Edito

Lettre ouverte au Premier Ministre du Sénégal

Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi de vous dire avec respect et considération pour vos hautes fonctions, que l’attente des Sénégalaises et des Sénégalais de la diaspora ne semble pas être prise en compte par ce gouvernement que vous venez de constituer.

Monsieur le Premier Ministre, nous n’avons nullement la prétention de vous dicter votre politique encore moins faire dans le nihilisme par rapport aux actions que votre gouvernement fait ou compte faire pour la diaspora. Mais lorsqu’une composante si importante et qui a prouvé son dynamisme dans le développement du Sénégal ne se retrouve pas dans votre intervention donnant le cap du nouveau gouvernement, nous pensons nécessaire de relever ce qui semble être un oubli majeur de votre part.

Et puisqu’il y a traditionnellement une déclaration de politique générale avant de mettre le gouvernement au travail, j’ai pensé vous écrire cette lettre pour attirer votre attention sur le fait que vous êtes peut-être en train de dresser toute une partie des Sénégalais parmi les plus dynamiques, contre vous et votre gouvernement.

Un adage dit que « lo kham kham Samba, Samba gueune la kham bopam », que l’on peut traduire littéralement : Samba se connaît mieux lui-même que quiconque d’autre. Je laisse la latitude aux linguistes de me corriger. Tout ça pour vous dire, Monsieur le Premier Ministre que nous les émigrés, nous sommes les mieux placés pour vous décrire les situations que nous vivons dans nos différents pays d’accueil, les difficiles relations que nous avons avec notre administration (Etat et consulaire) et les solutions que nous avons pensées nous-mêmes pour améliorer nos conditions de migrants aspirant à participer au développement de notre pays.

Monsieur le Premier Ministre, savez-vous qu’au Gabon, en Guinée Equatoriale et en Angola, les Sénégalais sont victimes très souvent de tracasseries policières ce qui se traduit par de la maltraitance, de la confiscation de leurs biens, des emprisonnements arbitraires et des expulsions sans aucun respect de leurs droits ?

Savez-vous qu’en Afrique du Sud, les migrants sénégalais se font voler ou tuer par des bandes criminelles et ils qu’ils n’ont pas souvent la protection et le soutien nécessaire de la part des autorités sud-africaines ?

Savez-vous Monsieur le Premier Ministre les tracasseries policières et douanières que nos compatriotes résidents en Côte d’Ivoire, au Mali, en Gambie, en Guinée Conakry etc. subissent lorsqu’ils passent les frontières pour rejoindre leur famille au Sénégal ou doivent retourner dans leur pays de résidence ?

Savez-vous qu’en Allemagne des milliers de Sénégalais sont détenus et en attente d’expulsion et que circulent beaucoup de rumeurs de connivence entre les autorités sénégalaises et allemandes sur un supposé deal financier, sans que l’Etat du Sénégal n’apporte des éclaircissements ?

Savez-vous que des Sénégalais sont sur la route pour rallier l’Europe par la mer méditerranée et qu’ils sont soient kidnappés par des criminels en Libye, s’ils ne sont pas arrêtés et détenus dans des conditions inhumaines par des groupes armés ou qu’ils périssent en mer au tour de Lampedusa ?

Monsieur le Premier Ministre, des Sénégalais partis aux USA sont bloqués là-bas, pour certains des dizaines d’années sans pouvoir revenir aux côtes de leurs familles, car tout retour leur interdirait à jamais de regagner ce pays où ils gagnent honnêtement leur vie.

En Italie, des Sénégalais qui ont travaillé pendant des années sont privés de tous droits d’une pension de retraite une fois que l’âge les obligent de rentrer au pays.

Des femmes sénégalaises parties travailler dans les pays du Golf ou au Liban sont victimes de maltraitance et d’abus de la part de leurs employeurs et des cas extrêmes comme celle de notre sœur Mbayang Niang qui risque la décapitation en Arabie Saoudite, font souvent la une des journaux sans que nos autorités ne prennent les choses au sérieux.

