Filtrer les éléments par date : mercredi, 07 février 2018

3-0 après vingt minutes, 5-0 à la mi-temps: Marseille, avec notamment deux triplés d'Ocampos et Mitroglou, s'est facilement qualifié pour les quarts de finale de la Coupe de France, mardi sur le terrain de Bourg-en-Bresse (L2), balayé sans pitié (9-0).

Après sa victoire 6-3 contre Metz, vendredi au Vélodrome, l'OM a encore démontré sa force offensive malgré les absences de Florian Thauvin et Valère Germain, laissés au repos par Rudi Garcia.

Les Marseillais, 2es de la Ligue 1 et qui restent sur une série de neuf matches sans défaite dont huit victoires, se présenteront en totale confiance vendredi en championnat à Saint-Etienne où ils affronteront un adversaire convalescent en dépit de l'arrivée de nouvelles recrues au mercato d'hiver et qui aura donc tout à craindre.

"Je suis satisfait du sérieux et du professionnalisme affiché. La déconcentration des dernières minutes du match vendredi contre Metz (6-3) nous a servi aujourd'hui car nous avons joué de bout en bout. On ne s'est pas relâché. Nos attaquants ont marqué et nous avons géré l'effectif pour vendredi", s'est réjoui l'entraîneur marseillais, Rudi Garcia.

L'affaire a donc été vite réglée face à une équipe 18e de Ligue 2 qui s'est montrée inexistante, pour laquelle le maintien est prioritaire mais qui aurait pu faire meilleure figure même si les Phocéens ont très vite étouffé leurs adversaires.

"Nous voulions bien entamer la rencontre. Les cinq premières minutes n'ont pas été extraordinaires mais nous avons marqué sur notre première occasion. Il ne fallait pas laisser d'espoir à l'adversaire. Nous avons respecté le jeu", a ajouté Garcia.

Luiz Gustavo a ouvert la marque d'un tir du gauche décoché des vingt mètres dès la 10e minute avant que Dimitri Payet ne porte le score à 2-0 en transformant un coup franc direct (13).

Lucas Ocampos a marqué le troisième but de près après un service de Kostas Mitroglou (3-0, 16).

Le Grec marquait ensuite de la tête à la réception d'un centre délivré de l'aile droite par Bouna Sarr (4-0, 20) puis en profitant d'un ballon perdu dans l'entrejeu par les Burgiens pour devancer la sortie du gardien Sébastien Callamand (5-0, 41).

Après la mi-temps, Ocampos ajoutait deux nouveaux buts, d'un tir croisé à la conclusion d'une belle action collective puis sur une reprise de la tête à la réception d'un centre de la droite de Payet (48, 71).

Dans les derniers instants, Mitroglou, qui avait déjà marqué contre Metz, réalisait à son tour un triplé en reprenant un centre de Maxime Lopez (81).

Clinton Njie ajoutait un 9e but en transformant un penalty (9-0, 89).

"Mitroglou a eu un geste de classe de laisser le penalty à Clinton alors qu'il aurait pu marquer un 4e but. C'est la preuve d'un groupe qui vit bien", s'est félicité Garcia.

Le Monde

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ENTRETIEN. Pour l'universitaire, écrivain, éditeur, musicien et cofondateur des Ateliers de la pensée à Dakar et Saint-Louis, le continent doit reprendre possession de ses ressources naturelles et spirituelles.

PROPOS RECUEILLIS PAR MALICK DIAWARA

Le Point : L'un des phénomènes les plus marquants de ce début de XXIe siècle pour l'Afrique est celui des migrations, notamment vers l'Europe. L'Afrique a-t-elle raison d'avoir peur de perdre d'importantes forces vives, et l'Europe de craindre cette ruée subsaharienne ?

Felwine Sarr :La migration est un phénomène important, mais il faut rappeler que 80 % des migrants africains restent en Afrique. Ce n'est donc pas la majorité des migrants qui va en Europe. Le phénomène des migrations est certes spectaculaire, mais, si on regarde la tendance lourde, il n'y a pas, en tout cas pas plus aujourd'hui qu'hier, ce phénomène d'envahissement brandi par les mouvements d'extrême droite et amplifié par un certain traitement de la presse. Et des personnes ayant acquis une nationalité européenne sont toujours qualifiées d'immigrés parce que nées à l'étranger... En France, sur les 5,8 millions d'immigrés, 2,3 millions sont dans ce cas. Sinon, oui, avec les migrations, l'Afrique perd une force vive dont elle a besoin pour se construire. C'est dire combien il est important que les gouvernements africains prennent sérieusement en charge cette question.

Sur quoi l'Afrique doit-elle s'appuyer pour changer le paradigme actuel ?

Le continent doit se réinventer fondamentalement. Les gouvernements africains doivent prendre leurs responsabilités pour éduquer la jeunesse et lui trouver du travail sur place. Pour ce faire, l'Afrique a la tâche de reprendre son destin en main et de décider de la direction qu'elle donne à son économie, à sa politique, à son rapport à l'environnement. Elle doit reprendre possession de ses ressources intellectuelles, philosophiques et spirituelles, de ses terroirs, de ses terres et ressources symboliques aussi, et faire ses choix de société. Cette démarche est essentielle si on veut changer le paradigme actuel.

L'Afrique se donne-t-elle vraiment les moyens de cette ambition ?

