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« Il faut écouter ceux qui disent “Je ne suis pas Charlie”»

Malgré ses désaccords passés avec le journal satirique sur son traitement de l’islam, Abdelkrim Branine, rédacteur en chef de Beur FM, a témoigné dès mercredi son soutien à Charlie Hebdo. Quelques heures après le drame, il a participé à une soirée « contre la haine, pour la liberté », organisée au siège de Mediapart. Se définissant comme musulman à la tête d’un média laïc dont une part importante du public est de culture musulmane, il disait alors toutefois craindre le risque d’amalgame visant les musulmans. Vendredi soir, l’animateur de l’émission « Les Z’informés » s’indignait sur Twitter, à propos de la marchedu 11 janvier, de « la plus grande récupération politique de l'histoire de l'humanité ».

Vous êtes finalement allé à la manifestation, avez-vous dépassé vos réticences ?

Oui. Il y a eu une tentative de récupération écœurante : quand on voit défiler le premier ministre israélien, qui est un criminel de guerre, ou les dirigeants du Gabon, de Turquie ou Orban, le premier ministre hongrois... Mais ces politiques ne sont pas restés longtemps à la manifestation. Et finalement, l’engouement populaire a pris le dessus. C’était tellement énorme. On ne va pas se mentir : c’était très beau, c’était historique. Ça donnait des frissons.

Quel a été l’état d’esprit des musulmans que vous connaissez ou du public de Beur FM ?

Avant la manifestation, certains avaient d’abord une préoccupation sécuritaire : ils avaient peur pour leur intégrité physique. Ce n’est pas un fantasme, il y a eu des dizaines d’atteintes à des mosquées ou de personnes depuis mercredi. Et certains ont peur : mes parents m’ont appelé pour me dire de ne pas aller au bureau, je les ai dissuadés d’aller à la mosquée vendredi et mes beaux-parents retraités préfèrent retarder leur retour d’Algérie en France...

Avez-vous senti d’autres arguments dans votre public ?

Certains avaient l’envie d’aller défiler mais ne voulaient pas avoir une étiquette sur le front « musulman gentil » ou « musulman non-terroriste » et refusaient d’avoir à se justifier. Se désolidariser de quelque chose, c’est aussi s’accuser.

Quels musulmans avez-vous vu faire le choix de finalement manifester ?

Beaucoup ont choisi d’y aller au dernier moment. Il y avait des anciens, qui ne sont pas nés en France et sont plus habitués à raser les murs. Mais des jeunes aussi ont défilé : j’ai suivi la mobilisation d’un groupe qui s’est préparé depuis jeudi et s’est organisé notamment autour de leaders associatifs importants comme Mohamed Mechmache d'AC le Feu, Sihame Assbague de Stop le contrôle au faciès ou Adil El Ouadeh des Indivisibles [association qui dit lutter « grâce à l’humour et l’ironie, contre les préjugés ethno-raciaux »].

Dans des reportages, on a entendu des personnes qui estimaient que « Charlie Hebdo » avait cherché les représailles en caricaturant Mahomet ou qui disaient simplement « Je ne suis pas Charlie » : qu’en pensez-vous ?

C’est une question importante et l’heure est grave, il faudra avoir en France plusieurs débats. Pour la petite minorité de crapules qui disent que Charlie Hebdo a pu mériter ce qui est arrivé, je laisse faire la justice. Ceux qui disent « Je ne suis pas Charlie » le font parfois de façon maladroite, mais il faut les écouter. Il ne faut pas faire de chantage intellectuel et dire comme le président George W. Bush « vous êtes avec nous ou contre nous ». Ils veulent simplement dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec Charlie Hebdo, sa manière de traiter l’islam et les musulmans.

Plus que le fait, réputé sacrilège, de caricaturer le prophète Mahomet, c’est un dessin le montrant avec une bombe dans son turban qui a choqué [en fait un dessin du quotidien danois Jyllands-Posten, republié en 2006]. Il s’apparentait à de l’islamophobie en liant islam et terrorisme. Mais ces désaccords, dans le cas de la tuerie qui a touché Charlie Hebdo, ne comptent pas. Et on n'a pas besoin de dire « Je suis Charlie » pour partager la peine des familles.

Beaucoup de médias et personnalités ont appelé à éviter les amalgames entre les tueurs et les musulmans : les craignez-vous quand même ?

Ces messages sont nombreux et positifs. Même si certains en parallèle veulent mettre en place une forme de chantage et instrumentaliser ce drame contre ceux qui luttent contre l'islamophobie. Je pense par exemple à Jeannette Bougrab, qui a estimé sur BFMTV que l'association des Indigènes de la République avait une « responsabilité » dans l'attaque de mercredi contre Charlie Hebdo.

