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L'anthropologue à l'écoute de la prose du monde–Eric Chauvier
In https://www.nonfiction.fr/article-9227-
Merci à Patrica du Canada megadiversité.com

L'anthropologue peut-il vraiment donner la parole à celui qu'il observe et en entendre les mots ?

L'anthropologie peut-elle en somme se décoloniser ?
Maryse EMEL

Si dans Tristes Tropiques, Claude Lévi Strauss soulignait la difficulté pour l'ethnologue de se détacher de sa propre culture ou encore de sa subjectivité lorsqu'il doit présenter une autre culture, pour Eric Chauvier la question est plutôt d'examiner la place à attribuer à chaque interlocuteur lors d'un entretien anthropologique. La difficulté ne vient pas tant d'un excès de subjectivité du chercheur que du poids de l'académisme et de sa posture autoritaire. Retraçant dans un premier temps l'histoire académique de l'anthropologie, l'auteur cherche à mettre à jour les conditions qui ont conduit au mutisme de ceux qu'il nomme les « observés »
Le travail de l'ethnologue d'Evans-Pritchard lui sert de point de départ. Les travaux de ce dernier sur les Nuer (une population du Haut Nil) élaborent des catégories de pensée qui redoublent la domination coloniale alors exercée avec force par l'Empire britannique sur ces derniers, animés de fait d'un « vif ressentiment » qu'Evans-Pritchard traduira lors de son enquête sur le terrain par le terme de « mauvais esprit nuer » , justifiant ainsi surtout son incompréhension de la parole nuer .

S'il fait grief à Cuol, le Nuer qu'il interroge, de ne pas répondre à ses questions, notamment à propos du « lignage », il ne s'interroge pas davantage sur les obstacles propres à la langue, sur la distorsion entre une tradition orale et une tradition écrite ou encore sur sa conception de la temporalité qui le conduit à naturaliser le temps des Nuer. Il n'y a aucun espace commun mis en place entre la parole du chercheur et celle de Cuol. Or faisant appel aux travaux de Wittgenstein et ceux de Michel de Certeau, Eric Chauvier insiste sur le caractère irrecevable d'un discours scientifique qui ne sait que s'extraire brutalement du langage ordinaire et ne tient pas compte de la diversité des points de vue et contextes. Ignorer cela c'est construire un discours manipulatoire, prolongement ici du discours colonial. Eric Chauvier voit une des raisons essentielles à cette (re)production de la domination dans la pratique académique de l'anthropologie, qui renvoie dans une zone d'ombre ce qui échappe à ses théories.

Instruire le dossier : les aboiements du concept


Le travail d'Eric Chauvier inscrit sa réflexion dans le prolongement des analyses sur le langage ordinaire de Wittgenstein Pour ce dernier, le langage ordinaire nous surplombe, signifiant par là qu'aucun discours scientifique ne peut s'en « extraire, autrement que par la force, [...] pour l'observer et dire son sens » . Il y a difficulté pour le discours anthropologique à rencontrer le discours ordinaire, ce qui le conduit à éradiquer – terme employé par l'auteur, traduisant ainsi la violence du phénomène – l'interlocuteur afin de garantir une autorité épistémologique à ses propos.


Eric Chauvier examine cette « désinterlocution » du témoin au travers de quatre discours académiques d' anthropologues-ethnologues, sans pour autant se négliger lui-même dans sa pratique, montrant ainsi la force de l'héritage inconscient de ces discours. Il commence ainsi par analyser les procédés d'écriture de Claude Lévi Strauss et y relève une procédure frontale et guerrière d'éviction du témoin qu'il transforme en « témoin structurant ». Cette première figure consiste, si on en réfère aux analyses de Wittgenstein, à transformer les mots prononcés en des catégories classificatoires dans un appauvrissement de la variété des contextes de paroles, mais permettant d'établir une théorie structurante, productrice de sens. C'est ainsi que l'on peut se demander ce qui conduit Claude Lévi Strauss à qualifier de « prestige personnel » le comportement du chef des Nambikwara dans Tristes Tropiques. Il opère un glissement d'une pratique discursive à un concept qui manque sa justification, engendrant de fait un rapport d'autorité. On pourrait croire à l'inverse, qu'une restitution fidèle comme celle de H.C Conklin citée par Claude Lévi Strauss, est propre à nous faire accéder à la parole Hanunoo (dans les Philippines). Mais il n'en est rien. Le problème vient de la réduction de l'oralité au texte. Cette parole n'est pas citée et elle est recouverte par la voix de Conklin.


