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Al-Qaïda au Yémen revendique l'attentat contre Charlie Hebdo

"Des héros ont été recrutés, ils ont promis et ils ont agi", déclare, dans une vidéo, l'un des dirigeants d'Aqpa, Nasser Ben Ali al-Anassi. Qui ajoute que cette attaque contre Charlie Hebdo a été menée sur ordre d'Ayman al- Zawahiri, le grand chef d'Al-Qaïda depuis la mort de Ben Laden.

C'est une brève vidéo qui n'est restée visible que quelques minutes sur Youtube - le diffuseur l'a rapidement supprimée. On y voit l'un des dirigeants d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), Nasser Ben Ali al-Anassi, revendiquer l'attaque contre Charlie Hebdo : "Des héros ont été recrutés et ils ont agi, ils ont promis et sont passés à l'acte à la grande satisfaction des musulmans. Nous, Al-Qaïda dans la péninsule arabique, revendiquons la responsabilité pour cette opération comme vengeance".

Et le dirigeant de poursuivre : "Nous tenons à préciser à l'intention de la nation musulmane que ce sont nous qui avons choisi la cible, financé l'opération et recruté son chef. L'opération a été menée sur ordre de notre émir général Ayman al-Zawahiri et conformément à la volonté posthume d'Oussama ben Laden".
 

L'un des frères Kouachi s'était déjà réclamé d'Aqpa, peu après l'attaque.

Le Monde.fr

Comment vivent les islamistes radicaux regroupés à Fresnes

Manuel Valls veut généraliser d'ici la fin de l'année des quartiers spécifiques au sein de certains établissements pénitentiaires pour regrouper les détenus radicalisés. Une expérimentation est déjà en cours à Fresnes. Sophie Parmentier suit cette expérience depuis plusieurs semaines. Et elle a pu se rendre plusieurs fois de manière exceptionnelle dans cette partie de la prison.
Au premier étage de la première division sud de la prison de Fresnes, une vingtaine de détenus considérés comme des islamistes radicaux sont presque tous regroupés. Ils sont incarcérés dans le cadre d'affaires en lien avec le terrorisme islamiste. Une dizaine de ces détenus rentrent de Syrie. Les deux tiers d'entre eux attendent leur procès. Ils sont regroupés dans des cellules voisines. Des cellules aux petites portes de bois. Ces détenus sont parfois plusieurs dans une même cellule. Il y a jusqu'à trois lits superposés dans ces cellules de 9 mètres carrés. "Ainsi, il n'y a aucun matelas au sol", précise le directeur de la prison, Stéphane Scotto, qui est d'ailleurs à l'origine de cette expérimentation lancée, il y a tout juste trois mois. Ces détenus sont donc regroupés, les uns à côté des autres, mais ils ne sont pas isolés des 600 autres détenus qui sont dans le même bâtiment. Il faut savoir qu'à Fresnes, il y a d'autres bâtiments, d'autres quartiers hommes et femmes.
Dans la première division sud, depuis le début du regroupement de ces islamistes radicaux, un seul détenu est à l'isolement en permanence. Selon nos informations, il s'agit de Flavien Moreau, le premier djihadiste condamné depuis son retour de Syrie. Il a été condamné en novembre dernier à sept ans de prison, par le tribunal correctionnel de Paris.
A part lui, tous les autres détenus dits radicalisés ne sont pas donc pas totalement isolés, mais les fenêtres de leurs cellules ne donnent pas sur les autres bâtiments. C'est donc plus difficile pour eux de lancer des appels à la prière, selon le directeur.

