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Victoire de Syriza: la presse allemande entre scepticisme et prudence

L’Allemagne, très critiquée en Grèce, et a fortiori par le gagnant des élections, le parti Syriza, n’avait pas caché son scepticisme avant le scrutin, craignant qu’une victoire du mouvement d’Alexis Tsipras ne remette en cause les réformes engagées et donne de mauvaises idées à d’autres pays. Dimanche soir, la classe politique a été plutôt discrète et seule la gauche radicale Die Linke a salué la victoire de Syriza. La presse allemande, elle, consacre de nombreux commentaires à cet événement.

Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

« Le triomphe de l’épouvantail grec va-t-il nous coûter des milliards ? » Le quotidien populaire Bild Zeitung, qui avait clairement fait campagne contre Alexis Tsipras, réagit comme on pouvait s’y attendre et cherche à nourrir la peur des petits épargnants allemands pour leurs économies.

La presse allemande plus sérieuse se montre souvent sceptique et demande à Athènes de respecter les engagements pris et de ne pas remettre en cause les réformes déjà engagées. « C'est seulement à cette condition que l’on peut demander la solidarité de ses partenaires », résume ainsi un quotidien régional.

Mais plusieurs journaux soulignent aussi que les contraintes financières conduiront le gouvernement Tsipras à faire des compromis. « La Grèce a besoin d’argent frais. Soit elle accepte de négocier avec ses bailleurs de fonds, soit elle dépose le bilan, ce qui serait pire », commente le quotidien des milieux d’affaires Frankfurter Allgemeine.

Quelques rares commentaires sont plus positifs. L’hebdomadaire Die Zeit titre « Donnez une chance à Tsipras » et salue une nécessaire correction des réformes pour s’en prendre aux privilèges des Grecs les plus riches. Le journal table sur un accord d’Athènes avec Bruxelles et l’Allemagne dans l’intérêt de tous et évoque des négociations avec Syriza discrètement entamées avant les élections.

Le pétrole rebondit après la mort du roi Abdallah d'Arabie saoudite

Les cours du pétrole ont rebondi vendredi après l'annonce de la mort du roi Abdallah d'Arabie saoudite, premier exportateur mondial d'or noir, qui ouvre une période d'incertitude quant à la politique pétrolière du royaume.

Le baril de "light sweet crude" (WTI) pour livraison en mars s'appréciait de 0,99 dollar ou 2,09%, à 47,30 dollars, à 02H30 GMT dans les échanges électroniques en Asie après être monté de 3,1% à New York.

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison à même échéance montait de 1,01 dollar ou 2,08%, à 49,53 dollars, avec un écart de 2,2 dollars par rapport au WTI contre 1,04 dollar le 16 janvier.
Malgré ce sursaut, les cours du pétrole, erratiques depuis le début de l'année, sont en repli de plus de 3% cette semaine.
Le palais royal saoudien a annoncé la mort à 90 ans du roi Abdallah et son remplacement par le prince Salmane.
"La mort du roi Abdallah va accroître l'incertitude et la volatilité des prix du brut à court terme", estimait Neil Beveridge, analyste de Sanford C. Bernstein & Co. à Hong Kong, cité par Bloomberg. "Je ne crois pas à un changement prochain de politique mais le décès (du roi) survient à un moment délicat pour l'Arabie saoudite".
Le baril de pétrole a perdu plus de 50% de sa valeur depuis son pic de juin 2014 sous l'effet de la surabondance d'offre - aggravée par la hausse de la production américaine - et d'une demande atone.
L'Arabie saoudite, membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), est le premier exportateur mondial de pétrole devant la Russie et les Emirats arabes unis et le deuxième producteur derrière les Etats-Unis, selon l'Agence américaine d'information sur l'Energie (EIA).
Le marché pétrolier comptait sur l'Opep pour soutenir les cours en réduisant sa production mais le cartel s'y refuse, plusieurs de ses membres influents, Saoudiens en tête, préférant rogner sur les marges pour préserver leur avantage concurrentiel.
Les 12 pays de l'Opep, qui pompe un tiers de l'or noir mondial, ont ainsi décidé fin novembre de maintenir leur plafond de production de 30 millions de barils par jour pour les six mois suivants. Leur première réunion de l'année est programmée pour le mois de juin.
Certains experts ont notamment vu dans cette décision de maintenir coûte que coûte le niveau de leur production une volonté d'affaiblir l'exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis.
Le secrétaire général de l'Opep Abdallah El-Badri a assuré jeudi que la politique de l'organisation s'appuyait sur des constats "purement économiques" et n'était "pas dirigée contre un pays en particulier".
- Le ministre du pétrole au coeur du jeu -
Un élément clé dans les jours ou les semaines à venir sera de savoir si le roi Salman confirmera dans ses fonctions l'actuel ministre du pétrole, Ali al-Naimi, artisan de la stratégie pétrolière du pays depuis 1995.
"Il est possible qu'Ali al-Naimi soit remplacé" après qu'il a laissé entendre qu'il souhaitait consacrer davantage de temps à ses activités universitaires, soulignait Phil Flynn, analyste de Price Futurs à Chicago.
Pour Florence Eid-Oakden, économiste en chef d'Arabia Monitor à Londres, "Naimi est respecté et aucun changement ne devrait intervenir tant que l'actuel cabinet restera en place".
Dans l'immédiat, la mort du roi Abdallah ne devrait pas jouer de façon significative sur les prix du brut dont de nombreux analystes pensent qu'ils s'approcheront au cours du premier semestre du seuil des 40 dollars, voire en-deçà.
Ils avaient encore fortement baissé jeudi sous l'effet d'un bond des stocks de brut aux Etats-Unis et d'un net regain de vigueur du dollar après l'annonce par la Banque centrale européenne d'un programme de rachats massifs de dette qui a pour conséquence de renforcer le dollar, rendant plus onéreux les achats de brut libellés dans la monnaie américaine.
Le baril de "light sweet crude" avait cédé 1,47 dollar, à 46,31 dollars, sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) et le Brent 51 cents, à 48,52 cents, sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres.

