Ex-libris (487)

Sarcelles Dakar de Insa Sané ( Franco-senegalais)

 

Sarcelles Dakar de Insa Sané ( Franco-senegalais)


Merci à Marie-Therese LEBLANC de nous avoir soufflé cet ouvrage surprenant et riche ...Pape B CISSOKO


Djiraël habite Sarcelles. Il vit entre les copains, les fringues de marque et les histoires de filles. Avec sa mère et ses frères, il part en voyage dans son pays d'origine, le Sénégal. Il retrouve sa famille qui l'appelle le « Francenabé », la vie dure, la pauvreté. Peu à peu, on comprend que ce séjour a pour but l'enterrement du père de Djiraël, avec qui il était fâché. Les rituels, une conversation avec un vieil homme apaiseront le jeune homme. De retour en France, il ose dire son amour à Farah.

Roman initiatique entre modernité et tradition, adolescence et âge adulte, Sarcelles Dakar séduit avant tout par sa maîtrise littéraire. Le narrateur Djiraël raconte son périple en phrases courtes, émaillées de nombreux dialogues, avec un vocabulaire parlé et souvent du verlan. Le récit est interrompu par des « interludes », points de vue d'autres personnages, de courtes et poétiques fables africaines à la superbe langue, et surtout par le récit du vieux Kadiom. L'histoire de celui-ci - un amour impossible avec une femme qui hantait bizarrement les rêves de Djiraël-, ses qualités supposées de sage et de revenant de l'au-delà vont faire basculer le jeune homme. Non seulement il se sent réconcilié avec son père, mais, de retour à Sarcelles, il n'est plus aussi intéressé par le paraître devant les filles, et découvre le pouvoir de la sincérité.


Cette aventure personnelle finement amenée au fil des pages, sensible derrière le masque de la vantardise de son narrateur, se double d'une description vivante de deux lieux que tout semble opposer : la banlieue parisienne – cités, transports en commun et sorties avec les « meufs » –, le Sénégal – chaleur, pauvreté et taxis dans la brousse. Et toujours, le même sens de la débrouille (au mépris de la légalité), l'appétit de vivre de toute une génération qui navigue entre plusieurs pays. Le talent d'auteur d'Insa Sané éclate dans ce premier roman à ne pas manquer, complété d'extraits vidéo et audio du texte sur le site web de la collection (http://www.exprim-forum.com).
http://editions-sarbacane.com/
les critiques suggestives :
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Stellabloggeuse

Dans ce roman, Insa Sané nous emmène en voyage. Nous rencontrons Djiraël, jeune sarcellois d'une vingtaine d'années, qui traîne sa carcasse d'ennui en petites combines, et dont le plus grand plaisir est de collectionner les filles. Trois mois auparavant, le père de Djiraël est mort, et sa dépouille a été rapatriée au Sénégal. La mère de Djiraël décide donc d'aller lui rendre un dernier hommage.


Djiraël n'est pas enchanté par ce voyage, mais il découvre cependant peu à peu ce pays où il est né, qui lui est peu familier. Insa Sané entraîne son héros et le lecteur dans un voyage initiatique qui lui fait parcourir une partie du Sénégal, pour se réconcilier avec son passé, ses origines.
C'est un roman très agréable à lire, dont l'action se déroule de manière très naturelle. On est immédiatement « dedans » : le personnage est touchant, on veut aller jusqu'au bout de l'aventure avec lui.


Il nous fait réfléchir également, et nous éclaire sur la vie d'un jeune immigré dans les cités parisiennes. Ici, il est vu comme un étranger. Mais surtout, Djiraël subit les pressions de sa famille, qui veut qu'il réussisse à tout prix, qu'il saisisse sa chance. Mais il vit également les mêmes choses que tous les jeunes hommes de son âge : les incompréhensions entre garçons et filles, traitées avec beaucoup d'humour, où la difficulté d'exprimer ses sentiments (en famille comme en amour).
En Afrique, Djiraël est vu comme un privilégié, un « Francenabé ». Ses cousins n'hésitent pas à réquisitionner ses vêtements de marque ! Djiraël découvre une toute autre misère que celle des cités : « Je voyais des mômes qui n'avaient plus l'air d'être de enfants, alors je me suis dit qu'ici les enfants devaient naître vieux. Ça m'a foutu les boules. »


A la manière d'un conteur africain, Insa Sané nous apprend à mieux connaître le Sénégal. Il évoque l'incompréhension des sénégalais enrôlés dans la Première Guerre Mondiale, inconscients d'avoir une patrie nommée « la France ». Mais surtout, il restitue l'importance de la magie, qui imprègne la vie quotidienne, et qui rendra à Djiraël un peu d'espoir, de foi.


Je n'ai plus grand-chose à ajouter, à part souligner une nouvelle fois la belle écriture de cet auteur, tantôt « brut de décoffrage » et naturelle, tantôt poétique et envoûtante. Rythmée, quoi qu'il arrive. Parfois lyrique, comme dans cet extrait où il compare la vie humaine à une vague :
« Nourrie d'abondance, la vague ondule,fluide, diffuse et presque insouciante. Elle flâne, joyeuse, innocente et turbulente ; le ciel l'embrasse de ses lèvres bleues. [...] Les chatouilles de la brise lui soutirent un éclat de rire. Elle monte et elle descend. C'est l'âge espiègle où l'aube brille de mille promesses. »
Je vous laisse sur ces bons mots, en vous invitant à découvrir de toute urgence cet auteur humain, réaliste, drôle et sensible (oui, rien que ça !).


Lien : HTTP://ROMANS-ENTRE-DEUX-MON..

Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
Sarcelles Dakar, d'Insa Sané


Djiraël vit à Sarcelles avec sa mère, ses deux frères et sa petite sœur. Son morne quotidien est rythmé par les séances de drague, les contrôles de police, les combines foireuses dans lesquelles l'entraînent ses amis, notamment Youba, avec qui il traîne la plupart du temps. Malgré sa relation avec Alexandra, sa copine « officielle », il n'a d'yeux que pour Farah, la seule fille avec laquelle il se sente vraiment bien, même s'il n'arrive pas à le lui dire. Mais elle est arabe et il est noir, et dans la cité, ça ne se fait pas. Comble de malchance, il doit se rendre au Sénégal avec toute sa famille, pour se recueillir sur la tombe de son père, mort depuis trois mois et dont la dépouille a été rapatriée dans son pays d'origine. Pour Djiraël, ce voyage ne rime à rien : de son vivant, son père n'a jamais su lui témoigner la moindre affection, et le jeune homme le lui rendait bien. Face à la détermination de sa mère, il finit par céder et arrive à Dakar. Aussitôt, il est surnommé "le Francenabé". Lui qui se fait régulièrement traiter d'étranger en France n'est pas non plus à sa place dans ce pays qui semble ne pas vouloir de lui. Pourtant, au fil des jours et des rencontres, Djiraël va découvrir le moyen de renouer avec ses origines... et avec son père.

Il y a des livres qui donnent, d'emblée, un mauvais pressentiment. Avec son titre en forme de challenge sportif et sa couverture criarde, celui-ci en fait partie. Les premières pages, très marquées par l'aspect "banlieue", avec verlan, petite délinquance et pauvreté, font craindre le pire. Et pourtant, dès l'arrivée de Djiraël au Sénégal, le roman change de dimension. Adieu la chronique sociale, bonjour le lyrisme, la sagesse proverbiale et les contes africains. Avec une sensibilité insoupçonné, l'auteur nous entraîne dans un univers extraordinaire, où les esprits et les hommes vivent en harmonie, où l'amour est l'enjeu d'une quête aux multiples épreuves, où les rites et les croyances ancestrales donnent son sens au temps qui passe. À travers un roman initiatique parfaitement maîtrisé, l'auteur entraîne Djiraël sur le chemin de la connaissance de soi, de l'apaisement et de la sagesse. Au fil des pages, le héros se dévoile, perd ses certitudes et oublie son orgueil, pour accepter d'apprendre à regarder, d'apprendre à aimer et à comprendre.

Lorsqu'il revient à Sarcelles, lui qui ne se sent chez lui nulle part, c'est un jeune homme transformé, apaisé et prêt à tous les sacrifices par amour. Avec un style qui rappelle par moments les plus belles pages de Laurent Gaudé, Insa Sané a un talent exceptionnel pour raconter l'Afrique, mais sa façon de présenter les banlieues est également appréciable : loin des clichés et des stéréotypes, l'auteur présente des "quartiers" sans fioriture, où règnent la débrouille, l'optimisme et l'envie de s'en sortir. En bref, un road-trip passionnant, aux accents poétiques, où l'écriture se transforme et gagne en profondeur à mesure que le héros mûrit, même si certaines maladresses pointent encore çà et là, notamment dans la construction des personnages, parfois trop rapidement esquissés, ou dans la mise en place de l'intrigue, assez simpliste et manquant relativement d'originalité. La preuve que le talent littéraire se trouve partout, et qu'il va désormais falloir compter avec les nouvelles voix de la banlieue, venues proposer un souffle nouveau à un monde littéraire trop sclérosé et sûr de lui.


http://ars-legendi.over-blog.com/

Sarcelles Dakar
Titre : Sarcelles Dakar
Auteur : Insa Sané
Editeur : Sarbacane
Pour ados en quête

Djiraël est Sénégalais et vit à Sarcelles. Véritable tombeur, accro des combines foireuses, il n'a aucune envie d'aller au Sénégal avec toute la famille. Surtout que tout le monde voit ça comme l'occasion pour lui de se réconcilier avec son père.
Mais le Sénégal lui réserve plus d'une surprise.

