Contribution

• LA THÉORIE DU « BIG BANG », UNE COSMOGONIE PRÉ-HOMÉRIQUE (PAR L'INSPECTEUR MALICK SONKO)

 

"L'herméneutique est un travail ardu et contraignant. notre ami le pr SONKO Malick , formé par feu le Pr SANKHARE, est un des rares a taquiner ce domaine. Il nous faut ce genre de savoir pour ne pas être démuni quand il est question deparler savoir augmenté. Je n'ai pas travaillé ce domaine, mais j'ai suivi les travaux de mon ami et  Pr Djibril SAMB qui traduisait lui-même les textes anciens avec une rigueur "scientifique" pour s'approcher du Vrai et de l'irréfutable. Pour celà nous devions lire une certaine édition. Il nous faut encore féliciter notre ami et promotionnaire du lycée djignabo  Maitre SONKO et dire à quel point nous avions une bonne éducation et dommage que les plus jeunes n'ont pas cette chance. Un garçon talentueux pas parceque c'(est un ami, depuis le lycée je n'ai cessé de l'estimer comme beaucoup. J'aime le savoir et la rigueur du savant- on en demande encore. P B CISSOKO

La majeure partie des ouvrages de l'antiquité ne nous sont pas parvenus, emportés par les guerres, les razzias, les avaries, les incendies et autres intempéries. Les chercheurs sont obligés aujourd'hui de passer par les intermédiaires que sont les copistes et scholiastes byzantins du XVIIème siècle qui avaient compilé la plupart de ces ouvrages aujourd'hui disparus. Ces derniers, à cette époque, en avaient retrouvé un très grand nombre qu'ils avaient classés et compilés, avant que le fameux incendie de la bibliothèque de Constantinople ne vienne les consumer. Ces compilations nous sont en général parvenues sauf qu'elles sont demeurées pour la plupart non traduites dans nos différentes langues modernes, puisque le grec était alors la langue officielle de l'empire.


L'art de la compilation était à la mode à Byzance, à l'époque des Comnènes. Jean Tzetzès, par exemple, un philologue passionné, s'était spécialisé sur les questions homériques et avait lu toute la production antique sur la question. A la demande de l'Impératrice Irène, il a rédigé « Les allégories sur l'Iliade et l'Odyssée » dont la préface, longue de 1 214 vers politiques, est intitulée : Prolégomènes aux allégories d'Homère ».
J'ai eu l'honneur et le plaisir de traduire, pour la première fois dans une langue moderne, ces prolégomènes, sous la direction du Professeur Feu Oumar SANGHARE.

L'Iliade d'Homère ne relate en réalité que les événements qui se sont déroulés au cours de la dixième année de la Guerre de Troie. Dans les « Prolégomènes aux allégories d'Homère », Tzetzès reconstitue, après avoir lu tous les ouvrages qui traitent de la question et qui ont été ravagés par l'incendie de la Bibliothèque de Constantinople, un certain nombre de faits et d'événements antérieurs au récit homérique et dont la connaissance est indispensable pour mieux comprendre l'Iliade et l'Odyssée.
Le « Big Bang »
Lu sur le Net. « Le big bang est un concept théorique exprimant l'instant de création de notre univers, et son processus de formation il y a 15 milliards d'année. Le big-bang ou Grand Bang est une phase de transition où les particules formant l'univers, concentrées à l'extrême et possédant une densité phénoménale vont se dilater et entrer dans une phase d'expansion. Ces masses de gaz, de matière et de poussière, provenant en grande partie de destruction d'étoiles ou de systèmes vont se disperser, pour former peu à peu des amas épars, qui en gravitant et en s'additionnant formeront environ 10 milliard d'années plus tard les planètes de notre système solaire. » Selon l'encyclopédie numérique Wikipédia, défini comme le commencement l'Univers, « le terme « Big Bang » est associé à toutes les théories qui décrivent notre Univers comme issu d'une dilatation rapide. Par extension, il est également associé à cette époque dense et chaude qu'a connue l'Univers il y a 13,8 milliards d'années, sans que cela préjuge de l'existence d'un « instant initial » ou d'un commencement à son histoire. »
La cosmogonie allégorique d'Alexandre-Pâris

Du Vers 133 à 164 des Prolégomènes aux allégories d'Homère, voilà ce que Jean Tzetzès écrit à propos des origines mythologiques de la guerre de Troie, une allégorie que justifie une cosmogonie d'inspiration divine, puisque, comme l'explique Tzetzès, c'est Zeus qui a inspiré Alexandre-Pâris, à travers une injonction verbale que lui a transmise Hermès.
Voici la traduction :
«Ceux qui écrivent de manière très approximative et prosaïque disent que c'était pendant les noces de Pélée et de Thétis et que les Dieux étaient présents aux festivités et, en leur compagnie, des Déesses, principalement celles que voici : Héra, Athéna et Aphrodite. Ils ajoutent que la Discorde qui était belliqueuse et particulièrement querelleuse fut éloignée de ces noces, n'ayant pas été invitée. Celle-ci, bouillonnant dans son cœur et en proie au chagrin, apprêta une pomme et y inscrivit ces mots. « A toi, belle parmi les déesses, à toi, beauté, cette pomme. Que cette pomme soit un cadeau pour toi, beauté parmi les déesses. » C'est ainsi que, paraît-il, la Discorde a apprêté cette pomme qu'elle jeta au milieu de cette fête, se tenant loin de la maison.

