Opinions et Débats

Publié dans Opinions et Débats

Elisabeth de Fontenay est une philosophe aussi rare que précieuse. Sans doute le silence est-il pour Élisabeth de Fontenay le gouffre fondateur au-dessus duquel sont tendues sa vie et sa pensée. La philosophe s’en est déjà expliquée. Il y eut le se

Sep 27, 2018
Elisabeth de Fontenay est une philosophe aussi rare que précieuse.  Sans doute le silence est-il pour Élisabeth de Fontenay le gouffre fondateur au-dessus duquel sont tendues sa vie et sa pensée. La philosophe s’en est déjà expliquée. Il y eut le se

 

J'ai découvert cette philosophe hier et je me suis dit pourquoi pas ne pas soumettre ses idées à la sagacité du plus grand nombre. Elle aborde des sujets délicats, l'oubli, la dialectique , non non;    la cause des animaux, le judaÏsme, etc PROFESSEURE EMERITE DE PHILO A PARIS 1  -  A lire ou à découvrir P B CISSOKO

Elisabeth de Fontenay est une philosophe aussi rare que précieuse. une autre façon de penser : Elle n'écrit pas pour oublier...dit-elle dans l'émission "la grande bibliothèque sur France5 26/09/2018-


Sans doute le silence est-il pour Élisabeth de Fontenay le gouffre fondateur au-dessus duquel sont tendues sa vie et sa pensée. La philosophe s'en est déjà expliquée. Il y eut le secret entretenu dans sa famille catholique sur la judéité de sa mère, le refus de celle-ci d'évoquer les siens disparus à Auschwitz ; il y eut, pour elle devenue philosophe, le retour au judaïsme, la fraternité intellectuelle avec Jankélévitch, Lyotard, Adorno, Derrida, tous penseurs de l'absence et de la vie mutilée ; il y eut enfin ce « silence des bêtes » qu'elle osa avec force méditer en entendant le silence des victimes de la barbarie nazie.


Au cœur de la vie d'Élisabeth de Fontenay se trouvait un autre « désespérant silence » qui l'a laissée pour toujours intranquille et inconsolée : celui de son frère, né quelques années après elle, handicapé mental, ne parlant qu'un « texte obscur », « exilé de la subjectivité et de la réciprocité ». Elle n'a jamais caché son existence, jamais non plus jusqu'ici raconté l'entrelacs de cette existence à la sienne. Ne voulant parler « ni à son sujet, ni à sa place ni en son nom », elle ne peut qu'écrire à la première personne « l'autobiographie de mon frère ». Elle a choisi de le nommer Gaspard, en partie à cause du Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand mis en musique par Maurice Ravel, mais peu importe. Aujourd'hui âgé de 80 ans, Gaspard est à la charge de sa sœur, il est, dit-elle, « un ailleurs inaccessible qui m'est échu », une vie dont il lui faut littéralement répondre.


Avec une dignité extrême, sans échappatoire sentimentale ni refuge dans l'érudition philosophique, en allant au bout de la nuit qu'elle peut toucher, Élisabeth de Fontenay récupère en courts chapitres les souvenirs, les sensations, le trouble de ses pensées, ne renonçant jamais à considérer son frère comme une personne. Et pourtant, révèle-t-elle, c'est bien le quasi-mutisme de Gaspard et sa « pauvreté d'esprit », qui sont à la source de son attention philosophique pour la souffrance et le mystère des animaux, tout en rejetant fermement les excès de l'animalisme : « c'est grâce à Descartes que j'ai sauvegardé l'humanité de Gaspard, et c'est grâce à Gaspard que j'ai dit absolument non à l'animal machine ».


Sauver Gaspard de la nuit : dans ce texte aussi solide que sensible se joue une rédemption, un partage du nom que l'aînée croyait avoir gardé pour elle seule. Gilbert-Jean de Fontenay est désormais inscrit « moins illisiblement dans la communauté des hommes ».


Par CATHERINE PORTEVIN
https://www.philomag.com/les-livres/notre-selection/gaspard-de-la-nuit-autobiographie-de-mon-frere-36184

Le jour où Elisabeth de Fontenay a décidé d'être juive. La lumière de son histoire familiale Par Eric Aeschimann —


La philosophe analyse son itinéraire intellectuel à la lumière de son histoire familiale


Les pensées vivantes se reconnaissent à leur entêtement : une même interrogation, ressassée, remâchée, qui irrigue jusqu'aux plus minces détails. A première vue, l'affaire qui déclenche le dernier livre d'Elisabeth de Fontenay est anecdotique : la philosophe vient de refuser la réédition de son tout premier essai, les Figures juives de Marx et son interviewer, le journaliste Stéphane Bou, semble s'en offusquer. Or, bien vite, on découvre que ce refus est le fruit d'un tourment intérieur, qui dure depuis longtemps. En tirant le fil, apparaissent la trajectoire intellectuelle d'Elisabeth de Fontenay, mais aussi les secrets de sa vie, et même une certaine lecture de la pensée française depuis les années 60, tiraillée entre la reconnaissance de la spécificité juive et l'exigence d'universalisme.


