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ENTRE LUTTES POLITIQUES ET LUTTE AVEC FRAPPE-La démocratie sénégalaise à l'épreuve d'une nouvelle figure de la politique-Samba Diao

 

ENTRE LUTTES POLITIQUES ET LUTTE AVEC FRAPPE-La démocratie sénégalaise à l'épreuve d'une nouvelle figure de la politique-Samba Diao


Harmattan Sénégal
SCIENCES POLITIQUES AFRIQUE SUBSAHARIENNESénégal

"Cet ouvrage nous arrive quand la politique montre ses facettes violentes au point de manquer de respect à des autorités religieuses qui ne demandent qu'à prier pour un Sénégal juste et apaisé.
Je dois remercier le Pr Alpha SY de m'avoir présenté ce jeune professeur de philo venu de la sociologie et de la science politique. Depuis il n'a cessé de me suivre, de me demander de lire ses textes en gestation et pour vous dire je n'avais en réalité aucune suggestion à faire tellement le jeune à l'art d'interroger les faits pour en extirper des concepts nouveaux. Le sénégalais croit comprendre sa société qui l'échappe bien souvent ; en cause les imbrications inattendues, les compromissions, les mélanges de genres.
Au Sénégal la politique fait feu de tout bois et c'est la démocratie (rencontre internationale à Dakar pour faire le point sur la Démocratie) perd ainsi son «parler grec».Un ouvrage dense et agréable à lire, un ouvrage qui ouvre les yeux de l'esprit de tout homme citoyen qui veut comprendre e pays et mesurer les difficultés qui se présentent massivement". Pape B CISSOKO_Paris

Samba Diao montre que l'extrême politisation de la lutte avec frappe est solidaire de l'apparition d'un phénomène de « luttification » de la politique. De cette intrication de la lutte et de la politique, il en résulte diverses formes de perversion et de la « démocratie » sénégalaise et de l'espace public. Voici des moyens qui pourraient sortir le peuple sénégalais du gouffre de la politique politicienne, pour faire advenir une citoyenneté véritablement démocratique.

Au Sénégal, politiciens et acteurs de la lutte avec frappe ont toujours entretenu le mythe de l'autonomie, voire de la séparation de leurs domaines d'activités.

Contre cet apolitisme spécieux, cet ouvrage explore les différentes modalités de présence de la politique dans le champ de la lutte sénégalaise avec frappe, et vice versa. Samba Diao montre que l'extrême politisation de la lutte avec frappe est solidaire de l'apparition d'un phénomène de « luttification » de la politique.
L'analyse de l'auteur débouche sur un examen des voies et moyens qui pourraient sortir le peuple sénégalais du gouffre de la politique politicienne, pour faire advenir une citoyenneté véritablement démocratique

Titulaire d'une maîtrise en sociologie et d'un D.E.A. en sciences politiques de l'université Gaston Berger de Saint-Louis, Samba Diao est professeur de philosophie dans l'enseignement secondaire public. Il est l'auteur de Comprendre Du contrat social de Jean-Jacques Rousseau (L'Harmatan, 2015).

Broché - format : 13,5 x 21,5 cm
ISBN : 978-2-343-14554-9 • 6 avril 2018 • 144 pages
EAN13 : 9782343145549
EAN PDF : 9782140086076

Jean Baubérot, Une si vive révolte Préface de Edwy Plenel, Paris, Les Éditions de l'Atelier, 2014, 232 p.Pierre Lassave

 

Jean Baubérot, Une si vive révoltePréface de Edw  y Plenel, Paris, Les Éditions de l'A  telier, 2014, 232 p.Pierre Lassave

Jean Baubérot, cet auteur bien connu de nos colonnes pour ses travaux d'histoire et de sociologie du protestantisme et de la laïcité, a retrouvé ces dernières années, en ses temps de retraite active, ses « cahiers de bord » où adolescent il criait déjà sa révolte contre le mensonge des gouvernants, le racisme ordinaire, l'injustice sociale et la violence d'un État colonial alors empêtré dans la guerre d'Algérie. Un demi-siècle plus tard, celui qui est devenu président d'un grand établissement universitaire (EPHE) et conseiller du Prince ès laïcité avec rosette à la boutonnière se demande si la sainte colère du jeune « Jean-Ernest », élève turbulent d'un lycée de Limoges, n'a pas été trahie par le « Jean », savant républicain comblé d'honneurs.

C'est ainsi qu'a débuté l'écriture de ce livre autobiographique, jusqu'à ce que l'auteur se décourage tant les fils du récit étaient ténus entre le début et la fin de son parcours. Il a fallu l'encouragement de l'ami Edwy Plenel, célèbre journaliste du Monde puis de Médiapart, pour que l'autobiographe poursuive son entreprise en y intégrant l'étape intermédiaire mais décisive des années révolutionnaires (mai 68) qui jouent dans cette trajectoire le rôle de transition entre révolte et intégration.

D'où ce récit en trois parties : 1. « Rebelle et boutonneux » ; 2. « Transgression et révolution désacralisée » ; 3. « Un mandarin hérétique ? ».


2Menée finalement à bien par la vertu des enchaînements et des échos entre moments successifs, l'entreprise ne manque pas de saveur par son ton badin à l'ironie décalée ainsi que par le miroir qu'elle renvoie d'une génération si marquante pour l'époque actuelle que d'aucuns s'obstinent aujourd'hui à l'oublier. Les fils renoués sont multicolores, ils mêlent ainsi émois amoureux, croyance métaphysique, engagement révolutionnaire, labeur d'études et d'enseignement, vie conjugale et parentale, gestion administrative, conseil républicain, présence médiatique, etc. Une multiplicité de registres qui fait le sel de ce témoignage dont il faut saluer par ailleurs le caractère pionnier dans le petit milieu des sociologues des religions.


