Ex-libris

Ethique du samouraï moderne -Patrice Franceschi


• Grasset 13 Février 2019

"Cet ouvrage est une philosophie de vie. P B Cissoko

Jusqu'à sa disparition en 2010, maître Isogushi enseignait au dojo d'Ishen dans le sud du Japon. Son enseignement comportait deux disciplines inséparables : pour le corps et pour le mental, la transmission de l'ensemble des arts martiaux traditionnels ; pour l'âme et pour l'esprit, un guide nouveau pour la conduite de la vie. On ignore combien d'élèves forma maître Isogushi, venus des cinq continents, et il ne reste de cet enseignement que les notes de cours prises par mon vieil ami Emiliano Zapoga dit « le Mexicain », ici rassemblées. Le maître a voulu que ses propos soit autonomes, tout en formant un modèle éthique complet, utilisable de manière concrète par n'importe quel homme ou femme. A quoi j'ajoute jeune adulte qui cherche une conduite à sa vie ».

Ainsi commence cet extraordinaire ouvrage de Patrice Franceschi : une « éthique » personnelle, forgée au fil des années par l'auteur, entre ses études approfondies de philosophie à la Sorbonne, sa passion pour les stoïciens ; et sa pratique des arts martiaux, de l'engagement et de la lutte, depuis l'Afghanistan jusqu'au kurdistan syrien... Ce « petit manuel de combat » rassemble 327 courts chapitres, mélodieux, philosophiques, universels. Ici une brève parabole ; là un aphorisme surprenant ; ici encore, un paradoxe. Chaque ligne étonne, secoue, oblige. C'est à la fois une éthique ; un manuel de haute tenue pour une époque où rien ne semble tenir, et nous tenir. Et la recherche d'une voie, à l'évidence humaniste, poétique - à la manière d'un Kipling écrivant à son fils. Romancier, explorateur, baroudeur, Patrice Franceschi est aussi un passionné de sagesse, une sagesse active, vive, enthousiaste - il nous offre ici le plus beau des traités, dans une langue nette et forgée par le temps.


On pourra lire ceci sur l'auteur si solitaire ....


« Écrivain, aviateur, marin, cinéaste... à l'opposé de nombre d'aventuriers solitaires, Patrice Franceschi, président de la Société des explorateurs français, est un voyageur solidaire, toujours engagé dans un « juste combat » dans un coin ou l'autre de la planète (ces temps-ci, au Kurdistan). Rencontre avec un penseur hyperactif, qui a fait sien
L'Écho touristique : Écrivain, aviateur, marin, cinéaste... vous multipliez les modes d'exploration comme les moyens d'expression. Poussé par quel appétit, quelle quête ?
Patrice Franceschi : La vie, tout simplement. En France, où l'on aime les cases, on me reproche ma multiplicité. Mais, à mes yeux, c'est se limiter à un morceau de vie qui n'est pas raisonnable. Tout appréhender, voilà mon but, répondre aux trois questions fondamentales :

« 1) Le monde, comment ça marche ? 2) La vie, qu'est-ce que c'est ? Et 3) Les autres, c'est qui ? » Nos existences ne sont qu'une lente maturation durant laquelle on cherche à comprendre ce que l'on vit. Mais, pour moi, cette exploration du monde afin de le comprendre n'a de sens qu'à la condition d'être féconde, que si l'on fait soi-même quelque chose des réponses que l'on trouve. Dans mon cas, ce sont des livres. Vivre pour simplement expérimenter, ressentir, être ému... ne m'intéresse absolument pas. Ce qui m'intéresse, c'est d'analyser et de comprendre. Car c'est cette dimension-là uniquement, celle de la raison, qui fait de nous des êtres humains authentiques.


