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Castro contre les «gringos»: 15 anecdotes autour de l'œuvre d'un «fou»

Que de chemin parcouru depuis cette poignée de main historique entre Barack Obama et Raul Castro, le 10 décembre 2013 à Soweto. Mercredi 17 décembre, quelques jours après l'annonce de la participation de Cuba au prochain sommet des Amériques à Panama, Washington et La Havane ont échangé des prisonniers avant de parler simultanément d'un dégel de leurs relations, particulièrement tumultueuses depuis plus d'un demi-siècle. Ci-dessous, une quinzaine de petites histoires qui auront jalonné la relation entre ces deux pays si proches. Un homme incarne à lui seul cet affrontement complexe : Fidel Castro, surnommé « el loco » dès son enfance. A 87 ans, il est le grand absent de ce qui sera peut-être l'épilogue de sa propre histoire.

Fidel Castro, le pape et les jésuites. « Nous sommes tous Américains », a lancé Barack Obama en espagnol le jour du dégel. Cette phrase, qui restera dans les livres, ne s'adressait pas seulement aux Cubains et aux habitants des Amériques, mais aussi au pape argentin François, protagoniste du rapprochement entre La Havane et Washington. « [Son] exemple moral nous montre l'importance de rechercher un monde tel qu'il devrait être, plutôt que de se contenter du monde tel qu'il est », a indiqué Barack Obama. Simultanément, Raul Castro faisait une déclaration similaire. Et le tout, le jour de l'anniversaire du souverain pontife François, qui partage un point commun avec Castro, puisqu'il est jésuite. Après un passage chez les marxistes, le leader cubain s'est en effet retrouvé à l'école Dolores entre 1939 et 1942, puis au plus prestigieux lycée du pays, Belén de La Havane, entre 1942 à 1945. Castro fermera l'établissement en 1961 et ses prêtres jésuites seront expulsés.

Barack Obama et le révolutionnaire José Marti. « La liberté est le droit pour tout homme d'être honnête. » Cette phrase du discours de Barack Obama sur Cuba a fait mouche. Car il s'agit d'une citation de l'écrivain et homme politique cubain du XIXe siècle José Marti, précurseur du combat et de la pensée indépendantiste et révolutionnaire cubaine. Le poète fut le fondateur du Parti révolutionnaire cubain en 1891. José Marti est une figure de proue de la Constitution adoptée en 1976 à Cuba, où il est maintes fois mentionné. C'est en prison, après son assaut manqué contre la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba en 1953, que Fidel Castro se plonge dans les écrits de Marti. Si ce n'est pas la première fois que l'actuel président américain se réfère à cet auteur, figure majeure de la littérature politique latino-américaine, cette citation-là fera date.

Le président cubain Raul Castro et le président des Etats-Unis Barack Obama se serrent la main, le 10 décembre 2013 lors d'un hommage rendu à Nelson Mandela à Soweto.AFP PHOTO / ROBERTO SCHMIDT

La United Fruit et le néo-colonialisme. Les Etats-Unis interviennent pour la première fois militairement sur le sol cubain en 1898. Leur arrivée débouche sur la guerre hispano-américaine puis sur la fin de l'empire colonial espagnol, avant l'essor de leur propre domination à Cuba. Pendant la première partie du XXe siècle, les intérêts américains se déploient partout, des télécommunications au pétrole. La multinationale United Fruit Company est l'incarnation de cette domination néo-coloniale. Elle inspirera l'expression « républiques bananières ». Fidel Castro acquiert définitivement la conviction que son peuple n'a jamais été libre pendant ses années de fac à La Havane. Dans sa lutte contre Batista, il écrira à son amante Celia : « Quand j'aurai gagné cette guerre, j'entamerai le vrai combat de la vie : la lutte contre les Etats-Unis. Là réside mon véritable destin. »