Des migrants sénégalais sont assassinés régulièrement et souvent nos autorités font comme si c’est un fait divers banal, alors que nous voyons la mobilisation des autorités américaines si un des leurs est en difficulté quelque part dans le monde quel que soit ce qu’il a fait ou qui il est.

Monsieur le Premier Ministre, des étudiants sénégalais ayant fini leurs études et souvent dans des domaines pointus et très demandés dans notre pays sont en errance dans les pays développés et certains acceptent même de prendre des emplois sous qualifiés alors que le Sénégal a un réel besoin de leur expertise.

Monsieur le Premier Ministre, la plupart de nos ambassades et consulats sont souvent dirigés par des personnes très marquées politiquement, qui confondent leurs missions à un travail de permanence de parti politique et des relations très heurtées se créent avec la diaspora ce qui empêchent à la diplomatie sénégalaise de jouer pleinement sous rôle.

Cette liste n’est pas exhaustive et il y a certainement d’autres situations vécues par des Sénégalais dans leurs pays d’accueil respectifs et qui méritent votre attention et une prise en charge par le nouveau gouvernement que vous êtes en train de mettre en place.

Monsieur le Premier Ministre, nous voulons porter à votre connaissance un certain nombre de doléances de la diaspora en espérant être entendu et qu’au moins une partie de celles-ci soit reprise dans votre déclaration de politique générale ou tout au moins, donnez-nous espoir que les Sénégalais de la diaspora ne sont pas oubliés dans les choix politiques que vous êtes en train de mettre en place.

Je reviens avec une vielle doléance portant sur la restriction en matière d’importation de véhicules d’occasion. Jusqu’à maintenant, le gouvernement ne nous a pas donné une raison valable justifiant cette mesure alors que nous, nous avons des arguments qui prouvent la contre-productivité de cette mesure qui nuit aux intérêts économiques du Sénégal par rapport aux pays voisins.

La mesure interdit aux transporteurs sénégalais d’importer des camions de plus de 10 ans, alors que le transporteur malien ou guinéen peut importer un véhicule de 20 et en suite venir circuler sur nos routes avec des marchandises chargées dans leurs pays. Ce qui s’y connait un peu en transport savent qu’avant, c’était les transporteurs sénégalais qui convoyaient les conteneurs, le ciment et les carburants au Mali alors que maintenant l’axe Dakar-Kaolack est saturé par les gros porteurs maliens, tous âgés de plus de 10 ans. 

Les bus gambiens qui font la navette entre Banjul et Dakar ont tous plus de 10 ans alors que les transporteurs sénégalais doivent continuer à utiliser les vieux ndiaga ndiaye qui prennent à peine 40 personnes.

Les bureaux économiques des ambassades n’ont aucune efficacité car gérés par des fonctionnaires qui n’ont aucune connaissance de l’environnement des affaires dans les pays où ils sont affectés alors que la diaspora regorge de compétence capable de booster les échanges économiques s’ils sont responsabilisés dans ces structures.

Monsieur le Premier, la diaspora veut sa banque et elle y travaille depuis des années pour avoir des produits financiers (assurance, crédits etc.) spécifiques et correspondant à ses besoins, elle veut que ses enfants puissent travailler dans la fonction publique du Sénégal, elle veut pouvoir accéder plus facilement aux fonciers, aux crédits de la BHS, être soutenu lorsque des spéculateurs fonciers sans scrupules les arnaquent dans leur quête de trouver un habitat au Sénégal. Et là aussi nous avons besoins d’écoute et de soutien de la part du gouvernement.

Nous ne voulons plus faire des kilomètres ou rester des mois à attendre un passeport pour voyager et nous réclamons un ministère des Sénégalais de l’extérieur de plein exercice car 3 millions de personnes qui contribuent pour un tiers du budget du Sénégal ne doivent plus être gérées par un secrétaire d’Etat ou une direction.

Nous réclamons des réactions fermes de votre part, par rapport à la recrudescence des assassinats et des expulsions de nos compatriotes dans leurs pays d’accueil. Il faudrait lors de vos commissions mixtes avec des pays à forte présence sénégalaise, défende plus les intérêts de la diaspora en se concertant auparavant avec elle pour mieux négocier.

