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Tidiane N'Diaye-Le génocide voilé-Gallimard, col. folio,par Christiane Peyronnard. le géant sénégalais

Le prix est accessible à tous à présent( édition de poche)

Un ouvrage musclé qui sort l'histoire de sa cachette. On peut aimer ou détester Tidiane, mais son savoir est maîtrisé et fondé sur des arguments d'autorités attestés par des grands savants. Un ouvrage de chevêt. pape CISSOKO

Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Ce livre, publié en 2008, est aujourd'hui ré-édité en poche. Il aborde le sujet de la traite orientale dont ont été victimes des milliers de Noirs africains durant 13 siècles, une ponction plus dévastatrice que la traite atlantique.

Les données statistiques sur l'importance de cette traite sont très fragmentaires, l'auteur appuie son étude sur les travaux de l'historien américain Ralph Austen. Il souligne l'oubli volontaire de ces événements par les populations noires islamisées comme si les descendants des victimes étaient devenus les obligés, amis et solidaires des descendants des bourreaux, sur qui ils décident de ne rien dire.
Il propose une enquête historique au long cours.

Les formes de l'asservissement en Afrique avant la conquête arabe

Ce premier chapitre fait le point sur ce qui fut longtemps la justification de la mise en esclavage des populations africaines, l'existence d'un esclavage noir traditionnel. L'auteur analyse plus généralement le phénomène esclavagiste depuis l'antiquité : Egypte pharaonique, Grèce classique, Empire romain avant de décrire la servitude africaine traditionnelle liée aux guerres locales et attestant d'une société hiérarchisée : captifs domestiques au champ ou dans la case, captifs-soldats comme les sofas qui combattent dans les armées de Lat Dior ou El hadji Omar au moment de la conquête coloniale du XIXe siècle.
Tidiane N'Diaye oppose ce système à l'esclavage mercantile qui arrive avec les Maures.

Le noir dans l'imaginaire collectif des peuples arabo-musulmans

Après les premiers contacts positifs à l'époque du prophète du fait de la présence d'esclaves noirs d'origine éthiopienne en Arabie, des témoignages attestent néanmoins d'un mépris pour les peaux sombres. L'importation d'esclaves noirs entraîna une généralisation de cette attitude négative puisant dans un discours à la fois religieux et raciste la justification de l'esclavage au moment de l'expansion arabe. L'auteur souligne la théorie de l'infériorité liée au climat dans les textes de Saïd Ben Ahmad Saïd (XIe s.) puis dans ceux d'Ibn Khaldoun. Malgré ce qu'en dit le Coran la conversion à l'Islam n'a pas protégé de l'esclavage les nouveaux musulmans, les références citées par l'auteur montrent aussi le mépris à l'égard du souverain malien Mansa Moussa malgré son pèlerinage à La Mecque et ses richesses.

La conquête arabe de l'Afrique


L'auteur rappelle les premiers contacts entre les peuples de la Méditerranée et le continent africain. Il propose un inventaire des voyages côtiers avant une description de ce qu'il nomme, à la suite des historiens anglo-saxons : la "Muslim connection". Au centre du continent il décrit des populations vivant dans l'abondance avec leurs coutumes et religions animistes petit à petit ruinées par l'avance des négriers arables venus de la côte.
Dans un second temps il aborde les étapes de l'avancée arabo-musulmane au Maghreb, à travers le Sahara vers l'empire du Ghana à la recherche de l'or et sur la côte orientale vers Zanzibar.

Après la conquête, l'islamisation et les complicités africaines

La capture des esclaves a été faite d'abord par le rapt organisé par les marchands arabes puis, après leur conversion, les chefs locaux sont devenus des intermédiaires efficaces. L'auteur renvoie aux travaux de l'historien sénégalais Boubacar Barry qui montrent comment la traite profite des guerres entre voisins [1].

Tidiane N'Diaye recherche les éléments culturels qui ont pu favoriser l'islamisation : polygamie, support de l'oralité, servage traditionnel qui a conduit les puissants à devenir des acteurs de la traite comme dans l'exemple du Bornou.