3Premier acte... Notre « grillon » rebelle, ainsi qu'il se nomme chez les Éclaireurs scouts, est le cadet d'une famille d'enseignants (le père en histoire-géographie, la mère en psychologie), normaliens méritants issus de milieux ruraux et modestes dont la branche paternelle a fait souche à Limoges. Famille protestante et républicaine à laquelle le narrateur rattache quelque ancêtre libre penseur. Le petit Jean-Ernest est un gaucher contrarié qui compense son allure malingre par des paroles et des actions débordantes. Dès quinze ans, le lycéen remuant mais passionné d'histoire et de politique, admirateur de Mendès-France, écrit même à Guy Mollet pour lui intimer l'ordre de faire cesser la guerre en Algérie ! Enfant terrible d'une paroisse protestante plutôt guindée, il fréquente un prêtre-ouvrier aux idées sociales plus généreuses et manque de se convertir au catholicisme.

Le narrateur évoque plus ses premières aventures avec les filles que sa rencontre intime avec l'Évangile. Quelques déboires sentimentaux et un pénible conflit avec les adultes conservateurs de sa paroisse ramènent le lycéen aux études. Si bien que, contre toute attente, le rebelle accepte de passer le concours général et gagne le premier prix avec une dissertation d'histoire sur les rapports entre Église et État sous le concordat de Napoléon (sujet prémonitoire s'il en est !). C'est la gloire ! Jean, qui a signé sa copie en oubliant volontairement son second prénom (Ernest), monte à Paris recevoir son prix des mains du Général de Gaulle. Le petit génie voit sa photo dans France Soir et devient par la suite une sommité locale après un reportage en Israël, réalisé dans la foulée du concours, où il visite un kibboutz et s'entretient avec des parlementaires. Sa conférence à l'hôtel de ville de Limoges en 1959 attire six cents auditeurs et il se voit reçu à déjeuner par le préfet. De quoi faire perdre ses boutons d'acné et améliorer sérieusement son aura auprès de la gent féminine, ce dont il ne se privera nullement.

Mais le lauréat, qui entre temps découvre l'amour avec une des plus belles filles de son entourage, ne va pas jusqu'à accepter de préparer le concours de l'École normale car il a décidé de devenir pasteur missionnaire chez les plus pauvres. Il monte à Paris en 1961 se former à la théologie et va se joindre à cette génération contestataire qui livre combat contre la torture en Algérie et le napalm au Vietnam et plus largement contre l'impérialisme, stade ultime du capitalisme.
4Second acte... Intenses années 1960 et parisiennes pendant lesquelles l'étudiant déploie ses talents en de multiples engagements de jour comme de nuit. Le jeune « chrétien irréligieux », se voit proche des thèses de Dietrich Bonhoeffer sur le Christ abandonné de Dieu.

Il n'adhère pas moins à la tendance « italienne » (pour ne pas dire « gramscienne », par rejet du culte de la personnalité) de la remuante Union des étudiants communistes, vivier « gauchiste » à l'origine du mouvement de 68. Celui qui signe Jean Beléros fait scandale par ailleurs dans la revue protestante Le Semeur pour ses positions libertaires et favorables à l'avortement. Il n'en devient pas moins l'animateur plus sage des Amitiés Judéo-chrétiennes et entame du côté de la Sorbonne une thèse d'histoire sur les cultes protestants non reconnus au XIXe siècle (soutenue en 1966, sous la direction de Daniel Robert, EPHE). À l'approche de 68, ses engagements redoublent dans le CRIR (Centre révolutionnaire d'initiatives et de recherches), groupuscule de contestation globale issu de la branche italienne. Jean Baubérot crée avec Jean Schalit et Michel-Antoine Burnier la revue contre-culturelle Action, puis Hérytem qui se réclame du philosophe américain d'origine allemande Herbert Marcuse, rendu célèbre en France par sa critique radicale de « l'homme unidimensionnel » forgé par le totalitarisme des « trente glorieuses ». Mais le docteur en histoire devient aussi pour vivre collaborateur technique à l'EPHE ; il rencontre Michèle, son épouse, voyage à Cuba, devient père.

Comme nombre d'artisans de Mai 68 nés pendant l'Occupation (avant les baby-boomers), il ne tarde pas à voir dans les barricades du Quartier Latin « le feu d'artifice qui clôt la fête ». Le dogmatisme des révolutionnaires d'opérette active sa prise de conscience des résistances de l'histoire à l'utopie. Les années 1970 amorcent un tournant : au bonheur privé de la vie conjugale se joint le travail de recherche savante pendant que la militance publique se fait moins compulsive. Face à la déconfiture des dogmes révolutionnaires, le chercheur engagé découvre grâce à Maxime Rodinson, grand islamologue marxiste, que l'objectivité, ce supposé avatar de l'idéologie bourgeoise, ne manque pas de consistance dans un mouvement d'appréhension critique du réel.

De quoi encourager sa fouille dans les archives de ces communautés évangéliques dissidentes du Midi dont le chercheur se retrouve le lointain descendant et qui luttaient pour la reconnaissance du droit à l'incrédulité. Guidé par Daniel Robert dans les arcanes académiques, il soutient sa thèse d'État et occupe finalement la chaire d'histoire et de sociologie du protestantisme à l'EPHE (1978), après la démission soudaine de son mentor, malade. Il faut dire que le jeune directeur d'études a su nouer des liens discrets avec les membres du Groupe de sociologie des religions, discipline qu'il assimile avec ses grands auteurs comme Max Weber pour mieux comprendre l'histoire dans toute sa complexité. De peuple naguère chéri, Israël ne devient pas moins pour lui État expansionniste. Le premier livre de l'auteur, Le tort d'exister (1970), embrasse ainsi la cause palestinienne, un essai qui reçoit le prix de l'Amitié franco-arabe. Mais le combat aux côtés des militants de l'OLP n'est pas seulement physiquement risqué, il l'est aussi intellectuellement car l'auteur lutte également contre tout antisémitisme et judéophobie.