Aussitôt, Héra, Athéna et Aphrodite abandonnèrent la table de noces et la boisson, une querelle les excitant sans doute au sujet de la pomme, chacune d'elle prétendant l'emporter sur les autres pour la beauté. A la fin, Zeus ordonna à Hermès de les conduire devant Alexandre (Pâris) sur le mont Ida. Alexandre devait désigner la plus belle d'entre elles, qui recevrait la pomme comme Prix de la Beauté. Aussi vite que possible, ils se rendirent sur l'Ida. C'est d'abord Héra qui confie secrètement ceci à Alexandre. « Si tu me choisis comme la meilleure et me donnes la pomme, je ferai en sorte que tu sois le maître de l'Occident et de l'Orient. » C'est ensuite Athéna qui lui promet que, devenu le Chef de l'Armée phrygienne, toute la Grèce lui serait soumise. C'est enfin Aphrodite qui, s'adressant à Alexandre, lui dit : « Si tu me choisis comme la plus belle de toutes, je te donnerais Hélène.


Elle remporte la victoire et la pomme comme récompense. Phéreclos lui ayant apprêté des navires, Alexandre partit pour la Grèce et enleva Hélène. De là, cette grande guerre ; la ville de Troie fut détruite et tous furent du parti de l'épée en pure perte.»


D'après les explications que Jean Tzetzès donne à l'Impératrice Irène, vers 312 à 317, « le jugement des Déesses est un mythe ordonné par Zeus et transmis par Hermès à Alexandre-Pâris qui se trouvait à Parion. Zeus commanda tout à fait la conscience d'Alexandre, au moyen d'une injonction verbale et le jugement fut. »


Ce mythe aurait été expliqué à travers un livre et un poème par Alexandre-Pâris. Il y explique comment, vers 322 à 327, Après l'articulation de la terre et de la mer, par suite d'une température bien équilibrée des autres éléments, un désordre et une confusion eurent lieu, tantôt après qu'une pluie violente et une obscurité se furent installées, tantôt après qu'une foudre violente et une effusion eurent lieu. »
« Alexandre ( vers 254 à 309) écrivit un livre intitulé : L'origine du monde à travers l'étude des grecs. Comment au début était l'Erèbe et le Chaos puis comment l'obscurité et la confusion couvraient tout. Les plus épaisses ténèbres de l'Erèbe ayant été dispersées, la terre et la mer apparurent en ordre réglés. C'est ce qu'il appelle les noces de Pelée et de Thétis. En effet, la terre apparut tout d'abord comme molle et fangeuse, ainsi que le dit Anaxagore dans ses traités de physique. Il raconte que le mariage eut lieu, en bon ordre, dans le Pélion dont le genre humain constitue la boue. On compare les articulations de la terre et de la mer à ces noces de Pelée et Thétis.


Tous les Dieux étaient présents, à l'exception de la Discorde, particulièrement querelleuse. La terre ayant été emboitée, en même temps, avec la mer, tous les autres éléments de l'Univers s'accordèrent entre eux d'une belle manière : Athéna, l'atmosphère terrestre et marine ; Héra, la plus petite particule de l'éther, l'essence du feu. C 'est précisément l'existence de ce feu, sa substance, qui est être fille d'Héphaïstos, l'Industrieux.


Ainsi, tous les astres, parés comme dans un repas de noce, existèrent en même temps, dans l'harmonie et la joie, pendant la création de l'Univers. Aphrodite était présente à ces noces, à la table d'honneur, elle, la température équilibrée, exempte de toute conjonction des éléments.

Seule la Discorde était absente, elle, la confusion et la zizanie.

Une joie et une harmonie immenses remplirent le monde terrestre et matériel. Le fils aîné de l'obscurité, le Chaos, ayant été dissipé, celui que les sages Dieux appellent Chronos a envahi les abîmes. L'air clair apparut, les ténèbres disparurent.


Il faut que tu saches maintenant ce qu'était la pomme de la Discorde.


Après la création de l'univers et cette heureuse harmonie qu'il y avait aux noces de Pelée et de Thétis, comme l'écrivit Alexandre dans son livre, un désordre et une confusion s'emparèrent des éléments, comme l'explique le physicien Empédocle.


Tantôt, c'est l'air humide qui l'emporta, tantôt l'air violent, tantôt l'air poussiéreux, tantôt l'air équilibré, toute chose que nous avons appelé Athéna.
Parfois, c'est le feu qui l'emporta sur tous les éléments, menaçant de les consumer. C'est ce que nous appelons Héra, la mère d'Héphaïstos. Tantôt encore, un air tempéré brilla quelque peu. Dans une telle agitation et confusion des éléments, ce monde ci, la Pomme dorée, la beauté, avait survécu après que cet élément (ci-après) eut remporté la victoire.
En effet, si l'air poussiéreux l'avait emporté en fin de compte, une ombre aurait recouvert de nouveau ce monde éclatant. Si les particules de feu l'avaient emporté, un feu incandescent aurait recouvert le monde tout entier. Mais, puisque c'est Aphrodite, l'Union, qui l'a emporté, elle reçut le prix de la victoire. Et, maintenant encore, elle domine le monde, Pomme dorée, beauté harmonieusement unie, sous la conduite d'un Dieu»

ANALYSE

Homère aurait vécu au VIIème siècle avant Jésus Christ. Les faits qu'il décrit dans l'Iliade et l'Odyssée se situeraient aux environs du XIIème siècle avant Jésus christ. La cosmogonie, elle, reste intemporelle, puisqu'inspirée par Zeus.


L'ouvrage de Tzetzès est capital dans les recherches homériques. Concernant, par exemple, les origines de la guerre de Troie, la seule thèse qui a toujours été avancée est la thèse mythologique, avec les trois déesses qui se disputent la pomme. Dans certains passages sur lesquels nous reviendrons prochainement, Tzetzès nous invite à une approche politique et historique des causes de la guerre, tout en s'interrogeant sur les silences et non -dits d'Homère qui commence le récit de l'Iliade par la colère d'Achille « Chante, Déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée », sans l'expliquer et qui omet volontairement de mentionner le nom de Palamède dont le meurtre a été le véritable élément déclencheur.