Résistance africaine


Des mouvements de révolte face à la traite se sont développés. L'auteur les évoque sans grand respect de la chronologie : Nasir al Din dans la vallée du fleuve Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba [2] qui incarne la double résistance face à la traite et face à la colonisation française, Ahmed Baba [3] à Tombouctou qui réfute la théorie de la malédiction de Cham [4] ou plus au Sud Chaka Zoulou.
L'auteur évoque aussi les révoltes sur le lieu de leur déplacement : Mésopotamie (689-694), Kurdistan (IXe s.)

Bestialisation, razzias et chasses à l'homme ou l'Afrique à feu et à sang
Les Noirs dans le système esclavagiste arabo-musulman


Ces deux chapitres sont consacrés aux aspects concrets de la traite à partir notamment des témoignages des explorateurs européens comme Livingstone. L'auteur décrit aussi la lutte ambiguë des Britanniques contre les bateaux négriers sur les côtes de la Mer Rouge ou face au travail forcé dans les plantations de clous de girofle de Zanzibar. On découvre ensuite l'utilisation des esclaves en Egypte, dans l'Empire ottoman, en Arabie et au Maghreb : ouvriers agricoles, soldats du sultan. Leur sort varie d'une zone à l'autre, une vie plus ou moins dure justifiée par le Coran. L'auteur évoque la longue évolution vers l'abolition de l'esclavage sous l'influence occidentale comme en Tunisie.

Extinction ethnique programmée par castration massive

La privation de liberté et le travail forcé ont été accompagnés d'extinction ethnique par le recours généralisé à la castration des esclaves noirs.
Il évoque les slaves devenus eunuques qui sont progressivement remplacés, après le contrôle de la Crimée par les Russes.
Au-delà de la surveillance du harem il semble que la castration des esclaves noirs fut une pratique courante qui justifie pour l'auteur l'emploi dans le titre de son ouvrage du terme de génocide.

"Syndrome de Stockholm à l'africaine" ou l'amnésie par solidarité religieuse

Pourquoi cette traite massive reste-t-elle ignorée alors que la traite atlantique est bien connue ? Si des historiens occidentaux en ont écrit l'histoire c'est aussi parce que le mouvement abolitionniste a pris naissance en Europe.


L'auteur revient sur les expressions de racisme anti-noir chez les penseurs arabes.


D'autre part il compare la place aujourd'hui des communautés noires descendantes des esclaves sur le continent américain à leur très faible présence dans les pays de la traite arabe. Si sa ponction démographique est difficile à évaluer, Tidiane N'Diaye s'interroge sur le silence qui l'entoure.

Par Christiane Peyronnard

[1] voir Boubacar Barry, professeur d'histoire moderne et contemporaine à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar : La Sénégambie du XVe au XIXe siècle L'Harmattan, 1988

[2] fondateur du mouridisme voir pp. 145-146

[3] 1556-1627

[4] annexe pp. 283-284

Publié dans Ex-libris

Le «NDIGUEL», le «NDIGÂLé» et le «NDOUGAL» approche définitionnelle et précision au Sénégal-par IBRAHIMA DIOUF

L'islam confrérique du Sénégal est l'une des causes de stabilité de notre pays. En fait les guides religieux à la tête de nos confréries sont considérés comme des régulateurs sociaux ou même des directeurs de conscience.


L'affiliation de la majorité des musulmans du Sénégal à une confrérie soufie et l'acclimatation du soufisme en Afrique de l'ouest a donné naissance à une pléiade de concepts qui méritent des explications.
Parmi ces concepts nous pouvons citer le « Diebeulou » ou « Diâyanté » (acte d'allégeance), la « tarbiya » (éducation spirituelle) et le « Ndiguel » (consigne)


L'actualité politico-socio-religieuse de ces dernières semaines nous incite à apporter quelques éclaircissements sur ces mots et ce en toute humilité.