Ligne de crête qui va marquer son itinéraire ultérieur. Démissionnaire de la « Fédé » protestante pour cause d'agnosticisme au début des années 1970, le chrétien hérétique retrouve la foi à la fin de la décennie pour s'opposer à la vulgate marxiste des chrétiens de gauche qui ont oublié la vie de l'esprit. La complexité d'attaches multiples et contraires nourrit la transition vers la carrière professorale, experte et citoyenne.


5Troisième acte... Avec l'arrivée de la gauche aux affaires, l'enseignant-chercheur n'oublie pas la cause des minorités réprimées par la société dominante. « Contestataire et organisateur », il s'active dans la fédération protestante en créant des revues militantes (Itinéris, Autre temps) et en faisant du tricentenaire de la révocation de l'Édit de Nantes (1685) un événement tant en termes de rassemblement des familles spirituelles que de laïcité républicaine. Laïcité « libératrice », précise l'historien qui décrypte les « seuils de laïcisation » successifs de la société française de la Révolution de 1789 à aujourd'hui. Preuve du succès de ses initiatives conciliatrices, le Président Mitterand lui confie la rédaction de son discours de commémoration.

Diverses responsabilités publiques vont dès lors jalonner la construction d'une œuvre historienne autour de ce thème central et universel de la laïcité dont il occupe la première chaire à l'EPHE (1991) : la présidence de la section de sciences religieuses de la même école (1986), la création du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité en 1995, un temps de conseiller ministériel (1997-98) aux initiatives citoyennes auprès des affaires scolaires (Ségolène Royal), la présidence de l'EPHE (1999), la participation à la célèbre commission Stasi (2003) autour des questions de signes religieux à l'école, sans compter la multiplication des expertises aux quatre coins du monde, du Québec au Japon notamment. Pourtant, l'impétrant s'était entendu dire le jour de sa soutenance (1984) que ses recherches sur la laïcité ne pouvaient intéresser personne et qu'il valait mieux continuer à travailler sur le protestantisme ! Mais « l'affaire du foulard » des collégiennes musulmanes de Creil (1989) a depuis lors changé la donne et conforté l'investissement consenti pour ériger le « pacte laïque » en thème de savoir et de combat. Par les responsabilités successives qu'il assume, le contestataire organisateur fait l'expérience cuisante du narcissisme académique, des coteries politiques et surtout de la résistance passive des bureaucraties installées.

Il peut cependant mettre à son actif quelques réalisations utiles, par exemple l'Institut européen en sciences des religions créé dans la foulée du rapport Debray sur l'enseignement religieux à l'école (2002). Au cœur du récit de ses démêlés administratifs, on appréciera au passage la connivence discrète du narrateur avec la ministre amenée à « remonter les bretelles » de son conseiller qui bouscule un peu trop les habitudes. Malgré les pressions, le sage de la commission Stasi est le seul à s'abstenir sur ses conclusions tendant à interdire le port de signes religieux à l'école. À l'une de ses étudiantes qui lui demande s'il accepte qu'elle vienne en cours avec un foulard sur la tête, il répond : « Oui, si ce n'est que sur la tête et pas dans la tête ! » Militant des droits de l'homme, l'expert plaide en effet pour « un mode d'organisation politique visant la protection de la liberté de conscience et l'égalité des citoyens, par le double moyen de la séparation de la religion et de l'État et de la neutralité de la puissance publique envers les diverses croyances » (p. 216). Et celui qui rejette tant le dogmatisme laïciste que les sirènes d'une laïcité « ouverte » ou « positive » enfonce le clou : « La laïcité ne réprime pas la religion, elle lui impose la liberté de tous, le droit de choisir sa fin de vie, le droit au mariage pour personnes de même sexe » (p. 217).

Ces positions inscrites dans la mémoire de la conquête des libertés individuelles depuis la Révolution et des compromis républicains qui en ont marqué les étapes, comme la loi de Séparation de 1905, sont utiles hors des frontières de l'hexagone. Et l'historien ne se prive pas de les confronter aux multiples contextes nationaux qu'il rencontre le long de son parcours mondial de « Visiting Professor ». La Légion d'honneur prise sur le contingent propre du Président Chirac, autre complice discret qui apprécie l'intégrité du franc-tireur, couronne cette traversée des lambris parisiens et des amphithéâtres du monde. Au seuil de la retraite, l'intellectuel engagé se voit sollicité pour présider la Fédération protestante. Mais sa candidature un peu forcée ne manque pas de se heurter aux dogmatismes locaux. Rompu au fil du temps aux raccourcis des magazines et des plateaux de télévision, le penseur de la laïcité laisse transparaître une certaine amertume face au consensus mou de ce qu'il appelle « l'extrême centre » et que le philosophe et linguiste italien Raffaele Simone appelle le « monstre doux », mélange de consumérisme, de jeunisme et de virtualité numérique qui délègue la solidarité aux téléthons dans l'instant même où les migrants misérables d'Afrique périssent en mer et les victimes des « subprimes » se retrouvent à la rue au cœur de la riche Amérique.