Il y a plusieurs Afriques et plusieurs dynamiques sociétales. Que constate-t-on aujourd'hui ? Que les sociétés civiles n'acceptent plus ces présidents vieillissants qui dirigent le continent depuis trente ou quarante ans. Que ce soit en Afrique de l'Ouest, au Burkina, par exemple, en Afrique centrale, en RDC et au Congo Brazza, elles s'organisent, au péril de leur vie, pour provoquer le changement. Cette dynamique est irréversible et semble s'inscrire dans l'Histoire. Avec elle, les gouvernements ne pourront plus longtemps diriger à l'insu de l'intérêt du plus grand nombre et à l'insu de la jeunesse africaine. Qu'ils le veuillent ou non, s'ils continuent à fonctionner sur la base des anciens paradigmes, ils seront emportés. Ce n'est qu'une question de temps.

Je ne crois pas que l'Afrique puisse réclamer un droit à la dévastation de l'environnement du simple fait que les autres l'ont fait.

Finalement, quelle perception avez-vous du potentiel de l'Afrique aujourd'hui ?

Le potentiel est énorme, et ce n'est pas une vue de l'esprit ou un désir de se rassurer. De mon point de vue, la démographie dit le sens des choses. Le rapport de force est en train de changer. En 2100, l'Europe représentera 4 % de la population du globe et le continent africain, 40 %. Cela dit, l'Afrique a d'autres atouts plus importants que cette dynamique démographique qui impressionne tant. Elle a le tiers des réserves minières et énergétiques de l'humanité encore disponibles, sans compter les terres arables, dont elle détient les six dixièmes, encore inexploitées. S'y ajoute l'avantage d'un espace immense largement plus grand que l'Inde, la Chine et l'Europe occidentale réunies. Et puis l'Afrique a sa jeunesse... Sur le plan économique, depuis l'an 2000, la croissance africaine est une réalité dans un environnement mondial qui croît plus lentement. Cette croissance ne veut pas dire grand-chose si elle n'est pas inclusive et n'améliore pas la vie des populations. Bien qu'elle ait encore d'importants défis à relever en termes de bien-être économique et social, l'Afrique est sur une bonne dynamique. La question est de savoir comment mettre ce potentiel au service de ses populations, loin de la prédation des multinationales, qui ont des stratégies pensées pour leur seul profit.

Comment l'Afrique doit-elle s'y prendre pour défendre ce potentiel au regard de ses faibles moyens militaires ? Elle a encore besoin d'intervenants extérieurs pour contenir les menaces qui se font jour sur différents théâtres d'opérations, notamment contre le terrorisme.

Il ne faut pas être dans un excès de militarisme et d'épistémologie de la puissance. Les Africains doivent prendre le temps de construire leurs capacités de sécurité. Même s'il est compréhensible de faire appel à des intervenants extérieurs face à des urgences humanitaires, il faut sortir de l'assistanat et de la tutelle, d'autant plus que ceux qui viennent au secours peuvent se maintenir sur place pour préserver leurs intérêts et entretenir leur ligne d'approvisionnement en matières premières. Sur ce point, l'Afrique doit donc être stratège et visionnaire dans la mise en place de ses capacités de défense. Cela dit, si la question militaire est importante, elle n'est pas fondamentale. Pour mieux se défendre, l'Afrique doit d'abord se réapproprier la gouvernance de ses propres espaces et mettre en place des processus démocratiques légitimes. Seront ainsi portés au pouvoir des individus soutenus par d'importantes forces sociales, pour lesquelles ils pourront instaurer des politiques profitables. Un exemple : l'armée rwandaise n'est pas plus puissante que l'armée sénégalaise et le Rwanda n'a pas un PIB par habitant supérieur à celui du Sénégal. Pourtant, Paul Kagame décide en toute indépendance, sans qu'aucune option ne lui soit imposée de l'extérieur par quelque pays que ce soit. Il n'a pas la capacité militaire d'une grande puissance, mais il gouverne sur un consensus avec un État tourné vers le bien-être de sa population, notamment en matière d'éducation et de santé. Il obtient des résultats et peut faire les choix qu'il estime les meilleurs pour les Rwandais. Aujourd'hui, beaucoup de pays ne sont pas en mesure de faire de même, car les gouvernements n'ont pas le soutien qu'ils devraient avoir lorsqu'ils prennent des décisions de rupture. Pourquoi ? Parce que, au lieu de s'occuper de leurs populations, ils s'occupent plutôt de leur clan et de leur clientèle.

Le Monde.fr

 

Publié dans Société

Pour Salif Keita, la décennie 80-90 marque les débuts d’une ascension qui va le mener de Bamako à Paris en passant par l’étape très instructive de d’Abidjan.  Sorti de son pays, le Mali, par une porte dérobée, l’enfant de Badougou va y revenir à la veille de l’année 2000, en vrai héros. Un vrai parcours du combattant. L’auteur et le compositeur ont bien progressé entretemps. Après les étapes du Buffet de la gare et du Motel de Bamako, le destin pousse Salif vers Paris. Comme nombre de ses acolytes artistes du monde francophone de l’époque, il veut être aussi du voyage. Sorte de terre promise pour les artistes, Paris est devenue au fil des ans, comme une capitale culturelle pour les musiques africaines. Ce sera la bonne porte qu’il lui restait à franchir pour faire le tour du monde, imposer sa voix et mener les combats à venir qui lui tiennent à cœur ; à commencer par la défense des albinos.