Le NDIGUEL : c'est une consigne donnée par un guide spirituel à un adepte. L'adepte est celui qui fait acte d'allégeance auprès d'un homme de Dieu pour que celui-ci lui assure une ascension spirituelle. C'est la « Tarbiya ». Mais à qui doit-on faire acte d'allégeance ?

C'est quoi la « tarbiya » et qu'est-ce qu'un « Ndiguel » ?


L'acte d'allégeance (Diâyanté ou Diebeulou en wolof et selon les confréries) est la réplique de la démarche des compagnons envers le Prophète PSL. En fait en l'an neuf (09) de l'ère Musulmane, le Prophète Muhammad (PSL) voulu faire le pèlerinage à la Mecque comme le prescrit la religion qu'il prône. Mais les dignitaires de la Mecque, ne comprenant pas les motifs de ce voyage qu'ils jugent inopportune, lui interdirent l'accès dans la ville.


En tant que responsable, le Prophète demande à Seydina Oumar ibn Khatab d'aller négocier avec les Mecquois. Oumar, en fin connaisseur de la culture arabe, dit au prophète d'envoyer Seydina Ousmane Ibn Afan car celui-ci est plus conciliateur que lui.


Ainsi Seydina Ousmane ibn afân fut envoyé pour négocier avec les Mecquois et leur expliquer l'objet de la visite du Prophète à savoir faire son pèlerinage et retourner paisiblement à Médine. Des esprits mal sains (certains exégèses disent que c'est Satan) ont profité de la longueur des négociations et le stresse dû à l'attente pour divulguer une fausse information : « Les Mecquois ont retenu Ousmane Ibn Afan comme prisonnier de guerre » c'est alors que le Prophète s'est levé et a dit en substance : « de deux choses l'une ; soit Ousmane revient ici sain et sauf ou nous combattrons les Mecquois jusqu'au dernier d'entre eux ». Et les compagnons de venir lui témoigner leur allégeance.


Cet épisode de l'histoire de l'islam est relaté dans le Coran quand Allah SWT dit dans la sourat al Fath au verset 10 et 16 :


« ceux qui ont fait acte d'allégeance envers toi, ils le font certainement envers Allah. La « main » d'Allah est au-dessus des leurs ...... »
« Certes Allah agrée l'engagement que vous avez fait sous l'arbre, Il sait ce qui dans vos cœur et vous en accorde la quiétude... »
Dans un hadith rapporté par Al 'Aqîlî, le prophète PSL dit : « les érudits de la religion sont les « dépositaires » de la science des prophètes. Ainsi nous voyons que l'acte d'allégeance ne doit se faire en islam qu'en faveur d'un érudit respectueux des recommandations du coran et la souna.


La « tarbiya » c'est le fait pour un guide religieux de dispenser une éducation spirituelle à ses disciples afin de purifier l'âme (le « nafs ») des travers dissipant les ténèbres qui l'environnent. Le maître spirituel doit donner à ses disciples des leçons correspondant à leur état spirituel du moment en faisant tout pour préserver leur santé physique ou mentale. Ces états spirituels sont entre autres : la richesse, la pauvreté, la bonne santé, la maladie, à demeure, en voyage, la joie ou la tristesse.


L'éducation spirituelle est composée de deux formes : une éducation conventionnelle et une éducation par le dessein (himma) et l'état (hal).


L'éducation conventionnelle :


Elle consiste à faire entrer le disciple en retraite spirituelle appelé « khalwa », lui faire invoquer Allah et lui demander d'être frugal. Ces consignes observées, tout l'esprit du disciple demeure tourné vers Allah (SWT) et vers Son Envoyé (PSL).


L'éducation par le dessein et l'état :


Elle consiste à la conformation à la Sunna, le renoncement au monde et à tout ce qui lui ressemble, tel que le prestige et l'amour de la préséance, afin de préparer l'âme en vue de l'Au-delà et préparer le cœur à ne rien vouloir à côté de la volonté d'Allah. Le vrai soufi est celui qui dépasse les hommes par la grandeur de l'âme et par la droiture (istiqâma) et qui a perçu la quintessence de la religion en plus de ce qu'en sait le commun des mortels. Pour cette forme de « Tarbiya » la retraite spirituelle n'est pas obligatoire.


