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Beaucoup d’espoir après la découverte d’un nouvel antibiotique

La recherche peine à innover dans le domaine des antibiotiques depuis au moins deux décennies. L’annonce de recherches prometteuses sur une nouvelle classe de ce type de médicament suscite bien des espoirs à un moment où les résistances aux antibiotiques deviennent vraiment préoccupantes. Chaque année 700 000 personnes meurent dans le monde faute d'un traitement efficace.

Les chercheurs l’ont baptisé « teixobactin » et alors qu’il n’est pas encore sorti des éprouvettes, ce nouvel antibiotique suscite un immense intérêt. Il faut dire que le dernier médicament vraiment nouveau appartenant à cette classe de médicaments remonte à 1962. Depuis, les laboratoires n’ont créé que des dérivés de ce dont on disposait déjà. Et les investissements ne sont plus en première ligne dans ce type d’antimicrobiens tout simplement parce qu’ils ne sont plus aussi rentables.

10 millions de morts par an
 
Alors on comprend mieux ainsi pourquoi le teixobactin, qui peut venir à bout d’infections graves chez les souris disent ses découvreurs, suscite tant d’attentes. C’est Kim Lewis, professeur à la Northeastern University aux Etats-Unis, qui a déposé le brevet de la nouvelle molécule. Le chercheur américain s’est associé à des scientifiques allemands de l’université de Bonn et à des Britanniques de la société Selcia pour mener à bien ces recherches novatrices.
 
Les premiers résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue scientifique Nature où les scientifiques décrivent l’action du teixobactin sur des souris face à des bactéries comme le Clostrodium difficile, le staphylocoque doré ou le Mycobacterium tuberculosis. Autant de microbes qui ont développé de solides résistances aux antibiotiques classiques et qui les rendent de plus en plus compliquées et coûteuses à éradiquer aujourd’hui.
 
Selon le professeur Kim Lewis, le teixobactin « ébranle des idées reçues tenaces chez les scientifiques et augure de grandes promesses pour traiter une série d’infections menaçantes. D’ici cinq à six ans, estime-t-il, il pourrait devenir le premier membre d’une nouvelle classe d’antibiotiques ».
 
Et il y a urgence à ce que ce soit vrai si on se réfère au rapport britannique dans lequel des experts s’inquiètent de voir la résistance aux antibiotiques causer « 10 millions de morts par an » dans le monde en 2050. Tout aussi préoccupée, la ministre française de la Santé Marisol Touraine a lancé en septembre 2014 un groupe de travail « pour la préservation des antibiotiques » alors qu’aux Etats-Unis, Barack Obama signait un décret au même moment pour mieux combattre les résistances des bactéries.
 
Une molécule naturelle
 
Pour développer le teixobactin, les chercheurs sont parvenus à mettre au point un dispositif très innovant, une puce à multicanaux. Cet « iChip » leur a ainsi permis de mettre en culture dans le sol des bactéries qui y avaient été prélevées, ce qui était irréalisable jusque-là avec ces organismes. Après quelques semaines, les colonies de micro-organismes ainsi produites ont été testées, cellule par cellule, sur des plaques recouvertes de staphylocoques dorés afin de vérifier une éventuelle action antibiotique.  Vingt-cinq antibiotiques ont ainsi été identifiés dont le teixobactin s’est avéré le plus prometteur suite aux tests réalisés sur des souris infectées par différentes bactéries.
 
Cette molécule naturelle détruit les bactéries en attaquant leur paroi cellulaire et ce mode d’action est particulièrement intéressant dans le cas par exemple du staphylocoque doré, doté d’une membrane épaisse. Utilisé depuis les années 1950, la vancomycine qui est souvent l’antibiotique de l’ultime recours agit de même, mais ce médicament est également concerné par des résistances depuis les années 1980. Quant au teixobactin, ses découvreurs pensent que ses caractéristiques le mettront à l'abri des résistances pour plusieurs décennies.