Le contexte politique du Mali qui  le pousse vers Abidjan, la capitale ivoirienne est digne d’un roman. Abidjan, c’était comme une autre étape dans la maturité de l’artiste. Ainsi, avec les Ambassadeurs du Motel,  Salif va encore gravir de nouveaux échelons. Pour l’histoire, l’orchestre a vu le jour en 1969, grâce à la volonté d’un lieutenant de l’armée malienne, Thiécoro Bagayoko. Le Motel auquel le nom du Groupe est collé est dirigé par un certain Ousmane Makoulou et appartient à l’Etat malien et était devenu le repaire nocturne de l’officier malien. « Et celui-ci de ce qu’on en raconte n’hésitait pas à faire vider la piste afin de pouvoir, selon Florent Mazzoleni, danser avec les filles de son choix qu’il invite à danser en tirant des coups de feu en l’air. » Cà aussi ce sera aussi une des rencontres du jeune chanteur. Baptisé « Les Ambassadeurs » en raison des différentes nationalités qui le composent, il a pris forme dès la fin des années 1960 autour de deux formations de Bouaké en Côte d’Ivoire : Les Eléphants noirs et l’Ophi. Pilier des Eléphants noirs, Moussa « Vieux » Sissokho dirige les musiciens du groupe avec son ami le trompettiste guinéen, Kabiné « Tagus » Traoré.  Ils seront rejoints par le chanteur sénégalais, Ousmane Dia, transfuge du Star band de Dakar, grand pourvoyeur de talent dans toute l’Afrique de l’ouest.

« Instituteur refoulé, argumente Florent Mazzoleni, Salif chante l’alphabétisation de son pays sur « Kibaru ». Il prouve qu’il peut s’investir d’une autre manière, grâce à son chant œcuménique, afin d’aider le pays à relever les défis qui sont les siens en route vers une modernité africaine et un certain progrès, aussi élusif soit-il.» Et avec lui, comme chanteur principal, « Les Ambassadeurs » sont invités en France en 1974 ; ce qui constitue une première pour un orchestre malien. Les Ambassadeurs logent Rue Mirha dans le 18 ème et donnent une poignée de concerts à l’invitation de la communauté des travailleurs maliens. Pendant qu’au Mali, la situation politique et sociale se dégrade, trois membres du groupe sont exclus, suite à leur séjour parisien au retour de Bamako. Le problème est qu’un commissaire politique chargé de rendre compte au gouvernement les accompagnait pendant le séjour. Le premier 45 tours du groupe paraît ainsi en 1975 sous le titre « Kanté Manfila/Les ambassadeurs » avec le même Kanté Manfila qui chante le morceau, « Les Ambassadeurs » alors que Salif interprète « Mana mana ».

En 1976, Les Ambassadeurs, le Rail Band et le National Badema ou officie encore le chanteur Kassé Mady Diabaté, sont invités en Guinée par le Président Sékou Touré. A cette occasion, peut-on lire, « Salif rencontre le chef de l’Etat guinéen. » Et, outre des concerts dans l’ex. Haute Volta, et à Abidjan, « Les Ambassadeurs » représentent le Mali au Festac, grand évènement culturel panafricain organisé à Lagos. C’est au cours de l’année 1977, que le Groupe fait le choix de se poser du côté d’Abidjan ; ville où le climat politique et culturel leur paraissait plus favorable. Au Mali, le président Moussa Traoré durcit son régime, et en 1978, le colonel Bagayoko est arrêté et emprisonné ; ce qui voit le prestige et la réputation du Motel se ternir. La suite est donc ponctuée par un départ du Groupe en direction de la capitale ivoirienne. Les débuts dans le pays du président Houphouët-Boigny, sont plus que difficiles. Tout part des turpitudes autour du départ du groupe de Bamako pour Abidjan. En effet, le 4 août 1978, date à laquelle, ils partent de Bamako, il a fallu toute la ruse d’un officier de police, (sans doute un grand admirateur) pour qu’ils échappent de la police malienne. La plupart des musiciens qui composent alors Les Ambassadeurs sauf l’organiste, Idrissa Soumaoro et le second bassiste Chaca Dama, décident de partir.

Derrière Manfila Kané et Salif, tout le reste suivra. A commencer par le saxophoniste  Moussa Cissokho, le guitariste Ousmane Kouyaté, le trompettiste Tagus, le batteur Nouhou Keita, le bassiste Sékou Diabaté, le balafoniste Kaba Kanté, tout comme les chanteurs comme Ousmane Dia et Sambou Diakité, ancien chanteur du Super Biton. Ainsi, raconte Florent Mazzoleni, « Le soir, ils sont accueillis à la frontière ivoirienne par le chef de brigade malien qui sacrifie un mouton et partage le méchoui  avec les musiciens, négligeant de répondre au téléphone. Après leur départ, tard dans la nuit, il finit par répondre : le ministre de l’Intérieur voulait les faire arrêter…» Fin du premier épisode de cette longue croisade pour les hommes plus engagés que sont devenus Salif et ses amis du groupe.

ABIDJAN : Les effets du miracle ivoirien

A leur arrivée, cependant, ils ne trouvent guère de débouchés, jusqu’à ce qu’un technicien, un ingénieur du son de la Radio télévision  ivoirienne, ne leur ouvre les voies d’un studio de manière clandestine, au mois d’aout de la même année. Les musiciens doivent ainsi entrer par une fenêtre dérobée, dans le studio, pour se faire enregistrer. « Exécuter en moins de deux heures, révèle la source, sur une console deux pistes grâce à la complaisance de leur ami Moussa Komara, les cinq morceaux enregistrés à cette occasion, comptent parmi les plus beaux albums réalisés en Afrique de l’Ouest au cours des années 1970. »

 C’est dans ce contexte difficile que sort le morceau fétiche du groupe, « Mandjou ». Mais, conçu à Bamako, Mandjou est réduit à Abidjan à sa seule introduction et à quelques mesures aux accents de rumba qui laissent se déployer la voix de Salif Keita.