Tzetzès est un poète éristique qui se sert souvent de la dérision et de l'ironie pour réfuter des thèses adverses. Il y a, par exemple, des historiens pour soutenir qu'Alexandre-Pâris aurait été l'arbitre des trois déesses qui rivalisaient de beauté. C'était, prétendent-ils, pendant les noces de Pélée et de Thétis, la mère d'Achille. Ridicule dit Tzetzès, si l'on sait que Néôptolème, le fils d'Achille avait le même âge que Pâris.
La théorie du grand « boum » initial appelée « Big Bang » a connu ces dernières années un regain d'intérêt, notamment avec la nouvelle approche des « trous noirs ». Il nous a paru important de rappeler que si modernes que soient ces théories, leurs origines remontent à la plus haute antiquité.


Inspecteur Malick SONKO, herméneute de textes anciens
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Gilets jaunes : Une nouvelle forme de contestation

Lactualité vient de mettre une nouvelle fois la capitale française, sous les feux des projecteurs avec ce qui sest passé au cours du week-end lors de la dix-huitième manifestation des « gilets jaunes »

 

Si je souhaite en parler cest pour dire les dangers dun conflit social mal maîtrisé. Petit rappel, tout a commencé en novembre 2018 lors de loccupation de nombreux ronds-points sur les routes départementales françaises par des étudiants, artisans, salariés et retraités, hommes et femmes confondus, d’âge variable. Celles-ci entendaient exprimer leur « ras-le-bol » à propos des augmentations répétées des taxes sur les carburants et plus largement sur la baisse de leur pouvoir dachat. 

 

Dans une démocratie, chacun a le droit dexprimer son mécontentement, de manifester, surtout lorsquune catégorie de la population revendique plus de justice. Puis il y a eu en décembre dernier de grandes manifestations dans différentes villes telles que Paris, Toulouse, Bordeaux, Nantes, etc. Et avec elles les premiers débordements, les affrontements souvent violents avec les policiers. 

 

Chaque samedi, depuis lors a été marqué, en particulier dans la capitale, par des défilés, certains pacifiques, dautres non. Ce samedi 16 mars la manifestation a plutôt pris lallure dune insurrection, certains ont parlé « d’émeute », de « guérilla urbaine »tant il est vrai que des casseurs ont détruit et pillé de nombreuses boutiqueset kiosques à journauxsur les Champs-Elysées. Il y a eu de nombreux départs dincendies dont celui dune succursale bancaire au cours duquel des habitants ont échappé de peu à la mort. On a même entendu des « ultra-jaunes » comme on désigne les gilets jaunes les plus radicalisés sexclamer« Il faut brûler les riches! ».

 

De lavis dobservateurs, jamais la France, même en mai 1968, navait connu de telles violences populaires depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et on a limpression quune nouvelle guerre des classes renaissait alors quon la croyait enterrée depuis la fin du communisme et la chute du mur de Berlin. 

 

Aujourdhui il est difficile destimer le coût de la facture économique et sociale: réparation des dégâts aussi bien pour la ville de Paris que pour les commerçants, perte dexploitation des commerces, chômage technique pour de nombreux salariés des Champs-Elysées, etc. Bien sûr beaucoup de ceux qui étaient présents samedi place de lEtoile et sur lavenue, étaient des casseurs professionnels appartenant à la mouvance de lultra-gauche et de lultra-droite, aux tristement célèbres « black-block »,et à une partie radicalisée de « gilets jaunes ». Il nen demeure pas moins que dans un Etat de droit, une démocratie comme la France on doit pouvoir régler les problèmes pacifiquement, autour dune table de négociations avec le gouvernement.

 

Mais il faut croire que la somme des difficultés non résolues depuis plus de trente ans ne permet plus le dialogue et que les pouvoirs publics comme les pouvoirs intermédiaires ont perdu toute crédibilité« Seule la violence permet de se faire entendre et dobtenir quelque chose » disent les manifestants. Cela doit nous faire réfléchir car le Sénégal nest pas à labri de ce genre de situation. Limpatience dune population, face aux inégalités, commence par gronder et à défaut d’être entendue finit par se rebeller. 

 

Et il devient alors très difficile de canaliser la colère dune foule de manifestants qui estiment navoir plus rien à perdre. Le prochain gouvernement du Sénégal serait bien inspiré de tirer des enseignements de ce qui se passe en France sil ne veut pas être confronté un jour à une situation semblable, ingouvernable, car les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Une chose est sure, je ne voudrais pas que mon pays et mes concitoyens connaissent un tel climat insurrectionnel dont on ne sait jamais comment cela peut se terminer: par des morts? linstauration dun régime autoritaire? Et pourtant la France est un grand pays, cinquième puissance mondiale. Celle-ci a toutefois été traversée dans le passé par des convulsions révolutionnaires, dont celle de 1789 sans oublier la Commune de Paris et sa semaine sanglante en 1871.

 

Il y a ainsi des ferments qui ne demandent qu’à ressurgir à certaines époques, y compris l’époque moderne et nulle nation nest à labri de troubles sociaux qui peuvent dégénérer en insurrection populaire. La conclusion à tirer des évènements insurrectionnels de Paris cest que la violence ne mène à rien dans une démocratie sauf à la désolation. Seuls le dialogue et le débat didées permettent de débloquer une situation. 