Le guérillero et les journalistes gringos. Fidel Castro doit une partie de sa légende à la presse américaine. En 1956, alors qu'il rentre de son exil mexicain clandestinement, les hommes de Batista l'attendent. Il est contraint de se réfugier dans la jungle avec à peine plus d'une quinzaine d'éléments, dont son frère Raul, Ernesto Guevara et Camilo Cienfuegos. « Personne ne survit dans la Sierra Maestra », juge Batista. Mais il survit, et des journalistes américains lui permettent rapidement de « sortir du bois ». Dès début 1957, la petite troupe fait la Une du New York Times. Herbert Matthews leur consacre trois articles. Puis les équipes de télévision d'Ed Murrow, pour CBS News, viennent à sa rencontre. Castro s'impose ainsi médiatiquement, au-delà de sa stratégie de harcèlement à l'encontre des troupes de La Havane, comme un leader alors que la guérilla fait rage en ville. Le pouvoir de Batista s'effondre le 31 décembre 1958. Edward Murrow interviewe Castro un mois après son retour triomphal à La Havane sur CBS.

Photographie murale d'Ernesto Guevara en compagnie de Raul Castro, dans un musée au Brésil en 1999.PHOTO/Vanderlei ALMEIDA

Castro et les nationalisations. En 1959, le diplomate Philip Wilson Bonsal est le premier ambassadeur américain à fouler de nouveau le sol cubain après la prise du pouvoir par Fidel Castro. Le 4 septembre, il fait part au nouveau maître de Cuba des inquiétudes américaines. Il est porteur d'un message : Washington est conscient de la surreprésentation des intérêts américains dans l'île, et est prêt à en discuter. Mais en juin 1960, La Havane commence à recevoir du pétrole brut venu d'URSS. Fidel Castro exige des compagnies pétrolières américaines qu'elles le raffinent. Ces dernières refusent. Le 29 juin, Castro les nationalise toutes. Quatre jours après, les Etats-Unis menacent de réduire leurs importations de sucre cubain. En réponse, Castro nationalise toutes les entreprises américaines de l'île. En mars 1968, il finit par nationaliser toutes les entreprises privées de Cuba. Bonsal était pourtant sorti rassuré de son entretien de 1959.

Fidel et le basket-ball. Surnommé très tôt « el loco » (« le fou »), Fidel Castro devient très jeune un homme robuste culminant à environ 1,90 mètre. De quoi créer une vocation pour le basket-ball, sport né aux Etats-Unis, qu'il pratique notamment dans ses années de lycée et qui l'accompagnera pendant tout son règne, notamment lors de voyages médiatiques dans le monde, où il ne lésine pas sur le lancer franc. Et ce, jusqu'à ses vieux jours. Son ancien garde du corps révèlera qu'il s'était fait bâtir son propre court de basket à l'abri des regards. Mais ce n'est pas la seule passion sportive originaire des Etats-Unis du « Lider Maximo » ; ce dernier est également très épris de baseball, comme le montrent de nombreux autres clichés.

Fidel Castro, en pleine partie de basketball avec des étudiants en agriculture, en 1970 à La Havane.AFP

La mystérieuse lune de miel de Castro à New York. Marié le 12 octobre 1948 avec une certaine Mirta Diaz-Balart, Fidel Castro se rend pour la première fois de sa vie à New York en lune de miel. Il y reste plus de trois mois et y retournera souvent. Il loue un appartement dans le Bronx et se met à apprendre l'anglais en mémorisant 200 mots par jours, ce qui lui resservira plus tard. Mais pour le journaliste Serge Raffy, auteur de Castro, l'infidèle, ce voyage est « un trou noir ». « Pendant trois mois, on ne sait pas ce qu'il a fait », expliquera-t-il à la télévision française. Mais il assure que très tôt dans sa vie d'adulte, Fidel Castro émarge au réseau « Caraïbes » des services secrets soviétiques, et émet l'hypothèse qu'il a pu être entraîné aux Etats-Unis.