Ses envolées vocales s’inspirent de Wajan, un morceau de la musique malienne, Amy Koïta, enregistré à l’Ortm quelques années auparavant. « Guinéen exilé depuis une vingtaine d’années, raconte l’auteur de cette enquête, Manfila Kanté, est à priori réfractaire à cause de son départ, chanter la gloire du Président guinéen Sékou Touré, mais Salif réussit à imposer à Kanté, de garder le nom du morceau. « Mandjou » est d’ailleurs un des surnoms pour l’époque de la famille Touré, célèbre dans tout le pays mandingue surtout depuis les exploits de l’Almamy Touré et des coups d’éclat de Sékou Touré ? Il désigne l’illustre famille à laquelle appartient le Président guinéen. »  C’est encore dans ce même contexte que Manfila Kanté part presser les matrices de cette trouvaille à Cotonou, au Bénin et l’écoute du morceau par les distributeurs à Abidjan et Cotonou, est un grand succès.

Tout le monde sur la scène musicale ouest-africaine veut publier le monumental « Mandjou ». L’album paraîtra finalement sous le petit label « Amons Productions » à la fin de l’année 1978. Avec une pochette présentant le groupe en ces termes : « Les sept membres de l’ancien groupe « Les Ambassadeurs international du Motel de Bamako », réunis sous le nom des « Ambassadeurs Internationaux » vous présentent leur premier volume, qui, à tout point de vue, bercera les mélomanes.»

L’album sera réédité immédiatement en 1979 sous le label  ivoirien Badmos en échange d’instruments pour tout le groupe mais sans contrat de droits d’auteur. Le succès de ce morceau est instantané, que ce soit à Abidjan, Conakry, Bamako, Cotonou, Ouagadougou ou à Dakar. « Mandjou » triomphe et avec lui, un nom désormais connu : celui de Salif Keita. Une vraie revanche sur son histoire personnelle et sur la vie. Au dos de la pochette, il est surnommé, le «  Domingo » de la chanson malienne, en référence à son homonyme Salif Keita, joueur de football à Saint-Etienne puis à l’Olympique de Marseille et dans le club espagnol de Valence, finaliste de la Can 1972 au Cameroun devant le Congo, futur vainqueur.

Pour les connaisseurs, l’album est un véritable tour de force avec les congas qui jouent le motif du son montuno et des cuivres qui esquissent quelques arabesques latines tout en étant solidement ancrés dans la roche rouge du pays mandingue. L’orgue emprunte aussi par moment, quelques contretemps reggae et donne à ce titre, une universalité immédiate au groupe.

SALIF ET SEKOU TOURE : Tel un père… Un ami

Une vie faite de rencontres qui l’ont forgé, c’est ainsi cela Salif Keita.  Et parmi elles, une qui ne laissera pas indifférents ses fans : celle avec le premier Président de la République de Guinée, Ahmed Sékou Touré. Comme l’ancien ambassadeur Falilou Kane, qui raconte dans son livre, « Vue d’aigle sur la diplomatie sénégalaise », sa rencontre avec le député de la Guinée (le même Sékou Touré), dans les années 1950 lors d’une grève des élèves du lycée Van Vollennhoven, dont il était le porte parole, ( rencontre qu’il n’a jamais oublié), l’amitié de Salif Keita avec l’ homme de culture qu’a été Sékou Touré,  se réalise à la suite de l’interprétation du chanson qui est encore appréciée par les connaisseurs, « Mandjou ». Tout jeune, le garçon est bercé par les mélopées de l’orchestre guinéen le plus connu, le Bembeya Jazz avec son chanteur, Aboubacar Demba Camara.

Le morceau comble ainsi le président guinéen, en pleine difficulté dans sa diplomatie et avec certains de ses voisins dont le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Et, à l’issue de la tournée « Des Ambassadeurs internationaux », dans son pays, le président guinéen, invite le jeune chanteur à rester quelques jours en Guinée. Les deux hommes se connaissent et s’apprécient. Et, le voila qui est décoré de la médaille d’officier de l’Ordre national guinéen et il reçoit un passeport diplomatique. « Mandjou », deviendra par ailleurs, l’hymne officieux du président Sékou Touré. A la manière de l’autre grand chanteur pour l’époque, Sory Kandia Kouyaté, Salif vient de toucher l’âme sensible de cet homme qui aime la culture mandingue et sera resté toute sa vie, un de ses plus grands défenseurs et promoteurs.

Mandjou dégage une incroyable confiance avec le sentiment que « Les Ambassadeurs » ont enfin trouvé une cohésion et une expression musicale enfin ressoudées autour du génie Salif Keita et de son ami Manfila Kanté. Le président Sékou Touré apprécie à un tel point « Mandjou » qu’il s’inscrit à merveille dans son idée de folklore modernisé avec en plus un caractère laudateur qui n’est pas pour lui déplaire. Il demande à Salif de lui écrire d’ailleurs un autre morceau ce que ce dernier refusera gentillement. En argumentant que sa liberté d’artiste ne s’attache pas ; même pour celui qu’il qualifie de « grand homme ».

