Billet d’humeur

Une colonisation rampante et sournoise

En lisant ces jours-ci « Ivoire » le très beau roman de Niels Labuzan, je me faisais la réflexion qu’en Afrique les effets pervers initiés par les empires coloniaux, essentiellement européens, n’avaient pas totalement disparu. Et qu’au fond la mondialisation n’était que le rejeton incestueux de la colonisation.

Certes on ne parle plus d’esclavage et la colonisation d’aujourd’hui est plus insidieuse, pernicieuse, rampante. Elle s’exprime sous la forme du braconnage (pillage des ressources de la faune et de la flore sauvages) et de soi-disant « partenariats » économiques comme l’atteste la présence massive des intérêts chinoise en Afrique. La Chine avec son appétit d’ogre qui pour alimenter sa croissance capte des matières premières dans des proportions vertigineuses (pétrole, bois précieux aux essences rares, sable, millions d’hectares de terres arables, permis d’exploiter les sols pour des dizaines d’années, etc.). L’ancienne dictature maoïste qui pratique un capitalisme autoritaire exerce sur le continent africain une forme de colonisation qui n’ose pas dire son nom.Et que lui apporte-t-elle en échange ? des barrages, des ports, des aéroports, des trains, etc. Comme la France, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne construisaient hier dans ces mêmes pays des routes, des écoles et des hôpitaux. L’empire du Milieu n’a fait que succéder au vieux continent, la nature ayant horreur du vide. Et puis comment critiquer une puissance qui hier était chef de file du tiers-monde et appelait à la libération des peuples et l’indépendance des Etats ? Nous avons beaucoup à apprendre de la diplomatie chinoise.

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Quand on dilapide l’héritage

Mais il y a également le braconnage pratiqué à l’échelle industrielle à savoir les différents trafics d’animaux sauvages, espèces le plus souvent rares et protégées * au profit de particuliers et des zoos de Hangzhou et Shangaï, les cornes de rhinocéros transformées en poudre de perlimpinpin sensée redonner leur virilité aux personnes défaillantes, les défenses d’éléphants destinées à de riches collectionneurs, l’artisanat d’art ou les ateliers de sculpture chinois et japonais,** qui, au passage, enrichissent des réseaux criminels. Résultat, cette disparition de la faune impose une nouvelle identité à l’Afrique. De plus en plus de forêts deviennent des fermes, des routes coupent en deux l’habitat naturel des animaux sauvages, des barrières électrifiées bloquent les chemins des migrations. Là comme ailleurs des hommes gaspillent l’héritage et redessinent l’environnement légué par leurs prédécesseurs.

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Un braconnage qui modifie l’écosystème

De l’Afrique du Sud, la Namibie, le Zimbabwe à l’Afrique de l’Ouest en passant par l’Afrique centrale, (lieu des principaux points de vente de produits illicites) les effets destructeurs du braconnage sont considérables*** et modifient l’écosystème. La Tanzanie a perdu 60 % de ses éléphants en cinq ans, le Mozambique presque 50%. Au Soudan, en République démocratique du Congo (RDC) ce sont le plus souvent des milices qui organisent le trafic au profit d’achat d’armes. La colonisation de la RDC s’est autant faite au prix des éléphant qu’à celui du caoutchouc, de l’or, du manganèse, du cobalt et de l’uranium. 

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Quand le bush et la savane ne seront plus que des mots exotiques

A ce rythme-là, un jour viendra où le bush sera vidé de ses animaux. Dépourvu de ses lions, ses éléphants, ses rhinocéros et ses girafes ce monde, qu’on a qualifié de sauvage, ne sera plus qu’une savane qui n’aura d’exotique que son nom. Il est vrai que dans le même temps, ailleurs dans le monde, il n’est question que de la fonte des Pôles et la défense des glaciers, des émissions de gaz carbonique, de la montée du niveau des eaux, de l’immigration climatique, de la famine, des guerres, etc. I faut bien en effet s’efforcer de sauver un monde des déviances qu’on a laissé s’installer.