Loin d'être un loup solitaire, vous êtes un voyageur solidaire, engagé successivement aux côtés de tribus indigènes, de la résistance afghane, des Kurdes. Vous avez été président de Solidarités International et à l'initiative de nombreuses campagnes humanitaires. Qu'est-ce qui rend les hommes si attachants à vos yeux ?
C'est la troisième question fondamentale à laquelle j'essaie de répondre et que je vous ai citée : rien de ce qui est humain ne m'est étranger. Je ne me fais pas d'illusion sur la nature humaine, mais il faut pourtant, au moyen de la raison, dépasser les travers humains, l'intérêt, les passions... Je me place clairement dans la vieille filiation stoïcienne ayant donné le jour à l'humanisme, un humanisme aujourd'hui attaqué de toutes parts. Aussi, je défends toujours la cause des hommes et ne voyage jamais là où il n'y en a pas. Cela ne m'intéresse pas. J'ai assisté à tant de tragédies que ne pas s'engager aux côtés des hommes me serait impossible. Agir est la seule chose qui m'intéresse et nous pouvons tous le faire !


Vous avez mené vos explorations du monde de mille façons. Mais depuis une quinzaine d'années, vous avez élu domicile à bord de ce navire sur lequel nous sommes, La Boudeuse. Pourquoi avoir choisi un tel bateau ?


Je ne suis attaché à rien de matériel ; je suis un nomade qui se pose en Corse, sur ce bateau, ou encore chez les Kurdes. Je nourris une vraie passion pour la mer et ce genre de navires traditionnels, qui sont un sommet d'exigence. Ce trois-mâts permet de voyager partout dans des conditions de romantisme et de poésie inégalables, une forme de liberté et d'aventure oubliées à l'heure où le contrôle et la sécurité deviennent les (terribles !) règles communes. Or, c'est la fable du chien et du loup : plus vous avez de sécurité, moins vous avez de liberté. C'est mathématique et il faut choisir ! Ce bateau est un peu l'expression d'une certaine liberté, qui agonise et sera bientôt oubliée.


Quels voyageurs vous ont, vous, inspiré et poussé à étendre le champ d'action de votre existence à la planète entière ?
Aucun pur voyageur – très peu sont intéressants. Ce qui n'est pas le cas des écrivains-voyageurs : Kessel, Hemingway, Buzzati... tous nous parlent, d'abord, de la condition humaine et de la façon dont chacun peut sortir de l'étroitesse de celle-ci, surtout lorsque l'on va dans des endroits où les choses ne se passent pas spécialement bien. Se rendre compte, réaliser, témoigner, agir pour changer les choses, voilà ce qui m'intéresse : trouver des réponses aux trois questions fondamentales du début et y ajouter la fécondité, l'action fructueuse.


Quel regard portez-vous sur le tourisme ?


Il existe un tourisme de masse extrêmement réducteur et destructeur. Je reviens des îles Vanuatu où il a détruit une tradition millénaire, le saut du gol (l'ancêre du saut à l'élastique – NDLR), transformant les hommes en bouffons pour touristes australiens. Et c'est vrai partout. C'est le contraire même du voyage, qui est toujours apprentissage, initiation. Voyager, c'est prendre un minimum de risques et de responsabilité, seule manière d'apprendre. Il faut certes pousser les gens à voyager, mais pas en leur imposant un mode de voyage vidé de son sens. Oui à l'aide technique pour s'occuper des billets, des transports, etc. mais pas pour trimbaler de grands groupes entièrement pris en charge. Comme toute chose, le tourisme a des aspects positifs et d'autres négatifs. J'ai étudié les TO et regardé comment ils travaillaient. Pour comprendre, comme toujours. Je suis allé récemment en République dominicaine, 15 jours, à l'hôtel, en famille. Je n'ai pas bougé. J'ai bouquiné, profité, rechargé mes batteries. J'étais venu pour cela, c'était parfait. Merci. Juste après cela, dans la vallée de l'Omo (en Éthiopie – NDLR), les cars redémarraient et un local, qui venait de singer ses ancêtres, démaquillait son visage peinturluré pour repartir à mobylette. « Pourquoi faites-vous cela ? » lui ai-je demandé. Grand sourire : « Pour la tune ! » L'argent fausse tous les rapports humains et, de plus, on montre aux touristes quelque chose qui n'existe pas. C'est une mise en scène, le contraire de la réalité. C'est cette imposture destructrice créée au nom du profit par un certain tourisme que je ne supporte pas. Avec les Bateaux-Mouches, en revanche, aucune duperie : on voit les choses sous un autre angle, on redécouvre Paris, c'est génial. Une part de lumière, une part d'obscurité, comme tout !


