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PRESIDENT SALL, SI VOUS PERMETTEZ… PAR ABDOULAYE ROKHAYA WANE,   Parlons aux dirigeants des médias

 

Au Sénégal, pays de grands intellectuels et traditionnellement de grands débats, le constat le plus partagé est la quasi absence de débat public sur les enjeux, concernant les choix de société et les stratégies économiques, du fait notamment de la peopolisation de la presse. Aussi, on peut se demander, comment la presse sénégalaise pourra t-elle assumer cette fonction indispensable à la démocratie et à la bonne gouvernance si, pour l'essentiel, elle ne s'intéresse qu'aux faits divers, aux ragots, à la rumeur et au divertissement ? On est en droit de se demander également, quelle est la responsabilité de l'Etat pour veiller à ce que la presse, qui vit présentement une crise existentielle et une crise des valeurs, dispose des conditions de son développement?

PRESIDENT SALL, SI VOUS PERMETTEZ... PAR ABDOULAYE ROKHAYA WANE,

Parlons aux dirigeants des médias

Abdoulaye Rokhaya WANE |

Au Sénégal, pays de grands intellectuels et traditionnellement de grands débats, le constat le plus partagé est la quasi absence de débat public sur les enjeux, concernant les choix de société et les stratégies économiques, du fait notamment de la peopolisation de la presse. Aussi, on peut se demander, comment la presse sénégalaise pourra t-elle assumer cette fonction indispensable à la démocratie et à la bonne gouvernance si, pour l'essentiel, elle ne s'intéresse qu'aux faits divers, aux ragots, à la rumeur et au divertissement ? On est en droit de se demander également, quelle est la responsabilité de l'Etat pour veiller à ce que la presse, qui vit présentement une crise existentielle et une crise des valeurs, dispose des conditions de son développement?
La presse nous a souvent honorés

Le questionnement est d'autant plus actuel que si nous goûtons à la démocratie aujourd'hui, nous le devons, en bonne partie, au combat d'avant-garde pour le pluralisme, l'affirmation de la liberté d'expression et la libéralisation du secteur de l'audiovisuel, mené par la presse sénégalaise. Par la formation des consciences et la structuration du débat public, elle a joué un rôle déterminant dans la transparence du scrutin qui a permis au Sénégal de connaître sa première alternance, après quarante ans de régime socialiste. Elle fut également avec la société civile les sentinelles vigilantes qui ont notablement contribué à limiter les dérives de l'ancien régime et à l'avènement de la deuxième alternance démocratique.

S'il nous est loisible de critiquer les contenus et les choix éditoriaux très discutables dans le paysage médiatique dominé par le sensationnel, nous ne pouvons passer sous silence sa remarquable contribution à la marche du pays et à la dénonciation de tous les actes de mal gouvernance.
C'est pourquoi, la question sur le rôle de la presse dans la transformation du pays doit être posée à l'ensemble des acteurs concernés dans une volonté commune de partager un diagnostic et de dégager des solutions. L'exercice est sensible et complexe. Elle exige de chacun responsabilité et respect. S'interroger sur le rôle de la presse relève en grande partie de la responsabilité des journalistes et des dirigeants des médias. Ils sont unanimes à reconnaître que le secteur de la presse vit une double crise.

La presse est en crise

La première est structurelle et met à nu la faiblesse du modèle économique de nos entreprises de presse. Les journaux sont sans cesse déficitaires, les baisses de recettes publicitaires sont constantes, leur diffusion dépend de commerçants analphabète du secteur informel qui ont le contrôle du marché de la distribution et vont jusqu'à influencer la ligne éditoriale pour certains. La distribution est limitée à Dakar qui absorbe 90% du tirage des journaux, très modeste dans son ensemble.

Dans une telle configuration, il ne faut pas s'étonner que les rédactions s'appauvrissent de contenus et de journalistes professionnels. Son instrumentalisation devient plus facile et permet à des entrepreneurs de financer des journaux à perte dans l'espoir de bénéfices futurs ou alors à des fins de règlement de compte ou de communications politique, religieuse ou sociale.