Monsieur le Premier Ministre, cette missive est l’expression du tréfonds de beaucoup de Sénégalais de la diaspora qui souffrent de l’absence de l’Etat, qui doit pourtant protection à tout citoyen quel que soit le territoire où il se trouve. Il serait dès lors temps que vous créiez des espaces de dialogue avec la diaspora sans aucun tamis politique, pour plus d’efficacité dans les politiques destinées aux Sénégalais de l’extérieur.

Veuillez croire Monsieur le Premier, à notre profond respect.

Ibrahima Wade

Bruxelles, Belgique

Premier ministre

Fév 21, 2014 Poster par
Premier ministre

Par Ichrono : Un bon Premier ministre, il conduit le gouvernement, traduit en actes la vision du Président de la République. Egalement, il doit être, un bon fusible pour celui  qui est communément appelé le premier des Sénégalais.Les choses vont mal, le Premier ministre est un exutoire de choix pour toutes les récriminations. Et quand les difficultés atteignent un seuil délicat, il saute afin de susciter de nouveaux espoirs. C’est le cas pour Abdoul Mbaye. A dire vrai, il avait le profil de l’emploi. Réputé bon banquier, il était moins bien préparé pour occuper un poste politique.

En politique, comme en démocratie, l’avis du moins bien informé dans un domaine précis mérite une attention singulière. Il a droit à une réponse à la limite de son niveau de compréhension. Abdoul Mbaye était souvent agacé par la rumeur publique, les questions mal informées. Il n’avait pas un bon niveau de wolof, ce qui est une faute. Car ce n’est pas en français qu’on s’adresse au peuple, qu’on peut le séduire, le rassurer.

Il n’a pas manqué de dire la vérité aux habitants de Dakar qui vivent dans les zones inondables comme Viviane Wade l’avait dit en son temps. Ce n’est pas normal de s’installer dans les bas-fonds. C’est vrai. Mais cela règle-t-il le problème ? Non. Ils attendaient un discours sur des mesures transitoires et durables pour les sortir de ce pétrin. Devant, les députés, lors de sa déclaration de politique générale, il s’est très vite emporté quand on lui rappelé son passé de banquier qui a eu à gérer l’argent du dictateur tchadien Hissène Habré. Pour la diminution du prix des denrées de première nécessité, il a également été très catégorique : il n’est pas possible de faire mieux.

Dernièrement, avec la pression constante sur lui, il a pris beaucoup de libertés par rapport à ses prérogatives et sur l’ascendant de Macky Sall. Un président déteste une dualité, même sourde au sommet…

N’y ajoutons pas l’atmosphère globale de malaise. Elle traduit des attentes vaines et une certaine crispation de l’espace social. Quoiqu’en pensent les savants économistes, l’argent ne circule pas autant qu’il l’a été au moment de la chute du régime libéral de Wade. L’économie est tenue, en partie, par les investisseurs. Avec la rigueur ambiante dans l’exercice des comptes publics, ces derniers ont besoin d’être un peu plus rassurés. Non, nous ne sommes pas dans un pays de voleurs même si nous en avons de grands, de très grands.

Par ailleurs, la diminution symbolique du prix de certaines denrées n’est pas assez déterminante si les revenus n’augmentent pas. De grands projets bien ficelés feront du bien au peuple. Après plus d’une année d’exercice, les promesses ne remplissent plus les bols. Il faut faire mieux. Et vite.

Le nouveau Premier ministre voudrait bien accomplir ce dessein. Aminata Touré compte accélérer le chrono. Elle a réussi à le faire dans le cadre de la traque des biens mal acquis. Ce n’était pas évident.Malgré sa promotion, elle perd un certain confort. Car le poste de Premier ministre est plus exposé. Le charme spontané de leader féminin résiste difficilement à une cristallisation des frustrations. Le nouveau Premier ministre devra manœuvrer dans un océan, bientôt déchaîné par la demande sociale, qui a besoin d’actes qui rassurent pour retrouver une houle quiète. Pas de répit ! Le peuple traque les bons points du niveau de vie comme Aminata Touré, les biens mal acquis.

Maam Samba

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