Comment vivent les islamistes radicaux regroupés à Fresnes - enquête Sophie Parmentier
L'idée de l'expérimentation pour éviter le prosélytisme
 
C'est donc lui, Stéphane Scotto qui a eu l'idée de cette expérimentation. L'idée a germé peu à peu dans son esprit. A l'été 2014, il n'y avait à Fresnes qu'une douzaine de détenus déjà condamnés pour des affaires de terrorisme en lien avec une pratique radicale de l'islam. A l'automne 2014, de douze, ils sont passés à 20, et ils ont commencé à exercer une pression sur les autres détenus de la prison. Des détenus qui pratiquent dans leur immense majorité un islam modéré, ont commencé à se plaindre et à s'inquiéter de la pression exercée par les radicaux, assure le directeur. Par exemple, des détenus modérés disaient qu'ils ne pouvaient plus prendre leurs douches nus, ou alors que les radicaux voulaient les obliger à faire leurs prières cinq fois par jour. Ou encore les radicaux les auraient forcés à retirer de leurs cellules des photos féminines.
En décidant le regroupement des détenus radicalisés, le directeur a avant tout voulu protéger les autres détenus, et éviter le prosélytisme. Ce qui est très clair c'est que la décoration des cellules des détenus radicalisés est très différente des autres. Lors de ma première visite à Fresnes, il y a quelques semaines, j'ai pu visiter une cellule occupée. Le détenu n'était pas à l'intérieur à ce moment-là. Mais j'ai pu constater que sur les murs blancs décrépits, il n'y avait aucune décoration, juste une petite feuille scotchée, qui donnait les heures de la prière. J'ai pu comparer avec une autre cellule dite banale, qui elle, était couverte de posters de grosses cylindrées ou de femmes dénudées.
 
Les détenus radicalisés regroupés ont-ils un traitement à part ?
 
Cette vingtaine de détenus considérés comme islamistes radicaux, mis à l'écart des autres détenus, ne sont pas pour autant totalement coupés du reste de la détention. Il y a simplement des règles différentes, pour eux. Ils n'ont pas les mêmes heures de promenade que les autres détenus. Ils sont aussi à part pour les activités sportives à l'extérieur. Mais pour le sport intérieur, la musculation, ou pour les activités scolaires ou culturelles, ils peuvent être mélangés aux autres détenus, mais ils sont surveillés de très près par l'administration pénitentiaire.Le directeur de Fresnes insiste en tout cas sur l'importance que tous les détenus aient accès à toutes les activités. Et il assure que trois mois après le lancement de cette expérimentation, le climat est pacifié dans la prison, même si des syndicalistes estiment qu'ils manquent de moyens et de formations pour surveiller correctement ces détenus radicalisés.
 
C'est cette expérimentation à Fresnes qui pourrait être étendue à d'autres centres pénitentiaires français
 
La ministre de la Justice, Christiane Taubira, s'est rendue à Fresnes mardi en fin d'après-midi, juste après le discours de Manuel Valls. Elle a bien insisté sur le fait qu'il fallait encore quelques dernières évaluations, avant de généraliser cette expérience. La garde des Sceaux veut surtout mettre en place très rapidement, dans les prochains jours, un programme de déradicalisation dans les prisons, avec des psychologues, des aumôniers spécialement formés. A Fresnes, pour 2 700 détenus, il n'y a à ce jour que deux aumôniers musulmans, un homme et une femme, et un troisième devrait arriver très prochainement, dans le cadre du renforcement crucial des aumôniers, lancé depuis des mois par Christiane Taubira.

Charlie Hebdo épuisé en France, 5 millions d'exemplaires seront imprimés

Cinq millions d'exemplaires seront finalement imprimés, a annoncé le distributeur, à raison de 500.000 exemplaires par jour. 700.000 exemplaires ont déjà été livrés mercredi matin et l'Union nationale des diffuseurs de presse a annoncé que le numéro de Charlie Hebdo était épuisé dans les 27.000 points de vente de presse en France.

La Une du journal, on la connaissait depuis lundi soir - le prophète Mahomet qui tient une pancarte "Je suis Charlie". Ce que l'on ignorait, c'était tout le reste... Au fil des pages on croise donc Jésus, Soeur Emmanuelle, le pape, des rabbins, des imams, des enfants de choeur - dessinés, caricaturés, moqués toujours. Il y a aussi des politiques qualifiés de clowns, des apprentis djihadistes comparés à des étudiants qui partent en Erasmus en Syrie.

