éclaire l'avenir ; la science n'étant que le guide, ou si l'on veut la monture que nous chevauchons sur le chemin, une fois celui-ci éclairé .»

Et l'histoire nous montre que les sociétés où la philosophie était en bonne place ont connu un développement plus rapide que celles où elle avait été méprisée ; et que les sociétés qui n'ont pas connu ce mode de pensée – c'est-à-dire celles où les conditions sociohistoriques pour son avènement ont fait défaut, ou bien celles qui y ont vu un obstacle au progrès, comme c'est aujourd'hui le cas dans certaines sociétés dudit « tiers-monde » – ont été freinées dans leur développement. Car, elles ne possédaient pas ce flambeau qui éclaire. Ces sociétés, selon Cheriét « sont condamnées à faire du sur-place ou bien n'arrivent pas à se rendre compte de la distance parcourue par les autres.


Ce philosophe a eu d'autre part le mérite d'aborder dans son œuvre l'épineux problème des rapports entre savoir et pouvoir. Il écrit à ce sujet : « Ce qui est dangereux dans cet embrouillement mental, c'est la confusion entre la pensée et le pouvoir, entre l'émotion et l'opinion, et cette propension rageuse à justifier sa position par des slogans à propos desquels on ne peut s'accorder en parole, comme le font les politiciens professionnels, à la différence des philosophes qui, eux, recherchent la vérité en quoi ils voient un problème dont ils proposent des solutions par des méthodes claires.


Il est important de rappeler que le problème des rapports entre savoir et pouvoir occupe dans la recherche philosophique contemporaine une place centrale. Cheriét demande qu'on fasse jouer à la philosophie et à la religion le rôle qui est le leur dans la société. Par là, il dépasse la conception traditionnelle concernant les rapports entre la pensée – plus précisément, le savoir – et le pouvoir.


De même qu'il exhorte les membres de la société à changer d'attitude à l'égard de la religion, affirmant que les sociétés modernes ont besoin d'un minimum de planification et d'ordre pour assurer leur développement.


Le Pr Abdallah Cheriet, dont le parcours est édifiant, est l'auteur d'une série d'ouvrages relevant de plusieurs domaines dont Opinion sur la politique de l'enseignement et de l'arabisation paru, en 1983, aux éditions Sned, ainsi que L'Algérie dans le miroir de l'histoire, Un dialogue idéologique sur la question sahraouie et la cause palestinienne, Recueil de poèmes et Réalité de la culture algérienne


https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2011-3-page-103.htm


Je me dois donc de rappeler un temps important dans l'histoire de la littérature algérienne de l'indépendance, et qui a formé une oeuvre exceptionnelle et collective produite par des auteurs algériens dont l'essentiel des ouvrages parus, plus ou moins complets, se trouve - Dieu fasse que je ne me trompe pas - dans les bibliothèques de tout le pays. J'évoque par ainsi la création, le lundi 28 octobre 1963, de la toute première Union des Écrivains Algériens. Là, en ce jour magique de l'héroïsme populaire national, nos écrivains se sont révélés à eux-mêmes par l'écoute et l'échange, en s'inspirant de l'expérience du passé, en analysant la nouvelle et sublime réalité politique, sociale et culturelle du présent, et en prenant conscience de la nécessaire vision de l'Avenir: car la civilisation, c'est la vérité de l'homme.
Parcourons quelques extraits de paragraphes de présentation d'ouvrages parus dans la rubrique Le Temps de lire (Saison 2013-2014).


La littérature algérienne est marquée par l'obligation d'un choix de la part des auteurs entre l'arabe et le français : l'influence durable de la domination linguistique et culturelle de la France en Algérie, jointe au besoin pour les écrivains de trouver une audience, amène nombre d'auteurs à s'exprimer en français mais leurs œuvres n'en demeurent pas moins profondément nationales, et des écrivains comme Muhammad Ettamar et le poète Abdallah Cheriet (Cendres , 1970) étudient les problèmes théoriques que posent les littératures, d'expression arabe d'une part, française d'autre part, face à la culture arabe et islamique dans son ensemble.
http://canastel.blogspot.fr/2004/07/

Abdallah Cheriét (1928-2010), professeur de philosophie au département de philosophie de l'université d'Alger, a été considéré dans les années 1970 comme le théoricien du parti unique, le Front de libération national (FLN). Il a publié des travaux sur le socialisme et l'idéologie tiers-mondiste. Dans cette étude, nous faisons surtout référence à l'ouvrage Le Problème idéologique et les questions du développement, Office de publications universitaire d'Alger, 1981.


