Filtrer les éléments par date : mercredi, 02 mai 2018

 

Abdoulaye NDIAYE nous propose des interventions ;  revues de presse à sa façon sur facebook.

«Le décrochage scolaire est un sujet délicat et qui mérite d'être étudié. Parents et enfants doivent beaucoup échanger pour comprendre l'état d'esprit des enfants. Un suivi peut faciliter l'accompagnement et éviter le décrochage. Notre compatriote nous dresse ici un éclairage succinct suivions-le»P B CISSOKO

La première des causes du décrochage scolaire est un trouble psycho-affectif qui va déboucher sur une forme d'inadaptation scolaire.
Pour réussir à l'école, il faut savoir accepter la contrainte, l'autorité de l'adulte, il faut accepter de faire des choses que l'on n'a pas envie de faire.

Tous les enfants ne sont pas dans cette disposition d'esprit aujourd'hui, loin s'en faut.


La deuxième cause est une cause économique. Les enfants concernés par les décrochages scolaires sont souvent issus d'un milieu socio-économique et socio-culturel défavorisé. Cette composante économique est aussi due au manque d'insertion professionnelle des parents. Lorsque des parents sont éternellement au chômage, le fait d'aller à l'école pour décrocher un boulot ne prend guère de sens pour les enfants dont la famille est victime de décrochement social. Souvent, les enfants victimes de décrochage ont eux-mêmes connu des troubles scolaires.


La troisième cause est liée à l'école. Notre école moderne a le travers de s'adresser à des gens qui connaissent bien le système. Elle exige très tôt un effort d'abstraction et de conceptualisation très difficile pour un enfant. L'enseignement ne passe pas suffisamment par l'expérimentation, ce que l'on appelle "la main à la pâte".

Quand vous cumulez ces trois paramètres là, le cheminement scolaire peut s'avérer très difficile.


Le décrochage scolaire existe dans tous les pays mais il est plus élevé en France qu'ailleurs. Il est évident que le décrochage scolaire dépend d'un ensemble de facteurs sociaux et individuels, comme la pauvreté, le chômage, la marginalité, etc... Le profil du public qui décroche ne résulte pas d'un hasard.

Néanmoins, il faut se poser la question de la responsabilité de l'école qui d'une certaine manière échoue à intégrer la totalité des élèves. L'école est d'ailleurs perçue par nombre d'élèves comme une machine à exclure, beaucoup d'élèves ont une image assez sombre de l'école. Ils ont l'impression que lorsque vous avez des difficultés scolaires, l'école ne sait pas trop quoi faire de vous, ne vous propose que des redoublements qui ne sont pas efficaces et des orientations que vous n'avez pas choisies. Les élèves en difficulté se sentent méprisés, ils ont le sentiment de ne pas avoir leur place à l'école.

Néanmoins, on pourrait peut-être aussi s'interroger sur la difficulté de l'école de ne pas être capable de récupérer ces élèves. Le décrochage est en fait un processus silencieux d'élèves qui commencent à échouer, qui ont des mauvaises notes, des punitions, qui se demandent ce qu'ils font là et à l'égard desquels les enseignants n'ont pas beaucoup de compassion. Par ailleurs, leurs camarades en ont souvent une image négative : "ils sont bêtes, etc.. ". Au bout d'un moment, la situation devient tellement pénible pour les élèves en situation d'échec, ils sont à l'école physiquement mais plus scolairement, ils vont ensuite de moins en moins à l'école parce que c'est désagréable et ils finissent par ne plus y aller du tout. Par ailleurs, pour certains élèves le décrochage est aussi une forme de révolte. Ils n'ont plus confiance en l'école, les formations qu'on leur a proposé ne sont pas celles qu'ils ont choisies donc ils préfèrent tenter leur chance de leur côté.


La situation est telle que quand un enseignant donne un devoir, il est devenu normal qu'un tiers des élèves n'aient pas réussi. Le problème du décrochage scolaire est d'autant plus important aujourd'hui que le marché du travail n'absorbe plus ces élèves.


Pour bien faire, il faut regarder comment la France s'en sort par rapport aux autres pays de l'OCDE. On se rend compte que notre système est caractérisé par un grand taux d'échec scolaire. Nous sommes à 20% d'échec scolaire, un très mauvais classement. De plus, c'est un échec qui concerne avant tout les classes sociales les plus défavorisées. Notre système scolaire produit donc de l'échec mais également des inégalités sociales.