Le « Ndiguel » est alors donné par un guide qui en mérite l'appellation. Serigne Mansour Sy, actuel Khalife Général des Tidjanes, a pour habitude de rappeler aux adeptes lors des ziaras que la consigne (ndiguel) peut être interprétée selon ces trois termes : le « « Ndiguel », le « Ndigâlé » et le « Ndouguel ».
Le « Ndiguel » dit-il est la consigne que le guide donne à son adepte sans en attendre une contrepartie. L'adepte récolte entièrement les bénéfices de ses actes. Il donne souvent l'exemple de la recommandation à faire les actes de dévotion liés à la religion tel que la prières le jeûne les zikr, etc. Selon Serigne Mansour l'exécution du « Ndiguel » est obligatoire :

« Bôô manèè defal bôô manoul defal » (Si tu peux le faire fais-le ; si tu ne peux pas essaye)


Le « Ndigâlé » est une consigne que le guide donne à un adepte et dont le fruit de l'accomplissement peut être partagé entre le donneur d'ordre et l'exécutant. Pour exemple ici on cite souvent le fait de cultiver les terres de son guide pour avoir de la baraka. Selon Sergine Mansour l'exécution d'un « Ndigâlé » n'est pas obligatoire « Bôô manèè defal bôô manoul bayil » (si tu peux le faire fais-le ; si tu ne peux pas laisse tomber)


Le « Ndougal » quant à lui est une consigne dont l'exécution ne comporte que des méfaits pour l'exécutant. Sergine Mansour Sy dit que pour cette consigne « Bôô manèè boul def ; bôô manoul boul def » (si tu peux le faire ne le fais pas ; si tu ne peux pas n'essaye même pas)

En ces temps où des personnes se proclament guides religieux à tout bout de champ, il me paraît nécessaire pour tous les croyants et en particulier les jeunes, de bien mesurer la portées des actes qu'ils posent. Nous devons nous remémorer les propos de Abd Rahman Al Akhdari qui dit :

« il ne peut être licite pour un croyant de poser un acte sans en connaitre le statut juridique (huqmou lahi fîîhi).


Nous devons tous nous soucier de la fiabilité voire de la validité de nos actes d'allégeance (« diebeulou » ou « Diâyanté ») si nous le faisons. Ensuite conformons-nous en tant que croyant au premier propos du Coran à savoir : « LIS » (verbe lire à l'impératif). Cela nous permettra de savoir si l'éducation spirituelle (tarbiya) que nous sommes censés recevoir de nos guides repose sur les piliers de l'islam ou sur leur bon vouloir. Enfin est ce qu'en cours de « Tarbiya » les consignes (Ndiguel) que nous recevons sont bien fondées.
Rufisque le 24 Avril 2012


IBRAHIMA DIOUF
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http://www.leral.net/Le-NDIGUEL--le-NDIGALe-et-le-NDOUGAL_a36607.html#

ce texte est atemporel et nous enseigne pour éviter les dérives et déviances. P B Cissoko

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Élection au Sénégal: "Le Ndiguel l'ultime recours de Wade" par Fatimata Wane-Sagna


A la veille du sprint final de l'élection présidentielle au Sénégal, le président sortant Abdoulaye Wade et son challenger Macky Sall s'affrontent sur un ultime enjeu: séduire les derniers abstentionnistes. La méthode du président Wade acculé recourir au Ndiguel ou la consigne de vote religieuse.

A la veille du second tour de l'élection présidentielle du Sénégal, l'ultime recours du président sortant Abdoulaye Wade est le Ndiguel ou la consigne de vote religieuse. L'appel à un ami d'un régime à l'agonie qui ne sait plus à quel saint se vouer. Un saint pourvu qu'il vienne de Touba, ville symbole du régime de Wade. C'est d'ailleurs là-bas que le président nouvellement élu en 2000, a cru bon de faire allégeance au marabout de l'époque. Le ton était donné.

