Ex-libris

ET SI ON RELISAIT LE CORAN ? Hanane Traoré Kéïta

 

ET SI ON RELISAIT LE CORAN ? Hanane Traoré Kéïta

RELIGION AFRIQUE NOIRE MAGHREB, MOYEN ORIENT l'harmattan
L'Islam est une religion vivante. Pour cela, il faut inscrire la réflexion sur la pensée islamique, dans une perspective moderne, afin que les musulmans puissent se réinsérer dans l'histoire et accéder à l'universel. J'appelle à une révision, de l'intérieur, des conceptions courantes encore attachées au crédo islamique, à un renouvellement des interprétations historiques afin d'y intégrer des concepts modernes de démocratie et de droits de l'Homme
L'Islam est une religion vivante. Pour cela, il faut inscrire la réflexion sur la pensée islamique, dans une perspective moderne, afin que
les musulmans puissent se réinsérer dans l'histoire et accéder à l'universel. J'appelle à une révision, de l'intérieur, des conceptions courantes encore attachées au crédo islamique, à un renouvellement des interprétations historiques afin d'y intégrer des
concepts modernes de démocratie et de droits de l'Homme

Hanane Kéïta Traoré a effectué ses études universitaires à Ain-Chams, au Caire. Interprète-traductice (Français-
Arabe), conseillère littéraire, elle a été professeur à la section française de l'Université du roi Abdel Aziz à
Djeddah. Elle est Secrétaire générale de PEN Mali (collectif d'écrivains). Son roman Femmes sans avenir
a été élu Livre de l'année 2012