Assistante de Vladimir Jankélévitch dans les années 70, spécialiste de Diderot et de la question animale, Elisabeth de Fontenay énonce dès la troisième page l'équation instable de ses origines. Parce que son père était normand, catholique résistant et premier directeur de l'ENA, elle a été élevée dans le catholicisme et continue aujourd'hui encore d'en goûter le rituel. Mais parce que sa mère, juive, venait d'Odessa, fuyant les pogroms de 1905, elle a décidé d'être juive le jour où elle a lu les Réflexions sur la question juive de Sartre: «Ou on le dira de moi, ou bien c'est moi qui le dirai. Et j'ai décidé de le dire.» S'en suivit un travail de réaffiliation obstinée : «Etudiante, j'ai œuvré à me détacher du catholicisme [...], à travailler sur les choses juives et à me laisser travailler par elles.»


Péché antisémite. En 1967, avec la guerre des Six jours, elle se découvre «un attachement viscéral à l'existence d'Israël». En bonne philosophe, Elisabeth de Fontenay ne croit pas aux identités naturelles. Mais elle n'en parle pas moins du «sang» qui est le sien, du «camp» auquel elle appartient et qu'elle ne voudrait pas donner l'impression de trahir. Par exemple en laissant rééditerFigures juives de Marx paru en 1973. L'ouvrage, explique-t-elle, pourrait être utilisé par «des adversaires». Comprendre : ceux qui critiquent Israël au point de remettre en cause son droit à l'existence.

C'est que, dans Figures juives, la philosophe prend position dans une querelle qui n'a cessé de diviser la gauche depuis quarante ans : y a-t-il, au cœur du projet communiste, un péché originel antisémite ? Oui, affirment ceux qui établissent des généalogies antisémites de Kant à Marx, de Voltaire à Wagner, des premiers chrétiens aux nazis... Non, répond Elisabeth de Fontenay, pour qui l'antijudaisme de Marx dans la Question juive ne fut qu'un péché véniel, une «maladie infantile», remplacé, dès 1845, par «le concept de capital». Avec le recul, elle maintient fermement son point de vue. Simplement, elle ne voudrait pas qu'il vienne nourrir l'argumentaire de l'extrême gauche actuelle dans ses controverses avec les défenseurs d'Israël.
«Comment ne pas traiter les grands auteurs de façon inquisitoriale et comment ne pas laisser des énormités ?» :tel est le genre de balancements qui structure tout l'entretien, menant la philosophe à une formidable investigation d'elle-même.

Cherchant à comprendre ses hésitations, elle raconte comment sa mère a vu partir à Auschwitz sa sœur, son beau-frère, leurs enfants, ainsi que sa propre mère, sans jamais rien en dire à sa fille, ni sur le coup, ni plus tard. «Je vivais dans un no man's land de la mémoire, je pensais même parfois que je fabulais, qu'ils étaient partis au Canada ou en Australie, que nous étions brouillés avec eux. [...] Il y avait quelque chose qui n'allait pas dans la tête de la plupart des parents juifs de l'époque, dans cette volonté qu'ils ont eue, rescapés ou parents de naufragés, d'épargner les enfants et de s'emmurer dans le silence.» «J'avais peur en la questionnant de la faire mourir, alors que les nazis n'avaient pas réussi à l'assassiner.» Un jour, une amie de la fille propose à la mère de l'aider à en parler enfin. La mère accepte, fixe un rendez-vous à l'amie et meurt quelques heures avant le rendez-vous.


