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ALBERT MEMMI -La Dépendance- Esquisse pour un portrait du dépendant -Suivi d'une Lettre de Vercors


Hors série Connaissance, Gallimard


Qui est dépendant ?


Tout le monde, répond l'auteur, après un étonnant inventaire : l'amoureux et le joueur, le malade, le fumeur, le buveur et l'automobiliste, le croyant et le militant, nous sommes tous, chacun à sa manière, dépendants.


De qui ou de quoi peut-on être dépendant ?


À peu près de n'importe qui ou de n'importe quoi : on peut s'attacher aussi bien à une femme, à un homme ou à un chien, à une collection de papillons, à son travail, à la montagne, à un parti ou à Dieu.
Il n'y a là aucun goût du paradoxe. Interrogeant sa propre expérience comme les expériences d'autrui, Albert Memmi montre que la dépendance est une fascinante évidence.
Elle éclaire d'une manière inattendue la décolonisation, les relations actuelles entre les sexes et les œuvres de culture.

Les avis
fanfanouche24

Je poursuis activement la fin de mes tris et déballages de livres... et je me retrouve avec, dans les mains, un ouvrage lu et adoré dans les années 80, qui aborde tous les grands aspects de nos rapports à la vie et aux autres à travers un état et sentiment, plus qu'omniscient :

« La dépendance »...Nos motivations, les raisons profondes de nos engagements...Albert Memmi décortique tous nos comportements à l'aune de ce fameux sentiment de « dépendance »...
Je me prépare à partir quelques jours chez des amis, me met de côté les lectures à emporter pour moi et pour offrir... En plus de nouvelles parutions qui m'intéressent beaucoup, me voilà en plus, à ajouter des anciennes lectures qui ont été des moments intenses, dont ce livre d'Albert Memmi, qui a été plein d'enseignements, à travers un style limpide , chaleureux, illustré de multiples exemples à travers la littérature, le cinéma, la vie quotidienne, les mondes de l'art, des religions, le monde animal, etc.
Un livre très fort , multidisciplinaire... qui nous enrichit de la vaste réflexion de son auteur...
« ... Nous existons en fonction des autres. Sans cesse, nous sollicitons leur alliance, ou leur cherchons querelle, souvent pour obtenir le même résultat: un échange et une reconnaissance. Et comme nécessairement ils nous déçoivent, nous tâchons d'en corriger l'image, nous les ré-inventons selon nos besoins. D'où l'extraordinaire mélange d'intuitions exactes et de fantasques rêveries que nous avons les uns de autres. » (p.23)


Je reformulerai sûrement différemment ma chronique de ce livre après sa relecture, car lorsque je parcours l'abondance des passages que j'avais soulignés à la première lecture, je pense que je vais appréhender cet essai, avec un regard, dit « plus mature »... où d'autres éléments accapareront mon attention selon aussi mes sujets de réflexion du moment.


De nombreuse références littéraires, philosophiques, cinématographiques, culturelles, psychologiques, éthiques, etc nous sont proposées... Une très large réflexion sur notre condition d'humain et de notre positionnement aux autres nous est offerte à travers cet essai.


Touchée également que l'auteur ait tenu compte du monde animal...de ses perceptions, comportements, sentiments envers nous, les « pauvres humains »... souvent fort inattentifs : « On voit également, dans ces livres, que la dépendance de la bête n'est pas moins grande. le chien perdu revient toujours, et de fort loin ; il ne dort pas si ces maîtres veillent et dort si ils dorment. Il est le chien de tel maître, comme on est l'enfant de tels parents. L'attente de l'animal n'est pas moins remarquable que celle des humains. Il existe une affectivité et une pensée animales. (p.27)
Albert Memmi recense tous les domaines de croyances, d'engagements... qui possèdent souvent, à notre insu, une double face, moins consciente : « « On voit de combien de mères nous cherchons à nous pourvoir- l'armée, le parti politique, le club sportif sont de « grandes familles »....(...) le prêtre qui abandonne son ordre, le militant qui ne renouvelle pas sa carte, jugent que « la vie n'a plus de sens », à moins qu'ils en aient déjà découvert un autre. de son côté, le groupe condamne ceux qui s'éloignent comme des renégats qui méritent violence » (p.35)
J'achève cette note imparfaite vu la lointaine lecture de cet ouvrage, sur un passage essentiel, montrant parfaitement que la plus difficile chose, dans nos existences, reste « les rapports humains » !!!!