Si en outre le mythe ou le rite ont toujours figuré comme une entrée pour saisir les structures de pensée, faut-il pour autant accepter cette théorie ? Ne porterait-elle pas en elle le stade ultime de la « désinterlocution » ? Si le passage de l'oralité à l'écrit est une première réduction du mythe, la mise à jour de sa signification en est une autre comme le soulignait Quine cité par Eric Chauvier à propos de la deuxième figure de désinterlocution, qu'il nomme « témoin signifiant ». La vraie question à se poser dès lors est celle de l'usage et non du sens des mots.

A trop chercher le sens, on manque la véritable rencontre avec ce qui peut aussi échapper au sens. Du côté de Malinowski , cette fois, il s'agit de chercher la quintessence des mots, les ramener à la pure forme rationnelle, ce qui implique de mettre de côté les variétés de contextes, incluant les témoignages eux-mêmes. Le résultat en est la transposition dans les mots de la science du discours des Trobriandais... et par voie de conséquence leur disparition en tant que locuteurs. L'ethnologue Marcel Griaule connu pour ses travaux sur les dogons laisse quant à lui la parole à un locuteur privilégié, mais dès lors le lecteur ressaisit les Dogons par cette seule parole, et toute sage qu'elle soit, il manque la diversité de leurs points de vue sur le monde. En valorisant la culture dogon Marcel Griaule leur retire la possibilité de l'exprimer en commun. Il transforme le langage ordinaire en un ersatz de la culture, ce qui finalement détruit tout son discours sur la culture des Dogons.

Le trouble au fondement de la démarche anthropologique


Après avoir montré les conséquences d'un académisme privilégiant la connaissance scientifique, au détriment de ce qu'il nomme « les savoirs », Eric Chauvier insiste sur la nécessité d'une méthode fondée sur le scepticisme, un trouble comme il l'écrit, afin d'être vigilant dans les situations d'élocution. Dès ses débuts l'anthropologie postule une « intégrité virginale du primitif et voit dans sa propre démarche une science anhistorique. Si Malinowski présente une autre acception du temps en parlant de « temps neutre », dans tous les cas, il n'y a aucune conjonction du temps de l'observant et de celui de l'observé. Cette séparation des temps apparaît comme condition d'impossibilité d'un réel partage. A cette aporie du temps se greffe celle du langage.


Alors que se développait une nouvelle conception du langage en rupture avec le modèle analytique de Saussure, les anthropologues cités plus haut, du fait de leur parti-pris de la suffisance de la discipline en elle-même, n'ont nullement pris en compte les divers travaux qui leur étaient contemporains sur la linguistique ou encore la phénoménologie husserlienne. C'est en effet en interrogeant le langage qu'une nouvelle voie peut s'ouvrir à l'anthropologue. Mesurer l'approximation, les risques de confusion, les rapports de pouvoir, voilà ce qui doit fonder une nouvelle approche communicationnelle. Cela induit un ajustement qui introduit au scepticisme comme correctif de la tendance à asséner des discours scientifiques. Il s'agit de revenir à « l'ordinaire étrangeté du monde observé » . Seule cette réserve sceptique, ce trouble inquiet, au sens où il questionne peut requalifier la voix des observés, faire entendre la dissonance. Nulle méthode ne saurait être mise en place : seule importe la conversion du regard. Au clair-obscur du lien interactionnel de deux consciences qui ne peuvent « se sonder au-delà d'une surface visible des mots prononcés » , il faut opposer le scepticisme et le retour au choses elles-mêmes. Et ainsi laisser parler la prose du monde... « Le monde n'est pas ce que je pense mais ce que je vis ». Cette phrase de Merleau Ponty, Eric Chauvier l'a placée en tête de son ouvrage

Une communication vacillante


Il semble très difficile d'échapper à la tentation de classer, de ramener la pluralité à des catégories. Pour Eric Chauvier, il revient à l'anthropologue d'en faire le matériau de ce qu'il appelle une « anthropologie de l'ordinaire ». Partager avec les observés ces pratiques de classement, observer comment ils ordonnent ainsi le monde, tel est le pari de cette nouvelle anthropologie. Citant les travaux de Jeanne Favret-Saada sur la sorcellerie, Les mots, la mort, les sorts , l'auteur montre comment certaines catégories fixées par l'académisme, sont étrangères au vécu des observés. Jeanne Favret-Saada l'expérimente sur la question de la sorcellerie. En discutant avec les paysans elle découvre que ceux-ci ont d'autres catégories d'appréhension du monde et ne se reconnaissent pas dans celle de « sorcellerie », « réalité culturelle » purement académique.


