International

Charlie Hebdo: les limites de la liberté d'expression à l'américaine

Le rédacteur en chef de Charlie Hebdo a accordé dimanche un entretien à la télévision américaine. Gérard Biard a répondu sur la chaîne NBC aux nombreuses questions sur la liberté d’expression qui intéressent le public américain, alors que de violentes manifestations ont eu lieu dans plusieurs pays. Les règles en France et aux Etats-Unis sont très différentes, et si le premier amendement de la Constitution garantit la liberté d’expression, la religion reste taboue.

Avec notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio

Le débat sur les limites de la liberté d’expression est ouvert dans les médias américains. Certes, l’émotion suscitée par les attentats de Paris est réelle dans tous les milieux, mais on ne comprend pas toujours aux Etats-Unis la publication de caricatures du prophète Mahomet. La presse d’ailleurs, à de rares exceptions près, n’a pas publié les dessins des derniers mois, ni cette semaine la Une d’après l’attentat.

Les musulmans américains appellent à la fin des violences et au dialogue avec les caricaturistes. Oussama Jammal est le secrétaire général du conseil des associations musulmanes : « Mon message aux journalistes est : nous sommes avec vous, ensemble, contre l’extrémisme et la violence, affirme-t-il. Et ensemble nous devons trouver un terrain d’entente fondé sur un respect mutuel. En ce qui concerne le prophète, pour nous, c’est une ligne rouge. Vous ne devez pas franchir cette ligne, mais tout le reste peut être discuté. »

La laïcité est une notion qui n’existe pas dans un pays où l’on se met sous la protection de Dieu dans le serment d’allégeance. La très grande liberté d’expression américaine, garantie par le premier amendement de la Constitution, a une limite qui n’est pas la même qu’en France par exemple. Dieu n’est pas un sujet de plaisanterie.

Rfi

Terrorisme: François Hollande souhaite une «réponse collective»

Après les attentats qui ont touché la France, y a-t-il des leçons diplomatiques à tirer ? Les interventions militaires au Mali ou au Proche-Orient doivent-elle être reportées ? « Pas question, a déjà prévenu Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, de céder à la tentation du repli et de renoncer à la lutte contre le terrorisme. » Un message confirmé par François Hollande, ce vendredi matin, lors de ses voeux adressés au corps diplomatique. Il a d'ailleurs appelé à une réponse collective face au terrorisme.

Avec notre envoyé spécial à l’Elysée, Daniel Vallot

François Hollande a réaffirmé ce principe : l’action extérieure de la France ne changera pas face aux attentats et face à la menace terroriste (intervention au Sahel, intervention en Irak). « Nous ne cédons à rien, a-t-il martelé. Nous ne sommes sensibles à aucune pression, d’où qu’elle vienne. Nous n’avons pas peur. Nous agissons parce que nous sommes la France et parce que nous sommes conscients que la France est attendue sur la scène internationale pour promouvoir des valeurs que nous partageons. »

Le président de la République française appelle concrètement à davantage de collaboration au niveau international pour lutter contre le terrorisme, avec la nécessité d’adopter au niveau européen le fichier PNR sur le transport aérien. « Il faut des mesures, a poursuivile chef de l'Etat, pour lutter contre le phénomène des combattants étrangers qui reviennent d’Irak et de Syrie. Cette guerre n’est pas une guerre contre une religion mais une guerre contre la haine. »

Le chef de l’Etat a d'ailleurprofité de ses vœux au corps diplomatique pour remercier la communauté internationale de sa réponse et de sa solidarité face au drame vécu la semaine dernière par la France.

« Crime contre l’humanité »

Mais ce discours a aussi été l'occasion pour le chef de l’Etat de revenir sur les actions terroristes qui jour après jour frappent plusieurs pays d’Afrique. Notamment le Nigeria où sévit le groupe islamiste radical Boko Haram que François Hollande a particulièrement pointé du doigt : « J’évoquais le Sahel, l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria où Boko Haram se livre à un véritable crime contre l’humanité. Ce ne sont plus simplement des femmes qui sont enlevées, et c’est déjà suffisamment atroce, ce sont des enfants qui se trouvent massacrés par les actions de ce groupe. Ce sont des villages, des villes entières qui sont rasés », a déclaré le président Hollande en référence aux derniers massacres commis dans le nord du pays la semaine dernière.

Une solidarité nationale et internationale s'est manifestée.
François HollandePrésident français

Rfi

Immigration: les républicains défient Obama

Première passe d’armes entre la Chambre des représentants et la Maison Blanche sur l’immigration. Les républicains, majoritaires à la Chambre, tiennent leurs promesses de campagne. Ils ont voté mercredi un texte de loi qui revient largement sur la régularisation des immigrés sans papiers annoncée par Barack Obama en fin d’année.