 

Nous nempêcherons pas certains individus, plus radicaux de privilégier leurs poings à la parole, de vouloir détruire, piller, casser telles les hordes danciens barbares, mais ces gens, une infime minorité, sont la lie dune société civilisée et il faut les empêcher de nuire grâce à larsenal législatif dont dispose légitimement le pouvoir démocratiquement élu. Il en a le devoir car le droit à la sécurité est un droit essentiel des peuples. En écrivant cela je pense à ce que disait Einstein« Deux choses sont infinies, lunivers et la bêtise humaine. Mais pour lunivers, je ne suis pas encore complètement sûr »

 

Ibrahima Thiam, Président dun AUTRE AVENIR

Présentation de M. Doudou Diène : Changement de paradigme du dialogue interreligieux- Un monument de la pensée-Un témoin sérieux de l'histoire

 

Discours transcrit par Monsieur Patrick Jouan, vice-président de la FPU France, et édité par Madame Marie-Christine Odent.


Biographie de M. Doudou Diène


Ancien Directeur de la Division du dialogue interculturel et interreligieux de l'Unesco ; initiateur et responsable des Projets de Routes Interculturelles de l'Unesco : Routes de la Soie, Route de l'Esclave, Routes de la Foi, Routes Al Andalus. Rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance (2002-2008). Président du Conseil de l'Alliance Internationale des Sites de Conscience. Vice-Président du Conseil scientifique international de l'Institut international de recherche, politique de civilisation d'Edgar Morin. Membre de la commission d'enquête de l'ONU sur Gaza (2014-2015)

Mesdames et Messieurs, avant de commencer notre réunion, je voudrais vous proposer que nous prenions une minute de silence pour faire en sorte que notre réunion ne soit pas juste abstraite. La première valeur de la paix c'est la compassion, et comme il se passe des événements graves autour de nous en ce qui concerne les migrants et autres, je souhaite que nous fassions un petit acte de compassion en observant une minute de silence pour toutes les victimes des drames qui se déroulent actuellement.


Merci beaucoup ! je voudrais commencer par une interrogation ; comme d'habitude, je ne lis pas de discours je n'aime pas cela, je ne trouve pas que ce soit respectueux pour ceux qui sont présents de venir devant eux et juste de sortir un texte et le lire, je ne prétends pas apporter des réponses, mais plutôt partager avec vous quelques réflexions sur une question éternelle que personne n'a jamais résolue, puis par la suite amener des échanges.


L'arrivée en Europe des migrants


Que signifie le drame que nous sommes en train de vivre ici en Europe avec l'arrivée des migrants ? Que signifie l'image qui est en train d'émerger ici, de ce drame qui continue, une image montrant des victimes, des morts, des parents avec leurs enfants. Que signifie cette image avec des murs et des fils de fer barbelés ? C'est une question qui nous concerne tous. Je voudrais donc partager avec vous des questions comme : comment se fait-il qu'un continent s'est construit une posture d'universalité malgré les déviations que nous connaissons ? Comment ce continent-là auquel des dirigeants, des penseurs ont donné cette universalité, aboutit-il à cette image montrant des murs avec des barbelés ? Cette 1ère question serait donc sur l'universalité ; au lieu de parler d'abord de partenariat pour la paix, parler de valeurs, dont celle de l'universalité.


Le refus de l'universalité


La deuxième interrogation c'est de savoir ce qu'implique ce refus de l'universalité de manière précise dans cette région, le continent où nous constatons des déviances politique comme la montée de l'extrême droite ; elle devient forte et puissante et se trouve à la porte de plusieurs pouvoirs dans de nombreux pays et elle remet précisément en question cette universalité, dans son agenda et sa plateforme politique.
Ce point est très important. On ne peut parler de paix aujourd'hui sans parler de ceux qui remettent en question l'universalité. Avec la situation des migrants nous voyons cette crise en France, en Allemagne, qu'il faut quand même saluer pour son ouverture, en Hongrie ...etc. Des questions fondamentales émergent donc, comme celle l'argumentation utilisée par les forces qui s'opposent à la situation des migrants ; l'exemple de l'Allemagne est significatif dans le sens de la profondeur et du long terme qu'elle préconise. Elle nous dit une chose, dans une Europe où actuellement il y a une crise identitaire profonde : des identités nationales qui ont été construites tout au long de l'histoire, - et les peuples ont eu le droit de construire ces identités de couleurs ou de cultures, - sont profondément remises en question par une multitude d'identités culturelles.


L'effondrement des identités nationales


Il y a donc un changement ou une mutation identitaire. Les vieilles identités nationales sont en train de craquer littéralement, et nous assistons de manière précise à l'émergence de nouvelles identités. C'est une période d'accouchement et tous les accouchements sont douloureux. Nous sommes dans ces douleurs qui s'expriment par la violence et le rejet, le rejet qui est derrière la question de l'universalité, et qui soulève la question de la diversité. Alors, derrière les menaces pour la paix, derrière l'argumentaire de ceux qui veulent faire de leur continent chrétien, blanc etc, derrière le discours de ceux qui rejettent les migrants et refusent qu'ils soient admis et derrière ce que fait précisément l'Allemagne, il y a cette question de l'évolution multiculturelle des sociétés et de la diversité.


La crise de la diversité est aussi au cœur des menaces pour la paix sur le continent africain et d'autres continents également. Et cette diversité, comme dans l'histoire de l'évolution des peuples, a une dimension raciale, ethnique avec les blancs, juifs, arabes, et aussi une dimension religieuse par rapport au christianisme, l'islam le bouddhisme etc. Toutes ces dimensions sont réunies là, ce qui m'amène à dire que nous ne sommes pas dans une période de crise mais de mutation.