Violence(s) et société aujourd'hui V. Bedin et J.-F. Dortier/ ed sciences humaines
La violence traverse le temps, les cultures, les classes sociales et, dès que l'on cherche à la contenir ou à la canaliser, elle resurgit ailleurs sous une autre forme. Aujourd'hui, elle semble omniprésente : impossible d'ouvrir un journal, Internet ou la télévision sans en entendre parler.
Tenter de la cerner suppose de prendre en compte son caractère protéiforme : violences physiques, sexuelles ; verbales, psychologiques ; maltraitances – de la simple négligence aux maltraitances graves – ; violences interindividuelles, familiales, violence collective, suicides ; violences à l'école, au travail, violences politiques ; crimes et délits – de la petite délinquance à la grande criminalité.
À violences plurielles, approches multiples. Ce livre propose de croiser les regards et les interrogations de spécialistes de tous horizons – sociologues, psychologues, philosophes, politologues, criminologues, historiens, médecins : Nos sociétés sont-elles plus violentes, comme le laisserait penser la surmédiatisation de certains faits divers, ou bien sommes-nous simplement mieux informés qu'autrefois ou encore plus sensibilisés à ces phénomènes ? Notre besoin de sécurité est-il plus important qu'avant ? La violence est-elle affaire de nature ou de culture ? N'assistons-nous pas à une transformation du statut même de la violence ? Et que faut-il penser de l'avènement de la victime  ? Cet ouvrage à vocation pédagogique présente les grands axes de la recherche afin de mieux penser la violence.
présentation de l' auteur :
Sous la direction de Véronique Bedin et Jean-François Dortier
Avec les contributions de : Alain Bauer, Sophie Béroud, Philippe Braud, Nicole Catheline, Maurice Cusson, Éric Debarbieux, Jean Decety, Charles Gardou, Jean-François Gayraud, Hugues Lagrange, Pierre Mannoni, Yves Michaud, Jacques Miermont, Laurent Mucchielli, Robert Muchembled, Marco Oberti, Christophe Regina, Karen Sadlier, Denis Salas, Julie Sedel, Christophe Soullez, Serge Tisseron, Vincent Troger, Jacques Waynberg
au sommaire : Introduction Sphères et formes de la violence
Violences familiales, violences conjugales
– Violences intrafamiliales (J.-F. Dortier)
– Comment s'enclenchent les violences familiales (J. Miermont)
– Enfants en danger : de l'enfance maltraitée à l'enfance en risque (encadré)
– L'enfant, victime de la violence conjugale (Rencontre avec K. Sadlier)
– Les femmes victimes de violences conjugales (H. Vaillé)
– Violences envers les femmes : briser la loi du silence (encadré)
– Violence des femmes, un tabou social ? (Rencontre avec C. Regina)
Violences à l'école
– Peut-on mesurer objectivement la violence scolaire ? (V. Troger)
– Violences et harcèlements entre élèves (N. Catheline)
– L'espace scolaire doit protéger les élèves (Rencontre avec G. Hudson)
– Pédagogie contre violence (Entretien avec .... Debarbieux)
Violence urbaine/violence dans les banlieues
– Voyage au cœur des bandes (M. Fournier)
– À propos de Le Capital guerrier de T. Sauvadet (J.-F. Dortier)
– Profils de dÈlinquants : quelques classiques (A. Weinberg)
– Violence des jeunes, mythes et réalités (encadré)
– Les raisons des Èmeutes (Entretien avec H Lagrange et M. Oberti)
– À propos de Le Frisson des émeutes de S. Roché (B. Richard)
Violence dans les médias
– Les écrans rendent-ils violent ? (X. Molénat)
– Les jeunes et les écrans (S. Tisseron)
Violence au travail
– Violences et harcèlements au travail (encadré)
– Radiographie des suicides au travail (X. de la Vega)
– Services publics (encadré)
– Radicalisation des conflits dans l'entreprise, mythe et réalité ? (S. Béroud)
Violences politiques
– Violences politiques. Les raisons d'une déraison (P. Braud)
– Le terrorisme, un spectacle planifié (P. Mannoni)
La criminalité aujourd'hui
– La criminalité en France : un panorama (A. Bauer, C. Soullez)
– Le crime, un choix rationnel ? (Entretien avec M. Cusson)
– Les neuf mafias qui parasitent le monde (J.-F. Gayraud)
– La pédophilie, une menace obscure et sans visage (J. Waynberg)
Ces violences qu'on ne voit pas
– À propos de La grossièreté au quotidien de T. Smith, T. Phillips, R. King (N. Journet)
– Immigration au guichet (X. Molénat)
– Dépénaliser le handicap (C. Gardou)
– Vieillesse : des maltraitances invisibles (encadré)
Regards croisés sur la violence
– Notre société est-elle plus violente ? (L. Mucchielli)
– Violence, nature ou culture ? (J.-F. Dortier)
– L'être humain n'est pas un animal tendre (entretien avec Y. Michaud)
– Aimer voir souffrir (Trois questions à J. Decety)
– La violence des enfants et des psys qui en parlent (J.-F. Marmion)
– Violence juvénile une révolte contre les pères ? (Entretien avec R. Muchembled)
– Deux lectures de la délinquance (encadré)
– Le paradoxe de la violence urbaine (encadré)
– L'image des banlieues, une guerre d'idées (Trois questions à J. Sedel)
– À propos de Violence et Ordres sociaux de D.C. North, J.J. Wallis, B.R. Weingast (T. Jobard)
– L'avènement ambigu de la victime (D. Salas)
– Une culture de la peur ? (encadré)

Nous, enfants de la tradition – de Gaston-Paul Effa

C'est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d'assurer sa subsistance. Osele, l'aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d'ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n'a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d'une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d'agressivité, qui n'élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d'un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur. Au fil des mots, il redessine le trajet de sa vie, à laquelle il offre un contour neuf, une nouvelle dignité. Mais un homme seul peut-il s'opposer à un peuple conservateur qui a tout intérêt à entretenir une telle dépendance ? Menacé de mort, frappé par la maladie, Osele exprime la dérision d'un combat inégal.

Enseignant de philosophie et écrivain, Gaston-Paul Effa vit en Lorraine, où il préside le prix Erckmann-Chatrian. Il participe à la rubrique littéraire du Républicain lorrain. Il a publié aux Éditions Anne Carrière À la vitesse d'un baiser sur la peau (2007).

