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La sexualité dans l'univers arabe- Kamel Daoud nous éclaire et nous oblige à nous repenser et à panser nos cultures

Mai 24, 2019
La sexualité dans l'univers arabe- Kamel Daoud nous éclaire et nous oblige à nous repenser et à panser nos cultures

 


L'écrivain algérien Kamel Daoud contre-attaque


Dissident courageux pour les uns, traître à sa communauté pour les autres, l'écrivain algérien persiste à dénoncer « la folie qui lie l'islamiste au corps de la femme », et participe le 7 octobre au Monde Festival.
Par Virginie Larousse Publié le 01 octobre 2018 à 09h15 - Mis à jour le 01 octobre 2018 à 09h15


L'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud pose à Paris, le 14 avril 2016, après avoir reçu le prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l'année. JOËL SAGET / AFP
« L'Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. (...) Le sexe est la plus grande misère du "monde d'Allah" », écrivait Kamel Daoud dans Le Monde du 5 février 2016, au lendemain des agressions sexuelles qui s'étaient déroulées à Cologne, le soir de la Saint-Sylvestre, impliquant de jeunes migrants.
En pleine crise des réfugiés, les propos de l'écrivain, Prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), avaient déchaîné les réactions indignées d'un collectif d'universitaires français – entre autres – qui l'avaient taxé d'islamophobie.


L'affaire avait débordé bien au-delà des milieux intellectuels, entraînant des passes d'armes d'une rare violence entre les pro et les anti-Daoud, et qui ont fini par pousser l'écrivain algérien à annoncer, quelques semaines plus tard, qu'il renonçait au journalisme pour se consacrer à la fiction.


Rendez-vous au Monde Festival : L'islam doit-il faire sa révolution sexuelle ?


Le texte et le sexe


Mais Daoud – qui, de son propre aveu, se nourrit « de l'adversité » – ne s'est pas tu bien longtemps. Lui qui a pour « [sa] terre l'affection du désenchanté. Un amour secret et fort. Une passion » n'a pu se résoudre au retrait. Le journaliste a repris la plume, dénonçant tous azimuts les dictatures arabes, la montée de l'islamisme, « les scandalisés de la vertu », « la folie qui lie l'islamiste au corps de la femme », au mépris de la fatwa de condamnation à mort émise contre lui par un imam salafiste en 2014. Son nouveau livre, Le Peintre dévorant la femme (Stock, 140 p., 17 euros), est d'ailleurs consacré au corps féminin.
Dans cet essai écrit après avoir passé une nuit au Musée Picasso, à Paris, l'auteur confronte deux visions antinomiques. La vision du peintre espagnol, pour qui « la femme est une dévoration, un corps entier que l'on ne peut saisir que dans l'étreinte, l'immédiateté érotique, le désir, la dévoration cannibale ». Et celle du djihadiste, pour qui la femme érotisée est « une anticipation scandaleuse de la femme rêvée dans le paradis, pour après la mort ».


« Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »


Aux yeux du peintre, « il s'agit de mourir de désir » ; dans l'optique du combattant de l'organisation Etat islamique, « il s'agit de faire mourir le désir ou de mourir pour pouvoir le combler » en compagnie des houris, ces vierges censées attendre les martyrs de la foi au paradis. Et Daoud de s'insurger contre ce rapport « monstrueux et pathologique » au corps féminin, et contre l'hypocrisie des terroristes qui tuent les mécréants au motif qu'ils boivent du vin et forniquent, tout en espérant gagner le paradis d'Allah, où ces djihadistes feront de même...
Lire aussi Kamel Daoud : « L'orgasme n'est pas un complot occidental »
De fait, la sexualité occupe une place éminente dans sa réflexion. A ceux qui y voient un sujet racoleur ou anecdotique, Daoud souligne au contraire le caractère « essentiel » de cette question. « Quand on réfléchit à ce qui se passe dans le monde "arabe" ou musulman, analyse-t-il, on en revient toujours à la question du texte et du sexe, à la représentation de la femme. Si nous avons un lien pathologique avec l'être aimé, cela signifie que nous avons un lien pathologique avec l'altérité, avec les différences, avec le reste du monde. (...) Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »
Certains diront que l'auteur de Zabor ou les psaumes (Actes Sud, 2017) « essentialise » l'islam et le monde arabe. Une accusation qui l'irrite d'autant qu'il ne réserve pas ses critiques au seul monde arabe. Il ne nie pas que l'Occident a lui aussi un rapport biaisé à la sexualité et aux femmes, et se montre solidaire du mouvement #metoo. En pointant un paradoxe : alors que, de l'autre côté de la Méditerranée, le corps de la femme est voilé, la femme occidentale est, elle, « voilée par son corps », « chosifiée ».


