Opinions et Débats (55)

L'art de soumettre les citoyens : Lisons Aldous Huxley-Certains gouvernants s'en inspirent ....

 

Il est des articles qu'il faut connaître pour comprendre comment nos hommes politiques certains leaders oppressent et oppriment le peuple. Socrate disait que l'ignorance est mère de tous les vices et- j'ajouterai que la connaissance préserve. P B C

L'art de soumettre les citoyens : Lisons Aldous Huxley-Certains gouvernants s'en inspirent ....
La fameuse citation d'Aldous Huxley ne serait pas de lui...

texte à méditer


Le texte ci-dessus attribué à Aldous Huxley en 1939... Bizarre ?
Pourtant on trouve un peu partout sur le web le même texte repris avec différentes dates mais toujours attribué à Huxley :
Il existe une autre version avec une phrase en plus au début et une suite......dans ce cas il y a souvent de nombreux commentaires sceptiques voire affolés ! Déjà la référence à la télé obligeait les posteurs à préciser :

Après enquête il semble que le texte ait été écrit par Serge Carfantan, vers 2007 ... Il s'agirait d'une prosopopée, dans notre cas : une figure de style qui consiste à faire parler un mort. L'auteur nous indique bien :


« Le livre de Huxley est paru en 1932. Son caractère visionnaire est stupéfiant. Presqueinquiétant. Tous les ingrédients du roman sont aujourd'hui effectivement réunis pour que le scénario soit ... en passe d'être réalisé. Si nous devions formuler dans un discours une prosopopée du cynisme politique incarnée par le personnage cynique d'Huxley, cela donnerait quoi ? »

 

Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s'y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d'Hitler sont dépassées.

Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l'idée même de révolte ne viendra même plus à l'esprit des hommes.


L'idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées (cf. les individus de type alpha, béta, gamma). Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l'éducation, pour la ramener à une forme d'insertion professionnelle. Un individu inculte n'a qu'un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l'accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste.

Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l'information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie.

Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l'émotionnel ou l'instinctif.

On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique.

Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d'empêcher l'esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n'y a rien de mieux. (cf. le rôle de la drogue et du sexe dans le roman de Huxley).

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l'existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d'entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l'euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu'il faudra entretenir – sera celle d'être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L'homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu'il est :

un veau, et il doit être surveillé comme doit l'être un troupeau.

Tout ce qui permet d'endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l'éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d'abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu'il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l'argent et du pouvoir (la proposition est dans le roman!).


avec la confirmation de l'auteur : Serge Carfantan, 2007, leçon 163 : Sagesse et révolte

Quel rôle pour l'intellectuel en Algérie ? (et ailleurs au Sénégal)

 

Boualem Sansal fait partie de ces intellectuels algériens qui secouent les consciences engourdies


"La modestie permet de progresser. L'arrogance est un frein" (Proverbe chinois)


Selon mon humble avis, le rôle de l'intellectuel n'est pas de produire des louanges par la soumission contre-productive pour le pouvoir lui-même en contrepartie d'une distribution de la rente, mais d'émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société. Aussi, toute société qui limite la critique positive, ne met pas en place des contre-pouvoirs politiques et sociaux, en s'appuyant sur des intellectuels organiques aux ordres selon l'expression heureuse d'Antonio Gramsci, est vouée à la décadence. Car une société sans intellectuels dignes de ce nom est comme un corps sans âme


1.- Le rôle de l'intellectuel selon les courants de pensée


Le mot intellectuel provient du mot latin intellectus, de intellegere, comprendre. La fonction de l'intellectuel n'est pas à proprement parler récente car à l'époque de la Grèce antique des leaders charismatiques, qui font l'intellectuel, se retrouvent dès la première étape du mouvement social qui comme Gorgias ou Protagoras ont marqué leur époque par une démarche passionnelle de l'esprit. Il est intéressant pour la compréhension, de voir les définitions qu'en donnent différents grands auteurs qui ont marqué l'histoire contemporaine. Dans Horizons et débats, numéro 26, juin 2004, le rôle de l'intellectuel dans la société Joseph M. Kyalangilwa définit intellectuel toute personne, homme ou femme, qui met son intelligence au service de la communauté. Selon les historiens Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, un intellectuel est " un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d'homme du politique, producteur ou consommateur d'idéologie.


Raymond Aron, dans L'Opium des intellectuels (1955), pose cette question du rôle du savant dans la cité, l'intellectuel étant un "créateur d'idées" et doit être un "spectateur engagé " Pour Pierre Bourdieu, dans "Contre-Feux 2, Raisons d'agir", Paris 2001, "l'intellectuel ne peut être que collectif ... il peut et doit remplir d'abord des fonctions négatives, critiques, en travaillant à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique qui s'arme aujourd'hui, le plus souvent, de l'autorité de la science ; fort de la compétence et de l'autorité du collectif réuni, il peut soumettre le discours dominant à une critique logique qui s'en prend notamment au lexique mais aussi à l'argumentation (...) ; il peut aussi le soumettre à une critique sociologique, qui prolonge la première, en mettant à jour les déterminants qui pèsent sur les producteurs du discours dominant et sur leurs produits ; il peut enfin opposer une critique proprement scientifique à l'autorité à prétention scientifique des experts, surtout économiques . Toute la pensée politique critique est donc à reconstruire, et elle ne peut pas être l'œuvre d'un seul maître à penser, livré aux seules ressources de sa pensée singulière, ou porte-parole autorisé par un groupe ou une institution pour porter la parole supposée des gens sans parole. C'est là que l'intellectuel collectif peut jouer son rôle irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d'une production collective d'utopies réalistes».


2.- L'intellectuel es t-neutre ou engagé ?


Pour Jean-Paul Sartre, l'intellectuel «est celui qui refuse d'être le moyen d'un but qui n'est pas le sien et quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas et l'intellectuel ne peut donc être que " de gauche, à condition d'entendre ce terme dans le sens d'un désir éthique de justice, et non dans un sens purement politique». Pour Edward Saïd (des intellectuels et du pouvoir, Seuil, Paris, 1996), l'intellectuel n'est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu'un qui engage et qui risque tout son être sur la base d'un sens constamment critique, quelqu'un qui refuse quel qu'en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels.

Le choix majeur auquel l'intellectuel est confronté est le suivant : soit s'allier à la stabilité des vainqueurs et des dominateurs, soit - et c'est le chemin le plus difficile - considérer cette stabilité comme alarmante, une situation qui menace les faibles et les perdants de totale extinction, et prendre en compte l'expérience de leur subordination ainsi que le souvenir des voix et personnes oubliées. Pour Albert Camus (discours de Suède, Gallimard, 1958) l'écrivain "ne peut se mettre au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent ....notre seule justification, s'il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire".


Mais, ajoute-t-il : "Il ne faudrait pas pour autant attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales. La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante". Cependant l'efficacité de ces analyses d'intellectuels engagés est remise en cause. Ainsi, pour Michel Foucault, "Dits et écrits II, 1976-1988, Gallimard, Paris, 2001 "pendant longtemps, l'intellectuel dit de gauche a pris la parole et s'est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice. On l'écoutait, ou il prétendait se faire écouter comme représentant de l'universel. Etre intellectuel, c'était être un peu la conscience de tous.

(...) Il y a bien des années qu'on ne demande plus à l'intellectuel de jouer ce rôle".


Pour Antonio Gramsci, l'organisation de la culture est organiquement liée au pouvoir dominant. Ce qui définit les intellectuels, ce n'est pas tant le travail qu'ils font que le rôle qu'ils jouent au sein de la société; cette fonction est toujours, plus ou moins consciemment, une fonction de "direction" technique et politique exercée par un groupe soit le groupe dominant, soit un autre qui tend vers une position dominante. C'est que tout groupe social, qui naît sur le terrain originaire d'une fonction essentielle dans le monde de la production économique, se crée, en même temps, de façon organique, une ou plusieurs couches d'intellectuels qui lui apportent homogénéité et conscience de sa propre fonction, non seulement dans le domaine économique, mais également dans le domaine social et politique.

Un exemple récent concernant les économistes qui conseillent leurs gouvernements où nous assistons à des conflits de doctrines qui apparaissent en plein jour dans différentes revues internationales entre les "keynésiens", les "marxistes", les "néo-libéraux", les "monétaristes" Nous assistons dès lors à des points de vue contradictoires, y compris les prix Nobel d'économie, pour solutionner la crise. Pour preuve de cette mésentente entre les économistes, sur le plan opératoire, des propositions contradictoires où a été mis en relief l'importance de la théorie keynésienne par les interventions des Etats, à travers les déficits budgétaires et depuis le début de 2010 le retour à l'orthodoxie monétaire pour lutter contre les endettements publics excessifs. Dès lors se pose cette question, la science de référence principale, est-elle la théorie économique, qui explique le fonctionnement du système d'économie de marché sans émettre de jugements de valeur, ou au contraire n'y a-t-il pas lieu d'introduire l'éthique économique en vue d'un processus de modernisation et de rationalisation de la culture et de la société et ce afin d'éviter le "désenchantement du monde" (Max Weber).


3.- Quel rôle pour l'intellectuel en Algérie


L'intellectuel n'est pas nécessairement un philosophe ou un écrivain et encore moins un professeur d'université. Et c'est cela qui fait que les journalistes peuvent parfois jouer le rôle des intellectuels autrefois réservés aux scientifiques, surtout dans une société hyper médiatisée. En fait, il s'agit de toute personne (femme ou homme) qui, du fait de sa position sociale, dispose d'une forme d'autorité et la met à profit pour persuader, proposer, débattre, permettre à l'esprit critique de s'émanciper des représentations sociales. Aussi, l'intellectuel ne saurait s'assimiler aux diplômes n'ayant pas forcément de lien avec le niveau scolaire, mais avec son niveau culturel. Rappelons que Einstein postulant une théorie non-conformiste par la suite qui a révolutionné le monde, a au début été rejeté par ses pairs de l'université qui se limitaient à une évaluation bureaucratique - administrative.

L'intellectuel ne saurait donc vivre en vase clos. Sa méthodologie pour produire est simple : pour paraphraser le grand philosophe allemand Hegel, méthodologie, il observe d'abord le concret réel ; ensuite il fait des abstractions, les scientifiques diront des hypothèses. IL aboutit à un concret abstrait c'est-à-dire son œuvre.

Si le résultat final permet de comprendre le fonctionnement du concret réel à partir du canevas théorique élaboré, les abstractions sont bonnes. C'est aussi la méthodologie utilisé en sciences politiques pour déterminer le niveau de gouvernance dites des 80/20%. En effet, 20% d'actions bien ciblées ont un impact sur 80% de la société ; mais 80% d'actions désordonnées que l'on voile par de l'activisme ministériel ont un impact que sur 20% Aussi l'intellectuel se pose entre la réalité et le devenir de l'humain devant tenir compte de la complexité de la société toujours en mouvement d'où l'importance de la multi pluridisciplinarité et donc du mouvement de l'histoire.

L'intellectuel produit ainsi de la culture qui n'est pas figée, mais évolutive fortement marqué par l'ouverture de la société sur l'environnement englobant l'ensemble des valeurs, des mythes, des rites et des signes partagés par la majorité du corps social et est un constituant essentiel de la culture d'une manière générale, de la culture d'entreprise, du transfert technologique d'une manière particulière et tenant compte du rôle d' Internet et des nouvelles technologies, où le monde est devenu une maison de maison de verre, en vue de l'adaptation de la diffusion des connaissances. Les expériences réussies du Japon, des pays émergents comme la Chine et l'Inde montrent que l'on peut assimiler la technologie sans renier sa culture. D'ailleurs le transfert technologique est favorisé lorsqu' existe une meilleure compréhension des valeurs convergentes et divergentes qui s'établissent entre deux groupes et vouloir imposer ses propres valeurs, c'est établir une relation de domination qui limite le transfert. Aussi, la culture d'entreprise est un sous-produit de la culture nationale et par conséquent un ensemble de valeurs, de mythes, de rites, de tabous et de signes partagés par la majorité des salariés et un élément essentiel pour expliquer les choix stratégiques en renforçant les valeurs communes.

Comme le note avec pertinence le sociologue Ian Vásquez, le capital se socialise dans différents dispositifs techno- organisationnels influant dans le rapport des individus au travail. Cependant les enquêtes montrent clairement que cette extension des savoirs sociaux s'accompagne de nouvelles formes de segmentation (qualifiés/non qualifiés ; mobiles/immobiles ; jeunes/vieux ; homme/femme et d'un partage des activités et services qui deviennent de plus en plus marchands (délocalisation avec l'informatique en Inde, l'électronique au Japon, Corée du Sud etc). C'est la résultante de la nouvelle configuration de la division internationale du travail, produit de l'évolution du développement du capitalisme que l'on nomme aujourd'hui mondialisation, les anglo-saxons parlant plutôt de globalisation.