Che Guevara et l'impact de l'image. En 1967, après l'exécution sommaire d'Ernesto Guevara au lendemain de sa capture en Bolivie, la CIA fait le choix d'exposer publiquement son corps. Les journalistes présents ce jour-là à l'hôpital de Vallegrande diffusent de nombreuses photos. L'objectif : prouver que le guérillero est bien mort. Au final, cette exposition macabre contribuera à faire du médecin argentin un martyr, une figure quasiment christique de la révolution. Le « Che », dans le monde et particulièrement en Amérique latine, est presque devenu un nouveau Jésus. C'est notamment pour éviter que l'image d'Oussama Ben Laden ne soit cultivée de la sorte que les Américains ont choisi de ne pas publier les photos qu'ils avaient prises après sa mort en 2011. Ils ont choisi de jeter son corps à la mer pour éviter que ne se crée un lieu de pèlerinage sur sa sépulture.

Photographies de la dépouille du docteur Ernesto Guevara prises le 10 octobre 1967 par le journaliste Marc Hutten.AFP PHOTO/ JAVIER SORIANO

Kennedy, Krouchtchev et le « fou » de La Havane. Le 27 octobre 1962, Fidel Castro charge l'ambassadeur soviétique à Cuba, Alexandr Ivanovich Alexeyev, de remettre une lettre à Nikita Krouchtchev pour lui signifier sa détermination sans faille dans la crise des missiles nucléaires alors en cours. Selon le diplomate, le leader cubain l'aurait réécrit dix fois, cherchant ses mots, comme l'a notamment relaté l'historien Tim Naftali sur National Geographic Channel. Au final, « Fidel disait en substance que si l'URSS devait recourir à l'arme nucléaire pour défendre le monde socialiste, même si cela impliquait de sacrifier Cuba, il était d'accord », affirme ce dernier. Khrouchtchev aurait dit, à la lecture de cette missive, que Fidel Castro était un « fou ». « A croire qu'il me demande de détruire le monde ! », se serait-il même écrié. Après avoir appris le retrait tactique opéré par le numéro 1 russe, Fidel Castro est furieux de voir John Kennedy ainsi sortir de la crise par la grande porte. Il traite Krouchtchev de « salaud », « d'ordure », brise le miroir de son bureau et part en retraite temporaire dans la Sierra Maestra. JFK promet à Krouchtchev qu'il n'envahira pas Cuba.

Le bureau de Fidel Castro au Hilton. Quelques années plus tôt, à son retour héroïque à La Havane, au moment d'installer ses quartiers dans la capitale au début de l'an 1959, le nouveau héros national, Fidel Castro, jette son dévolu sur la suite 2324 d'un gratte-ciel de 30 étages flambant neuf. Son nom : le Habana Hilton, projet phare du premier groupe hôtelier américain du même nom. Doté de 630 chambres, le palace a été inauguré quelques mois plus tôt, en mars 1958. Durant trois mois au début de l'année 1959 s'y dérouleront toutes les réunions, conférences et rencontres de la révolution cubaine, alors qu'aux autres étages, le service hôtelier continue. Les nationalisations des hôtels et des casinos américains mettront fin à la situation. Le Habana Hilton prend ensuite le nom de Habana Libre.

L'hôtel Habana Libre, photographié en 2008, à La Havane.AFP PHOTO/ADALBERTO ROQUE

Fidel et sa maîtresse de la CIA. Le Hilton sera le lieu d'une romance invraisemblable entre le nouveau numéro 1 cubain et une Allemande que la CIA chargera plus tard de tuer le « Lider Maximo ». Son nom : Marita Lorenz. Cette dernière rencontre Fidel Castro le 27 février 1959 lors d'une escale à Cuba. Elle a 19 ans. A peine deux semaines plus tard, elle habite sur l'île. Castro l'installe dans la chambre 2406 du Hilton de La Havane. Elle tombe enceinte et doit avorter, puis rejoint alors les anti-Castro en Floride, et finit par être recrutée par la CIA, via un certain Francisco Fiorini, alias Franck Fiorini Sturgis. On lui donne du poison à glisser dans la nourriture de Castro. De retour sur l'île en 1960, elle explique lui avoir avoué la vérité et lui aurait clamé son amour. Elle quitte à nouveau l'île et aurait revu Fidel Castro une dernière fois en 1981.