Spontanément je n'aurai jamais lu un tel roman. Mais il fait parti de la sélection que je vais proposer à mes jeunes ados du club lecture à la rentrée et j'essaye de tout lire avant de leur en parler. Du coup pas le choix, il fallait bien si plonger.

Premier constat : si mon résumé ressemble à celui de la quatrième de la couverture et semble ne rien dire, c'est que plus d'une surprise attend le lecteur, surprises appréciables, nous entraînant vers la quête identitaire mais aussi les rites d'initiation, sans jamais tomber dans le mystique, sans jamais éclaircir tout le mystère.

Deuxième constat : l'auteur a une écriture de folie. Je dois dire que si je ne cotoyais pas ma soeur, je n'aurai jamais réussi à comprendre la moitié des dialogues. On est dans un français hyper actuel qui parlera plus aux ados qu'à leurs parents. La narration étant à la première personne, il en est tout le temps un peu ainsi. Mais pourtant dès que l'on sort des dialogues, une véritable poésie se dégage et l'auteur a définitivement une magnifique voix.
Et c'est cette voix qui m'a portée jusqu'à la fin du roman alors que le héros est à des milliers de vie de moi et qu'il faut probablement être jeune pour pouvoir le comprendre. Être jeune et vivre dans une grande ville ou en banlieue. Ou alors être jeune et être coincé entre deux cultures.

Je n'en dirais pas plus sur l'histoire qui rapidement a eu moins d'intérêt pour moi que la façon dont elle est racontée. Question de génération probablement et les quelques avis laissés sur le site de Ricochet me laissent à penser que les ados s'y retrouveront bien plus que moi. C'est pourtant une histoire qui relit deux mondes, qui donne une vision très actuelle de l'Afrique (même si je ne connais du Sénégal que mes cours d'histoire, certaines choses sont proches du Togo que j'ai visité) et qui désacralise certaines idées que l'on peut s'en faire. J'ai ainsi adoré la scène de la pause toilette lors du voyage en bus !

Pour ceux qui accrochent totalement avec cette lecture, sachez que l'auteur a écrit d'autres romans se situant tous dans le même quartier et permettant de retrouver certains personnages.
http://histoire-de-lectures.over-blog.com/

JEAN D' ORMESSON EST PARTI A 92 ANS -Presque rien sur presque tout

 

JEAN D' ORMESSON EST PARTI A 92 ANS -Presque rien sur presque tout

Il faisait toujours l'éloge de la vie et quand il était tombé malade il a compris beaucoup de choses sur la vie.
Un intellectuel que j'aime beaucoup, un séducteur, un académicien, un joueur qui ne se prend pas au sérieux mais qui sait toucher juste. Il aimait vivre et partager sa joie de vivre. Un séducteur éloquent que j'aimais écouter, regarder avec yeux bleus et sa voix si juste.P B CISSOKO


«Avant le tout, il n'y avait rien. Après le tout, qu'y aura-t-il ? [...]


Que seraient les hommes sans le tout ? Rien du tout. Ils n'existeraient même pas puisqu'ils sont comme une fleur et comme un fruit du tout. Nous sommes un très petit, un minuscule fragment du tout. Mais que serait le tout sans les hommes ? Personne ne pourrait rien en dire puisqu'il n'y a que les hommes pour en parler. Le tout, sans les hommes, serait absent et mort. [...]


Il y a un roman plus vaste que le roman des hommes : c'est le roman du tout. Du tout d'abord tout seul. Premier tome. Formidable, mais inutile. Big bang. Galaxies. Soupe primitive. Diplodocus. Puis des hommes dans le tout. Deuxième tome. Plus beau encore. [...]


Voulez-vous qu'un homme, qui n'est qu'un homme, quelle misère ! mais qui est un homme, quelle gloire ! raconte aux autres hommes, même misère et même gloire, cette grande Big Bang Story, ce grand roman du tout ? Presque tout. Presque rien. Presque rien sur presque tout.»
Jean d'Ormesson.

PRESQUE RIEN SUR PRESQUE TOUT

de Jean D'ORMESSON
de l'Académie française

Éditions Gallimard, 381 pages, 1996

Encre de chine de Catherine RÉAULT-CROSNIER, inspirée par le livre
"Presque rien sur presque tout" de Jean D'ORMESSON (taille réelle : 80x120 cm).

 

Les paradoxes s'unissent alors pourquoi « presque rien » et « presque tout » ne seraient-ils pas presque équivalents ? La différence peut paraître gigantesque ou minime selon le point de vue dont nous nous situons, nous qui sommes des presque rien ou des presque tout...
L'homme est grand lorsqu'il est en quête d'absolu ; il se tourne alors vers ses origines et son devenir d'un seul élan. Presque rien, c'est le début du monde à moins que ce ne soit presque tout sauf l'homme :


« Avant le tout, il n'y avait rien. Après le tout, qu'y aura-t-il ? » (page 9)
Du début à la fin du monde, la vie grouille mais que sera la fin ?
« Après le tout, qu'y aura-t-il ? » (page 9)


Chaque être humain se pose un jour, cette question et porte vers le néant ou l'éternité, cette interrogation qui peut se transformer en quête philosophique :
« Vous êtes un homme. Et vous pensez. » (page 9)


Avant comme après Descartes, la pensée a toujours été présente avec l'homme, en l'homme même à l'état de larve, comme en gestation. Et l'homme prend pleinement sa place parce que l'univers existe dans le tout :


« Nous sommes un très petit, un minuscule fragment du tout. Mais que serait le tout sans les hommes ? » (page 9)
La carcasse humaine cache notre fragilité mais la pensée invisible la rend immense par la beauté de son élévation. C'est la pensée de l'homme qui fait sa grandeur.
De l'homme terre à terre à l'aube de la genèse à l'être pensant, passionné, révolté, ému, il n'y a qu'un pas dans le temps, un pas dans l'univers.
Ce roman de Jean d'Ormesson veut relever la gageure d'être le grand « roman du tout » (page 10).
La permanence de l'être dans le temps vit dans l'infini de la création :


« Car l'être est ce qui est depuis toujours et pour toujours. Il y avait un être infini et éternel qui se confondait avec le néant, et par conséquent avec le tout. » (page 13)
Petitesse et grandeur de la condition humaine se révèlent dans l'immensité de la création dès les origines :
« Exister dans le temps, c'est s'interroger sur l'origine. » (page 18)
L'homme, il ne lui suffit pas de vivre, il veut savoir d'où il vient et où il va :
« Il y a quelque chose d'irréversible après la naissance du temps. » (page 20)
Notre vie s'égrène comme dans un sablier mais nous ne pouvons pas le retourner quand le temps de passage sur terre est terminé. Cependant l'homme agit comme s'il était éternel, sans penser à sa finitude, se projetant dans l'éternité :
« le tout est réel dans le temps parce qu'il était possible dans l'éternité. » (page 21)
L'amour soutient le monde. Sans lui, le tout serait rien ; avec lui, le tout est espérance à l'infini :
« Il fait tourner le Soleil et les autres étoiles. Il empêche le monde de mourir. Il soutient le tout et ne cesse jamais de l'engendrer. » (page 22)
L'amour est fou et il est l'essence même de l'être mais il est contrebalancé par la présence du mal :
« c'est la liberté de l'homme qui révèle le mal et le fait triompher. » (page 23)
Le mal est dans le temps contrairement à l'éternité qui abolit sa réalité :
« L'éternité est une absence de temps. » (pages 27 et 28)
Le temps passe, naît, meurt. Le temps est lié à l'espace, aux planètes qui tournent car :
« un désir d'autre chose et d'amour agite l'éternité. » (page 32)


C'est comme si l'éternité s'ennuyait et avait ressenti le besoin d'amour :
« Où est l'avenir ? Question absurde. Nulle part. » (page 47)


Personne ne peut prédire le futur mais le présent est aussi troublant :
« Il est permanence et évanouissement, continuité et renouvellement. » (page 51)
car :
« Le moment où je parle est déjà loin de moi. » (page 52)


Le présent n'est jamais présent car le temps qu'on en parle, il n'est plus et avant qu'on en parle, il n'est pas né :
« l'existence du tout et des hommes est d'abord métaphysique. » (page 54)


Le temps fascine l'homme mais on ne peut ni le saisir ni l'arrêter. Pour Jean d'Ormesson, il est « aussi étranger que l'éternité » (page 56) car « Le temps enveloppe le tout et se confond avec lui. » (page 57)


C'est l'union du temps et de l'espace, l'union avec notre Galaxie, les milliards d'étoiles, les autres galaxies, l'immensité insondable de l'univers.
Malgré sa petitesse, l'homme vit comme s'il était le centre de l'univers car il se sent unique en tant qu'être pensant :
« Mais chacun de nous et ce qu'il croit, chacun de nous et ce qu'il fait est le cœur brûlant du tout. » (page 65)


Dans le miroir de l'homme, il y a une grande lumière car :


« La lumière est l'ombre de Dieu. » (page 67)
L'homme sait que son corps disparaîtra ; il connaît sa condition humaine mais il sait aussi qu'il transmettra ses gènes à sa descendance et par cela, existera toujours un peu, de même qu'il existait déjà en gestation, avant sa naissance :
« Rien de plus vivant qu'un homme, mais son corps n'est que matière, et ses cendres en seront aussi. » (page 74)
Donc rien n'est plus vivant qu'un homme mais rien aussi de plus éphémère, un éphémère troublant car il se renouvelle dans le temps. L'homme vit en union avec sa famille et tous les hommes mais aussi avec la matière, avec ses pensées et ses créations.
L'homme respire et sans air, il ne pourrait vivre mais il respire sans y penser, sauf s'il analyse l'air scientifiquement et non, à chaque inspiration comme quelque chose de vital :