6Arrivé à l'épilogue, le narrateur se redemande si le lycéen rebelle, le militant révolutionnaire et le franc-tireur des commissions ministérielles n'ont pas finalement succombé un à un aux douceurs trompeuses du monstre dominant. Le sociologue s'en défend en resituant son parcours dans les flux mêlés d'une génération romantique et d'un monde globalisé. Couvert d'honneurs par la République, il ne se défie pas moins de sa religion civile et ne cesse en même temps de combattre les empiètements du religieux sur les institutions publiques au nom de prétendues racines que l'historien invalide. « Garder une distance à l'égard des satisfaits dominants comme des rebelles établis, ne pas essentialiser les divers codes ; circuler entre des mondes différents » (p. 225) sont les commandements pratiques de celui qui s'inscrit dans la lignée hérétique des protestants forcés par le Roi Soleil à la communion catholique et qui mâchaient discrètement l'hostie de façon sacrilège. Mais ce récit de vie intellectuelle ne mâche nullement ses mots et ne ronge aucun frein. Il nous guide de façon alerte dans la multiplicité et la duplicité des mondes qui composent les destins croisés du croyant, du militant, du savant, de l'enseignant, de l'administrateur ou du communiquant. Un récit qui fait vivre de façon éloquente les dialectiques propres à toute « carrière », telles que le sociologue américain Everett C. Hughes les a théorisées : entre généralité et particularité, entre fixité et mobilité, entre multiplicité et unicité.

On ne peut donc finalement que se réjouir que le narrateur intrépide ait si bien réussi à dépasser les appréhensions premières de l'auteur

ALBERT MEMMI -La Dépendance- Esquisse pour un portrait du dépendant -Suivi d'une Lettre de Vercors

 

ALBERT MEMMI -La Dépendance- Esquisse pour un portrait du dépendant -Suivi d'une Lettre de Vercors


Hors série Connaissance, Gallimard


Qui est dépendant ?


Tout le monde, répond l'auteur, après un étonnant inventaire : l'amoureux et le joueur, le malade, le fumeur, le buveur et l'automobiliste, le croyant et le militant, nous sommes tous, chacun à sa manière, dépendants.


De qui ou de quoi peut-on être dépendant ?


À peu près de n'importe qui ou de n'importe quoi : on peut s'attacher aussi bien à une femme, à un homme ou à un chien, à une collection de papillons, à son travail, à la montagne, à un parti ou à Dieu.
Il n'y a là aucun goût du paradoxe. Interrogeant sa propre expérience comme les expériences d'autrui, Albert Memmi montre que la dépendance est une fascinante évidence.
Elle éclaire d'une manière inattendue la décolonisation, les relations actuelles entre les sexes et les œuvres de culture.

Les avis
fanfanouche24

Je poursuis activement la fin de mes tris et déballages de livres... et je me retrouve avec, dans les mains, un ouvrage lu et adoré dans les années 80, qui aborde tous les grands aspects de nos rapports à la vie et aux autres à travers un état et sentiment, plus qu'omniscient :

« La dépendance »...Nos motivations, les raisons profondes de nos engagements...Albert Memmi décortique tous nos comportements à l'aune de ce fameux sentiment de « dépendance »...
Je me prépare à partir quelques jours chez des amis, me met de côté les lectures à emporter pour moi et pour offrir... En plus de nouvelles parutions qui m'intéressent beaucoup, me voilà en plus, à ajouter des anciennes lectures qui ont été des moments intenses, dont ce livre d'Albert Memmi, qui a été plein d'enseignements, à travers un style limpide , chaleureux, illustré de multiples exemples à travers la littérature, le cinéma, la vie quotidienne, les mondes de l'art, des religions, le monde animal, etc.
Un livre très fort , multidisciplinaire... qui nous enrichit de la vaste réflexion de son auteur...
« ... Nous existons en fonction des autres. Sans cesse, nous sollicitons leur alliance, ou leur cherchons querelle, souvent pour obtenir le même résultat: un échange et une reconnaissance. Et comme nécessairement ils nous déçoivent, nous tâchons d'en corriger l'image, nous les ré-inventons selon nos besoins. D'où l'extraordinaire mélange d'intuitions exactes et de fantasques rêveries que nous avons les uns de autres. » (p.23)


Je reformulerai sûrement différemment ma chronique de ce livre après sa relecture, car lorsque je parcours l'abondance des passages que j'avais soulignés à la première lecture, je pense que je vais appréhender cet essai, avec un regard, dit « plus mature »... où d'autres éléments accapareront mon attention selon aussi mes sujets de réflexion du moment.


De nombreuse références littéraires, philosophiques, cinématographiques, culturelles, psychologiques, éthiques, etc nous sont proposées... Une très large réflexion sur notre condition d'humain et de notre positionnement aux autres nous est offerte à travers cet essai.


Touchée également que l'auteur ait tenu compte du monde animal...de ses perceptions, comportements, sentiments envers nous, les « pauvres humains »... souvent fort inattentifs : « On voit également, dans ces livres, que la dépendance de la bête n'est pas moins grande. le chien perdu revient toujours, et de fort loin ; il ne dort pas si ces maîtres veillent et dort si ils dorment. Il est le chien de tel maître, comme on est l'enfant de tels parents. L'attente de l'animal n'est pas moins remarquable que celle des humains. Il existe une affectivité et une pensée animales. (p.27)
Albert Memmi recense tous les domaines de croyances, d'engagements... qui possèdent souvent, à notre insu, une double face, moins consciente : « « On voit de combien de mères nous cherchons à nous pourvoir- l'armée, le parti politique, le club sportif sont de « grandes familles »....(...) le prêtre qui abandonne son ordre, le militant qui ne renouvelle pas sa carte, jugent que « la vie n'a plus de sens », à moins qu'ils en aient déjà découvert un autre. de son côté, le groupe condamne ceux qui s'éloignent comme des renégats qui méritent violence » (p.35)
J'achève cette note imparfaite vu la lointaine lecture de cet ouvrage, sur un passage essentiel, montrant parfaitement que la plus difficile chose, dans nos existences, reste « les rapports humains » !!!!