A sa mort le 26 mars 1984, Salif Keita n’hésite pas cependant à déclarer : «  Jamais un Chef d’Etat n’a fait autant pour la musique »…

UN DERNIER DEFI, LE COMBAT POUR LES ALBINOS

C’est fort de cette reconnaissance qui le rattrape, qu’il décide de s’engager dans le combat pour la défense des albinos dans le monde à travers l’association qu’il va créer et qui va s’appeler « Sos Albinos » basé à Montreuil. La boucle semble bouclée. Entretemps, un Mango revisite sous la forme d’un remake, le morceau fétiche «  Mandjou » avec un Cheikh Tidiane Seck inspiré et égal à lui-même aux claviers. Suivra « Folon », enregistré par Mango entre Paris et Londres. Un album fou. Un hommage à Mandela y est composé tout comme un morceau qui va marquer les esprits «  Nyanyama » ; mais encore un autre hommage à son ami Seydou Bathily, grand couturier disparu brutalement. Chose émouvante, sur la pochette, se trouve une nièce du chanteur, Nantenin Keita, photographiée par Matthew Donalson. Sa fille albinos comme lui, portera le même nom.

Le portrait a le mérite de montrer une image paisible des albinos au Mali  et ailleurs en Afrique. L’album « La Différence » produit par Universal Jazz et sorti en 2009, s’inscrit dans cette mouvance. C’est un autre des chefs d’œuvre du maître.

PARIS, DEBUT DES ANNEES 1980 : Une victoire sur lui-même et la reconnaissance

Le début des années 1980 marque ainsi l’ascension du groupe. Mais, la présence à Abidjan est aussi un moment où d’autres groupes mandingues ne cessent de monter. Mory Kanté qui a quitté le Rail Band est aussi à Abidjan. Ville où il y a aussi un certain Alpha Blondy qui chante également en malinké et en Dioula la langue du nord de la Côte d’Ivoire, une autre forme de musique, le reggae. Si on y ajoute d’autres groupes comme Rail band qui résiste et survit au Buffet de la Gare, mais encore comme les Sofa de Camayenne et encore, il faut songer à aller de l’avant.

Les Ambassadeurs devenus internationaux depuis leur escale à Abidjan, n’en démordent pas. Les voilà autour du guitariste Ousmane Kouyaté, et le chanteur Sambou Diakité, qui sortent en 1982, un nouvel album enregistré dans le studio JBZ dans la capitale ivoirienne. « C’est alors, dit l’auteur Florent Mazzoleni, le nec le plus ultra en matière de studio d’enregistrement africain.» Djougouya, «la méchanceté» en bambara est un titre assez étrange aux accents de jazz, avec des nappes de synthétiseurs et le solo de saxophone. Mandjoulon et le reggae mandingue synthétique de Bara Willié sont dans le même esprit.

Sommet absolu de l’album selon Mazzoleni, chanté par Sambou Diakité, Wassolon foli s’ouvre sur des percussions cubaines avant de laisser la place à une section de cuivres dont les rifs supportent la mélodie.» «Les influences de Fela de l’Afrobeat sont évidentes. Salif renaît ici comme le phénix et survole magnifiquement la pop africaine du début des années 1980. Il est temps pour lui, désormais, de passer  à la vitesse supérieure, conclut Mazzoleni, et de chercher la consécration au-delà des frontières d’Afrique de l’Ouest. Comme d’ailleurs la majorité des artistes d’Afrique francophone, son salut passe inévitablement par Paris. »

Salif à Paris, c’est comme qui dirait comme l’écrivain ivoirien Bernard Dadié, « Un nègre à Paris ». Mais, le contexte est différent de celui de l’auteur du livre de poche « Le pagne noir ». Le chanteur voit son horizon professionnel se remanier et changer en finesse et en profondeur. Le climat est favorable. Et, le Paris du milieu des années 1980, voit arriver beaucoup d’artistes maliens comme Zani Diabaté, Kassé Mady, Abdoulaye Diabaté et d’autres restés au pays comme Ali Farka Touré qui prennent leur essor international grâce à des labels comme Hannibal, Mango ou World Circuit. Eux aussi sont sur Paris.

Mais, ce Paris là, ce sont aussi  des producteurs audacieux et de talents comme Ibrahima Sylla (Syllart productions), Mamadou Konté, ou Nick Gold. C’est le pallier suivant qu’il fallait à des gens comme Salif Keita ou Mory Kanté, pour franchir un autre cap dans leur vie de musicien. Pour le premier, l’album « Soro » va marquer comme « Mandjou » à Abidjan, une étape refondatrice. Au même moment, des albums sous forme de disques et de cassettes des Ambassadeurs du Motel et des Ambassadeurs Internationaux, édifiés par Sonafric, six années plus tôt, sont disponibles en France.  Au mois de mai 1984, le même Salif Keita est invité au Festival pionnier Jazz en France.

Ce festival deviendra par la suite, les« Musiques métisses d’Angoulême ». Le chanteur est demandé sur scène un peu partout en Europe. Il commence à donner des concerts sous le nom des « Super Ambassadeurs » avant d’être rejoint sur scène par son inséparable arrangeur et ami, Manfila Kanté. En 1985, il est invité à chanter lors d’un grand évènement pour la libération de Nelson Mandela. Il va retrouver une fois encore sur scène Manfila Kanté. Un an plus tard, Salif Keita signe la bande originale du Yeleen, du réalisateur malien Souleymane Cissé, premier film africain primé au Festival de Cannes.

A Paris, l’ancien leader des Ambassadeurs, retrouve aussi un homme qui va changer son destin, le Sénégalais Ibrahima Sylla. Ce dernier s’occupe du Magasin de  disque Kubaney à Paris en ce moment et c’est avec lui qu’il va signer un premier contrat de production. Nous sommes en 1983. A l’automne 1986, l’envie de voler désormais de ses propres ailes, le tente et le voilà qui par l’intermédiaire de Mamadou Konté (Africa fêtes), prêt à devenir quoi qu’il arrive, un pionnier des musiques du monde.