L'entrée dans une période de mutation


Mutation car lorsque toutes les crises se déroulent en même temps, crise économique, crise écologique, crise démographique et crise familiale, quand elles arrivent en même temps, ce n'est plus une crise mais une mutation. Mutation lorsque toute la société est en train de changer, et nous sommes dans cette période-là. C'est un point important parce qu'il faut expliquer intellectuellement ce qui se passe pour éviter les lectures idéologiques ou émotionnelles. Nous sommes à mon avis dans cette phase de mutation où tous les paradigmes de la société sont en voie d'être changés. C'est précisément dans ce contexte qu'il faut comprendre ce qui se passe avec les migrants.


Que signifie cette politique allemande sur les migrants ? Elle signifie 2 ou 3 choses fondamentales pour la paix.


1. La politique allemande d'ouvrir ses portes aux migrants est un message éthique, il s'agit d'abord d'éthique, car ce qui se passe derrière cette politique c'est une humanité en souffrance que nous ne pouvons refuser. C'est un point essentiel de l'éthique qui peut transformer les hommes et les femmes.


2. Aussi l'Allemagne est un pays dont l'histoire comme celle de l'Europe, a construit une identité nationale extrêmement rigide, extra forte, raciale ; c'est cette identité-là dont il est question sur le continent européen ; cette politique de l'Allemagne a créé une réponse à la crise d'identité qui est en cours et l'implication, c'est ce que l'Allemagne a dit avec l'arrivée de ces milliers d'immigrés. Techniquement et religieusement cela va faire que ce pays sera différent dans dix ans de ce qu'il est actuellement. L'implication est donc dans la transformation d'une société qui s'est enfermée dans une identité close, une identité qui commence vous le savez à être traduite par la violence, une identité qui a été questionnée dans une étude récente par rapport à la Grèce etc... C'est un point important qui a à voir avec la paix.


3. Le troisième point que je voulais amener dans ma démonstration, c'est la question des conditions de la paix, ou plutôt de ce qui perturbe les facteurs permettant la paix et le partenariat ; aussi, la question de l'éthique qui est fondamentale, les valeurs. Je viens de l'UNESCO où j'ai travaillé pendant 30 ans et l'axe constituant l'UNESCO a été rédigé par des hommes et des femmes qui sont sortis en 1945 de la deuxième guerre mondiale, meurtris avec dans la tête les horreurs de l'holocauste. Des millions de morts et ces gens sont sortis ébranlés, effrayés et ainsi ils ont écrit la constitution de l'UNESCO dont à mon avis l'article central dit que « les guerres naissant dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes qu'il faut bâtir les défenses de la paix ». C'est la seule constitution des Nations Unies où le mot « esprit » est mentionné. Donc dans le débat que nous allons avoir sur le partenariat, il faut revenir sur la question de l'esprit dans sa dimension de spiritualité, sa dimension religieuse qui est une des interpellations majeures de la paix actuellement dans le monde : la place et le rôle du religieux. La France donne l'exemple ici dans les conflits qui ont amené des migrants sur le continent européen, au Moyen-Orient et sur le continent africain.


Derrière la prédominance de ces facteurs, se trouve la question du matérialisme ; c'est donc maintenant que je veux vous proposer certaines explications.
Derrière ce qui s'est passé, il faut essayer de lire une quête qui est faite par les peuples, les hommes, noirs... et les autres, pour la recherche de sens, sens à notre vie, à notre société, notre politique et derrière cette question de sens chez tous les groupes se présentant de manière diverse, surtout la question de l'esprit ; il est très important de lire ce qui est en train de se passer, non pas la lecture pessimiste ou négative qui mène à l'impuissance, d'ailleurs par rapport à ces drames personne n'a de puissance.


Il n'y a rien d'aveugle dans l'histoire, tout a une explication ; mais si vous replacez ce qui est en train de se passer, cette quête de sens que les individus se posent, les communautés, les sociétés, le facteur de l'esprit de se mettre ensemble, que signifie cela pour la société dans laquelle nous vivons ?

Quel sens donnons-nous à nos enfants, nos familles etc. ?


Faut-il donner des réponses par la violence que certains groupes ont décidé d'utiliser ? Ce n'est une réponse nouvelle : l'histoire du monde, l'histoire de l'Europe nous apprend que la violence a été une réponse à ce questionnement à travers l'histoire de l'homme, mais celle-ci est passée actuellement comme lecture. Si vous prenez par exemple la question de la jeunesse, capitale dans la production de la paix, beaucoup de gens lisent le développement quand on voit les images à la télévision, les grands spectacles de rock, de hard rock, la drogue le sexe etc., quand vous regardez attentivement les images physiques, verbales, vous voyez qu'il y a un sens derrière ces rassemblements, celui d'être ensemble et aussi il y a une sorte de communion ; ces jeunes ils posent des questions qui restent sans réponse.


Parlons du rap !


J'ai 3 garçons qui sont nés à New-York ; lorsque j'étais directeur de l'UNESCO à New-York, mes gosses m'ont éduqué au rap, et le rap est né quand j'étais là-bas à New-York de 1977 à 1986, et moi j'ai vu le rap naître dans les banlieues de New-York à Harlem, à Chicago et ailleurs. J'ai vu comment il est né dans les banlieues misérables et pauvres, marginalisées, discriminées et massacrées, des banlieues noires de Harlem, Southside de Chicago et ailleurs ; le discours du rap ? Mes gosses m'ont éduqué là-dessus : à partir d'un discours de violence, violence totale, absolue, lentement ils m'ont fait écouter des chants de rap, qui glissent vers des interrogations de sens, des interrogations spirituelles.
Derrière l'expérience forte et violente, les mots ont changé. Donc quand vous regardez cela, il s'agit de la manière dont vous lisez : je pense que ce point est capital ; quand nous parlons de paix, il faut revenir à ce que nous à l'UNESCO on a tenté de dire : que la paix c'est d'abord au niveau de l'esprit ; mais l'esprit, nous le savons, reçoit dans sa complexité, sa richesse, son mouvement mystérieux, des équations dont les hommes font ce qu'ils veulent ; effectivement cela aboutit à des actes, à des actions qui ne se réfèrent pas au passé, mais en restent à l'actuel, ici et maintenant.


