Afrique

L'ONU ferme officiellement son bureau au Burundi

L'ONU a officiellement fermé vendredi 12 décembre sa mission politique, le Bureau des Nations unies au Burundi (Bnub) au cours d’une cérémonie de descente de drapeau à Bujumbura. Cette fermeture s'effectue après une vingtaine d’années de présence dans ce pays en proie à une longue guerre civile qui a duré de 1993 à 2006. Mais ce départ a lieu malgré des tensions politiques croissantes à quelques mois d'élections générales. La communauté internationale ne cache pas son inquiétude.

Les relations entre le gouvernement du Burundi et le Bnub, étaient devenues très conflictuelles. Des rapports dénoncent chaque année des violations massives des droits de l'homme dont des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires ou encore des restrictions de l'espace politique et médiatique.

En avril, un câble diplomatique onusien révélait une distribution d'armes aux jeunes du parti au pouvoir au Burundi. L'information a été démentie depuis par le gouvernement mais avait fuité dans la presse. Bujumbura a alors tout mis en œuvre pour obtenir la fermeture de cette mission. Aujourd'hui, c'est chose faite. Le ministre burundais des Relations extérieures, Laurent Kavakure, le confirme.

« C'est un moment historique, mémorable. Je ne dirais pas comme l'accession à l'indépendance, mais je dirais que c'est la fin d'une période où le Burundi était considéré comme un pays post-conflit. Nous allons vers l'étape prochaine vraiment de développement, sans cliché, sans image de pays post-conflit. » Et de rajouter : « C'est la fin d'une période. Nous allons vers une prochaine étape qui est une étape vraiment de développement, sans cliché, sans image de pays post-conflit. »

« Pas dans le bon sens »

La société civile et l'opposition regrettent aujourd'hui ce départ alors que la tension ne cesse de monter, à cinq mois des élections générales de 2015. Agathon Rwasa, le chef historique des ex-rebelles des FNL et principa l opposant burundais, estime le fait « important mais pas dans le bon sens. Ce départ est prématuré parce que, souvenez-vous, la tension politique qu'il y avait, il y a quelques années, n'a pu être désamorcée que grâce à l'intervention du Bnub. Malheureusement, ils partent maintenant. »

Agathon Rwasa pense que la situation pourrait dégénérer à tout moment, mais le ministre burundais des Relations extérieures se veut rassurant : « Nous aurons des élections justes et équitables », assure-t-il.

Côte d’Ivoire: les réactions à Abidjan aux annonces de la CPI

Charles Blé Goudé sera bien jugé pour crimes contre l'humanité. La Cour pénale internationale a confirmé jeudi les charges contre l'ancien chef du mouvement pro-Gbagbo des Jeunes patriotes. La date de son procès n'a pas encore été fixée. Charles Blé Goudé est écroué à La Haye depuis mars 2014. Il a encore la possiblité de faire appel. La CPI veut également organiser le procès de Simone Gbagbo, l'épouse de l'ex-chef de l'Etat est actuellement détenue dans le nord de la Côte d'ivoire.

Côté gouvernement on a été pris de cours, hier après-midi, puisque l'annonce de la CPI est tombée en plein Conseil des ministres. De ce fait, le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné, est resté très prudent dans ses commentaires expliquant que les autorités ivoiriennes allaient se donner le temps de la réflexion pour étudier la demande de transfèrement de Simone Gbagbo à La Haye.

A propos des termes, très sévères, utilisés par la CPI mettant en cause  la capacité  de la justice ivoirienne à conduire le procès de Simone Gbagbo, le porte-parole a répondu que l’appareil judiciaire récupéré par le gouvernement ivoirien, au sortir de la crise, était en lambeaux et que les autorités faisaient « le maximum de ce qu’elles pouvaient ».

Par ailleurs, Me Pierre Claver Ndri, l’avocat de Charles Blé Goudé, s’est dit surpris par la confirmation des charges retenues contre son client tout en répétant que le dossier, sur le fond était vide.

Concernant le cas Simone Gbagbo, il a rappelé que la Côte d'Ivoire s'était déjà saisie de la question et qu’un procès pour crime de sang à son encontre était programmé. Que, de ce fait, il convenait d’en attendre l’issue avant un éventuel transfèrement à La Haye.

S'il est un point sur lequel s'entendent, les deux parties antagonistes à Abidjan, c'est la capacité des tribunaux à juger ses ressortissants en Côte d'Ivoire tout aussi bien qu'à La Haye devant la CPI.

Rwanda: plainte contre l’Etat pour avoir mis à l’écart le français

Le Parti démocratique vert rwandais, un parti d’opposition, a intenté une action contre l’Etat auprès de la Cour suprême pour non respect de la Constitution, et notamment de l’article 5 concernant les langues officielles du pays. Pour la formation politique, une mise de côté du français au profit de l’anglais pénaliserait une partie de la population.

Nouveaux billets de banque exclusivement en kinyarwanda et en anglais, documents administratifs non traduits en français. Selon Frank Habineza, le président du Parti démocratique vert rwandais, la langue de Molière tend à disparaître du quotidien des Rwandais, et est de moins en moins utilisée par les institutions étatiques, qui lui préfèrent souvent l’anglais.