La deuxième est existentielle des métiers et des savoirs faire de la presse écrite, ainsi que du journalisme qui ne se pratique plus de la même manière. Du fait des difficiles conditions de survie, il s'est développé le modèle dominant de la presse qui présente moins de contraintes, moins de charges et qui pour augmenter ses ventes, est amenée à susciter l'attention des lecteurs par des informations sensationnelles, à lui raconter des histoires, cruelles ou émouvantes, à s'adresser à sa sensibilité, à jouer avec ses émotions. L'indignation devant le succès et les méthodes de la presse à scandales n'empêche pas sa prolifération. C'est cette presse de faits divers qui alimente les tribunes radiophoniques, les journaux on ligne et les talk show télévisés. Ces instruments potentiels de développement culturel, politique, informatif et de divertissement sont entrain d'exercer une influence non négligeable sur la formation du système de valeurs de la communauté.

Aujourd'hui, c'est le système « LMD », comprenez lutte, musique et danse, qui charrie quotidiennement nos vies, tellement il domine l'espace médiatique. Ce qui signifie que si nous voulons transformer notre société à partir d'un autre système de valeurs, il nous faut impérativement agir sur l'écosystème du débat public et de la circulation des idées. L'Etat sera bien dans son rôle en proposant et en aidant à sortir de la crise pour que l'espace médiatique se réapproprie sa fonction d'institution du débat public.

La presse a besoin de l'Etat

Face à la presse française, acculée par la crise mondiale qui frappe l'industrie des médias, le Président SARKOSY dira ceci : « le rôle de la puissance publique est de créer les conditions pour que votre environnement professionnel soit sain ; pour que vos équilibres économiques soient préservés ; pour que vous puissiez saisir toutes les opportunité d'une société plus que jamais avide de savoir, de culture et d'information ; pour que votre activité puisse en permanence s'adapter sans contraintes et sans frein ; pour que l'innovation soit possible et encouragée ». Ainsi, dans la volonté de préserver cet espace public, l'Etat encadre, participe au financement, alloue des aides – directes ou indirectes – aux entreprises de presse. L'Etat joue, en d'autres termes, un rôle de garant de l'accessibilité pour tous à une information diverse et plurielle.

En France l'aide à la presse représente 1 milliard d'euros soient, 10% du chiffre d'affaires de la presse écrite. Au Canada, le gouvernement a mis en place d'importants programmes comme le Fonds d'appui aux médias qui a permis de financer les producteurs, les réalisateurs et les diffuseurs pour la réalisation de 27000 heures d'émissions canadiennes. Soit un investissement de 3 milliards de dollars sur les dix dernières années.
Toutefois, cette considération de l'État comme garant de la liberté n'est pas un modèle universel. En effet, pour la presse anglo-saxonne par exemple, la presse s'est posée elle-même comme un « pouvoir » quasi institutionnel de l'opinion publique d'où découlent les fondements de sa liberté et la garantie de son indépendance, notamment à l'égard de l'État. Ceci est particulièrement vrai au Etats unis et en Angleterre.

La presse n'est pas un produit comme les autres

La presse fait partie de l'équilibre des pouvoirs. Elle est un des piliers de la démocratie qui est notre mode de gouvernance publique. C'est pour cela que la presse n'est pas un produit comme un autre. Pour cette raison, ajoutera le Président SARKOSY : « elle ne peut être laissée aux seules lois du marché ».

C'est ce que démontre l'économiste Paul SAMUELSON qui a établit en 1964 une classification entre les biens, distinguant biens privés et biens publics. La rivalité et l'exclusion sont les deux principes sur lesquels s'appuie cette taxinomie : la rivalité est un principe en vertu duquel la consommation d'un bien par agent diminue la quantité disponible de ce même bien par un autre agent ; l'exclusion conduit à écarter de la consommation d'un bien un individu, qui ne pourrait pas ou ne voudrait pas payer, pour jouir de la consommation de ce bien. Un bien privé répond à ces deux principes, à l'inverse du bien public pur.

