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Salif KEITA l'albinos à la voix d'or a fait vibrer une communauté plurielle à Garges le 16 avril 2019 dans le cadre du 36 ème festival des banlieues blues.

Avr 17, 2019
Salif KEITA l'albinos à la voix d'or a fait vibrer une communauté plurielle à Garges le 16 avril 2019 dans le cadre du 36 ème festival des banlieues blues.

 

« J'ai voulu vous donner un aperçu général de cet homme atypique qui fête ses 70 ans dont 50 de musique au son de la différence : il invite au respect de la différence et assume ce qu'il est... »
Merci à Mariam MAIGA de l'association «les albinos de Hema NAYELE BANFORA-AHB » elle nous apprend que nos différences font la beauté. Si vous voulez les aider n'hésitez pas : « Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. albinayele.org Mairie de Compiègne 60200 Compiègne.

Traduction de Mandjou

Paroles en Anglais
Mandjou

Traduction en Français
Mandjou
Mandjou oh! i kana kasi

Mandjou, ne pleure pas
Alifa Touré dén kana kasi

Fils d'alifa Touré ne pleure pas
Mandjou oh!i kana kasi

Mandjou, ne pleure pas
Aminata Fadiga dén kana kasi

Fils d'Aminata Fadiga, ne pleure pas
Mandjou oh! i kana kasi

Mandjou, ne pleure pas
Minata Cini faa kana kasi

Mari d'Andrée Touré, ne pleure pas
Alatana bali kô tè kasi kuma masé Mandjou

Mandjou, ne pleure pas
Ala Mandjou jo sanu joyé

Père d4anrée Madou, ne pleure pas
Mandjou oh! i kana kasi

Mon espoir est avec toi
Alifa Touré dén kana kasi

Le temps de pleurer n'est pas encore venu, Mandjou
Mandjou oh! i kana kasi

Qu'Allah récompense Mandjou avec de l'or
Minata Cini faa kana kasi

Mandjou, ne pleure pas
Alatana bali kô tè kasi kuma masé Mandjou

Fils d'alifa Touré ne pleure pas
Allah Mandjou jo sanu joyé

Mandjou, ne pleure pas
Mandjou, faa tigui bè fako wasola

Père de la petite Aminata Touré, ne pleure pas
Mandjou, famaa allah yo kiyé

Tout le monde croit en toi
Mandjou, dén tigui bè dén ko wasola lolon

Le temps de pleurer n'est pas encore venu, Mandjou
Fama allah yo kigné

Qu'Allah récompense Mandjou avec de l'or
Mandjou tignè tigui yé tignè ko wasola

Mandjou, la paternité est une source de fierté
Mandjou, famaa allah yo kigné

Le Puissant Allah l'a fait pour toi
Mandjou, dén tigui bè dén ko wasola lolon

Mandjou, avoir des enfants est une source de fierté
Fama allah yo kigné

Le Puissant Allah l'a fait pour toi
Mandjou oh! i kana kasi

Mandjou, la vérité est source de fierté
Alifa Touré dén kana kasi

Mandjou, ne pleure pas
Mandjou oh!i kana kasi

Fils d'Alifa Touré, ne pleure pas
Aminata Fadiga dén kana kasi

Père d'Andrée Madou, ne pleure pas
Si fin na sagna magni nfaa kasi kuma masé

La mort d'une jeune personne n'est pas bien mon père
Mandjou, allah Madjou jo sanu jo yé.

Le temps de pleurer n'est pas encore venu Mandjou

Qu'Allah récompense Mandjou avec de l'or.


Hier à Garges salif keita 70 ans a ravi son public, des mères avec enfants (le lendemain jour sans classe mercredi), des européens, des âges différents, des personnes atteintes d'albinisme, etc. Il y avait du beau monde.


Et voici que le grand Salif entre en scène vêtu de noir hausse les épaules, jette un regard dans la salle et se lance tel un lion dans l'arène, les keita sont des djatos, des lions. Il n'était pas destiné à faire de la musique par son rang princier. Mais le talent se moque du rang et la liberté nous indique quelquefois la voie et Salif a suivi et a réussi. Il fait partie avec Manu Dibanango, Mory Kanté, les frères Touré, etc les premiers à faire entendre les voix africaines. Pendant 2 heures Salif n'a cessé de nous faire du bien. Il a entrecoupé ses morceaux d'idées fortes en parlant de la charte du mandé ou la démocratie était à l'ordre du jour et chacun avait sa place dans un ordre qui facilitait la vie bonne et tous ensemble. A la fin Salif reçoit des personnes atteintes d'albinisme et à chacun il laisse un mot d'encouragement et promet de faire ou de passer lors de manifestations. Notre jeune albinos Moussa 1,82 m et Mariam Maiga ont pu le saluer dans sa loge. On a attendu le morceau emblématique Mandjou en l'honneur de Sékou TOURE en vain mais tout était parfait et j'en étais fort bien.

C'est l'occasion de dire merci à ses gens rencontrés lors de ce concert Claver Zyti grand musicien albinos qui sera bien connu les prochains jours ;Moussa, Fatoumata DONZO qui est venue de Clermont et Mélanie de Créteil, et tant d'autres.


« Après une vie de tribulations du fait de sa différence, Salif célèbre enfin ce qu'il est, "Un autre Blanc", et invite le monde à célébrer la Différence avec lui.

Rail-Band du Buffet-Hôtel de la Gare, Ambassadeurs du Motel de Bamako, Ambassadeurs internationaux et dernièrement, Les Nouveaux Ambassadeurs! Autant de formations musicales exceptionnelles qui ont permis à Salif Keïta de gravir les marches raides de la célébrité mondiale et dont les noms évoquent quête, mobilité et voyage. Ils expriment aussi le désir ardent qui a animé très tôt Salif Keïta, le Blanc à l'âme profondément négro-africaine, de s'éloigner d'une société qui lui refusait ses droits d'homme à part entière. Les noms de ces groupes traduisent aussi, comble du paradoxe, la fierté sans compromis de l'artiste, d'appartenir à ce Mali mythique et à son Mandé natal, terres dont il s'est chargé d'illustrer les belles valeurs d'humanisme aux quatre coins du monde.