Salmane Ben Abdel Aziz, nouveau roi d'Arabie réputé pour sa probité

Le prince Salmane Ben Abdel Aziz, 79 ans, qui devient roi d'Arabie saoudite, bénéficie d'une réputation de probité et est considéré comme un arbitre respecté au sein de la famille royale.

Prince héritier depuis juin 2012, Salmane s'est placé sur le devant de la scène ces dernières années, présidant souvent le Conseil des ministres et représentant à l'étranger le roi Abdallah qui, du fait de sa santé fragile, avait considérablement réduit ses activités publiques.

Il était aussi premier vice-Premier ministre, poste obtenu en même temps que celui d'héritier du trône en 2012 à la mort de son frère Nayef. Il cumulait également les fonctions de ministre de la Défense depuis octobre 2011.

Numéro deux du royaume, le prince Salmane a multiplié les visites en Occident et en Asie, ajoutant une stature internationale à sa carrière, focalisée jusqu'en 2012 sur les affaires intérieures.

En dépit d'une santé fragile, il a tenu à montrer "sa détermination à devenir roi ou, plus probablement, l'ambition de ses proches pour qu'il apparaisse ainsi", estime Simon Henderson, spécialiste du Golfe au Washington Institute.

Sa stature a toutefois été quelque peu fragilisée par la décision prise en mars 2014 par le roi Abdallah de nommer futur prince héritier son demi-frère Moqren, le plus jeune des 35 fils du fondateur du royaume.

L'arbitre des affaires de la famille Al-Saoud

Né à Ryad le 31 décembre 1935, le prince Salmane a été gouverneur de la capitale pendant près de 50 ans, la plupart des provinces saoudiennes ayant à leur tête des membres de la famille royale avec rang de ministre.

"Ce poste lui a donné de l'expérience et il a supervisé l'émergence de Ryad comme capitale", souligne Eleanor Gillespie dans la Gulf States Newsletter basée à Londres.

Il est considéré comme l'artisan du développement de cette cité bâtie en plein désert par la dynastie des Al-Saoud pour en faire une ville moderne.

Mais son poste lui a surtout donné l'opportunité de "jouer le rôle d'arbitre très respecté des affaires de la famille Al-Saoud", ajoute Mme Gillespie, assurant que le prince Salmane "a une réputation de probité".

Jane Kinninmont, experte à Chatham House à Londres, précise que Salmane est "considéré comme relativement libéral" et pourrait à ce titre "adopter une approche plus réformatrice, mais dans le cadre des limitations et des lignes rouges du système".

Selon elle, il pourrait notamment avoir une attitude "plus constructive à l'égard de l'instabilité dans la région que le prince Nayef a toujours considéré comme le résultat des ingérences iraniennes plutôt que de l'expression de revendications locales".

Le prince Salmane est le 25e fils du roi Abdel Aziz, fondateur du royaume, et fait partie du clan des Soudaïri, les sept fils d'une même mère, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri, favorite du roi. Parmi ses frères figuraient le roi Fahd et les princes Nayef et Sultan, tous trois décédés.

Salmane souffre de problèmes de santé et a notamment été opéré en 2010 d'une hernie discale.

Marié à trois reprises, le prince Salmane a 10 fils encore en vie, dont le plus connu est le prince astronaute Sultan Ben Salmane, seul Saoudien à avoir fait partie d'une mission dans l'espace et qui préside actuellement la commission pour le Tourisme et les Antiquités. Un autre d'entre eux, le prince Abdel Aziz, est ministre adjoint du Pétrole.