Avec notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio

Dans le texte voté par la Chambre des représentants, la disposition la plus symbolique est un retour en arrière pour ceux que l’on appelle aux Etats-Unis les « Rêveurs », c'est-à-dire les sans-papiers arrivés dans le pays alors qu’ils étaient enfants, et qui poursuivent aujourd’hui des études. Si la loi passe, ils seront à nouveau expulsables.

25 élus conservateurs ont refusé de soutenir le texte, craignant les foudres de la communauté latino-américaine, et il est vraisemblable que cette loi en l’état ne sera pas votée au Sénat.

La Maison Blanche prend toutefois cette alerte très au sérieux. La conseillère de Barack Obama sur ce dossier a immédiatement rappelé que le président opposerait son veto à toute mesure revenant sur la régularisation des immigrés.

Le bras de fer risque à présent de se porter sur le budget du département de la sécurité intérieure, en charge de ce dossier. Le ministère n’est financé que pour six semaines. Certains de ses services risquent d’être en chômage technique au mois de mars, ce qui est malencontreux après les attentats de Paris, alors qu’on ne parle au Congrès que de la sécurité du territoire.

Réparons ensemble l’injustice faite à la jeunesse par Luc BESSON, cinéaste et réalisateur français

 

Réparons ensemble l’injustice faite à la jeunesse

LE MONDE |

Par Luc Besson, réalisateur, producteur et scénariste français

Mon frère, si tu savais combien j’ai mal pour toi aujourd’hui, toi et ta belle religion ainsi souillée, humiliée, montrée du doigt. Oubliés ta force, ton énergie, ton humour, ton cœur, ta fraternité. C’est injuste et l’on va ensemble réparer cette injustice. On est des millions à t’aimer et on va tous t’aider. Commençons par le commencement. Quelle est la société que l’on te propose ?

Basée sur l’argent, le profit, la ségrégation, le racisme. Dans certaines banlieues, le chômage des moins de 25 ans atteint 50 %. On t’écarte pour ta couleur ou ton prénom. On te contrôle dix fois par jour, on t’entasse dans des barres d’immeubles et personne ne te représente. Qui peut vivre et s’épanouir dans de telles conditions ?

On fait passer le profit avant toute chose. On coupe et vend le bois du pommier, et après, on s’étonne de ne plus avoir de fruits. Le vrai problème est là, et c’est à nous tous de le résoudre.

J’en appelle aux puissants, aux grands patrons, à tous les dirigeants. Aidez cette jeunesse, humiliée, qui ne demande qu’à faire partie de la société. L’économie est au service de l’homme et non pas l’inverse. Faire du bien est le plus beau des profits. Chers puissants, vous avez des enfants ? Vous les aimez ? Que voulez-vous leur laisser ? Du pognon ? Pourquoi pas un monde plus juste ? C’est ce qui rendrait vos enfants les plus fiers de vous.

On ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres. Ce n’est ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est juste égoïste, et ça entraîne notre société et notre planète droit dans le mur. Voilà le travail que nous avons à faire dès aujourd’hui pour honorer nos morts.

Le terrorisme ne gagnera jamais

Et toi mon frère, tu as aussi du boulot. Comment changer cette société qu’on te propose ? En bossant, en étudiant, en prenant un crayon plutôt qu’une kalachnikov. La démocratie a ça de bien qu’elle t’offre des outils nobles pour te défendre. Prends ton destin en main, prends le pouvoir.

Ça coûte 250 euros d’acheter une kalachnikov mais à peine 3 euros pour acheter un stylo, et ta réponse peut avoir mille fois plus d’impact. Prends le pouvoir et joue avec les règles.

Prends le pouvoir démocratiquement, aide tous tes frères. Le terrorisme ne gagnera jamais. L’histoire est là pour le prouver. Et la belle image du martyr marche dans les deux sens. Aujourd’hui il y a mille Cabu et mille Wolinski qui viennent de naître.

Prends le pouvoir, et ne laisse personne prendre le pouvoir sur toi. Si les présumés coupables de cette tragédie le sont vraiment, sache que ces deux frères sanglants d’aujourd’hui ne sont pas les tiens, et nous le savons tous.

Ce ne serait tout au plus que deux faibles d’esprit, abandonnés par la société puis abusés par un prédicateur qui leur a vendu l’éternité… Les prédicateurs radicaux qui font leur business et jouent de ton malheur n’ont aucune bonne intention. Ils se servent de ta religion à leur seul avantage. C’est leur business, leur petite entreprise. Demain, mon frère, nous serons plus forts, plus liés, plus solidaires. Je te le promets. Mais aujourd’hui, mon frère, je pleure avec toi.

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