Cette approche socio- culturelle qui rend compte de la complexité de nos sociétés doit beaucoup aux importants travaux sous l'angle de l'approche de l'anthropologie économique de l'économiste indien prix Nobel Amartya Sen où d'ailleurs selon cet auteur il ne peut y avoir de développement durable sans l'instauration d'un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de l'anthropologie culturelle de chaque société, qui permet à la fois la tolérance, la confrontation des idées contradictoires utiles et donc l'épanouissement des énergies créatrices. Cela renvoie au concept de rationalité (voir les importants travaux du grand philosophe allemand Kant) qui est relative et historiquement datée comme l'ont montré les importants travaux de Malinovski sur les tribus d'Australie. Car, il s'agit de ne pas plaquer des schémas importés sur certaines structures sociales figées où il y a risque d'avoir un rejet (comme une greffe sur un corps humain) du fait que l'enseignement universel que l'on peut retirer de l'Occident- est qu'il n'existe pas de modèle universel.


Lisons attentivement l'œuvre du grand sociologue maghrébin Ibn Khaldoun. Toutefois, la seule façon de se maintenir au temps d'une économie qui change continuellement, et donc d'une action positive de l'intellectuel c'est d'avoir une relation avec l'environnement national et international, c'est-à-dire mettre en place progressivement les mécanismes véritablement démocratiques qui ont un impact sur l'accumulation des connaissances internes.


En résumé, l'intellectuel doute constamment, se remettant toujours en question, ayant pour devise que le plus grand ignorant est celui qui prétend tout savoir. L'histoire du cycle des civilisations, prospérité ou déclin, est intiment liée à la considération du savoir au sens large du terme et une société sans intellectuels est comme un corps sans âme. Le déclin de l'Espagne après l'épuisement de l'or venant d'Amérique et certainement dans un proche avenir le déclin des sociétés actuelles qui reposent essentiellement sur la rente, vidant d'illusion à partir d'une richesse monétaire fictive ne provenant pas de l'intelligence et du travail. Aussi, attention pour l'Algérie du fait de la dévalorisation du savoir richesse bien plus importante que toutes les réserves d'hydrocarbures...


Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités expert international
http://www.lematindz.net/news/17589-quel-role-pour-lintellectuel-

LA TOTALITE DU NDIGUEL EN QUESTION : AU-DELA DE LA PARITE, TOUBA, TOUT HAUT DANS LA POLITIQUE AU SENEGAL RESUME

 

LA TOTALITE DU NDIGUEL EN QUESTION : AU-DELA DE LA PARITE, TOUBA, TOUT HAUT DANS LA POLITIQUE AU SENEGAL RESUME

Le processus de différenciation en cours entre la dimension temporelle et spirituelle du mouride dans sa dévotion ne validerait-il pas l'effritement du ndiguel théorisé par C TOLIBOR ? Le ndiguel est constitutif et consubstantiel du mouridisme, il jauge la vitalité du lien entre le disciple et le souverain dans son respect comme dans sa violation. Le respect du ndiguel témoigne aussi bien de l'ardeur que de la vitalité du mouridisme et l'érige comme force politique s'il devrait être mobilisé lors d'une élection. Sa violation potentielle constitue un moment privilégié pour le souverain de légitimer son trône en démontrant ses capacités à maitriser les événements en les assujettissant. Cette dimension s'exprime dans le « DOGOU ». Cette maitrise témoigne de la singularité de cette ferveur inouïe caractéristique du mouridisme et s'est vérifiée à des degrés différents de SERIGNE FALLOU A SERIGNE SALIOU. Quelle grille de lecture mobiliser pour comprendre la propension à la restriction du caractère sacré du ndiguel, et la profanation qui en procèderait pendant les périodes électorales entrainant une non décision le 25 MARS 2012- ?Face à la déliquescence de la sacralité, le ndiguel aussi bien dans sa dimension métaphysique qu'anthropologique a été toujours préservé dans sa totalité et fait sens chez le mouride.

Cependant, la dispersion du pouvoir mouride correspond au règne des petits fils, avec une polyarchie latente qui valide la naissance de champs semi autonomes. Dans cette ambiance apparaissent des espaces virtuels de dévotion dont le statut et l'identité en construction restent à préciser avec une nécessité de reterritorialisation des enjeux. Ainsi le respect du ndiguel est un acte de reliance, sa violation est une épreuve pour le souverain. Quelle communauté n'a pas besoin de renouveler sa capacité de reliance en revitalisant son système socio culturel et l'ensemble des rituels associés comme repères et instruments de mesure de la dynamique de reliance ?

L'absence de ndiguel corrobore l'idée que la véritable décision c'est la non décision mais son corolaire c'est la tendance à la réduction du mouridisme dans sa dimension symbolique en le vidant de sa force politique réelle. Analyser ce phénomène reviendrait à questionner le règne des petits fils. Dans ce contexte précis nous observons des velléités de sécularisation avec une contestation latente de la posture de Touba dans le processus de légitimation du pouvoir politique au SENEGAL. Cependant l'état moderne que nous avons importé est historiquement daté et géographiquement situé. Le principe de sécularisation (séparation du religieux et du politique ou séparation du spirituel et du temporel) qui le caractérise est obtenu grâce à des conflits permanents entre la papauté et la royauté. Ceci pour démontrer que la sécularisation ne se décrète pas (quel dénouement dans la problématique de la parité contestée par TOUBA ? la délicatesse de cette problématique nécessite de la précaution). Car l'articulation du religieux avec le politique s'est faite de façon différente en occident.

En se basant sur la carte conceptuelle de ROKKAN qui a mobilisé la variable culturelle (religieuse) et la variable économique pour expliquer les trajectoires des états en EUROPE après la chute de l'empire ROMAIN au 5iéme siècle ; nous validons ainsi la dimension polymorphe du mode d'articulation entre ces 2 variables et la nature du politique qui en procède. Des lors situer TOUBA comme variable religieuse pour penser l'état sénégalais nécessite d'invoquer la sociologie interprétative historique du politique au SENEGAL. Ce faisant nous comprendrons ainsi la ruée vers TOUBA à la recherche du sceau de la légitimité estampillé par le khalife. Cette posture de Touba est justifiée par la singularité de la doctrine mouride. Au lieu de vouloir lui ôter cette posture ne devrions-nous pas inscrire dans une temporalité dont l'horizon indéfinie et indifférenciée nous astreignent à observer les dynamiques internes et externes qui marquent l'institutionnalisation en cours ? Cette institutionnalisation intègre le renouvellement du mode d'articulation, de fonctionnement et de déploiement du mouridisme dans le tissu socio- politique.

Ce renouvellement se fera- t-il dans le sens du renforcement de l'influence de Touba ou dans le sens contraire ? Quoi qu'il puisse advenir l'expérimentions de cette perspective correspond au règne des petits fils.

DOCTEUR CHEIKH FALL THIARA
MAITRE ES SC PO
1/ DISPERTION DU POUVOIR
A/PLURALISME DES SOURCES DE NDIGUEL
B/L'EMIETTEMENT DU NDIGUEL
2/LA REFERENCE A SERIGNE TOUBA
A/COMME REPONSE D UNE CERTAINE VACUITE
B/ L'IDENTITE MOURIDE MIS EN CAUSE PAR L ABSENCE DE NDIGUEL

La Nuit de la pensée : de la mémoire universelle à la démocratie du vivant -St-Louis du Sénégal

 

La Nuit de la pensée : de la mémoire universelle à la démocratie du vivant -St-Louis du Sénégal

Les Ateliers de la pensée, à Dakar et Saint-Louis du 28 au 31 octobre, ont réuni des intellectuels africains et de la diaspora pour des débats publics et ateliers à huis clos, s'articulant autour des problématiques et questions que se posent aujourd'hui l'Afrique et sa diaspora.


L'accès gratuit aux débats a favorisé l'impact populaire de cette initiative portée par Felwine Sarr, auteur et éditeur sénégalais, et Achille Mbembé, historien camerounais. Selon Felwine Sarr, cette initiative veut participer à une « reconstruction psychologique fondamentale ».

« Je voudrais croire que le temps de l'Afrique viendra, même si ce ne sera peut-être pas de notre vivant. La tâche de la pensée critique est d'accompagner ce processus, ce grand moment d'avènement. »
Achille Mbembé
« Il est temps que nous montrions à l'humanité que nous ne sommes pas réduits à des problématiques de pauvreté, de manque, de déficit à gérer, et que nous tentions d'enrichir la maturité et la densité de la conscience humaine. (...) Nous sommes souvent dans un langage de l'auto-flagellation, de la désolation, de déficit, du handicap. Ces catégories conceptuelles ont un impact fondamental dans notre psyché, la conception de notre identité et le déploiement de nos capacités ».Felwine Sarr


La Nuit de la Pensée, ce 28 octobre à l'Institut français de Dakar, de 20 h à plus de minuit, a été une belle démonstration de l'intérêt du public, toutes générations et origines confondues. Il ne restait que peu de places libres quand le débat a commencé, dans l'amphithéâtre du Théâtre de Verdure.


Le rythme a été soutenu, le programme était chargé : chaque intervenant disposait de cinq minutes pour présenter sa réflexion, sur des thèmes aussi vastes et transversaux que la décolonisation de l'Histoire et du savoir, l'estime de soi, la manière dont l'Afrique et ses diasporas s'inscrivent et se pensent dans la marche du monde. Chacun c'est efforcé de rendre lisible et compréhensible au plus grand nombre, ses concepts et interrogations. Puis 45 minutes par sujet ont été dévolues à l'échange avec les spectateurs.

L''estime de soi


Il a été beaucoup question de l'estime de soi, du fait qu'il fallait lutter contre des a priori intégrés dans les esprits depuis la colonisation. Mais toujours en s'inscrivant dans une universalité bienveillante.
« C'est l'estime de soi qui va me permettre de ne pas céder à cette haine de soi que les situations de domination créent, qui va m'aider à ne pas refuser de faire partie d'un monde qui ne veut pas de moi. Elle est nécessaire mais si on veut pas qu'elle se transforme en fierté négative, en arrogance, il faut qu'elle s'accompagne de modestie et d'un regard bienveillant ».

Tous ont évoqué la nécessité de développer un contre-savoir, une Histoire universelle qui commence bien avant la colonisation, tant au niveau historique, culturel que philosophique. Partir de bases, donc, plus réalistes et plus saines, pour reconstruire des identités plus équilibrées. Dans un esprit panafricaniste, avec la conscience de cette Histoire commune de l'Afrique, de ce que Leonora Miano qualifie de « blessures profondes qui nous constituent ».


« On sait que l'Afrique a traversé la Méditerranée, la Mer Rouge, l'Océan Indien, et a été en lien pendant des millénaires avec l'Asie, le Golfe arabe. Il faut revoir comment on écrit l'histoire, faire basculer les axes. (...) La colonisation, c'est un temps très court, mais son discours, sa force, a été telle qu'on continue à parler à l'intérieur du cadre qu'elle a imposé.(...) . Il faut partir de ce que nous avons et non pas à partir de ce qu'on nous a dit manquer. Ce discours du manque, très fort, a imposé l'idéologie du développement et du progrès selon un seul modèle. Il faut s'en défaire. Nous avons des histoires, des mythes, des récits, de l'art, et nous partons de cette richesse pour construire. » Françoise Vergès


Nous sommes tous des passants


Mais ne faut-il pas se projeter au-delà des identités pour construire le futur ? C'est la question qu'a posé en conclusion Achille Mbembé, en ouvrant le débat sur une pensée plus globale.
« Arrêtons de parler de l'identité. Au fond c'est quoi, notre identité, pas seulement africaine, mais humaine ? Ce qui caractérise l'humain je crois fondamentalement que c'est le fait d'être un passant. Tout nous pousse vers la sortie. Parce que le monde a existé avant nous, il est tout à fait possible qu'il existe après nous. Le monde c'est nous, mais toujours avec d'autres entités humaines biologies organiques etc. Par conséquent si on veut approfondir quelque chose comme la démocratie, ca ne peut plus être uniquement une démocratie des humains. Ca devrait être une démocratie du vivant. C'est ainsi que je conçois l'ide de la condition planétaire. » Achille Mbembé


Ces intellectuels passionnés, écrivains, historiens, économistes, chercheurs, philosophes, manifestement conscients d'une urgence, ont posé là les bases d'une réflexion profonde, et essentielle, qui par effet de transmission, sera, espèrent-t-ils, profitable au plus grand nombre. Reflet de cet enthousiasme public, dès le premier atelier, des citations issues de ces débats ont fusés sur les réseaux sociaux. Dans le public, nombreux étaient ceux qui prenaient des notes, ou enregistraient. Plus tard, seront publiés les « Actes » du colloque, qui pérenniseront ces entretiens entre intellectuels et avec le public.
Construire une pensée consciente et décomplexée est une nécessité vitale devant les enjeux actuels, pour l'Afrique et sa Diaspora, inscrites dans une universalité inter-agissante indéniable.
Et comme les chemins tortueux de la pensée, individuelle et collective, sont pavés de questions, le débat est loin d'être clos. D'ailleurs, devant l'engouement suscité par cet événement, les organisateurs et leurs partenaires, ont, l'a annoncé Felwine Sarr, décidé de reconduire annuellement l'expérience au Sénégal de ces Ateliers de la pensée.