Extrait

- Je voulais payer des factures aujourd'hui et, une fois de plus, il ne reste rien sur notre compte. On est le 10 du mois et je n'ai pas vu passer ton salaire. Comment vais-je payer l'électricité, le loyer, faire les courses jusqu'à la fin du mois ? De ton salaire d'ingénieur, il ne te reste donc rien pour notre famille ? Et tu prétends être un homme intelligent et responsable ?
Je ne peux lui répondre. Je réfléchis. Pour ceux qui me connaissent superficiellement, j'étais, avant de rencontrer Hélène, ce qu'on appelle encore - mais sans doute pour peu de temps - un «élu des dieux». C'est-à-dire un homme né dans la misère, que les fées avaient distingué pour en faire un être à l'abri du besoin. Je dois mon droit d'aînesse à un vieil homme visionnaire ; les esprits lui avaient parlé en songe : malgré mon jeune âge, ma constitution fragile, je serais un jour responsable de tous les miens, je ferais une carrière brillante, j'aurais beaucoup d'argent, j'enterrerais dignement les anciens de mon clan, mon visage serait le soleil des morts, toute ma vie j'honorerais la tradition. Élu très tôt l'aîné de ma famille, je fus pris dans une spirale où tournoyaient avec moi tous ceux que j'aimais. Ces êtres avec lesquels j'étais censé vivre, que j'étais censé protéger, et dont je m'occupais si peu, je les voyais au contraire entraînés avec moi dans le même étrange naufrage.
- Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d'aînesse et la tradition lorsqu'elle a besoin d'argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu'est-ce qu'ils croient là-bas, qu'il suffit de ramasser l'argent dans les caniveaux et de l'envoyer par Western Union ? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux ?

Revue de presse

Gaston-Paul Effa témoigne des souffrances infligées au nom de la tradition africaine...
L'écrivain est celui qui rompt avec les diktats familiaux et sociaux. Le livre d'Effa est à ce titre un récit de formation, l'histoire d'un exorcisme. Son héros traverse mille petites morts pour s'alléger d'un destin tout tracé. Au bout de son calvaire, il se sent plus fort. Le malheureux Osele, dont l'animal totem est l'âne, est devenu un héros. Capable de créer un univers, au lieu de se laisser porter par les caprices du monde qui l'environne. Capable, au lieu de la subir, de célébrer la tradition africaine sans laquelle il «n'aurait rien eu à dire». Car quoi qu'il fasse, Osele, revendiquant sa double culture, sera toujours à la frontière. C'est finalement sa richesse. Son récit ose s'attaquer a un tabou et il a de quoi faire mentir l'un des précédents titres de l'écrivain : «Le cri que tu pousses ne réveillera personne». Parions qu'il sera entendu... (Claire Julliard - Le Nouvel Observateur du 5 juin 2008 )

Né au Cameroun et résidant en Lorraine, Gaston-Paul Effa, est un écrivain, cuisinier-un restaurateur, un philosophe, un intellectuel, créateur de plusieurs associations, animateur, un polymathe et un citoyen pas comme les autres : un acteur. Bien que vivant en Lorraine, il contribue depuis plus dix ans au développement de son pays natal : ouverture d'un lycée privé pour jeunes filles puis construction d'une bibliothèque à Yaoundé. Son restaurant de Strasbourg lui permet en partie de financer ses projets humaniste et citoyens.

Voici un intellectuel engagé pour le monde qui ne cesse d’investir malgré tout pour la mère Afrique au Cameroun. Son livre "Nous enfants de la tradition" est un livre osé, qui touchera tous les africains, tous les travailleurs sociaux occidentaux, tout le monde. Ecrire pour exposer une situation (l’argent/ la Famille), c’est participer au décloisonnement de certaines mentalités. C’est aussi une autre façon de raconter l’Afrique ce beau continent riche et mystérieux.