Mais peut-on vraiment parler du poète Salif Keïta sans emprunter ses propres mots? Ainsi, d'un studio parisien en 1986, il s'écriait:

Sina, O Sina, i den to tò le jamanakè do"/ "Oh, Sina, ton fils se perd sur les sentiers du monde." Mais cinq ans plus plus tard, force était de constater que non seulement l'enfant de Sina le maître-chasseur et de la douce Nassira Keita ne s'était pas égaré, mais qu'il rassurait même son maître de sentier par ces mots: "Eh, Karamoko, taama diyara"/Ô Maitre, mes pérégrinations ont porté fruits."

Un autre blanc


Salif Keita est notre invité du jour, son dernier album Un autre blanc sorti à l'automne dernier continue de prolonger la lutte pour les albinos. Pour ce septuagénaire qu'on appelle "La Voix d'or de l'Afrique" après près de 50 ans de carrière musicale et plusieurs distinctions nationales, il est temps de profiter d'un repos bien mérité. D'origine malienne, le poète est parti très jeune de son village de Djoliba, un des premiers villages reconstruit par l'USAID américaine après l'indépendance du Mali le 20 juin 1960. Depuis il a sillonné le monde en se plaçant, selon ses dires, sur l'arbre le plus haut, celui de la connaissance.
Salif Keita
© RFI Musique


"Voix d'or de l'Afrique", "Caruso africain", les surnoms ne manquent pas pour qualifier la beauté de cette voix unique. Salif Keita est un artiste généreux dont le parcours est marqué par un remarquable mélange des genres musicaux qui séduit les publics du monde entier. Sans jamais perdre de vue ses racines les plus profondes, ce prince mandingue n'a de cesse de construire un pont entre l'Afrique et le reste du monde, mais aussi entre les différentes cultures africaines.


Biographie:


Le 25 août 1949 naît Salifou Keita à Djoliba, au Mali, village au bord du fleuve Niger. Mais dans cette région au cœur de l'Empire mandingue qui réunit plusieurs peuples et langues (Bambara, Malinké, Soninké...), la naissance de ce bébé albinos, noir à la peau blanche, fait scandale. On lui attribue de dangereux pouvoirs, d'autant que sa famille descend en ligne directe du fondateur de l'Empire au XIIIe siècle. Le père de Salif renvoie alors le bébé et sa mère. Mais, les prédictions optimistes d'un chef religieux le font changer d'avis.
Son enfance est solitaire. Sa couleur de peau provoque souvent railleries et rejet de la part des autres enfants. Son père lui-même ne lui adresse pas la parole pendant des années. Il se réfugie dans les études pour lesquelles il excelle. En outre, il est fasciné par la musique et apprend le chant en écoutant les griots, sorte de poètes chanteurs, de conteurs qui récitent les épopées familiales et royales et transmettent ainsi la tradition orale de génération en génération. C'est aussi dans les champs que l'enfant se forge cette voix singulière. Son père, agriculteur, l'y envoie régulièrement, et pour éloigner singes et oiseaux pilleurs de maïs, le jeune Salif passe ses journées à crier et à vociférer.


Salif et Kanté


Le souhait de Salif est de devenir instituteur, mais il est déclaré inapte en raison d'une mauvaise vue due à son albinisme. Il décide alors de devenir musicien. Mais, issu d'une famille de princes, ce choix est très mal vécu par son entourage qui tente de l'en dissuader. En effet, pratiquer la musique et chanter est exclusivement réservé aux griots, caste de musiciens de père en fils. En faisant un tel choix, Salif enfreint des règles ancestrales. Il quitte alors sa famille en 1968 et part vivre seul dans les rues de Bamako, capitale du pays. Il chante ça et là dans les cafés et sur les marchés, et déjà sa voix exceptionnelle, haute et puissante, ne laisse pas indifférent ceux qui l'entendent.


Un saxophoniste, Tidiane Koné, remarque le jeune homme et sa voix singulière. Il lui propose d'intégrer son groupe, le Rail Band de Bamako, qui anime l'hôtel-restaurant de la gare de la ville. Chaque hôtel a alors son propre orchestre pour animer les soirées. Grâce à Salif Keita, celui de la gare obtient un énorme succès. Il en devient le chanteur-vedette et son répertoire est essentiellement constitué d'airs traditionnels, mais interprétés et joués de façon moderne.


En 1973, il quitte le Rail Band pour les Ambassadeurs, un autre orchestre du même type. À son départ, il est remplacé au chant par un jeune guinéen, déjà membre du groupe depuis 1971, Mory Kante. L'orchestre, mené par le guitariste et chanteur Kante Manfila comprend des musiciens nigériens, maliens et sénégalais. Le nouvel hôtel, le Bamako Motel, est fréquenté par un public plus international. Le répertoire s'en ressent et navigue entre chansons africaines, anglo-saxonnes, françaises et afro-cubaines, courant alors très en vogue en Afrique. Les Ambassadeurs tournent dans toute l'Afrique de l'Ouest avec succès. Salif Keita et Kante Manfila s'installent alors à Abidjan, capitale de la Côte d'Ivoire, ville musicalement plus active et techniquement mieux équipée. Le groupe se renomme alors les Ambassadeurs Internationaux.
C'est là qu'en 1978, Salif Keita enregistre avec son groupe l'album, "Mandjou". Le disque est un succès énorme dû en large partie à la chanson du même nom qui devient un must de la musique africaine. Dans ce titre essentiel de son répertoire, Salif Keita rend hommage au peuple mandingue et en particulier au président guinéen d'alors, Sekou Touré, qui l'année précédente, l'avait décoré de l'Ordre national guinéen. On découvre dans ce disque le son typique du chanteur : orgue, guitare et saxophone.


Tam tam pour Montreuil


En décembre 1980, financés par un homme d'affaires malien, Salif Keita et Kante Manfila s'envolent pour les États-Unis où ils restent trois mois et enregistrent deux disques, "Primpin" et "Tounkan". Mais c'est en France que Salif Keita souhaite travailler. Le mélange des cultures et des musiques le passionne et Salif, épris de nouveauté, espère y renouveler son inspiration. En mars 1984, il quitte Abidjan pour retourner à Bamako. Son père vieillit et Salif veut se rapprocher de sa famille. Mais la même année, il participe au festival des musiques métisses d'Angoulême en France. C'est une révélation pour le public européen.
Suite à ce succès, il s'installe à Montreuil en banlieue parisienne, fief de la communauté malienne. Il y vit modestement et discrètement. Avant de trouver un label qui lui convienne, il passe quelques années à animer de nombreuses soirées et fêtes traditionnelles. En 1985, Manu Dibango fait appel à lui pour participer, avec d'autres chanteurs africains, à l'enregistrement d'un titre, "Tam Tam pour l'Afrique", au profit de l'Éthiopie où la famine sévit alors violemment.