L’Europe est en demande de sons exotiques et l’ère est au Marché africain des arts et du spectacle (Masa). Avec Beatrice Soulé qui s’occupe de la coordination et des éditions musicales, il rencontre François Bréant qui se décide à produire « Soro » né de ce fait et qui va devenir un album culte. « Soro » est enregistré au studio Harry Son sur une console de 48 pistes. Salif compose les six morceaux de l’album qui sort finalement chez EMI/Pathé Marconi et chez Island en 1987.  

Exilé lui aussi à Paris, un musicien de talent au clavier se joint à ce disque. Il s’appelle Cheikh Tidiane Seck et il est malien comme Salif. Il participe à quelques parties de claviers avec aux arrangements François Bréant, mais encore Jean Phillipe Rykiel qui arrange trois titres « Wamba », « Cono », et « Sanni », morceau dédié à son père. Sommet de ce disque, « Cono » ( Oiseau en langue mandingue ou for intérieur, au figuré). Avec cet album, le musicien surfe parfaitement sur la vague émergente  dopée par la révolution numérique, le CD.

LA DECENNIE 1990-2000 : L’APOTHEOSE : «Amen», «Folon», «Mofou» , une voix et des  chants d’éternité

Les années 1990 et le début des années 2000 sont abordés dans une totale confiance en l’avenir pour l’homme du monde qu’est devenu au fil du temps, Salif Keita. Oublié son passé d’enfant albinos. Oublié son rêve d’instituteur barré de la liste des élèves admis au poste d’enseignant pour cause d’albinisme. Oublié, la période de misère des débuts. L’homme minimise et savoure la vie à pleine voix.

En 1990, c’est la forme d’un documentaire titré « Salif Keita, Destiny of a Noble Outcast » qui va encore accroître son audience dans le monde et dans les pays anglo-saxons. C’est dans cette foulée qu’il rencontrera le guitariste Carlos Santana qui dira de lui, « C’est la plus belle voix que j’aie jamais entendue ». Et, en 1991, il part enregistrer à Los Angeles un album formidable « Amen » sous la houlette du producteur Joe Zawinul, légendaire clavier jazz d’origine autrichienne et fondateur de Weather Report. Pionnier  du jazz rock fusion, Zawinul  est aussi un grand utilisateur des synthétiseurs qu’il a très tôt intégrés au Jazz en mouvement  des années 1970 alors qu’il accompagnait la révolution électrique initié par Miles Davis.

Le résultat sera une vraie réussite pour les musiques mandingues. Avec Salif, le personnel de l’album « Amen » est un des plus complets qu’on pourrait avoir sur une scène mondiale. Joe Zawinul produit Santana qui joue de sa guitare. Wayne Shorter signera les arrangements des cuivres alors que Paco Séry  tient la batterie. Manfila est aussi au cœur de l’album. Sur les huit titres, des morceaux plus savoureux les uns que les autres,  « Nyanafin », « Waraya », « Mali Denou » sont des titres qu’on écoute partout. Mais nul doute que l’un des sommets reste, le morceau fétiche « Lony », « bastonné » dans toutes les radios, platines, discothèques ici comme ailleurs dans le monde comme dirait Alain Amobé Mévégué « Plein sud » à l’époque sur Rfi et aujourd’hui au cœur de l’émission « Africanités » sur la Chaine francophone TV5.

Et, c’est le plus naturellement du monde que Salif Keita est décoré par Jack Lang de la Médaille de Chevalier des Arts et des Lettres en janvier 1992, lors d’une cérémonie qui lieu au Midem à Cannes. Depuis le Camerounais Francis Bébey, c’est le premier artiste africain qui reçoit un tel honneur en France. Le mois suivant, il est nommé au Grammy Awards aux Etats Unis  dans la catégorie meilleur album de musique du monde. Une année auparavant, le voilà déjà qui compose la musique du film « L’enfant lion » de Patrick Grandperret en compagnie de Steve Hillage. En 1994, c’est Mango qui va encore ajouter au parcours de l’homme à la voix, avec la publication d’une anthologie des quatre albums produits pendant les sept années de collaboration entre le label et l’artiste. Et ce ne sera pas tout.

Un autre grand album suivra titré «  Papa » en hommage à son père décédé quatre ans plus tôt. 1999, et l’an 2000 pointe à l’horizon. Produit par Vernon Reid, c’est aussi un très bel album qu’il faut savoir écouter et apprécier. Il va d’ailleurs dédier un autre titre de ce disque à un de ses amis, Sada Diallo qui vient de mourir. «Papa » pour Salif Keita, est un album bilan qui le met en face de lui-même. Il a 50 ans  et comme sur un ouf d’émotion et de nostalgie, il dira, « Ce disque est comme le livre de ma vie car des évènements importants m’ont profondément marqué au cours des années écoulées. » Cet album sera, une fois encore, sélectionné aux Grammy Awards.

Mais cette année 1999, sera aussi celle du retour aux sources et au pays de l’enfant de Badougou, après plus d’un quinzaine d’années passées à Paris. En 2001, le voila qui signe chez Universal Jazz sous la direction de Daniel Richard et de Patrick Votan. C’est dans cette ambiance que sort  au mois de mars 2002, un de ses albums qu’on écoute tout le temps et partout, vous avez dit « Mofou ». Le terme désigne une petite flûte traditionnelle mandingue fabriquée  à partir d’une tige  de mil dont se servent les cultivateurs  pour chasser les oiseaux de leurs champs. Salif renoue comme disent les spécialistes, avec ses racines acoustiques.