« L'air n'est pas, comme l'espace, comme la lumière, comme le feu, un instrument de l'infini, un outil du démiurge : c'est une poussière de rien du tout qui, à force de se glisser dans nos poumons, a su se rendre indispensable. » (page 84)
Qu'est-ce qui règne sur tout ? La loi mais l'homme veut aller plus loin que l'obéissance. Il veut savoir si ce qu'il pense, est la vérité. Il veut savoir s'il est le fruit du hasard ou si tout est déterminé. L'homme est-il à l'image de Dieu ? Jean d'Ormesson nous présente des phrases miroirs de la bible comme :
« Je suis l'être. Je suis. Je suis celui qui est. » (page 97)
Puis il considère l'homme comme un bijou précieux pour son créateur :
« Les hommes sont le joyau de l'être. » (page 97)
« L'homme est le roi de la Création. » (page 109)


L'homme est l'être pensant par excellence sur terre. Sa pensée est prodigieuse de richesse, d'idées, d'idéal :
« Ainsi, la pensée n'en finit pas d'avancer et de se contredire. Elle n'est jamais en repos. (...) la pensée est ouverte sur le tout, le tout s'offre à la pensée. » (page 147)
La grandeur de l'homme fait sa force et sa volonté de chercher à progresser malgré ses limites et ses efforts inutiles, malgré la victoire du mal qui contrebalance sa progression. Pour ne pas se prendre trop au sérieux, l'homme rit :
« L'ambiguïté du bien et du mal est cachée dans le rire comme elle est cachée dans les mots. Dans le silence et dans la parole, l'homme est capable de rire parce qu'il est capable de penser. » (page 158)
Le rire est l'étonnement, il laisse la place au doute, à l'esprit qui s'élargit alors il peut espérer :
« Il y a dans l'espérance comme un reflet de l'éternité. Un reflet ironique. (...) Si l'avenir n'était pas espérance, le monde serait un enfer. » (page 188)
L'espérance fait partie de la création. Dès que l'homme a pu penser, il a espéré et il a imaginé :
« L'imagination se situe quelque part entre la raison, le souvenir, la poésie et la passion. » (page 191)
L'homme se crée alors un autre monde en rêvant ; il a accès à la poésie, à l'inconnu, à l'irréel, à l'impensable, à la pensée nouvelle, à l'espoir. La foi n'est pas loin de lui alors car elle est à la lisière de la science et de la raison, dans le domaine du ressenti inexplicable mathématiquement. Jean d'Ormesson exprime sa foi dans le christianisme car Dieu y est fait homme et partage avec les faibles en premier. Il est le don total de l'amour :
« l'amour des hommes pour les hommes et la pitié pour leurs souffrances n'en finiront jamais de renaître de leurs cendres. » (page 205)
Par le Christ, la mort est dépassée et l'espoir, infini :
« L'amour est partout. L'amour est tout. » (page 218)
« le rêve de tout amour est de mourir pour ce qu'il aime. » (page 219)
Là l'homme rejoint Dieu. L'infini est proche du fini. « La nécessité est frappée de hasard. » (page 221)
Le monde est un paradoxe où tout est possible et relatif. Jean d'Ormesson ne cherche pas à nous convaincre mais il donne sa version pensée de la création, tout en sachant que :
« Chacun croit en un Dieu ou n'y croit pas. » (page 235)
Mais pour lui, sa foi le fait vivre intensément et il fait ici sa profession de foi. Pour lui, tout est lié dans la création :
« Ce lien est le tout même. (...) C'est lui qui fait courir comme un fil invisible entre les étoiles et la pensée, entre le big bang et l'histoire, entre le tout et chacun de nous. » (page 262)
En symbiose avec l'univers, l'homme fait partie du tout mais il réfléchit, il pense et voudrait connaître d'où il vient, pourquoi il vit, où il va :
« Nous avançons, vous et moi, les yeux bandés dans le noir. » (page 345)
« Voilà ce que je suis, un miracle. À des milliards et des milliards d'exemplaires. » (page 365)
Chaque homme est unique ; il n'y a pas deux copies identiques. L'homme reste un mystère de même que l'univers. L'homme veut savoir mais reste dans l'ignorance ou plutôt plus il comprend, moins il sait mais il s'acharne, assoiffé de pensée, de volonté. Il oscille perpétuellement entre la richesse de la découverte et l'immensité de l'inconnu révélé, entre le bien et le mal, entre le rien et le tout.
L'homme n'est presque rien ou presque tout ce qui est la même chose dans la complexité de l'univers, dans ce bouillonnement de création, dans le temps, dans l'espace, au-delà du connu et du prévisible.
L'homme, ce grain de sable pensant, cette poussière à peine palpable, vite envolée, l'homme, ce philosophe né qui cherche son chemin entre le bien et le mal, le tout et le rien, inlassablement.

Février 2004
Catherine RÉAULT-CROSNIER
http://www.crcrosnier.fr/articles/ormessonpresque.htm

Les âmes errantes-Par le PR Tobie Nathan | Essais

 

Les âmes errantes-Par le PR Tobie Nathan | Essais

Un essai au regard unique sur la question des jeunes radicalisés, fondée sur une expérience clinique.


En septembre 2014, l'État confie à Tobie Nathan le suivi d'une cinquantaine de jeunes gens en voie de radicalisation. Un an et demi plus tard, il rend un rapport, mais veut poursuivre la réflexion. Un livre est nécessaire. Trop de clichés sont colportés, trop d'idéologies brandies, trop de fausses réponses apportées. Qu'on pense à l'échec des centres dits de « déradicalisation ».

Ou au célèbre « Expliquer, c'est déjà excuser » de Manuel Valls.
Quarante ans passés auprès des migrants, trois ans de consultations avec les jeunes radicalisés. Peu d'intellectuels ont pu les approcher aussi intimement. Il en dresse des portraits ciselés, touchants, empathiques.

Tobie Nathan a mis à profit l'expérience d'une vie pour sonder ces âmes errantes et baliser pour elles un «éventuel chemin de retour». Plus encore! Il les approche «en frère». Lui, le Juif, le migrant, l'enfant des cités, le révolté de Mai 68, se retrouve dans cette jeunesse d'aujourd'hui, engagée, combative, sûre de ses idéaux et de sa place dans l'Histoire. Jeu de miroirs entre radicaux d'hier et d'aujourd'hui : « Je leur ressemble », dit-il.

UNE DÉMARCHE INTELLECTUELLE ET PERSONNELLE


En septembre 2014, l'État confie à Tobie Nathan le suivi d'une cinquantaine de jeunes gens en voie de radicalisation. Un an et demi plus tard, il rend un rapport, mais veut pour¬suivre la réflexion. Un livre est nécessaire. Trop de clichés sont colportés, trop d'idéologies brandies, trop de fausses réponses apportées. Qu'on pense à l'échec des centres dits de « déradicalisation ». Ou au célèbre « Expliquer, c'est déjà excuser » de Manuel Valls.


« JE LEUR RESSEMBLE »


Quarante ans passés auprès des migrants, trois ans de consul¬tations avec les jeunes radicalisés. Peu d'intellectuels ont pu les approcher aussi intimement. Il en dresse des portraits ci¬selés, touchants, empathiques. Tobie Nathan a mis à profit l'expérience d'une vie pour sonder ces âmes errantes et bali¬ser pour elles un « éventuel chemin de retour ». Plus encore ! Il les approche « en frère ». Lui, le Juif, le migrant, l'enfant des cités, le révolté de Mai 68, se retrouve dans cette jeunesse d'aujourd'hui, engagée, combative, sûre de ses idéaux et de sa place dans l'Histoire. Jeu de miroirs entre radicaux d'hier et d'aujourd'hui : « Je leur ressemble », dit-il.

Tobie Nathan est un intellectuel engagé et un grand romancier.


En 1956, Tobie Nathan quitte Le Caire, où il est né huit ans auparavant pour s'installer en France.
En 1979, Tobie Nathan fonde la première consultation d'ethnopsychiatrie (domaine à la croisée de la psychologie clinique et de l'anthropologie) en France.
En 1993, Tobie Nathan fonde le Centre Georges-Devereux et soigne les maux de migrants. L'intellectuel engagé monte par la suite des dispositifs spécifiques pour les sortants de secte.
2012 est l'année de parution de son livre Ethno-roman (Grasset) avec lequel il reçoit le prix Femina. 17 400 exemplaires sont vendus.
En 2014, Tobie Nathan commence à recevoir en consultation des jeunes radicalisés avec leur famille.
2015 est l'année de parution de son livre Ce pays qui te ressemble (Stock) avec lequel il est en position de finaliste au prix Goncourt. 50 000 exemplaires sont vendus.

https://www.editions-iconoclaste.fr/  Merci à la maison d'édition pour cette collaboration

Possesssions-SOUS LA DIRECTION DE J.M. BROHM & G. BERTIN avec la participation de Raymond Sémédo-les khons ( Franco-sénagalais)  J

 

Possesssions-SOUS LA DIRECTION DE J.M. BROHM & G. BERTIN avec la participation de Raymond Sémédo ( Franco-sénagalais)


Issu d'un colloque international, organisé et dirigé en 1992 par Jean-Marie Brohm et Georges Bertin, revu et augmenté aujourd'hui de nouvelles contributions, ce volume réunit ainsi trois types de contributions présentant l'extrême plasticité et diversité des phénomènes associés aux possessions :


. des investigations théoriques qui tentent de cerner la spécificité, l'origine et les conséquences sociales, culturelles, psychologiques, religieuses, thérapeutiques des possessions.
. des enquêtes ethnographiques qui décrivent et analysent divers types de possessions selon les aires géographiques et les périodes historiques envisagées (Europe, Afrique noire,Maghreb, Brésil).
. des recherches originales explorant les frontières, les marges, les réalités périphériques plus ou moins analogues ou apparentées aux phénomènes de possession (chamanismes, hantises, spiritismes, incorporations, identifications, dédoublements, emprises sectaires, sorcelleries, etc.).