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Justement : l'industrie des voyages est devenue la première au monde. Chacun, de nos jours, se rend partout, même en Antarctique ! Quelle place reste-t-il pour les voyages d'exploration et les explorateurs ? Vont-ils disparaître ? Évoluer ?
Ils vont disparaître, oui. Si ce n'est déjà fait. Aujourd'hui, on se fait poser en hélico au pôle Nord et au Cap Horn, où on veut. Les gens disent : « J'ai fait le Cap Horn. » Sur un bateau de 50 m avec 5 000 passagers à bord... Ils n'ont rien fait du tout ! Rien, en tout cas, de ce qui fait de ces lieux des mythes : leur inaccessibilité. Cependant, on va bientôt m'interdire de passer ce même Cap Horn sur mon voilier pour « mise en danger de la vie humaine » ! Il faut arrêter de promettre le monde sauvage, il n'existe plus et ce qui en reste deviendra de moins en moins accessible à chacun, au nom de la sécurité.%%HORSTEXTE:2%%
Alors, peut-on voyager partout ? Doit-on, au contraire, "préserver" (d'urgence) certains lieux et populations (animales comme humaines) du flot touristique ?
Dans notre société du divertissement et du profit, il convient, parfois, d'être intolérant. On a parlé des aspects "rouleau compresseur" du tourisme. En Amazonie, certaines zones ne sont plus accessibles, sauf en se procurant des autorisations. Et c'est bien. Idem en Guyane française depuis longtemps. Tout aussi indispensable. En ce moment même, certains politiques et financiers mettent tout en oeuvre pour faire sauter les clauses qui protègent l'Antarctique. S'ils y parviennent, ce sera la catastrophe. Face à la multiplication des tragédies, il faut parfois limiter, voire interdire, les accès à certains milieux naturels et humains devenus rares.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui aspirent de nos jours à vivifier leur esprit d'aventure ? Comment et où engager ses pas pour s'enrichir, à votre image, d'une vie dont chaque seconde semble porteuse d'un souffle conscient ?
L'esprit d'aventure, ce sont quatre vertus : la capacité au risque, le non-conformisme, le goût de la liberté et le désir d'apprendre. Si vous disposez de cela – qui est libre et gratuit, rien de plus démocratique ! – vous avez tout... Alors, partez, voyagez (seul), mais en conscience et avec cette volonté d'en faire quelque chose, d'être fécond. Vous tirerez un constat pessimiste du monde (pas des hommes), mais vous vous forgerez une vie active, passionnée et pleine d'optimisme. Vous allez vous dépouiller de tout et découvrir la vraie richesse, intérieure. « Tout, toujours » n'est qu'une affaire d'intention manifestée, puis de lucidité.
Changement climatique, pollutions, épuisement des ressources d'un côté. Étonnant génie humain, coeurs vaillants et hommes de bonne volonté de l'autre. Qui va emporter le grand combat qui s'annonce, selon vous ?
Je ne suis ma......
https://www.lechotouristique.com/article/patrice-franceschi-cet-ecrivain-qui-voyage-en-solidaire,85238

Foutez-vous la paix ! et commencez à vivre de Fabrice Midal

 

Un ouvrage qui peut choquer mais à lire de façon apaisée pour comprendre que l'humain s'embarrasse de beaucoup alors que la simplicité comme mode de vie peut soulager. P B CISSOKO


Qu'est-ce que ce livre ?


Et si le grand problème actuel était que la plupart des injonctions qui nous sont assénées pour nous calmer ne font que nous mettre une pression plus grande ? Il faudrait « méditer », manger comme ceci, faire tel entraînement pour être en forme, avoir de l'initiative, ne pas parler comme cela, être à la fois calme et dynamique, chaleureux et sérieux...

Et si au contraire il fallait plutôt commencer par se foutre la paix pour commencer à vivre ?

Mais comment lâcher-prise et se donner l'autorisation d'être soi-même ?