« Au reste, la reconnaissance n'est pas un sentiment d'une complète pureté: reconnaître ce que l'on doit à autrui, c'est aussi avouer sa propre insuffisance. Il faut beaucoup de force et d'orgueil, ou de placidité, pour supporter ses propres dettes sans inquiétude ni ressentiment. le commun des mortels vénère ses idoles et guette leurs défaillances. Cela semble contradictoire; ce ne l'est pas: on agresse qui vous aide, parce qu'on a aussi besoin de se défendre contre lui. J'aime cet homme pour le bien qu'il me fait, mais je dois l'aimer moins pour m'estimer moi-même. » (p.57)

fanfanouche24
... Nous existons en fonction des autres. Sans cesse, nous sollicitons leur alliance, ou leur cherchons querelle, souvent pour obtenir le même résultat: un échange et une reconnaissance. Et comme nécessairement ils nous déçoivent, nous tâchons d'en corriger l'image, nous les ré-inventons selon nos besoins. D'où l'extraordinaire mélange d'intuitions exactes et de fantasques rêveries que nous avons les uns de autres. (p.23)

Mimimelie
Cher ami,
Votre étude sur la dépendance fait largement réfléchir. Comme toutes les choses très simples et qui, rappelées à l'esprit, soudain apparaissent évidente, on n'avait jamais pensé à y penser. Et voici que vous obligez à le faire et que s'ouvrent des horizons infinis. On se découvre soumis à un nombre de dépendances quasiment illimité.
C'est très impressionnant. Pour ma part, je m'aperçois qu'elles sont chez moi aussi nombreuses que chez n'importe qui, mais (est-ce heureux ?) généralement très faibles. Je peux pour presque toutes les secouer sans grand mal. Mises à part bien entendu celles qui ont trait à mon travail, mes convictions et mon épouse.
Quant à celle-ci je suis de ceux qui, au moindre retard, imaginent promptement l'accident et ses suites. Si la dépendance alors se mesure à la nervosité, elle paraît sans remède. Mais je ne cherche pas de médecin.
Pour ce qui est des convictions, je dois bien reconnaître que ma dépendance est totale, puisqu'elle pourrait aller jusqu'à la mort. Mais peut-on appeler dépendance un esclavage où l'on est à la fois dominant et dominé ? C'est bien complexe et bien intéressant. Votre livre porte à nombre d'autres réflexions. On n'en a pas fini en refermant ces pages. C'est le type d'ouvrage à ranger au rayon des livres à consulter en cas de besoin.
Donc, grand merci, veuillez me rappeler au souvenir de Madame Memmi et croire à mon amitié.
Vercors

fanfanouche24
Au reste, la reconnaissance n'est pas un sentiment d'une complète pureté: reconnaître ce que l'on doit à autrui, c'est aussi avouer sa propre insuffisance. Il faut beaucoup de force et d'orgueil, ou de placidité, pour supporter ses propres dettes sans inquiétude ni ressentiment. Le commun des mortels vénère ses idoles et guette leurs défaillances. Cela semble contradictoire; ce ne l'est pas: on agresse qui vous aide, parce qu'on a aussi besoin de se défendre contre lui. J'aime cet homme pour le bien qu'il me fait, mais je dois l'aimer moins pour m'estimer moi-même. (p.57)

Mimimelie
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Ne dépendre de personne, d'aucun objet, ni d'un sol ni d'une communauté, ni d'une tradition ni d'un projet, ni d'une activité ni d'une passion, peut sembler d'une parfaite sagesse ou d'une grande force de caractère. Certains l'ont soutenu, au moins comme une visée à l'infini de l'horizon humain. Mais est-ce que cela correspond à la réalité vécue, même potentielle, de l'homme ?

fanfanouche24

La lecture est probablement venue prendre place dans ces-rites de transition- du jour et de la nuit, destinés à combattre l'angoisse du soir et du néant, peut-être du rendez-vous avec l'inconscient. (...) Certains époux ne peuvent pas s'abandonner au sommeil s'ils ne gardent pas le contact charnel avec leur conjoint. Au fond de tout cela, il s'agit de l'invincible, et très commun besoin de sécurité. (p.94)

L'auteur du "Réel et son double" et de "Route de nuit" avait 78 ans, et une oeuvre considérable : Clément ROSET est parti avec sa philosophie singulière sur la joie...

 

L'auteur du "Réel et son double" et de "Route de nuit" avait 78 ans, et une oeuvre considérable : Clément ROSET est parti avec sa philosophie singulière sur la joie...


« Je fais ce type de compilation augmentée pour en même temps servir de support à nos candidats au bac, à nos amoureux du savoir et de la culture générale. Chacun est libre d'en faire un usage adapté ». P B Cissoko


« Sois l'ami du présent qui passe, le futur et le passé te seront donnés par surcroît »

Par Grégoire Leménager
Philo #2 : "Nietzsche ou la joie par-dessus tout", par Clément Rosset

Quand Clément Rosset publiait le journal de sa dépression

Clément Rosset se noie

Michel Polac : "Je suis un artiste qui s'est dispersé"

Quand Schopenhauer malmenait une couturière

C'était un de nos meilleurs philosophes qui, sous une dégaine à la Diogène, avait l'élégance et l'intelligence des vrais désespérés. Normalien, agrégé de philo, longtemps professeur à l'université de Nice, Clément Rosset était né le 12 octobre 1939 face à la mer, dans la Manche, à Carteret. On apprend sa mort ce 28 mars 2018. L'auteur de «Logique de pire» avait donc 78 ans.


Parce qu'il ne se faisait aucune illusion sur rien, cet ami de Cioran savait qu'il ne nous reste qu'une chose à faire sur cette terre: être heureux, en attrapant ce qu'on peut attraper face au réel. Toute son œuvre était placée sous le signe de cette «Philosophie tragique», comme l'indique le titre de son tout premier livre paru en 1960 aux Presses Universitaires de France, et de ce qu'il s'agit d'en tirer pour apprendre le douloureux métier de vivre.


Pour avoir lu à la loupe Schopenhauer, ce «Philosophe de l'absurde» (1967), Rosset savait expliquer, déplier, commenter «l'Esthétique de Schopenhauer» (1969), ce qui n'est pas donné à tout le monde. Mais il savait aussi trouver dans Nietzsche la recette de «la joie par-dessus tout», comme il l'avait encore brillamment démontré dans un grand entretien à «l'Obs» en juillet 2015.