Entre l'Amérique et l'Angola, Castro choisit l'Angola. Dans les années 1960 et 1970, Fidel Castro soutient moult mouvements révolutionnaires. Le renversement des gouvernements de Zanzibar, du Salvador, du Nicaragua et de toute l'Afrique centrale devient un objectif. Cuba apporte de l'aide au Vietnam, à la Libye, à l'Algérie, ou encore à la Syrie. En 1975, le secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger appelle à l'établissement de nouvelles relations cubano-américaines. A l'automne, le département d'Etat se dit même prêt à reprendre le dialogue officiel. Sauf que l'Angola s'enfonce dans la guerre civile. Le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) demande l'assistance militaire de Cuba dans sa lutte contre ses rivaux de l'Unita, soutenus par l'Afrique du Sud. Castro doit choisir entre son rapprochement avec Washington et le soutien au MPLA. Le 7 novembre, ses troupes débarquent en Angola. En janvier 1976, 15 000 Cubains se trouvent dans le pays. Avec l'aide de Moscou, ils repoussent les troupes sud-africaines et imposent le MPLA au pouvoir. Les espoirs d'un rapprochement avec les Etats-Unis sont douchés. Les troupes cubaines combattront ensuite en Ethiopie. En 1979, Fidel Castro prend finalement la tête du Mouvement des pays non-alignés à l'ONU.

Le Cubain Fidel Castro et l'Angolais Jose Eduardo Dos Santos à La Havane, le 16 décembre 1988.AFP PHOTO/RAFAEL PEREZ

La Chine applaudit des deux mains. Après les discours de Barack Obama et Raul Castro, mercredi, la Chine a tenu à « saluer et soutenir la normalisation » des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Pékin appelle Washington à lever « le plus tôt possible » l'embargo. « Nous allons continuer à appuyer les choix de Cuba dans son développement et dans ses ajustements en termes de politique économique », a affirmé un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, ajoutant : « Quelles que soient les évolutions en cours, (notre soutien) ne changera pas. » Les liens économiques de premier plan construits en la Chine et Cuba trouvent leurs racines dans l'histoire, puisque les premiers travailleurs chinois arrivèrent massivement dans l'île dès le XIXe siècle. Les Sino-Cubains participeront largement au métissage local. Barrio Chino de La Habana est l'un des plus anciens et des plus étendus chinatowns d'Amérique latine.

Raul Castro, le « petit Chinois ». L'actuel président cubain Raul Castro était lui-même surnommé « le petit Chinois » par ses compagnons d'armes, compte tenu de sa petite taille, de ses traits et de sa faible pilosité. Une rumeur persistante laisse penser qu'il pourrait être le fruit d'une relation extra-conjugale de sa mère avec un métis. « A Cuba, il est de notoriété publique que Raul, enfant bâtard, est le fils d'un commandant de poste de garde de Biran (le village natal des frères Castro). Cet homme était surnommé " el Chino " (le Chinois), qui est aussi l'un des sobriquets de Raul », confie à L'Express Brian Latell, officier de la CIA à la retraite, spécialiste de Cuba et auteur d'une biographie de Raul, After Fidel. The Inside Story of Castro's Regime and Cuba's Next Leader.

Un seul perdant, la Russie ? L'Amérique latine est enthousiaste à la perspective d'un dégel entre les ennemis d'hier. « Je crois que c'est un moment qui marque un changement dans la civilisation », a déclaré la présidente brésilienne Dilma Rousseff lors du sommet du Mercosur. Même le successeur de Chavez au Venezuela, Nicolas Maduro, a souligné qu'il convenait de « saluer le geste du président Barack Obama, un geste courageux et nécessaire dans l'histoire, peut-être l'initiative la plus importante de sa présidence ». De fait, seuls les Russes restent à l'écart, se contenant d'espérer que « Washington reconnaîtra le peu de succès de ce type de pressions sur d’autres pays ».

 

Miami vue de la Kolkoz Tower, en 2006.© Kolkoz. Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin.