C'est ce que proposera d'explorer Fabrice Midal dans son nouveau livre Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre dont les différents chapitres inviteront à :


Chapitre 1- Cessez de méditer — Ne faites rien
Chapitre 2- Cessez d'obéir — Vous êtes intelligent
Chapitre 3- Cessez d'être sage — Soyez enthousiaste
Chapitre 4- Cessez d'être calme — Soyez en paix
Chapitre 5- Cessez de vous réfréner — Désirez !
Chapitre 6- Cessez d'être passif — Sachez attendre
Chapitre 7- Cessez d'être conscient — Soyez présent
Chapitre 8- Cessez de vouloir être parfait — Acceptez les intempéries
Chapitre 9- Cessez de chercher à tout comprendre — Découvrez le pouvoir de l'ignorance
Chapitre 10- Cessez de rationaliser — Laissez faire
Chapitre 11- Cessez de vous comparer — Soyez vous-même
Chapitre 12- Cessez d'avoir honte de vous — Soyez vulnérable
Chapitre 13- Cessez de vous torturer — Devenez votre meilleur ami
Chapitre 14- Cessez de vouloir aimer — Soyez bienveillant
Chapitre 15- Cessez de discipliner vos enfants — La méditation n'est pas de la Ritaline
Conclusion- L'émerveillement d'être
Entretien autour de « Foutez-vous la paix »


Voici l'entretien que j'ai eu avec quelques membres de l'École occidentale de méditation que j'ai plaisir à partager avec vous tous...


Vous venez de publier « Foutez-vous la paix... et commencez à vivre ! ». Un livre de plus dans votre impressionnante bibliographie ?


Fabrice Midal : Ce livre est un tournant dans mon existence. Depuis des années, j'essaye de transmettre la pratique de la méditation en Occident. Ce travail m'impose de réfléchir à la situation dans laquelle nous vivons, nous, Occidentaux, et aux défis que nous rencontrons. Il m'apparaît évident qu'année après année, il faut repenser à neuf le sens profond de la pratique ! On ne peut pas se contenter de répéter des usages qui ont existé un jour en Orient. « Foutez-vous la paix » marque une nouvelle étape qui m'est quasiment imposée par le monde d'aujourd'hui.


Qu'est-ce qui a donc tellement changé dans ce monde ?


Fabrice Midal : Sans doute la manière, jamais aussi violente, avec laquelle nous parvenons à intérioriser l'état de compétition de nos sociétés. Nous en arrivons à tout transformer en outils en vue de réussir quelque chose. Tout, y compris la méditation, devenue un instrument de plus de la violence économique qui est en train d'abîmer notre monde. Ou, à l'inverse, considérée comme le rêve d'un état de calme où nous serions à l'abri de cette violence sans nous y relier, comme si l'on pouvait prétendre s'abriter dans un bunker étanche.
La méditation pouvait nous offrir un cadeau : nous autoriser à être comme nous sommes. Mais ce cadeau est bloqué. Sans doute, aussi, parce que son énoncé est trop abstrait ? Je le dirais alors autrement : Foutez-vous la paix ! Arrêtez de vous torturer ! Dans ce livre, je me livre à un exercice : essayer de discerner ce qui peut, de manière très concrète, nous aider à trouver ce sens de paix, de présence, qui ne soit ni un nouvel instrument de torture, ni une illusion de calme.


Concrètement, qu'est-ce qu'une méditation où l'on se fout la paix ?


Fabrice Midal : C'est une méditation où l'on ne cherche rien : ni à être calme, ni à faire le vide dans sa tête, ni à atteindre un état spirituel quelconque. Rien, à part se foutre complètement la paix et s'autoriser à être un humain. Je ne fais au fond que reprendre la définition propre de la méditation : entrer en rapport au présent tel qu'il est, sans jugement. En réalité, je vois autour de moi que cette définition n'est pas comprise dans toute sa radicalité. Je vois aussi qu'un « Foutez-vous la paix ! » est le secret à la fois le plus simple et le plus profond pour comprendre la pratique. Ces deux termes sont, aujourd'hui, perçus comme contradictoires : on estime que si c'est profond, ça va être compliqué ; et que si c'est simple, ce sera simpliste.

C'est faux ! Le génie de la pratique réellement comprise est qu'elle est toute simple et extrêmement profonde. Je signale ici que j'ai mis en ligne, sur mon site internet, et en accès gratuit, les premiers exercices que j'ai conçus en ce sens. Ils seront suivis par d'autres exercices... pour apprendre à se foutre la paix.