Un lien entre misère sexuelle et radicalisme religieux


Mais l'enjeu est d'autant plus important dans le monde arabe que le chroniqueur au Quotidien d'Oran et au Point voit un lien direct entre la misère sexuelle et la montée du radicalisme religieux, qui fonctionnent comme des vases communicants. « Lorsqu'il faut mourir pour rencontrer la femme au paradis, que l'on est contraint de mettre en sursis son propre désir, l'équation est très simple. Je ne pense pas qu'un homme qui a été aimé à 14 ans se fasse kamikaze à 16 ans. »


«L'orgasme n'est pas une traîtrise, il n'est pas un concept de l'Occident, c'est un droit universel.»


A 48 ans, l'écrivain sait d'autant mieux de quoi il parle qu'il a lui-même été attiré, dans sa jeunesse, par l'islamisme, avant de s'en détourner pour « vivre librement ». Quitte à sacrifier au confort, si l'on peut dire, d'une vie entièrement régie par les règles religieuses. « Je veux croire qu'il y a plus de dignité à vivre cette angoisse existentielle qu'à vivre le confort de la soumission. »


Et de fait, son existence n'est pas des plus confortables.

Il vit à Oran en semi-clandestinité. Incarnant tantôt la figure du dissident courageux, tantôt celle du traître à sa communauté, l'écrivain continue de tenir tête aux cheikhs qui se permettent de légiférer sur le corps des autres – et en premier lieu sur celui des femmes. Il réclame le droit pour chacun et chacune de disposer de son corps, et ce qu'il nomme le « droit à l'orgasme. (...) L'orgasme n'est pas une traîtrise, il n'est pas un concept de l'Occident, c'est un droit universel ».


https://www.lemonde.fr/festival/article/2018/10/01/l-ecrivain-algerien-kamel-daoud-contre-attaque_5362607_4415198.html

La misère sexuelle du monde arabe (Add) Par Marie Bethanie fermés


Depuis quelques jours, les médias répètent en choeur que les séries de viols en Allemagne et ailleurs en Europe ne sont pas le fait des seuls migrants syriens (ils seraient même très minoritaires), mais plutôt de demandeurs d'asile en provenance de pays du Maghreb, Tunisie, Maroc et Algérie, sans jamais mettre en avant le dénominateur commun entre la quasi totalité de ces agresseurs sexuels, qui est la pratique de l'islam.
Kamel Daoud, chroniqueur au Quotidien d'Oran, et auteur de "Meursault, contre-enquête", rebondit sur ces évènements récents et n'hésite pas à mettre le doigt sur ce qui fait si mal aux médias occidentaux : le monde arabe est malade de l'islam et de son rapport pathologique avec la femme :


"[L]'une des grandes misères d'une bonne partie du monde dit "arabe", et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants.
Le sexe est un tabou complexe. Dans des pays comme l'Algérie, la Tunisie, la Syrie ou le Yémen, il est le produit de la culture patriarcale du conservatisme ambiant, des nouveaux codes rigoristes des islamistes et des puritanismes discrets des divers socialismes de la région. Un bon mélange pour bloquer le désir, le culpabiliser et le pousser aux marges et à la clandestinité. On est très loin de la délicieuse licence des écrits de l'âge d'or musulman, comme "Le Jardin Parfumé" de Cheikh Nefzaoui, qui traitaient sans complexe d'érotisme et du Kamasutra.
Aujourd'hui le sexe est un énorme paradoxe dans de nombreux pays arabes :

On fait comme s'il n'existait pas, mais il conditionne tous les non-dits. Nié, il pèse par son occultation. La femme a beau être voilée, elle est au centre de tous nos liens, tous nos échanges, toutes nos préoccupations.


La femme revient dans les discours quotidiens comme enjeu de virilité, d'honneur et de valeurs familiales. Dans certains pays, elle n'a accès à l'espace public que quand elle abdique son corps. La dévoiler serait dévoiler l'envie que l'islamiste, le conservateur et le jeune désoeuvré ressentent et veulent nier. Perçue comme source de déséquilibre — jupe courte, risque de séisme — elle n'est respectée que lorsque définie dans un rapport de propriété, comme épouse de X ou fille de Y.


Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n'a pas d'issue ; le couple n'est plus un espace d'intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l'absurde ou l'hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d'amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens.