L'anthropologie de l'ordinaire n'a rien à voir avec le quotidien. L'ordinaire nous renvoie à une communication toujours vacillante, ce que la littérature ne cesse d'évoquer.
En plus du souci de méthode, il apparaît essentiel de réfléchir le mode littéraire d'exposition de l'enquête. Tout texte anthropologique doit porter en lui une dimension inventive explique Eric Chauvier. De même en effet que l'observé et l'observateur ne doivent pas être séparés, de même l'écriture doit ouvrir un espace de rencontre au lecteur. Rien ne saurait être fixé a priori. C'est pourquoi il s'agit de permettre au lecteur de trouver « un vivre dans le flux de l'expérience vivante »

https://www.nonfiction.fr/article-9227-

Publié dans Contribution

L'auteur supposé de la fusillade dans un établissement scolaire du sud-est de la floride a été arrêté. Il s'agit de Nikolas Cruz, un jeune homme dépressif de 19 ans fasciné par les armes à feu. Les enquêteurs cherchent à comprendre ce qui a pu pousser l'adolescent à commettre un acte aussi dément, qui a tué 17 personnes et blessé de nombreuses personnes.

Jusqu'à son arrestation après cette fusillade, en troisième position parmi les plus meurtrières de l'histoire américaine, Nikolas Cruz n'a jamais été inquiété par la police. Dans son ancienne école en revanche - celle qui s'est transformée hier en scène de crime - cet élève solitaire était connu et craint pour ses attitudes menaçantes. Les témoignages de ses camarades de cours et des enseignants, recueillis par les médias américains, concordent à le décrire comme un adolescent « à problèmes ».

A plusieurs reprises Nikolas Cruz a été exclu des cours pour comportements violents. Après que des munitions ont été retrouvées sur lui, il lui a été interdit de venir à l'école avec un sac à dos. La direction du lycée avait même envoyé un message d'avertissement le concernant à l'ensemble des enseignants. Nikolas Cruz avait finalement été renvoyé de l'établissement pour raisons disciplinaires.

Qu'est-ce qui a pu pousser ce jeune homme, qui a grandi dans une famille adoptive, à passer à l’acte? A la recherches de réponses, les enquêteurs ont trouvé des images alarmantes sur les réseaux sociaux : on y voit l'adolescent masqué coiffé d'une casquette de l'armée de terre et exhibant des couteaux et des fusils à pompe. Le jeune  homme aurait fait une préparation militaire selon des sources au Pentagone.

Selon des témoignages recueillis par le New York Times, la mère adoptive -décédée il y a quelques mois, dix ans après son mari- du jeune garçon avait régulièrement du appeler à plusieurs reprises à la police pour les ramener à la raison, lui et son frère Zachary, également un enfant adopté.

Rfi

Publié dans International

Le Paris Saint-Germain s’est incliné (1-3) sur le terrain du Real Madrid en match aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions. Après avoir ouvert le score, les Parisiens ont été punis par un doublé de Cristiano Ronaldo et un but de Marcelo. C’est une grosse désillusion pour le PSG qui s’était avancé avec l’ambition de frapper un grand coup chez le double tenant du titre.

Presque un an après avoir été la risée de l’Europe face au Barça (4-0 ; 1-6), pour ce qui restera pour l’histoire la « remontada », le PSG a reçu une nouvelle leçon espagnole ce mercredi 14 février à Madrid. Dans le choc annoncé face au Real Madrid, double tenant du titre, les Parisiens ont pendant longtemps donné l’illusion qu’ils allaient répondre présent. Surtout après avoir résisté pendant la première demi-heure et ouvert le score par Adrien Rabiot (33e). Surtout en voyant un Neymar intenable pendant une première mi-temps globalement dominée par Paris dans la maîtrise technique. Mais il faut croire que le Real Madrid, très mal en point en championnat (4e, à 17 points du leader Barcelone), sait trouver les ressources et les ressorts lors des grands rendez-vous.

Ronaldo, encore un record

L’équipe de Zidane n’a pas douté après l’ouverture du score parisienne surtout que Ronaldo s’était procuré deux belles occasions de marquer (28e et 37e), mais a trouvé Areola sur sa route. Le gardien parisien finira par s’incliner devant le Portugais (44e) sur un penalty provoqué par Giovani Lo Celso, peu à son avantage dans cette rencontre.