Florent Mazzoléni de souligner, «Complètement organique, avec des lignes de basse graçieuses jouées par Guy N’sangue, Moffou, est l’un des grands disques africains de la décennie 2000 aux cotés de ceux de ses collègues maliens Ali Farka Touré, Toumani Diabaté, Bassékou Kouyaté. Produit par Jean Lamoot qui collaborera notamment avec Alain Bashung, la Mano Negra, ou Noir Désir, cet album est le témoin d’un retour au pays natal et aux influences traditionnelles. » Au sommet de son art, les connaisseurs disent que le plus bel instrument de l’album reste sans doute Salif et sa voix ; «  tour à tour caressante, impérieuse ou méditative, mais toujours porteuse d’un chant de l’âme inouï. »

« Le céleste « Moussolou » (les femmes), est un autre chef-d’œuvre d’introspection », écrit encore l’auteur. Tout comme le duo avec la dame aux pieds nus, la Cap-Verdienne,  dans le morceau « Yamore ».  Salif dira d’ailleurs à Francis Dordor, journaliste au Magazine « Les Inrockuptibles, «  Je n’avais jamais parlé de ma vie sentimentale dans mes chansons. Si je le fais aujourd’hui, c’est qu’avec l’âge, j’ai pris du recul, je me rends compte aussi que j’ai parfois mal interprété les comportements. Je pense que des femmes m’ont sincèrement aimé et dans ces chansons, à ma manière, je leur demande pardon de n’y avoir pas cru… »

RFI

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Le député-maire de Dakar, Khalifa Sall, s’est prononcé pour la première fois devant le Tribunal de grande instance statuant en matière correctionnelle dans le cadre de l’affaire relative à la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Devant la barre, Khalifa Sall a demandé au tribunal de libérer tous les co-prévenus parce qu’ils n’ont rien fait, a qualifié ce procès de politique et s’est dit prêt à tout assumer seul.

Invité par le président du tribunal sur demande de Me Khoureichi Ba, un de ses avocats, à faire sa déclaration luminaire tout juste avant le début des auditions de ses co-prévenus hier, lundi 5 février, Khalifa Sall a demandé au tribunal de libérer toutes les personnes poursuivies avec lui parce qu’elles n’ont rien fait avant de qualifier le procès de politique et de se dire prêt à tout assumer seul.  «Je ne me connais pas en procédure, mais je sais pourquoi je suis là. Depuis 11 mois, mes collaborateurs et moi sont attraits devant votre tribunal pour des faits graves», a commencé par souligner Khalifa Sall. Avant de poursuivre : « J’ai voulu intervenir tout à l’heure, lorsque vous avez appelé Mme Fatou Traoré, pour vous dire que l’objet de ce procès me concerne. Cette dame et ces messieurs n’ont rien fait. Ils n’ont que le seul tort d’être mes collaborateurs. Libérez-les et jugez-moi seul. J’assume tout», a-t-il déclaré. «Ce procès est politique, il découle de faits et de causes politiques. Je suis ici parce que j’ai refusé une offre politique en juin 2012 et septembre 2012 et en 2014, comme cela n’a pas marché, on a tout fait contre moi. C’est cela l’objectif de ce procès, car c’est un combat mené contre un adversaire politique», ajoutera encore le député-maire Khalifa Sall.

«J’ai accepté de venir me défendre et défendre l’honneur de la municipalité parce qu’en 1996, quand nous faisons voter la deuxième phase de la décentralisation, c’est pour que la gestion de l’Etat soit mieux organisée. Nous avons décidé de consolider la démocratie, rendre plus efficace la gestion de ce pays. Jamais, nous n’avions pensé qu’un maire serait attrait à la barre pour des raisons politiques. Car, ce dont il s’agit ici, c’est des fonds politiques». «Nous n’avons commis aucune infraction, nous n’avons détourné aucun franc. Il avait été dit qu’on a pris, moi je ne suis pas quelqu’un qui prend ce qui ne m’appartient pas. L’objet de ce procès me concerne, il s’agit de mener un combat politique contre moi, ces personnes n’ont rien fait. Libérez-les et jugez-moi tout seul, j’assume tout seul», a renchéri Khalifa Sall dans une salle 4 du Palais de justice remplie de ses inconditionnés. Prenant alors la parole, le président du tribunal, Malick Lamotte le coupera en disant qu’il lui avait demandé de faire sa déclaration préliminaire et pas autre chose. «Nous sommes saisis pour juger 8 personnes pour des faits bien déterminés. Tous ceux qui comparaissent ont le même droit. Nous ne jugeons pas les faits politiques parce que nous ne sommes pas compétents en ces matières», a fait remarquer le juge.

MBAYE TOURÉ, DAF ET GÉRANT DE LA CAISSE D’AVANCE : «Le maire recevait directement des fonds du receveur et justifiait l’utilisation auprès...»

À la barre hier, le directeur administratif et financier (Daf) de la ville de Dakar, Mbaye Touré, a réfuté les faits pour lesquels il est maintenu en détention préventive depuis onze mois à Rebeuss. Devant le tribunal, Mbaye Touré qui se trouvé être également le gérant de la caisse d’avance a indiqué que cette caisse n’était qu’un support de la gestion des fonds politiques à la ville de Dakar et lui en tant que gérant de cette caisse n’était qu’un intermédiaire entre le maire et le percepteur municipal. Expliquant être recruté et affecté à la ville de Dakar depuis 1992, il a informé avoir trouvé sur place cette caisse d’avance dont le mode de fonctionnement est tout à fait différent de celle des autres caisses d’avance. « Quand je suis arrivé à la ville de Dakar, je voyais le gestionnaire de la caisse d’avance d’époque chercher les factures pour justifier le décaissement des fonds de cette caisse. J’ai alors fait des recherches qui m’ont permis de trouver des documents datant de 1983 qui attestent que ces fonds sont politiques. À l’époque, cette caisse était gérée par le maire. En sa qualité d’ordonnateur, il recevait directement des fonds du receveur et justifiait l’utilisation qu’il en fait auprès du ministre délégué chargé des collectivités locales».