"Nietzsche ou la joie par-dessus tout", par Clément Rosset


C'est que Rosset avait l'art de forger dans ses lectures la philosophie singulière qui traverse aussi bien ses grands livres théoriques, comme «l'Anti-Nature» (1973), «le Réel et son double» (1976) et «le Démon de la tautologie» (1997), que ses «Propos sur le cinéma» (2001), son analyse du «Régime des passions» (2001) ou le plus récent «Récit d'un noyé» (2015), dans lequel il évoquait certains de ses songes et hallucinations.
Impossible enfin de saluer ce penseur peu commun sans évoquer, avec émotion, sa terrible «Route de nuit» parue en 1999 chez Gallimard. Avec une rare exigence de lucidité, ce grand monsieur y tenait le journal de la dépression contre laquelle il se débattait, seul face aux anxiolytiques et aux insomnies, pour mieux en déduire cet axiome d'utilité publique:


Le plus sage est de pactiser avec le mal.»


Quand Clément Rosset publiait le journal de sa dépression
En parallèle, il avait alors publié chez Minuit un bref essai intitulé «Loin de moi». On pouvait y lire cet aveu, qui était aussi une leçon de modestie, donc de vraie philosophie:
Qui souvent s'examine n'avance en rien dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte.»
Grégoire Leménager Journaliste https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180328.OBS4280/mort-de-clement-rosset-

https://clementrosset.com/

Le mensonge ne me dérange pas, mais je déteste l'inexactitude.
S. Butler
Je me décide à publier ce site dont le principal but est de rectifier certaines erreurs figurant à mon sujet sur le net. Non pas contester les opinions favorables ou défavorables sur mon compte qui peuvent y figurer mais seulement les erreurs matérielles.

Le philosophe Clément Rosset est mort
Mis en ligne le 28/03/2018 | Mis à jour le 28/03/2018

Clément Rosset en 2015 © Édouard Caupeil pour PM
Défenseur d'un réalisme radical, traquant sans relâche les illusions qui font écran au réel, Clément Rosset est mort. Il était l'un des philosophes français les plus importants, ainsi qu'un compagnon de route du journal, avec lequel il a collaboré à de nombreuses reprises.
Tags
Clément Rosset, Réel, Métaphysique, Double, Nietzsche, Illusion
« Chaque vie va finir et l'on ne peut se soustraire à cette règle. Nous voici maintenant face au réel le plus indésirable. Je pense que la finitude de la condition humaine, la perspective intolérable du vieillissement et du trépas, expliquent l'obstination des hommes à se détourner de la réalité », déclarait Clément Rosset. Le philosophe, représentant joyeux d'un réalisme radical, a été retrouvé mort dans son appartement parisien, le 27 mars 2018.
Lire le grand entretien mené avec Clément Rosset: "Le réel finit toujours par prendre sa revanche" ☛

La philosophie tragique


Né le 12 octobre 1939 à Carteret, dans la Manche, Clément Rosset témoigne de la joie qui le préoccupait dès l'enfance. « Que c'est bon d'exister ! » répétait-il alors à l'envi... bien que ses parents trouvent cette exclamation déplacée en pleine Occupation.


Admis à l'École normale supérieure, il publie à 19 ans son premier livre : La Philosophie tragique (PUF, 1960) dans lequel il invite, dans une veine nietzschéenne, à ne pas refuser la part tragique de l'existence. Agrégé de philosophie en 1965, il soutient une thèse de doctorat dirigée par Vladimir Jankélévitch, qu'il publiera sous le titre L'Anti-nature (PUF, 1973), avant de devenir professeur des universités. Il mène l'essentiel de sa carrière à l'université de Nice.
En marge des courants qui tiennent le haut du pavé dans les années  1970, qu'il s'agisse du structuralisme ou de la French Theory représentée par Derrida, Deleuze ou Foucault, il poursuit une œuvre aux thématiques atemporelles, dans un style ciselé et sans jargon, plein d'humour, se donnant pour objectif de « déblayer le chemin vers quelques évidences ». Capable de citer dans une démonstration sur Kant ou Hegel une pièce de Courteline ou un épisode de Tintin, il se fait l'avocat d'un réalisme radical, coupant malicieusement l'herbe sous le pied de la psychanalyse et du marxisme, déjouant tous les «  doubles  » fantasmatiques par lesquels les hommes tentent d'échapper à la réalité.


« Pour ma part, je ne m'intéresse qu'au réel, affirme Clément Rosset. Ce qui ne veut pas dire que je passe mes journées à quatre pattes à renifler le réel dans tous les coins de ma chambre ! Une grande partie de mon travail philosophique depuis trente ans a consisté à démasquer les efforts, les extraordinaires gymnastiques intellectuelles auxquels s'adonnent la majorité des gens, et les philosophes en premier lieu, pour ne pas être en contact avec la réalité. »


Quand Clément Rosset reconnaissait sa dette intellectuelle envers Hergé ☛

L'unicité du réel


Héritier de Schopenhauer et de Nietzsche, mêlant les réflexions sur le cinéma, la littérature, la bande dessinée et la musique, Clément Rosset poursuit une œuvre philosophique qu'il ne conçoit pas « comme une espèce de sagesse permettant de mieux gérer la quotidienneté. Elle consiste plutôt en un art de traiter les problèmes qui ne sont pas liés aux circonstances, mais à des enjeux plus profonds, concernant la condition humaine ou l'être en général des choses. »
Il découvre l'intuition qui constitue le cœur de sa réflexion, « l'unicité du réel », un concept qu'il ne lâchera plus, comme frappé par le « génie de la philosophie » un soir de mars, à Nice. Eurêka ! Il comprend en une minute, comme un éblouissement « que l'essence même du réel, c'est de ne pas avoir de double. Il est dans la nature du réel d'être absolument singulier. Toutes les représentations que nous nous faisons du réel, les rêves que nous en avons, les ombres que nous croyons y déceler, ne sont que des fantômes et des déformations ».