Merci à Hind sa fille et à Malissa sa petite fille.

 

Boualem Sansal fait partie de ces intellectuels algériens qui secouent les consciences engourdies


"La modestie permet de progresser. L'arrogance est un frein" (Proverbe chinois)


Selon mon humble avis, le rôle de l'intellectuel n'est pas de produire des louanges par la soumission contre-productive pour le pouvoir lui-même en contrepartie d'une distribution de la rente, mais d'émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société. Aussi, toute société qui limite la critique positive, ne met pas en place des contre-pouvoirs politiques et sociaux, en s'appuyant sur des intellectuels organiques aux ordres selon l'expression heureuse d'Antonio Gramsci, est vouée à la décadence. Car une société sans intellectuels dignes de ce nom est comme un corps sans âme


1.- Le rôle de l'intellectuel selon les courants de pensée


Le mot intellectuel provient du mot latin intellectus, de intellegere, comprendre. La fonction de l'intellectuel n'est pas à proprement parler récente car à l'époque de la Grèce antique des leaders charismatiques, qui font l'intellectuel, se retrouvent dès la première étape du mouvement social qui comme Gorgias ou Protagoras ont marqué leur époque par une démarche passionnelle de l'esprit. Il est intéressant pour la compréhension, de voir les définitions qu'en donnent différents grands auteurs qui ont marqué l'histoire contemporaine. Dans Horizons et débats, numéro 26, juin 2004, le rôle de l'intellectuel dans la société Joseph M. Kyalangilwa définit intellectuel toute personne, homme ou femme, qui met son intelligence au service de la communauté. Selon les historiens Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, un intellectuel est " un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d'homme du politique, producteur ou consommateur d'idéologie.


Raymond Aron, dans L'Opium des intellectuels (1955), pose cette question du rôle du savant dans la cité, l'intellectuel étant un "créateur d'idées" et doit être un "spectateur engagé " Pour Pierre Bourdieu, dans "Contre-Feux 2, Raisons d'agir", Paris 2001, "l'intellectuel ne peut être que collectif ... il peut et doit remplir d'abord des fonctions négatives, critiques, en travaillant à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique qui s'arme aujourd'hui, le plus souvent, de l'autorité de la science ; fort de la compétence et de l'autorité du collectif réuni, il peut soumettre le discours dominant à une critique logique qui s'en prend notamment au lexique mais aussi à l'argumentation (...) ; il peut aussi le soumettre à une critique sociologique, qui prolonge la première, en mettant à jour les déterminants qui pèsent sur les producteurs du discours dominant et sur leurs produits ; il peut enfin opposer une critique proprement scientifique à l'autorité à prétention scientifique des experts, surtout économiques . Toute la pensée politique critique est donc à reconstruire, et elle ne peut pas être l'œuvre d'un seul maître à penser, livré aux seules ressources de sa pensée singulière, ou porte-parole autorisé par un groupe ou une institution pour porter la parole supposée des gens sans parole. C'est là que l'intellectuel collectif peut jouer son rôle irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d'une production collective d'utopies réalistes».


2.- L'intellectuel es t-neutre ou engagé ?


Pour Jean-Paul Sartre, l'intellectuel «est celui qui refuse d'être le moyen d'un but qui n'est pas le sien et quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas et l'intellectuel ne peut donc être que " de gauche, à condition d'entendre ce terme dans le sens d'un désir éthique de justice, et non dans un sens purement politique». Pour Edward Saïd (des intellectuels et du pouvoir, Seuil, Paris, 1996), l'intellectuel n'est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu'un qui engage et qui risque tout son être sur la base d'un sens constamment critique, quelqu'un qui refuse quel qu'en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels.