Au cours des dix dernières années, les liens se sont renforcés entre le président et la confrérie mouridique. Une priorité se mettre dans la poche la grande frange de la population qui de près ou de loin a une sympathie ou une croyance pour les descendants de Cheikh Ahmadou Bamba. Politique et religieux, un mélange explosif nécessitant un savant dosage que jusqu'ici le laïque Sénégal avait tenté de maitriser.

Senghor, premier président et catholique, religion largement minoritaire (moins de 10%) dans le pays, avait la grande faculté de ménager les religieux dans un état de grâce œcuménique. Les confréries étaient cantonnées à un domaine religieux mais demeurant proche du pouvoir en place.

Sans réserve de voix disponible, Wade se tourne vers les guides religieux

Avec le président Wade la relation prend une dimension toute personnelle. D'abord, fait unique depuis les indépendances, il choisit la confrérie mouridique aux dépens des toutes les autres. Au point qu'au début de son mandat, il est affublé d'un sobriquet « TTT : Touba, Touki, Télé » (Touba, Voyager, Télé). Ses voyages innombrables vers la ville sainte des mourides, des exonérations de toutes sortes, une mise à disposition de passeports diplomatiques aux marabouts ainsi qu'à leurs familles et des dons inchiffrables. Inchiffrable mais non désintéressé. Car le calcul politique derrière était évident. Mobiliser la partie du Sénégal qui se réclame de cette confrérie.

Les très puissants commerçants, les vendeurs ambulants du pays mais aussi dans la diaspora, les chauffeurs de taxi et de bus de transports en commun (les cars rapides) etc. Aujourd'hui, Wade espère un retour sur investissement dans les urnes. Après un premier tour décevant pour son camp, car réunissant 35% des voix, il a été contraint à un second tour face à son ancien premier ministre, Macky Sall. Et fait unique dans une démocratie les douze autres prétendants à l'élection présidentielle ont tous rejoint Macky Sall. Se retrouvant seul et ne possédant aucune réserve de voix, l'unique choix du président sortant est de se tourner vers les abstentionnistes et autres électeurs cachés. Faire le pari que les abstentionnistes (40% au premier tour) seraient des électeurs promis au camp présidentiel relève du rêve messianique.

Cheikh Béthio Thioune à la rescousse du pouvoir

Et pour incarner ce rêve, il lui fallait l'appui d'un homme « inspiré », un guide religieux puissant au Sénégal l'inénarrable Cheikh Béthio Thioune qui ne représente en réalité qu'une sous catégorie au sein de la confrérie mouride. Il se targue néanmoins d'avoir à travers le monde dix millions de fidèles. Une chance que le pays ne compte que douze millions d'habitants et que le code électoral ne dénombre que cinq millions d'électeurs. A la question de savoir pourquoi Béthio n'a pas appelé ses fidèles à voter pour le président sortant au premier tour, ce qui lui aurait évité le désagrément d'un second tour, il répond qu'il n'a eu le rêve de la consigne de vote que le samedi matin vers deux heures du matin. Samedi, la veille du premier tour. Les mauvaises langues parlent du temps nécessaire pour sceller un marché chiffré. Par ailleurs, le Khalife général des mourides, autorité suprême de cette confrérie n'a donné aucune consigne de vote et globalement la famille reste divisée sur la question. Ce qui ressemble pour les connaisseurs à un désaveu.

A noter tout de même, le plus célèbre des disciples de Béthio n'est autre que le chanteur Youssou Ndour, qui après l'invalidation de sa propre candidature, a battu campagne depuis les résultats du premier tour pour Macky Sall. Et cela malgré les appels incessants de son guide, qui lui demande « de procéder à un nouvel examen de conscience pour venir avec moi, qui suis son guide dans le même sens et de réélire le président Abdoulaye Wade. » Injonction restée vaine. Car ils sont nombreux à suivre les préceptes de leur guide spirituel, le pays de Téranga a évolué, beaucoup font la différence entre leur croyance religieuse et leur vote. Allant jusqu'à souhaiter l'échec de cette tentative désespérée d'appel aux religieux pour que ces derniers réintègrent leur juste place. Et cela même si conformément à un texte attribué au fondateur du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba, « le disciple ou Talibé doit être tel un cadavre entre les mains du laveur ». Inerte et discipliné. C'est sur cette inertie que compte le pouvoir en place pour obtenir les voix qui lui manquent pour remporter cette dernière partie. Or depuis 2000, le Sénégal a largement démontré sa volonté d'avancer et de rompre avec les pratiques du passé.