« En effet, le caractère non rival de l'information – caractère partagé par l'ensemble des produits de contenu (musique, édition, télévision, etc.) – signifie qu'elle peut être consommée simultanément par un nombre arbitraire de consommateurs : la lecture par un individu des informations comprises dans un journal ne peut pas priver les autres individus de la possibilité de les lire à leur tour. De plus, dans le cas d'un accès gratuit (comme pour la radio ou la presse gratuite d'information), l'information se définit comme un bien public pur ». C'est sur la base de ce caractère non rival d'un bien que se justifie économiquement l'intervention de l'État, cette intervention prenant des formes diverses selon les catégories éditoriales dans l'organisation générale des entreprises de presse.

La presse a besoin de partenaires au développement

Ce sont ces raisons, à la fois éthique et économique, qui poussent les partenaires au développement à considérer le développement du secteur de la presse comme un secteur essentiel. Un argument traditionnel avancé en faveur de la liberté de la presse est que la liberté d'information et de presse est un droit humain fondamental. Mais au-delà de l'argument selon lequel la liberté de presse est une chose naturellement bonne et morale, les partenaires au développement considèrent qu'il existe des preuves irréfutables qu'une presse libre, forte et indépendante est un puissant allié du développement économique et social et de la réduction de la pauvreté.

Le lien entre la liberté de la presse et le développement économique a, également, été exploré par la Banque Mondiale qui a publié un rapport remarqué intitulé « Le droit de s'exprimer : le rôle des mass médias dans le développement économique ». Ce rapport apporte une contribution sérieuse et substantielle aux études, aux analyses et aux arguments relatifs au rôle positif joué par la pesse libre dans le développement économique et la diminution de la pauvreté.

Ce que James WOLFENSEN, ancien Président de la Banque Mondiale, résume bien en ces termes : «  la liberté de presse n'est pas un luxe. Elle est au centre du développement équitable. Les médias peuvent dénoncer la corruption. Ils permettent de contrôler les politiques publiques en braquant les projecteurs sur l'action gouvernementale. Ils permettent aux gens de faire entendre plusieurs opinions sur la gouvernance et la réforme et contribuent à établir un consensus public nécessaire au changement ». Ces arguments contribuent à souligner l'importance de l'aide au développement de la presse pour qu'elle figure en bonne place parmi les priorités des gouvernements et des agences intergouvernementales.

La presse à besoin d'Etats généraux

Néanmoins, l'accompagnement de l'Etat et des partenaires au développement ne corrigera pas le modèle d'affaires sur lequel repose nos entreprises de presse, ni les fera sortir de la crise. Les problèmes rencontrés par les journaux sont souvent liés au manque d'investissement, à la concurrence des nouveaux médias, à l'incapacité de se hisser aux standards des grands annonceurs, à l'absence de cahier des charges, au manque d'auto régulation du secteur des médias, à la faiblesse des réseaux de distribution, etc.

La résolution des maux du secteur appelle à un exercice de vision partagée qui doit concerner les médias, l'Etat, les partenaires au développement et tous les acteurs de l'industrie des médias. Aussi, j'invite le Président SALL à proposer et à organiser avec les dirigeants des médias les états généraux de la presse pour entreprendre une discussion franche qui aboutisse sur des décisions fortes pouvant permettre à la presse sénégalaise de retrouver ses lettres de noblesse. Nous avons trop tendance à oublier que tout ce qui affaiblit la presse, affaiblit la démocratie.

C'est ce que le Général de Gaulle avait compris quand, pour sortir la France de l'emprise de la presse de caniveau et la doter d'un journal de prestige, il charge son ministre de la Communication de l'époque, Pierre-Henry Teitgen, de lui trouver un directeur, en la personne d'Hubert Beuve Méry. Ainsi est né le journal « Le Monde », dans l'ombre du pouvoir. Il s'est rapidement émancipé pour devenir le quotidien national d'information de référence. L'histoire du Monde a permis à la presse française d'information de garder le haut du pavé et à la presse à sensation de continuer à se développer sans pouvoir dominer l'espace médiatique.