Fait culturel universel, les formes de la Possession revêtent en effet d'innombrables variantes : transes, possessions, états altérés : autant de langages à décrypter dont le code varie selon les lieux, les moments et aussi les sujets, ce qui fait de cet ouvrage un indispensable instrument de travail pour les chercheurs.

INTRODUCTION : Les possessions et leurs univers -Jean-Marie Brohm


LA POSSESSION DANS TOUS SES ÉTATS


Définitions de situations dans les transes visionnaires et les possessions-Georges Lapassade
Anthropologie de la possession démoniaque -Jean-Marie Brohm
Les religions traditionnelles, le Christianisme, l'Islam et les cultes de possession-Raymond Sémédo
Possessions Nord-Sud : les intériorités peuplées - Christophe Pons
HISTOIRES DE POSSESSIONS EN EUROPE


Les Aboyeuses de Josselin étaient-elles possédées ? - Maryvonne Abraham
Cuchulainn, le possédé divin - Paul Verdier
Chamanes et sorcières, autour du corps - Georges Bertin


Quelques remarques à propos de la sorcière, la possédée, la stigmatisée. Visages de femmes - Cécile Imbert
Possession et exorcisme, une approche ethnopsychologique - Patrick Gaboriau


LES POSSESSIONS EN AFRIQUE NOIRE ET AU MAGHREB


Notes et propos au sujet de la possession en Afrique Noire - Louis-Vincent Thomas Transe et possession cérémonielle au sud du Togo - Albert de Surgy Ce sont des dieux qui s'incarnent... - Jacqueline Trincaz


Les Khons : possession atypique, transgression, magie ou syncrétisme ? -Raymond Sémédo


La possession Vorombe dans la région de Tuléar- Philippe Chaudat
La yawmiya, liturgie du zâr soudanais : un rite de possession - Sadok Abdelsolam
Un culte de possession : les Gnawa du Maroc - Viviana Pâques
La possession rituelle à Marrakech - Abdelhafid Chlyeh
Le Stambali tunisien - Ahmed Rahal


LE BRESIL, TERRE DE POSSESSIONS


La possession dans le Candomblé au Brésil - Sylvie Chiousse
L'imaginaire entre corps et langage : une problématisation du phénomène de l'incorporation au Brésil - Florence Dravet
Possessions à Recife - Jean Ferreux


AUX FRONTIÈRES DE LA POSSESSION


Le retour du dieu danseur - France Schott Billemann
Les conduites de vertige. Un essai de phénoménologie concrète-Véronique Nahoum-Grappe
L'âme et la tripe du masque corporel. Possession versus Incarnation -Sylvie Fougeray
Une lecture du Manuel de l'inquisiteur de Bernard Gui -Eric Meillan
La possession au-delà de son histoire. La puissance démoniaque au service de la pratique spirite quotidienne - Patrick Legros Possession et hantises - Pascale Catala
Les soucoupes volantes, merveilleux de pacotille ou dossier stimulant ? -Bertrand Méheust
Le diable, le Bon Dieu et le prêtre exorciste - Philippe Grosbois
Pentecôtisme, théologie de la prospérité et transes de pseudo guérison -Annick Benoist

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Raymond SEMEDO


MALADIES ET PRATIQUES MAGIQUES AU SÉNÉGAL
Raymond Sémédo


ANTHROPOLOGIE, ETHNOLOGIE, CIVILISATION RELIGIONS SANTÉ, MÉDECINE AFRIQUE SUBSAHARIENNE Sénégal
Les représentations sociales de la maladie dépendent du contexte culturel de leur production. En effet, les nombreux êtres culturels qui peuplent l'univers visible ou invisible sont des agents non-microbiens de la maladie selon les croyances. Les croyances se sont adaptées à la société marchande-libérale et à son idéologie de compétuition et d'émulation sociale. La ville, les banlieues de Dakar, les régions du Sénégal, les campagnes ont été les terraions d'observation.

Saint-Louis et sa Mythologie. Saint-Louis du Sénégal par, Fatou NIANG SIGA : Edition XAMAL,

 

Saint-Louis et sa Mythologie. Saint-Louis du Sénégal par, Fatou NIANG SIGA : Edition XAMAL,

Merci au Pr Alpha SY qui nous a parlé de cette grande dame écrivaine.PBC

Chapitre 1


SIMB ou "Jeu du faux-lion"


Nos croyances et traditions permettraient l'intégration dans toute société africaine, surtout les plus vulnérables .

Parmi les animaux qui composaient l'abondante faune du Sénégal, beaucoup sont devenus symboles en considération de leur espèce qui impressionne ou de leurs dispositions naturelles magnifiées par les récits de veillées. Cependant, aucun d'entre eux n'a autant que le lion marqué le jeu, dans la région du nord.

Ecrivaine, Fatou NIANG SIGA dont nous connaissons la teneur de l'écriture, le sens de l'engagement social dans ses écrits passeurs de cultures ;


Générosité sociale : Ecrivaine, Fatou NIANGA SIGA dont nous mesurons le sens du social par la politique sociale en femme de Lettres « engagée »: c'est ainsi que feue Mame Coura DIOP, héroïne de mon film « Mon fils était un écrivain » (2014) que j'ai dédié aux écrivaines sénégalaises pionnières Fatou NIANG SIGA et Annette Mbaye D'Erneville, m'a dit en 2003, en « Kaddu Maag », parole de sage forte de ces 93 ans :
« Tu sais, de toutes les formes de politique je préfère la politique sociale, que tout citoyen doit adopter, comme le fait si bien Fatou NIANG SIGA qui en a œuvré de toutes ses forces, ce qui nous a valu au village de Ngallèle (situé à 14 km de la ville de Saint-Louis) « son centre de maternité », vieux de plus de trente ans.
Mame Coura me dit derechef : Fatou NIANG SIGA est l'une des rares personnalités proches du Président Senghor qui sillonnait les coins et les recoins des villages pour leur servir, ce que j'appelle Assurance VISA (Vêtements –Instruction- Santé-Alimentation) sans quoi un humain est dépourvu de l' «humanitude ». Qui n'est pas proche de l'écrivaine et ne mesure pas la générosité intellectuelle et sociale de la dame, AS des Lettres. Allez savoir auprès du Colonel Momar GUEYE.


Générosité intellectuelle : L'écrivaine Fatou NIANG SIGA en connexion permanente avec le service à la société offre 1240 ouvrages aux cinq universités publiques du Sénégal.


Le 23 février 2016, Badiène Fatou NIANG SIGA m'a offert les trois ouvrages de sa bibliographie en question. De trois « autographes» qu'elle me gratifie, nous pouvons saisir la quintessence de l'œuvre de Fatou NIANG SIGA fort en pédagogie des cultures et des valeurs des sociétés africaines. En effet, en « Kaddu Maag », parole de sage, l'auteure écrit sur la page de garde de «Saint-Louis du Sénégal et sa mythologie » :


Nos croyances et traditions permettraient l'intégration dans toute société africaine, surtout les plus vulnérables


A ces mots, nous comprenons autrement que face à la mondialisation culturelle façonnée de milles pièces par les peuples qui se disent maîtres du monde et à l'invasion des images audiovisuelles, picturales, iconographiques, photographiques en vue d'une hégémonie culturelle qui vise le monopole économique, la sauvegarde de la semence constructive des croyances, des traditions et des valeurs cardinales constitue la graine qui vivifierait nos sociétés.


Fort de cette idéologie de l'écrivaine Fatou NIANG SIGA, peuples sénégalais, et en élargi, africains que nous sommes, croyons en nous, soyons tous médiateurs de nos cultures à travers, les ondes de nos contes et légendes, nos écrits, nos images verbales, non verbales, vestimentaires et comportementales, et suivra bien la prise de position du Sénégal pour une bonne place dans la
locomotive universelle.

Reflets de modes et Traditions Saint-Louisiennes . par  Niang Fatou Niang Siga  Dakar: Khoudia, 1990 (141p.).Sénégal

Transmission de savoir, ne pas oublier.

Reflets de modes et Traditions Saint-Louisiennes . par Niang Fatou Niang Siga Dakar: Khoudia, 1990 (141p.). Essai.

Une enquête a permis de découvrir qu'en milieu ouolof, il existait une relation entre la coiffure et le mariage.

C'est là une des raisons qui nous ont poussée à faire l'historique de la coiffure et à déterminer le rôle qu'elle a joué dans la société sénégalaise, en suivant son évolution à travers les âges, dans la tradition Saint-Louisienne.
Au début, la coiffure a été un moyen d'identification de personnes et de groupes différents. Ensuite, elle a figuré l'appartenance à une famille et a revêtu un caractère supersticieux. Mais comme toutes nos traditions africaines, la coiffure a subi l'influence du modernisme.


Les titres des six parties du livre sont les suivantes:


Chronique de la coiffure ouolof
Coiffure et mariage
Coiffure et baptême
Coiffure et circoncision
Il était une fois...LE FANAL
Sanjay

Chronique de la coiffure Ouolof
Extrait de l'ouvrage
Reflets de modes et traditions Saint-Louisiennes de Niang Fatou Niang Siga
Dakar : Centre Africain d'Animation et d'Echanges Culturels- Editions Khoudia, 1990.

Republié avec l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions Khoudia.