Cristiano Ronaldo devenait ainsi le premier joueur à inscrire 100 buts en Ligue des champions avec le même club. Mais l’insatiable portugais allait s’offrir un doublé (83e) au moment où le PSG semblait maitriser la rencontre avec à la clé de belles occasions par Mbappé (49e), Kipembe (73e) et Dani Alves (76e). Mais le réalisme était du côté madrilène et l’inspiration du côté de Zinedine Zidane. Le double changement du technicien Français, avec les rentrées de Vasquez et d’Asencio, a changé la face de la rencontre dans les dix dernières minutes. Asencio est en effet à l’origine du deuxième but de Ronaldo et a été passeur décisif sur le but du break de l’intenable Marcelo (86e). « On a tout donné, on a été très bons dans tous les domaines, on ne s'est pas affolés quand on a pris le but », a ainsi réagi, Zidane à la fin de la rencontre.

Emery croit à la « remontada »...

Encore une fois, le PSG a perdu un match qu’il avait en mains et doit désormais préparer une « remontada » pour le match retour dans trois semaines (6 mars). L'entraîneur parisien Unaï Emery pense que son équipe peut le faire. « Je crois en notre équipe, on a la possibilité de faire souffrir le Real. Ce qui est important, c'est la motivation mais aussi la préparation, notamment les supporters pour faire un stade à la hauteur et nous aider à surmonter le résultat. On a la confiance ». D’ici là, le technicien espagnol aura le temps de faire face aux critiques qui tourneront certainement sur la non titularisation de Thiago Silva, le choix de Lo Celso en sentinelle, et la sortie de Cavani dès la 65e minute au moment où le score était à 1-1.

Publié dans Sport

Jacob Zuma a finalement cédé sous la pression de son parti l'ANC. Le président sud-africain a donc démissionné tard mercredi soir, après avoir longtemps résisté aux pressions. Il quitte le pouvoir à reculons, miné par les soupçons de corruption qui ont entaché son mandat.

Ce sont finalement les affaires qui ont auront fait tomber le président sud-africain Jacob Zuma. Il quitte donc la présidence un an avant la fin de son deuxième mandat, embourbé dans les scandales, son image fortement entachée.

L’enfant pauvre du Kwazulu-Natal

Et pourtant en arrivant au pouvoir, Jacob Zuma représentait l’espoir des plus pauvres. Fils d’une femme de ménage, il ne reçoit aucune formation scolaire, et rejoint l’ANC à l'âge de 17 ans, alors qu'il est un garçon de courses. Des années de lutte contre l’apartheid, il sera emprisonné sur Robben Island au côté de Nelson Mandela pendant dix ans. C’est là qu’il apprendra à lire.

A sa sortie de prison, il rejoint la lutte armée, s’exil, s’occupe des services de renseignements au sein du mouvement. A la fin de l’apartheid, son ascension au sein de l’ANC, devenu parti au pouvoir, est rapide : responsable ANC du Kwazulu-Natal, ministre provincial, il devient vice-président du mouvement au côté de Thabo Mbeki.

En 2007, alors qu’il est accusé d’avoir touché des pots-de-vin dans une affaire de vente d’armes, il réussit tout de même à évincer Thabo Mbeki de la direction du parti avec le soutien de l’aile gauche du parti et les syndicats. Deux ans plus tard, il devient chef de l’Etat.

Pour le biographe Jeremy Gordin, l’aile gauche de l’ANC se méfiait de Thabo Mbeki, perçu comme trop distant, trop intellectuel : « Zuma au contraire était un homme du peuple, il était simple, il souriait, il était respectueux. Les gens n’étaient pas intéressés par ses scandales financiers, par les histoires de pots-de-vin dans une affaire de contrat d’armes. Les gens savaient ce que ça voulait que dire d’avoir des dettes. Zuma a grandi avec rien. Son père était un policier qui est mort quand il était très jeune. Il a quitté l’école très tôt pour aller s’occuper des chèvres de la famille. Sa réussite, il l’a doit à sa volonté de fer. Les gens aimaient ça. Et d’ailleurs si vous allez dans le fin fond du Kwazulu-Natal aujourd’hui, vous trouverez encore des gens qui l’aiment bien ».

La chute de l’enfant prodigue

S’en suivront neuf années de tumultes politiques. Scandales après scandales, homme de réseau, tacticien éprouvé, Zuma arrive à naviguer entre les écueils, et survie à plusieurs motions de défiance déposées contre lui au Parlement. Mais en 2016, l’étau se resserre. La plus haute cour du pays le reconnaît coupable d’avoir violé la Constitution. C’est le scandale Nkandla : l’utilisation de 18 millions d’argent public pour rénover sa résidence privée.