Avez-vous entendu des débats sur Dieudonné, qui est visé par une enquête pour apologie du terrorisme mais se proclame « pas différent de Charlie » ?

Oui. Certains pensent qu'il y a deux poids et deux mesures entre la politique appliquée à Dieudonné et celle réservée à Eric Zemmour, par exemple. Mais ces derniers jours, je les ai relativement peu entendus. Des gens avec lesquels je m'écharpe sur Dieudonné – qui sur les juifs ne fait plus rire et s'est allié avec l'antisémite Alain Soral – se sont peu exprimés. Je pense que certains d'entre eux, quand il a dit qu'il se sentait « Charlie Coulibaly », ont pensé qu'il abusait. Qu’il cherchait à faire du buzz sur cette affaire.

Comment envisagez-vous l'après 11-janvier ?

Il y a beaucoup de thèmes : il faut se battre contre les discriminations et les injustices dont se nourrissent les gens comme ceux qui commettent des attentats. Par ailleurs, à propos de la communauté juive, il revient aussi à la population qui vit dans les mêmes quartiers qu'elle de la rassurer : il faut qu'on se parle. Le mot d'ordre #jewsandarabsrefusetobeenemies [« juifs et arabes refusent d’être ennemis »], né à l'été 2014 en lien avec le conflit israélo-palestinien, doit devenir plus qu'un hashtag sur Twitter.

Un obstacle au dialogue est le profil des leaders des communautés : côté musulmans, ils ont un gros déficit de légitimité et restent liés à l'islam consulaire, lié au pays d'origine, système avec lequel il faudrait en finir. Côté juif, les leaders sont très à droite et représentent plus Israël que les juifs de France. Cela importe le conflit israélo-palestinien en France. Il faut dépasser cela .

Le Monde.fr

Beaucoup d’espoir après la découverte d’un nouvel antibiotique

La recherche peine à innover dans le domaine des antibiotiques depuis au moins deux décennies. L’annonce de recherches prometteuses sur une nouvelle classe de ce type de médicament suscite bien des espoirs à un moment où les résistances aux antibiotiques deviennent vraiment préoccupantes. Chaque année 700 000 personnes meurent dans le monde faute d'un traitement efficace.

Les chercheurs l’ont baptisé « teixobactin » et alors qu’il n’est pas encore sorti des éprouvettes, ce nouvel antibiotique suscite un immense intérêt. Il faut dire que le dernier médicament vraiment nouveau appartenant à cette classe de médicaments remonte à 1962. Depuis, les laboratoires n’ont créé que des dérivés de ce dont on disposait déjà. Et les investissements ne sont plus en première ligne dans ce type d’antimicrobiens tout simplement parce qu’ils ne sont plus aussi rentables.

10 millions de morts par an
 
Alors on comprend mieux ainsi pourquoi le teixobactin, qui peut venir à bout d’infections graves chez les souris disent ses découvreurs, suscite tant d’attentes. C’est Kim Lewis, professeur à la Northeastern University aux Etats-Unis, qui a déposé le brevet de la nouvelle molécule. Le chercheur américain s’est associé à des scientifiques allemands de l’université de Bonn et à des Britanniques de la société Selcia pour mener à bien ces recherches novatrices.
 
Les premiers résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue scientifique Nature où les scientifiques décrivent l’action du teixobactin sur des souris face à des bactéries comme le Clostrodium difficile, le staphylocoque doré ou le Mycobacterium tuberculosis. Autant de microbes qui ont développé de solides résistances aux antibiotiques classiques et qui les rendent de plus en plus compliquées et coûteuses à éradiquer aujourd’hui.
 
Selon le professeur Kim Lewis, le teixobactin « ébranle des idées reçues tenaces chez les scientifiques et augure de grandes promesses pour traiter une série d’infections menaçantes. D’ici cinq à six ans, estime-t-il, il pourrait devenir le premier membre d’une nouvelle classe d’antibiotiques ».
 
Et il y a urgence à ce que ce soit vrai si on se réfère au rapport britannique dans lequel des experts s’inquiètent de voir la résistance aux antibiotiques causer « 10 millions de morts par an » dans le monde en 2050. Tout aussi préoccupée, la ministre française de la Santé Marisol Touraine a lancé en septembre 2014 un groupe de travail « pour la préservation des antibiotiques » alors qu’aux Etats-Unis, Barack Obama signait un décret au même moment pour mieux combattre les résistances des bactéries.
 