Quitter le continent africain est assimilé à la réussite, à l’argent et il faut donner, encore donner jusqu’à donner ce qu’on n’a pas ou disons perdre son âme. Les rapports entre les immigrés et la famille en Afrique doivent être clairs : même si on aime sa famille ; même s’il est plus "facile" de vivre en Occident qu’en Afrique, il faut avouer à l’autre de façon
-Je vais commencer par une question de Responsabilité, est-ce la tradition ou vous, qui êtes en faute dans cette histoire ? Donner tout votre argent gagné et qui aurait dû servir à entretenir votre propre famille, payer le loyer, les charges, la mutuelle, le transport, les prêts et les impôts, est-ce sérieux ? Certes beaucoup d’africains fonctionnent comme ça (envoient plus de 50% de leur salaire) mais certains ont pu s’émanciper de cette obligation sans couper les liens avec la famille.

Un homme qui souffre n’est pas lucide sur les causes de sa douleur et il est prêt à accuser tout le monde, y compris la tradition qui l’a porté. N’oublions pas qu’un fils d’animiste a sous sa peau les fils invisibles qui le lient à la tradition et il n’est pas si facile que cela de s’en défaire. C’est d’autant plus difficile que sa famille joue de ce poids pour lui faire un chantage affectif. péremptoire, dogmatique et ferme qu’on ne ramasse pas l’argent le long de sa route.

Vous êtes philosophe, écrivain, marié à une européenne qui vous aime (j’insiste) et que vous aimez, malgré tout vous avez refusé de voir la vérité en face, comme, à quelques différences, ces gens du mythe de la caverne (Platon) qui ont vécu dans le simulacre jusqu’au jour où on leur a appris à voir la VERITE, ce fut la liberté, la délivrance et le bonheur

La tradition aurait dû éclairer le personnage en l’aidant à vivre mais la douleur a obscurci son jugement. Il est donc comme ces prisonniers de l’allégorie platonicienne qui préfèreraient se crever les yeux plutôt que de se laisser éblouir par la lumière de la vérité. Il a donc fallu du temps, beaucoup de temps, des événements traumatisants pour se rendre à l’évidence : être libre c’est d’abord apprendre à être soi pour espérer être un passeur pour les autres

Votre prénom, Osele, représente l’âne, cet animal endurant qui doit supporter tant de peine, mais qui sait s’entêter et dire non quand il n’en peut plus ? Pourquoi malgré vos références, éducation traditionnelle, instruction soutenue, vous vous êtes laissé enliser au point de perdre votre épouse qui vous a tant aimé, vos enfants, votre qualité de vie et d’habiter un foyer ?

L’intelligence conceptuelle n’a jamais aidé personne à vivre ! Il y a un entêtement de la raison à nier l’évidence. C’est peut-être ce que Sartre appelle la mauvaise foi...
Peut-être l’âne, celui qui porte toutes les charges sur son dos, avait-il besoin de se décharger de sa monture pour se délivrer et accéder à lui-même. Lui qui toute sa vie n’a su dire que "il", "nous", apprend enfin à être intelligent, c’est-à-dire littéralement à engager une lecture intérieure sur lui-même.

Le fang est celui qui donne et se donne, celui qui ne garde rien, tout est fait dans cette conception du monde traditionnel pour perdre l’homme moderne, celui qui vit au XX ème siècle ? Vous dites que les africains aiment la famille. Ils sont généreux et soufrent en silence et dansent avec la mort. Comment dès lors envisager l’avenir ?

Votre question est pertinente. La tradition, l’animisme en particulier, c’est le retour à la nature, à l’élémentaire. On apprend à renouer le lien avec le vent, la feuille, l’herbe, tout ce qui ici-bas nous rappelle que l’autre est aussi dans l’invisible et dans les choses chues. Si l’animiste a un lien privilégié avec la famille, c’est que ce lien concerne toute chose du monde

Votre propre mère n’a pas facilité votre existence, elle vous a même précipité dans le chaos, pourquoi ne lui avoir pas expliqué la vie en Occident, pour qu’elle vous protège des sollicitations exagérées, farfelues et récurrentes ?