Abdoulaye Rokhaya WANE,

PRESIDENT SALL, SI VOUS PERMETTEZ… PAR ABDOULAYE ROKHAYA WANE,   Parlons à la société civile

 

Parlons à la société civile --  Abdoulaye Rokhaya WANE

Au Sénégal, comme dans le reste du continent, on ne s'interroge que trop rarement sur le type d'Etat qui pourrait nous mener à l'émergence. Questionnement d'autant plus essentiel qu'aucune des approches de développement adoptées, jusqu'ici, ne nous a permis de : «diversifier et de transformer nos économies, ni d'enregistrer des taux de croissance réguliers et soutenus, encore moins de réaliser des niveaux de développement social élevés».

Au Sénégal, comme dans le reste du continent, on ne s'interroge que trop rarement sur le type d'Etat qui pourrait nous mener à l'émergence. Questionnement d'autant plus essentiel qu'aucune des approches de développement adoptées, jusqu'ici, ne nous a permis de : «diversifier et de transformer nos économies, ni d'enregistrer des taux de croissance réguliers et soutenus, encore moins de réaliser des niveaux de développement social élevés». C'est le constat fait par la Commission économique africaine qui recommande aux pays du continent de promouvoir l'Etat développementaliste. Qu'est ce à dire ?

C'est un Etat édifié autour d'un gouvernement doté de la volonté et de la légitimité politiques d'assumer des fonctions de développement spécifiques, d'une administration professionnelle qui applique les stratégies et politiques de développement national établies, et de mécanismes d'interaction permettant aux diverses parties prenantes de prendre part à l'élaboration et à l'exécution des politiques.

Pourquoi l'Etat doit appuyer la société civile

Les parties prenantes sont constituées des trois acteurs principaux que sont l'Etat, le secteur privé et la société civile. Au cours des vingt dernières années, la société civile – qui regroupe notamment les organisations syndicales, les organisations non gouvernementales, les organisations confessionnelles, les organisations professionnelles, les médias, les associations culturelles et sportives – s'est imposée comme un acteur clé du développement. A la faveur de l'expansion de la gouvernance démocratique, on a assisté à un accroissement spectaculaire de la taille et de la capacité de la société civile. Peut-on alors légitimement occulter le rôle de cette force dont le dynamisme et la place qu'elle occupe dans le champ social et politique sont des atouts que tout Etat organisé intégrerait dans ses stratégies ?

L'ancien Secrétaire Général des Nations unies, Koffi Annan, déclarait en 1998 que : «la bonne gouvernance est sans doute le facteur le plus important en vue de l'éradication de la pauvreté et la promotion du développement». Dans son entendement,  bonne gouvernance ne signifie pas simplement la conduite du gouvernement par l'Etat. Mais, il implique aussi, par ailleurs, la participation d'autres acteurs à la recherche de solutions concernant les problèmes sociaux. Ces autres acteurs sont le secteur privé et la société civile. Il s'agit, ici, d'une recherche permanente d'efficacité et d'efficience dans l'action de l'Etat, par la coordination et la coopération des pôles constitutifs de l'espace public que sont le secteur étatique, le secteur privé et le secteur de la société civile.

Au regard de la réalité sociologique et de l'histoire politique du Sénégal, des pratiques européennes de développement et des expériences d'institutions comme la Banque Mondiale, on peut attester qu'une société civile dotée de moyens d'action constitue un élément essentiel du système démocratique. Elle incarne et favorise le pluralisme et peut contribuer à une efficacité accrue des politiques, à un développement équitable et durable et à une croissance inclusive.

En exprimant les préoccupations des citoyens, la société civile est à sa place dans la sphère publique, où elle porte des initiatives qui renforcent la démocratie participative. Elle est l'expression de la demande croissante d'une gouvernance transparente, responsable et redevable.

Pourquoi l'Etat doit s'appuyer sur la société civile

Bien qu'il incombe, avant tout, à l'Etat de garantir le développement et une gouvernance démocratique, les synergies qu'il crée avec la société civile peuvent aider à combattre plus efficacement la pauvreté, les inégalités et l'exclusion sociale. Aussi, l'implication des organisations de la société civile aux processus politiques est essentielle pour élaborer des politiques inclusives et efficaces. Elles contribuent ainsi à la construction d'Etats plus légitimes et comptables de leurs actes, ce qui débouche sur une cohésion sociale accrue et des démocraties plus ouvertes et plus fortes.

