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Etats-Unis: Donald Trump nomme le conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême

Donald Trump a annoncé, lundi 9 juillet, la nomination du magistrat Brett Kavanaugh à la Cour suprême des Etats-Unis. Le président des Etats-Unis ancre ainsi dans le conservatisme l'institution qui tranche les grands débats de la société américaine.
 

« J'ai l'honneur et le privilège d'annoncer que je nomme à la Cour suprême des Etats-Unis Brett Kavanaugh », un juge « aux références impeccables », a déclaré Donald Trump au terme d'un suspense savamment orchestré par la Maison Blanche.

Juge à la cour d'appel de Washington depuis une décennie, Brett Kavanaugh a aussi été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush. Il s'est dit « profondément honoré » d'avoir été choisi pour devenir le neuvième juge de la haute cour.

« Un juge doit être indépendant et doit interpréter la loi, et non pas faire la loi. Et un juge doit interpréter la Constitution telle qu’elle est écrite. », a-t-il assuré lors d'une courte allocution, en présence de M. Trump et devant ses parents, à qui il a rendu hommage.

Kavanaugh succède à Anthony Kennedy

Le juge Kavanaugh a commencé sa carrière dans la magistrature comme assistant d'Anthony Kennedy qui, fin juin, a créé la surprise en annonçant qu'il prenait sa retraite de la Cour suprême. Brett Kavanaugh en a d'ailleurs profité pour rendre hommage à son prédécesseur.

« Il y a trente ans, le président Reagan a nommé Anthony Kennedy à la Cour suprême. Le juge Kennedy a consacré sa carrière à défendre la liberté. Je suis profondément honoré d’être nominé pour occuper son siège. »

Près de trois décennies séparent les deux hommes et, s'il est confirmé par un vote du Sénat, Brett Kavanaugh deviendra à 53 ans l'un des plus jeunes sages de l'institution qui veille à la constitutionnalité des lois aux Etats-Unis.

Diplômé de la prestigieuse université Yale, il a notamment rassuré les républicains en se déclarant opposé à la loi Obamacare sur la couverture maladie universelle.

Récemment, il s’est aussi prononcé contre l’avortement d’une migrante et pour l’assouplissement des règles antipollution de l’industrie automobile, rappelle notre correspondant aux Etats-Unis, Eric de Salve. Donald Trump le qualifie de « juriste brillant, aux écrits clairs et ciselés. Un des esprits ludiques les plus fins et les plus aiguisés de notre époque », un avis que ne partage pas du tout les élus démocrates très remontés contre cette nomination.

Brett Kavanaugh s'est fait connaître dans les années 1990 lors de deux scandales de l'ère Bill Clinton.

Une Cour ancrée à droite

L’arrivée du nouveau magistrat ne change pas l’équilibre arithmétique à la Cour suprême, il y a toujours cinq juges républicains sur neuf. Mais cette nomination à vie fait encore glisser la Cour à droite car Brett Kavanaugh remplace un juge conservateur modéré qui votait parfois dans le même sens que les libéraux. Or les démocrates craignent que son remplacement soit beaucoup plus intransigeant.

« Il y a sans doute des changements de jurisprudence à prévoir mais il faut noter qu’ils ont déjà commencé depuis une dizaine d’années, tient à préciser le chercheur Corentin Sellin. Cette Cour suprême, même si elle a pu faire preuve de libéralisme sur les questions sociétales, sur beaucoup d’autres questions - le financement des campagnes électorales, le droit à porter des armes à feu - a déjà glissé vers une interprétation plus conservatrice et plus textuelle de la Constitution. »

Pour l'opposition, la principale inquiétude concerne un possible retour en arrière en matière de droit à l’avortement.

La confirmation de Brett Kavanaugh par le Sénat s’annonce donc houleuse. Chuck Schumer, le leader des sénateurs démocrates, appelle à faire un barrage contre sa nomination. La sénatrice de la Californie dit aussi craindre le pire : Kamala Harris le qualifie d’« idéologue conservateur et de menaces directes pour les droits de millions d’américains ».