S’il suffisait d’expliquer aux gens pour qu’ils comprennent, le monde serait plus simple et plus beau. Malheureusement, chacun ne voit le monde que de son point de vue, à partir de son intérêt propre, sans envisager l’existence de l’autre. Le point de vue de la mère du narrateur est qu’il vit beaucoup mieux qu’elle, dans un monde riche, et qu’il est normal qu’il partage.

La figure de la grand-mère est bien présente et vous mettez en valeur son poids et on peut dire que la personne âgée est une vedette en Afrique, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas toute personne âgée qui est une vedette. Souvenez-vous des mots d’Hampaté Bâ qui dit qu’un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle, à quoi le personnage de Mabanckou dans "Verre Cassé" rétorque : c’est pas vrai, et ça dépend du vieillard. La sagesse ne dépend pas seulement du poids de l’âge. Le hasard est objectif qui a voulu que la grand-mère d’Osele incarne, par sa bienveillance, le visage de l’humanité

Dans ce livre vous donnez une clé à vos enfants, celle de la transmission du savoir, les histoires africaines, sur votre vie. Savez-vous que cette méconnaissance conduit les enfants issus de l’immigration vers des comportements déviants ?

La méconnaissance de la tradition, la perte de repères, comme le dit Tobie Nathan, induit surtout des souffrances, des angoisses qui provoquent des comportements déviants ou des maladies psychosomatiques. Cela peut se retourner contre soi ou contre les autres. Nous avons donc un devoir de transmission. N’oublions que la tradition avance masquée, qu’il y a un autre monde caché dans celui-ci et cela nécessite une mise sur la voie. C’est ce que l’on appelle la transmission. Le peuple juif l’a bien compris et c’est cela qui l’a sauvé de l’exil en conservant l’élément essentiel de la survie qui est la langue.

Dans votre brillant ouvrage vous faites un parallèle entre l’Occident, où on initie à l’autonomie, au travail et à la liberté, et l’Afrique où on confine l’individu dans le groupe, ( mourir pour les autres) on est toujours le subalterne, le subordonné sans autonomie, les décisions sont toujours venues d’ailleurs de la tradition, des ancêtres ? On aurait même pu dire que Hegel avait raison quand il parle des africains ?

Il faut savoir tirer sa force de sa faiblesse. Ce qui pourrait paraître comme un handicap, la vie en groupe, la dépendance mutuelle, mourir pour les autres, peut tout à fait coexister avec d’autres valeurs dites occidentales, la liberté, l’autonomie. Il faudrait parvenir à rassembler ce qui est épars : être avec les autres et apprendre à être soi-même. Il ne s’agit pas de tuer la tradition mais de sauver en elle ce qui participe au progrès de l’humanité.
Il ne faut pas croire non plus que l’occident soit si bien parti que cela : la crise que nous traversons montre l’éclipse, la décadence par le culte du moi, l’oubli de l’autre.

Votre allusion à Hegel qui pense que l’Afrique n’est pas rentrée dans l’histoire nous fait garder en ligne de mire le discours de Sarkozy à Dakar. Il n’y a pas de décret pour entrer dans l’histoire. Ceux qui croient en être ne sont pas forcément ceux qui le sont. Mais ce discours a quelque chose de positif, c’est qu’il provoque la réaction et donne à penser. Vous savez que le sommeil ressemble à la mort, et à force de jouer celui qui dort comme le fait souvent le continent africain, on peut finir par ne plus jamais se réveiller.

Après avoir succombé à la tradition, aux pesanteurs sociales, vous changez de comportement, et vous dites que vous êtes redevenu un oiseau pour exprimer votre liberté. C’est une révolte, une prise de conscience qui conduit à une Révolution ?

Oui, c’est une révolution intérieure. Connaissez-vous l’image hégélienne de la chouette de Minerve ? C’est un peu cela. L’oiseau de Hegel prend son envol pour faire le tour de la question au moment où les autres s’assoupissent. C’est donc un veilleur qui attend son heure...