Le choix majeur auquel l'intellectuel est confronté est le suivant : soit s'allier à la stabilité des vainqueurs et des dominateurs, soit - et c'est le chemin le plus difficile - considérer cette stabilité comme alarmante, une situation qui menace les faibles et les perdants de totale extinction, et prendre en compte l'expérience de leur subordination ainsi que le souvenir des voix et personnes oubliées. Pour Albert Camus (discours de Suède, Gallimard, 1958) l'écrivain "ne peut se mettre au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent ....notre seule justification, s'il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire".


Mais, ajoute-t-il : "Il ne faudrait pas pour autant attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales. La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante". Cependant l'efficacité de ces analyses d'intellectuels engagés est remise en cause. Ainsi, pour Michel Foucault, "Dits et écrits II, 1976-1988, Gallimard, Paris, 2001 "pendant longtemps, l'intellectuel dit de gauche a pris la parole et s'est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice. On l'écoutait, ou il prétendait se faire écouter comme représentant de l'universel. Etre intellectuel, c'était être un peu la conscience de tous.

(...) Il y a bien des années qu'on ne demande plus à l'intellectuel de jouer ce rôle".


Pour Antonio Gramsci, l'organisation de la culture est organiquement liée au pouvoir dominant. Ce qui définit les intellectuels, ce n'est pas tant le travail qu'ils font que le rôle qu'ils jouent au sein de la société; cette fonction est toujours, plus ou moins consciemment, une fonction de "direction" technique et politique exercée par un groupe soit le groupe dominant, soit un autre qui tend vers une position dominante. C'est que tout groupe social, qui naît sur le terrain originaire d'une fonction essentielle dans le monde de la production économique, se crée, en même temps, de façon organique, une ou plusieurs couches d'intellectuels qui lui apportent homogénéité et conscience de sa propre fonction, non seulement dans le domaine économique, mais également dans le domaine social et politique.

Un exemple récent concernant les économistes qui conseillent leurs gouvernements où nous assistons à des conflits de doctrines qui apparaissent en plein jour dans différentes revues internationales entre les "keynésiens", les "marxistes", les "néo-libéraux", les "monétaristes" Nous assistons dès lors à des points de vue contradictoires, y compris les prix Nobel d'économie, pour solutionner la crise. Pour preuve de cette mésentente entre les économistes, sur le plan opératoire, des propositions contradictoires où a été mis en relief l'importance de la théorie keynésienne par les interventions des Etats, à travers les déficits budgétaires et depuis le début de 2010 le retour à l'orthodoxie monétaire pour lutter contre les endettements publics excessifs. Dès lors se pose cette question, la science de référence principale, est-elle la théorie économique, qui explique le fonctionnement du système d'économie de marché sans émettre de jugements de valeur, ou au contraire n'y a-t-il pas lieu d'introduire l'éthique économique en vue d'un processus de modernisation et de rationalisation de la culture et de la société et ce afin d'éviter le "désenchantement du monde" (Max Weber).


3.- Quel rôle pour l'intellectuel en Algérie


L'intellectuel n'est pas nécessairement un philosophe ou un écrivain et encore moins un professeur d'université. Et c'est cela qui fait que les journalistes peuvent parfois jouer le rôle des intellectuels autrefois réservés aux scientifiques, surtout dans une société hyper médiatisée. En fait, il s'agit de toute personne (femme ou homme) qui, du fait de sa position sociale, dispose d'une forme d'autorité et la met à profit pour persuader, proposer, débattre, permettre à l'esprit critique de s'émanciper des représentations sociales. Aussi, l'intellectuel ne saurait s'assimiler aux diplômes n'ayant pas forcément de lien avec le niveau scolaire, mais avec son niveau culturel. Rappelons que Einstein postulant une théorie non-conformiste par la suite qui a révolutionné le monde, a au début été rejeté par ses pairs de l'université qui se limitaient à une évaluation bureaucratique - administrative.