Vers 86-87, la scène africaine explose dans la capitale française et un jeune producteur sénégalais, Ibrahima Sylla, donne à Salif Keita les moyens d'enregistrer un album, son premier depuis 1981. C'est "Soro", six titres arrangés par deux français, François Bréant et Jean-Philippe Rykiel. Avec son blues-rock-mandingue chanté en malinké, Salif Keita obtient un fort succès international.
Les tournées reprennent et en juillet 1987, il est au festival des Francofolies à la Rochelle. Puis en octobre, après une tournée à la Réunion, il est invité en Angleterre pour un immense concert organisé à l'occasion du 70e anniversaire de Nelson Mandela. Entouré de stars anglo-saxonnes, mais aussi africaines (Youssou N'Dour, Ray Lema), il devient un des piliers de la "World Music". À la même époque, il signe sur le label Island, dirigé par Chris Blackwell.


1988 : "Ko-Yan"


En février 1988, il donne quelques concerts au Théâtre de la Ville. Il se lance également dans l'écriture de musiques de film dont celle de "Yeelen" du Malien Souleymane Cissé. L'année suivante, il sort son second album en France, "Ko-Yan" ("Quelque chose se passe ici"). Toujours très empreint de tradition mandingue, l'album s'oriente cette fois vers le jazz. Très soucieux des problèmes socio-économiques de ses compatriotes immigrés, il aborde le sujet précisément dans le titre "Nous pas bougé" qui encourage les Africains à ne pas se laisser renvoyer d'Europe et à se battre pour leurs droits. Avec cet album, il part en tournée à travers l'Europe et au Japon, avant l'Afrique et les Caraïbes.
Les tournées continuent en 1990 puis fin juin 1991, sort "Amen", troisième acte français pour le Malien. Pour la direction artistique, il fait appel au jazzman américain, le pianiste Joe Zawinul, et s'entoure en outre d'invités prestigieux dont Wayne Shorter, Carlos Santana et son compatriote Cheikh Tidiane Seck aux claviers. Le titre qui ressort de cet album, qui une nouvelle fois, privilégie le partage des cultures, est sans aucun doute "N'bifé" dont l'amour est le thème principal.


Dès la fin 1991, Salif Keita et ses musiciens repartent pour une longue tournée internationale, ponctuée de deux mois en Afrique de l'Ouest au printemps 1992. Puis, durant l'été, il participe à de nombreux festivals, dont le festival Womad (World of Music Arts and Dance) en Angleterre. Enfin, le 9 novembre, Salif Keita monte pour la première fois sur la scène de l'Olympia, coup d'envoi d'une tournée française, puis allemande.
En 1992, l'artiste malien écrit la musique du film de Patrick Grandperret, "L'Enfant Lion", dans lequel - ironie de la vie - il fait une apparition dans le rôle d'un griot.
En 1994, les plus célèbres de ses premiers titres paraissent dans "69-80", un disque qui résume sa collaboration avec les Ambassadeurs et Kante Manfila. Cette année-là, c'est en Afrique de l'Ouest et en Afrique du Sud que Salif Keita entreprend une tournée.


1995 : "Folon"


C'est un grand retour à la tradition que marque l'enregistrement de "Folon" en 1995. Produit par le Béninois Wally Badarou, l'album est arrangé par le maître d'œuvre de "Soro", Jean-Philippe Rykiel. Grand défenseur du panafricanisme, Keita évoque dans "Africa" la force de son continent. Il rend à nouveau hommage à Nelson Mandela ("Mandela") et dédie son disque aux albinos, pour lesquels il a créé une association en 1990, "SOS Albinos". C'est d'ailleurs sa jeune nièce albinos, Nantenin, que l'on voit sur la pochette de l'album. Mais les influences occidentales ne sont pas absentes et l'album est fortement empreint de blues, dont Salif Keita est très friand, ainsi que de salsa et de zouk.


En décembre, le chanteur est en concert à Bamako. Démarre ensuite une tournée française à partir de mars 96. Tout l'été, il tourne en Europe où de nombreux festivals le réclament. Mais, de plus en plus, Salif Keita retourne chez lui au Mali. Il finit par quitter définitivement la France tout en gardant un pied-à-terre à Montreuil. Son souci est de faire profiter les jeunes générations de son expérience internationale. Il ouvre un studio pour permettre aux musiciens d'enregistrer sur place et de lutter ainsi contre la piraterie musicale, fort répandue en Afrique.


En décembre 1997, il commence à produire de jeunes artistes dans son studio de Bamako, Wanda Production. Estampillé "Salif Keita presents...", l'album de la jeune Malienne Fantani Touré, "N'tin Naari", en est la première sortie internationale. Il offre aussi ses studios à Rokia Traoré, jeune vedette malienne, élue Prix Découvertes RFI 1997, afin qu'elle enregistre une reprise de "La Cour des Grands", titre chanté par Youssou N'Dour et la jeune Belge Axelle Red lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde le 10 juin 1998.
Salif Keita sort cependant en 1997 un album entièrement consacré à la chanson française, "Sosie". Mais, son label Island ne choisit pas de produire le disque, trop éloigné de son répertoire habituel. C'est au Danemark que le chanteur trouve un petit label qui décide de s'occuper de la production de cet album. Maxime Le Forestier, Michel Berger, Jacques Higelin ou Serge Gainsbourg, le Malien apporte une touche africaine à des classiques français interprétés à la kora ou au balafon.


Deux ans plus tard, en mai 1999, Salif Keita apparaît sur la croisette du Festival de Cannes pour y défendre le seul film africain en compétition. Sa présence est amicale et militante à la fois. "Je crains que l'aide au septième art ne soit pas une priorité de notre continent", déclare-t-il alors.