La coiffure a été une forme d'expression, un signe qui a facilité la reconnaissance du nom, de la famille voire même du clan. C'est dire qu'à l'origine, elle a été un symbole pour identifier des personnes de même groupe consanguin. La coiffure a pu ainsi servir de signalement aux parents de victimes allant à la poursuite des Maures et autres voleurs d'enfants à emporter comme esclaves à "Gannar". Et une anecdote rapporte:


A Rosso, l'attention du Général Dodds fut attirée sur un enfant esseulé qui portait "paq, jubb et giri", il était probablement surveillé à distance. Après l'avoir interrogé, le général apprit que le garçon avait été enlevé avec sa soeur par des inconnus. Malheureusement, celle-ci avait été déjà transférée au-delà du fleuve, en zone mauritanienne.
Ainsi grâce à la coiffure, ce fils du pays put échapper à un asservissement et retrouver ses parents.

Cet événement entre autres, justifie bien l'adage owolof:
"KU WAT PAQ BI ÑULA XAAME WOON ÑU FÁK LA".
* * *
Tout ce qui est en rapport avec la formation ou la vie de l'être humain étant sacré, tout événement chez l'homme prenait facilement un caractère rituel. Ainsi, par atavisme, certaines familles laissaient-elles intacts les cheveux du nouveau-né, en attendant que l'enfant puisse demander d'être rasé. Dès qu'il l'exigeait, les parents le faisaient séance tenante.
Cependant, par respect pour la religion islamique, d'autres familles rasaient le bébé avant le "Tudd". Alors à la sortie des premières pousses de cheveux, la marraine ou sa mandataire, avec une fine lame traçait sur la tête du bébé des figures qui variaient entre le carré, le rectangle, le cercle, la couronne et même le triangle.
Chacune de ces figures matérialisées par une touffe de cheveux, selon sa position, indiquait l'appartenance de l'enfant à une famille. C'était le "baax" de la famille. Il le portait depuis la naissance jusqu'à l'adolescence.

La mère le renouvelait chaque fois que les cheveux rasés repoussaient.


L'enfant grandissant, la coiffure se transformait progressivement en ornement, surtout chez la fillette qu'on nattait et parait de bijoux ou de perles appelées "Bandal".
Les personnes des deux sexes ont porté le "Baax". Celles du nom de Diop avaient au milieu de la tête un cercle de cheveux ciselés à ras et de grandeur variable: "Jubb Njoobéen".
Les Niang en plus du "Jubb" portaient juste derrière un petit rectangle. Les deux figures séparées l'une de l'autre par un espace rasé constituaient le "Jubb Njoobéen".
Le "Baax" des NDiaye, deux "Giri" séparés du "Jubb", était matérialisé par un favori de part et d'autre du cercle de cheveux tracé au-dessus du front. Le reste du cuir chevelu était rasé.
Pour les Dial, un demi-cercle de cheveux occupait tout le côté gauche de la tête. Il était découpé en bandes parallèles et verticales alternant avec des espaces rasés. On l'appelait: "Geen Wallu Kampa".
S'ils étaient originaires de la région nordique du Sénégal, les Fall portaient un "Jubb" et, principalement au milieu de la tête, une bande de cheveux de quelques centimètres de large qui descendait jusqu'à la nuque: "le Xuur". Parfois, on y ajoutait un ou deux "Pàq" c'était un cercle de cheveux situé sur un côté de la tête, au-dessus de l'oreille. Quant aux Fall des autres régions et pays, ils se coiffaient de "Giri" et même de "Geen Wallu Kampa".
Pour certains de nom différent, les Bâ par exemple, une couronne longeait le dessus des oreilles, traversait un petit triangle au niveau de la nuque avant de rejoindre le "Jubb" de la fontanelle. C'était le "Mbege".
I1 existait autant de "Baax" que de noms, avec des variantes dans la coiffure de familles de même nom; mais la touffe principale respectée comme un totem permettait toujours l'identification.
L'importance attachée à la première coiffure du nouve au-né et la rigueur des chefs de famille pour le port du "Baax" jusqu'à l'âge requis en firent un mythe. Alors on attribua au "Baax" le pouvoir de préserver l'enfant de certains mauvais sorts. On s'étonnait qu'un enfant n'eût pas porté le baax et on craignait qu'un malheur ne s'abattît sur lui. C'est ainsi que la coutume s'entacha de superstition.
Généralement, le garçonnet ne se coiffait que du"Baax" tandis que la fillette arborait un "Jubb" et un "Paq" qui ne faisaient pas toujours partie du "Baax". Ce "Jubb" chevelu que prolongeaient les "Giri" ciselés à même la peau prenait une forme plutôt ovoïde.
Après la circoncision, le jeune homme n'avait plus le "Baax". Il se rasait en "Nel" durant toute l'adolescence. Quant à la jeune fille, à l'âge de la puberté, elle laissait pousser les cheveux que la mère avait coutume de couper à ras. Elle faisait le "Sëqëlu". Désormais, elle entretenait correctement sa nouvelle coiffure sachant qu'elle était un indice attrayant pour les prétendants au mariage.
Le "Sëqël" prenait le nom de "Ngarsokk" quand on pouvait le tresser; lorsqu'il atteignait la longueur du " Pàq " qui ressemblait à un petit béret plaqué au-dessus de l'oreille, la coiffure changeait. Le "Jubb" agrandi, la gracieuse faisait du reste de la chevelure bien peignée, une sorte de gerbe amincie du côté des oreilles. Elle la lustrait de pommade odorante. Une fois le "Ngarsokk" achevé, la jeune fille portait son premier "Per".
Cette coiffure consistait à boucler les cheveux en les enroulant autour de fines brindilles de bois que l'on retirait ensuite méticuleusement.
Les délicates bouclettes étaient plaquées au cuir chevelu à l'aide d'un produit à base de matière gluante. Le "Dàx", le "Yoor" et le "Yoroxlaan" entraient dans la composition du mélange qui, par la pression des doigts de la coiffeuse retenait toutes les bouclettes en une seule pièce au ras du cou.


Très souvent, après le premier "Per" un prétendant s'annonçait. Le "Per" était donc une porte pour le mariage. Chez la fillette en âge d'aller à l'école coranique, la coiffure jusque-là symbole, changeait en parure. Elle était faite de fines tresses plates: les "Nar" dont les plus connues coiffent encore certaines jeunes filles. On les nomme actuellement "Faar", "Tatu-pane", écaille etc... Une des tresses faite au milieu du "Jubb" se terminait en une petite queue sur le front et portait le "Bandal".
Vers l'âge de douze ans, la jeune fille était coiffée par une spécialiste en la matière, de préférence choisie parmi les "neño" de la famille. L'artiste employait des mèches de faux-cheveux, le "Yoos" qu'elle fabriquait à partir de fibres de sisal teintes en noir par décoction de "Neb-neb".
La natte commençait en haut du "Giri" gauche. Cheveux et "Yoos" étaient régulièrement entrelacés jusqu'au début de l'autre "Giri". Cette tresse plate le "Datt" dégageait nettement la forme ovoïde du "Jubb". La griotte y appliquait une grosse mèche de "Yoos" retenue par d'autres plus fines et travaillées en torsade. Cette partie de la natte, très rigide et recourbée en forme de croissant descendait jusqu'à la tempe droite. On l'appelait "Yettu Jubb".


Elle était faite en moins d'une heure de temps.


Les griottes firent preuve d'intelligence et d'ingéniosité et créèrent de véritables chefs-d'oeuvre: des nattes postiches comprenant plusieurs figures géométriques harmonieusement agencées. Il fallait deux jours pour en confectionner une. La postiche terminée, l'artiste l'adaptait au support en "Yoos" qui prolongeait le "Datt". Elle fixait au sommet une perle en turquoise et à l'extrémité un ou plusieurs louis d'or, à défaut, une perle en cornaline de forme conique, pour les jeunes filles peu nanties.
Les griottes donnèrent à leurs ouvrages les noms de ceux qu'elles voulaient glorifier le plus ou de ce qu'elles aimaient le mieux. Aussi, entendait-on d'extravagantes appellations telles: l'escalier de Monsieur le Général, le salut du Général de Gaulle etc...

SORTIES DE SECOURS (13 novembre Bataclan) par Caroline LANGLADE- Préface de François HOLLANDE

 

SORTIES DE SECOURS (13 novembre Bataclan) par Caroline LANGLADE- Préface de François HOLLANDE

Ils se sont retranchés dans une loge de 7 m2 à plus de 40 personnes entassées les unes contre les autres pendant 3 h avec les vas et vient de l'intégriste qui leur dit : Vous ne sortirez pas vivant d'ici.

« Elle aurait pu garder son chagrin pour elle et chercher une sortie en solitaire. Elle a choisi un autre destin. Porter à la fois le souvenir des morts et la parole des vivants. Se battre, pour la dignité. » François Hollande.


Le 13 novembre 2015, au Bataclan, Caroline Langlade est l'une des quarante personnes qui vont se retrouver otages des terroristes dans une loge de sept mètres carrés pendant plus de trois heures d'une attente effroyable. Elle en sort vivante, mais « bien amochée », comme elle dit pudiquement. Un mois plus tard, avec d'autres rescapés, elle fonde l'association Life for Paris, qui va regrouper plus de sept cents victimes du 13 Novembre. Parce que « aider les autres, c'est s'aider soi-même ». Et il y a tant à faire pour guérir les blessures visibles ou invisibles de cette nuit en enfer... Sur le parcours de prise en charge, la reconnaissance des droits, les devoirs de l'État envers les victimes d'hier et, potentiellement, celles de demain.