Miami, le dernier enfant caché laissé par Castro

Sur quelque 50,5 millions d'Hispaniques présents sur le sol américain en 2010, les personnes d'origine cubaine étaient plus de 1,785 millions (3,5 %), selon le recensement national. Cela en fait le 3e contingent latino du pays derrière les personnes originaires du Mexique (63 %) et de Porto Rico (9,2 %), et plus d'un dixième de la population cubaine actuelle. La majeure partie des Cubano-Américains se trouvent en Floride (1,213 million), et tout particulièrement à Miami et sa banlieue. La cité balnéaire abrite un quartier surnommé « little Havana », poumon des exilés cubains. Un demi-million de Cubains ont accosté à Miami dans les quinze ans qui ont suivi la révolution, rappelle The Economist. Parmi eux : d'abord des partisans de Batista fuyant l'épuration conduite par Ernesto Guevara, puis des personnalités politiques, et ensuite quelques compagnons de route trahis par le tour marxiste que prend rapidement la révolution.

Mais principalement, l'exil se transforme en exode avec l'arrivée, dès 1959, de personnes inquiètes ou spoliées par la nouvelle donne économique de l'île (la première étape majeure étant la réforme agraire promulguée le 17 mai 1959). Quelque 400 000 Cubains supplémentaires arriveront au sud de la Floride à partir de 1980, après la prise d'assaut d'ambassades étrangères de La Havane par des Cubains demandant l'asile, une situation qui conduit le numéro 1 cubain à les inviter au départ. Dès septembre 1980, quelque 120 000 Cubains supplémentaires ont déjà débarqué à Miami lors d'un pont maritime. Castro profite de l'occasion pour envoyer sur le sol américain des détenus cubains de droit commun.

Le groupe France Médias Monde développe sa présence en Argentine

En Argentine, grâce à un accord de distribution signé entre France Médias Monde et le premier opérateur de câble local, un million et demi de foyers auront accès à l’antenne Monde de RFI en français et à la chaîne d’information française France 24.

Avec notre correspondant à Buenos Aires, Jean-Louis Buchet

Avec l’accord annoncé ce vendredi entre France Médias Monde et l’opérateur Cablevisión, un million et demi de foyers argentins recevront les programmes de France 24 et de Radio France internationale en français.

Pour RFI, dont les émissions en espagnol sont relayées par 37 radios locales partenaires, il s’agit d’un retour attendu par les auditeurs francophones, après une interruption de plusieurs années. Pour France 24, c’est la plus importante opération jamais réalisée en Amérique latine, qui lui permet de multiplier par deux ses abonnés dans la région.

La PDG de France Médias Monde, Marie-Christine Saragosse, a marqué l’importance de l’événement en se rendant à Buenos Aires.

« La nouveauté pour RFI, c'est le français. Et pour France 24, c'est le plus important contrat jamais signé en Amérique latine, un symbole de notre volonté d'être présent dans cette zone. Il y a une grosse attente concernant notre façon de traiter l'actualité mondiale et une montée de la langue espagnole », a justifié Marie-Christine Saragosse, à l’issue de la présentation de l’accord à l’ambassade de France.

Avec cet accord de diffusion sur le premier opérateur de câble d’Argentine, RFI et France 24 amorcent une nouvelle étape dans leur développement en Amérique latine.

Bûcheron, le pire métier à exercer en 2014

 