En juin, sort son dernier album "Papa" dont le titre rend hommage à sa nombreuse famille. Salif a en effet onze enfants entre 3 et 20 ans. Mais "Papa" évoque aussi son propre père décédé en 95. Produit par le guitariste du groupe américain Living Colour, Vernon Reid, l'album a été enregistré entre Bamako, New York et Paris. On y entend en particulier un mémorable duo avec la chanteuse Grace Jones, mais aussi la kora de Toumani Diabaté. C'est à la Cigale qu'il donne deux concerts parisiens les 11 et 12 juin avant d'entamer une tournée française.


2002 : "Moffou"


À Bamako, il ouvre en 2001 un club de 200 places dans le quartier Kalaban à l'est de la ville et lui donne le nom de Moffou, un instrument de musique un peu oublié, une sorte de flûte percée d'un seul trou dont il se servait quand il était enfant.


"Moffou" est aussi le nom du nouvel album de Salif qui sort en mars 2002. Alors que "Papa" était résolument tourné vers le rock (présence de Vernon Reid oblige), celui-ci propose une ambiance plus calme, grâce à des arrangements dépouillés, réalisés par le célèbre guitariste Kante Manfila et l'utilisation d'instruments acoustiques. La musique sert des textes beaucoup plus positifs qu'ils ne l'étaient par le passé. L'homme a mûri et considère les évènements de la vie avec plus de recul, mais sans se départir toutefois de son esprit critique.
Les mois suivants sont consacrés à une nouvelle tournée. Il se produit ainsi dans différents festivals comme celui des Vieilles Charrues à Carhaix en juillet 2003. Quelques jours après, il donne une série de concerts aux États-Unis, dont un à New York le 27 juillet. Ce concert affiche complet et assoit le succès de Salif Keita aux États unis.
L'album "Moffou" est un véritable succès et se vend à plus de 100 000 exemplaires en France et 150 000 à l'international (principalement en Europe et aux États-Unis). Suite à un remix du titre "Madan" par Martin Solveig, qui fait un tabac dans tous les clubs européens, la production de Salif Keita décide de lancer un album de remix de "Moffou", en faisant appel à des producteurs électro proches de l'Afrique. Osunlade, Doctor L. ou Frédéric Galliano participent à cet album "Remixes from Moffou" sorti début 2004 et qui popularise Salif Keita dans les clubs, sur les radios et chez une jeunesse branchée...
L'année 2004 est assurément vécue comme un tournant dans la vie du musicien. Il décide d'abord de rentrer définitivement vivre au Mali. Pour fêter son retour au pays, Salif organise du 18 au 21 novembre 2004 trois spectacles géants à Bamako, ainsi qu'une journée de réflexion sur le thème "Le développement du secteur musical africain et son impact sur la lutte contre la pauvreté, le Sida et les autres pandémies du continent".
Artiste militant, il conjugue fête et réflexion citoyenne, tout simplement. Une vertu reconnue par les Nations Unies, qui le nomment le 19 novembre Ambassadeur des Nations Unies pour le Sport et la Musique. Fin novembre, Salif Keita est le parrain de la quatrième édition du festival Africa Fête, à Dakar, qui s'articule autour des problématiques de production phonographique et de piraterie en Afrique. Le 12 décembre 2004, il reçoit en Afrique du Sud un Kora Award pour l'ensemble de sa très riche carrière.
Une belle fin d'année, qui donne le ton pour l'année suivante...En avril 2005, Salif Keita et Kante Manfila éditent pour la première fois en France un disque enregistré dans les années 80, à l'époque des Ambassadeurs...Le succès de ce disque est mitigé, mais qu'importe, les deux amis, continuent leur fructueux chemin et travaillent ensemble sur le nouvel opus.
Parallèlement, il rénove son studio Wanda et le dote de matériel plus récent. En effet, pour l'album "Papa", il avait eu la mauvaise surprise de constater à New York que les morceaux enregistrés à Bamako étaient inutilisables pour cause de matériel non compatible...


2005 : "M'Bemba"


Avec son album "M'Bemba", qui signifie "l'ancêtre", sorti fin octobre 2005, Salif Keita se rapproche de l'histoire du Mali et de ses origines princières. Tourné vers la musique mandingue et métissée, avec notamment des mélodies espagnoles, "M'Bemba", est salué très positivement par la critique. L'album, entièrement enregistré à Bamako, au studio Wanda, remporte un franc succès en Afrique, en Europe et aux États-Unis...Parallèlement, Salif Keita et Wanda Productions soutiennent de plus en plus de jeunes artistes du Mali et de la sous-région.
Salif Keita est en tournée en Europe à l'automne. Il se produit au Zénith de Paris le 15 décembre pour un concert qui rassemble de nombreux musiciens. Puis il retourne au Mali pour les fêtes de fin d'année. Il donne des concerts du 22 au 31 décembre dans son club Moffou de Kalabancoro.
Le 23 mai 2006, Salif Keita s'offre l'Olympia, à Paris. En 2007, le chanteur passe de la scène aux tribunes politiques en se présentant aux élections législatives maliennes.
Son militantisme tous azimuts transpire encore sur "La Différence", le nouvel album qu'il présente en novembre 2009. Il évoque une nouvelle fois la situation tragique des albinos en Afrique. Une cause qui lui tient particulièrement à cœur bien évidemment et qui est relayée par l'action de sa fondation "Salif Keita pour les albinos" créée en 2001.
Ce disque est aussi pour lui l'occasion de dénoncer, au risque de déplaire, la "mode dynastique" qui s'installe dans de nombreux pays africains ou encore le laisser-aller en matière de pollution, du fleuve Niger notamment ("Ekolo d'amour" et "San Ka Ka").