Comment réapprendre à vivre quand on a ainsi fait face à la mort ? Du sidérant huis clos pendant l'attaque au combat quotidien que mène cette jeune femme hors norme, depuis, voici un témoignage d'une rare intensité. Cash, rock et généreux, il est aussi une magnifi que histoire de solidarité. De celles, fragiles mais portées par un coeur énorme, qui redonnent foi en l'humanité.

Jeune Parisienne d'une trentaine d'années, Caroline Langlade est passionnée par l'écriture depuis l'enfance. Après avoir passé les vingt premières années de sa vie à raconter des histoires en images, et ses débuts professionnels comme réalisatrice audiovisuelle, elle nous livre aujourd'hui son premier récit en mots. Une façon pour elle de répondre aux maux laissés par l'expérience du 13 novembre 2015. Rescapée du Bataclan, cofondatrice puis présidente bénévole pendant près de deux ans de Life for Paris, qui regroupe plus de sept cents victimes du 13 Novembre, elle développe aujourd'hui un projet destiné à améliorer la gestion du stress post-traumatique.

Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l’école par Emmanuelle PIQUET

Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l'école par Emmanuelle PIQUET

Le chiffre est tombé aujourd'hui & est tristement en hausse : 1 collégien sur 5 est touché par la cyber-violence

 

20% se déclarant avoir été insultés ou humiliés : affublés de surnoms, victimes de photos ou de films méchants, d'happy slapping (c'est à dire des agressions filmées) par le biais des nouvelles technologies que sont le portable & les réseaux sociaux.

D'après la DEPP (Direction de l'Évaluation, de la Prospective & de la Performance, qui est la branche statistiques du ministère de l'Éducation Nationale) ce cyber-harcèlement se développe depuis 2 ans.

On apprend également que plus d'1 élève sur 3 victime de cyber-violence n'en parle jamais à personne

Voilà donc pourquoi je choisis cet après-midi de vous parler d'un petit livre que j'ai découvert par une lectrice du blog : "Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l'école "

Paru en octobre dernier aux éditions Payot, il a été écrit par la psycho-praticienne Emmanuelle Piquet, qui est aussi maman de 4 enfants & fondatrice du Centre d'intervention en souffrance scolaire (C-Sco) à Lyon & à Paris, où elle reçoit enfants, adolescents, parents & enseignants

Présentation de l'éditeur :

Les codes de la cour de récré sont clairs :


1) Les problèmes se règlent d'abord entre enfants
2) Celui ou celle qui déroge à cette règle à partir du CM1 perd considérablement de sa "popularité"


Quand les parents, voulant bien faire, volent au secours de leur enfant, ils prennent alors le risque d'aggraver les choses.
Dans ce livre aussi intelligent que pragmatique, à contre-courant des idées reçues, Emmanuelle Piquet nous indique la bonne posture : ne pas se mettre entre le monde et l'enfant ou l'adolescent, ne pas le surprotéger, mais l'aider à se défendre par lui-même.
Sans exagérer ni nier la violence, donnons plutôt à nos enfants la capacité de faire face !

Ce livre est vraiment une bouffée d'oxygène !

Il permet de comprendre comment, en pensant bien faire & résoudre le problème, la plupart des parents enveniment la situation quand leur enfant est malmené à l'école ou au collège. Comment leur action l'enferme dans un rôle de victime dont il lui sera ensuite très compliqué de se défaire.
Mais pas dans le but de faire culpabiliser bêtement le lecteur, bien au contraire : dans l'objectif d'opérer, comme l'auteure l'écrit très justement, un virage à 180°

Virage absolument nécessaire pour enfin venir à bout des problèmes rencontrés par l'enfant dans la cour de l'école. Pour qu'enfin dire « stop » ne soit plus interprété par les harceleurs comme « continue »

Car ce bouquin, qui est réparti en 3 grandes parties sur 13 chapitres au total, est extrêmement concret. Il est ancré dans la réalité du quotidien de nos enfants, dans la dureté de ces relations parfois très difficiles & conflictuelles.
Il montre & détaille cette vérité crue parce que pour pouvoir agir efficacement, il faut au préalable saisir le fonctionnement de ce harcèlement & les raisons de sa poursuite malgré nos tentatives pour y mettre un terme

Il faut aussi se dire qu'en tant que parents, & donc d'adultes, quand bien même nous aurions été des victimes au même âge, tout ceci est bien loin & on ne se rend plus forcément compte de ce tout ce que cela implique d'être chaque jour le souffre-douleur d'un ou de plusieurs gamins

Et faut-il souligner que l'époque n'étant plus la même... d'autres modes de harcèlement ont bien sûr fait leur apparition depuis notre enfance & adolescence...

Cliquez sur la couverture pour ouvrir les
détails de "Te laisse pas faire ! Aider
son enfant face au harcèlement à l'école"

Emmanuelle Piquet sait répondre clairement & sans détours inutiles aux grandes questions : mais que faire ? comment réagir ? par quel moyen faire cesser ce harcèlement & aider mon enfant ?

L'un des chapitres (le 8ème) est d'ailleurs consacré au fameux cyber-harcèlement : « Réseaux sociaux : le harcèlement H24 »

Vraiment très bien écrit & très précis dans ses conseils comme dans les situations prises en exemple pour les illustrer, "Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l'école " est une perle à mon sens

Je conseillerais donc à tous les parents mais encore plus aux parents d'enfants étant classiquement la cible de ces mauvais traitements, comme le sont malheureusement les EIP, de se jeter sur ce livre sans attendre du reste d'être confrontés à des problèmes de ce genre

Prendre les devants pour savoir comment réagir, au cas où... mais aussi identifier des signes, repérer des situations qui peuvent parfaitement être cachés pendant longtemps par votre enfant.

Faire cela c'est lui permettre de libérer sa parole, de ne plus porter ce fardeau tout seul & surtout, de l'aider vraiment à vaincre ses agresseurs

Emmanuelle Piquet était l'une des intervenantes de TEDxParis le 28 novembre 2013, à la Gaîté Lyrique, pour une séquence intitulée "Mieux armer les enfants contre le harcèlement scolaire" :

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2014/11/27/te-laisse-pas-faire-aider-son-enfant-face-au-harcelement-a-lecole/

Pr Robert Damien : LE CONSEILLER DU PRINCE DE MACHIAVEL A NOS JOURS

 

Le philosophe conseiller: une théorie rarement visitée dans nos universités. C'est à Besançon que mon professeur R Damien m'a initié à cette pensée.  Il vient de nous quitter à 68 ans ( le 26 octobre 2017). 

C'est pour lui rendre hommage et témoigner de ma gratitude que je propose ici l'étendue de sa sagacité.P B Cissoko

Pie rarement avancée dans les  universr Robert Damien : LE CONSEILLER DU PRINCE DE MACHIAVEL A NOS JOURSient de nous 

Genèse d'une matrice démocratique


Paris : Presses universitaires de France, 2003. – 441 p. ; 22 cm. – (Fondements de la politique). ISBN 2-13-053162-8 : 30 €
par Anne Kupiec


Dans ce nouvel ouvrage, Robert Damien poursuit la réflexion entamée dans Bibliothèque et État 1. Il s'agit toujours d'examiner les effets de l'avènement de la Bibliothèque en tant que substitut au Livre d'autorité – à la Bible.


À partir de la figure du conseiller du Prince – en tant que possible passage de la théorie à la pratique –, Robert Damien propose un long parcours qu'il fait évidemment commencer à l'aube de la modernité, c'est-à-dire avec Machiavel.


Sans être aveugle aux « critiques contradictoires qui soumettent le conseil à un permanent procès », Robert Damien rappelle l'exigence de connaissance du réel qui « réquisitionne » tout conseil. Aujourd'hui, « la complexité et la profusion des connaissances sur un réel de part en part transformé rendent l'intelligence commune non plus inepte mais inapte ». N'est-ce donc pas vers « une épistémologie de la rationalité démocratique que le conseiller critique doit se diriger » ? Conseil qui n'est plus désormais « biblique (Le Livre) », mais « bibliothécaire (les livres) ».


C'est à l'examen serré de ce conseil non biblique que se livre Robert Damien. Dans une première partie intitulée « Une République de lettres ? L'esprit bibliothécaire d'un conseil politique », cet esprit – ici d'abord incarné par Machiavel – est instruit par la lecture des livres des grands hommes et engagé ainsi dans la découverte d'un nouveau monde dont les fruits apparaissent dans Le Prince et les Discours. Grâce à Machiavel, « la bibliothèque deviendra la base d'une république » (p. 113).
Le chemin ouvert par Machiavel est ensuite emprunté, selon Robert Damien, par Bodin (Méthode pour faciliter la connaissance de l'histoire), Bacon (Dignité et accroissement des sciences) et Jean Le Clerc (Parrhasiana) 2 dont l'activité éditoriale fut, de surcroît, considérable.