Ce qui signifie en clair que pour marcher vers l'émergence, notre Etat doit disposer d'une tête forte et bien faite, de bras solides, de mains agiles et, s'appuyer, comme il faut, sur ces deux jambes que sont le secteur privé et la société civile. Si, l'Etat clame partout son choix, pertinent, de centrer le secteur privé au cœur de nos stratégies de développement pour en faire le moteur de la croissance, il ne prévoit aucune articulation opérationnelle lui permettant de s'appuyer, aussi, sur le secteur de la société civile. C'est encore plus grave en ce qui concerne la promotion de la société civile comme un levier indispensable dans le dispositif national de transformation économique et sociale du pays. Pire, la société civile est généralement perçue par les gens au pouvoir comme une opposition en embuscade ou comme le terrain de germination d'opportunistes en manque de statut.

Cette perception cache, à tort, la forêt des réalisations, hautement appréciées par les populations et obtenues grâce aux activités des organisations de la société civile dans l'éducation, l'agriculture, les infrastructures, la santé, etc. Qui n'est pas fier du succès mondial du Sénégal dans la lutte contre le sida et dont le mérite revient en grande partie à la société civile ? Nous ne sommes pas non plus peu fiers de la liberté d'expression, de pensée, d'association et du pluralisme, devenues des valeurs sacrées de la société sénégalaise, au prix d'âpres combats pour les libertés.

Pourquoi la société civile doit crédibiliser sa posture

S'il est sain de dénoncer les comportements déviationnistes ou l'attitude obstructionniste de certains syndicats, ce serait, de la part de l'Etat, une grave erreur d'appréciation de ne pas donner à la société civile la pleine mesure de son rôle dans le projet de transformation économique et sociale. Au Sénégal, le débat, pour ne pas dire la polémique, sur le concept de la société civile est loin d'être tranché. Aussi bien la classe politique, les médias et le secteur privé ne sont pas unanimes et beaucoup manifestent leur scepticisme à l'égard de cette société civile dont on doute de la neutralité et du désintéressement.

Or, dans une démocratie, la société civile organisée est constituée d'organisations qui n'aspirent pas à exercer directement le pouvoir, mais qui se présentent comme une force de proposition, de mobilisation et d'influence, ce qui permet de faire évoluer les décisions politiques. Aussi, la société civile sénégalaise doit éviter la confusion des genres. Sa valeur distinctive réside dans son indépendance d'esprit et d'action.

Surtout, elle ne doit pas ternir le travail que mènent, quotidiennement, auprès des populations, ses 12000 associations communautaires, sportives, religieuses, professionnelles légalement enregistrées et ses 320 organisations non gouvernementales agréées. Que dire alors de ces milliers de personnes qui, dans l'anonymat total, aident, à travers, le lien familial, le lien de voisinage, le lien d'enfance, le lien religieux et le lien social des millions de personnes à manger, à se soigner, à se loger, à préparer la rentrée scolaire, à acheter les semences, à démarrer un petit commerce ou à se raccorder au réseau d'assainissement.

Pourquoi la société civile fait la richesse du Sénégal

Dans un pays comme le Sénégal où l'assurance chômage n'existe pas, où l'Etat ne donne pas de revenu social minimum, où le nombre d'emplois formels n'excède pas trois cent milles pour douze millions d'habitants, on devrait s'interroger sérieusement sur ce qui fait vivre ce pays stable, où les institutions fonctionnent normalement et où le développement est jugé, comparativement, aux autres Etats d'Afrique francophone, très satisfaisant.

Ce qui fait la richesse du Sénégal, c'est sa capacité à produire du capital social nécessaire au développement économique et au fonctionnement d'une société démocratique. La notion de capital social réside dans l'idée selon laquelle, les relations familiales, amicales, sociales, professionnelles, confessionnelles représentent un capital, dit «social», que l'on peut mobiliser pour résister à une situation de crise ou améliorer son sort. C'est cette richesse nationale qui a rendu le Sénégal solidaire, apaisé et digne, malgré les difficiles conditions de survie. Mais qui produit ce capital social ? C'est clairement la société civile sénégalaise.