Comme à chaque fois qu’on découvre une nouvelle molécule, le passage du laboratoire au marché est plus ou moins long. Dans le cas du teixobactin, le professeur Kim Lewis estime qu’environ deux ans seront nécessaires avant les premiers essais sur l’homme, une fois terminées les opérations destinées à assurer la stabilité du produit et à améliorer ses propriétés pharmaceutiques. Ensuite, si tout va bien, la commercialisation pourrait intervenir d’ici « cinq à six ans » espère le chercheur un rien optimiste.

A la Une: Paris, capitale mondiale anti-terroriste

« Paris se transforme en capitale mondiale de lutte contre le terrorisme », titre O Globo. Selon le journal brésilien, la France a connu hier une mobilisation sans précédent. « Jamais les potaches de Charlie Hebdo, n’auraient imaginé faire descendre dans les rues plus de trois millions de personnes », écrit pour sa part le journal québécois Le Devoir. « Quatre jours à peine après la tuerie de Charlie Hebdo et deux jours après la prise d’otages dans une épicerie juive, une marée humaine sans précédent a submergé la France d’est en ouest et du nord au sud. Aucune ville ni aucun village ne semblent avoir échappé à cette mobilisation historique digne de la Libération ». Et Le Devoir de conclure : « Ni après le 11-Septembre ni après les attentats de Madrid, on n’avait assisté à une telle mobilisation ».

La presse relève surtout l’émotion palpable dans les rues de Paris et d’autres villes en France. « En ce dimanche, beaucoup de larmes ont coulé », raconte le journal El Universal, des larmes qui témoignent d’une France « endeuillée après les attaques sanglantes de la semaine dernière. Mais les manifestants montraient aussi une certaine détermination à ne pas céder face à l’intolérance et au fondamentalisme ». Et El Universal de citer quelques slogans entendus comme : « Je suis Français et je n’ai pas peur », ou encore « Que l’encre coule et pas le sang ».
 
« United in outrage »
 
« Uni dans l’indignation », titre pour sa part le New York Times. « Il est important que la première réponse à ces attentats, avant toute réflexion politique ou sécuritaire, ait été de se réunir dans un grand rassemblement pour montrer sa colère et sa solidarité. Rien qu’en descendant massivement dans la rue, les manifestants ont fait savoir leur conviction, partagée par tous : Charlie Hebdo exerce un droit fondamental en démocratie, celui de la liberté d’expression ».  
 
Ce message a été véhiculé par des « chrétiens, athées juifs et musulmans », renchérit le Washington Post. Malgré cette manifestation d’unité et de solidarité, les attaques terroristes ont provoqué un certain malaise, poursuit le journal, citant les déclarations du ministre de la Justice Eric Holder. « L’idée qu’un loup solitaire puisse commettre des attentats aux États-Unis me fait passer des nuits blanches ». Le Washington Post relève aussi l’appel des autorités israéliennes, qui somment les juifs d’Europe de « fuir l’antisémitisme ».
 
D’autres journaux américains notent un absent de marque parmi les chefs d’État et de gouvernement qui ont défilé hier à Paris : le président américain. « Barack Obama n’est pas Charlie », écrit le site d’information Politico en français. Au moins il ne l’était pas ce week-end, précise-t-il. La décision du président de ne pas venir à Paris suscite des critiques. « Ce n’était pas un problème d’agenda, car il n’avait rien prévu ce week-end », note Politico en évoquant un éventuel risque de sécurité. « Les services secrets, explique le site d’information, ne laissent pas marcher le président à l’air libre dans les endroits qu’ils n’ont pas passés eux-mêmes au peigne fin ». Quoi qu’il en soit, pour le tabloïd new-yorkais Daily News, l’absence de Barack Obama et de tout haut responsable du gouvernement américain à la marche républicaine hier à Paris est tout simplement « shameful », honteuse.  
 
Haïti, 5 ans après le séisme
 
Pour évoquer cette catastrophe et ses conséquences, Le Devoir donne la parole à un poète, le québéco-haïtien Rodney Saint-Eloi. Selon lui, il y a eu un « avant » et un « après » séisme. « L’ avant fait d’un sentiment de désespoir envers Haïti, envers les hommes et les femmes, par les politiciens, l’environnement, la méchanceté humaine, la destruction ». Après le séisme, raconte-t-il, « est née en moi l’idée qu’on peut rallumer la lumière, qu’on peut passer d’une violence extrême à un combat plus doux ». Aussi dévastateur fût-il, le séisme a été l’occasion d’un « ressaisissement », d’un sursaut qui peut contribuer à ce qu’il appelle, dans son langage poétique bien à lui, une « remontée en humanité ».
 