« La philosophie est aussi importante que l'économie pour le devenir de l'Afrique ». Mamadou Diouf, historien


La Nuit de la pensée
Universalisme, décolonialité et mutualité
Modérateur : Achille Mbembé


Mamadou Diouf, Abdourahmane Seck, Françoise Vergès, Souleymane Bachir Diagne, Séverine Kodjo-Granvaux, Ebrima Sall
Ecriture, imaginaire et identités
Modérateur : Alain Mabanckou


Lydie Moudileno, Benaouda Lebdai, Romuald Fonkoua, Abdourahmane Waberi, Houryia Benthouami , Sami Tchak
L'Afrique : la condition planétaire
Modérateur Mamadou Diouf


Célestin Monga, Bonavennture Mve-Ondo, Léonora Miano, Nadia Yala Kisukidi, Felwine Sarr, Achile Mbembé Laure Malécot


http://www.au-senegal.com/la-nuit-de-la-pensee-

Cécile THIAKANE de Thiadiaye à Paris, à l'écoute de cette charmante franco-sénégalaise formée pour booster et innover.

Cécile THIAKANE de Thiadiaye à Paris, à l'écoute de cette charmante franco-sénégalaise formée pour booster et innover.


Elle écoute, observe et donne son point de vue sans sourciller. Vous me direz de qui parle t'il ?
Je ne parle pas de Seynabou BEYE (Du bruit pour cette Réussite silencieuse de Seynabou Beye sénégalaise-employée de l'année chez Mindray Europe -7000 agents), ni de Mariama SARR (Directrice de RestAssured BabyPros- Fort Washington, Maryland-USA), mais de Cécile THIAKANE. Vous l'avez sans doute vu sur facebook, tweeter, et autres, entrain de parler d'innovation, de marketing, de big data, de PME, mais aussi des sujets sociétaux ( eau, santé, xessal, de la femme, etc).En l'écoutant j'ai senti chez elle une intelligence pratique qui veut partager, donner, conseiller, orienter, bref elle sent les choses et trace une stratégie.
Pour moi elle est celle qui a osé faire le grand écart entre le marketing et les algorithmes pour explorer la substance de l'être et des choses afin de les promouvoir.

Je vous propose de l'écouter en la lisant. P B CISSOKO :

Mme Cécile Thiakane si je vous demande de vous présenter à nos lecteurs que choisiriez-vous de dévoiler sur vous.

Je dirais passionnée par les nouvelles technologies, le digital et le big data.
J'occupe le poste de Chief Sales and Marketing Officer de la société DreamQuark à Paris. C'est une entreprise à forte croissance spécialisée dans le Big data et le Deep-learning. Nous couvrons le champ le plus dynamique de l'Intelligence Artificielle. Nos Technologies s'appuient sur des réseaux de neurones profonds combinés à des algorithmes d'apprentissage pour réaliser des taches analytiques ou prédictives.

Mon parcours se résume en plus de quinze années dans les métiers du marketing de la communication essentiellement en agences conseils. J'ai eu à accompagner de grands groupes : FMCG, Cosmétique, Banque - Finance, loisirs, Médias etc. Je jouis donc d'une forte expérience de pilotage des actions marketing. J'ai couvert tous les champs du marketing stratégique et opérationnel et du market research. Je suis une spécialiste de l'analyse des comportements des consommateurs, et décrypteuse de fait sociaux mais aussi experte en analyse qualitative, et marketing stratégique

Ce que j'apprécie le plus dans mon travail est de proposer des solutions pour réinventer les modèles d'affaires de nos clients, par le biais des technologies. Il s'agit ainsi pour moi d'initier un balayage de leurs pôles d'activités pour donner une photo ciblée des vecteurs de croissance jusque là inexplorés.
J'ambitionne par conséquent de mobiliser les facteurs de la modernisation des PME pour sortir l'Afrique du piège de la pauvreté dans lequel l'enferme le déficit de Technologies

Regardons la situation au Sénégal, quel diagnostic faites-vous et que faire ?

Nous sommes sur une bonne dynamique de croissance depuis quelques années, qui gagnerait à davantage porter les habits neufs de la croissance inclusive. En effet bon nombre de Sénégalais font encore face à des urgences de survie de façon quotidienne. Pour assurer une paix sociale, déterminante pour toute émergence, il est primordial de se sortir des ces cercles vicieux. Il semble évident tant que leur situation perdurera, nous pourrons difficilement espérer qu'ils puissent se tourner vers des activités créatrices de valeur pour la communauté. Comme je dis souvent, un ventre vide ne pense pas, un ventre vide ne rêve pas, un ventre vide pleure.

L'impact réel des infrastructures sur l'essor économique mais aussi sur le bien être des populations, n'est plus à démontrer. C'est bien dans cette logique qu'il est urgent d'allouer une part plus conséquente des ressources de l'Etat dans la réalisation de grands travaux d'infrastructures routière et ferroviaire. Il est alors question de désenclaver des régions et d'assurer la mobilité des personnes et des biens intra et inter pays. Certes nombreuses sont les doctrines qui soutiennent qu'il faut d'abord nourrir les populations avant de penser aux infrastructures. Leurs préoccupations sont plus que légitimes. Mon propos ici repose sur une notion appelée le coût d'opportunité. En effet, bien au delà des investissements nécessaires à l'amélioration de ces infrastructures, il convient de mesurer en parallèle les pertes occasionnées par leur défaillance.


Arrêtons-nous deux secondes pour prendre le temps de chiffrer la destruction des denrées alimentaires due à l'inconsistance de nos moyens de transport.

Le manque à gagner est colossal.


Par ailleurs la réforme du système éducatif pour assurer une éducation de qualité en plus des objectifs quantitatifs est un impératif.

Il est opportun de sélectionner les métiers dans lesquels nous devrons nous spécialiser pour être compétitifs dans la chaîne de la valeur mondiale.


Soutenir l'entreprenariat et innovation favorisera inéluctablement l'émergence et la structuration d'un écosystème dynamique et propice à la fertilisation de bonnes pratiques. Nos PME s'adapteront plus volontiers aux enjeux de la mondialisation car leur déficit d'adaptation est devenue un « tueur silencieux » de leur activité.
L'Agriculture, la santé et les télécommunications sont des secteurs prioritaires aussi qui méritent une allocation de ressources plus conséquentes.
Vous le constatez par vous même les ressources de l'Etat étant loin d'être intarissables, il revient à chaque citoyen d'être un levier de la croissance inclusive que j'appelle de mes vœux. Il nous faut l'émergence d'un entreprenariat privé générateur d'emplois décents.

Pour ce faire, un grand écart est attendu.

Ce saut quantique passera par le passage du marketing au big-data. J'ai vu que vous êtes dans une équipe hautement qualifiée pour penser et proposer des stratégies pour agir et réussir.

Je suis trendsetter, j'ai toujours été attirée par des sujets sociaux nouveaux. Ce qui m'intéresse le plus dans mon travail c'est de lancer des tendances, quand j'ai commencé à travailler sur les thèmes du marketing multiculturel en France au début des années 2000, on avait juste compris qu'il y avait une demande à adresser et des besoins non satisfaits.
Aujourd'hui il est banal de voir des rayons produits Halal dans les grandes surfaces, et par conséquent de constater que le ramadan est devenu un grand temps fort promotionnel en grande distribution, que la cosmétique éthnique n'est plus cantonnée dans les quartiers ghetto de château d'eau et château rouge à Paris, mais rivalise sans complexe dans les grands magasins parisiens avec les autres produits.


Il aura fallu tout un travail d'évangélisation et d'accompagnement. J'y ai pris une part active en conseillant des grande marques françaises et internationales qui voulaient se déployer sur ces niches de marché.


Il y a 7 ans, quand j'ai commencé à « travailler » avec le Dr Mondo sur la conception d'un logiciel pour le pilotage du bien être au travail, c'était un concept totalement novateur, mais il adressait aussi un vrai besoin pour répondre de façon idoine et durable au mal être que vivent de plus en plus des salariés.


Depuis 5 ans, c'est le big data qui fait apparaître de nouveaux besoins sur toute la chaine de valeur de la données (collecte, stockage, traitement, analyse, création de valeur...). J'ai voulu être un acteur de cette mutation industrielle. Le Big Data est un, actif immatériel des entreprises et des organisations, devenu un nouvel eldorado pour l'innovation et la croissance. C'est la dimension sociale et humaine du big data qui m'intéresse le plus. Qu'elles soient big ou small, le challenge est d'en faire une smart data au service de l'innovation sociale et économique, environnementale. Ce Big Data dont je parle ici offre aux pouvoirs publics une opportunité unique de reconfigurer leurs stratégies d'innovation et de gouvernance.

Quelle est l'actualité de votre travail aujourd'hui ? Et que peuvent apporter ces outils dans l'amélioration du quotidien ?

Je viens de lancer Humanbet4Africa 221, la société existe déjà au Cameroun. Grace à un algorithme performant nous mettons à la disposition de nos utilisateurs un outil de scoring qui permet d'Updater (mettre à jour) les entreprises. Cet outil permet notamment aux PME de se mettre à niveau tout en améliorant leurs exigences d'efficacité et d'efficience. Les champs d'application de cette solution - l'indice Humanbet Up - permettent de booster l'attractivité des PME et les inscrire dans une dynamique de compétitivité. Les PME ainsi accompagnées se voient dotées de plus d'atouts pour rentrer pleinement dans la compétition mondiale

Comment peut-on penser l'innovation dans la santé et le bien-être aujourd'hui avec les avancées technologiques ?

Mobiliser l'Intelligence Artificielle et la big data au service de la santé. Simplement en ne considérant que les avantages que cela représente dans le diagnostic et la prévention de certaines pathologies, je peux déjà dire que l'intelligence artificielle, le big data et les objets connectés sont une chance pour l'homme de défier et de pousser encore plus loin les limites de la médecine. On est dans l'ère de la santé augmentée qui offrent d'immenses perspectives pour améliorer le bien-être et la santé des populations.
Il est évident que cela nécessite de dresser un cadre éthique et de morale sur la protection des droits des individus mais aussi l'utilisation faites des données sensibles.

Je sais que vous êtes redevable des théories managériales de Mathias MONDO (qui est (page 230) comme moi (page 94) dans le tome 2 du Gotha noir),

Il s'agit du Président Fondateur de Humanbet. Je peux dire que le Docteur Mathias Mondo reste à mes yeux l'un des génies que compte le continent africain, il a des connaissances éparses. Il est en effet le père de la théorie de l'Afro Responsabilité qu'on retrouve dans son ouvrage "L'afro responsabilité : la clé perdue de l'émergence. J'en ai écrit la post face d'ailleurs. ( il faut le lire-PB C)


Il a traité de l'épineux problème du bien-être dans son ouvrage "Les 13 clés du bien-être au travail ". En tant que spécialiste des procédés complexes, il est l'auteur de Scoring des PME dont j'ai parlé plus haut. Il est l'auteur du mercato de l'open innovation en Afrique subsaharienne, des ouvrages Big Data for Africa ou du scoring for Africa entre autres.


Esprit brillant le Dr Mondo, est un humaniste et détecteur de talents. Il a été mon mentor. Mais je peux aussi citer sa dernière révélation Monique Ntumngia. Dans la dynamique des ODD, Il a réussi à propulser cette jeune fille de 26 ans au Panthéon des énergies renouvelables au niveau international en moins de 8 semaines.
Ce n'est pas par hasard que le gouvernement camerounais est venu solliciter ses services en France et qu'en moins de 18 mois il soit propulsé au poste qui est le sien aujourd'hui.


L'Afrique a besoin de beaucoup d'autres Dr Mondo.

Votre société a un gros axe de travail sur la rétine etc. Qu'en est-il ?

Chez DreamQuark, nous développons les algorithmes de deep learning les plus performants sur le marché pour une valorisation de la big data. Nous traitons des données soit structurée (Excel) ou non structurées (Images, Texte, Audio).

