Filtrer les éléments par date : mardi, 01 août 2017

Pouvoir et Opposition sont à couteaux tirés à Touba. Pendant que des responsables de la coalition Benno Bokk Yaakaar, demandent une annulation du vote, la coalition Gagnante Wattu Senegaal, réfute idée de report.

La coalition Benno Bokk Yaakaar de Touba compte saisir la justice pour réclamer l’annulation du scrutin dans la commune de Touba Mosquée. Selon un des responsables de cette coalition dans le département de Mbacké, Moustapha Cissé Lô qui faisait face à la presse hier, lundi 31 juillet, «il n’y a pas de vote dans la commune de Touba Mosquée ». Selon le vice-président de l’Assemblée nationale, parmi les 568 bureaux que compte la localité, le vote n’a été effectif que sur 363 bureaux où la majeure partie des inscrits n’ont pas rempli leur devoir citoyen. Par conséquent soutient Moustapha Cissé Lô, «on ne peut pas parler d’une victoire de la coalition Gagnante Wattu Senegaal dans la mesure où tous les inscrits des 220 bureaux restants ont été privés de vote». 

Il reste par ailleurs convaincu que c’est la coalition Benno Bokk Yaakaar qui a remporté les cinq sièges en lice dans le département car étant plébiscité dans les villages environnants de Touba. Convaincu de la responsabilité de la tête de liste de la coalition Gagnante, Cheikh Mbacké Bara Doly de son frère Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly, et de Assane Mbacké, dans le saccage de l’université Baye Lahat, Moustapha Cissé Lô, demande à l’Etat du Sénégal de prendre ses responsabilités et de sanctionner les fautifs. 

Le député Oumar Sarr est aussi pour l’annulation du scrutin car à son avis, «au minimum 140.000 électeurs de Touba ont été privés de vote».

Madické Niang appose son véto

Le responsable libéral Madické Niang qui a tenu une conférence de presse lui également en compagnie des investis de la coalition Gagnante Wattu Sénégal a trouvé la requête de Moustapha Cissé Lô, «absurde». Il soutient qu’au début des couacs, les responsables de la coalition Gagnante avait souhaité le report du scrutin. Une demande qui est restée sans suite. Madické Niang ajoute par ailleurs, que même si les élections sont reprises, la coalition Gagnante Wattu Senegaal, sortira vainqueur à Touba. Face à des militants acquis à leur cause, le responsable libéral a aussi estimé que les personnes incriminées dans le saccage du centre Abdou Lahat Mbacké ne sont pas mêlées aux événements car dit-il, «ils étaient absents des lieux au moment de l’attaque».  

SACCAGE DU PLUS GRAND CENTRE DE VOTE DE TOUBA :Les prévenus relaxés

La tête de liste départementale de la coalition Gagnante Wattu Senegaal, Cheikh Mbacké Bara Dolly, son frère Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly et le marabout Serigne Assane Mbacké, tous arrêtés dans le cadre du saccage du centre de vote université Darou Khoudoss ont été relaxés. Cheikh Mbacké Bara Dolly, interrogé par les journalistes a dit qu’aucune poursuite ne leur a été notifiée au sortir de leur garde à vue. Accompagnés de leurs militants, ils ont sillonné les artères de la commune de Mbacké pour fêter leur victoire.

MBACKE PLEBISCITE WADE :La coalition Gagnante Wattu arrive en tête avec 8835 voix

Selon les premières tendances globales obtenues, la coalition gagnante Wattu Sénégal, arrive en tête dans la commune de Mbacké. Elle remporte la majorité des suffrages avec 8835 voix contre 7454 pour la coalition BBY. 19471 personnes ont voté parmi les 36.656 inscrits de la commune. A signaler qu’à Sadio, une commune à quelques kilomètres de Touba, c’est la coalition BBY qui rafle la mise. Elle a obtenu 3263 voix contre 625 pour la coalition gagnante.        

 

Fatou NDIAYE (Envoyée spéciale)

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Alors que Mahammed Boun Abdallah Dionne, a annoncé que «Benno Bokk Yaakaar a remporté 42 départements sur les 45 et n’a perdu que Saraya, Kédougou et probablement Mbacké»,  et que la tête de liste de la même coalition à Dakar, Amadou Bâ et ses co-investis se sont déclarés vainqueurs dans le département, du côté de Manko Taxawu Senegaal, on soutient mordicus que la capitale sénégalaise est restée dans le giron de Khalifa Sall. C’est qu’ont fait savoir hier, Bamba Fall et Cie, lors d’un point de presse.