Croisement. Est-ce de là que découle une pensée qui n'accepte jamais la résolution des conflits, qui récuse le «dépassement» dialectique ? «Je dis quelque chose et il faut immédiatement que j'ajoute : mais en même temps.» Cela lui donne une liberté sans pareil. Au croisement de son judaïsme et des travaux sur la condition animale, elle peut s'avancer sur le terrain apparemment scabreux de la comparaison entre «les animaux conduits à l'abattoir» et «les hommes exterminés industriellement». Le rapprochement, dit-elle, est à la fois aberrant et juste, parce qu'il permet d'imaginer «ce que cela a pu effectivement signifier que des hommes n'aient été tenus pour rien d'autre que des seulement vivants. [...] »


Faut-il affirmer l'unicité d'Auschwitz ou son exemplarité ? Peut-on être fidèle à son peuple sans penser qu'il est élu ? Etre juif et embrasser l'universel ? Elisabeth de Fontenay assume ses contradictions et, ce faisant, finit par couvrir un terrain immense. Son érudition est enthousiasmante, mais sa quête ne se relâche jamais. A un moment, elle lance un appel à la passivité : «Je parle toujours de moi-même en tant que processus [...] J'accepte qu'on me définisse par un calcul de forces, au sens physicien du terme.» C'est d'un corps traversé de forces que jaillit la pensée ; c'est dans l'intime que se fait l'histoire. En ce sens, l'entêtement d'Elisabeth de Fontenay n'est qu'un autre nom de la vie qui l'habite.


Eric Aeschimann Elisabeth de Fontenay Actes de naissance Entretiens avec Stéphane Bou, Seuil, 199 pp., 19 €.

Qui est cette auteure
Nationalité : France Né(e) : 1934 Biographie :

Élisabeth de Fontenay est une philosophe et essayiste française.

Professeure émérite de philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s'intéresse d'abord à Marx auquel elle consacre un ouvrage intitulé Les Figures juives de Marx. Marx dans l'idéologie allemande (1973). En 1984, elle fait paraître un livre qui a fait date sur le matérialisme de Diderot (Diderot ou le Matérialisme enchanté).

Comme ses ouvrages ultérieurs, cette contribution s'interroge sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l'histoire. Cette réflexion culmine avec la parution de son magnum opus Le Silence des bêtes paru chez Fayard en 1998, un ouvrage qui repose la question de ce qu'est le « propre de l'homme >> et remet en cause l'idée d'une différence arrêtée entre l'homme et l'anima]. Privilégiant la longue durée, cet ouvrage interroge les conceptions de l'animal de Platon jusqu'à nos jours en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l'animal-machine.

Cette réflexion peut être rapprochée du courant actuel de la pensée posthumaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway. Parmi les auteurs qui ont influencé ses travaux, on peut mentionner notamment Vladimir Jankelevitch, Michel Foucault et Jacques Derrida

Juive par sa mère dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz [3], Élisabeth de Fontenay est restée très attachée à cette culture. Elle est actuellement présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et membre du comité de parrainage de l'association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav.

Parallèlement, elle fait partie du Comité d'éthique ERMES aux côtés notamment d'Henri Atlan. Préoccuppée par les questions éthiques concernant le traitement de animaux, elle a publié en collaboration avec Donald M. Broom Le Bien-être animal (Éditions du Conseil de l'Europe, « Regard éthique », 2006) qui expose les problèmes d'éthique soulevées par ce sujet en exposant les points de vue religieux et les positions des différents pays.

Depuis septembre 2010, Élisabeth de Fontenay présente, avec Fabienne Chauvière, l'émission de radio Vivre avec les bêtes consacrée aux animaux sur France Inter. À compter de septembre 2011, c'est avec Allain Bougrain-Dubourg qu'elle fait équipe pour animer l'émission, qui est arrêtée en juin 2014.
https://www.babelio.com/auteur/lisabeth-de-Fontenay/169507--Source : wikipedia
lire encore


Les abattoirs sont-ils les nouveaux camps de la mort ?


Pour la philosophe Élisabeth de Fontenay, il est possible de soutenir une analogie entre la mise à mort industrielle des bêtes et...
Si loin, si proches


Que faire d'une si proche parenté ? La similitude entre l'homme et l'animal bouscule les préjugés et les savoirs. S'il y avait...

Les philosophes et la «bêtise»


Elisabeth de Fontenay, philosophe et auteur de Le Silence des bêtes, ouvre notre dossier par un constat et une mise en garde. Oui...

Élisabeth de Fontenay. «Une communauté de destin entre les...

Ramin Jahanbegloo, Élisabeth de Fontenay. Les habits neufs du...
Tandis que l'Europe s'est construite autour de la mémoire de la Shoah et du « plus jamais ça », les tenants du négationnisme ont...

Élisabeth de Fontenay: "J'ai fait mon chemin avec et contre la...


Élisabeth de Fontenay s'est attachée à déconstruire un certain humanisme, une tradition métaphysique qui ne fait pas droit aux...

Dernière modification le jeudi, 27 septembre 2018 15:15

AUDIO

Les enfants ne sont pas
Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...

BANNIERE 03 UNE IKRONO

Banniere UAA 260x600

Video galleries

logotwitterFacebook