Foutez-vous la paix ne serait pas une autre façon de dire : soyez présent ?


Fabrice Midal : « Soyez présent » est une injonction devenue très abstraite. Vous entrez en réunion, vous êtes stressé, angoissé. Vous répéter « Je dois être présent » ne vous sera pas très utile pour éloigner cette pression qui vous écrase et vos angoisses de mal faire. Etre présent en mangeant en pleine conscience ou en marchant en pleine conscience ne cible pas la cause de notre souffrance. Nous souffrons parce que nous voulons être parfaits, parce que nous ne nous autorisons pas à être. Ni même, d'ailleurs, à vivre dans un état de pleine présence.
Vous foutre la paix, c'est autre chose. C'est accepter que vous n'avez pas besoin d'être parfait : il vous suffit d'être vous-même, confronté à cette pression au moment d'entrer en réunion. C'est alors que vous serez ouvert au saut radical de la présence. Un saut libérateur sans lequel on ne vit pas le moment présent...
Foutez-vous la paix semble renfermer une promesse de laxisme...


Fabrice Midal : C'est la question centrale. Nous avons tous, y compris moi-même, l'impression que si nous nous foutons la paix, si nous arrêtons de nous torturer, nous ne ferons rien, nous cèderons au laxisme et à la procrastination – le fait de tout remettre au lendemain. Alors, nous nous torturons, persuadés que les coups de fouet nous sont indispensables pour avancer. Essayez, foutez-vous la paix. Curieusement, vous vous rendrez compte que vous êtes alors au sommet de l'activité et de la justesse en toute situation. Tout l'enjeu de mon livre est de reconnaître et de mettre en valeur les rouages de ce mécanisme.


N'est-il pas trop tard pour apprendre à se foutre la paix ?


Nous sommes conditionnés par notre éducation qui nous interdit de le faire !
Fabrice Midal : Nous sommes surtout éduqués à ne pas nous faire confiance. Depuis la plus tendre enfance, on nous enjoint de tout vérifier, de ne pas nous laisser aller, de maintenir et renforcer la pression sur nous-même. On a l'impression que si nous nous laissons aller, un horrible monstre apparaîtra. Et pour qu'il n'apparaisse pas, nous ne devons pas relâcher notre auto surveillance. C'est une manière de nous terroriser. Arrêtons de nous torturer, pour donner droit à la bienveillance, qui n'est pas le laxisme, et qui est aussi le cœur central de la méditation.


Torturer n'est pas un mot trop fort ?


Fabrice Midal : C'est le mot juste. La manière dont nous nous traitons relèverait, si on la pratiquait sur autrui, de la loi sur le harcèlement. Nous avons oublié d'acheter du café ? Nous nous insultons (« quel(le) imbécile je suis ! ») au lieu de nous réconforter comme on le ferait avec un ami (« Ce n'est pas grave, on ira au bistro du coin »). Nous arrêtons de courir pour nous poser entre deux tâches ? Ce sont encore des insultes et des coups de fouet. En fait, nous nous traitons exactement comme les esclaves du XVIIIe siècle : jamais encouragés, toujours insultés, traités de fainéants et de bons à rien.

Les esclavagistes craignaient que la moindre bienveillance à l'égard de leurs esclaves transforme ceux-ci en monstres. C'est l'attitude que nous avons avec nous-mêmes. Nous avons peur de nous foutre la paix, nous ne nous donnons pas les droits les plus élémentaires que nous accordons aux autres ! « Foutez-vous la paix » répond à un problème majeur de notre temps, révélé par le burn-out, une maladie étonnante puisque, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des individus s'effondrent parce qu'ils veulent tellement bien faire qu'ils ne sont plus en rapport avec eux-mêmes. Foutez-vous la paix, c'est retrouver l'écoute de soi qui nous rend libres et créatifs.


Se foutre la paix, en méditant et dans la vie de tous les jours ?


Fabrice Midal : Evidemment ! Je voudrais éclairer la pratique de la méditation en tant que geste fondamental pour surmonter la violence sociale et la haine de soi. Je veux surtout montrer les applications concrètes de cette pratique dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Chaque chapitre est une main tendue au lecteur en ce sens. Aujourd'hui, le défi n'est pas d'enseigner la méditation, mais d'appliquer la méditation à la vie quotidienne, non pas avec des exercices supplémentaires, mais avec l'idée que la perspective ouverte dans la méditation colore tout le reste de ma journée et transforme en profondeur mon rapport à moi, aux autres et au monde.