« Au reste, la reconnaissance n'est pas un sentiment d'une complète pureté: reconnaître ce que l'on doit à autrui, c'est aussi avouer sa propre insuffisance. Il faut beaucoup de force et d'orgueil, ou de placidité, pour supporter ses propres dettes sans inquiétude ni ressentiment. le commun des mortels vénère ses idoles et guette leurs défaillances. Cela semble contradictoire; ce ne l'est pas: on agresse qui vous aide, parce qu'on a aussi besoin de se défendre contre lui. J'aime cet homme pour le bien qu'il me fait, mais je dois l'aimer moins pour m'estimer moi-même. » (p.57)

fanfanouche24
... Nous existons en fonction des autres. Sans cesse, nous sollicitons leur alliance, ou leur cherchons querelle, souvent pour obtenir le même résultat: un échange et une reconnaissance. Et comme nécessairement ils nous déçoivent, nous tâchons d'en corriger l'image, nous les ré-inventons selon nos besoins. D'où l'extraordinaire mélange d'intuitions exactes et de fantasques rêveries que nous avons les uns de autres. (p.23)

Mimimelie
Cher ami,
Votre étude sur la dépendance fait largement réfléchir. Comme toutes les choses très simples et qui, rappelées à l'esprit, soudain apparaissent évidente, on n'avait jamais pensé à y penser. Et voici que vous obligez à le faire et que s'ouvrent des horizons infinis. On se découvre soumis à un nombre de dépendances quasiment illimité.
C'est très impressionnant. Pour ma part, je m'aperçois qu'elles sont chez moi aussi nombreuses que chez n'importe qui, mais (est-ce heureux ?) généralement très faibles. Je peux pour presque toutes les secouer sans grand mal. Mises à part bien entendu celles qui ont trait à mon travail, mes convictions et mon épouse.
Quant à celle-ci je suis de ceux qui, au moindre retard, imaginent promptement l'accident et ses suites. Si la dépendance alors se mesure à la nervosité, elle paraît sans remède. Mais je ne cherche pas de médecin.
Pour ce qui est des convictions, je dois bien reconnaître que ma dépendance est totale, puisqu'elle pourrait aller jusqu'à la mort. Mais peut-on appeler dépendance un esclavage où l'on est à la fois dominant et dominé ? C'est bien complexe et bien intéressant. Votre livre porte à nombre d'autres réflexions. On n'en a pas fini en refermant ces pages. C'est le type d'ouvrage à ranger au rayon des livres à consulter en cas de besoin.
Donc, grand merci, veuillez me rappeler au souvenir de Madame Memmi et croire à mon amitié.
Vercors

fanfanouche24
Au reste, la reconnaissance n'est pas un sentiment d'une complète pureté: reconnaître ce que l'on doit à autrui, c'est aussi avouer sa propre insuffisance. Il faut beaucoup de force et d'orgueil, ou de placidité, pour supporter ses propres dettes sans inquiétude ni ressentiment. Le commun des mortels vénère ses idoles et guette leurs défaillances. Cela semble contradictoire; ce ne l'est pas: on agresse qui vous aide, parce qu'on a aussi besoin de se défendre contre lui. J'aime cet homme pour le bien qu'il me fait, mais je dois l'aimer moins pour m'estimer moi-même. (p.57)

Mimimelie
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Ne dépendre de personne, d'aucun objet, ni d'un sol ni d'une communauté, ni d'une tradition ni d'un projet, ni d'une activité ni d'une passion, peut sembler d'une parfaite sagesse ou d'une grande force de caractère. Certains l'ont soutenu, au moins comme une visée à l'infini de l'horizon humain. Mais est-ce que cela correspond à la réalité vécue, même potentielle, de l'homme ?

fanfanouche24

La lecture est probablement venue prendre place dans ces-rites de transition- du jour et de la nuit, destinés à combattre l'angoisse du soir et du néant, peut-être du rendez-vous avec l'inconscient. (...) Certains époux ne peuvent pas s'abandonner au sommeil s'ils ne gardent pas le contact charnel avec leur conjoint. Au fond de tout cela, il s'agit de l'invincible, et très commun besoin de sécurité. (p.94)

Publié dans Ex-libris

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