Fatimata Wane-Sagna

Trois questions au Professeur de sciences politiques et polémiste Mamadou Sy Tounkara

Mamadou Sy Tounkara : professeur en sciences politiques et relations internationales au Sénégal, qui a vécu aux Etats-Unis et possède par ailleurs une formation en études coraniques. Il est connu au Sénégal pour son rôle de polémiste dans l'émission hebdomadaire très populaire de la chaîne privée 2STV : Le grand rendez-vous.

Fatimata Wane-Sagna: Qu'est ce que le Ndiguel, que signifie t-il en Islam et en Mouridisme ?

Mamadou Sy Tounkara: C'est une injonction islamique qui doit être suivie par tout musulman tant que cela n'est pas contraire aux enseignements coraniques. En islam, normalement, il ne peut pas y avoir d'injonction partisane. C'est une fatwa qui devrait s'appliquer dans un cadre d'une communauté unifiée. Je rappelle par ailleurs, en islam, il n'y pas de différence entre la politique et la religion. Mais en aucun cas, il ne devrait y avoir d'appel à voter pour un candidat plutôt qu'un autre. En mouridisme, une confrérie religieuse musulmane émanant du Sénégal, le Ndiguel est incontournable. Le fondateur de la confrérie avait l'habitude de dire que son disciple (le Talibé) « devait être devant son guide comme le cadavre entre les mains de son laveur ». Comprenez, il doit suivre ses injonctions à la lettre.

FWS: Macky Sall bénéficie t-il de soutiens parmi les religieux?

Madamou ST: Macky Sall n'a aucun soutien officiel des religieux pour la simple raison que les marabouts soutiennent le pouvoir en place. Mais il n'y a aucun doute sur le fait que s'il gagne, ils vont tous le rallier. C'est ainsi que vont les choses au Sénégal.

FWS: Pensez-vous que cette injonction peut faire basculer l'élection?

Mamadou ST: Non je ne pense pas. Ce phénomène de Ndiguel doit être analysé froidement. Il n'est pas nouveau dans le pays, en 1988, il y a eu un vrai Ndiguel du Khalife général des mourides de l'époque, Abdoul Lahad Mbacké, qui avait appelé à voter Diouf et ce dernier l'avait emporté. Mais ce n'était pas la seule raison qui l'avait gagné. Il faut préciser que cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un Ndiguel officiel émanant de la Khalife général des mourides ou de tout autre famille religieuse, mais un soutien d'un marabout qui parle en ce nom propre, Cheikh Béthio Thioune. Mais en tout état de cause, cette consigne ne peut pas faire basculer le vote.
France24.fr

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LA TOTALITE DU NDIGUEL EN QUESTION : AU-DELA DE LA PARITE, TOUBA, TOUT HAUT DANS LA POLITIQUE AU SENEGAL RESUME

Le processus de différenciation en cours entre la dimension temporelle et spirituelle du mouride dans sa dévotion ne validerait-il pas l'effritement du ndiguel théorisé par C TOLIBOR ? Le ndiguel est constitutif et consubstantiel du mouridisme, il jauge la vitalité du lien entre le disciple et le souverain dans son respect comme dans sa violation. Le respect du ndiguel témoigne aussi bien de l'ardeur que de la vitalité du mouridisme et l'érige comme force politique s'il devrait être mobilisé lors d'une élection. Sa violation potentielle constitue un moment privilégié pour le souverain de légitimer son trône en démontrant ses capacités à maitriser les événements en les assujettissant. Cette dimension s'exprime dans le « DOGOU ». Cette maitrise témoigne de la singularité de cette ferveur inouïe caractéristique du mouridisme et s'est vérifiée à des degrés différents de SERIGNE FALLOU A SERIGNE SALIOU. Quelle grille de lecture mobiliser pour comprendre la propension à la restriction du caractère sacré du ndiguel, et la profanation qui en procèderait pendant les périodes électorales entrainant une non décision le 25 MARS 2012- ?Face à la déliquescence de la sacralité, le ndiguel aussi bien dans sa dimension métaphysique qu'anthropologique a été toujours préservé dans sa totalité et fait sens chez le mouride.