REUTERS/Jim Bourg

Cour suprême: le choix déterminant de Trump pour l’avenir des Etats-Unis

Aux Etats-Unis, Donald Trump va dévoiler - en grande pompe - ce lundi 9 juillet, le nom du juge qu’il a choisi pour siéger à la Cour suprême. Une annonce très attendue.

Avec notre correspondant à New York, Grégoire Pourtier

Alors qu’un certain équilibre prévalait jusqu’à présent, le président américain a l’opportunité de donner une majorité conservatrice durable à cette puissante institution.

C’est en effet à la Cour suprême que revient régulièrement la responsabilité de trancher définitivement sur les grands débats de société, et le profil des candidats favoris pourrait remettre en cause certains acquis de ces dernières décennies, par exemple le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel.

Mais le juge nommé par Donald Trump devra ensuite être confirmé par le Sénat. Or la marge de manœuvre du locataire de la Maison Blanche y est réduite car la majorité des républicains n’est que d’un siège, et les élections de novembre pourraient renverser le rapport de force.

L’enjeu est de taille : un juge à la Cour suprême est l’un des héritages les plus conséquents laissé par un président.Alors que Trump ne cache pas qu’il va nommer, pour la deuxième fois, un ultraconservateur, le sénateur républicain Lindsey Graham dit regretter la polarisation de l’échiquier politique.

« Je n’ai jamais vu un tel dysfonctionnement. Aucun candidat choisi par Trump ne pourra obtenir beaucoup de voix démocrates s’il a le moindre penchant conservateur. Mais certains sénateurs démocrates seront peut-être obligés de le soutenir pour des raisons de politique locale. »

Le parti démocrate redoute en effet que certains soutiennent le choix de Trump, simplement pour ne pas s’aliéner leurs électeurs dans des Etats où le président est populaire.

Une stratégie individualiste lourde de conséquence, dénonce le sénateur Dick Durbin, qui agite donc le chiffon rouge : « Tous ces prétendants ont été présélectionnés par un groupe appelé la Société fédéraliste. C’est un lobby qui scrute chaque candidat pour s’assurer qu’il répond à tous les critères concernant la mise en œuvre de l’agenda politique le plus conservateur qu’il soit en Amérique. »

Quatre favoris

Le juge démissionnaire jouait régulièrement un rôle de pivot, le profil des quatre favoris à sa succession, très religieux voire traditionalistes, parfois adeptes d’une interprétation littérale de la Constitution, fera en effet clairement pencher la balance à droite. Et pour plusieurs décennies puisque le plus âgé d’entre eux a aujourd’hui 53 ans.

Trois magistrats tiennent ainsi la corde: Brett Kavanaugh, un ancien conseiller de George Bush fils ; Amy Coney Barrett, une juge réputée pour ses valeurs religieuses traditionalistes et Raymond Kethledge, défenseur d'une interprétation littérale de la Constitution. Mais le président pourrait créer la surprise en choisissant Thomas Hardiman, un farouche défenseur du port d'armes, considéré jusqu'à présent comme un outsider.

Cette nouvelle nomination découle du départ à la retraite inattendu du juge Anthony Kennedy. Ce sera la seconde depuis l'entrée en fonction du président qui avait déjà choisi un jeune conservateur, Neil Gorsuch, en 2017.

REUTERS/Leah Millis

Etats-Unis: acculé par les scandales, le ministre de l'Environnement démissionne

Emporté par une vague de scandales retentissants, le directeur de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) démissionne. Depuis sa nomination, Scott Pruitt, un climato-sceptique, a dépensé des sommes considérables pour assurer le confort de sa fonction aux frais du contribuable. Le président américain a annoncé sur Twitter avoir accepté sa démission.

Avec notre correspondante à Washington,  Anne Corpet

« Scott a réalisé un travail exceptionnel et je lui en serai toujours reconnaissant », écrit Donald Trump, sur Twitter comme d'habitude, sans faire mention de la série de scandales qui ont conduit le directeur de l’Agence de protection de l’environnement, arrivé avec lui en janvier 2017, à rendre son tablier.