Dans certaines terres d'Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d'inquisition. L'été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d'imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d'amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d'empêcher qu'on ne s'y assoit côte à côte.


Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l'impudeur et la luxure de l'Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges.[...]
L'Occident s'est longtemps conforté dans l'exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L'Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s'interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd'hui, avec les derniers flux d'immigrés du Moyen-Orient et d'Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe.


Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d'une confrontation culturelle sur le sol même de l'Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l'agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres."


Pour approfondir le thème, cet article de Dreuz Info


Add : Un musulman (article en anglais) répond à Kamel Daoud en répliquant que l'Occident aussi a un rapport pathologique à la femme, en en faisant un objet, à travers la publicité, le féminisme, la mode "sexy" depuis le plus jeune âge, la pornographie, la séparation volontaire entre sexualité et maternité, le divorce, l'hypersexualisation de la société jusque dans les écoles. Il n'a pas tort globalement, même s'il ne voit pas que ce qui est un dérèglement dans nos sociétés occidentales appartient à la structure même de l'islam, et que ce qui est une excroissance, une maladie chez nous (une maladie, on peut en guérir), l'islam ne s'en guérira pas faute de ne plus être l'islam. Chez nous c'est un virus, dans l'islam c'est génétique
Autre

Kamel Daoud lauréat du prix de la Revue des Deux Mondes 2019
Heulard Mégane - 23.05.2019
Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Kamel Daoud - prix de la Revue des Deux Mondes - Stock

Kamel Daoud remporte le prix de la Revue des Deux Mondes pour son ouvrage Le peintre dévorant la femme, paru chez Stock. Un titre influencé par l'exposition « Picasso 1932, année érotique », qui explore la vision du corps, entre érotisme et art, entre Orient et Occident.

Créé en 2008, le prix de la Revue des Deux Mondes distingue, chaque année, un ouvrage en langue française paru dans l'année. Il récompense un essai reconnu pour ses qualités littéraires, pour la pertinence de son sujet dans le débat d'idées contemporain et pour le regard qu'il porte sur la relation du passé au présent.

Kamel Daoud est écrivain algérien, journaliste, chroniqueur au Quotidien d'Oran et à l'hebdomadaire Le Point. Il est cette année titulaire de la nouvelle chaire d'écrivains en résidence de Sciences Po, où il participe pendant six mois à des discussions sur la création littéraire.

Kamel Daoud, écrivain au carrefour de deux civilisations, a été salué par le jury, présidé par Valérie Toranian, à la fois pour ses réflexions philosophiques et poétiques. Ainsi qu'à son engagement pour la vérité et la liberté, et ses combats contre le fondamentalisme et les idéologies. Kamel Daoud a d'ailleurs été victime d'une fatwa en 2014, après avoir critiqué le rapport des musulmans à la religion.

Il est notamment l'auteur de Meursault contre-enquête, pour lequel il a reçu le prix Goncourt du premier roman et le prix François Mauriac. Mais également pour son œuvre, Zabor ou les Psaumes, qui a été maintes fois récompensé : par le prix Méditerranée, le prix des cinq continents de la francophonie, le prix Jean-Luc Lagardère du Journaliste de l'année et le prix mondial Cino Del Duca pour l'ensemble de son œuvre.

Un résumé de l'ouvrage lauréat, Le peintre dévorant la femme :

Je suis un "Arabe" invité à passer une nuit dans le musée Picasso à Paris, un octobre au ciel mauvais pour le Méditerranéen que je suis. Une nuit, seul, en enfant gâté mais en témoin d'une confrontation possible, désirée, concoctée. J'appréhendais l'ennui cependant, ou l'impuissance.
Pour comprendre Picasso, il faut être un enfant du vers, pas du verset. Venir de cette culture-là, sous la pierre de ce palais du sel, dans ce musée, pas d'une autre. Pourtant la nuit fut pleine de révélations : sur le meurtre qui peut être au coeur de l'amour, sur ce cannibalisme passionné auquel l'orgasme sursoit, sur les miens face à l'image et le temps, sur l'attentat absolu, sur Picasso et son désespoir érotique.

Rappelons que l'année dernière c'est Stephen Smith qui avait remporté ce prix, pour son titre La Ruée vers l'Europe — la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent publié chez Grasset.

Kamel Daoud — Le peintre dévorant la femme — Stock — 9782234083738
https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/kamel-daoud-laureat-du-prix-de-la-revue-des-deux-mondes-2019/94940

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