Pourquoi la bonne gouvernance requiert une société civile forte

L'ampleur de cette société civile dépassant largement les limites de sa représentation la plus visible, notamment sur les droits de l'homme et la lutte contre la corruption, son ancrage institutionnel s'impose et requiert une conjonction d'efforts en terme politique, social et économique de la part des acteurs nationaux et des partenaires au développement. C'est donc globalement qu'il faut appréhender la société civile et la faire émerger dans l'espace public institutionnel pour encourager sa participation constructive et structurée au projet d'émergence économique et sociale du pays.

Dans l'exercice du pouvoir, l'Etat doit rendre effective la bonne gouvernance à travers quatre fonctions principales qu'il ne peut assumer sans une société civile forte. Il s'agit de : faire en sorte que la voix des populations pauvres et marginalisées soient entendues par les gouvernements et que leurs points de vue soient pris en compte dans les décisions politiques ; encourager la responsabilité, la transparence et la reddition des comptes dans le secteur public par le biais d'un soutien accru aux bonnes pratiques de gouvernance ; instaurer un terrain d'entente avec le gouvernement au moyen d'approches participatives dans la planification du développement et renforcer les initiatives nationales de réduction de la pauvreté ; fournir, en collaboration avec le gouvernement, des prestations de services au niveau local avec des solutions novatrices et financièrement rentables.

Pourquoi l'Etat doit institutionnaliser les rapports avec la société civile

Cette nécessité d'accroître la capacité des organisations de la société civile à exercer plus efficacement leur rôle d'acteurs indépendants du développement correspond à la volonté et aux approches de partenaires au développement qui ont accru progressivement leur collaboration opérationnelle avec elle en finançant ses initiatives de développement et en l'impliquant dans des projets qu'ils financent. A titre illustratif, le taux de participation des organisations de la société civile aux projets financés par la Banque Mondiale est passé de 21% en 1990 à 82% en 2012.

Toutefois, ces actions, consultatives pour l'essentiel, ne permettent pas à la société civile de peser véritablement dans le processus décisionnel du pouvoir politique. Il revient alors à l'Etat du Sénégal d'assumer le leadership d'élever la société civile au rang d'institution reconnue, dotée d'une autorité et de modes acceptés de représentation. Ce renforcement des associations en institutionnalisant la relation entre l'Etat et la société civile, combiné au renforcement des synergies entre associations et au renforcement des capacités techniques des organisations, va permettre à l'Etat de se mettre au service de la société civile.

En Tunisie la création de la constituante civile, une instance qui se réunit en concomitance avec l'Assemblée nationale, traduit la volonté des autorités de donner toute sa place à la société civile qui a été à la base de la révolution tunisienne. Au Sénégal, nos sociologues, économistes et constitutionalistes devraient nous aider à trouver une façon originale et constructive de canaliser la force vivifiante et créatrice du capital social produit par la société civile pour l'injecter avec organisation et méthode dans les chantiers de l'émergence. Ils nous rendraient service, ainsi qu'à Durkheim pour qui «le seul idéal que puisse se proposer la raison humaine est d'améliorer ce qui existe, or c'est de la réalité seule qu'on peut apprendre les améliorations qu'elle réclame».

Aussi, je ne saurais trop recommander au Président SALL de faire de l'émergence de la société civile un des chantiers de son Plan Sénégal Emergent. Ce chantier sera à la fois un livrable et un catalyseur du processus de transformation économique et sociale du pays.

Abdoulaye Rokhaya WANE, Stratégiste Président du Think Tank Leadership Afrique

Il me semble que ce propos vise toute la société civile africaine et mondiale. les aspirations sont les mêmes face aux Etats, il faut une mobilisation intelligente et efficace. Ecouter la société civile c'est aussi prendre ce qu'il y a de bon à la base. Ecouter la société civile est une façon de mesurer la tension, la température d'un pays. Nier ou être condescendant témoigne d'un suicide annoncé. Pape CISSOKO