Pour lui, cela est inconstitutionnel : « La Constitution dit que le Rwanda a trois langues officielles : le kinyarwanda, le français et l’anglais. Mais actuellement, la langue française est mise de côté. Nous avons beaucoup de gens au Rwanda qui ont eu une éducation en français, et donc ils ne peuvent pas jouir des mêmes droits que les autres citoyens. Donc, nous avons déposé un dossier à la Cour suprême pour qu’elle demande aux institutions de l’Etat de respecter la Constitution. »

Plus globalement, Frank Habineza estime que de nombreux Rwandais sont exclus du marché du travail à cause de leur mauvaise maîtrise de l’anglais. Et pour lui, ce problème linguistique a un impact sur le processus de réconciliation : « Lorsque les gens se plaignent et ne peuvent pas avoir du travail, ils se sentent comme des citoyens de seconde zone. Et donc, on ne peut pas se réconcilier correctement. Une fois que ce problème sera résolu, nous pourrons vraiment achever notre processus de réconciliation. »

Il revient maintenant à la Cour suprême de juger de la recevabilité de ce recours.

Libération de Serge Lazarevic: la contrepartie qui dérange

Si les députés français ont largement salué la libération de Serge Lazarevic, ce mardi 9 décembre, certains ont tout de même regretté qu’elle ait été conditionnée par celle de terroristes liés à Aqmi. Au Mali, les associations de défense des droits de l’homme s’indignent également de la libération de jihadistes comme monnaie d’échange.

La guerre, le terrorisme, ces sujets-là font toujours consensus dans la classe politique française. Ce mardi, après l'annonce de la libération l'otage français Serge Lazarevic, il y avait à l'Assemblée comme un parfum d'unité nationale, mais avec tout de même quelques fausses notes.

Pierre Lellouche (UMP) :
« Je suis extrêmement en colère contre cette bande de cafards terroristes qui s’en prennent à des civils pour s’arroger le droit de les enterrer vivants quelque part dans le désert pendant trois ans. C’est insupportable. Nos soldats font un boulot formidable. Je suis en soutien complet du gouvernement sur cette affaire. »

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) :
« La responsabilité d’un gouvernement, c’est de récupérer des Français qui sont pris en otages. C’est le devoir de la France de ne jamais laisser tomber un de ses citoyens de par le monde. Tout le reste appartient au secret. »

Noël Mamère (Europe Ecologie-Les Verts) :
« Si on échange des prisonniers, ça veut dire qu’on donne une caution à ceux qui ont pris en otages des Français. Ça veut dire qu’on donne une caution à l’islamisme radical et à sa variante terroriste. Je ne sais pas quelle est la meilleure voie. »

Alain Marsaud (UMP) :
« Je ne me sens pas capable de dire ce qui est bien et ce qui n’est pas bien dans cette affaire. En plus, il ne s’agit pas de n’importe quels preneurs d’otages. Il s’agit de gens extrêmement violents qui ont assassinés et qui se retrouvent en liberté. C’est invraisemblable que le gouvernement français, qui est en position de force par rapport au gouvernement malien, dans la mesure où il intervient militairement, a pesé de tout son poids pour obtenir ces libérations en contrepartie de celle de notre otage. Réjouissons-nous tout de même de voir notre compatriote libéré. »

Indignation au Mali

Les associations maliennes des droits de l’homme saluent la fin de la captivité de Serge Lazarevic. Mais elles s’indignent de la libération, selon elles, de quatre prisonniers liés à al-Qaïda au Maghreb islamique, accusés de violations des droits humains et qui ont servi de monnaie d’échange.

Maître Moctar Mariko, président de l’Association malienne des droits de l’homme :
« Si c’est un succès pour la diplomatie française, pour nous, c’est une grave violation des droits des victimes maliennes. Parce que c’est nous qui souffrons au Mali. Et s’il faut échanger un terroriste malien contre un otage français, ça voudra dire que nous n’avons plus notre raison d’être et que le gouvernement ne défend pas les populations. »

En août dernier, les associations de défense des droits de l’homme avaient déjà dénoncé la libération de Ouka Ouka, chef du tribunal islamique de Tombouctou pendant la période d’occupation du nord par les groupes jihadistes. Qu’il s’agisse de libérer des otages ou de négocier la paix dans le Nord avec les groupes rebelles, les associations estiment que les autorités maliennes doivent faire de la lutte contre l’impunité leur priorité.

D'ailleurs, l’un des prisonniers libérés, Mohamed Ali Ag Wadossene, avait récemment tué un gardien de la prison de Bamako où il était retenu et d’où il s’était évadé avant d’être repris. Le frère de ce gardien, au micro de RFI, ne cache pas sa colère.

Sidi SOFARA, frère d'une victime de Mohamed Ali Ag Wadossene : « J’ai été littéralement foudroyé par l’annonce de cette nouvelle qui est une indignation sans égale, sans précédent. Si les autorités maliennes ont accepté ça, moi je me demande : la dignité malienne, elle est comment maintenant ? Un Français vaut mieux donc qu’un Malien ? Ces autorités, est-ce qu’elles sont directement concernées ? […] Et si c’était leur frère, est-ce qu’elles allaient accepter d’échanger l’assassin contre un Français ? Quel est le poids que pèse un Français par rapport au Malien ? C’est une indignation terrible. Je suis bouleversé. Je suis littéralement déçu. Je ne sais plus que faire. »

logotwitterFacebook