L'équipe avait promis que l'esprit Charlie serait bien là, elle a tenu parole. La dernière page, féroce, est consacrée aux terroristes encagoulés - moqués, méprisés. Après la visite au journal, la mort à l'imprimerie : "j'ai peur que ça fasse un peu intello" lance un des frères Kouachi, allongé dans un bain de sang. Et dans un coin on voit la mort qui se marre en lisant Charlie Hebdo et qui lance : "moi aussi je m'abonne !". Bref, Charlie fidèle à lui-même : jamais l'humour ne disparaît derrière l'hommage.
Dans au moins 20 pays, et en cinq langues

Cinq millions d'exemplaires seront au final imprimés, a annoncé le distributeur, les Messageries Lyonnaises de Presse - qui parlait auparavant de trois millions. Car les 700.000 exemplaires livrés mercredi matin de ce que la rédaction appelle "le numéro des survivants", ont été très vite vendus. L'Union nationale des diffuseurs de presse a annoncé que le numéro de Charlie Hebdo était épuisé dans les 27.000 points de vente de presse en France.

Ces cinq millions "seront distribués à raison d'environ 500.000 exemplaires par jour, ce qui permettra à tous les kiosques qui le demandent d'être réapprovisionnés", explique la présidente des MLP, Véronique Faujour.

Le Monde

« Il faut écouter ceux qui disent “Je ne suis pas Charlie”»

Malgré ses désaccords passés avec le journal satirique sur son traitement de l’islam, Abdelkrim Branine, rédacteur en chef de Beur FM, a témoigné dès mercredi son soutien à Charlie Hebdo. Quelques heures après le drame, il a participé à une soirée « contre la haine, pour la liberté », organisée au siège de Mediapart. Se définissant comme musulman à la tête d’un média laïc dont une part importante du public est de culture musulmane, il disait alors toutefois craindre le risque d’amalgame visant les musulmans. Vendredi soir, l’animateur de l’émission « Les Z’informés » s’indignait sur Twitter, à propos de la marchedu 11 janvier, de « la plus grande récupération politique de l'histoire de l'humanité ».

Vous êtes finalement allé à la manifestation, avez-vous dépassé vos réticences ?

Oui. Il y a eu une tentative de récupération écœurante : quand on voit défiler le premier ministre israélien, qui est un criminel de guerre, ou les dirigeants du Gabon, de Turquie ou Orban, le premier ministre hongrois... Mais ces politiques ne sont pas restés longtemps à la manifestation. Et finalement, l’engouement populaire a pris le dessus. C’était tellement énorme. On ne va pas se mentir : c’était très beau, c’était historique. Ça donnait des frissons.

Quel a été l’état d’esprit des musulmans que vous connaissez ou du public de Beur FM ?

Avant la manifestation, certains avaient d’abord une préoccupation sécuritaire : ils avaient peur pour leur intégrité physique. Ce n’est pas un fantasme, il y a eu des dizaines d’atteintes à des mosquées ou de personnes depuis mercredi. Et certains ont peur : mes parents m’ont appelé pour me dire de ne pas aller au bureau, je les ai dissuadés d’aller à la mosquée vendredi et mes beaux-parents retraités préfèrent retarder leur retour d’Algérie en France...

Avez-vous senti d’autres arguments dans votre public ?

Certains avaient l’envie d’aller défiler mais ne voulaient pas avoir une étiquette sur le front « musulman gentil » ou « musulman non-terroriste » et refusaient d’avoir à se justifier. Se désolidariser de quelque chose, c’est aussi s’accuser.

Quels musulmans avez-vous vu faire le choix de finalement manifester ?