Par Figaro Etudiant
(Flickr/CC/kcxd)
Le site internet américain de recherche d'emploi CareerCast dévoile son classement des meilleurs et pires métiers à exercer en 2014. Mieux vaut faire des mathématiques que devenir bûcheron, pompier ou journaliste de presse écrite.
Vous êtes étudiant, fraîchement diplômé et encore indécis quant à votre avenir? Ou lycéen, et incertain de ce qui vous passionne pour votre futur professionnel? Le site américain de recherche d'emploi CareerCast peut vous aider à trouver votre voie, ou du moins à identifier celles qui sont clairement à éviter, en dévoilant son classement de 200 métiers, du meilleur au pire de l'année 2014. Conclusion, mieux vaut s'orienter pour 2015 vers l'informatique, la médecine et les mathématiques que de vouloir devenir bûcheron, pompier, steward ou encore... journaliste.
En mélangeant plusieurs critères comme l'environnement de travail, qui contient des facteurs émotionnels et physiques, le revenu, les perspectives du métier (potentiel d'embauche, de croissance du secteur et le taux de chômage) ainsi que le stress inhérent à la fonction, CareerCast établit un score par métier. Le but est d'obtenir le score le moins élevé possible. Les métiers scientifiques sont omniprésents dans le top 10 des meilleurs métiers de 2014. Le «meilleur job de 2014» est d'ailleurs, selon CareerCast, tout simplement le métier de mathématicien. Revenu moyen élevé (82.000 euros selon CareerCast) et croissant, bonnes perspectives d'embauche et niveau de stress assez bas, le métier obtient le meilleur score avec 63 points. Il devance ainsi la fonction de professeur d'université, deuxième avec 73 grâce à de très fortes perspectives d'embauche d'ici 2022 et un environnement de travail très agréable. À noter qu'il n'est pas certain que ce métier obtienne la même place dans une étude française.
Les métiers de la santé portés par le vieillissement de la population
On trouve ensuite les métiers de statisticien (3e) et d'actuaire (4e), toujours dans le domaine des mathématiques. L'informatique est également bien représentée avec ingénieur en informatique (7e) et analyste de systèmes informatiques (8e). Le domaine de la santé est également très présent dans le top 10, avec les professions classiques de dentiste (6e) et orthophoniste (10e), mais également avec les professions liées au vieillissement de la population. Ainsi, le site CareerCast indique qu'il est judicieux de devenir audiologiste (le professionnel qui prévient, évalue et traite les troubles de l'audition, 5ème du classement) ou ergothérapeute (9e), une profession qui devrait connaître 29% de croissance d'ici 2022 selon le site américain. Tous ces métiers bénéficient de perspectives de croissance et d'embauche très favorables et de salaires moyens élevés, malgré des scores parfois moyens concernant l'environnement de travail et le stress de la fonction.
À l'autre bout du classement, certaines professions semblent en perdition. Les causes de leur chute, un secteur d'activité mal en point (c'est le cas pour les stewards et hôtesses de l'air ou les journalistes de presse écrite), des conditions de travail très mauvaises ou stressantes, le tout combiné à des salaires moyens en berne. On retrouve ainsi, dans les 10 pires métiers à exercer en 2014, les gardiens de prison, chefs cuisiniers, pompiers, chauffeurs de taxis et militaires, métier le plus stressant de 2014 selon CareerCast. L'environnement de travail, le stress et les perspectives d'embauche du métier de bûcheron ne bénéficient d'aucun bon point selon le site. Le score final obtenu de 739 points en fait le pire métier de 2014.

Rapport sur la torture à la CIA: un exercice de démocratie compliqué

Mardi 9 décembre, le Sénat américain a rendu public un rapport très attendu sur la torture pratiquée par la CIA dans les années 2000, après les attentats du 11-Septembre. L’audit original de 6 000 pages restera secret. Mais sa version expurgée, longue de 500 pages tout de même, est à la disposition du public malgré les pressions exercées par l’Agence, qui a tenté d’empêcher sa publication.

Pendant plus d’une heure, ce mardi 9 décembre devant un Sénat américain bondé, la sénatrice Dianne Feinstein, présidente de la commission du Renseignement, a présenté les conclusions du rapport tant attendu sur la torture pratiquée par l'Agence centrale américaine de renseignement (CIA) dans les années 2000. Le Congrès avait tenté de repousser ce moment depuis trois mois. « Les actes de la CIA, voilà 10 ans, sont une tache qui salit nos valeurs et notre histoire, a lancé la démocrate face à ses pairs. La diffusion de ce rapport de 500 pages ne peut effacer cette tache, mais cela montre à notre peuple et au monde que les Etats-Unis sont assez matures pour reconnaître ce qui est mal, et sont assez confiants pour apprendre de leurs erreurs. »

Le public savait depuis des années que la CIA avait torturé des détenus, dans des prisons secrètes hors du territoire américain. Les simulacres de noyade, d’exécution, les détentions dans des cages, les privations de sommeil avaient été documentés. Les méthodes de l’agence, décrites dans ce rapport, étaient déjà dénoncées de longue date par d’anciens agents, des élus et des organisations de défense des droits de l’homme, rappelle notre correspondante Anne-Marie Capomaccio. Mais ce que ce texte (disponible ici en anglais) met véritablement en lumière, ce sont les manœuvres de la CIA pour garder le secret. Le mensonge a en effet été érigé en système : la presse et les élus ont été les cibles d’une désinformation constante sur les résultats des interrogatoires menés.