« Les attaques implacables contre moi et ma famille sont sans précédent et ont eu un impact considérable sur nous tous », constate pour sa part Scott Pruitt dans sa lettre de démission. Le républicain était visé par une dizaine d’enquêtes. Sa position n’était plus tenable malgré la protection du président.

Depuis l'arrivée à la tête de l’Agence de protection de l’environnement du procureur général de l'Oklahoma, quasiment pas une semaine ne s’était écoulée sans qu’une nouvelle affaire ne survienne. Liens douteux avec les lobbyistes, train de vie somptueux, utilisation de fonds publics à des fins personnelles...

Probablement un autre climato-sceptique pour remplacer Scott Pruitt

La liste des scandales est interminable. Scott Pruitt a dépensé trois millions de dollars d'argent public pour assurer sa sécurité et le confort de sa fonction, avec parfois des choix étranges aux frais du contribuable. Par exemple l'installation d'une cabine téléphonique sécurisée dans ses bureaux pour 43 000 dollars.

Son bilan se résume en une ligne : détruire un maximum de réglementations instaurées sous l’administration Obama pour protéger l’environnement. Avant sa nomination, M. Pruitt était l'un des plus efficaces lobbyistes du secteur pétrolier, et l'un des plus farouches soutien du retrait de l'accord de Paris.

Son départ ne signifie pas que cette politique va cesser. Son adjoint, qui lui succède en attendant la nomination d'un nouvel administrateur, est aussi un ancien lobbyiste : il a longtemps représenté l'industrie du charbon dans la capitale fédérale, Washington. Et comme Scott Pruitt, c'est un climato-septique.

RFI

France: revivez l'entrée de Simone Veil au Panthéon

Décédée il y a un an à l’âge de 89 ans, le 30 juin 2017, Simone Veil a fait ce dimanche son entrée au Panthéon où elle repose désormais aux côtés de son mari Antoine Veil, intronisé en même temps qu'elle. Survivante de la Shoah, Simone Veil a marqué son époque pour avoir mené à bien la loi qui porte son nom pour la dépénalistaion de l’avortement avant de devenir la présidente du premier Parlement européen en 1979 puis de faire son entrée à l’Académie française en 2010. Elle avait témoigné de cette existence hors du commun dans son autobiographie sobrement intitulée « Une Vie ».

Élue à l’Académie française en 2010, elle était déjà « immortelle ». Son cercueil transféré aujourd’hui au Panthéon, un an et un jour après sa disparition, voilà désormais Simone Veil « éternelle ». C’est un destin à tous points de vue hors du commun pour une femme au parcours exemplaire qui fut d’abord et avant tout la survivante d’un drame à la fois collectif et personnel qui l’aura marquée pour une vie entière. Survivante de la Shoah, le génocide des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, Simone Jacob, son nom de jeune fille, avait été déportée en mars 1944 à l’âge de 16 ans au camp d’Auschwitz avec ses parents André et Yvonne et son frère Jean qui n’en sont pas revenus, et l'une de ses deux soeurs, Madeleine, surnommée Milou. Son autre soeur, Denise, sera arrêtée par la Gestapo et déportée en juillet de la même année au camp de Ravensbrück.

Réchappée de justesse de l’Holocauste, elle avait rencontré Antoine, son futur mari, en février 1946 à Sciences Po alors qu’elle n’avait que dix-huit ans et lui dix-neuf. Le coup de foudre avait été mutuel entre les deux jeunes gens qui s'étaient mariés huit mois plus tard. Couple qualifié de fusionnel par tous leurs proches, Simone et Antoine, mariés durant 67 ans, vont continuer à reposer ensemble mais sous la coupole du Panthéon. C’est un petit clin d’œil de l’Histoire en direction de celle qui avait milité auprès du président François Mitterrand pour que les femmes, à l’égal des hommes, soient célébrées dans ce monument à la gloire des plus grands Français, situé en plein cœur de Paris, dans le Vearrondissement.