Cécile Ladjali - Illettré

 

Illettré raconte lhistoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen, qui chaque matin pointe à l'usine et s'installe devant sa presse ou son massicot. Dans le vacarme de l'atelier d'imprimerie, toute la journée défi lent des lettres que Léo identifie vaguement à leur forme. Élevé par une grand-mère analphabète, qui a inconsciemment maintenu au-dessus de lui la chape de plomb de l'ignorance, il a quitté le collège à treize ans, régressé et vite oublié les rudiments appris à l'école.

Puis les choses écrites lui sont devenues peu à peu de menaçantes énigmes. Désormais, sa vie d'adulte est entravée par cette tare invisible qui grippe tant ses sentiments que ses actes et l'oblige à tromper les apparences, notamment face à sa jolie voisine, Sibylle, l'infirmière venue le soigner après un accident. Réapprendre à lire ? Renouer avec les mots ? En lui et autour de lui la bonne volonté est sensible, mais la tâche est ardue et l'incapacité de Léo renvoie vite chacun à la réalité de ses manques : le ciel semble se refermer lentement devant celui que les signes fuient et que l'humanité des autres ignore.

Centré sur le combat de Léo contre son illettrisme, le nouveau roman de Cécile Ladjali est un livre d'énergie et de conviction qui ouvre une voie imprévue et poétique sur ce handicap invisible, poursuivant une réflexion qui lui est chère autour des mots, de l'école, de la dignité et de l'estime de soi, impossibles sans le langage.

Kristelle Chassang -Ethan ira-t-il à l'école ? ( handicap et scolarité)


Le combat d'une mère sur l'handicap ....

«Ça va être compliqué...» : quatre mots leur suffisent pour se débarrasser du problème. Le problème, c'est Ethan. Ethan est un petit garçon polyhandicapé. En soi, bien sûr, Ethan n'est pas un problème, c'est un petit garçon qui demande plus d'attention que les autres, une présence plus soutenue : il faut s'adapter à lui. Mais c'est précisément ce que tout le monde refuse de faire, et voilà comment, par mauvaise volonté plus que par malveillance, un enfant se voit privé d'école.
Il faut toute l'énergie et tout l'amour de sa mère pour se battre contre ceux qui baissent les bras avant même d'avoir levé le petit doigt.

Depuis plus de dix ans, Kristelle Chassang se bat pour que son fils aille à l'école, conformément à la loi du 11 février 2005. Malheureusement, ce combat quotidien, c'est aussi contre des soignants et des enseignants qu'elle le mène : cruel paradoxe... Ce témoignage bouleversant met en lumière les défaillances de notre système, la charge immense que portent les parents d'enfants handicapés et notre silence coupable, notre responsabilité collective.

Quelle société traite ainsi ses enfants?

Pourquoi avons-nous si peur de la différence?


Sur europe1


Cette année-là, Ethan avait été relégué dans le couloir, sans chauffage Parce qu'il faisait "trop de bruit" en classe pour sa maîtresse Sa mère, Kristelle Chassang, se bat aujourd'hui pour la scolarisation des enfants handicapés "Je sais jusqu'où mon fils peut aller et je pense même que je suis loin d'imaginer jusqu'où il peut aller. Je n'accepte pas qu'on lui mette des barrières, qu'on veuille l'enfermer dans une vie toute faite. Il a beaucoup à donner et il a toute sa place dans sa société" Pour les enfants comme Ethan, cette mère réclame plus d'auxiliaires de vie scolaire tempête Kristelle Chassang Retrouvez "Ethan ira-t-il à l'école ?" de Kristelle Chassang aux éditions Autrement Interview au micro de Nikos Aliagas. A retrouver tous les jours de 7h à 9h sur Europe 1 https://www.europe1.fr/societe/scolarisation-des-enfants-handicapes-jai-toujours-estime-quil-avait-sa-place-comme-tout-le-monde-dans-la-societe-3855572

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