De cette révélation métaphysique, il tire les premières conséquences dans ouvrage phare intitulé Le Réel et son double (Gallimard, 1976), où il étudie cette tentation que les hommes développent : échapper à la réalité, en concevant des « doubles » du réel – idées pures, utopies, croyances... Les philosophes idéalistes raffolent ; lui traque cette illusion. « Il resterait enfin à montrer la présence de l'illusion, écrit-il, – c'est-à-dire de la duplication fantasmatique – dans la plupart des investissements psychologico-collectifs d'hier et d'aujourd'hui : par exemple dans toutes les formes de refus ou de "contestation" du réel... Mais cette démonstration risquerait d'entraîner dans des polémiques inutiles et n'aboutirait d'ailleurs, dans le meilleur des cas, qu'à la mise en évidence de vérités somme toute banales. Un tel développement serait donc facile mais fastidieux, et on en fera ici l'économie. »


Lire le témoignage de Clément Rosset: "Ce soir-là, j'ai été frappé par une mystérieuse boulette" ☛

L'invisible


Lauréat du prix Procope des Lumières en 2013, distinguant l'auteur d'un essai politique, philosophique ou de société, pour son livre L'Invisible (Minuit, 2012), Clément Rosset se penche sur le revers de cette fuite du réel : notre capacité à percevoir un invisible qui n'existe pas. Il relève le « caractère étrange de la pensée » convaincu que « c'est à cette faculté de croire voir et de croire penser, alors que rien n'est vu ni pensé, que les hommes doivent l'essentiel de leurs illusions ».
S'il connaît un épisode dépressif qu'il relate dans Route de nuit (Gallimard), s'il passe à deux doigts de la mort après s'être presque noyé dans une crique de Majorque en 2010 (Récit d'un noyé, Minuit, 2012), le sens du tragique ne s'oppose guère chez lui à la joie « miraculeuse » d'exister. Au contraire, comme il le martèle inlassablement : « la philosophie est une quête intérieure de compréhension et d'acquiescement à la réalité, un chemin par lequel on trouve une joie enivrante. »
http://www.philomag.com/lactu/breves/le-philosophe-clement-rosset-est-mort-27392

Du plaisir d'écrire à la joie de vivre, et inversement. Du plaisir des mots au plaisir tout court, et vice-versa.


Le choix des mots est affaire sérieuse. Il signale toujours une certaine forme d'adoption – ou de refus – des choses, d'intelligence ou de mésintelligence de la réalité.

Clément Rosset
Le Philosophe et les sortilèges


Le principal réconfort de ceux qui ne veulent pas du monde qui leur est présentement offert, mais ne se résolvent pas pour autant à l'abandonner par voie de suicide, consiste on le sait à annoncer soit sa prochaine et radicale modification, soit sa fin inéluctable et imminente : que tout change, ou que tout finisse. Ces deux options, que les prétextes les plus futiles ont toujours suffi à encourager malgré leurs évidente invraisemblance, ne sont naturellement opposées qu'en apparence. Espoir et désespoir font ici cause commune. S'ils divergent quant à la manière selon eux la plus plausible d'en finir, ils s'accordent sur ce point essentiel qu'aucune réalité ne saurait être soufferte telle quelle. Les idées de changement du monde et de fin du monde visent un même exorcisme du réel et jouent pour ce faire du même atout : du prestige fascinant et ambigu de ce qui n'est pas par rapport à ce qui est, de ce qui serait " autrement " par rapport à ce qui est ainsi, de ce qui serait " ailleurs " par rapport à ce qui est ici. Le sortilège attaché à ces notions négatives est de faire miroiter, au-delà de leur propre négativité, l'illusion d'une sorte de positivité fantomale : comme si le fait de signaler que quelque chose n'est ni ici ni ainsi suffisait à établir que ce quelque chose existe ou pourrait exister.


La force invulnérable de la pensée de l'ailleurs et de l'autrement consiste paradoxalement en son impuissance à se définir elle-même : à préciser ce qu'elle désire et ce qu'elle veut. Si ce qui est ici et ainsi peut donner à redire, ce qui se recommande de l'ailleurs et de l'autrement n'offre en revanche guère de prise à une critique qui, n'ayant aucun objet précis à critiquer, fonctionne nécessairement à vide. C'est pourquoi un propos contestataire est toujours, et par définition, incontestable. Le privilège des notions négatives, qui désignent ce à quoi elle s'opposent mais ne précisent pas pour autant ce à quoi elles s'accorderaient, est de se soustraire à toute contestation : elles prospèrent à l'abri de leur propre vague. C'est aussi l'éternel privilège des charlatans.

Table des matières

Introduction

I. Remarques sur le pouvoir

II. Propos d'outre-tombe

III. Ici et ailleurs : 1. Ici rien – 2. Intérieurs romantiques – 3. L'endroit du réel – 4. Aux frontières d'ici et d'ailleurs : le lieu de la peur

IV. Visions de l'absence : 1. L'état de manque – 2. L'écriture violente – 3. L'écriture épistolaire – 4. Images de l'absence – 5. Les absences du corps – 6. La nostalgie du présent
• Clément Rosset-Tropiques. Cinq conférences mexicaines
Les Mexicains adorent la musique et les flonflons. Ainsi qu'il arrive je crois dans tous les peuples du monde, il suffit d'une danse pour les rendre insensibles à ce qui les tracasse ordinairement : le sentiment du rien, le doute identitaire, l'ombre de la mort.
J'ai effectué en février 2009 un séjour au Mexique d'où j'ai rapporté quelques textes inspirés partiellement par des conférences que j'avais prononcées au Collège de Mexico et à l'Université de Zacatecas. Ce sont ces textes qui se trouvent rassemblés dans le présent recueil.