Arabie Saoudite: le roi Abdallah est mort

Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite est mort vendredi, indique le palais royal dans un communiqué. De santé fragile, le roi Abdallah, âgé de 90 ans, était hospitalisé à Riyad depuis le mois de décembre souffrant d'une pneumonie. Le prince Salman, âgé de 77 ans, lui succède sur le trône. Moqren, demi-frère d'Abdallah, a été nommé prince héritier.
 

« Son Altesse Salman bin Abdelaziz Al Saoud et tous les membres de la famille et toute la nation pleurent le Gardien des deux saintes mosquées, le roi Abdallah bin Abdelaziz, qui est décédé à 01h00 exactement ce matin », annonce le communiqué.

Monté sur le trône en 2005, à l'âge de 82 ans, à la mort de son demi-frère Fahd le roi Abdallah gouvernait en réalité le royaume depuis plusieurs années en raison de la mauvaise santé de Fadh qui l'avait désigné régent depuis 1996.

Lorsqu’il n’était que prince héritier, Abdallah a été l’un des artisans des fameux accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre du Liban à la fin des années 1980. Devenu régent, il a oeuvré en faveur du rapprochement avec le rival de toujours : l'Iran, lorsque le réformateur Mohammad Khatami était l'homme fort à Téhéran. Au plan régional, le roi Abdallah a évité la tempête des révolutions arabes en puisant dans les réserves financières de son pays pour satisfaire la population en créant des emplois et en construisant des logements. Ces dernières années il a également rejoint la coalition internationale contre l’organisation Etat islamique.

Sur le plan intérieur, il a longtemps passé pour être un réformateur et, lorsqu'il accède au pouvoir, il tiendra parole en partie en organisant les premières élections libres du pays. Elles n'ont concerné que les municipales et les partis politiques sont toujours interdits, mais tout de même... Tout au long de son règne, il devra tenir compte des doléances des libéraux tout en donnant des gages aux conservateurs traditionalistes.

L'histoire retiendra qu'il a été aussi celui qui a relancé le dialogue interreligieux, notamment avec le Vatican. En revanche, sur le plan des droits de l'homme, si les femmes ont gagné le droit de vote, elles n'ont toujours pas le droit de voyager seules ou de conduire. Et la peine de mort est toujours en vigueur.

Salman, le successeur

Nommé prince héritier en 2012, Salman, qui était également ministre de la Défense, représentait de plus en plus souvent le roi Abdallah à cause de ses problèmes de santé. Et depuis cette date il multipliait les visites en Occident et en Asie. C’est lui qui a fait passer Ryad, dont il a été le gouverneur pendant 50 ans, du statut de petite ville à celui de métropole régionale. Il faut noter également qu’il possède un des plus puissants groupes médiatiques du monde arabe. Il pourrait suivre les pas de son prédécesseur : selon les documents révélés par Wikileaks, il estimait en 2007 que les réformes engagées par Abdallah devaient être poursuivies lentement, pour ne pas provoquer de réaction de rejet de la part des conservateurs.

François Hollande salue « la mémoire d'un homme d'Etat , Barack Obama « un ami »

Le président français François Hollande a rendu hommage au roi Abdallah saluant la « mémoire d'un homme d'Etat dont l'action a profondément marqué l'histoire de son pays et dont la vision d'une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d'actualité », indique l'Elysée dans un communiqué.

Si le roi Abdallah est salué par Barack Obama comme un « ami qui renforcé les liens entre les deux pays », les relations entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis n’ont pas toujours été au beau fixe, rappelle notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio.

Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont découvert avec stupéfaction que 15 des 19 terroristes qui avaient mené les attaques contre l’Amérique étaient Saoudiens. Nous sommes en 2001, et le prince Abdallah gère les affaires de l’Etat, alors que son frère, le roi Fahd est gravement malade. C’est une période de flottement entre les deux pays, période qui va durer pendant la présidence de George Bush, lorsque le prince condamne l’entrée des troupes américaines en Irak en 2003.

Les relations se sont à nouveau améliorées ensuite, par l’implication du roi Abdallah dans le processus de paix au Proche Orient, et l’initiative saoudienne sur la reconnaissance de l’état d’Israël. Des liens qui n’ont fait que se resserrer, sur le plan militaire, l’armée américaine entraine plusieurs corps de l’armée saoudienne, des liens économiques, même si les Etats-Unis ont cherché à se défaire de la dépendance énergétique, des liens politiques enfin, le roi Abdallah a toujours été aux côtés de la diplomatie américaine, soutenant par exemple les frappes contre les terroristes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Rfi

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