Une femme déterminée

Simone Veil dans les années 1950, une beauté magnétique.© MPP

« Ses yeux pers dans un visage éclatant réfléchissaient le vécu d'une tragédie indélébile », avait écrit à son propos Antoine Veil, lequel avait pour sa part échappé à la déportation, contrairement à sa sœur. Leur vie conjugale s’était d’abord construite autour de sa carrière à lui, jeune énarque vite engagé comme conseiller d'ambassade. Simone Veil l'avait ainsi accompagné à la fin des années 1940 à Wiesbaden puis à Stuttgart où il avait été nommé. À des proches qui s'en étaient indignés, elle avait expliqué qu'il fallait « distinguer les nazis des Allemands dans leur ensemble », une attitude lucide mais témoignant aussi d’une grandeur d’âme particulière. Durant les premières années de la vie du couple, c’est donc le mari qui tient le haut de l'affiche. Peu enclin à pousser sa femme à travailler, Antoine Veil voit d’ailleurs d'un mauvais œil le souhait de Simone de devenir avocate.

À (re)lire : Simone Veil, une combattante éternelle (juin 2017)

Simone Veil sur l'avortement 01/07/2018 - par Archives RFI Écouter

Se souvenant que son père avait empêché sa mère de poursuivre ses études après son mariage, Simone Veil décide quand même de devenir magistrate, preuve d’une détermination qui fera toujours sa force. Auparavant, elle a déjà donné naissance à trois fils (Jean en 1947, Claude-Nicolas en 1948, décédé en 2002, et Pierre-François en 1954). À la Chancellerie, sa capacité de travail ne passe pas inaperçue et elle devient, en 1970, la première femme désignée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. C’est là que Jacques Chirac la repère. Nommé Premier ministre en 1974, il la propulse ministre de la Santé. C’est une première pour une femme, une voie de pionnière qu’elle poursuivra en devenant, en 1979, la présidente du premier Parlement européen puis, en 1993, la première femme ministre d'État en France et, dans la dernière partie de sa vie, seulement la sixième femme à être admise à l'Académie française, en 2010.

C’est son combat pour faire adopter en 1975 la loi sur l'interruption volontaire de grossesse - contre une partie de la droite, son propre camp - qui l'avait fait connaître du grand public. Elle était devenue un peu plus tard la personnalité politique la plus populaire du pays. Passé au second plan dans le couple, Antoine Veil eut l’intelligence et l’humilité d’accompagner la carrière de son épouse sans en concevoir ni jalousie ni aigreur. Remisant ses ambitions de jouer un rôle en politique, il aura privilégié les affaires, enchaînant les hauts postes : directeur général de la compagnie aérienne UTA, président du comité stratégique du groupe Bolloré, PDG de Manurhin, de Matra transport, d'Orlyval, administrateur d'Havas.

« Je pense avoir su l'écouter et avoir su la lire entre les lignes. Mais les déportés parlent surtout entre eux », a dit celui qui fut aussi conseiller régional centriste d'Ile-de-France, et conseiller municipal de Paris. En 2010, après une visite au camp d'Auschwitz-Birkenau, où elle avait été déportée, Simone Veil avait dit de son inséparable « Tony », qui tenait à voir ce camp avant leur mort : « Il vit beaucoup plus pour moi que je ne vis pour lui » .Grand Officier de la Légion d'honneur et Commandeur de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, Antoine Veil est décédé en avril 2013.

L’hommage de la nation

Simone Veil avec Jacques Chirac, lors de son entrée à l'Académie Française.Foto: Reuters/Charles Platiau

Vendredi et samedi, les cercueils de Simone et Antoine Veil avaient été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah à Paris – mémorial dont Simone Veil était l’un des membres fondateur avant d’en être, de 2001 à 2007, la présidente. Pour la journée d’intronisation de dimanche, l'Elysée et le Centre des monuments nationaux ont mis en scène une cérémonie solennelle forte en symboles. Depuis un an, partout en France, un grand travail a été fourni sur la mémoire de Simone Veil, notamment dans les classes mais aussi à l'occasion d'inaugurations de rues ou de places à son nom, notamment à Paris où la station de métro Europe et la place de l’Europe, dans le 17e arrondissement, ont été rebaptisées du nom de la grande dame.