Une molécule naturelle
 
Pour développer le teixobactin, les chercheurs sont parvenus à mettre au point un dispositif très innovant, une puce à multicanaux. Cet « iChip » leur a ainsi permis de mettre en culture dans le sol des bactéries qui y avaient été prélevées, ce qui était irréalisable jusque-là avec ces organismes. Après quelques semaines, les colonies de micro-organismes ainsi produites ont été testées, cellule par cellule, sur des plaques recouvertes de staphylocoques dorés afin de vérifier une éventuelle action antibiotique.  Vingt-cinq antibiotiques ont ainsi été identifiés dont le teixobactin s’est avéré le plus prometteur suite aux tests réalisés sur des souris infectées par différentes bactéries.
 
Cette molécule naturelle détruit les bactéries en attaquant leur paroi cellulaire et ce mode d’action est particulièrement intéressant dans le cas par exemple du staphylocoque doré, doté d’une membrane épaisse. Utilisé depuis les années 1950, la vancomycine qui est souvent l’antibiotique de l’ultime recours agit de même, mais ce médicament est également concerné par des résistances depuis les années 1980. Quant au teixobactin, ses découvreurs pensent que ses caractéristiques le mettront à l'abri des résistances pour plusieurs décennies.

Comme à chaque fois qu’on découvre une nouvelle molécule, le passage du laboratoire au marché est plus ou moins long. Dans le cas du teixobactin, le professeur Kim Lewis estime qu’environ deux ans seront nécessaires avant les premiers essais sur l’homme, une fois terminées les opérations destinées à assurer la stabilité du produit et à améliorer ses propriétés pharmaceutiques. Ensuite, si tout va bien, la commercialisation pourrait intervenir d’ici « cinq à six ans » espère le chercheur un rien optimiste.

A la Une: Paris, capitale mondiale anti-terroriste

« Paris se transforme en capitale mondiale de lutte contre le terrorisme », titre O Globo. Selon le journal brésilien, la France a connu hier une mobilisation sans précédent. « Jamais les potaches de Charlie Hebdo, n’auraient imaginé faire descendre dans les rues plus de trois millions de personnes », écrit pour sa part le journal québécois Le Devoir. « Quatre jours à peine après la tuerie de Charlie Hebdo et deux jours après la prise d’otages dans une épicerie juive, une marée humaine sans précédent a submergé la France d’est en ouest et du nord au sud. Aucune ville ni aucun village ne semblent avoir échappé à cette mobilisation historique digne de la Libération ». Et Le Devoir de conclure : « Ni après le 11-Septembre ni après les attentats de Madrid, on n’avait assisté à une telle mobilisation ».

La presse relève surtout l’émotion palpable dans les rues de Paris et d’autres villes en France. « En ce dimanche, beaucoup de larmes ont coulé », raconte le journal El Universal, des larmes qui témoignent d’une France « endeuillée après les attaques sanglantes de la semaine dernière. Mais les manifestants montraient aussi une certaine détermination à ne pas céder face à l’intolérance et au fondamentalisme ». Et El Universal de citer quelques slogans entendus comme : « Je suis Français et je n’ai pas peur », ou encore « Que l’encre coule et pas le sang ».
 
« United in outrage »
 
« Uni dans l’indignation », titre pour sa part le New York Times. « Il est important que la première réponse à ces attentats, avant toute réflexion politique ou sécuritaire, ait été de se réunir dans un grand rassemblement pour montrer sa colère et sa solidarité. Rien qu’en descendant massivement dans la rue, les manifestants ont fait savoir leur conviction, partagée par tous : Charlie Hebdo exerce un droit fondamental en démocratie, celui de la liberté d’expression ».  
 
Ce message a été véhiculé par des « chrétiens, athées juifs et musulmans », renchérit le Washington Post. Malgré cette manifestation d’unité et de solidarité, les attaques terroristes ont provoqué un certain malaise, poursuit le journal, citant les déclarations du ministre de la Justice Eric Holder. « L’idée qu’un loup solitaire puisse commettre des attentats aux États-Unis me fait passer des nuits blanches ». Le Washington Post relève aussi l’appel des autorités israéliennes, qui somment les juifs d’Europe de « fuir l’antisémitisme ».
 