«Je n’ai pas encore l’ensemble des résultats à ma disposition. Toutefois, la presque totalité du vote des communes a été remportée par Mankoo Taxawu Senegaal. Et même si nous sommes au coude à coude quelques parts, la différence s’est faite au  niveau du surplus de voix que nous avons. Il n’y a pas de doute dessus», a déclaré M. Fall. Il a cité pêle-mêle, les Parcelles Assainies dont Amadou Bâ est pourtant donné  vainqueur devant Moussa Sy, Grand-Yoff, fief de Khalifa Ababacar Sall et la Médina où il a battu des ministres, des directeurs généraux etc.  Sur un ton menaçant le maire de la Médina prévient : «nous savons que l’Etat est en train de tout faire pour perturber, manigancer pour confisquer notre victoire. Mais nous n’allons jamais l’accepter. S’ils tiennent à confisquer notre victoire, ils sauront de quoi, nous sommes capables».

A Touba Commune également, les coalitions Benno Bokk Yaakaar et Gagnante Wattu Senegaal sont à couteaux tirés (voir par ailleurs). En attendant la publication officielle des résultats par la commission nationale des élections et leur confirmation par le Conseil Constitutionnel, les trois coalitions continuent à se crêper le chignon. Les contestations fussent tous azimuts.

Sudonline

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Une étude bouleverse les idées reçues sur les mineurs africains qui migrent en Europe


Selon le réseau Reach, la majorité des jeunes migrants ont pris leur décision seuls, pour fuir des violences et avec l'objectif initial de rejoindre un pays voisin.


Le Monde.fr avec AFP


Un groupe de migrants est secouru par un navire espagnol au sud de Motril, près de Grenade (Espagne), le 23 juillet 2017. CREDITS : JORGE GUERRERO/AFP


Des violences domestiques invoquées comme premier facteur d'exil, un parcours migratoire décidé seul, une destination finale pas forcément voulue au départ... Une étude bouleverse les idées reçues sur les raisons conduisant les mineurs africains à rejoindre l'Europe. Alors que 93 % des 12 000 mineurs arrivés en Italie depuis l'Afrique au premier semestre 2017 ont voyagé seuls, le réseau Reach (porté par le centre de recherche suisse Impact et l'ONG française Acted) détaille leurs profils, motivations et expériences migratoires.


D'après cette étude portant sur 720 d'entre eux, les mineurs ouest-africains qui ont utilisé la « route centrale méditerranéenne », via la Libye, ont pris leur décision seuls, sans en informer leurs familles. Presque tous de sexe masculin et âgés de 16-17 ans, 75 % d'entre eux ont choisi de migrer « individuellement ». Dans 11 % des cas seulement, cette décision a été prise de manière concertée avec leur famille, « contrairement à ce que la littérature sur les migrations suggère », pointe l'étude.


Lire aussi : Nigeria : au port de Calabar, avec ces migrants africains qui ne rêvent pas d'Europe


Dans sept cas sur dix, leur départ est lié à des violences, conflits ou exploitations, dont les plus fréquents survenus « à la maison ». Les enfants gambiens invoquent ainsi les « violences domestiques » comme premier facteur d'exil (47 %), quand les Guinéens mentionnent des « persécutions politiques ou religieuses » (31 %). La crainte d'un mariage forcé est le motif avancé par deux filles sur cinq, souligne le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), partenaire de cette étude.


« Il y a beaucoup plus de raisons qui poussent les enfants à fuir leur pays que de raisons qui les attirent en Europe, ce qui est très loin du discours entendu ici », observe Sarah Crowe, porte-parole de l'Unicef, interrogée par l'Agence France-Presse (AFP).


La Libye attractive


Autre surprise, moins de la moitié des adolescents interrogés en Italie (46 %) sont « partis de chez eux dans le but de rejoindre l'Europe », note l'étude.

La majorité d'entre eux avaient choisi de vivre dans un pays voisin du leur (Mali, Sénégal, Burkina Faso...) et, surtout, de migrer en Afrique du Nord, en Algérie et principalement en Libye.
« L'Europe n'est pas vraiment la destination finale », analyse Giulia Serio, qui a mené les entretiens en Italie pour le réseau Reach et se surprend de « l'attractivité de la Libye », vue comme un pays « d'opportunités professionnelles ». « Dans la plupart des cas, les mineurs n'étaient pas au courant de la situation de risque en Libye », qui a sombré dans le chaos depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011, ajoute-t-elle.


Alors que 98 % d'entre eux y ont passé plus d'un mois, tous « ont uniformément parlé de leur séjour en Libye comme de l'étape la plus traumatisante de leur voyage », marquée notamment par des privations de nourriture, note le rapport. Quelque 69 % des jeunes affirment être restés dans ce pays contre leur volonté, 46 % y avoir été kidnappés ou emprisonnés contre rançon, et 23 % y avoir été arrêtés. « Les besoins psychologiques sont énormes pour ces jeunes dans les centres d'accueil, après les tortures dont ils ont été victimes », note Giulia Serio.


Leur parcours migratoire a duré en moyenne un an et deux mois, selon l'étude. Beaucoup ont travaillé en cours de route pour payer la suite de leur voyage.