La remise en cause de l'universalité


Nous en revenons à l'actualité avec les migrants et sur le fait que des hommes politiques ont dit comme le 1er ministre que nous allons accueillir les chrétiens, et donc remettre en cause l'universalité, là où il y a la diversité avec des musulmans des bouddhistes, juifs etc. Ce que je veux signaler c'est qu'il ne faut pas laisser ce discours-là continuer. En fait il s'agit de regarder derrière ces discours que l'on entend pour y voir plutôt une quête de sens, et quelle est la place de l'esprit dans nos sociétés. Que devons-nous faire ?


Ce que j'ai appris pendant 27 années de travail, c'est le point capital que représente l'interreligieux, tel que nous en parlons ici dans notre contexte de partenariats pour la paix et aussi d'une éthique pour la paix.
Quand j'étais à l'UNESCO nous avons créé le premier comité international et interreligieux avec le Rabbin Serfati, l'imam..., le chef vaudou du Bénin. Tous les représentants spirituels étaient inclus et on a partagé ensemble pour réfléchir sur des textes à adopter. Pendant 10 ans, nous avons fait ce cheminement et c'est à partir de là, avec des hommes et des femmes de bonne volonté, que nous avons pris conscience chacun(e) que nous portions des lunettes culturelles ; nous avons réalisé que chaque tradition, chaque religion, chaque culture s'est construite à travers l'histoire une identité religieuse, avec toute l'ambigüité du concept de l'identité et que chaque tradition s'est enfermée dans cette identité religieuse, remettant ainsi en question l'universalité de la spiritualité.


Changement de paradigme


C'est cela qui apporte une explication très profonde de notre histoire, de ce que les hommes ont fait de la spiritualité et c'est donc une condition de l'interreligieux et de l'interculturel pour la réalisation de la paix. Cela touche à la question fondamentale de la spiritualité. Alors je propose qu'en ce qui concerne le dialogue interreligieux il y ait la nécessité de changer de paradigme. C'est ce qu'on a fait à l'UNESCO, et ailleurs comme à Séoul cet été. Il faudrait donc :


1. Mettre les hommes et femmes de religion et de spiritualité ensemble, pour qu'ils se parlent, qu'ils échangent....


2. Aboutir à l'adoption d'une déclaration de textes. C'est important ! Il faut passer par les mots et le verbe ; ainsi les valeurs proclamées seront inscrites et il reviendra ensuite à chacun de retourner dans son contexte pour que cela soit repris par les dynamiques politiques qui sont beaucoup plus fortes que les dynamiques religieuses ; en effet nous aboutissons à cette situation paradoxale donnant deux images du religieux : d'une part l'association du religieux à la violence, c'est l'image que l'on voit à la télévision, au cinéma et qui se traduit par ce qui se fait actuellement au Moyen-Orient et ailleurs, des gens tués, des chrétiens, des musulmans et d'autres. Donc ce que l'on voit aux U.S.A., des mouvements de fondamentalistes et, d'autre part, des discours de rejet qui sont faits par des hommes politiques par rapport à l'arrivée des migrants. Donc la violence est là, au cœur du discours religieux. Je suggère alors que l'on change de paradigme :

Il s'agit de remettre en question le dialogue interreligieux à partir de la dimension théologique, c'est-à-dire questionner les textes fondamentaux des messages de chaque religion qui ont une dimension spirituelle. Il s'agit de déplacer ce paradigme de la théologie à l'éthique.

La théologie est un message originel qu'il ne faut pas questionner. Il faut connaître le fondamental de chaque message religieux et aussi du père fondateur, du prophète etc. Connaître, c'est important, car aujourd'hui on ne connaît pas vraiment les messages fondamentaux. Mais il n'y a pas de débat de théologie, le débat doit être sur l'éthique : ce que sont les valeurs communes des religions parce que toutes détiennent un message qui dépend aussi d'un contexte géographique : le bouddhisme au Vème siècle avant J.C, le christianisme avec Jésus-Christ, l'Islam avec Mohamed dans la péninsule arabique, le message des dieux vaudous etc. ; tous ces messages émanent d'hommes vivants dans des contextes très précis mais ils sont porteurs de valeurs, car ils s'adressent à l'être humain, et cela est important. Quand on parle de l'homme on parle d'éthique ; non pas de théologie mais d'éthique, c'est-à-dire des valeurs de comportement. L'acceptation de ces valeurs comme le bien, la compassion la haine etc. Il s'agit donc de ramener la théologie à l'éthique.


3. Aussi je suggère de faire un mouvement important, d'amener les leaders des traditions des religions à se mettre ensemble pour identifier leurs valeurs communes. La lecture ouverte et attentive de discours théologiques permet de constater qu'ils ont tous les mêmes valeurs de respect de la vie, de compréhension du Bien et du Mal, de compassion et d'amour. Tous les prophètes ont eu des contextes mystérieux magiques.