« La reconstruction du pays est toujours en cours », constate le Miami Herald, en faisant état de quelques avancés. « De nouvelles routes et d’hôtels ont été construits. Le système de santé s’est amélioré et le nombre de personnes vivant dans des abris de fortune a fortement diminué », écrit le Miami Herald. Malheureusement, poursuit le quotidien, la vie politique elle n’a pas changé. Elle reste aussi toujours aussi « contrariante ». À la veille du 5e anniversaire du séisme, les politiques haïtiens tentent d’éviter une crise profonde.
 
Mais Michel Martelly peut désormais compter sur le soutien des Américains. Selon le site Haïti Libre, « les États-Unis sont aux côtés du président, même en cas d’échec de l’accord tripartite signé en décembre dernier ».  Cet accord prévoit entre autres la prolongation du mandat du Parlement, jusqu’en avril 2015 pour les députés et jusqu’en septembre pour les sénateurs.

Rfi

Marche républicaine contre le terrorisme : Le monde Paris sur la liberté

Il est 15 h 30, place Léon Blum à Paris, quand au loin retentissent la première Marseillaise et les premiers applaudissements. Le cortège engage sa marche, scandant «Charlie ! Charlie !». Au balcon sur le boulevard Voltaire, des riverains ont accroché des pancartes «Je suis Charlie», et des panneaux «Laïcité». Dans le ciel tourne un hélicoptère.

Le premier cortège s’avance, celui des familles et des proches des victimes. Certains arborent un bandeau blanc «Charlie» autour de leur tête. D’autres sont coiffés d’une kippa. Au premier rang, les membres survivants de l’équipe de Charlie Hebdo se tiennent par la main. Tous sont très émus : Patrick Pelloux, en larmes, Luz, Coco et les autres… Des encouragements tombent des immeubles du boulevard.
Vingt mètres derrière ce groupe composé d’une centaine de personnes s’avance l’impressionnant cortège des chefs d’Etat. La photo a des airs de sommet international. Au premier rang, François Hollande bras dessus bras dessous avec Angela Merkel, la Chancelière allemande. Les deux échangent quelques mots, la mine grave. Le Président de la France salue d’un geste de la main les personnes aux fenêtres.
Matteo Renzi, David Cameron, Mariano Rajoy… pas un grand chef d’Etat européen ne manque à l’appel. Benyamin Nétanyahou, Premier ministre d’Israël, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, font également partie de la première ligne. A quelques mètres, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et plusieurs dignitaires étrangers se pressent.
Arrivé devant la mairie du 11e arrondissement, le cortège marque une pause et observe une minute de silence. Le moment de faire une pho­to de famille solennelle. L’ensemble du gouvernement est là, ainsi que d’autres grandes figures de la gauche, comme Lionel Jospin, Michel Rocard et Jack Lang.
L’instant est fugace. Bientôt le cortège officiel se disperse. François Hollande va saluer familles et proches des victimes. Les chefs d’Etat regagnent leurs véhicules et quittent les lieux, laissant la place au cortège des personnalités politiques (Mar­tine Aubry, Jean-Christophe Cam­ba­délis, Jean François Copé, Jean-Michel Baylet, François Baroin, Valérie Pécresse, Hervé Morin, etc.)

Lemonde.fr

Ces «étrangers de l'intérieur assignés à résidence» l’exil intérieur des jeunes de banlieue en France par le sociologue Robert CASTEL

 

Robert Castel, sociologue, auteur de "la Discrimination négative", est mort mardi 12 mars à l'âge de 79 ans. Nous republions aujourd'hui ce texte donné au Nouvel Observateur en 2007. (Sipa)
Robert Castel, en 2007, évoquait dans «l'Obs» la situation des banlieues françaises, deux ans après les émeutes.