D’autres journaux américains notent un absent de marque parmi les chefs d’État et de gouvernement qui ont défilé hier à Paris : le président américain. « Barack Obama n’est pas Charlie », écrit le site d’information Politico en français. Au moins il ne l’était pas ce week-end, précise-t-il. La décision du président de ne pas venir à Paris suscite des critiques. « Ce n’était pas un problème d’agenda, car il n’avait rien prévu ce week-end », note Politico en évoquant un éventuel risque de sécurité. « Les services secrets, explique le site d’information, ne laissent pas marcher le président à l’air libre dans les endroits qu’ils n’ont pas passés eux-mêmes au peigne fin ». Quoi qu’il en soit, pour le tabloïd new-yorkais Daily News, l’absence de Barack Obama et de tout haut responsable du gouvernement américain à la marche républicaine hier à Paris est tout simplement « shameful », honteuse.  
 
Haïti, 5 ans après le séisme
 
Pour évoquer cette catastrophe et ses conséquences, Le Devoir donne la parole à un poète, le québéco-haïtien Rodney Saint-Eloi. Selon lui, il y a eu un « avant » et un « après » séisme. « L’ avant fait d’un sentiment de désespoir envers Haïti, envers les hommes et les femmes, par les politiciens, l’environnement, la méchanceté humaine, la destruction ». Après le séisme, raconte-t-il, « est née en moi l’idée qu’on peut rallumer la lumière, qu’on peut passer d’une violence extrême à un combat plus doux ». Aussi dévastateur fût-il, le séisme a été l’occasion d’un « ressaisissement », d’un sursaut qui peut contribuer à ce qu’il appelle, dans son langage poétique bien à lui, une « remontée en humanité ».
 
« La reconstruction du pays est toujours en cours », constate le Miami Herald, en faisant état de quelques avancés. « De nouvelles routes et d’hôtels ont été construits. Le système de santé s’est amélioré et le nombre de personnes vivant dans des abris de fortune a fortement diminué », écrit le Miami Herald. Malheureusement, poursuit le quotidien, la vie politique elle n’a pas changé. Elle reste aussi toujours aussi « contrariante ». À la veille du 5e anniversaire du séisme, les politiques haïtiens tentent d’éviter une crise profonde.
 
Mais Michel Martelly peut désormais compter sur le soutien des Américains. Selon le site Haïti Libre, « les États-Unis sont aux côtés du président, même en cas d’échec de l’accord tripartite signé en décembre dernier ».  Cet accord prévoit entre autres la prolongation du mandat du Parlement, jusqu’en avril 2015 pour les députés et jusqu’en septembre pour les sénateurs.

Rfi

Marche républicaine contre le terrorisme : Le monde Paris sur la liberté

Il est 15 h 30, place Léon Blum à Paris, quand au loin retentissent la première Marseillaise et les premiers applaudissements. Le cortège engage sa marche, scandant «Charlie ! Charlie !». Au balcon sur le boulevard Voltaire, des riverains ont accroché des pancartes «Je suis Charlie», et des panneaux «Laïcité». Dans le ciel tourne un hélicoptère.

Le premier cortège s’avance, celui des familles et des proches des victimes. Certains arborent un bandeau blanc «Charlie» autour de leur tête. D’autres sont coiffés d’une kippa. Au premier rang, les membres survivants de l’équipe de Charlie Hebdo se tiennent par la main. Tous sont très émus : Patrick Pelloux, en larmes, Luz, Coco et les autres… Des encouragements tombent des immeubles du boulevard.
Vingt mètres derrière ce groupe composé d’une centaine de personnes s’avance l’impressionnant cortège des chefs d’Etat. La photo a des airs de sommet international. Au premier rang, François Hollande bras dessus bras dessous avec Angela Merkel, la Chancelière allemande. Les deux échangent quelques mots, la mine grave. Le Président de la France salue d’un geste de la main les personnes aux fenêtres.
Matteo Renzi, David Cameron, Mariano Rajoy… pas un grand chef d’Etat européen ne manque à l’appel. Benyamin Nétanyahou, Premier ministre d’Israël, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, font également partie de la première ligne. A quelques mètres, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et plusieurs dignitaires étrangers se pressent.
Arrivé devant la mairie du 11e arrondissement, le cortège marque une pause et observe une minute de silence. Le moment de faire une pho­to de famille solennelle. L’ensemble du gouvernement est là, ainsi que d’autres grandes figures de la gauche, comme Lionel Jospin, Michel Rocard et Jack Lang.
L’instant est fugace. Bientôt le cortège officiel se disperse. François Hollande va saluer familles et proches des victimes. Les chefs d’Etat regagnent leurs véhicules et quittent les lieux, laissant la place au cortège des personnalités politiques (Mar­tine Aubry, Jean-Christophe Cam­ba­délis, Jean François Copé, Jean-Michel Baylet, François Baroin, Valérie Pécresse, Hervé Morin, etc.)

Lemonde.fr

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