Poursuivant son explication, il ajoutera qu’entre 1983 et 1997, les différents receveurs municipaux remettaient d’importantes sommes d’argent au maire de Dakar au titre des dépenses diverses et il n’est pas mentionné sur les archives ni la nature des dépenses encore moins les pièces justificatives.  «Le mode de fonctionnement de cette caisse d’avance est unique et ne correspond pas à ce que dit la loi relative au fonctionnement de la caisse d’avance. Chaque moiss, on présentait une facture de 15 millions pour la fourniture de riz et de mil depuis plusieurs années bien avant l’arrivée de Khalifa Sall. Et ce mécanisme est accepté par tous les acteurs aussi bien les maires et les percepteurs qui se sont succédé à Dakar. Et, je suis même à mesure de dire ici, que Mr Ibrahima Touré avait refusé de payer la caisse d’avance mais après avis de ses supérieurs, il a finalement accepté d’alimenter ces fonds». Et Mbaye Touré d’ajouter dans la foulée : «Le mandat dressé par mon prédécesseur en 2011 prouve que ce mécanisme ne date pas aujourd’hui. En plus, ce n’est pas à chaque fois que les 30 millions sont dépensés, car à chaque fois qu’il y a un surplus sur les montants dépensés, on retourne la somme au percepteur».

AMADOU MAKHTAR DIOP, INSPECTEUR DES SERVICES MUNICIPAUX DE LA VILLE DE DAKAR : «Je sais ce qu’est une caisse d’avance mais ce que j’ai trouvé... est une caisse spéciale»

Devant la barre pour les mêmes délits, Amadou Makhtar Diop, membre de la commission de réception des marchés a dit lui aussi ne pas reconnaitre les charges qui lui sont imputées. Soulignant avoir été recruté par la ville de Dakar depuis 2008 au poste d’inspecteur des services municipaux de la ville de Dakar, il a expliqué qu’il n’y avait pas passation de services entre son prédécesseur et lui. Et c’est en fouillant dans les archives de son bureau qu’il est tombé sur un arrêté attestant qu’il est membre de la commission de la réception de marché et c’est à ce titre qu’il a participé à la signature de tous les procès-verbaux de réception des commandes de la ville de Dakar de 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015, y compris ceux concernant la «réception» de mil et riz du Gie «Keur Tabar». «Je sais ce qu’est une caisse d’avance et comment elle fonctionne mais quand j’ai trouvé cette caisse, je me suis rendu compte qu’elle a un mode fonctionnement différent des autres caisses. C’est une caisse spéciale», renseigne-t-il.

Confirmant par ailleurs sa signature sur l’ensemble des procès-verbaux de réception de 2011 à 2015, il a expliqué cependant qu’il s’est contenté de signer les dits pv de commande avec bordereau de réception de marchandise sans au préalable faire le contrôle de la conformité pour voir si, effectivement, la marchandise est livrée ou non. Cela, a-t-il dit, parce que «je savais que ce n’était pas le cas, qu’il n’y avait pas de livraison de mil ou riz encore moins de versement de l’argent aux responsables de ce Gie ». A la question «pourquoi vous signez sachant qu’il n’y a pas de livraison de marchandise ?», il répond : «je signais parce que j’ai vu que mon prédécesseur le faisait aussi pour permettre de justifier les fonds car, sans la signature du procès-verbal, il ne pouvait pas avoir de décaissement ».

IBRAHIMA DIAW, MEMBRE DE LA COMMISSION DE RÉCEPTION DES MARCHÉS : «Je signais ces factures parce que l’autorité qui est l’ordonnateur...»

Invité à son tour à la barre, Ibrahima Diaw n’a pas dérogé à la règle tracée par ses co-prévenus. Devant le tribunal, lui aussi a nié toutes les charges retenues contre lui. Membre de la commission de réception des marchés depuis 2002, il a expliqué avoir toujours signé des procès-verbaux qui lui sont adressés par l’autorité depuis cette époque concernant cette caisse d’avance. «Je signais ces factures parce que l’autorité qui est l’ordonnateur des dépenses en matière d’administration de collectivité locale lui-même signait avant moi. Je le faisais aussi au vu du bordereau de livraison signé par l’autorité». Et de préciser : «Depuis 2002, je n’ai jamais participé à la réception de marchandise et je ne me préoccupais pas de voir si les commandes ont été reçues ou pas parce que je savais qu’il s’agissait des fonds politiques et que ma signature est juste pour aider à justifier le décaissement de ces fonds politiques». Invité à faire des observations sur les factures, il a commencé par préciser que contrairement à ce qui est dit, le nombre de factures n’était pas le même pour toutes les années de 2011 à 2015. Poursuivant son propos, il a ainsi informé n’avoir signé que 10 procès-verbaux de réception de riz et de mil sur les 24 annoncés en raison de deux par mois. En 2015, il a informé le tribunal qu’il a apposé sa signature que sur 19 procès-verbaux. Concluant son propos, il indiquera que les signatures des membres de la commission ne sont pas les pièces justificatives pour le comptable d’engager une dépense.

SudOnline

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