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Le braconnage à l’origine d’une mutation génétique

Il se peut aussi que la nature elle-même s’en charge comme au Mozambique, où de plus en plus de femelles éléphants ne possèdent plus de défense, une évolution qui aurait été provoquée par l’homme. Le braconnage, dans ce pays a été tellement intensif durant la guerre civile, où les pointes d’ivoire servaient de monnaies d’échange contre des armes, que les pachydermes ont commencé à muer génétiquement. Une majorité d’éléphants ont ainsi été tués sans avoir eu le temps de partager leur patrimoine génétique. L’avantage est qu’un éléphant qui ne possède pas d’ivoire à moins de chance d’être chassé et le gène de l’absence de défenses se propagerait au sein de l’espèce, lui offrant une chance de survie. L’inconvénient est qu’au-delà de priver les éléphants d’une caractéristique emblématique, cette mutation les privent d’un moyen de se nourrir et de se défendre. Le braconnage apparaît ainsi, de façon inattendue, comme une nouvelle forme de sélection des espèces, très loin de ce qu’avait imaginé Darwin.   

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La mondialisation fille incestueuse de la colonisation

Au nom de la cupidité, de la bêtise et de l’impuissance des dirigeants planétaires la mondialisation n’a fait que remplacer la colonisation. Et l’exploitation des individus et des continents n’a sans doute jamais été aussi brutale et dévastatrice (moyens modernes obligent) qu’aujourd’hui. Ainsi va le monde au 21èmesiècle avec ses impérities et sa volonté autodestructrice. C’est affligeant et triste à en pleurer.

Jean-YvesDuvalDirecteur d’Ichrono

Crédit photo : Jean-Paul Erpelding

Notes :

* La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacée d’extinction (CITES) a étendu sa protection à 35 000 espèces sauvages. Depuis 1989 elle interdit le commerce de l’ivoire.

** Ce marché représente plusieurs centaines de tonnes d’ivoire, en sachant qu’une défense d’éléphant achetée quelques centaines de dollars à un braconnier au Mozambique peut être revendue, sculptée, à Pékin, jusqu’à 350 000 dollars.

***. Au Botswana trente mille éléphants sont abattus chaque année et si on recense aujourd’hui quelques 450 000 spécimens sur tout le continent  d’ici quelques années on commencera à parler d’extinction.

Ainsi va l’actualité de la planète

En cette fin de semaine, les feux de l’actualité se tournent vers deux capitales, Khartoum et Londres. Et pour cette dernière une fois n’est pas coutume ce n’est pas pour le Brexit qui fait tourner en bourrique tous les européens.

Premier coup de projecteur : le Soudan. Voici un pays en proie à la guerre civile depuis des années, cause de milliers de victimes et d’importants déplacements de populations réduites à l’exil. Et comme l’actualité internationale nous offre assez peu d’occasions de nous réjouir saluons comme il convient la chute d’un tyran. Celle d’Omar el-Béchir qui dirigeait le pays d’une main de fer et avec un pouvoir absolu depuis trente ans.

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Crimes contre l’humanité

 Là où on pensait que la Cour pénale internationale saisie pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » finirait par avoir raison de lui c’est finalement son peule, avec la complicité d’un putsch militaire, qui aura été le plus fort après quatre mois de contestation dans la rue. Là, comme en Algérie Vox populi, vox Dei.Cette destitution n’effacera pas cependant l’horreur du Darfour, la famine et les camps de réfugiés. Avec la chute de ce dictateur de 75 ans et de son régime la situation n’est pas pour autant réglée. Il faudra du temps pour oublier qu’il avait accueilli Oussama ben Laden et rêvait de faire de son pays l’épicentre d’une internationale islamiste, d’avoir soutenu le terrorisme et surtout occasionné un génocide qui après vingt et un ans de combat aura fait deux millions de morts et quatre millions de déplacés. La nausée collective au Soudan vient de prendre fin cette semaine. 

Julien Assange n’est pas un ange !

Second coup de projecteur : la Grande-Bretagne qui fait la Une des grands quotidiens en cette fin de semaine avec l’arrestation surprise à l’ambassade équatorienne de Julian Assange. Pour le lanceur d’alerte, fondateur de Wikileaks la fuite aura duré sept ans. L’homme, barbu, vieilli, qu’on a vu hier emporté comme un vulgaire baluchon dans le fourgon de la police anglaise était à peine reconnaissable. Avec cette arrestation spectaculaire prend fin un feuilleton géo-politico-judiciaire qui aura duré six ans neuf mois et vingt-deux jours. Et si aujourd’hui certains crient leur indignation à cette « exfiltration » d’une ambassade, voulue par l’Equateur, il ne faudrait pas oublier qu’en 2010 la Suède à émis un mandat d’arrêt à son encontre pour l’entendre dans une affaire d’agressions sexuelles sur deux jeunes femmes. Assange n’est peut-être pas l’homme aussi vierge qu’il prétend l’être. Il ne faudrait pas non plus oublier que la publication de centaines de milliers de documents et la divulgation de renseignement classés secrets de l’armée américaine a été la cause de dégâts collatéraux inestimables pour l’occident. 