Un modèle politique et révolutionnaire


Dans la seconde partie intitulée « La Révolution du conseil », l'Encyclopédie fait de « la Bibliothèque un modèle politique et révolutionnaire » en ce sens qu'elle admet la pluralité des livres dont elle constitue précisément la version portative. Selon Robert Damien qui analyse plusieurs articles (autorité, bibliothèque, lecteur...) de la somme dirigée par Diderot et d'Alembert, la « bibliothèque conseillère requiert l'élaboration d'une théorie pratique de l'apprentissage lectoral, d'une épistémologie statistique, d'une institution bibliopolitique » (p. 189).
À l'entreprise encyclopédique succède le combat des Idéologues qui, souligne Robert Damien, sont préoccupés par des questions à la fois épistémologiques et politiques dont rendent compte le Projet d'une bibliothèque universelle proposé par Cabanis en 1797 et la publication, la même année, du texte de Destutt de Tracy Sur un système méthodique de bibliographie, ou bien encore l'Essai sur l'histoire, la connaissance et le choix des livres publié par Daunou en 1799.
Ainsi, écrit Robert Damien, qui insiste sur l'apport des Idéologues, à « l'Encyclopédie qui fournit l'état de la science doit répondre une statistique qui produit une science de l'État. L'une et l'autre constituent la Bibliothèque publique de l'universel, l'Institution centrale d'une république de lecteurs/électeurs » (p. 242).
Tocqueville, Proudhon et Bachelard
Dans la dernière partie de l'ouvrage, Robert Damien s'attache à l'examen de la « Formation d'un nouvel esprit politique » en convoquant trois figures fort distinctes : Tocqueville, Proudhon et Bachelard. Considérant que « le philosophe n'acquiert sa fonction de conseil que d'être les deux ensemble, voyageur et bibliothécaire [...], sa finalité est alors de proposer non plus au Prince mais au peuple une "vision publique" » (p. 294). Robert Damien, étudiant Tocqueville voyageant en Amérique et écrivant De la démocratie, considère notamment que, si est respectée « cette condition politique d'une bibliothèque publique des conseils, l'avenir de la démocratie pourrait n'être pas exclusivement enfermé dans le calcul utilitaire des gains » (p. 344) et qu'« une société sans Bible donne des armes aux citoyens pour réduire son iniquité » (p. 352).
S'appuyant sur Proudhon pour souligner la possible instauration d'un « réseau de conseils », Robert Damien envisage son renforcement par le livre de bibliothèque qui « ni marchandise ni objet d'utilité, [...] est un mixte social et éthique où s'éprouve positivement un échange confiant dans le crédit d'une restitution infiniment réitérée. Entre l'individualisme propriétaire et le communisme collectif, la bibliothèque réalise l'acte politique d'une propriété publique à usage privé » (p. 364).
L'approche ultime que Robert Damien engage est celle de « l'âge biblioménal du conseil » à la lumière de Bachelard chez qui sont présents « prière à la bibliothèque et hymne à la lecture ». Ce dernier auteur, si l'on suit Robert Damien, « nous fait entrer dans un nouvel âge de la raison », sorte de passage « d'une république savante de la raison à une démocratie politique des raisons mutuelles. Nous y voyons les ingrédients d'un nouvel esprit politique des conseils » (p. 385), c'est ainsi que le conseil est « devenu biblioménal » (p. 411).
La lecture, qui, selon Bachelard, relève d'un triple principe d'ouverture, de déplacement et d'accroissement, et la bibliothèque – « le magasin » – dans laquelle le lecteur pourra puiser, jouent évidemment un rôle significatif. Pour autant, le lecteur bachelardien ne se limite pas au livre, il accumule les objets de lecture (« une image, un schéma, une trace, un paysage, un protocole, un mode d'emploi, un roman, une gravure, un visage, un arbre, une matière, une expérience, une démarche, un poème, etc. » [p. 401]). C'est ainsi grâce à Bachelard, soutient Robert Damien, « que s'effectue pleinement la grande mutation du grand Auteur de la Bible au grand Lecteur de la Bibliothèque ». La bibliothèque entendue comme « livre des livres », comme « surlivre », abrite « les ressources conceptuelles pour penser les nouvelles révolutions qu'annoncent les technologies informatiques » (p. 417).
Finalement, la Bibliothèque permet de « relier, combiner, corréler et ainsi découvrir le neuf et connaître autrement », c'est « le foyer républicain d'une société de conseil » (p. 423). Car « la démocratie et la bibliothèque sont philosophiquement et politiquement inséparables » (p.426). Toutefois, la métamorphose du livre par sa dématérialisation actuelle conduit à « la bibliothèque virtuelle et numérique [qui] n'a pas encore la politique qu'elle attend » (p. 430). C'est donc à la nécessité de « penser la renaissance politique d'une culture philosophique de conseil » (p. 437) que Robert Damien envisage désormais de se livrer.
Un véritable voyage dans le monde de la Bibliothèque
La richesse des approches déployées par Robert Damien, dont la brièveté de ce compte rendu ne peut qu'imparfaitement témoigner, constitue un véritable voyage dans le monde de la Bibliothèque entendue comme concept. L'intérêt de sa lecture en est évident dès lors que l'on se préoccupe des relations entre bibliothèque et politique, cet ouvrage permet de penser ces relations et leur évolution sur près de cinq cents ans et ainsi de contextualiser le statut de la bibliothèque, cette fois, en tant qu'institution. De ce point de vue, Le conseiller du Prince est un livre important.


Toutefois, l'on peut s'interroger sur le choix de la dernière figure proposée par Robert Damien : celle de Gaston Bachelard. Avec elle, ce n'est plus tant la relation entre bibliothèque et politique qui est examinée que le premier terme de cette relation. La nature de l'œuvre de Bachelard ne permet pas d'ailleurs un examen épistémo-politique comme celui auquel Robert Damien se livre grâce aux précédents textes qu'il présente dans l'ouvrage C'est finalement un développement épistémologique qui nous est proposé. Robert Damien avait d'ailleurs rappelé l'exigence d'un tel examen de la « rationalité démocratique » dans les premières pages de l'ouvrage.


Enfin, et ce n'est pas une question de détail, le titre de l'ouvrage conserve, au terme de la lecture, une ambivalence, voire une ambiguïté. Le conseiller du Prince de Machiavel à nos jours : on peut évidemment penser que le terme Prince renvoie au livre de Machiavel. Mais le Prince, y compris dans l'ouvrage éponyme, est bien celui qui exerce son pouvoir sur ses sujets. Quand bien même l'exercice du pouvoir ne serait plus placé aujourd'hui dans des mains princières, ce vocable ne rend pas compte du passage à la démocratie que par ailleurs Robert Damien s'attache à mettre en lumière. Pourquoi ne pas avoir préféré au terme « Prince » celui de « souverain » qui convient à la fois pour l'Ancien Régime et la période postérieure ? Quoique le choix de Robert Damien puisse conduire à une critique politique qui n'a pas sa place ici, il reste que son livre enrichira longtemps la réflexion de ceux qui portent intérêt à la Bibliothèque entendue comme « matrice démocratique ».

De la Françafrique à l'AfricaFrance par M. Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique

 

De la Françafrique à l'AfricaFrance par M. Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique

Intervention de M. Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique. Ancien directeur de la Lettre du Continent. Auteur de plusieurs ouvrages dont « AfricaFrance. Quand les dirigeants africains deviennent les maitres du jeu » (Fayard, 2014), au colloque "Que peut faire la France en Afrique subsaharienne" du 15 décembre 2014.

Je crains d'être beaucoup moins structuré que Georges Courade.

Je dois tout d'abord avouer que j'ai longtemps hésité à intervenir dans ce colloque. Je ne suis en effet, ni responsable politique, ni analyste, ni chercheur et ce n'est pas, à mon avis, le rôle du journaliste de répondre à la question « Que peut faire la France en Afrique subsaharienne ? »

Toutefois après avoir analysé, décrypté et commenté, pendant plus de quarante ans, la politique africaine de la France, je suis devenu –

à mon corps défendant – une sorte de spécialiste de la « Françafrique ».

La Françafrique, un terme qui a deux acceptions :
- celle de l'ancien président Félix Houphouet-Boigny et de Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » du général de Gaulle. Tous deux croyaient sincèrement à une communauté de destin entre la France et l'Afrique.
- Et la seconde, la Françafrique de tous les réseaux affairistes, critiquée par un certain nombre d'associations des droits de l'homme qui dénoncent les relations incestueuses entre certains dirigeants africains et leurs réseaux d'influence en France.

Je ne vais pas m'éterniser sur cette période révolue. Je crois toutefois qu'il n'est pas possible de comprendre les difficultés de la France à engager un nouveau type de relations et un dialogue équilibré avec ce continent sans rappeler ce qu'a été la période si particulière de la guerre froide qui a suivi les indépendances africaines.

De 1960 jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989, la France a vécu dans ses anciennes colonies d'Afrique occidentale et centrale une période historique singulière, atypique : la mise en place d'un système – totalement intégré – politique, militaire, diplomatique, économique et financier.

Comme tout système, il avait sa propre cohérence interne.

Au plan politique : un certain nombre de dirigeants africains avaient été ministres ou députés en France avant les indépendances (je pense au président sénégalais Léopold Sédar Senghor ou le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny). Tous avaient baigné dans l'histoire de France et sa politique assimilationniste.

Sur le plan militaire et stratégique, des clauses secrètes dans les accords de défense garantissaient à la France l'accès prioritaire à des matières premières, en particulier pétrolière et minières, comme l'uranium. En contrepartie, l'ex-métropole garantissait aux dirigeants africains, qu'elle avait souvent cooptés, leur maintien au pouvoir.

Au plan diplomatique, la France bénéficiait aux Nations Unies d'un bloc de 14 voix qui ne lui faisaient jamais défaut. Ces voix d'Afrique sub-saharienne lui ont permis de poursuivre ses essais nucléaires dans le Pacifique ou d'écarter, par exemple, les résolutions proposées par les Américains condamnant la France pour la guerre d'Algérie.