Musicalement, ce nouvel opus très acoustique est marqué par des sonorités arabisantes. Une couleur qui tient notamment à la présence du oud, de tapis de cordes orientales et de la trompette du Libanais Ibrahim Maalouf. Enregistré entre Beyrouth, Los Angeles, Bamako et Paris, "La Différence" opère non seulement un très beau mariage entre musique orientale et mandingue, mais montre aussi par son impressionnant générique de musiciens (Seb Martel, Vincent Segal, Bill Frisell...) tout le respect artistique qu'inspire Salif Keita.
C'est aussi son dernier enregistrement avec le guitariste guinéen Manfila Kanté (décédé en 2011), son complice depuis les années 70 qui encore une fois s'est illustré dans les arrangements des nouvelles chansons.
Récompensé en France pour son nouvel album par une Victoire de la musique dans la catégorie "musiques du monde" en mars 2010, Salif Keita part ensuite en tournée : près de 25 concerts, essentiellement en France, notamment à l'Olympia à Paris, mais aussi en Belgique, au Canada, en Allemagne ou encore en Grande-Bretagne dans le cadre du Womad ; l'année suivante, il est entre autres à l'affiche des festivals Gnaoua et Mawazine au Maroc, ainsi qu'à Dakar au Sénégal où, en compagnie de Youssou N'Dour, il cherche à lever des fonds au profit des albinos du Mali et la Guinée, via sa fondation.


2012 : "Talé"


Durant cette période, il prépare dans son studio, à Bamako, l'album "Talé" qui est commercialisé fin 2012. À travers ce titre, l'artiste fait référence aux notions de propriété, de possession, au pouvoir de l'argent. Mais sur la forme, le disque a été imaginé et conçu pour faire danser. Il est le fruit d'une collaboration avec le musicien et producteur français Philippe Cohen-Solal, cofondateur de Gotan Project, qui apporte une touche électro à la musique du Malien. Parmi les invités, le rappeur britannique Roots Manuva, le chanteur américain Bobby McFerrin et sa compatriote jazzwoman Esperanza Spalding, le saxophoniste camerounais Manu Dibango et le pianiste français Christophe Chassol.
La tournée 2013 l'emmène en France, en Espagne, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, dans l'océan Indien sur l'île de La Réunion ainsi qu'en Argentine. Une série de trois concerts est programmée en fin d'année à Conakry, en Guinée.


Laissant de côté son orchestre, Salif Keita conçoit une autre formule live, baptisée Acoustic Tour avec seulement quatre musiciens et deux choristes, ce qui lui donne l'occasion de chanter sur scène des morceaux mis de côté depuis des années. C'est avec ce concept, plus intimiste, qu'il tourne en 2014 en France, en Belgique, avant de s'envoler de l'autre côté de l'Atlantique, en Martinique puis pour une quinzaine de concerts en Amérique du Nord, de Vancouver à Boston, en passant par Phoenix et San Francisco. Parallèlement, il prend part à l'aventure temporaire des Ambassadeurs, en référence aux Ambassadeurs internationaux, avec Idrissa Soumaoro, Cheick Tidiane Seck ou encore Amadou Bagayoko, à la fois sur scène et en studio pour le mini-album "Rebirth" qui paraît en 2015.
À l'affiche de festivals réputés sur son continent, comme à Zanzibar (Tanzanie) en 2015, Ségou (Mali) en 2016, au Femua (Côte d'Ivoire) en 2017 ou à Conakry en 2018 (Guinée), Salif Keita repart effectuer une autre série de concerts aux États-Unis en 2017 et continue à se produire régulièrement en Europe, et prend notamment part à la Nuit du Mali organisée en septembre 2017 à l'AccorHotels Arena (ex-Bercy) à Paris.


2018 : "Un autre blanc"


L'album "Un autre blanc" sort en octobre 2018. Après un demi-siècle de carrière, le chanteur, âge de 69 ans, annonce qu'il s'agit de son ultime disque. Le titre fait écho à son albinisme, cause qu'il défend ardemment avec sa fondation. Pour ce dernier projet musical qu'il a produit lui-même – ce qui ne lui été jamais arrivé –, il a fait appel à des musiciens de renom, tels que l'Ivoirien Paco Sery, les Sénégalais Alune Wade et Hervé Samb, son compatriote Cheick Tidiane Seck et le Français Jean
Philippe Rykiel.


Le rappeur français d'origine guinéenne MHD, qui avait invité Salif Keita sur son projet 19 sorti quelques mois plus tôt, est en retour convié à partager le micro avec la star malienne, tout comme la Nigériane Yemi Alade, la Béninoise Angélique Kidjo, le groupe vocal sudafricain Ladysmith Black Mambazo ou le reggaeman ivoirien Alpha Blondy, pour clore l'album sur un titre reggae.
Une tournée débute en France en février 2019 avant de se poursuivre en Norvège et en Espagne. « Un autre Blanc », sorti chez Naïve Records, assume avec fierté l'albinisme de son auteur Salif Keita, dont ce serait le dernier album. Alors, chant du cygne ou nouveau départ ? Le Point Afrique a voulu en avoir le cœur net.
PAR JULIEN LE GROS


| Le Point Afrique

Salif Keïta à Paris pour la présentation de son album.© Thomas Dorn


Salif Keita n'est pas exempt d'une certaine réserve, voire de timidité. Avec ses cinquante ans de scène au compteur, l'homme à la voix d'or de Djoliba dort peu. Lors de l'entretien qu'il nous a accordé, la fatigue se ressent, masquée par ses lunettes noires. L'artiste garde en permanence un port élégant. Celui qu'arboraient les musiciens des Ambassadeurs du motel de Bamako, cet orchestre flamboyant où Salf Keïta officiait au chant, animant les belles nuits du Mali des années 70. Le chanteur a cette réputation d'être perfectionniste vis-à-vis de lui-même et de ses musiciens. Fin janvier, il s'est produit à l'Institut du monde arabe, pour un showcase acoustique. Accompagné seulement par une deuxième guitare et par deux choristes, dont la talentueuse Julia Sarr, le maestro a livré la quintessence de son art, épanoui et serein. Pourtant, son autre Blanc est issu d'une gestation difficile. Il lui a fallu six ans, après Talé, sorti chez Universal en 2012. L'album a été enregistré entre son studio Moffou à Bamako et les studios Bois et charbon à Vitry-sur-Seine et Ferber à Paris, pour les voix et cuivres. Salif Keïta a ouvert son studio Moffou* à Bamako en 2001, en même temps qu'un club éponyme : « C'était plus facile d'enregistrer la majorité du disque à domicile », souligne-t-il. « À part les featuring, j'y ai reçu tous les intervenants, bassiste, batteur, guitariste... Un autre Blancbénéficie de valeurs sûres : le bassiste Alune Wade, le batteur Paco Séry, Hervé Samb à la guitare lead, les claviéristes Jean-Philippe Rykiel et Cheick Tidiane Seck... « C'est rassurant d'être entouré par de bons musiciens, estime Salif Keïta. Mais, sincèrement, ce disque, je l'ai fait avec des amis, une famille. Tout le monde a participé  ! »


Un adieu discographique ?