Faire des études


Le rapport s'est également penché sur la situation des migrants mineurs isolés en Grèce, où 130 d'entre eux ont été interrogés. Venus de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan ou du Pakistan par « la route méditerranéenne orientale », via la Turquie, leurs parcours diffèrent de ceux des Africains.


Quelque 90 % d'entre eux sont arrivés en famille en Europe, au terme d'un voyage qui en moyenne avait duré d'un à trois mois au printemps 2016. Les raisons migratoires invoquées sont très majoritairement « la guerre », un « conflit » ou des « raisons politiques ». Seuls 2 000 des quelque 20 000 mineurs actuellement recensés en Grèce sont isolés.
Dans leur cas, hors séparations intervenues en chemin, « il y a souvent une organisation familiale derrière ce voyage, vu comme une opportunité pour qu'un des enfants fasse des études quand ce n'est pas possible dans le pays d'origine », explique Vincent Annoni, coordinateur de Reach, interrogé par l'AFP. Un vœu hélas difficile à réaliser une fois sur place, regrette Sarah Crowe.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/27/une-etude-bouleverse-les-idees-recues-sur-les-mineurs-africains-qui-migrent-en-europe_5165802_3212.html#rF6iQ5h6MyL0tRxd.99

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/27/une-etude-bouleverse-les-idees-recues-sur-les-mineurs-africains-qui-migrent-en-europe_5165802_3212.html

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Très profonde « Lettre ouverte au monde musulman » du philosophe musulman Abdennour Bidar par pasteur Gaspard


« Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée ? Question : vivre l'instant présent et être heureux ? »


Abdennour Bidar est normalien, philosophe et musulman. Il a produit et présenté tout au long de l'été sur France Inter une émission intitulée « France-Islam questions croisées ». Il est l'auteur de 5 livres de philosophie de la religion et de nombreux articles.


Cette lettre ouverte au monde musulman fait suite aux événements des jours passés, notamment l'assassinat de Hervé Gourdel. De nombreux musulmans ont manifesté leur indignation nécessaire et salutaire (en France et dans le monde, avec le mouvement #NotInMyName – « pas en mon nom »). Au delà de cette dénonciation indispensable, Abdennour Bidar pense qu'il faut aller plus en profondeur, et entrer dans une autocritique de l'Islam comme religion et civilisation dans ce moment de transition cruciale de sa longue histoire. Pour le meilleur de l'Islam.
Dans un esprit de fraternité entre croyants de bonne volonté, c'est avec joie que nous pouvons lire ce texte, découvrir un autre visage de l'Islam, et peut-être prendre nous aussi quelque chose de cette sagesse qui consiste à vouloir se réformer pour être plus fidèle.


Lettre ouverte au monde musulman


Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.


Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t'insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l'islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »


J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l'islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir... Et cela m'inspire une question – LA grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C'est qu'en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.


Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d'autres monstres pires encore que celui-ci tant que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !


Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu'ils me disent « Non le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc.». Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.
Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIème siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance !


Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l'avenir ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms de Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou « Etat Islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.


Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?


Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident.

Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l'Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu'est le culte du dieu argent.


Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ?

Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ?

Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ?

Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ?

Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ? En réalité tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière.
Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l'Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience.

Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'« Il n'y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn).

Tu as fait de son Appel à la liberté l'empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ?


De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, shouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, ni qu'on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu'ils n'osent pas donner à leur propre conscience le droit de le remette en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge, et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !


Or cela de toute évidence n'est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l'Etat islamique. Non ce problème là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'entend plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste l'islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d'évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam du passé dépassé, l'islam déformé par tous ceux qui l'instrumentalisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?


Bien sûr dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en Terre d'islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par « l'islam officiel » des dignitaires. Ceux-là au contraire s'acharnent à imposer que « La doctrine de l'islam est unique » et que « L'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).


Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un Bien et d'un Mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du jihad !


Alors ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t'aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela !

C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.
Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière – c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « Qui aime bien châtie bien ». Et au contraire tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime – tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.


http://blog.oratoiredulouvre.fr/2014/10/tres-profonde-lettre-ouverte-au-monde-musulman-


Abdennour Bidar, né le 13 janvier 1971 à Clermont-Ferrand, est un philosophe, essayiste et haut fonctionnaire français. Il est connu pour sa théorie de la modernité en islam. Agrégé de philosophie, normalien issu de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, docteur en philosophie, il a consacré sa thèse de doctorat au développement d'une « pédagogie de l'individuation » ou du « devenir-sujet » à partir de la pensée du philosophe musulman indien Mohamed Iqbal, notamment de son ouvrage. Après plusieurs essais consacrés à la philosophie de la religion, notamment à partir d'études sur l'islam, il publie en 2014 une Histoire de l'humanisme en Occident./wikipedia

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