A/S Pertinence de l’installation d’une base Américaine au Sénégal

L’Installation d’une base Américaine au Sénégal est un choix lucide, pragmatique et nécessaire C’est le résultat  d’un calcul intelligent et d’une  mûre réflexion. La position géographique de notre pays dans le monde est unique. Elle a une importance capitale. Face à l’Océan atlantique, Dakar est situé à 5000km de l’Europe, à 6000km de l’Amérique et à 6000km du Cap (Afrique du Sud). La pointe du cap vert  est le centre d’une circonférence de 12000km de diamètre. C’est  un camp de base qui peut couvrir toute l’Afrique par un para pluie de protection par radar laser et par un satellite géostationnaire de surveillance. Dakar est une plateforme giratoire de défense et de sécurité préventive pour l’Afrique.  Sur le plan d’une défense transafricaine et intercontinentale le Sénégal occupe une position géostratégique d’une importance primordiale. C’est un site militaire idéal, résultat d’un choix éclairé et judicieux.

L’installation d’une base américaine redonnera au pays son image et son rayonnement d’ancienne capitale de l’ex AOF. Elle permettra  de faire des interventions urgentes et rapides dans la sous/ région. Dans l’hypothèse d’une guerre internationale, les états unis auront la capacité de contrôler une vaste zone qui s’étend de l’océan atlantique à l’Océan Indien. Cette possibilité de protéger l’Afrique à partir d’une base  installée à Dakar sera un honneur et une fierté pour le Sénégal. Elle permettra d’avoir avec les états unis des relations de confiance et des accords de coopération de défense privilégiés. L’implantation d’une base militaire a obligatoirement des retombées économiques avec des possibilités d’emploi, des revenus de service, d’entretien et  de consommation des troupes dans tous les domaines de la vie économique. Il faut noter que le Sénégal n’est pas le seul pays en Afrique et dans le monde où les états unis ont installé leurs bases.

En cas de mobilisation au cour d’un évènement tragique dans le périmètre de l’Afrique, il sera plus facile, plus pratique et à coût réduit pour les américains d’intervenir à partir d’une base située à Dakar, à Bamako ou à Abidjan au lieu de faire appel à une base située en Floride (USA), à Okinawa (Japon) ou à une base située  à Guantanamo (Cuba). L’implantation des bases militaires  étrangères à travers le monde est la manifestation d’une rivalité permanente entre les grandes puissances depuis  la guerre froide à  nos jours. C’est un partage pacifique et civilisé du monde à froid. ( Avis pacem para bellum, En temps de paix, il faut  préparer la guerre). Sans les bases intercontinentales géostratégiques l’Allemagne, le Japon et l’Italie auraient dominé le monde. Que seraient devenus les Européens aux petits cranes et les noirs un début de charbon en puissance, jugés comme des races inférieures par les régimes nazis et fascistes ?

Dans ce monde de plus en plus interdépendant  chaque état a le droit d’avoir des intérêts et a le droit  de les défendre. Les bases comme tous les contrats ou les conventions doivent être négociés par les états  avec dignité. Leurs conditions d’installation sont librement déterminées par les états d’accueil dans des cahiers de charge. La nature et la règle, il s’agit  de contrats donnant-donnant, de concessions ou de baux emphytéotiques qui ont en principe des contreparties financières. Aussi, ils peuvent contenir des secrets d’état.

Installées dans des états souverains, les bases ne sont jamais imposées. Elles ne peuvent jamais exiger une soumission ou une allégeance du pays d’accueil. Autant un état souverain ne fait jamais  allégeance à une ambassade étrangère, autant il  ne fait jamais allégeance à une base étrangère. Elles se négocient librement. Et chaque partie y défend librement ses intérêts jusqu’à l’accord des volontés libres. Voilà un petit  aperçu sur les bases implantées hors de leurs territoires nationaux.

Vive la coopération de défense entre les nations libres, vive la démocratie et la liberté

Le 02 Janvier 2014

LE TRIBUN DE DIAPHARE

NB : La France avait été critiquée « de défendre ses intérêts et ses ressortissants sous prétexte de défendre les populations du Mali et de la RCA ». Aujourd’hui, tous les Sénégalais sont heureux de voir que l’état  défend ses ressortissants installés en République Centrafricaine et leurs intérêts. Ce n’est pas une nouvelle doctrine mais un droit politique naturel. Et quoi de plus normal ?

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