Au plan économique, pendant près de trente ans, les entreprises françaises ont évolué dans un espace hyper protégé. La concurrence était très faible : au nom de la lutte contre l'implantation de l'Union soviétique en Afrique, les alliés occidentaux de la France lui laissaient le contrôle des marchés de ses anciennes colonies. L'aide était liée : tous les projets financés par la France en Afrique étaient attribués de facto aux entreprises tricolores. La Zone franc, avec le franc CFA d'avant la dévaluation de janvier 1994, permettait aux entreprises françaises de transférer librement leurs bénéfices avec une parité fixe. De même, les conventions d'établissement signées avec les États africains leur étaient extrêmement favorables, en matière fiscale notamment. Enfin, ces entreprises ont longtemps vécu en situation de monopole avec des clauses de protection de leurs industries. Le moindre petit problème que rencontraient ces entreprises se réglait dans la journée par un coup de fil de l'ambassadeur de France au président du pays concerné.

Bref, un certain nombre de ces entreprises se sont longtemps crues chez elle dans les pays africains et ont eu du mal à prendre la mesure de la nouvelle donne sur le continent : l'arrivée des puissances émergentes, en particulier chinoise, indienne et turque et, surtout, l'ouverture des marchés à leurs alliés traditionnels européens et américains. D'autant qu'au moment où les pays occidentaux arrivaient au bout d'une décennie d'annulation des dettes des pays africains, ces derniers se ré-endettaient auprès de la Chine.

Et ce n'est plus une aide au développement à l'étiage qui peut changer la donne.

Au cours de la dernière décennie, la France a perdu environ la moitié de ses parts de marchés, que ce soit dans les pays du Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Ils ont été réduits de moitié, de plus de 10% à 5%, même si en volume les exportations globales augmentent en raison de la croissance de certains pays. Mais même l'Allemagne, 4ème exportateur vers ce continent, est passée devant la France.

Pour toutes les statistiques et la perte d'influence de la France en Afrique, je vous renvoie à l'excellent rapport d'information des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel (« L'Afrique est notre avenir ») paru en octobre 2013 ainsi que celui d'Hubert Védrine, commandé en décembre 2013 par le ministère de l'économie et des finances (« Un partenariat pour l'avenir »).

Tout y est. Comme le dit si bien Védrine, non sans euphémisme : « la France ne semble pas avoir totalement pris la mesure du nouveau contexte africain, ni de la bataille économique qu'elle doit y livrer ». L'ancien ministre des Affaires étrangères pointe du doigt, entre autres, la désastreuse politique des visas qui fait fuir les hommes d'affaires et les étudiants vers d'autres horizons ainsi que le mépris de la diaspora africaine en France.

J'irai plus loin. La France a aussi sans doute sous-estimé des dirigeants africains qui, même dans son pré carré, n'étaient déjà plus depuis très longtemps dans un rapport de dépendance. Loin d'être des pantins et des « béni-oui-oui », ils ont, plus souvent qu'on ne le croit, su manœuvrer et instrumentaliser leurs interlocuteurs à Paris, au-delà même de leurs propres réseaux d'influence. Et aujourd'hui, ils ont le monde entier dans leur salle d'attente.

Pour faire court, le maintien, voire le déploiement de l'armée française dans son pré carré traditionnel ne doit pas servir de cache-misère à une présence française en déshérence.

« Laissons la France assurer la sécurité, nous on fait des affaires » chuchotent les partenaires traditionnels de Paris.

Le paradoxe est que dans cette Afrique mondialisée – où la Chine est partout ! – chaque ancienne puissance coloniale demeure dans son pré carré. Et ce n'est pas le fait que de la France.

Le Royaume-Uni qui, contrairement à la France, a maintenu son aide au développement sur le ratio de 0,7% de son revenu national brut (RNB) ne met quasiment plus d'argent bilatéral dans les pays de la zone sahélo-saharienne.

On a même vu que pour les opérations de lutte contre Ebola, les Britanniques n'interviennent qu'en Sierra Leone, les Français en Guinée et les Américains au Libéria (créé en 1822 pour les esclaves noirs américains libérés). On a l'impression que c'est quelque chose qui est acquis, qui ne change absolument pas. Aujourd'hui, à l'heure où nous parlons, le Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique, dont tous les participants sont francophones, se déroule dans la capitale sénégalaise en présence de notre ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Au même moment, se tient à Abuja le sommet des chefs d'État d'Afrique de l'ouest sur la sécurité, avec Goodluck Ebele Jonathan, Président du Nigeria et la présidente de la Commission de l'Union africaine, Mme Dlamini-Zuma ! On a l'impression que chacun reste dans son pré carré et cela ne facilite pas la coordination générale sur ce qu'il faut faire en Afrique.

D'où l'importance pour la France de se réinventer par une connaissance de l'Afrique réelle qui ne lui ressemble pas. Il faut sortir de l'ambiguïté franco-africaine. Il ne sert à rien de passer d'une « Françafrique incestueuse » à une « Françafrique vertueuse » car cela reste une forme de Françafrique. Et tout ce qui vient de Paris est sur-interprété, que ce soit par les dirigeants africains ou leurs opposants.

Pour sortir cet anachronisme historique, la France doit totalement changer de logiciel dans la nouvelle AfricaFrance. La France n'a pas d'amis en Afrique, mais ses interlocuteurs sont des Africains mondialisés qui entendent être respectés, sans forcément être francophiles, même s'ils sont francophones.

Ces Africains attendent de la France qu'elle enseigne dans ses écoles, non seulement l'histoire de la période coloniale – et ce que l'Afrique et ses soldats ont apporté à la France pendant les deux guerres mondiales (tirailleurs sénégalais...) – mais l'Afrique des civilisations rayonnantes de l'antiquité, des traditions orales, des royaumes, des ethnies, de toutes les cultures, des fantastiques potentialités de ce continent qui n'est pas un pays.

Il y a, autant en Afrique que dans la diaspora africaine en France, un problème identitaire et une soif de reconnaissance extrêmement forte. Les prémices d'un Black Caucus à la française sont déjà perceptibles. Faute d'être écoutés les Africains vont se constituer en bloc communautaire.

Pendant un demi-siècle, la France n'a dialogué en Afrique qu'avec les dirigeants qu'elle avait souvent cooptés au pouvoir. Contrairement à certains de ses concurrents, elle connaît mal les sociétés civiles africaines qui sont aujourd'hui à la manœuvre pour changer leur pays.
Au Sénégal, c'est le mouvement sénégalais « Y en a marre » qui a vraiment fait renoncer le président Abdoulaye Wade à se maintenir au pouvoir.

Au Burkina Faso, c'est la mobilisation des jeunes du « Balai citoyen » qui a fait chuter Blaise Compaoré. Pas seul bien évidemment. Sans doute le fait qu'une partie de la bourgeoisie burkinabé n'avait plus accès aux marchés verrouillés par des proches du chef de l'État a-t-il aussi joué.

Demain, d'autres peuples africains avec une population tout aussi jeune – qui n'ont que faire de la Tour Eiffel – vont se soulever contre des pouvoirs issus ou héritiers de la période de la guerre froide. Ce n'est qu'une fois qu'elle aura abandonné toute attitude paternaliste que la France pourra défendre sur ce continent ses intérêts stratégiques et économiques au même titre que les puissantes émergentes.

Si aujourd'hui la France se « bunkerise » et ne va pas à la rencontre d'une Afrique mondialisée, elle subira demain les retombées négatives du bouillonnement d'un continent de 2 milliards d'habitants sans profiter de ses nouvelles opportunités économiques et culturelles.

Jean-Pierre Chevènement


Qu'est-ce qui nous empêche de « laisser l'Afrique aux Africains » ? Si le rapport de l'Afrique avec la France est incestueux, ne vaudrait-il pas mieux le rompre ?

Antoine Glaser


C'est une question de générations. Je connais bien les milieux d'affaires en France. On y rencontre les enfants des gens qui étaient en Afrique à l'époque où 50 000 Français faisaient tourner la machine à Abidjan et étaient présents à tous les niveaux de toutes les administrations tandis que le président Houphouët-Boigny gérait l'Afrique de jour avec ses conseillers français à la présidence et l'Afrique de nuit, avec ses réseaux informels africains le soir. Aujourd'hui on constate une prise de distance chez les jeunes Africains. Seules les anciennes générations veulent maintenir un lien étroit entre la France et l'Afrique. Les choses sont en train de changer mais on a l'impression qu'en France on vit encore dans un anachronisme historique.

Georges Courade


Je suis tout à fait d'accord avec ce que vient de dire Antoine Glaser.

Quand je suis arrivé au Cameroun en 1970 il y avait 15 000 étudiants. Ils sont aujourd'hui entre 200 000 et 300 000. Les professeurs français, nombreux à l'époque, sont maintenant très minoritaires. Nous entrons dans une nouvelle donne où les échanges entre francophones se font sur la base de l'égalité. De même que nous étudiions ce qui se passait dans la banlieue de Yaoundé, les Africains observent ce qui se passe en Seine-Saint-Denis pour faire des recherches croisées, à égalité. C'est en allant dans ce sens qu'on peut sortir de la Françafrique.

Jean-Pierre Chevènement


Devant le phénomène démographique que vous décriviez tout à l'heure, 180 millions d'Africains en 1950, 960 millions aujourd'hui, 2,1 milliards en 2050, il n'est pas nécessaire d'avoir lu Engels pour comprendre que le changement de quantité introduit un changement de qualité. Face à cette croissance démographique impressionnante, montée de la vie et source de croissance, il faut investir, notamment dans la formation. Avant d'arriver à l'université il faut alphabétiser, donner une formation élémentaire, puis secondaire... ce n'est pas si simple ! La France ne pourrait-elle pas dans ce domaine faire beaucoup plus qu'elle ne fait ?

Vous avez pointé le caractère régalien de la présence de la France (l'armée, la monnaie...) mais j'observe que la sécurité est aussi une condition du développement.


Le cahier imprimé du colloque "Que peut faire la France en Afrique subsaharienne ?" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

Fondation Res Publica

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