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Une extradition vers les Etats-Unis ?

Son passage vers la Suède pourrait-elle être l’occasion d’une extradition vers les Etats-Unis ? C’est là toute la question car sur place une condamnation est très vraisemblable pour « piratage informatique ». Sept ans d’exil plus cinq ans de détention, la facture risque d’être lourde pour cet Australien aujourd’hui âgé de 47 ans. La juge britannique Emma Arbuthnot, du tribunal de Westminster a quant à elle estimé que « Assange était un narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt », Theresa May indiquant que « personne n’était au-dessus des lois ». L’arrestation d’Assange est tout sauf la chute d’un héros.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono 

Le badbuzz de Ségolène et de Sibeth

Alors que Ségolène Royale, une française née à Dakar, se trouvait au Sénégal pour l’investiture de Macky Sall, en France, une Sénégalaise fraîchement naturalisée française, Sybeth Ndiaye changeait d’employeur pour passer d’Emmanuel Macron à Edouard Philippe et de chargée de communication à l’Elysée pour la fonction de porte-parole du gouvernement. Deux évènements pas si anodins qu’ils paraissent.

 

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Premièreréflexion, ils témoignent l’un comme l’autre, que soixante ans après l’indépendance du Sénégal les relations franco-sénégalaises demeurent très vivaces. 

Deuxièmeréflexion, il s’agit là de deux femmes politiques peu ordinaires, la première a été candidate à la présidence de la République française et la seconde devient la première africaine porte-parole du gouvernement français. Une femme noire à ce poste de responsabilité (secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre) apparaît comme un symbole fort à un moment où le racisme est toujours très présent dans notre pays Il faut dire que la jeune femme ancienne militante de l’UNEF et du PS, titulaire d’un DESS d’économie publique et qui aura quarante ans à la fin de l’année a de qui tenir avec un père ancien numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade et une mère ancienne présidente du conseil constitutionnel, de 2002 à 2010.

Troisièmeréflexion, elles sont dotées l’une et l’autre d’une forte personnalité, d’un tempérament à toute épreuve. Ségolène l’a démontré en surmontant l’humiliation dont elle a été la victime lors de la relation François-Valérie et Sybeth d’avoir déclaré : « J’assume parfaitement mentir pour protéger le président ». Que des responsables politiques mentent n’est pas très honorable, qu’ils le reconnaissent relèvent de la provocation, pire de l’inconscience. Et aucune explication ne saurait justifier un tel comportement. On se souvient du sort que les américains ont réservé à Richard Nixon, alors présidents des Etats-Unis, à la suite du scandale du Watergate. 

Quatrièmeréflexion, elles ont en commun le sens des petites phrases choc. A la première : « Qui vient sur la grande muraille (de Chine) conquiert la bravitude », à propos de Fidel Castro : « Il est le symbole d’une amitié très profonde entre Cuba et la France », ou encore « Je m’adresse à vous, cette génération qui n’est pas encore née », « La justice chinoise, un modèle de rapidité »etc.  A la seconde, parlant à des journalistes : « Faites votre boulot les gars, c’est pas du travail de journalistes, c’est du travail de sagouins »,plus grave, confirmant le décès de Simone Veil : « Yes, la meuf est dead ». Au concours du badbuzz politique difficile de départager les deux femmes mais a ce petit jeu Sybeth risque d’avoir un avantage sur Ségolène si l’on en croit l’origine de son prénom qui évoque les reines combattantes de la Casamance et qui signifie « qui a gagné beaucoup de combats » en langue diola. Il lui faudra pour cela éviter de renouveler certaines expériences malencontreuses comme la diffusion en 2018 sur son compte Twitter d’une vidéo d’Emmanuel Macron commentant un projet de discours sur les aides sociales : « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Une expression, stigmatisante, qui tranchait avec la solennité « jupitérienne » affichée jusque-là par le chef de l’Etat. De là, à évoquer les casseroles de Sybeth Ndiagne il n’y a qu’un pas que beaucoup d’observateurs n’ont pas hésité à franchir.