La reconnaissance des valeurs communes


Il s'agit donc de déplacer le débat de la théologie à l'éthique et d'amener les leaders religieux à identifier ensemble ce qui se ressemble, les valeurs communes ; identifier cela ensemble au sein de la FPU, de l'UNESCO ... et montrer cela dans les villes, dans d'autres endroits, cafés, montrer ce que l'on partage comme valeurs multiculturelles, et pointer là où il y a la haine et l'incitation à la violence. C'est un point capital, car c'est le cheminement vers l'autre. Reconnaître en profondeur la spécificité de l'autre, c'est reconnaître l'universalisme.
La reconnaissance des valeurs communes est une démarche importante, une catharsis : en poussant à la reconnaissance des valeurs chez l'autre on reconnaît l'humanité chez l'autre et cette humanité-là est une théologie.
Une fois ces valeurs communes identifiées, la 2ème chose c'est de changer de shift dans le contexte actuel, car ce qui nous domine aujourd'hui dans ces conflits religieux, ce n'est pas le religieux, c'est le problème interreligieux qui est fondamental.


Le shift idéologique de la théologie aux Droits Humains


Ce qui domine, c'est la lecture idéologique du religieux, elle a toujours existé mais dans les temps modernes elle s'est renforcée comme dans le « choc des civilisations » de M. Huntington et chez d'autres.
Cette théorisation du conflit religieux est un facteur dominant ici sur le terrain intellectuel français, extrêmement fort et articulé par de grands intellectuels comme Victor Kraut et d'autres. Ils articulent cela ouvertement et cette lecture idéologique du religieux, est conditionnée, marquée par une géostratégie politique. On insuffle dans l'image de l'islam toute une situation conflictuelle avec le pétrole, le conflit israélo-arabe etc. Il faut désamorcer cette bombe idéologique n'apportant pas de réponse, et shifter cela de l'idéologie aux Droits Humains. Il faut se séparer de ce débat idéologique qui est sans fin, car c'est un discours fermé, l'idéologie n'accepte pas le débat ; il faut donc les laisser comme cela et aller vers les Droits Humains, vers ce qui les nourrit, avec des conventions internationales que l'ONU a adoptées. Voilà la base des Droits Humains, c'est une éthique.


Les Droits Humains ne parlent que d'amour, de compassion, d'égalité ; de compassion contre la discrimination, notamment des femmes, contre le racisme, contre la torture etc. A la base des Droits Humains il y a cette pulsion de l'amour vers l'autre, chez l'homme et la femme dans notre société, qui confrontés aux conflits sont arrivés à cette notion-là. Ce qui est donc important pour les Droits de l'Homme, c'est le shift idéologique de la théologie aux Droits Humains. C'est une construction collective.


Pendant longtemps l'Occident a dit que les Droits Humains c'est nous, car c'était leur intérêt. Quand nous avons été colonisés, on nous a dit : « vous aurez la lumière, la civilisation » et maintenant les Droits Humains modernes c'est la situation de la femme, du religieux, de la jeunesse de l'environnement. L'ONU met les pays ensemble, sur la question de la femme car l'Arabie Saoudite a sa vision de la femme, la France a sa vision de la femme, l'Inde, la Chine ont la leur, et par ce processus qui prend parfois des années on a réussi à discuter ensemble pour inscrire des valeurs communes lors de conventions internationales.


La liberté de conscience et la liberté religieuse


Ce processus est une construction de la paix et c'est également important par rapport au religieux car ce qui ressort des problèmes religieux ici ou là, Iran, Inde, Syrie. c'est une liberté de conscience. Il faut reconnaître chez chaque homme et femme que la liberté de conscience est fondamentale.
L'expression de la liberté religieuse, c'est-à-dire l'expression de ces religions, ce sont les questions que l'on se pose actuellement ; donc il faut reconnaitre 1 - la liberté de conscience, 2 - la liberté de religion et 3 - l'expression de la religion.


Ce qui est important c'est que les Droits Humains soient intégrés dans toutes les constitutions.
La résolution a amené l'Arabie Saoudite, la France, et d'autres, à s'entendre, à s'accepter, à formuler ces textes pour accepter les droits de la femme et la liberté d'expression qui ont été intégrés dans les constitutions.


Ainsi nous allons dire que nous ne faisons pas de débats théologiques entre les religions.
Donc le défi de ce qu'est l'expression religieuse, c'est le droit à la justice ; demander à la France de respecter ses valeurs juridiques telles qu'elle les a exprimées dans sa constitution, dans sa loi, et c'est un point important.


Avant de conclure, je voudrais dire qu'il y a la vision de l'islam que nous avons aujourd'hui en France qui, dans ses débats politiques, offre la scène de cette haine ici ou là. Mais il y a derrière les quartiers des villes et communes, des hommes et des femmes qui se retrouvent ensemble, qui travaillent ensemble en profondeur ; il y a un travail spirituel qui est un travail sur soi car c'est un travail de transformation.
La transformation c'est le cœur de la spiritualité


Il y a l'image d'une France islamophobe dans les discours politiques, mais qu'est-ce qu'il y a derrière ces discours politiques ? Le fait est que l'islam est en train de devenir la 2ème religion en France, donc c'est une réaction derrière ce mouvement.


Il y a 10-15 ans c'était un défi majeur de construire des mosquées car les maires n'en voulaient pas, mais à partir du moment où les musulmans ont utilisé le droit de la loi du sol français, nous voulons maintenant construire un lieu de culte. Si on compare le nombre de mosquées construites maintenant en comparaison d'il y a 10-15ans, il y a eu une explosion, même dans les coins les plus reculés. Je vous donne cet exemple pour vous dire combien ce travail-là en profondeur est nécessaire. Effectivement derrière le discours de violence, il y a le facteur de discrimination, celui de l'ignorance. On ne sait pas ce qu'est l'islam, les musulmans ne savent pas ce qu'est le christianisme, tous les deux ne savent pas ce qu'est le bouddhisme ou le vaudou etc.
Si nous allons dans n'importe quelle maison d'édition comme la Fnac, on vous dira que les livres les plus achetés sont sur le religieux, sur l'islam... Tout simplement parce qu'on a utilisé la laïcité pour combattre la religion et derrière ce discours il y a des questions ; mais pourquoi cette situation ? Ces maisons d'édition vous diront que les livres sur l'islam, sur le christianisme sont achetés car les gens se posent des questions et donc on en revient à la conscience.