L'obstination d'une sénatrice contre le système CIA

Le département de la Justice lui-même a posé des questions auxquelles l’agence a répondu par des mensonges, assure Mme Feinstein : « La CIA a procuré des informations inexactes au département de la Justice, alors que ses avocats se penchaient sur la légalité des techniques employées. La CIA a affirmé les choses suivantes : les méthodes coercitives n’étaient pas employées de manière répétitive ; des médecins devaient s’assurer que les interrogatoires ne causaient pas de graves blessures, et ils devaient pouvoir intervenir à tout moment pour arrêter la procédure. Aucune de ces affirmations n’a été de près ou de loin mise en pratique. »

Et l'élue démocrate d’insister : même la Maison Blanche, à l’époque du président républicain George W. Bush, n’a jamais su ce qu'il se passait vraiment. De quoi réaliser à quel point, pendant les cinq ans qu’aura duré l’enquête de la commission du Sénat, la CIA a tenté de l’empêcher de parvenir à ses fins. Au-delà des réactions provoquées par certaines informations contenues dans ce rapport, il faut donc retenir, d'abord, l’obstination de la sénatrice Feinstein, élue de Californie depuis 22 ans, qui a travaillé sans relâche, sous la pression, avec persévérance et courage, pour que tout ceci soit rendu public. Dianne Feinstein a même été menacée.

Dianne Feinstein, avec des journalistes au Capitol de Washington, le 9 décembre 2014.PHOTO / SAUL LOEB

« Torturer donne plus de mauvaises informations »

Modeste, Dianne Feinstein a souligné à plusieurs reprises que la publication de son travail a été rendue possible grâce à des institutions américaines fortes, et avec la bénédiction de la Maison Blanche. Barack Obama a lui-même dénoncé des méthodes « contraires » aux valeurs des Etats-Unis, qui ont « fortement terni la réputation de l'Amérique dans le monde ». Mais la détermination de la démocrate force l’admiration de ses pairs. Qu’ils aient soutenu, ou pas, la diffusion de cette enquête, la plupart des parlementaires américains saluent en effet cet exercice public de la démocratie. Il n'est en effet pas simple d'assumer de tels actes, d'autant que le rapport conclut, au sujet des méthodes brutales d'interrogatoires de la CIA, qu'elles n'ont pas été efficaces dans la « guerre contre le terrorisme ».

Un point accablant, sur lequel a insisté le sénateur républicain John McCain à la tribune du Sénat, juste après l’intervention de Dianne Feinstein. Très impliqué dans les dossiers de politique étrangère, l’ancien candidat à la présidence de 2008 avait soutenu, contrairement à la plupart des élus de son parti, la diffusion du texte. Et ce, en tant qu’élu, mais aussi en tant qu’ancien prisonnier de guerre blessé et torturé au Vietnam. « Je sais par expérience que torturer les prisonniers donne plus de mauvaises que de bonnes informations, a dit John McCain. Je sais qu’ils diront n’importe quoi, ce que les tortionnaires veulent entendre, s’ils pensent que cela va faire cesser leurs souffrances. »

« Le monde sait depuis longtemps que nous avons torturé »

Jason Wright est un ancien avocat militaire. Il défendait jusqu'au mois d'août dernier Khalid Sheikh Mohammed, qui a revendiqué la responsabilité morale des attaques du 11-Septembre, et qui a subi torture, supplice de la baignoire et mauvais traitements lors des programmes de restitution extraordinaires de la CIA. Selon l'avocat, ce rapport marque un tournant. « C'est la première tentative réelle du Congrès, qui exerce un pouvoir administratif sur les activités des agences de renseignement. Nous savons que le président Obama s'est élevé contre l'utilisation de la torture […] Mais maintenant, nous avons en plus le Congrès qui déclare, en tant que représentant du peuple, que c'est un véritable problème, et qu'on ne doit plus jamais y recourir. »