Sorti épuisé du processus de création, le chanteur de 69 ans a décidé, au grand dam de ses fans, de ne plus poser sa voix sur un disque : « Même si je n'arrête pas la musique je vais prendre un peu de repos, tempère-t-il. Ce n'est pas facile de faire un album. Ça prend du temps. Et puis la période des disques est révolue. » Salif Keïta a lui-même connu l'âge d'or des succès de ventes. En 2002, son classique Moffou avec le titre « Madan » s'est écoulé à plus de 100 000 exemplaires. « Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tout le monde fait des singles, morceau par morceau », regrette-t-il. Avant de nous redonner un espoir : « J'arrête d'enregistrer... sauf cas particulier. Si un grand musicien comme Carlos Santana, le génie de la guitare au doigté universel, avec lequel j'ai souvent travaillé, me dit je veux être dans ton album, là, je viens  ! » L'appel à Carlos Santana est lancé  ! Santana aurait dit de Salif Keita que c'est la voix la plus belle et la plus émouvante du monde. Tous les espoirs sont donc permis...


Le combat pour la différence


« L'autre Blanc », qui se détache sur la photo en noir et blanc du disque signée Thomas Dorn, c'est bien sûr Salif Keita : « Au Mali, je suis un autre Blanc, un Blanc qui a un papa et une maman noirs. On pourrait presque dire que j'ai du sang noir. » Le chanteur a grandi à Djoliba, un village au bord du fleuve Niger. Il a souffert toute sa vie d'avoir été rejeté par sa famille en raison de sa différence. Marqué au fer rouge par les discriminations que subissent les siens, l'artiste a dédié son album Folon (1996) aux albinos. De façon emblématique, il a intitulé un autre opus de 2009 La Différence. En 2005, Salif Keita a posé un acte fort en lançant une fondation de défense des albinos basée principalement au Mali. En 2014, les Nations unies ont décrété le 13 juin Journée internationale de sensibilisation à l'albinisme : « Ça nous a donné un bon coup de pouce. On s'est sentis plus respectés. Ceux qui traitent les albinos comme des animaux ou les tuent sont maintenant obligés de se cacher. Avant, ils commettaient leurs crimes au grand jour. Ça existe malheureusement toujours. Mais ils sont obligés de le faire plus discrètement. Dans certains pays africains, en période électorale, des albinos continuent d'être sacrifiés. » De son côté, la Fondation Salif Keita essaie de faire pression sur les gouvernements africains où ces exactions sont commises sur les albinos : « On réclame des enquêtes pour que les coupables soient punis. Mais on sait qui sont les vrais coupables, les patrons, c'est-à-dire les politiciens. Ce sont ceux qui ont le pouvoir de l'arrêter qui sont des commanditaires », dénonce-t-il. Au cours de ses tournées, le chanteur essaie de sensibiliser au sort des personnes albinos... mais le chemin reste long. À titre indicatif, environ 75 albinos auraient été tués en Tanzanie entre 2000 et 2016, selon les chiffres des Nations unies.
Fierté
Dans son combat contre les discriminations, Salif Keita est soutenu par sa fille, la championne d'athlétisme paralympique Nantenin Keita : « Je suis très fier d'elle. Je ne voulais pas qu'elle traverse en Afrique les problèmes que les albinos vivent et que j'ai vécus  ! Je l'ai amenée en France à l'âge de 3 ans. J'appréhendais. Mais il faut être honnête sur le fait que les Européens l'ont aimée et adoptée tout de suite. Par rapport à moi, elle a eu la chance de vivre dans un milieu dans lequel elle n'a reçu que de l'amour. Elle a su d'elle-même qu'il fallait avoir le courage de se battre. Et elle s'est battue  ! » De fierté il est aussi question sur le premier titre d'Un autre Blanc : « Were Were ». « C'est la fierté de l'Afrique. Were were veut dire en malinké nous sommes fiers  ! Nous sommes contents de ce qu'ont accompli les panafricanistes disparus comme Sankara, Lumumba, Kwamé Nkrumah, Mandela... » Déjà, le premier album sous le nom de Salif Keïta Mandjou, en 1978, était dédié au président Ahmed Sékou Touré. Le leader controversé, qui l'a fait décorer de l'ordre national du mérite guinéen, a contribué à propulser sa carrière dans la sous-région.
Sur un autre titre de son nouvel album Syrie, le chanteur malien prend comme point de départ la guerre civile déclenchée dans ce pays depuis 2011 pour dénoncer tous les conflits armés dans le monde : « Ceux qui provoquent une guerre sans penser aux conséquences sur les plus démunis ne sont pas de bonnes personnes, tacle-t-il. Ces gens n'ont pas d'état d'âme. Ils ne pensent pas aux femmes et aux enfants exposés aux tirs de balles, et qui se retrouvent sans endroit où aller. »
Son pays, le Mali, endeuillé par une guerre de 2013 à 2015, est régulièrement la cible d'attaques terroristes : « Ce sont toujours des innocents qui meurent, déplore-t-il. C'est comme si ces atrocités étaient faites exprès pour diminuer la population terrestre. On ne peut pas comprendre ça. Comme les criminels ne peuvent pas avoir accès aux patrons, aux têtes, ils s'en prennent au bas peuple sans défense. » Sur un registre plus léger et dansant, le maestro a sorti un single, « Tonton » : « Quand une fille de chez nous épouse un homme plus âgé, elle appelle son mari Tonton. » Son inspiration, Salif la tire aussi de la vie de tous les jours et de discussions avec son public. C'est ainsi qu'a germé la chanson « Bah Poulo » : « C'est l'histoire d'une femme peule qui ne comprenait pas ma langue. Mais, parce qu'elle aime mes chansons, elle a appris à parler bambara et malinké. C'est très fort, ça  ! Ça montre que la musique est un bon fil conducteur. C'est un outil formidable pour œuvrer pour la paix et la communication entre tous. »