Nous dotons nos clients, avec beaucoup de lisibilité de solution pour détecter des phénomènes rares dans leurs bases de données, segmenter ou automatiser un certain nombre de tâches à faible valeur ajoutée afin de pouvoir se concentrer in fine sur des tâches plus créatrices de valeur.


Dans les différents champ d'application de nos technologies, on a des diagnostics précoces automatisés de maladie comme celles de la rétine.

Nos algorithmes alliant performance et précision permettent dans d'avoir des résultats aussi fiables voir plus que les spécialistes. On est en plein dans la santé de demain.

Le deeplearning offre un spectre vaste pour faire des diagnostic en entrainant les algorithmes sur de l'imagerie médicale. Ca pourrait servir à diagnostiquer des cancer de la peau par exemple.

Votre société essaie d'aider les PME dans leurs développements, en quoi l'Afrique peut-elle en bénéficier ?

Là encore il s'agit de Humanbet4Africa.


L'importance des structures d'apprentissage qui regorgent de jeunes start-up - les PME de demain - n'est plus à prouver ! Quel Etat aujourd'hui peut se permettre de ne pas miser sur cette richesse. Elles permettent de s'arrimer au train du numérique, cette opportunité du futur qui se joue dès aujourd'hui.
Il est dès lors plus facile d'accompagner ces nouvelles entreprises et ainsi d'éviter les échecs couteux socialement et économiquement. Pour ce faire les décideurs sont en quête d'un système d'évaluation objectif, applicable à l'ensemble des organisations. Avec nos solutions, nous adressons ces besoins de façon idoine.

Vous êtes une brillante dame avec des idées pointues sur des sujets sociétaux, notamment le xessal, l'eau, la santé, que pouvez-vous nous enseigner ici.

Je suis très sensible au problème de manque d'eau que vivent certaines populations. J'ai passé mon enfance à Thiadiaye et il manquait cruellement d'eau dans ce village à l'époque. J'ai encore l'image des femmes et jeunes filles passant beaucoup de leur temps à effectuer cette corvée. Avoir accès à une eau potable pour toute la population est un droit pour tous.


En 2017, il est déplorable que la première source de mortalité dans nos pays reste les maladies liées à la consommation d'une eau malsaine. Sans eau ni assainissement, point de développement possible tant du point de vue social ou économique. Nos Etats doivent faire preuve de justice sociale et d'équité en soutenant davantage les investissements dans l'eau potable mais aussi les installations sanitaires de bases. Je pense même que c'est l'humanité toute entière qui doit faire face au défi d'une eau potable pour tous pour une dignité et un mieux être social durable.

La santé, une population en bonne santé, comme on le sait tous, est un ressort essentiel pour tout essor économique. Il y a nécessité de mettre davantage l'accent sur le système horizontal de santé qui doit couvrir la santé en général et donner accès aux soins et aux médicaments à toute la population de façon équitable pour une réduction de la mortalité infantile, maternelle et autres maladies banales dues à l'impécuniosité extrême et qui tuent encore plus que les grandes pathologies dont on parle plus souvent.


C'est un vaste programme qui passera entre autre par une meilleure allocation de ressources, une gestion plus efficience sur toute la ligne hiérarchique et un changement des mentalités pour adopter des comportements responsables.

Concernant le Xessal, je me garderai de faire un jugement de valeur sur la fierté d'avoir une peau noire ou pas, c'est un débat idéologique et tellement subjectif. Moi ce qui m'intéresse ce sont les conséquences que cette pratique va avoir sur notre population, notre système de santé et in fine sur notre économie. Je suis préoccupée par ce retour du xessal en force dans la société sénégalaise. Je pense fermement que l'Etat (ministère et agences) a un devoir de sensibilisation, de prévention... Comme cela se fait par ailleurs pour les campagnes sur la conduite avec le téléphone portable, l'alcool, la cigarette entre autres. Si rien n'est fait pour changer les mentalités sur le Xessal, nous allons vers un problème de santé publique qui sera d'envergure majeure et nous n'aurons pas les moyens d'y faire face.

Carton rouge au Xessal, stop au placement de produits "xessalisant" à télé !

A quand une loi pour interdire leur publicité ?

À quand une réglementation responsable de leur fabrication et de leur distribution?

A quand des campagnes nationales "choc" pour une conscientisation efficace ?

Selon vous, les NTIC peuvent t-elles aider l'Afrique à sortir des ténèbres ?


Je signale que certains pays africains sont bien avancés dans l'utilisation efficace de ces outils, création de smartphone, gestion de la santé à distance, etc.
Les NTIC sont une chance pour l'Afrique. Je suis plus que jamais confortée dans son idée qu'un des leviers de croissance de l'Afrique reste inexorablement la capacité des Africains à répondre aux enjeux économiques et sociaux du numérique. La gestion de la santé à distance en fait parti et effectivement c'est le genre de pratique à fertiliser car permettant de palier au déficit de praticiens dans certaines zones.


Le monde est durablement installé dans l'économie du savoir. Cela se traduit par la conception et la mise en place de nouvelles offres adressant de nouveaux besoins apparus avec la digitalisation de la société.


Sur le mobile banking, le transfert d'argent, l'Afrique est un vrai laboratoire d'innovation à ciel ouvert. L'Afrique sert de modèle, le succès de Wari qui vient de racheter l'opérateur Tigo est la preuve s'il en fallait que les NTIC sont un levier de croissance pour nos économies.

Meme si nous accusons sur retard technologique sur certains domaines, sur le champ des Web/App nous avons la chance d'avoir un vivier de développeurs experts en informatique, en dynamisant leur écosystème par des programmes de financements, d'incubation et de d'accélération, nous pourrions faire émerger un entreprenariat digital, des start up qui pourraient rentrer dans la compétition mondiale.


L'Afrique pourrait s'enorgueillir de voir ses geeks rivaliser sans complexe avec leurs pairs des pays développés.

Sur ce champ du numérique, qui a la chance d'être peu capitalistique il faut d'ores et déjà s'inscrire dans la mission de former des jeunes qui pourront répondre aux nouveaux métiers pour tirer profit de la digitalisation de la société, du taux de pénétration du smartphone qui croit de façon exponentielle, de l'émergence du e-commerce en Afrique et du changement du mode de vie, génèrent déjà de la donnée et elle va croire de façon exponentielle. Tout ceci nécessitera que cette production soit analysée et traitée pour inventer un modèle africain inédit de création de valeur et de croissance.

La pauvreté, le chômage, la transhumance/politique, les dérives télévisuelles, les mauvais médicaments vendus sur le bord de la route, la sécurité, l'enseignement, la position de la femme, la religion autant de sujets déroutants pour beaucoup, quelle est votre posture ?


Il faut mobiliser la technologie pour sortir l'Afrique du piège de la pauvreté dans lequel l'enferme de déficit de technologie.

Quand je pose mon regard sur ce qui se passe dans certaines villes africaines, j'ai comme l'impression que nous nous sommes résignés dans la médiocrité et l'irresponsabilité. Certaines choses peuvent être changées sans beaucoup de moyens, il faut juste un changement des mentalités, de la bonne volonté pour agir et faire bouger les lignes.


Je pense à l'incivisme, au manque de conscience environnementale, au vivre ensemble, au respect du bien et de l'espace communs, à la conscience citoyenne.
Sans changements de paradigmes, sans une assomption de nos responsabilités, sans une meilleure implication de la société civile, sans bonne gouvernance, nous pourrons discourir sur l'émergence, mais n'y arriveront pas. Nous sommes au cœur de l'Afro Responsabilité

Vous êtes libre de conclure

Je crois que le numérique et l'émergence du big data peuvent être une réponse à l'inefficacité observée et au déficit de transparence de nombreux programmes gouvernementaux : infrastructures, éducation, santé, agriculture, services, industries de produits...


Donc oui notre Afrique émergera grâce entre autre à l'Afro-responsabilité qui est une solution contre les conservatismes qui nous minent tant, mais aussi grâce à notre volonté de stopper la victimisation et à être capable d'exiger de nos partenaires des deals win-win créateurs de valeur servant au mieux être social de toute la population et pas seulement à entretenir le train de vie d'une classe de privilégies sous forme de pots de vin..

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Œuvrons pour une Afrique libre, volontaire, décomplexée, bien ancrée et ouverte de façon réfléchie au monde. Cette Afrique sera actrice de la mondialisation et pas uniquement consommatrice.

Cécile, j'étais ravi de vous rencontrer, de vous parler et de boire votre afro responsabilité et votre farouche volonté de faire bouger les lignes.

J'espère que nos nombreux lecteurs pourront vous lire encore sur d'autres sujets sur notre site.

Cornel WEST, un Professeur Noir américain influent à connaître-ou le pragmatisme prophétique.

 

Cornel WEST, un Professeur Noir américain influent à connaître-ou le pragmatisme prophétique.


Une présentation trouvée ici et là

Cornel Ronald West, né à Tulsa le 2 juin 1953, est un philosophe et spécialiste des religions américain. Après avoir enseigné à l'université Harvard, il est professeur de religion et d'histoire sur les Noirs américains à l'université de Princeton

Professeur de philosophie et rappeur, Cornel West : L'audace de la critique

Jeudi 16 Avril 2009

Avec son style inimitable d'Afro qui refuse de se blanchir, Cornel West, l'auteur de Race Matters (La race, ça compte)(1993), soulève les foules partout où il passe. Il n'a pas de perruque et ne se défrise pas les cheveux. Il n'a pas grossi. C'est un provocateur de l'envergure de Noam Chomsky mais quand il parle il déborde d'énergie physique : c'est un tonnerre qui parle avec tout son corps. Il a l'habitude de s'habiller d'un austère costume noir sur lequel il tire par un tic qui annonce une conclusion en forme de question.

AUTEUR: Jorge MAJFUD
Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice

Contrairement à Noam Chomsky, West unit le rythme et la passion prosélyte du pasteur usaméricain avec la protestation aiguë du militant. Il est ce que l'on appelle un « professeur étoile », un genre presque inconnu en Amérique latine et qui dans les amphis bondés d'Europe et des USA fait de l'ombre aux étoiles de Hollywood ou de la NBA (National Baseball association). Frantz Fanon a été un autre philosophe noir qui a laissé une trace indélébile dans la pensée de la seconde moitié du XXe siècle, reconnu par Jean-Paul Sartre et pratiqué par Ernesto Che Guevara et Paulo Freire en Amérique latine. Mais le psychiatre caribéen-algérien, auteur de l'essai post-colonialiste, écrit trop tôt, Peau noire, masques blancs (1952) n'a pas reçu de son vivant la considération que les universités usaméricaines lui reconnaissent aujourd'hui, mais plutôt persécution, discrédit et, par moments, un oubli injuste. Quand ce n'était pas la moquerie propagandiste de la droite latino-américaine.
Comme Friedrich Nietzsche, Cornel West est professeur et philosophe de combat. Comme Nietzsche, il combine avec ses intérêts et ses convictions la pensée et la musique. Mais West est un rebelle chrétien. Si avec Nietzsche la parole est le pouvoir, avec West elle est justice, « la forme que prend l'amour en public ».

Loin de la définition nietzschéenne du christianisme traditionnel et loin également de la théologie de l'humiliation de tradition européenne, avec West le christianisme reprend les valeurs qu'il a dû avoir avant Constantin1.


Dans son dernier livre, Hope On à Tightrope (L'espoir sur la corde raide), West nous revient avec un style peu académique. Mais ce style facile à et élégant, plus proche de Kahlil Gibran que d'Edward Said, sans concepts compliqués, a les vertus de la communication populaire. Il n'y a presque pas de personnage historique qui ne soit pas facilement reconnu par des lecteurs non spécialisés. Parmi leurs pages, Napoléon et tant d'autres cessent d'être des grands sans le critère militaire qui a écrit l'histoire pour les textes de l'éducation primaire. « L'Occident parle de Churchill comme d'un grand - note West-. Il croyait que les Noirs étaient des sous-hommes. Il était avec Mussolini. Il a été grand en résistant aux nazis pour l'Empire britannique. Je peux le lui reconnaître. [...] Mais n'allez pas penser que seulement parce que sa souffrance est au centre de sa discussion elle puisse dépasser la mienne » (167).