Faire réussir tout le monde n'est pas forcément au détriment des plus forts. Nous sommes en France obnubilés par la peur du nivellement par le bas. Or, c'est généralement le contraire qui se produit. En faisant évoluer notre système, en prenant plus en compte les individus, on va globalement l'améliorer.
Concernant les causes qui sortent du champ d'action des politiques d'éducation et de l'école, on retrouve des problèmes sociaux, d'accidents de vie, d'handicap. Ces éléments peuvent être la cause principale comme un simple déclencheur. Souvent le décrochage prend ses racines très tôt dans la scolarité. Dès l'école primaire, l'enfant peut avoir l'impression que cela va trop vite pour lui, qu'il n'y a arrivera jamais. A un moment donné, arrive un déclencheur, propre ou non à l'école, qui fait qu'il décroche. C'est le fruit d'un long processus de démotivation.


Quel rôle l'environnement familial joue-t-il aujourd'hui dans les phénomènes de décrochage ? Sont-ils amplifiés par l'éclatement de la cellule familiale (explosion de la mono-parentalité) et l'évolution du rapport à l'autorité ?


Les trois paramètres que j'évoquais sont mis en exergue par la vie moderne. Du point de vue économique, le creusement des inégalités rend les pauvres encore plus pauvres, le déclassement social est devenu très violent.


La destruction des modèles familiaux a tendance à déplacer les enfants. Par exemple dans le cas d'une mère célibataire, le petit garçon va prendre la place du père. Nous savons dans la psychologie scolaire que lorsqu'un enfant endosse la place du père, il ne prend pas facilement une place d'élève à l'école.
Les explications liées au contexte familial sont vraies mais il faut s'en méfier.


Oui, si vous naissez dans une famille unie, où le père et la mère ont fait des études supérieures, où il y a des livres à la maison où le climat éducatif est sympathique, vos chances de décrocher sont beaucoup plus faibles que si vous naissiez dans une famille désunie où il y a du chômage, où le climat n'est pas bon.
Ce genre d'explications voudrait dire d'une certaine façon que l'école n'est là que pour s'occuper des élèves qui bénéficient de conditions éducatives excellentes. Cela reviendrait à dire que l'hôpital c'est bien mais plutôt pour les gens qui sont en bonne santé. Si ces facteurs sont avérés ils fonctionnent aussi comme une façon de se dédouaner mais l'école est là pour tout le monde. On doit la même chose à tous les élèves en termes de réussite scolaire et cela doit devenir un impératif.


Aujourd'hui en France, on accepte qu'un élève sur cinq entre en sixième sans savoir lire et compter convenablement, évidemment en troisième vous avez 150 000 décrocheurs. Quand on sait que dans certains pays le taux de décrocheurs est deux fois plus faible, il y a une mise en cause de notre système scolaire.


Le terme « monoparentale » signifie très souvent « femme seule avec enfant ». Ces dernières peuvent être confrontées à de multiples difficultés comme un travail avec des horaires décalés, l'éducation des enfants, des difficultés financières etc. Or ces problèmes s'associent très souvent à une incompréhension totale des codes de l'école. Quand l'enfant commence à perdre un peu pied, elles n'ont pas forcément les clés pour les aider directement ou trouver les ressources pour aider leurs enfants. Nous avons là une bonne piste de réflexion, il faut recréer le lien entre les familles, les ressources et l'école. Il faut travailler sur l'individu dans une dynamique collective et complémentaire.