Pléthore d'invités


Le « vieux père » a fait les choses bien en invitant sur son disque la crème de la crème : Angélique Kidjo, Lady Smith Black Mambazo, ou encore Alpha Blondy en duo sur le très spirituel « Mansa fo la » : « On a passé de très bons moments ensemble avec Alpha quand j'habitais à Abidjan. J'ai connu ses débuts avec l'album Jah Glory, et les morceaux Bintou were were et Brigadier Sabari. Avec Angélique**, on a fait beaucoup de plateaux de festivals en commun. C'est ma sœur. Elle est bien placée pour parler des mamans africaines et de leur combat. Itarafo, c'est l'histoire d'une maman qui se bat pour garder son enfant. » Sur Ngamale, Salif Keita a amplifié sa voix en utilisant un vocoder, comme pour mieux se frotter au puissant groupe vocal sud-africain LadySmith Black Mambazo : « Ce sont des guerriers qui chantent en zoulou. Ils ont assuré  ! Je suis fils de maître chasseur. Je leur ai proposé cette chanson sur la bravoure des chasseurs mandingues. » Comme souvent dans la tradition orale, il s'agit d'une petite fable : « Le boa qui avale le porc-épic, oh, quelle calamité  ! » En conviant le jeune pape de l'afro-trap MHD et la chanteuse nigériane afro-pop Yemi Alade, le « parrain » tend la main à la nouvelle génération : « Je voulais faire un mélange intergénérationnel, explique-t-il. J'ai fait une tournée pendant deux semaines en Afrique du Sud et au Swaziland avec Yemi Alade. Je l'ai prise sur le titre Diawara fa parce qu'elle a une attitude cool et qu'elle chante très bien. »


Cinquante ans de carrière


Mine de rien, ça fait cinquante ans que Salif Keita occupe le terrain  ! « C'est cinquante ans d'apprentissage, on n'en connaît jamais assez », a-t-il confessé modestement à nos confrères de TV5 Monde. D'abord voix de velours du Super Rail Band de Bamako de 1968 à 1973, il a été ensuite avec les Ambassadeurs du Motel pendant cinq ans, de 1973 à 1978 : « Ce sont de bons souvenirs », commente-t-il. Je n'en suis pas déconnecté. Si vous écoutez attentivement Un autre Blanc, j'ai essayé de ne pas trahir l'esprit des arrangements orchestraux du Rail Band et des Ambassadeurs. Je me suis vraiment orienté dans cette direction artistique. » En clin d'œil à cette période, on retrouve le guitariste du Super Rail Band Djélimady Tounkara sur « Ngamale ».


En 1978, face à une situation politique intenable, Salif Keita quitte le Mali pour Abidjan avec son mentor, le regretté Kanté Manfila : « On a créé les Ambassadeurs internationaux jusqu'en 1983. Ensuite, le groupe s'est cassé et j'ai commencé ma carrière solo. » La suite est connue. Aujourd'hui, il est l'ambassadeur incontesté de son pays : « C'est bon pour le moral. Ça veut dire que la musique a une importance. Ça donne le courage aux jeunes gens d'en faire, de persévérer dedans et de considérer cela comme un métier à part entière. » Le chanteur est conscient du symbole qu'il représente : « Nous sommes tous nés pour servir la machine sociale. Chaque personne est une pièce à conviction. Refuser d'assumer son rôle serait une lâcheté. C'est ce que je fais  ! »


Pour la suite, le chanteur va présenter Un autre Blanc au cours d'une tournée prévue du mois d'avril jusqu'à la fin de l'été. Ses yeux brillent quand il évoque un projet qui lui tient particulièrement à cœur : « J'aimerais un jour faire venir des musiciens albinos sur scène et mélanger la nouvelle et l'ancienne génération. Je pense par exemple à Kalash Criminel, qui est un très bon rappeur albinos, français, d'origine congolaise. II faut qu'on frappe un bon coup et qu'on montre que l'albinisme n'est pas une malédiction. Bien au contraire  ! On peut en être fiers  ! »
* Moffou est le nom d'une petite flûte traditionnelle utilisée pour chasser les oiseaux lors des récoltes.
** Après avoir quitté les Ambassadeurs du motel de Bamako, Salif Keita a vécu à Abidjan entre la fin des années 70 et 1984.

Mandjou', le titre qui a révélé Salif Keïta
By Vladimir Cagnolari on 25 février 2019 / Commentaires fermés sur 'Mandjou', le titre qui a révélé Salif Keïta
Il y a quarante ans, en 1979, Salif Keïta et les Ambassadeurs Internationaux enregistraient « Mandjou » à Abidjan. Un titre qui allait changer leur vie, et faire du chanteur une idole.
Photo : Kanté Manfila et Salif Keïta, DR


Nous sommes dans le 18ème arrondissement de Paris, à deux pas de la rue Myrha où les Ambassadeurs logèrent lorsqu'ils donnèrent leurs premiers concerts à Paris. Salif Keïta, de passage dans la capitale française avant de s'envoler pour Addis Abeba où il doit jouer devant un parterre de chefs d'État, fait le tour des médias pour parler de son dernier album, Un Autre Blanc. Le titre qui en fait l'ouverture, « Were Were », est un hommage aux grandes figures qui, de Nkrumah à Mandela, en passant par Sankara et Lumumba, ont indiqué le chemin à suivre. La plupart ont été trahis.
« On ne doit pas les oublier ces gens, et avec le temps qui passe, on se rend compte qu'ils avaient raison. Regarde les Africains qui se font tuer sur la route, dans les océans, pour aller en Europe : si ces gens on les avait écoutés, on aurait aujourd'hui un continent qui se suffirait à lui-même, et on aurait pas perdu tous ces enfants... »
Les grandes figures de l'histoire africaine, Salif en a côtoyé plus d'une. À commencer par le Guinéen Sékou Touré, auquel il a rendu hommage dans un titre devenu culte, « Mandjou ». La conversation roule naturellement sur la chanson, dont l'histoire commence à s'écrire dès 1974.