Votre ouvrage est pertinent, l’Afrique a failli vous perdre, mais vous ne lui renoncez pas d’ailleurs vous avez un gri-gri, un balafon, vos souvenirs, vos histoires racontées à vos enfants, vous envisagez une autre relation avec la mère patrie, et refusez de subir, de répondre à ces incessants coups de fil et sollicitations.

Le cœur de l’Afrique bat en moi depuis que je l’ai quittée. Il faut s’absenter des choses pour qu’elles reprennent leur droit. Je suis profondément africain, et le passage chez les Jésuites m’a permis d’approfondir davantage ces racines. Par l’écriture, j’essaye de redessiner le visage d’une Afrique aimée, de réinventer son corps. J’espère, comme Sisyphe espérait, mais l’espoir n’apaise pas, il déchire.

Vous dites que l’on a toujours tort face à la tradition pourquoi ne pas convoquer la philosophie du marteau (Nietzsche) pour casser cette hérésie ? Laisser faire et subir (pérennité) n’est-ce pas une complicité ?

Il y a des métamorphoses et des révolutions qui ont besoin de temps. Zarathoustra a renversé les tables de la loi et je pense que par moments un peu de tempête remet les choses en ordre. Et en même temps, je suis lecteur des stoïciens qui nous disent que la violence est fille aînée de la faiblesse. Il faut donc trouver un juste équilibre. Mon livre est davantage un cantique d’espérance, moi qui suis un travailleur au noir, j’essaie simplement de tirer l’humain au clair.

Merci Gaston-Paul EFFA , longue et bonne route. Votre livre dit de belle manière ce que tous nous savons, mais que nous refusons de voir interview en 2009
Pape Bakary CISSOKO Philosophe-Conférencier et Formateur

UN PETIT BAOBAB POUR VIVRE ENSEMBLE par Yaya Sickou Dianka préface d'Eric Belloir

 

UN PETIT BAOBAB POUR VIVRE ENSEMBLE par Yaya Sickou Dianka
préface d'Eric Belloir  ed L'harmattan 

Écrire l'Afrique ROMANS, NOUVELLES AFRIQUE NOIRE EUROPE OCCIDENTALE France Sénégal
« Des mots courent dans ma tête aux quatre vents : quatre langues qui se croisent, se côtoient, se mêlent et s'enrichissent comme les quatre
points cardinaux. C'est au Sénégal que je suis né, Sarakholé en pays soninké, j'ai grandi chez les Peuls, j'ai étudié auprès des Wolofs et je
travaille aujourd'hui au pays des Gaulois depuis près d'un quart de siècle. Les vocables dont je dispose ne souhaitent pas avoir raison les
uns des autres, mais se complètent et cherchent des réponses. Selon les personnes et les circonstances, je pense dans l'une de ces langues
et il m'arrive de m'exprimer dans une autre. Comprendre et se faire comprendre est la source du bien-vivre ensemble. Ce que je suis
aujourd'hui, je l'ai puisé au sein de ma famille, de mon village, je l'ai appris auprès de mes maîtres et complété par les rencontres que j'ai faites.

Je cherche continuellement à renforcer cette succession de fidélités avec celles et ceux qui m'ont accueilli en France. Passé, présent et futur cohabitent ; tout dialogue en moi crée une Babel heureuse ! »
Parti de son expérience, l'auteur a tenté de semer, au fil des pages de ce livre, les ferments d'un dialogue pour que poussent, en tous lieux,d'autres petits baobabs.
Yaya Sickou Dianka est en France depuis 1984. Il est diplômé de l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris (EHESS). Cadre éducatif, il a travaillé dans l'enseignement catholique pendant 20 ans en qualité deconseiller principal d'éducation. Membre fondateur de plusieurs associations (Maison de l'artisanat du Mantois, Association des enfants d'Ouro-Sogui et des Yvelines...), il est également conseiller municipal et président du conseil de quartier de Saint-Quentin. Chantal Maupied a concouru à l' élaboration de ce témoignage. Journaliste, elle anime par ailleurs des ateliers d' écriture et réalise des biographies. Illustration de couverture de Kardiatou Dianka.

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