Enfin la goutte d’eau qui fait déborder le vase : un rapport officiel qui met en cause ses relations controversées avec une riche famille d’hommes d’affaires, d’origine indienne, les Guptas et qui recommande une enquête judiciaire. A partir de ce moment, le vent tourne, la contestation s’amplifie et les appels à sa démission se multiplient y compris au sein de son propre parti.

L’ANC le lâche

Tout au long de ses deux mandats, l’ANC a toujours soutenu publiquement Jacob Zuma même si en coulisse certaines voix s’élevaient. Très clairement, le scandale Nkandla a marqué une rupture. Puis est venu le limogeage du ministre des Finances Nhlanhla Nene, en décembre 2015. Le président Zuma le limoge sans raison et met à sa place un inconnu, avec peu d’expérience David van Rooyen.

En quelques heures, la monnaie nationale se casse la figure, les marchés sont inquiets,  c’est la panique. L’économie va mal et on s’inquiète des conséquences de cette décision. Sous pression de son propre parti, Jacob Zuma est obligé de revenir en arrière et de nommer un autre ministre des finances Pravin Gordhan qui lui a la confiance des marchés.

Outre la panique du moment, l’incident soulève les questions : pourquoi ce limogeage ? Qui se cache derrière ? On soupçonne le président d’avoir voulu mettre un de ses fidèles au Trésor, pour pouvoir contrôler ce ministère. Peu à peu, les alliés traditionnels de l’ANC, le parti communiste et les syndicats, prennent leurs distances. Et menacent de ne pas appeler à voter pour l’ANC aux prochaines élections.

Pour Teffo Lesiba, de l’université de Pretoria, malgré tous les scandales, Jacob Zuma a su se maintenir au pouvoir grâce à ses réseaux : « C’est un bon tacticien. Il s’est construit un réseau solide autour de lui, et s’est assuré que de nombreuses personnes lui étaient redevables. Par exemple, parmi ceux qu’il a nommés à des postes dans le gouvernement ou à l’ANC, certains n’avaient pas les qualifications requises, ou avaient des casseroles aux fesses. D’ailleurs, certaines de ces nominations ont par la suite été annulées par la justice. Ceux qui sont toujours là sont tous des gens qui lui doivent quelques choses. Et c’est comme ça qu’il a réussi à se maintenir au pouvoir aussi longtemps. Grâce à ce réseau très soudé. Même maintenant, il a encore beaucoup de soutien au sein de l’ANC, et un bon nombre de ceux qui le soutiennent ont les mains sales, sont impliqués dans des affaires ».

2017, année noire

Mais en août 2016, la sanction tombe. Lors des élections municipales, l’ANC effectue le plus mauvais score de son histoire et perd le contrôle des villes de Johannesburg et Pretoria qui passent aux mains de l’opposition.

L’année 2017 lui sera fatidique. Le parti au pouvoir est plus que jamais divisé entre les pros et anti-Zuma. Les manifestations à l’appel de l’opposition et de la société civile se multiplient dans les grandes villes du pays. Les anciens compagnons d’armes de Nelson Mandela – ceux qu’on appelle les vétérans -  le rejettent et appel à sa démission. La femme d’Ahmed Kathrada – compagnon de cellule de Nelson Mandela – ira même jusqu’à refuser que le président Zuma assiste à l’enterrement de son mari. Une vraie humiliation pour le chef de l’Etat.

Une humiliation qui se poursuit au mois de décembre. Lors de l’élection à la tête de l’ANC qui doit désigner le successeur de Jacob Zuma, son ex-femme Nkosazana Dlamini-Zuma, qu’il soutient, perd face à Cyril Ramaphosa.

Des promesses non tenues

Sous sa présidence, le pays s’est appauvri. Ses promesses de réformes économiques radicales n’ont jamais été concrétisées. Pour Daniel Silke, sous les neuf années de présidence Zuma le pays a considérablement reculé : « Ces dernières années, l’économie a été en récession par intermittence. La croissance économique est tellement faible qu’elle n’arrive pas à suivre à l’augmentation de la population. Nos institutions clés ont été sérieusement affaiblies par des interférences d’ordre politiques. Toutes les sociétés d’Etats ont été ravagées par la corruption. Et c’est dernière année, il y a clairement un malaise croissant vis-à-vis de la classe politique. Le pays est dans une mauvaise passe. Et je pense que le départ de Jacob Zuma va mettre fin à une période particulièrement difficile pour le pays ».

Aujourd’hui, c’est donc un président sali par des accusations de fraude corruption qui quitte le pouvoir.

Rfi

Publié dans Afrique
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