Pour John McCain, « plus que tout, je sais que la torture anéantit les principes qui nous différencient de nos ennemis, l’idée que même les prisonniers doivent bénéficier de droits élémentaires, qui sont protégés par les conventions internationales. Est-ce que la diffusion de ce rapport risque de provoquer une colère pouvant mener à des violences dans les pays musulmans ? Je pense que c’est possible. Mais le monde entier sait depuis longtemps que nous avons pratiqué la torture sur nos prisonniers, que nous avions des prisons secrètes. Les terroristes peuvent utiliser ce rapport sur la reconnaissance de la torture comme prétexte pour attaquer des Américains, mais franchement, ils n’ont pas besoin d’excuse pour cela. »

 
Sculture de l'artiste britannique Marc Quinn, à Basel, inspirée par une photo prise à la prison d'Abou Ghraib.AFP PHOTO/ FABRICE COFFRINI

« Ce ne sont pas des choix politiques, ce sont des crimes »

Aujourd’hui, certaines associations demandent des poursuites judiciaires contre les responsables, même si la plupart des experts estiment que cela est impossible. Barack Obama, qui a soutenu la publication de ce rapport explosif, avait fait de la fin des violations des droits de l'homme l'une de ses principales promesses de campagne en 2008. Mais ça ne suffit pas, estime Reed Brody, conseiller juridique de l'organisation Human Rights Watch : « Le président Obama a bien sûr mis fin à l'utilisation de ces techniques, mais il a traité la torture comme s'il s'agissait d'un choix politique regrettable, et non d'un crime. Il faudrait, avec ce rapport, que le gouvernement enquête et poursuive les hauts fonctionnaires de l'administration Bush qui en sont responsables. »

Reed Brody n’épargne personne, pas même Georges Bush,« qui a trouvé le waterboarding », dit-il. Le président américain a reconnu en 2010 avoir approuvé personnellement cette méthode. « Ce ne sont pas des choix politiques erronés, ce sont des crimes, plaide M. Brody. Et les Etats-Unis sont dans l'obligation de poursuivre ces crimes. Si le gouvernement américain ne lance pas d'enquête criminelle crédible, d'autres pays devront le faire. C'est ce qui est arrivé avec Pinochet, avec Hissène Habré au Sénégal. Quand on ne trouve pas justice dans son pays, il faut que les victimes puissent saisir des tribunaux, que ce soit français ou espagnol, où il y a d'ailleurs des enquêtes qui sont ouvertes pour les crimes de Guantanamo, Abou Ghraib et autres. »

« Certains secrets devraient le rester », juge-t-on en Pologne

Ce sont précisément ces « autres » lieux de détention qui risquent de créer le plus de vagues à l’international. Alliés de longue date, les Etats-Unis et la Pologne mènent des relations étroites sur le plan militaire. Dans ce pays, où la CIA aurait torturé plusieurs prisonniers dans une prison secrète en 2003, la volte-face américaine a de quoi inquiéter. Barack Obama a appelé en personne le Premier ministre polonais Ewa Kopacz dans la nuit de lundi à mardi pour l'informer. Diplomate, cette dernière a joué la carte de l'apaisement, affirmant qu’il n'y aurait pas d'impact négatif sur la relation bilatérale. En revanche, son ministre de la Défense s'est montré plus brut : « Certains secrets devraient le rester. Cette publication pourrait affaiblir la confiance accordée aux Etats-Unis par leurs alliés », a réagi Tomasz Siemoniak.

Officiellement, la Pologne n'a jamais admis avoir accueilli des prisons secrètes de la CIA, explique notre correspondant à Varsovie Damien Simonart. En juillet dernier, la Cour européenne des droits de l'homme l'a toutefois condamnée pour sa complicité dans les tortures subies sur son territoire par un Palestinien et un Saoudien entre 2002 et 2003. Pour faire la lumière sur cette histoire, le parquet polonais mène sa propre enquête depuis six ans. Son porte-parole a annoncé mardi qu'une demande serait formulée aux Etats-Unis pour recevoir l'intégralité du rapport du Sénat américain. Affaire à suivre.

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