L'intellectuel ne saurait donc vivre en vase clos. Sa méthodologie pour produire est simple : pour paraphraser le grand philosophe allemand Hegel, méthodologie, il observe d'abord le concret réel ; ensuite il fait des abstractions, les scientifiques diront des hypothèses. IL aboutit à un concret abstrait c'est-à-dire son œuvre.

Si le résultat final permet de comprendre le fonctionnement du concret réel à partir du canevas théorique élaboré, les abstractions sont bonnes. C'est aussi la méthodologie utilisé en sciences politiques pour déterminer le niveau de gouvernance dites des 80/20%. En effet, 20% d'actions bien ciblées ont un impact sur 80% de la société ; mais 80% d'actions désordonnées que l'on voile par de l'activisme ministériel ont un impact que sur 20% Aussi l'intellectuel se pose entre la réalité et le devenir de l'humain devant tenir compte de la complexité de la société toujours en mouvement d'où l'importance de la multi pluridisciplinarité et donc du mouvement de l'histoire.

L'intellectuel produit ainsi de la culture qui n'est pas figée, mais évolutive fortement marqué par l'ouverture de la société sur l'environnement englobant l'ensemble des valeurs, des mythes, des rites et des signes partagés par la majorité du corps social et est un constituant essentiel de la culture d'une manière générale, de la culture d'entreprise, du transfert technologique d'une manière particulière et tenant compte du rôle d' Internet et des nouvelles technologies, où le monde est devenu une maison de maison de verre, en vue de l'adaptation de la diffusion des connaissances. Les expériences réussies du Japon, des pays émergents comme la Chine et l'Inde montrent que l'on peut assimiler la technologie sans renier sa culture. D'ailleurs le transfert technologique est favorisé lorsqu' existe une meilleure compréhension des valeurs convergentes et divergentes qui s'établissent entre deux groupes et vouloir imposer ses propres valeurs, c'est établir une relation de domination qui limite le transfert. Aussi, la culture d'entreprise est un sous-produit de la culture nationale et par conséquent un ensemble de valeurs, de mythes, de rites, de tabous et de signes partagés par la majorité des salariés et un élément essentiel pour expliquer les choix stratégiques en renforçant les valeurs communes.

Comme le note avec pertinence le sociologue Ian Vásquez, le capital se socialise dans différents dispositifs techno- organisationnels influant dans le rapport des individus au travail. Cependant les enquêtes montrent clairement que cette extension des savoirs sociaux s'accompagne de nouvelles formes de segmentation (qualifiés/non qualifiés ; mobiles/immobiles ; jeunes/vieux ; homme/femme et d'un partage des activités et services qui deviennent de plus en plus marchands (délocalisation avec l'informatique en Inde, l'électronique au Japon, Corée du Sud etc). C'est la résultante de la nouvelle configuration de la division internationale du travail, produit de l'évolution du développement du capitalisme que l'on nomme aujourd'hui mondialisation, les anglo-saxons parlant plutôt de globalisation.

Cette approche socio- culturelle qui rend compte de la complexité de nos sociétés doit beaucoup aux importants travaux sous l'angle de l'approche de l'anthropologie économique de l'économiste indien prix Nobel Amartya Sen où d'ailleurs selon cet auteur il ne peut y avoir de développement durable sans l'instauration d'un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de l'anthropologie culturelle de chaque société, qui permet à la fois la tolérance, la confrontation des idées contradictoires utiles et donc l'épanouissement des énergies créatrices. Cela renvoie au concept de rationalité (voir les importants travaux du grand philosophe allemand Kant) qui est relative et historiquement datée comme l'ont montré les importants travaux de Malinovski sur les tribus d'Australie. Car, il s'agit de ne pas plaquer des schémas importés sur certaines structures sociales figées où il y a risque d'avoir un rejet (comme une greffe sur un corps humain) du fait que l'enseignement universel que l'on peut retirer de l'Occident- est qu'il n'existe pas de modèle universel.


Lisons attentivement l'œuvre du grand sociologue maghrébin Ibn Khaldoun. Toutefois, la seule façon de se maintenir au temps d'une économie qui change continuellement, et donc d'une action positive de l'intellectuel c'est d'avoir une relation avec l'environnement national et international, c'est-à-dire mettre en place progressivement les mécanismes véritablement démocratiques qui ont un impact sur l'accumulation des connaissances internes.