Beaucoup ont choisi d’y aller au dernier moment. Il y avait des anciens, qui ne sont pas nés en France et sont plus habitués à raser les murs. Mais des jeunes aussi ont défilé : j’ai suivi la mobilisation d’un groupe qui s’est préparé depuis jeudi et s’est organisé notamment autour de leaders associatifs importants comme Mohamed Mechmache d'AC le Feu, Sihame Assbague de Stop le contrôle au faciès ou Adil El Ouadeh des Indivisibles [association qui dit lutter « grâce à l’humour et l’ironie, contre les préjugés ethno-raciaux »].

Dans des reportages, on a entendu des personnes qui estimaient que « Charlie Hebdo » avait cherché les représailles en caricaturant Mahomet ou qui disaient simplement « Je ne suis pas Charlie » : qu’en pensez-vous ?

C’est une question importante et l’heure est grave, il faudra avoir en France plusieurs débats. Pour la petite minorité de crapules qui disent que Charlie Hebdo a pu mériter ce qui est arrivé, je laisse faire la justice. Ceux qui disent « Je ne suis pas Charlie » le font parfois de façon maladroite, mais il faut les écouter. Il ne faut pas faire de chantage intellectuel et dire comme le président George W. Bush « vous êtes avec nous ou contre nous ». Ils veulent simplement dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec Charlie Hebdo, sa manière de traiter l’islam et les musulmans.

Plus que le fait, réputé sacrilège, de caricaturer le prophète Mahomet, c’est un dessin le montrant avec une bombe dans son turban qui a choqué [en fait un dessin du quotidien danois Jyllands-Posten, republié en 2006]. Il s’apparentait à de l’islamophobie en liant islam et terrorisme. Mais ces désaccords, dans le cas de la tuerie qui a touché Charlie Hebdo, ne comptent pas. Et on n'a pas besoin de dire « Je suis Charlie » pour partager la peine des familles.

Beaucoup de médias et personnalités ont appelé à éviter les amalgames entre les tueurs et les musulmans : les craignez-vous quand même ?

Ces messages sont nombreux et positifs. Même si certains en parallèle veulent mettre en place une forme de chantage et instrumentaliser ce drame contre ceux qui luttent contre l'islamophobie. Je pense par exemple à Jeannette Bougrab, qui a estimé sur BFMTV que l'association des Indigènes de la République avait une « responsabilité » dans l'attaque de mercredi contre Charlie Hebdo.

Avez-vous entendu des débats sur Dieudonné, qui est visé par une enquête pour apologie du terrorisme mais se proclame « pas différent de Charlie » ?

Oui. Certains pensent qu'il y a deux poids et deux mesures entre la politique appliquée à Dieudonné et celle réservée à Eric Zemmour, par exemple. Mais ces derniers jours, je les ai relativement peu entendus. Des gens avec lesquels je m'écharpe sur Dieudonné – qui sur les juifs ne fait plus rire et s'est allié avec l'antisémite Alain Soral – se sont peu exprimés. Je pense que certains d'entre eux, quand il a dit qu'il se sentait « Charlie Coulibaly », ont pensé qu'il abusait. Qu’il cherchait à faire du buzz sur cette affaire.

Comment envisagez-vous l'après 11-janvier ?

Il y a beaucoup de thèmes : il faut se battre contre les discriminations et les injustices dont se nourrissent les gens comme ceux qui commettent des attentats. Par ailleurs, à propos de la communauté juive, il revient aussi à la population qui vit dans les mêmes quartiers qu'elle de la rassurer : il faut qu'on se parle. Le mot d'ordre #jewsandarabsrefusetobeenemies [« juifs et arabes refusent d’être ennemis »], né à l'été 2014 en lien avec le conflit israélo-palestinien, doit devenir plus qu'un hashtag sur Twitter.

Un obstacle au dialogue est le profil des leaders des communautés : côté musulmans, ils ont un gros déficit de légitimité et restent liés à l'islam consulaire, lié au pays d'origine, système avec lequel il faudrait en finir. Côté juif, les leaders sont très à droite et représentent plus Israël que les juifs de France. Cela importe le conflit israélo-palestinien en France. Il faut dépasser cela .

Le Monde.fr

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