Son profil de chrétien devenu intellectuel critique et radical se résume dans la phrase qui nous rappelle, littéralement, mais sans Dieu, Che Guevara: « Toute résistance à l'injustice, qu'elle soit aux USA, en Égypte, à Cuba, en Arabie Saoudite, est une activité dirigée par Dieu, parce que l'indignation contre le traitement cruel de tout groupe de personnes est un écho de la voix divine pour tous ceux parmi nous qui pprennent la croix au sérieux » (169). Puis : « MLK [Martin Luther King] l'a clairement énoncé quand il a dit que le massacre criminel des Vietnamiens, et spécialement des enfants, est un signe de la brutalité américaine » (169). Trois jours avant son assassinat, MLK avait préparé un discours appelé « Pourquoi l'Amérique pourrait aller en enfer » (170). Mais l'absence de mémoire historique est un instrument de grande utilité. « En 1969 les Panthères Noires avaient l'habitude de lire en public quelques fragments de la déclaration d'indépendance. Et cela dérangeait les gens. Moi, j'ai écouté Huey Newton lire ceci quand il est sorti de prison. Les gens disaient, 'Quelle doctrine révolutionnaire est-il en train de nous lire maintenant ?' C'était la Déclaration d'Indépendance de Jefferson » (173).


En se référant au jazz, au blues et au hip-hop comme formes d'expression, à la fois échappatoires et de revendication des classes noires opprimées, aujourd'hui adoptés mondialement, West comprend que « aucune autre classe sociale aux USA ne peut se considérer créatrice de la plus importante force culturelle de la planète » (179). Ce qui est erroné si nous considérons que, Hollywood précisément et d'autres industries culturelles, conçues pour renforcer la suprématie qui est critiquée, la suprématie impériale, a été de fait la force culturelle la plus importante du monde, créé par la classe dominante usaméricaine.
En ce qui concerne les Amériques du Sud, West rappelle comment « les USA sont intervenus militairement en Amérique latine plus de cent fois durant les 162 dernières années. C'est très difficile pour un gouvernement de combattre le terrorisme avec la démocratie, alors qu'il a institutionnalisé des politiques militaristes qui ont souvent soutenu des régimes antidémocratiques quand il n'a pas hésité à renverser des régimes démocratiques. La 'sécurité nationale' est devenue plus qu'un terme élastique. Maintenant ils justifient l'agression impériale usaméricaine, les invasions préventives et les guerres au nom de la démocratie. Mais la tyrannie ne peut jamais être promue comme démocratie » (179).


D'autres aphorismes brefs et simples, des annotations en marge accompagnent le dernier livre de West qui fait allusion au titre et au slogan le plus connu d'un des amis de l'auteur, le président Barack Obama (The Audacity of Hope, 2006/L'audace de l'espoir). Mais lorsqu'il parle, West n'est pas condescendant avec son « frère » Obama. Tout au contraire. Il y a quelques jours, dans l'amphithéâtre de l'Université Lincoln, il a défini le problème d'une manière simple : il ne faut pas regarder s'il y a un noir au sommet mais combien de noirs il y a encore au sous-sol. Peut-être les universitaires s'ennuient-ils en lisant des phrases comme « seulement davantage de démocratie, peut améliorer la condition des victimes de la démocratie américaine ».


Mais le West à l'oral est bien plus persuasif que le West à l'écrit, ce qui est déjà beaucoup. Une fois, au cours d'une table ronde sur le 11 septembre, Bill Maher lui a demandé s'il croyait aux théories de la conspiration. West a répondu avec un style qui reflète son intelligence philosophe : « Non. Je sais que le monde est un endroit mystérieux. Je sais que des décisions sont prises généralement en secret. Mais je ne crois en aucune conspiration ».


Un étudiant lui a demandé pourquoi il enseignait dans l'élitiste Université de Princeton, Cornel West a répondu : nous pouvons tous faire quelque chose à partir de quelque lieu que l'on soit. Sans doute, cette voix est-elle davantage écoutée si elle vient de Princeton. Au moins pour les masses, la voix courageuse et lucide de Frantz Fanon est écoutée encore plus fort, étouffée pour un temps au milieu de la poudre d'Algérie, résonnant comme un murmure parmi les étagères des pharaoniques bibliothèques usaméricaines.

On peut entendre Cornel West rapper avec Clifton West et Mike Dailey [ Ils forment le groupe BLACK MEN WHO MEAN BUSINESS (BMWMB)] ici
Article original publié le 15/4/2009

Sur l'auteur
Esteban G. est rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste. Tous deux sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner l'auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7446&lg=fr

http://www.alterinfo.net/Professeur-de-philosophie-et-rappeur-Cornel-West-L-audace-de-la-critique_a31623.html

Cornel West, « prophète » afro-américain et penseur singulier


Notre chroniqueur nous invite à découvrir l'univers du professeur de philosophie de Princetown, grande figure intellectuelle méconnue de ce côté-ci de l'Atlantique.
Par Abdourahman Waberi (chroniqueur Le Monde Afrique) LE MONDE

Grand de taille, clair de teint, crinière afro, costume noir sur chemise blanche, gestes amples et verbe flamboyant. Qui se cache derrière ce portrait en forme d'esquisse ? En France, on donne sa langue au chat, mais, outre-Atlantique, c'est une autre affaire, car la devinette porte sur une grande figure intellectuelle et publique. Au bout de quelques secondes, la réponse fuse : Cornel West, n'est-ce pas ? Pour saisir pleinement l'aura de ce penseur singulier, un détour par l'Histoire s'impose.
Historiquement, les populations noires arrachées au continent africain, asservies au cours de la traversée et transformées en bêtes de somme ont pourtant réussi à constituer des réserves symboliques, psychiques, morales et spirituelles d'une force et d'une profondeur inouïes. Malgré l'exploitation constante et l'oppression perpétuelle, les grandes voix issues de cette humanité-là, qu'elles soient religieuses, artistiques, politiques et ou philosophiques, ont mis leur énergie au service du combat pour les droits civiques de leurs congénères, mais également au service de tous les opprimés du monde.
Lire aussi : « Kemtiyu », le retour de Cheikh Anta Diop


Dans ces communautés que l'on dit diasporiques, des Caraïbes aux Etats-Unis, du Brésil à Cuba, les luttes dessinent un trajet laborieux et coûteux, mais aussi solaire, solidaire et intensément international. Luttes, résistance, floraisons artistiques, dispositions conviviales et trésors spirituels, voilà le terrain labouré hier par Martin Luther King, Malcolm X, W.E.B. Du Bois, John Coltrane, Nina Simone ou James Baldwin, pour ne citer que quelques illustres pionniers.


La sève prodigieuse du blues


Né en 1953 à Tulsa, en Oklahoma, d'une mère enseignante et d'un père employé d'une base militaire, le jeune Cornel fait des études brillantes, qu'il parachèvera à Harvard. Si toute sa carrière se déroule dans le gotha universitaire états-unien, l'homme se fond dans les masses opprimées et réclame la justice, l'égalité et la dignité en leur nom. Face à l'ignorance, il se fait pédagogue. Le petit-fils de prêcheur n'a jamais oublié la sève prodigieuse du blues. Pour lui, tout commence avec le blues qui symbolise la souffrance de l'esclave mais aussi son dépassement.
Cornel West reste fidèle à cette tradition de résistance et de résilience. Outre la musique et les arts, la religion et la philosophie sont les autres sources de son engagement dans la cité. Aux courants religieux noirs écartelés entre conservatisme, alliance avec le capitalisme et messianisme, il a emprunté la tradition prophétique et émancipatrice. « Le prophète dit la vérité et il en accepte les conséquences », martèle Cornel West. Avec un président noir à la Maison Blanche, beaucoup de militants noirs mettent de l'eau dans leur vin. Pas le professeur de philosophie et de combat qui n'épargne ni n'excuse Barack Obama pour ses manquements et autres reniements.


Après quatre décennies de bons services intellectuels, Cornel West vient de prendre sa retraite de l'université de Princeton, dans le New Jersey, mais c'est pour retourner à Harvard et y fomenter d'autres projets esthétiques, éthiques et politiques. Son étoile ne risque pas de pâlir à l'heure où Donald Trump s'apprête à endosser le costume du 45e président des Etats-Unis. A coup sûr, il redoublera d'énergie et de passion pour ne pas laisser le champ à ce qu'il a qualifié de « catastrophe néofasciste ». Méfiant à l'égard de la candidate démocrate Hillary Clinton, il apporte son soutien à Bernie Sanders dans l'élection primaire, avant de donner sa voix à la candidate écologique Jill Stein.


Une œuvre riche et protéiforme


C'est cet homme brillant, passionnant, généreux et tempétueux que le sociologue sénégalais Mahamadou Lamine Sagna nous présente dans un livre et met le lecteur en résonance avec les idées et la trajectoire du natif de Tulsa. Le sociologue ne fait pas mystère de son admiration pour l'auteur de Race Matters qu'il a fréquenté des années sur le campus de Princeton. Il comble aussi un trou immense. Disons-le, c'est un scandale que le lectorat francophone ne dispose que d'un seul livre, Tragicomique Amérique, sorti chez Payot en 2005. Car l'œuvre riche et protéiforme de Cornel West, qui compte une trentaine de titres, embrasse avec la même ferveur Platon, Socrate, les voix bibliques, les génies du blues, du jazz et du hip-hop.
Dans le concert des grandes voix afro-américaines, celles-là même qui ont donné au reste du monde et les armes miraculeuses pour faire reculer les assauts de la nuit et les motifs d'espérance, Cornel West joue sa propre partition. Capter ces notes et en analyser les multiples significations, voilà le pari tenu par le livre de Mahamadou Lamine Sagna. A quand un nouvel ouvrage du philosophe mélomane traduit en français ?


Cornel West, une pensée rebelle, de Mahamadou Lamine Sagna, éditions Karan, 2016 (208 pages, 18 euros).


Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l'actuelle République de Djibouti. Il vit entre Paris et les Etats-Unis, où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). Il est aujourd'hui professeur à George-Washington University. Auteur, entre autres, d'Aux Etats-Unis d'Afrique (éd. J.-C. Lattès, 2006), il a publié en 2015 La Divine Chanson (éd. Zulma).


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/07/cornel-west-prophete-afro-americain-et-penseur-singulier_5044930_3212.html

Le Sénégal ignore ses intellectuels disséminés dans le monde : Le Dr Lamine Sagna aux seuils des Universités sénégalaises, quel gachis !

"Quand l'autre est meilleur que moi il faut lui laisser une place pour qu'il nous donne son savoir, le savoir ne doit pas vivre en autarcie, il doit croiser, s'accoupler aux autres savoirs et c'est ce qui donne un fruit qu'on appelle la mutualistion des compétences, l'avenir est là ..."

Le Sénégal ignore ses intellectuels disséminés dans le monde : Le Dr Lamine Sagna aux seuils des Universités sénégalaises, quel gachis !


Un intellectuel robuste, j'ai nommé Mahamdou Lamine SAGNA.

Les universités sénégalaises auront intérêt à recruter cet intellectuel et d autres qui par patriotisme accepteraient de donner des enseignements de qualité. Il faut les recruter pour un mois, un trimestre un semestre, une année, tout le temps, c'est à définir.


Pourquoi les recrutements sont si complexes pour des gens si brillants, qu'est-ce qui bloque, pourquoi malgré leurs sagacités on refuse de les recevoir et de les recruter ? Pourquoi ? Et on se permet de critiquer les gens ; la fuite des cerveaux ? 


Les américains sont gloutons, ils nous pont piqué le Pr Souleymane Bachir DIAGNE, l historien DIOUF, le mathématicien spécialiste des graphes-Pap SISSOKO, etc. Pour être bon il faut recruter l'excellence.


Il aurait pu enseigner la philosophie, très attaché au département de philo de Paris 8, mais notre homme est dans la Sociologie, la monnaie, non, peut-on dire exactement dans quels domaines il est incompétent ?


Nada, il peut parler sur tout, il a l œil, l'agilité efficace du faucon, que dire il peut enseigner plusieurs disciplines pour faire croître les intelligences qui devront mener notre continent vers des lendemains meilleurs. Un stratégiste vous avez-dit ? Oui je suis séduit et pourtant j'ai des ressources mais je reconnais les qualités intellectuelles de l'homme.


J'avoue que c'est par hasard que mon intérêt pour cet intellectuel est arrivé. La maison d'édition l'harmattan m'envoie régulièrement des ouvrages pour ichrono.info/ex-libris et je tombe sur un préfacier qui connaît bien F NIETZSCHE, SARTRE, SENGHOR, DUBOIS, CESAIRE, FANON, etc « Arts, négritudes et métamorphoses identitaires », je m'interroge et me demande qui est cet homme est-ce celui que je connais ? La réponse est oui c'est lui, je savais qu'il était brillant, sagace mais avec des limites. Je me mets à la recherche des ses publications, il fait nuit qu'importe ça vaut le coup, j'écoute ses émissions sur RFI, ses conférences, ses interviews dans diverses tv dont « questions directes avec A DIOP de TFM/Sénégal, et me voici convaincu une seconde fois ; il fait nuit je vais me coucher et je me dis qu'il y a un manque : qui est Cornel WEST ? Réponse demain.