En résumé, l'intellectuel doute constamment, se remettant toujours en question, ayant pour devise que le plus grand ignorant est celui qui prétend tout savoir. L'histoire du cycle des civilisations, prospérité ou déclin, est intiment liée à la considération du savoir au sens large du terme et une société sans intellectuels est comme un corps sans âme. Le déclin de l'Espagne après l'épuisement de l'or venant d'Amérique et certainement dans un proche avenir le déclin des sociétés actuelles qui reposent essentiellement sur la rente, vidant d'illusion à partir d'une richesse monétaire fictive ne provenant pas de l'intelligence et du travail. Aussi, attention pour l'Algérie du fait de la dévalorisation du savoir richesse bien plus importante que toutes les réserves d'hydrocarbures...


Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités expert international
http://www.lematindz.net/news/17589-quel-role-pour-lintellectuel-

 

Les Égyptiens attendent le pape en messager de paix-Anne-Bénédicte Hoffner, au Caire (Égypte), lacroix.com


Le pape François arrive dans la capitale de l'Égypte, vendredi 28 avril pour un voyage de deux jours qu'il a personnellement souhaité. Dans ce pays pivot du Moyen-Orient, confronté à la violence djihadiste mais surtout à une situation économique et politique difficile, c'est sur le terrain de la justice et de la réconciliation qu'il est attendu.


Femme égyptienne devant


« Pope of peace in Egypt of peace » (« Le pape de la paix dans l'Égypte de la paix »). Au bord des grandes routes du Caire, d'immenses affiches montrant un François souriant lâchant une colombe sur fond de pyramides ont fait leur apparition mercredi 26 avril. Le Centre de conférences d'Al-Azhar, où il doit intervenir vendredi après-midi en compagnie du grand imam Ahmed Al Tayyeb, a lui aussi été repeint aux couleurs de « l'harmonie entre les religions » : un clocher copte devait être ajouté aux minarets figurés au fond de la scène...


La « paix » : les Égyptiens ont ce seul mot sur les lèvres à propos de la visite du pape François. Une insistance qui suffirait plutôt à démontrer à quel point leur pays est, aujourd'hui, tout sauf pacifié. L'Égypte est au cœur d'un Moyen-Orient à feu et à sang. Elle n'est pas encore stabilisée, six ans après la révolution qui a vu la chute du régime de Hosni Moubarak. Et une branche de Daech persiste dans le Sinaï.
Rêves de démocratie aujourd'hui étouffés

« L'Égypte vit un moment historique dans lequel nous avons un besoin très concret de réconciliation », affirme Anis Issa. Cette jeune copte-orthodoxe se dit particulièrement touchée par le message vidéo envoyé il y a quelques jours par le pape aux Égyptiens, dans lequel il disait venir « en ami et en messager de paix ».
Même brève et préparée dans la précipitation, cette visite cristallise les attentes les plus larges et les plus variées. Celles des autorités, qui espèrent corriger l'image désastreuse de leur pays sur la scène internationale et y faire revenir les dirigeants du monde entier. Celles des partisans de la révolution de 2011, dont les rêves de démocratie se trouvent aujourd'hui étouffés sous le poids des attentats djihadistes récurrents – visant en priorité l'armée et la police mais aussi les chrétiens –, de la répression qui ne faiblit pas, et surtout de la crise économique qui a multiplié par deux les prix des produits de base...


« Épuisés par le quotidien, beaucoup de gens ont la tête ailleurs. Ou se demandent ce que le pape peut bien y faire », rappelle Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France. « Par ailleurs, certains Égyptiens musulmans, tout à fait favorables à l'égalité citoyenne avec les chrétiens, s'agacent de la mobilisation de l'Occident lorsqu'un attentat frappe des chrétiens, et pas lorsqu'il vise des militaires ou lorsque ce vieux cheikh soufi a été décapité dans le Sinaï, en décembre, avec l'un de ses disciples. »


Encouragement à la réconciliation


Vu d'Europe, les propos du pape à la conférence internationale organisée par Al-Azhar, institution à la fois prestigieuse et contestée de l'islam sunnite, risquent d'être scrutés. Côté égyptien, on mesure surtout le risque pour le pape de s'aventurer sur le terrain délicat des relations interreligieuses, autrement que pour souligner les efforts déjà accomplis et encourager à les poursuivre...
« Il faut qu'il condamne la violence, mais parler de l'islam ne serait pas sage. On lui répondrait qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas », prévoit déjà Magdy, un jeune copte-catholique.