Faire bouger le dialogue interreligieux


Le dialogue interreligieux doit bouger, se déplacer de la théologie à l'éthique, se déplacer de l'idéologie aux Droits Humains et enfin le dernier mouvement est de définir cette idée de partenariat pour la paix.
Quand on aura pu créer les conditions dans les communautés, les quartiers pour identifier une éthique, les valeurs communes, quand on aura pu les mettre en avant, exprimer ces valeurs que les religieux ont identifiées, partagées car universelles et qui sont au cœur de ces théologies, il faudra alors traduire ces valeurs dans la réalité.
Dans l'action commune, il ne doit pas y avoir d'abstraction mais une action commune autour de ce qu'est la religion. Alors il y aura une transformation qui s'ensuivra dans la vie, parce qu'on aura donné des réponses. C'est un point très important.
Donc par rapport au thème de notre réunion, avant de parler de partenariat, il doit y avoir tout un travail en amont ; ainsi il y a des mécanismes existant aux Nations Unies que beaucoup d'ailleurs ne connaissent pas. Ainsi l'ONU vient d'adopter la décennie du Rapprochement des Cultures, ils l'ont adoptée l'année dernière et l'UNESCO a été désigné comme l'agence qui doit activer cela. Le rapprochement des cultures est fondamental.


C'est ce que l'UNESCO est en train de faire et j'ai mentionné qu'il faut éviter que cela soit capté par les pays et les états, il faut donner la parole aux gens, créer des postes pour le rapprochement des cultures qui soient politico-diplomatique mais basés sur le vivre-ensemble.


Comment traduire ce rapprochement des cultures dans ce vivre-ensemble ? En effet, il y a un sens précis qui doit se prendre dans ce rapprochement des cultures.
Relier la culture à 3 dimensions : l'esthétique, l'éthique et le spirituel.


La dimension esthétique c'est celle que l'on voit chaque fois que l'on se rencontre, chacun avec ses vêtements, l'art africain, le château de Versailles. mais on ne peut se limiter à cela, on ne peut comprendre profondément l'autre, l'autre communauté, donc il faut aller de l'esthétique à l'éthique. Quelles sont ces valeurs qui ont fait cette esthétique ? Pourquoi on a construit des monuments comme la mosquée de Casablanca, ou le temple au Cambodge ?

Ces formes-là expriment des valeurs, il faut se pencher sur ces valeurs qui sont à la base des expressions culturelles et qui nous amènent à aller vers l'autre. Alors on constate la communauté des valeurs, la dernière étant la notion de spiritualité.


Derrière toutes les religions il y a une vision de l'univers, de l'homme, de la vie, il y a une spiritualité derrière tout cela. Inscrire donc ce terme de rapprochement des cultures.
Il faut créer de nouvelles conditions. Le désir de la valeur fondamentale de la construction de la paix, c'est de ramener au cœur de la conscience ce que l'UNESCO a dit, comme quoi si la guerre et donc la paix naissent dans l'esprit des hommes, il s'agit de vivre ensemble, dans des sociétés multiculturelles. Vivre ensemble, c'est cela qui définit sans a priori le partenariat pour la paix.


Voilà quelques réflexions que je voulais partager.


Merci.


https://france.upf.org/conferences-en-france/211-france-2015/paris-septembre-2015/681-presentation-de-m-doudou-diene-changement-de-paradigme-du-dialogue-interreligieux

Ibrahima Thiam, président d’Un Autre Avenir lance un appel « patriotique pour un BENNO BOKK SENEGAAL »

 

Dimanche vont avoir lieu l´élection présidentielle. A la veille de cette consultation électorale j’invite nos compatriotes à déposer nombreux leur bulletin de vote dans l’urne dans un acte de civisme qui honore la démocratie.
La fin de la campagne a été marquée par de nombreux incidents, dont certains très graves. Des violences ont même été jusqu’à faire des morts.
A trois jours du vote j’appelle nos concitoyens au calme et au respect de nos valeurs de paix et de tolérance. Des propos, comme ceux de « brûler les bureaux de vote le jour du scrutin » sont inacceptables et indignes d’hommes politiques responsables. De même que l’exhortation à « brûler les cartes d’électeurs » est inadmissible.
Dimanche vous serez des millions d’électeurs à voter pour le candidat de votre choix. Comme je l’ai dit précédemment je ne donne aucune consigne de vote à mes sympathisants et militants, chacun dispose de sa liberté de conscience. Je n’encourage pas davantage le boycott réclamé par certains qui n’est pas une réponse appropriée dans la situation que connaît notre pays.
Par ailleurs je souhaite qu’aucune fraude ne vienne entacher la légitimité du résultat, autant pour le candidat qui sera élu que pour l’image de notre pays. Trop de peuples dans le monde ne jouissent toujours pas du droit de s’exprimer, et de voter, pour que nous ne saisissions pas cette occasion d’exprimer notre préférence ou notre défiance pour tel ou tel candidat. La démocratie est un bien trop précieux pour que nous la gâchons par des comportements irraisonnés. Dimanche vous avez le destin du Sénégal entre vos mains.

Ibrahima Thiam, président AA

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