Lamine Sagna est un polymathe, un curieux du savoir une tête bien pleine et bien faite, mais comme tous ses géants ils ne sont souvent pas reconnus chez eux, on les fuit, on les évite croyant qu'il va prendre la place des uns et des autres. Comment dès lors profiter de cette encyclopédie généreuse qui ne demande qu'à servir. Récemment au Sénégal, lors de son séjour à Ziguinchor il a offert plus de 100 ouvrages de son dernier livre sur C WEST le penseur-prophète...


Mais combien y-avait-il d'étudiants au départ. La réponse 4. Le pédagogue qu'il est ne se décourage jamais même si un seul étudiant devait suivre son exposé, c'est un succès, c'est bien après que le public est arrivé et ne voulait plus le laisser partir tellement les apports de cet intellectuel étaient inhabituels. Une pensée dense, bien construite et originale.


Durant son séjour Lamine a été gratifié par deux intellectuels ; attachez vos ceintures : Liliane KESTELOOT et Cheikh Hamidou Kane, qui ont compris le gâchis qui était en train de se produire en laissant aux autres la science incarnée de cet intellectuel.
Avec Lamine SAGNA l'éducation universitaire sénégalaise ouvre ses portes au monde, il a un carnet d'adresses qui peut aider le développement de nos universités.


Pourquoi diable l'Université du Sénégal ne recrute pas les intelligences sénégalaises disséminées à travers le monde ? Nous avons tellement de savants, de talents qui pourraient animer des séminaires des cours mensuels, ou des UV, qu'importe, il faut donner à ses gens la possibilité d'enseigner aux étudiants le savoir dont on a besoin et qu'ils ont dispensé ailleurs aux USA, dans les pays du Nord, en France, en Afrique, etc.


C'est une question de mentalité, nous avons peur de ceux qui viennent d'ailleurs et pourtant ceux-là veulent une chose : contribuer à la promotion du savoir universel. On a besoin de mutualiser nos savoirs compétences d'où qu'ils viennent et c'est comme cela que nous pourrons concourir à l'avancée du monde.


On peut lire ici et là :
Sociologue sénégalais, chercheur au Laboratoire de changement social et politique (LSCP) de l'Université Paris-Diderot
Biographie de Sagna Mahamadou Lamine
Sociologue sénégalais, chercheur au Laboratoire de changement social et politique (LSCP) de l'Université Paris-Diderot, il est l'auteur de Monnaie et Sociétés (L'Harmattan, Paris, 2001). Il travaille sur la pauvreté et l'exclusion financière dans l'environnement global. Après avoir enseigné plus d'une dizaine d'années aux États-Unis, notamment à l'Université de Princeton (2002-2011), il donne des cours et des conférences à travers le monde : Shanghai, Abidjan, Bamako, Dakar, New York, etc. Depuis qu'il a élu domicile en 2012 en Normandie, il navigue entre New York, Paris et Dakar, où il organise tous les deux ans des conférences « Homecoming », dans le cadre de son association, Rencontre des Sénégalais pour une organisation utile des ressources de la communauté expatriée (Re-Source/Sununet). L'objectif : contribuer de manière concrète au développement du Sénégal, avec le soutien de la diaspora. http://www.geopolitique-africaine.com/auteur/mahamadou-lamine-sagna


Dans diasporas on lira ceci :


Mahamadou Lamine Sagna, sociologue sénégalais, s'intéresse au symbolisme des échanges et de la monnaie. Après des études de commerce, d'ethnopsychiatrie et une thèse de sociologie en 1997 à l'université de Caen sur le rapport des pauvres à l'argent et à La Poste en France, il a enseigné à Nanterre, puis à l'université du Maryland aux Etats-Unis (2000-2002), avant de rejoindre la prestigieuse université de Princeton (2002-2011).
Il y a donné des cours sur « la monnaie et la religion », mais aussi, avec un astrophysicien nigérian, sur la « science et les technologies appliquées au développement » dans les départements d'études africaines et d'études africaines-américaines.
Voilà quinze ans qu'il travaille sur l'Afrique et la globalisation, l'exclusion, ainsi que le rapport entre « monnaie, religion et immigration dans le cas des Sénégalais de New York ».

Yasmina CHOUAKI de RFI

A écouter 
http://www.rfi.fr/emission/20130319-2-lamine-sagna/

Mahamadou Lamine Sagna a été enseignant-chercheur à l'Université de Princeton. Docteur en Sociologie et Maîtrise d'Ethnopsychiatrie, il est aussi diplômé d'Ecole de Commerce à Lyon. Il mène des recherches sur l'immigration, la monnaie, la pauvreté et les questions développement dans la globalisation.


En Sol Majeur joue la partition du métissage de façon ludique et musicale. Des personnalités (politique, culture, sport, sciences) de « double culture » nous font partager leur histoire jalonnée d'espérances, de combats, d'humiliations parfois, de rêves souvent. Le tout sous la houlette d'un programme musical signé par l'invité. Une émission de Yasmine Chouaki avec la collaboration de Caroline Filliette (programmation) et de Laura Pinto (réalisation).


Mahamadou Lamine Sagna a été enseignant-chercheur à l'Université de Princeton. Docteur en Sociologie et Maîtrise d'Ethnopsychiatrie, il est aussi diplômé d'Ecole de Commerce à Lyon. Il mène des recherches sur l'immigration, la monnaie, la pauvreté et les questions développement dans la globalisation.
Ifan Bondy Soutoukoum

Toure Kunda Fondinke

Toumani Diabate The Mande Variations

Bob Marley One drop

Miles Davis Tutu

John Coltrane Ascension

Toure Kunda Natalia


Sur youtube Lamine SAGNA et C WEST à la cité U de Paris


https://www.youtube.com/watch?v=w_tfXERFgC8

L'universitaire Gilles Kepel ravive la fracture à gauche sur l'islam par Eugénie Bastié

L'universitaire Gilles Kepel ravive la fracture à gauche sur l'islam par Eugénie Bastié

Gilles Kepel publie La Fracture (Gallimard), un récit de la division du pays entre comunuataristes et identitaires.

L'islamologue a publié une charge virulente contre les « islamo-gauchistes », qu'il qualifie de « charlatans » dans une interview à l'Obs. Une prise de position qui ravive une vielle querelle à gauche, alors que Licra s'oppose à la notion d'« islamophobie ».

Pavé dans la mare à gauche. L'universitaire Gilles Kepel, auteur de Terreur dans l'Hexagone, une genèse du djihadisme français, vient de publier La Fracture, un livre où il dénonce la division du pays entre, d'un côté, des groupes communautaristes prônant un islam conquérant et, de l'autre, les groupes identitaires alimentés par l'extrême-droite. Le spécialiste reconnu de l'islam français, qui a publié plusieurs ouvrages sur l'islamisation des banlieues, dénonce également avec virulence les «islamo-gauchistes» qu'il qualifie de «charlatans» dans une interview à l'Obs, où il fustige «ces intellectuels tétanisés par la culpabilité postcoloniale» devenus les idiots utiles de la lutte contre l'islamophobie.

Selon Kepel, ce terme est un leurre. «Les musulmans ne sont pas plus victimes de discrimination que d'autres personnes», a-t-il déclaré lundi sur France Inter. Il accuse notamment le CCIF (Comité contre l'Islamophobie en France) d'être le fruit d'une «stratégie de conquête» pensée et dirigée par les Frères musulmans. Il cible également le Bondy Blog, un média créé à l'occasion des émeutes de 2005 et hébergé sur le site de Libération d'être «totalement repris en main par cette frange frériste qui fait de l'islamophobie son principal slogan». «Pour les Frères musulmans, dans la mouvance de Tariq Ramadan, comme pour Marwan Muhammad (le directeur exécutif du CCIF), il y a une volonté manifeste de mobiliser cette jeunesse musulmane en occultant le phénomène des attentats, en se refusant à le penser», accuse l'islamologue.

Ce cri d'alarme de Gilles Kepel suscite des attaques virulentes à gauche, dans les rangs de ceux qu'il dénonce comme islamo-gauchistes. Le Bondy Blog a publié un droit de réponse à ses accusations, qualifiées de «délirantes et mensongères». Une indignation soutenue par le fondateur de Médiapart, Edwy Plenel, qui a qualifié les attaques de Kepel d'«ignorantes». Le fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface a, lui, évoqué une «dérive inquiétante de l'Obs» et dénoncé le «narcissisme» et la «courtisanerie» du chercheur. L'ex-trader Marwan Muhammad a accusé Gilles Kepel, pourtant bardé de diplômes, d'être un faux universitaire.

Autre illustration récente de cette division à gauche, le refus par l'une des principales associations antiracistes françaises, la Licra, d'employer le terme «islamophobie», réaffirmé par son président Alain Jakubowicz ce week-end. Selon lui, le terme est «une imposture», utilisée «comme une arme contre la laïcité destiné à protéger un dogme religieux». Gilles Clavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra) a affiché son soutien à Kepel et à la Licra.

Tandis que le journaliste Frédéric Haziza a défendu Kepel et Jakubowicz dans leur dénonciation du terme islamophobie, le journaliste Claude Askolovitch écrit dans Slate : «Que cette Licra milite, activement, pour que le mot "islamophobie" soit banni du vocabulaire public est donc une catastrophe notable, politique et idéologique.»
«Islamo-gauchisme», un mot né dans les années 2000

Ces affaires ne sont que les dernières secousses d'une ligne de fracture qui divise durablement la gauche française, entre les tenants d'une laïcité scrupuleuse, que leurs adversaires qualifient parfois de «laïcards» et ceux qui voient dans les musulmans une minorité stigmatisée, que leurs adversaires qualifient d'«islamo-gauchistes». L'expression «islamo-gauchiste» a été popularisée à l'orée des années 2000 dans le débat public français. Comme le rappelait Libération, le mot apparaît sous la plume de Pierre-André Taguieff dès 2002. L'auteur de La Nouvelle Judéophobie désignait ainsi «la nouvelle configuration tiers-mondiste, néo-communiste et néo-gauchiste, plus connue sous la désignation médiatique de "mouvement antimondialisation"». Cette alliance se retrouvait notamment dans la défense par l'extrême-gauche du camp palestinien.

Mais depuis les attentats terroristes de 2015, le terme a connu un véritable succès. Il a notamment été employé par plusieurs figures intellectuelles de gauche comme la féministe Elisabeth Badinter, l'éditorialiste Jacques Julliard, la journaliste Caroline Fourest ou encore le mouvement laïque du Printemps républicain, auquel appartiennent Gilles Kepel et Gilles Clavreul. Manuel Valls avait lui-même repris l'expression à son compte sur Radio J en mai 2016, accusant «les capitulations intellectuelles, les ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de cette violence et de cette radicalisation».

Pour les personnalités visées, ce vocable est un néologisme infamant, destiné à empêcher tout débat. L'historien israélien antisioniste Shlomo Sand compare même le terme à celui de «judéo-bolchévisme» employé par les antisémites dans les années 1930.

Débutée après le 11 septembre 2001, la querelle sur l'islamo-gauchisme est loin d'être finie. Un an après le 13 novembre, la fracture n'a jamais été aussi grande entre la «gauche Plenel» et la «gauche Kepel».

L'universitaire Gilles Kepel ravive la fracture à gauche sur l'islam par Eugénie Bastié

L'universitaire Gilles Kepel ravive la fracture à gauche sur l'islam par Eugénie Bastié

Gilles Kepel publie La Fracture (Gallimard), un récit de la division du pays entre comunuataristes et identitaires.

L'islamologue a publié une charge virulente contre les « islamo-gauchistes », qu'il qualifie de « charlatans » dans une interview à l'Obs. Une prise de position qui ravive une vielle querelle à gauche, alors que Licra s'oppose à la notion d'« islamophobie ».

Pavé dans la mare à gauche. L'universitaire Gilles Kepel, auteur de Terreur dans l'Hexagone, une genèse du djihadisme français, vient de publier La Fracture, un livre où il dénonce la division du pays entre, d'un côté, des groupes communautaristes prônant un islam conquérant et, de l'autre, les groupes identitaires alimentés par l'extrême-droite. Le spécialiste reconnu de l'islam français, qui a publié plusieurs ouvrages sur l'islamisation des banlieues, dénonce également avec virulence les «islamo-gauchistes» qu'il qualifie de «charlatans» dans une interview à l'Obs, où il fustige «ces intellectuels tétanisés par la culpabilité postcoloniale» devenus les idiots utiles de la lutte contre l'islamophobie.