Kanté Manfila et Salif Keïta, DR

Un an plus tôt, Salif Keïta a quitté le célèbre Rail Band du Buffet de la Gare de Bamako pour rejoindre le groupe rival, les Ambassadeurs, basés au Motel de Bamako. Le groupe, dirigé de main de maître par le guitariste Kanté Manfila, jouit du parrainage de Tiekoro Bakayoko, puissant responsable de la sécurité au sein du régime de Moussa Traoré. Le Motel est son fief, et ce passionné de musique protège jalousement les Ambassadeurs ainsi baptisés car plusieurs des musiciens sont issus des pays voisins.


Salif Keïta y impose déjà son timbre de voix unique et sa présence scénique. C'est alors, en 1974, que le président Guinéen Sékou Touré vient en visite officielle au Mali. Les Ambassadeurs sont chargés d'animer la soirée donnée en son honneur. Sékou Touré, mélomane averti dont la politique culturelle d'authenticité a largement influencé celle du Mali, est impressionné par le groupe et son chanteur : « Il a tout de suite deviné qui j'étais, que j'avais besoin d'amour, de soutien... », se souvient Salif. Le président guinéen indique aux autorités maliennes qu'il veut faire venir les Ambassadeurs à Conakry. Deux ans plus tard, en 1976, Salif Keïta débarque avec le groupe dans la capitale guinéenne. Le chanteur est choyé, honoré, et décoré de l'ordre national du mérite : « Il m'a bien traité, il m'a dit que je pouvais compter sur moi-même, et que j'avais de la valeur. Mon envie c'était de lui donner une réponse, lui prouver que j'étais content de ce qu'il avait fait pour moi. »

À son retour à Bamako, Salif commence donc à réfléchir à une chanson pour remercier Sékou Touré. Au Mali, le climat politique et social se dégrade, et début 1978, Tiekoro Bakayoko, le « parrain » du Motel et protecteur du groupe est arrêté. Le groupe prend peur. Les choses se gâtent quand le régime délègue un autre patron pour remplacer Bakayoko au Motel. Six des membres du groupe refusent, et décident, pour ne pas avoir à subir les foudres du régime, de quitter Bamako dans la nuit. Ils font bien, car ils viennent d'être dénoncés aux autorités.
« On a décidé le soir et le lendemain vers 4 h 30 on a fui... On est arrivés à la frontière, et le gendarme-chef de poste était notre ami. Il nous a vus fatigués, alors il est parti acheter de la viande. Alors qu'on mangeait, on l'a appelé au téléphone pour lui dire que, s'il nous voyait passer, il fallait nous arrêter. Mais comme c'était notre ami, il a dit qu'on était déjà passés et qu'il ne pouvait plus rien faire. On était en train de manger la viande avec lui. Sans lui, on aurait fini au trou. »


Avec Salif Keïta et Kanté Manfila, six autres Ambassadeurs sont du voyage. Ils entrent en Côte d'Ivoire le 4 août 1978. Leurs débuts à Abidjan allaient s'avérer difficiles, rappelle le chanteur : « On a eu des problèmes d'insertion là-bas, parce qu'on était pas habitués comme d'autres orchestres à faire les baptêmes, etc. On jouait dans un club à Abobo Gare, l'Agneby bar, mais à chaque fois qu'on jouait il faillait louer les instruments, et on se partageait le peu d'argent qu'il restait. C'est avec « Mandjou » qu'on a vu le ciel bleu. »
Ce titre, les Ambassadeurs l'enregistrent presque clandestinement grâce à la complicité de Moussa Komara, technicien à la radio nationale (RTI). Le soir, alors qu'il n'en a pas le droit, il fait pénétrer les Ambassadeurs dans le studio et, en quelques heures, ils enregistrent cinq titres de toute beauté, dont le magnifique « Mandjou ».

« Mandjou », c'est l'un des noms honorifiques de la famille Touré : celle de Sékou Touré, mais aussi celle de son aïeul, le fameux Almamy Samory Touré, farouche résistant à la colonisation française auquel le Bembeya Jazz a rendu hommage dans son cultissime Regard sur le passé. Dans la pure tradition des chants de louange qu'entonnent les griots, Salif chante :
Mandjou, ne pleure pas
Fils d'Alpha Touré, ne pleure pas
Mandjou, ne pleure pas
Fils d'Aminata Fadiga, ne pleure pas
Mandjou, ne pleure pas
Père d'Aminata le jeune, ne pleure pas
Le temps de pleurer n'est pas venu
Que Dieu te couvre d'or, Mandjou
Longtemps après, en 2006, Salif expliquait : « En Occident on a traité Sékou Touré de dictateur, mais il a été obligé d'être dictateur, parce qu'il a voulu voler de ses propres ailes : il a dit non au Général de Gaulle, je veux bien être votre ami, mais je veux voler de mes propres ailes, je veux pas faire rêver mon peuple avec une modernité qu'on n'a pas, on va tracer notre chemin pour pouvoir être ce que nous voulons être après. On lui a fermé toutes les portes, et tout le monde lui a tourné le dos. »

Sékou Touré


Les Guinéens le savent bien, mais certains auront une appréciation différente, ayant vécu les dérives autoritaires du régime (et pour certains, le sinistre Camp Boiro). Mais il n'en reste pas moins qu'à l'extérieur, Sékou Touré est resté un symbole, celui d'une Afrique qui préfère « la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage » et c'est cela que Salif Keïta retient, comme à l'époque les étudiants ivoiriens qui ne peuvent retenir leur enthousiasme lors du concert (enregistré) que le Bembeya Jazz donna à l'université d'Abidjan, interprétant leur fameux Regard sur le passé.
Mais revenons en 1979. À la sortie du studio, Kanté Manfila prend les bandes pour aller faire le mastering à Cotonou. Là-bas, plusieurs producteurs lui font des propositions.
« Je m'en souviendrai toujours, dit Salif : le 4 août 1978, on entrait en Côte d'Ivoire, et le 4 août 1979, grâce à 'Mandjou' on achetait nos instruments ». L'album Mandjou des Ambassadeurs désormais « Internationaux » sortira bientôt en Côte d'Ivoire, faisant basculer la vie des musiciens et propulsant Salif vers les sommets, dont il n'est jamais redescendu.
http://pan-african-music.com/salif-keita-mandjou/


http://salifkeita.net/

Dernière modification le vendredi, 19 avril 2019 12:06

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