L'exil intérieur des jeunes de banlieue
A l'automne 2005, les banlieues françaises furent le théâtre d'émeutes urbaines. En dépit de cet électrochoc national, rien n'a vraiment changé dans les banlieues. Les jeunes «issus de l'immigration» y sont toujours «assignés à résidence», tels des «étrangers de l'intérieur». Les jeunes de banlieue accumulent les mêmes contre-performances sociales: échecs scolaires, absence d'avenir professionnel, galères quotidiennes et recours aux combines de l'économie souterraine.
L'étiquette tenace de l'inutilité sociale et de la dangerosité leur colle à la peau. La discrimination négative les frappe durement. Etre discriminé négativement, c'est être assigné à un destin sur la base d'une caractéristique que l'on n'a pas choisie, mais que les autres vous renvoient sous la forme d'un stigmate.
Leur problème majeur est celui de la reconnaissance. On refuse une citoyenneté effective à ces jeunes, pauvres, presque toujours d'origine étrangère et pourtant pour la majorité d'entre eux de nationalité française. Ces jeunes des quartiers ne sont pas totalement en dehors de la société (la cité n'est pas un ghetto) mais ils ne sont pas non plus dedans, puisqu'ils n'y occupent aucune place reconnue.
Leur exil est un exil intérieur qui les conduit à vivre en négatif leur rapport aux valeurs qu'est censée incarner la société française. Leur situation est paradoxale: ils sont citoyens, inscrits dans le territoire français, et néanmoins ils subissent un traitement différentiel et discriminant qui les disqualifie.
Un «Sud» en plein Nord
Qu'on ne s'y trompe pas. Les problèmes de la périphérie sont aussi les problèmes centraux de la société française. Braudel montrait déjà que le capitalisme marchand fonctionnait dans une relation asymétrique d'un centre à ses périphéries. Les périphéries aujourd'hui vont jusqu'aux plus lointaines frontières de l'économie-monde, mais s'installent aussi au sein des Etats-nations. Les marges sont au coeur de la nation et on pourrait ainsi dire que les banlieues, c'est notre «Sud» à nous. S'y condensent insécurité sociale - taux de chômage extrêmement élevé - et, il faut avoir le courage d'en parler, exacerbation de la question raciale.
La République, en contradiction avec ses propres principes, paraît incapable d'intégrer ces jeunes Français qui se vivent comme les indigènes de la nation, comme s'il y avait toujours une marque, une trace d'une immigration lointaine qui pèse toujours sur eux. Les immigrés italiens ou polonais du début du siècle dernier se sont intégrés en une génération. Cela n'a pas toujours été facile, mais la République a su faire son travail.
En France, les quartiers dits «sensibles» - ils concernent près de 5 millions d'habitants - ont été l'objet depuis le début des années 1980 d'un traitement social continu grâce à la «politique de la ville». Il est donc faux de dire que ces quartiers ont été laissés totalement à l'abandon. La puissance publique est présente en banlieue sous de multiples formes. Il n'y a pas en France de ghettos de type nord-américain et le périphérique qui sépare Paris de ses banlieues n'est pas une frontière. Le rêve de promotion sociale n'est pas formellement interdit aux jeunes issus de l'immigration. La France n'est pas une société de castes ou d'apartheid. Mais trop d'espoirs, tels ceux portés par la «marche des beurs pour l'égalité» de 1983, ont été déçus.
La première insécurité est sociale
Une démocratie doit certes assurer l'ordre public et la paix civile, mais aussi l'ordre social. L'Etat mobilise en banlieue l'essentiel de ses pouvoirs régaliens - la police et la justice - pour lutter contre l'insécurité civile et la délinquance, mais laisse entre parenthèses l'autre aspect de l'insécurité: l'insécurité sociale. Il existe ainsi une tension, une contradiction entre l'affirmation de l'autorité sans faille de l'Etat répressif et son slogan de «tolérance zéro», et un laxisme de l'Etat face à la dégradation de la condition sociale de catégories populaires. Les jeunes des cités sont ainsi les cibles privilégiées de la volonté de l'Etat à manifester son autorité et en même temps les oubliés de la République sociale.