Selon Kepel, ce terme est un leurre. «Les musulmans ne sont pas plus victimes de discrimination que d'autres personnes», a-t-il déclaré lundi sur France Inter. Il accuse notamment le CCIF (Comité contre l'Islamophobie en France) d'être le fruit d'une «stratégie de conquête» pensée et dirigée par les Frères musulmans. Il cible également le Bondy Blog, un média créé à l'occasion des émeutes de 2005 et hébergé sur le site de Libération d'être «totalement repris en main par cette frange frériste qui fait de l'islamophobie son principal slogan». «Pour les Frères musulmans, dans la mouvance de Tariq Ramadan, comme pour Marwan Muhammad (le directeur exécutif du CCIF), il y a une volonté manifeste de mobiliser cette jeunesse musulmane en occultant le phénomène des attentats, en se refusant à le penser», accuse l'islamologue.

Ce cri d'alarme de Gilles Kepel suscite des attaques virulentes à gauche, dans les rangs de ceux qu'il dénonce comme islamo-gauchistes. Le Bondy Blog a publié un droit de réponse à ses accusations, qualifiées de «délirantes et mensongères». Une indignation soutenue par le fondateur de Médiapart, Edwy Plenel, qui a qualifié les attaques de Kepel d'«ignorantes». Le fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface a, lui, évoqué une «dérive inquiétante de l'Obs» et dénoncé le «narcissisme» et la «courtisanerie» du chercheur. L'ex-trader Marwan Muhammad a accusé Gilles Kepel, pourtant bardé de diplômes, d'être un faux universitaire.

Autre illustration récente de cette division à gauche, le refus par l'une des principales associations antiracistes françaises, la Licra, d'employer le terme «islamophobie», réaffirmé par son président Alain Jakubowicz ce week-end. Selon lui, le terme est «une imposture», utilisée «comme une arme contre la laïcité destiné à protéger un dogme religieux». Gilles Clavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra) a affiché son soutien à Kepel et à la Licra.

Tandis que le journaliste Frédéric Haziza a défendu Kepel et Jakubowicz dans leur dénonciation du terme islamophobie, le journaliste Claude Askolovitch écrit dans Slate : «Que cette Licra milite, activement, pour que le mot "islamophobie" soit banni du vocabulaire public est donc une catastrophe notable, politique et idéologique.»
«Islamo-gauchisme», un mot né dans les années 2000

Ces affaires ne sont que les dernières secousses d'une ligne de fracture qui divise durablement la gauche française, entre les tenants d'une laïcité scrupuleuse, que leurs adversaires qualifient parfois de «laïcards» et ceux qui voient dans les musulmans une minorité stigmatisée, que leurs adversaires qualifient d'«islamo-gauchistes». L'expression «islamo-gauchiste» a été popularisée à l'orée des années 2000 dans le débat public français. Comme le rappelait Libération, le mot apparaît sous la plume de Pierre-André Taguieff dès 2002. L'auteur de La Nouvelle Judéophobie désignait ainsi «la nouvelle configuration tiers-mondiste, néo-communiste et néo-gauchiste, plus connue sous la désignation médiatique de "mouvement antimondialisation"». Cette alliance se retrouvait notamment dans la défense par l'extrême-gauche du camp palestinien.

Mais depuis les attentats terroristes de 2015, le terme a connu un véritable succès. Il a notamment été employé par plusieurs figures intellectuelles de gauche comme la féministe Elisabeth Badinter, l'éditorialiste Jacques Julliard, la journaliste Caroline Fourest ou encore le mouvement laïque du Printemps républicain, auquel appartiennent Gilles Kepel et Gilles Clavreul. Manuel Valls avait lui-même repris l'expression à son compte sur Radio J en mai 2016, accusant «les capitulations intellectuelles, les ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de cette violence et de cette radicalisation».

Pour les personnalités visées, ce vocable est un néologisme infamant, destiné à empêcher tout débat. L'historien israélien antisioniste Shlomo Sand compare même le terme à celui de «judéo-bolchévisme» employé par les antisémites dans les années 1930.

Débutée après le 11 septembre 2001, la querelle sur l'islamo-gauchisme est loin d'être finie. Un an après le 13 novembre, la fracture n'a jamais été aussi grande entre la «gauche Plenel» et la «gauche Kepel».

Mohamed Talbi : « L'islam est né laïc » Par Fawzia Zouari in jeuneafrique.com

 

Lire pour comprendre et ouvrir l'esprit. P B CISSOKO

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par les hadiths et la charia. Rencontre avec le doyen de la pensée critique musulmane, Mohamed Talbi. Une interview parue dans "Jeune Afrique" n° 2793 (20-27 juillet 2014).


Né en 1921 à Tunis, Mohamed Talbi est considéré comme l'un des historiens et penseurs les plus éminents du monde arabo-musulman. Agrégé d'arabe en 1952, premier doyen, en 1966, de la faculté des lettres et sciences humaines de Tunis, il soutient sa thèse de doctorat sur les Aghlabides (première dynastie arabo-musulmane fondée en Tunisie) en 1968, à la Sorbonne. Devenu opposant au régime de Ben Ali, il rejoint au début des années 1990 le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu alors).
Salué comme un penseur tolérant et ouvert, il n'en heurtera pas moins nombre de ses coreligionnaires en raison notamment de sa critique radicale des hadiths (traditions relatives aux actes et aux paroles du Prophète), seconde source de la législation après le Coran aux yeux des sunnites. Pionnier du dialogue interreligieux, Talbi ne s'est pas non plus privé de reprocher aux chrétiens de méconnaître l'islam.
Ardent défenseur de la liberté de penser, il dénonce le passéisme du wahhabisme, tout en livrant un combat acharné contre ceux qui osent remettre en question la véracité du Coran, qu'il nomme les "désislamisés". Personnalité à la fois tolérante et sans demi-mesure, ouverte et radicale, Talbi déroute.


En réalité, l'homme qui aime à dire qu'il est "historien et non pas passeur de pommade" est attaché au parler vrai. S'il réclame le droit d'être intransigeant, il ne voue pas pour autant aux gémonies ceux qu'il estime être dans l'erreur, restant à l'écoute de ses contradicteurs, au point de qualifier de "sympathiques" certains pourfendeurs de l'islam tel Michel Houellebecq. Sa liberté de ton, il affirme la tenir du Coran : "Je ne cesserai jamais de dire que l'islam nous donne la liberté, y compris celle d'insulter Dieu..." (Le Monde, 2009).


Son ami le père Michel Lelong le défend en ces termes : "Son sens de la justice et sa quête de la vérité le conduisent parfois à des jugements excessifs. Mais c'est un homme sincère, fondamentalement croyant et profondément attaché au message du Coran."


En éternel ennemi du wahhabisme et du fondamentalisme, l'auteur du Plaidoyer pour un islam moderne (1998) dénonce l'intention des islamistes d'instaurer des dictatures théocratiques. Et va encore plus loin dans ses déclarations – certains diront ses provocations – en qualifiant par exemple la deuxième épouse du Prophète, Aïcha, de "femme de petite vertu", ou en affirmant que l'islam n'a jamais interdit la prostitution et que les péripatéticiennes ne commettent aucun péché. Mais le tollé soulevé par ses propos n'émeut pas outre mesure Mohamed Talbi, qui continue, depuis sa petite maison du Bardo, de penser et d'écrire comme si de rien n'était.


Jeune Afrique : Vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que nous conduisions notre entretien en français ?
Mohamed Talbi : Pas du tout. Le français est une belle langue, nuancée, fine. Pourquoi la récuserait-on ? Par chauvinisme ou je ne sais quel déni incongru ? C'est notre langue d'ouverture. Nous ne pouvons le nier. C'est une langue de l'islam aussi. Car l'islam n'a pas de langue précise, pas plus que Dieu. Toutes les langues du monde sont les langues de l'islam.
Les musulmans pensent qu'Allah parle arabe...


C'est plutôt le contraire que dit Allah : "Si le Coran avait été révélé ailleurs, il serait descendu dans la langue de la communauté réceptrice." Cela aurait pu être un Coran non arabe.
Justement. Comment expliquer le manque d'ouverture du monde arabo-musulman et son repli identitaire ?
On ne peut pas empêcher l'homme d'être imbécile, c'est ce qui fait d'ailleurs son charme. L'idiotie est un aspect de l'humain. Imaginez un monde fait d'êtres superintelligents. Il serait insipide. Nous avons besoin d'imbéciles, à condition qu'ils ne deviennent pas explosifs, dans le sens littéral et figuré du terme. J'ai entendu un jour un certain Gassas [député tunisien qui s'est illustré par ses sorties misogynes au sein de l'Assemblée nationale constituante, NDLR] déclarer que, selon la religion, les femmes doivent rester à la maison et qu'elles ne sont que le tiers de l'homme. Comment cela se peut-il dans le monde actuel ? Mais cela est. Ce monsieur croyait dire la vérité.


L'Occident a sa part aussi dans la bêtise. George W. Bush est-il un homme intelligent ? Je me le demande. Il n'a fait que se tromper, alors qu'il était entouré des plus grands experts et intellectuels de la planète. Qui l'a poussé à aller en Irak ? Pourquoi a-t-il menti sur les prétendues armes de destruction massive qu'aurait détenues Saddam ? Voilà le chef du pays le plus puissant du monde qui se révèle être l'un des plus grands imbéciles ! Notre Gassas est folklorique. Mais Bush est dangereux, et il l'a démontré. Les musulmans n'ont pas l'apanage de la bêtise.


Qu'est-ce qu'être musulman, selon vous ?


Être musulman, c'est se revendiquer de l'islam. C'est naître d'une cellule musulmane. C'est s'assumer comme tel en toute liberté et en toute intelligence. Lorsqu'on est musulman, on est conditionné, on ne peut pas le nier. C'est idiot, mais c'est comme ça. On est condamné à être ce que l'on est. C'est une sorte de code génétique. Vous me direz, est-ce qu'on est libre dans ces conditions ? Non. Est-ce qu'on devient libre ? Oui, on le peut. Mais on ne le devient pas forcément.


Pensez à tous ces automates commandés par leur naissance et qui ont des convictions en béton, au point de tuer. Ceux-là ne se considèrent pas comme des terroristes, il s'agit selon eux de convictions. Des convictions que nous considérons, nous, comme du terrorisme. Et c'est là tout le problème. Celui de la vérité. Qu'est-ce que la vérité ?
Quel jugement portez-vous sur le terroriste qui invoque des convictions musulmanes ?


Je peux d'autant plus porter un jugement sur lui qu'il ne se prive pas d'en porter sur moi. Personnellement, j'ai été accusé de kofr ["apostasie"] et condamné par trois mouvements islamistes, qui ont réclamé ma mise à mort. La sentence a même été taguée sur les murs de ma maison. Cela ne m'a pas effrayé. J'en ai informé la police, qui d'ailleurs ne s'est pas déplacée.
De toute façon, je suis appelé à disparaître un jour. Je n'ai pas demandé une protection particulière. Mon jugement sur le terroriste est qu'il n'agit que par agressivité et que toute agressivité est à condamner. On doit répondre à l'agression par l'autodéfense. Il me semble que c'est juste et rationnel. Il ne s'agit même pas de religion. Aucun dieu ne dit de porter atteinte à la vie de l'autre. En l'occurrence, il s'agit simplement de défendre le droit à la vie. Il y a là quelque chose de parfaitement fondé. Ceux qui prétendent que l'islam est violent se trompent.
Partout dans le monde, il y a toujours eu des terroristes avec des visées différentes.

L'Europe a eu ses terroristes avec ou sans Dieu, athées ou au service d'un idéal. Le terrorisme n'est pas uniquement religieux. C'est une déformation de la structure de la pensée qui nie la liberté. C'est cela le terrorisme : une négation de la liberté.


Je prétends que l'islam est un humanisme. Il n'y a pas dans le Coran un chapitre sur l'extermination sacrée.
Certains accusent l'islam d'avoir une propension à la violence...


C'est faux. C'est plutôt dans la Bible qu'on trouve des incitations à la violence. Car la Bible parle d'extermination sacrée. J'ai cité le passage relatif à cette incitation quand il y a eu l'opération israélienne Plomb durci à Gaza avec toutes sortes d'armes d'extermination [décembre 2008-janvier 2009]. Pourquoi ne parle-t-on pas de la violence des autres religions dans ce cas ? Est-ce qu'il y a différentes manières de tuer, les unes plus pacifiques que les autres ? Est-ce qu'il y a des armes autorisées ? Cela me fait rire.