Cinquième réflexion, il est clair que ses relations houleuses avec les journalistes, (certains d’entre eux avouent avoir été « blacklistés » par la collaboratrice de l’Elysée, d’autres avoir été menacés d’être exclus du pool des accrédités au Palais  : « Vous devez obéir »), risquent de ne pas s’améliorer à l’avenir et ce n’est pas son langage cru, ses coups de gueule, son habitude du franglais (elle a tweeté sa fierté d’un nouveau « job » au lendemain de sa nomination) qui vont arranger les choses. A moins que Edouard Philippe ne musèle ses sorties tonitruantes.

Quant aux journalistes qui se risqueront à critiquer la nouvelle porte-parole de Matignon peut être s’exposeront-ils à être traités de racistes, ce qui serait regrettable. Pour notre part, nous ne lui faisons aucun procès d’intention et nous attendons avec intérêt et curiosité ses prochains compte-rendu lors de la sortie du conseil des ministres.  

Jean-Yves Duval, directeur d’Ichrono

 

 

Un TER sénégalais à la française et un calcul politique

Il fallait s’y attendre, c’est de bonne guerre, voici quelques jours le président Macky Sall a inauguré le premier tronçon des voies ferrées du Train Express Régional (TER), qu’il n’a cessé de présenter comme une vitrine du Plan Sénégal émergent. Coût de l’opération : 656 milliards de CFA soit un milliard d’euros. Une facture salée pour un des vingt-cinq pays les plus pauvres du monde selon les chiffres de la Banque mondiale. En ce compris les surcouts entraînés pour précipiter la fin du chantier et respecter la promesse de Macky du 14 janvier. Pour le chef de l’Etat sénégalais tenir ses engagements n’a pas de prix, mais cher quand même pour un calcul politique.

Un coup de com’ ?

La date choisie, le 14 janvier, n’est pas innocente, c’est quasiment jour pour jour un mois avant l’élection présidentielle de février. C’est ce qui s’appelle un coup de com’ où je ne m’y connais pas.

Dakar - Diamniado

Et le chef de l’Etat de rappeler, non sans une certaine modestie que le 14 janvier 2017 était donné le premier coup de pioche de travaux. Deux ans après un premier wagon à donc roulé sur les trente-six kilomètres entre Diamniado et Dakar avec à son bord une ribambelle de personnalités politiques, d’entrepreneurs et de financiers. Sans oublier bien sûr le maître d’œuvre du projet en personne, son excellence Macky Sall en personne. A tout seigneur, tout honneur. Pour la circonstance la gare de Dakar a été récemment rafraîchie afin d’ajouter un lustre supplémentaire à la cérémonie et toutes les éminentes personnes invitées au voyage ne boudaient pas leur plaisir.

A quand les 55 kms pour Blaise Diagne ?

Reste maintenant à prolonger la voie d’un second tronçon, de 55 kilomètres, pour relier la ville nouvelle à l’aéroport international Blaise Diagne avec au total quelques quatorze gares réparties sur le trajet. L’objectif, indiscutable, est clair, il s’agit de désengorger la capitale sénégalaise et réduire les embouteillages qui polluent la vie des habitants, 30% environ de la population sénégalaise répartie sur seulement 0,28% de la surface du pays. Macky aura un quinquennat devant lui pour inaugurer le dernier tronçon … et pourquoi pas à la veille de 2024 ?

115 000 passagers/jour

Une projection réalisée estime que 115 000 passagers emprunteront le TER quotidiennement à raison de 565 personnes par wagon roulant à 160 km/h lorsqu’il sera achevé. Alors, merci qui ? Merci Macky. Merci aussi aux entreprises franco-turco-sénégalaises, dont Eiffage, Engie, Alstom et Thales et merci aussi à la SNCF et à la RATP qui ont signé l’exploitation de la ligne pour cinq années.

Entre Dakar et Paris, pas un nuage

Décidemment sous Macky les relations franco-sénégalaises sont au beau fixe et sa réélection prochaine ne manquera pas de réjouir Paris. Et surtout qu’on ne parle pas de françafrique.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono

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