Les émeutes de novembre 2005 ont été une révolte du désespoir. Les émeutiers, qui n'étaient inspirés ou guidés ni par les gauchistes ni par les islamistes, avaient le sentiment de ne plus avoir de place ni d'avenir dans notre société. Il est bien sûr injustifiable de brûler des écoles, mais encore faut-il avoir l'honnêteté de reconnaître que l'école ne remplit pas dans ces quartiers le mandat d'égalité qui est le sien. L'échec scolaire entraîne l'échec professionnel. Les jeunes s'insurgent contre les discriminations dont ils sont victimes pour l'emploi ou le logement. C'est déjà un malheur d'être chômeur, mais pourquoi faut-il que s'y ajoute un sentiment d'injustice parce que, lors d'un entretien d'embauche, on a été éliminé sur la base de son nom ou de sa couleur de peau ? Le cumul des handicaps rend ainsi explosive la question ethnique et raciale.
Une dynamique de séparation ethnique
A l'automne 2005, la France n'a pas été à feu et à sang. Mais, visiblement, l'avertissement et ce cri de désespoir collectif n'ont pas été entendus. Le moment de peur passé, on s'est soulagé en se disant qu'au fond la France peut vivre avec quelques explosions urbaines de temps à autre. C'est encore oublier que les marges concernent directement le centre. Pourquoi y a-t-il aujourd'hui une telle stigmatisation de la religion musulmane alors que 5 millions de musulmans vivent en France ? Ce soupçon permanent d'islamisme radical dirigé contre cette communauté, dans un contexte de guerre au terrorisme, empoisonne l'atmosphère et sonne comme une condamnation collective.
Les enquêtes sociologiques montrent pourtant fort bien que plus de 80% des jeunes musulmans ont un rapport assez distant avec leur religion. Leur stigmatisation globale ne peut qu'accélérer le développement du communautarisme qui mettrait en danger l'unité de la nation. Actuellement, les banlieues ne sont pas encore des territoires ethniques, mais elles s'ethnicisent de plus en plus. Pourtant, on confond problèmes ethniques et problèmes avant tout sociaux.
D'où la tentation pour ces populations stigmatisées de retourner le stigmate, de s'affirmer arabe, noire ou musulmane, à défaut de pouvoir être reconnues comme membres à part entière de la nation française. Force est de constater qu'une dynamique de séparation est en train de s'installer et que se creuse progressivement une distance entre ces populations marquées par leur origine ethnique et le reste de la société française.
Menace de sécession
La France est devenue un pays pluriculturel et pluriethnique. Il le sera de plus en plus. Il faut apprendre à accepter cette réalité. Il est donc gravissime que la République ne soit plus capable d'intégrer des gens qui ont un héritage culturel différent. Le Breton de souche que je suis est reconnaissant à la République. Grâce à elle, la Bretagne s'est modernisée tout en restant fidèle à elle-même.
Pourquoi la République ne saurait-elle pas faire, comme elle l'a réussi pour de farouches Bretons, la même chose pour des gens dont la seule tare serait que leur père ou leur grand-père soient venus des anciennes colonies ? Quand on parle de jeunes de la «troisième génération», on en vient ainsi, comme le dit Etienne Balibar, à fabriquer «une catégorie sociale juridiquement et humainement monstrueuse, qui est la condition héréditaire d'immigrant». Immigré une fois, immigré toujours, de génération en génération, quelle que soit la nationalité acquise.
Cette coagulation de discrimination raciale et de dislocation sociale fait peser sur l'ensemble de la société une menace de sécession. Ce n'est qu'en restaurant les conditions d'exercice d'une pleine citoyenneté politique et sociale que l'on pourra la conjurer.
La banlieue ne peut être abandonnée à elle-même parce que s'y jouent des défis qui concernent notre avenir commun. Il n'y a pas de fatalité à la dérive des banlieues. Depuis une vingtaine d'années, chercheurs et sociologues ont fait d'innombrables études de terrain et tiré à maintes reprises la sonnette d'alarme. Ce ne sont que des diagnostics. Les politiques ont tardé à expérimenter des remèdes. Le calme actuel est trompeur. Plus que jamais, les banlieues sont le chantier prioritaire.
Propos recueillis par Gilles Anquetil http://bibliobs.nouvelobs.com

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