Je prétends que l'islam est un humanisme. Il n'y a pas dans le Coran un chapitre sur l'extermination sacrée. Il y a toujours cette règle de distinction dans l'exercice de la violence : "N'agressez pas. Si vous êtes agressés, ripostez de la même manière dont vous avez été agressés et, toutefois, restez pieux envers Dieu." C'est ça la règle. Les autres versets qui parlent de violence sont l'exception. Au début, les musulmans ont tout supporté de la part des Mecquois sans riposter. On leur a confisqué leurs biens et ils se sont abstenus de répondre. Il est vrai qu'ils étaient trop faibles. Mais, à un moment, Dieu les a autorisés à répondre à la violence par la violence. Ce fut la première fois que le Coran autorisa la riposte.
Vous avez toujours dit que votre seule référence était le Coran.


Oui. Je ne crois qu'au Coran et pas à la charia. Je ne retiens comme hadith vrai que celui qui concorde avec le Coran. Par exemple, ce hadith : "Le musulman est celui qui ne porte aucun préjudice aux autres ni par sa langue ni par sa main." C'est un propos qui définit exactement le Prophète, homme pacifique s'il en est. Et qui est en parfaite adéquation avec le Livre, lequel dit, en quelque sorte : "Foutez-vous la paix mutuellement

." Autre exemple, on a rapporté au Prophète cette histoire : "Nous avons vu unetelle fricoter avec un homme." Et le Prophète de répondre : "Pourquoi ne l'avez-vous pas couverte de votre manteau ?" Là, j'achète.


C'est un hadith qui converge avec l'islam tel que je le conçois : porté sur la confiance mutuelle et le respect de l'autre. Pour le reste, je dis que seul le Coran oblige. La charia est oeuvre humaine. Il faut lutter contre elle par la critique, la rénovation de la pensée, la revendication des droits de l'homme et la laïcité.


La laïcité ?


Oui. L'islam est né laïc. "Nulle contrainte en matière de religion." Le Coran est le seul livre sacré qui dise cette phrase, si claire, si laïque. Chacun pratique la religion qu'il veut. L'État n'a pas à s'immiscer dans les affaires religieuses. Il a une seule fonction : créer une atmosphère de paix pour tous. Or qu'ont fait les États islamiques ? Ils ont exercé la contrainte religieuse. Et le Coran dit non aux États islamiques.
Du temps du Prophète, il y avait des juifs et des chrétiens. Mohammed n'y voyait pas d'inconvénient. On ne l'a jamais vu courir dans les rues armé d'un gourdin, demandant "qui est chrétien ?" pour asséner des coups. C'est le conservatisme arabe qui a triomphé en la matière, et on a attribué cette dérive à l'islam. L'islam est venu apporter la modernité et la rationalité. Le Coran, c'est l'appel à la raison, donc à la laïcité.


Nous avons pour nous le Coran, les islamistes ont pour eux une charia de fabrication humaine. Nous avons un texte fondateur de l'islam, ils ont une série de commentaires rédigés au IIe siècle de l'hégire (VIIIe siècle ap. J.-C.). Jusque-là, les musulmans avaient vécu sans charia et s'en portaient très bien. Leur malheur a commencé à partir du moment où ils ont élaboré une loi islamique au profit de despotes désireux avant tout de commander et de pouvoir tuer légalement. La charia n'est rien d'autre que cela.


Se référer au Coran veut-il dire observer toutes ses recommandations et obligations sans possibilité de les faire évoluer ?


Pas du tout. Le Prophète lui-même avait modifié certaines dispositions durant les vingt premières années, en disant "celle-ci est bonne" ou bien "aujourd'hui, je vous donne une meilleure recommandation". La lecture du Coran doit être vectorielle. D'ailleurs, le mot "charia" n'existait pas à l'époque. On utilisait le mot "hidaya", "orientation". Et l'orientation est dynamique par définition. Il est dit : "Le Coran oriente vers ce qui est le plus droit." Dans la vie humaine, l'orientation est toujours à parfaire et il faut tenter d'aller vers le plus droit, selon son époque et son temps.
Il faut actualiser certaines lois coraniques. C'est dans l'esprit du Livre que de corriger ce qui est perfectible.


Peut-on, par exemple, revenir sur la loi coranique concernant l'héritage ?


Bien sûr. Il faut l'actualiser. C'est dans l'esprit du Coran que de corriger ce qui est perfectible. Il nous dit sans cesse d'aller plus loin. La société doit légiférer pour plus de justice en matière de droits de l'homme et de la femme. La loi doit être constamment adaptée à chaque lieu et à chaque époque. Ce qui est bon aujourd'hui ne le sera pas forcément demain.


Et la lapidation ?


Elle n'existe pas dans le Coran. Elle fait partie de la tradition juive. Aucun verset n'en parle. La lapidation est une "perle" de la charia. L'appliquer est une aberration. Ce serait comme si un juge légiférait selon une loi en disant qu'elle n'existe pas dans le code mais qu'elle est toujours valable.


La polygamie ?


Le Coran ne l'a pas inventée. Loin de là. Il l'a trouvée, et elle était illimitée. Elle était en usage surtout en Afrique. À tel point que même l'Église a permis aux Subsahariens de multiplier les épouses. Idem en Perse et en Inde. Le Coran a limité et conditionné la polygamie. Et notre Bourguiba a très bien vu les choses en l'interdisant. En effet, comment être juste avec trois ou quatre femmes, comme le recommande le Coran ?


Peut-on avoir un regard critique sur l'islam, d'une manière générale ?


Oui. C'est ce que nous faisons. Cependant, le regard qui prétend que le Coran n'est pas vrai, ou qu'il n'est pas authentique, n'est pas admissible. À partir du moment où l'on déclare l'irrecevabilité de la révélation, on cesse d'être musulman. Parce que l'islam commence par cette phrase : "Ceci est le Livre qui ne souffre aucun doute." Le musulman est celui qui ne doute pas du Livre.
Le musulman croit que le Coran est la parole de Dieu. Vous pouvez être en désaccord, dire que ce texte est écrit, fait de fragments, a été forgé au cours de l'Histoire, etc. Vous êtes libre de quitter l'islam. Je recommande même à qui se sent mal à l'aise dans cette religion ou doute de la révélation de ne pas être musulman. Celui qui ne trouve pas ses repères en islam, qu'il en sorte !
Mais il risque la mort pour apostasie...


Comme la lapidation, l'apostasie n'existe pas dans le Coran. Elle a été créée par la charia pour permettre aux tyrans de sévir et d'assassiner. Durant l'époque des califes, on pouvait être ce qu'on voulait, à condition de ne pas se rebeller contre le souverain. Mais à partir du moment où l'on se rebelle, on peut vous trouver n'importe quel prétexte pour vous tuer.


Peut-on être ou rester musulman en vivant ailleurs qu'en terre d'Islam ?


On l'est souvent malgré soi. L'islam a cessé d'être une religion pour devenir une identité. Il est devenu une appartenance à une communauté. Regardez, l'État français vous qualifie de musulman dès lors que vous êtes basané ou que vous portez un nom arabe. N'est-ce pas là forcer les musulmans à se considérer comme tels même s'ils sont sans foi ni religion ?
Seulement parce qu'ils constituent une communauté venue se greffer sur le peuple français qui, lui, n'est pas communautaire ? Les juifs posent d'ailleurs le même problème. Ils constituent eux aussi une communauté, et même quand ils ne sont plus juifs, ils continuent d'être vus comme tels. Une Rachida Dati, par exemple, peut déclarer en France : "Je suis française de parents étrangers." Point. Elle n'est pas forcément musulmane.


Je conseille fortement aux musulmans identitaires de dire qu'ils ont quitté l'islam, qu'ils ne sont plus musulmans, et de s'intégrer dans les sociétés laïques où ils se trouvent ! Il n'y a pas de mal à cela. De même, 60 000 Tunisiens se sont convertis au christianisme. Ils ont renié l'islam, c'est leur droit. Je les ai visités dans leurs églises. Il n'y a là aucun mal.


Peut-on être musulman et ne pas pratiquer ?


Non. Si on rejette la pratique, on rejette le Coran et on n'est donc plus musulman. Dieu dit : "Cette communauté qui est la vôtre est une et je suis votre Seigneur. Adorez-moi !" Les obligations religieuses font partie de la foi. Si l'on ne pratique pas par omission ou par faiblesse, cela veut dire qu'on croit encore aux obligations. Cette désobéissance est censée être provisoire. Cependant, si l'on ne pratique pas par principe, il s'agit d'un rejet. L'islam est foi et pratique. Quitter la pratique, c'est quitter la foi.
Il y a ceux qui confondent rituel et foi.


À l'inverse, tout musulman qui prie par contrainte ne prie pas. Une pratique réduite à un rituel sans spiritualité n'est pas l'islam. Ce sont des gestes sans valeur.
Ce qui se passe actuellement dans le monde musulman ne vous rend-il pas pessimiste ?
Si je n'étais pas confiant dans l'avenir de l'islam, est-ce que j'aurais pris la plume pour écrire ? On n'écrit pas quand on est pessimiste. Je soutiens que l'islam est fatalement condamné à revenir à sa pureté originelle.


Et vous n'avez jamais cessé d'écrire ?


En principe, à mon âge, on doit cesser d'écrire. On est déjà hors du monde. Est-ce que je peux encore me permettre d'écrire alors que je ne représente plus rien ? Le monde, c'est la jeunesse. Ce sont les jeunes qui portent la vie. Mais je continue à écrire, c'est tout. Et je me console en me comparant à un marchand de salades. Je plante mes salades, je les mets sur le marché, je ne les impose à personne. Si quelqu'un vient quand même les acheter, c'est son affaire. Il en porte la responsabilité, pas moi.
La dimension structurante de ma pensée, c'est la liberté. La mienne et celle de l'autre.
Mais vous influez sur sa pensée...


Pas forcément. La dimension structurante de ma pensée, c'est la liberté. La mienne et celle de l'autre. D'ailleurs, je n'offre pas mes ouvrages. Car les offrir, c'est les imposer. Maintenant, je suis en train de vous parler, mais c'est à votre demande. Je ne suis pas responsable. Vous me questionnez, je réponds. Si j'orientais votre pensée, je serais coupable.
Et je me dis : celui qui me lit, il a la faculté, toujours, de me refuser, et il est responsable de lui-même. Il se laisse orienter. Tant mieux ou tant pis pour lui. Moi aussi, je m'étais laissé orienter par d'autres. Si je suis ce que je suis, c'est parce que je me suis abreuvé à plus d'une source. Et je ne le regrette pas. Cela m'a permis au fond d'être moi-même. Ce qui me réconcilie avec moi, c'est que j'ai été et que je continue à être en péril dans ma connexion avec l'autre. Celui qui me lit court le même risque. Car les hommes sont en connexion. Certains d'entre eux commettent le péché d'écrire. C'est mon cas.
Vous parlez beaucoup de liberté...
Tout ce qui tue la liberté tue l'homme. Dans le monde ontologique, l'homme était un projet et Dieu lui a demandé : "Qu'est-ce que tu veux ? Être libre ou contraint ?" L'homme a répondu : "Je veux toucher l'arbre. L'arbre interdit." Car il faut avoir la possibilité réelle de désobéir, de nier Dieu. L'histoire de la tentation de l'arbre dans le Coran, c'est le moment crucial du choix.
L'homme a voulu être libre et, pour être libre, il lui faut nécessairement désobéir à Dieu. Sinon, il ne possède pas de preuve de sa liberté. Ce sont ces risques et ces possibilités de désobéissance qui ont fait que je suis devenu croyant.


Propos recueillis à Tunis par Fawzia Zouari

Bibliographie sélective


Ibn Khaldûn et l'Histoire, éd. Société tunisienne de diffusion, Tunis, 1965, rééd. Maison tunisienne de l'édition, Tunis, 1973, et Cartaginoiseries, Carthage, 2006
• Étude d'histoire ifrîqiyenne et de civilisation musulmane médiévale, éd. université de Tunis, Tunis, 1982
• Réflexions sur le Coran, avec Maurice Bucaille, éd. Seghers, Paris, 1989
• Études sur la tolérance (ouvrage collectif), éd. Beït El Hikma, Carthage, 1995
• Plaidoyer pour un islam moderne, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1998
• Penseur libre en islam. Un intellectuel musulman dans la Tunisie de Ben Ali, avec Gwendoline Jarczyk, éd. Albin Michel, Paris, 2002
• Universalité du Coran, éd. Actes Sud, Arles, 2002
• Gaza, barbarie biblique ou De l'extermination sacrée et humanisme coranique, sans éd., Tunis, 2010
• L'Islam n'est pas voile, il est culte, éd. Cartaginoiseries, Carthage, 2009
• Ma religion c'est la liberté, éd. Nirvana, Tunis, 2011

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