À (ré)écouter : L'hommage national à Simone Veil (juillet 2017)

L'hommage à Simone Veil au Mémorial de la Shoah 01/07/2018 - par Laurence Théault Écouter

Ce dimanche matin, le cortège funèbre a traversé la Seine et le Quartier latin, puis les cercueils ont remonté la rue Soufflot jusqu'au Panthéon sur une moquette bleue, « couleur de la paix, de l'ONU et bien sûr de l'Europe », a précisé l'Elysée. La cérémonie du Panthéon en elle-même a rassemblé un millier d'invités, dont les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande ainsi que les membres du gouvernement et de nombreux élus. L'Elysée avait annoncé dès vendredi 29 juin que le président en exercice Emmanuel Macron prononcerait un discours sur « cette figure contemporaine qui a mené ses combats avec un temps d'avance » et n'a cessé d'agir « dans un esprit de réconciliation ».

La famille entre honneur et déchirement

Les portrait de Simone Veil et son mari Antoine Veil au Panthéon, à Paris.REUTERS/Benoit Tessier

L'entrée de sa mère au Panthéon est « un immense honneur », a reconnu Pierre-François Veil, son second fils encore vivant, à Madame Figaro. Mais c'est aussi «  un second arrachement » parce que « nous devons désormais partager notre mère » et que « le Panthéon et sa crypte n'incitent guère à la conversation intime ». A l'Elysée, on s’est dit conscient que, pour leurs descendants, « l'annonce de la panthéonisation a rendu leur deuil impossible », avec « l'étrange déchirement entre la fierté de voir leurs parents entrer au Panthéon et une forme de douleur de les voir exhumés, transférés, réinhumés... ».

L’an dernier, lors de l'hommage national aux Invalides, Emmanuel Macron avait déjà salué les « combats du siècle » dernier menés par Simone Veil. Notamment sa « bataille pour que cessent les conditions sordides et meurtrières dans lesquelles se déroulaient les avortements » lorsque, ministre de la Santé de Valéry Giscard d'Estaing, elle avait porté en 1974 la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). La cérémonie de dimanche a commencé comme prévu à 11H00 précises (9H00TU) au son d’un violoncelle sur le parvis du Panthéon et sous le chaud soleil de ce début de juillet.

Portés chacun par six gardes républicains, les deux cercueils de Simone et Antoine Veil sont arrivés sur le tapis bleu couleur Europe. Ensuite, un texte témoignage préenregistré de Simone Veil a été diffusé dans les hauts-parleurs, texte dans lequel elle a parlé de ses parents morts en déportation. Puis les porteurs des cercueils se sont avancés le long de la rue Soufflot, accompagnés d'applaudissements pleins de retenue des spectateurs massés de part et d'autre de l'artère qui mène à la place du Panthéon.

« Merci Simone »

Les deux cercueils place Edmond Rostand avant leur arrivée rue Soufflot.REUTERS/Pascal Rossignol

Sur le parcours, plusieurs femmes portaient des t-shirts barrés d'un « Merci Simone ». « Elle a brisé tous les plafonds de verre, celui de la place des femmes dans la société, mais aussi celui de l'extermination des juifs: c'était un tabou qu'elle a brisé », a expliqué à l'Agence France-Presse Bernard Greensfeld, un badaud, devant le Mémorial. « Elle n'entre pas au Panthéon en tant que victime de la Shoah, mais comme quelqu'un qui a vaincu cette horreur. Et c'est pour ça qu'elle est dans le cœur des gens », a-t-il encore estimé.« Simone Veil est d'abord pour moi l'héroïne du XXe siècle », avait pour sa part déclaré l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy au Journal Du Dimanche. « Elle ne cédait pas sur ses valeurs. Elle pouvait tolérer des désaccords, mais elle ne supportait ni la lâcheté, ni l'hypocrisie, ni le mensonge ».