NDIAYE ABDOULAYE
PROF ECO-GESTION ACADEMIE DE VERSAILLE

A lire
Les enfants d'immigrés réussissent-ils moins bien à l'école que les autres?
Par Timothé Goupil,

Le capital intellectuel et culturel des parents influence les niveaux d'études.
REUTERS/Charles Platiau


Contrairement à une idée reçue, les élèves issus de l'immigration, à milieu social équivalent, ont souvent de meilleurs résultats scolaires que les enfants de parents français.
La cité et le cliché. Ces deux-là s'attirent et se repoussent, comme un vieux couple qui se fait du mal. Selon un poncif dévastateur, les élèves issus de l'immigration réussiraient moins bien à l'école que ceux dont les parents sont français. Ils seraient plus assidus dans les halls d'immeubles que dans les salles de cours. Une première statistique brute fournie par l'Insee paraît confirmer ce décrochage : 61 % des enfants d'immigrés obtiennent le bac, contre 68 % pour les Français "de souche".
Une inégalité qui s'exprime d'abord dans la compréhension du système scolaire : "Les parents d'origine française connaissent bien mieux les rouages de l'Education nationale, et cela leur donne un avantage lors de l'orientation", explique Yaël Brinbaum, sociologue au Centre d'études de l'emploi et coauteure d'une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) sur la réussite scolaire des enfants d'immigrés.


Des résultats souvent meilleurs à milieu social équivalent
Pays d'origine des parents Réussite hommes Réussite femmes


Espagne et Italie - 20 % - 10 %
Maroc et Tunisie + 20 % + 80 %
Algérie + 10 % + 10 %
Asie du Sud-Est + 70 % + 60 %
Autres pays européens + 40 % + 30 %


Mais, comme souvent en économie, il faut soulever le couvercle pour ne pas faire d'erreur d'interprétation. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l'origine sociale des descendants d'immigrés : 66 % ont au moins un parent ouvrier, contre seulement 39 % des enfants sans ascendance étrangère. Il faudrait donc comparer deux populations (immigrés et non-immigrés) issues des mêmes catégories socioprofessionnelles.


Un fils d'ouvrier immigré chez Renault avec un fils d'ouvrier agricole "de souche". Un enfant de cadre supérieur marocain avec une fille de dirigeante issue des beaux quartiers. Verdict : les inégalités scolaires tendent alors à disparaître, et parfois même s'inversent ! Le capital intellectuel et culturel des parents, si cher au sociologue Pierre Bourdieu, influence donc les niveaux d'études. Et peu importe l'origine des parents. Le social prime sur la provenance.
L'aspiration à l'ascension sociale compense les "dons acquis"


La preuve en chiffres, toujours sur la foi de l'Ined : à origine sociale équivalente, un garçon tunisien ou marocain a 20 % de chances de plus d'obtenir son bac que son camarade non immigré. Pour une fille, la probabilité de décrocher le diplôme monte même à 80 %. L'Asie du Sud-Est produit des prodiges qui surpassent facilement les Français d'origine.
"On focalise toujours sur les échecs, s'indigne Yaël Brinbaum, alors que les réussites sont nombreuses." Certaines populations rencontrent toutefois davantage de difficultés. Seulement un tiers des enfants d'immigrés turcs deviennent bacheliers, ce qui les place en situation de sous-réussite, tout comme les Algériens, les Sahéliens ou les Portugais. En cause, une orientation précoce vers des filières plus courtes dites qualifiantes.


La leçon : le déterminisme des origines n'existe pas, et les parents immigrés inculquent à leurs enfants des désirs de réussite comparables à ceux des non-immigrés : à la sortie du lycée, 86 % des jeunes issus de l'immigration envisagent des études supérieures, contre 77 % pour les autres élèves. Ces aspirations à la réussite et à l'ascension sociale compensent alors largement les très bourdieusiens "dons acquis", symboles d'une éducation fondée sur la transmission du capital culturel et non sur l'instruction.
Mais c'est ensuite que les choses se gâtent. Le système éducatif français, perçu comme un moyen d'intégration et de mobilité sociale pour les familles d'immigrés, laisse souvent les plus méritants sur leur faim. Une situation en partie due au marché du travail : "Il y a toujours des discriminations à l'embauche, rappelle Yaël Brinbaum. Le diplôme protège du chômage, mais l'accès à l'emploi est plus difficile que pour les jeunes Français d'origine." Si les inégalités scolaires s'estompent, la route vers l'équité est encore longue.


Contenu proposé par Taboola
https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-enfants-d-immigres-reussissent-ils-moins-bien-a-l-ecole-que-les-autres

Publié dans Société

AUDIO

Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...
A nos sœurs et frères-Ne
  https://youtu.be/hrqEGnjyNMk Pensez aux images sui tournent sur les réseaux sociaux ; ...

Video galleries

logotwitterFacebook