Table des matières

Chapitre I. L'idée fixe.
Chapitre II. Que suis-je ?
Chapitre III. Juan Rulfo et la cruauté du regard.
Chapitre IV. Le retour éternel.
Chapitre V. Le souverain bien.

Clément Rosset L'Objet singulier
* Paru aux Éditions de Minuit en 1979, cet ouvrage reparaît augmenté d'un court texte « Musique et répétition ».

Après avoir étudié dans Le Réel. Traité de l'idiotie, la singularité de l'existence individuelle, Clément Rosset propose, dans cet ouvrage, une réflexion sur le réel et son double.
Le mythe platonicien de " La caverne " sert à l'auteur de fondement pour exprimer la singularité de toute réalité qui est simultanément autre, car toute réalité est doublée par sa représentation. Mais le réel, nous dit Rosset, ne peut s'épuiser dans sa description : il est ce dont il n'existe pas de duplication et, paradoxalement, il ne se donne à penser qu'à travers son double, sa représentation, qui est autre chose que ce qu'elle est censée suggérer.
Partant de ce principe, l'auteur analyse " Les aspects du singulier ", ce qui revient à évoquer les multiples aspects du réel, à travers, notamment, les notions de rire, de peur et de désir, et à travers le langage cinématographique.


D'une façon différente, l'auteur étudie le langage musical en ce sens qu'il est tout entier particulier et incongru, qu'il " est la création de réel à l'état sauvage sans commentaire ni réplique, et seul objet d'art à présenter un réel comme tel ". De fait, alors que toutes les créations humaines fonctionnent sur le modèle de la représentation d'un " déjà existant ", c'est-à-dire d'un double, la musique est à la fois son propre modèle et son langage propre.
Le langage musical est alors confronté au langage parlé et il apparaît à la fois comme la plus signifiante et la plus insignifiante des paroles : signifiante parce que la moindre erreur de transmission en fausse le discours (ce qui n'est pas le cas du langage parlé) mais également insignifiante car la musique n'a pas d'autre contenu " que celui de sa propre chanson ". La musique se présente donc à la fois comme " réalité singulière et comme discours hors de tout propos puisqu'elle ne représente rien du réel et n'en dit rien ".


Penseur de l'existence, Clément Rosset plaide aussi pour la métaphysique qui " s'inscrit en toutes lettres chez tout penseur, y compris et ironiquement chez ceux qui prétendraient s'en passer " et l'" ontologie du réel " qu'il défend, consiste en une extension à toute chose, de ce statut de la singularité.

Table des matières

Avertissement

I. Retour sur la question du double : 1. Le détournement du réel – 2. L'être et le double

II. Aspects du singulier : 1. L'objet terrifiant – 2. L'objet du désir – 3. L'objet cinématographique – 4. L'objet musical : a) Musique et réalité, b) Musique et langage, c) Musique et jubilation, d) Musique et répétition

III. L'appréhension du réel : 1. Amertume et modernité – 2. De l'allégresse – 3. Le savoir amoureux


Clément Rosset En ce temps-là Notes sur Louis Althusser


« La parution récente du livre posthume de Louis Althusser, L'Avenir dure longtemps suivi de Les Faits (Éditions Stock / IMEC, 1992), m'incite à noter, comme en marge, quelques souvenirs et réflexions sur une période et un homme que j'ai connus à la fois de très près et de très loin. De très près, car j'étais, de 1961 à 1965, élève à l'École normale supérieure et, comme philosophe, directement en contact avec Althusser qui assurait, assez " théoriquement " il est vrai – non au sens althussérien mais au sens courant du terme – la préparation au concours d'agrégation de philosophie. De très loin, car j'étais complètement indifférent à l'effervescence intellectuelle qui régnait alors à l'École et autour de la personne d'Althusser, dont je décidai immédiatement de " sécher " les cours, moins par mépris de ceux-ci que par refus instinctif de m'associer au petit groupe de ceux qui les suivaient.


L'alliance, chez Althusser, de la plus extrême lucidité et de la plus totale folie – alliance " contre nature ", j'y reviendrai, qui fait d'Althusser un cas, au sens où l'on parle d'un " cas Wagner " ou d'un " cas Nietzsche " – m'a paru digne de réflexion. Ce cas est en effet doublement instructif, éclairant d'un même coup de projecteur ce qu'il peut y avoir de plus raisonnable et de plus insensé dans le fonctionnement du cerveau humain. »


Clément Rosset
(Nice, 1er mai 1992)

Du même auteur
• L'Objet singulier, 1979
• La Force majeure, 1983
• Le Philosophe et les sortilèges, 1985
• Le Principe de cruauté, 1988
• En ce temps-là, 1992
• Le Choix des mots, 1995
• Le Démon de la tautologie, 1997
• Loin de moi, 1999
• Le Régime des passions et autres textes, 2001
• Impressions fugitives, 2004
• Fantasmagories, 2006
• L'École du réel, 2008
• La Nuit de mai, 2008
• Tropiques. Cinq conférences mexicaines, 2010
• L'Invisible, 2012
• Récit d'un noyé, 2012
Poche « Reprise »
• Le Réel , 2004
• Principes de sagesse et de folie , 2004
Livres numériques
• L'Invisible
• Le Réel
• Récit d'un noyé
• En ce temps-là
• Fantasmagories
• Impressions fugitives
• L'Objet singulier
• La Force majeure
• La Nuit de mai
• Le Choix des mots
• Le Démon de la tautologie
• Le Philosophe et les sortilèges
• Le Principe de cruauté
• Le Régime des passions et autres textes
• Loin de moi
• Tropiques. Cinq conférences mexicaines

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