Seulement la cinquième femme au Panthéon

Pendant le discours d'Emmanuel Macron sur le parvis.Ludovic Marin/Pool via Reuters

Le président Emmanuel Macron a prononcé un discours de 25 mn durant lequel il a rendu hommage aux combats de Simone Veil. « La France aimait Simone Veil » a-t-il appuyé. Il a rappelé que la décision de la transférer avec son mari au Panthéon « ne fut pas seulement la (sienne), ce ne fut pas non plus celle de sa famille qui cependant y consentit, cette décision fut celle de tous les Français ».

« C'est intensément, tacitement, ce que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient (...) Avec Simone Veil, entrent ici ces femmes qui ont fait la France sans que la Nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due », a ajouté le chef de l'État. Il a également rendu hommage à Yvonne Jacob, née Steinmetz, la mère tant aimée de Simone Veil, morte du typhus quelques jours avant la libération du camp où elle avait été déportée. Puis à Antoine Veil « son chevalier servant », ce « haut fonctionnaire doué pour la vie ».

Je suis une enfant de la guerre, j'ai vécu l'antisémitisme
Jeanine Rekzanec, une dame âgée venu assister à la cérémonie 01/07/2018 - par María Carolina Piña Écouter

À l’issue du discours, La Marseillaise interprétée par la chanteuse lyrique Barbara Hendricks accompagnée par le chœur de l’Armée française a retentit sur le parvis. Puis a été observée une minute de silence durant laquelle a été diffusé le son du « silence » du camp d’Auschwitz Birkenau, où a été internée Simone Veil, moment enregistré sur place en Pologne, le 17 juin dernier à l'aube, par le réalisateur David Teboul. Les deux cercueils recouverts du drapeau français sont entrés par le portail monumental du Panthéon en présence du président et de son épouse Brigitte, des deux fils encore vivants du couple Veil et de leurs descendants, au son d'un solo de violoncelle de la suite numéro 5 de Jean Sébastien Bach. Cette entrée a été applaudie par le millier d'invités et les nombreux anonymes qui avaient suivi la cérémonie autour du Panthéon.

Qu'il n'y ait aucune femme au Panthéon, c'est nier ce que dans le passé les femmes ont apporté à la patrie
Réécoutez l'Édition spéciale de dimanche diffusée sur RFI 01/07/2018 - par RFI Écouter

Simone Veil reposera à partir de lundi avec son époux dans le sixième caveau de la crypte aux côtés de Jean Moulin, André Malraux, René Cassin et Jean Monnet, « quatre grands personnages de notre Histoire », qui « furent comme elle des maîtres d'espérance », selon Emmanuel Macron. Avec elle, c'est aussi le martyr juif de la Seconde Guerre mondiale qui fait, pour la première fois, son entrée sous la coupole du monument. Simone Veil est par ailleus seulement la cinquième femme à être inhumée au Panthéon après Simone Berthelot, Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillon. Le monument sera exceptionnellement ouvert gratuitement au public jusqu'au 8 juillet.

Simone Veil en 13 dates
  • 13 juillet 1927: naissance à Nice (Alpes-Maritimes) de Simone Jacob, benjamine d'une famille de quatre enfants.
  • mars 1944: déportée à Auschwitz avec sa soeur Madeleine (Milou) et sa mère. Cette dernière y mourra. Les trois soeurs Jacob retrouveront la liberté en 1945.
  • 1946: mariage avec Antoine Veil, futur inspecteur des finances.
  • 1970: première femme à devenir secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
  • 1974-1978: ministre de la Santé (gouvernements Chirac et Barre).
  • 17 janvier 1975: promulgation de la «loi Veil» autorisant l'avortement en France, après des débats houleux
  • 1979-1982: présidente du Parlement européen.
  • 1993-1995: ministre d'Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville (gouvernement Balladur)
  • 1998-2007: membre du Conseil constitutionnel.
  • 2000-2007: présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Elle en restera présidente d'honneur
  • 2008: élue à l'Académie française.
  • avril 2013: mort de son mari, Antoine.
  • 30 juin 2017: décès.
  • François Guillot/AFP

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