Cependant, la dispersion du pouvoir mouride correspond au règne des petits fils, avec une polyarchie latente qui valide la naissance de champs semi autonomes. Dans cette ambiance apparaissent des espaces virtuels de dévotion dont le statut et l'identité en construction restent à préciser avec une nécessité de reterritorialisation des enjeux. Ainsi le respect du ndiguel est un acte de reliance, sa violation est une épreuve pour le souverain. Quelle communauté n'a pas besoin de renouveler sa capacité de reliance en revitalisant son système socio culturel et l'ensemble des rituels associés comme repères et instruments de mesure de la dynamique de reliance ?

L'absence de ndiguel corrobore l'idée que la véritable décision c'est la non décision mais son corolaire c'est la tendance à la réduction du mouridisme dans sa dimension symbolique en le vidant de sa force politique réelle. Analyser ce phénomène reviendrait à questionner le règne des petits fils. Dans ce contexte précis nous observons des velléités de sécularisation avec une contestation latente de la posture de Touba dans le processus de légitimation du pouvoir politique au SENEGAL. Cependant l'état moderne que nous avons importé est historiquement daté et géographiquement situé. Le principe de sécularisation (séparation du religieux et du politique ou séparation du spirituel et du temporel) qui le caractérise est obtenu grâce à des conflits permanents entre la papauté et la royauté. Ceci pour démontrer que la sécularisation ne se décrète pas (quel dénouement dans la problématique de la parité contestée par TOUBA ? la délicatesse de cette problématique nécessite de la précaution). Car l'articulation du religieux avec le politique s'est faite de façon différente en occident.

En se basant sur la carte conceptuelle de ROKKAN qui a mobilisé la variable culturelle (religieuse) et la variable économique pour expliquer les trajectoires des états en EUROPE après la chute de l'empire ROMAIN au 5iéme siècle ; nous validons ainsi la dimension polymorphe du mode d'articulation entre ces 2 variables et la nature du politique qui en procède. Des lors situer TOUBA comme variable religieuse pour penser l'état sénégalais nécessite d'invoquer la sociologie interprétative historique du politique au SENEGAL. Ce faisant nous comprendrons ainsi la ruée vers TOUBA à la recherche du sceau de la légitimité estampillé par le khalife. Cette posture de Touba est justifiée par la singularité de la doctrine mouride. Au lieu de vouloir lui ôter cette posture ne devrions-nous pas inscrire dans une temporalité dont l'horizon indéfinie et indifférenciée nous astreignent à observer les dynamiques internes et externes qui marquent l'institutionnalisation en cours ? Cette institutionnalisation intègre le renouvellement du mode d'articulation, de fonctionnement et de déploiement du mouridisme dans le tissu socio- politique.

Ce renouvellement se fera- t-il dans le sens du renforcement de l'influence de Touba ou dans le sens contraire ? Quoi qu'il puisse advenir l'expérimentions de cette perspective correspond au règne des petits fils.

DOCTEUR CHEIKH FALL THIARA
MAITRE ES SC PO
1/ DISPERTION DU POUVOIR
A/PLURALISME DES SOURCES DE NDIGUEL
B/L'EMIETTEMENT DU NDIGUEL
2/LA REFERENCE A SERIGNE TOUBA
A/COMME REPONSE D UNE CERTAINE VACUITE
B/ L'IDENTITE MOURIDE MIS EN CAUSE PAR L ABSENCE DE NDIGUEL

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La chronique de Pape
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A nos sœurs et frères-Ne
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