Chrétiens comme musulmans attendent surtout de lui un encouragement à la réconciliation. Fatigué des « conflits » et des « insultes » sur le terrain politique comme religieux, Ibrahim El Saadany, 40 ans, qui achève à l'université Al-Azhar une thèse en civilisation orientale, ne souhaite qu'une chose : que ce pape, qui « est vraiment pour la paix », vienne rappeler qu'« avant d'être musulmans sunnites, chiites, ou croyants d'autres religions, nous sommes d'abord des frères par notre humanité ». Qu'il pousse aussi le grand imam, le cheikh Ahmed Al Tayyeb, à parler « la même langue que lui, celle de la paix ».


Ce dernier espère voir son assise internationale renforcée en s'entretenant avec le pape. Il pourrait aussi être (encore plus) accusé de « collusion » avec l'Occident ou avec les chrétiens par des opposants au sein du clergé islamique... « Tant mieux ! », tranche Ibrahim El Saadany, en se prenant à rêver de l'image d'une prière commune qui ferait « le tour du monde ». « Il faut laisser tomber ces concurrences stériles et parler en acceptant de semettre à la place de l'autre. » « Le monde entier attend des solutions après les attentats, ici en Égypte ou même en France », appuie Khaled Abdelfaeel, étudiant dans la même faculté que lui, coiffé du petit chapeau rouge et blanc de ceux qui ont appris le Coran en entier.


« Encourager les musulmans modérés »


Dans un pays dont la moitié de la population est illettrée, le défi de l'éducation revient comme un leitmotiv. « Plus que des discours, je voudrais que le pape fasse des propositions concrètes », espère Ramy Boulos, 30 ans, copte-catholique. « Être pour la paix, c'est très bien, mais si on continue avec ce niveau d'éducation très bas, ce discours religieux extrémiste y compris à l'école, cette répression de la liberté d'expression et cette injustice économique, on n'aura jamais la paix ! »
Le jeune homme fourmille d'idées, comme la création d'un « institut pour le dialogue », la diffusion de « programmes interreligieux à l'école » ou même une université catholique... Ancien évêque de Guiza, Mgr Antonios Mina sait bien que « les terroristes ne représentent que quelques pour cent des musulmans ». « Mais on les a laissés s'activer sans rien faire. »


Selon lui, il faut plus encore « encourager les musulmans modérés à combattre leurs idées, aller sur le terrain de l'enseignement, de l'éducation ». « Ce n'est pas seulement avec la police que l'on pourra lutter contre le fanatisme religieux », insiste-t-il.


Âgé d'une vingtaine d'années, Magdy n'a pas encore de préconisations concrètes. Ce dont il aurait besoin, dans cette période compliquée, c'est déjà que le pape « l'aide à être chrétien en Égypte aujourd'hui », à savoir « comment se positionner dans la société ». Un travail que ne fait pas assez à ses yeux son Église copte-catholique.
L'annonce d'un probable discours adressé spécifiquement aux jeunes le réjouit : « J'espère qu'ils vont sentir l'attention, l'appréciation du pape à leur égard, et que cela fera bouger les choses ici aussi ». Protestante, Cherie, 23 ans, attend, elle, un encouragement à « l'unité ». « Je ne veux pas que le pape parle trop de politique. C'est plutôt par ses mots, par sa présence qu'il peut nous faire du bien. Les Égyptiens ont désespérément besoin de paix et d'amour ». Une visite « comme une caresse », espère Anis Issa, en reprenant une formule chère à François.


Anne-Bénédicte Hoffner, au Caire (Égypte)
http://www.la-croix.com/Religion

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