Afrique

Attentats en France: solidarité aussi en Afrique

Sur le continent africain, des milliers de personnes ont aussi tenu dimanche 11 janvier à dire leur solidarité avec la France endeuillée par les deux attentats qui ont frappé son sol la semaine dernière, de Bujumbura à Dakar.

En Afrique, 200 à 300 personnes ont manifesté à Bujumbura, capitale burundaise. Il y a trois jours déjà, les principales stations de radio de Burundi, publiques et privées, avaient observé trois minutes de silence en hommage aux journalistes de Charlie Hebdo, assassinés à Paris.

Les organisations de professionnels des médias du Burundi ont appelé à une manifestation silencieuse dimanche devant l’ambassade de France, en plein centre-ville de Bujumbura. Quelque 300 personnes ont répondu à l’appel : beaucoup de Burundais, des dizaines d’Européens, des jeunes et des vieux, avec des pancartes « Je suis Charlie ». L’ambassadeur de France, sorti devant de cette foule silencieuse et grave, a été le premier à prendre la parole. « Bien sûr, c’est la France qui a été attaquée, mais votre mobilisation montre que ce n’est pas la France seule. C’est la liberté d’expression, c’est la liberté d’opinion, la liberté tout court », a déclaré Gerrit van Rossum.

Des journaux sénégalais, ici Le Quotidien, avaient témoigné leur soutien aux journalistes de Charlie Hebdo assassinés.AFP/Seyllou Diallo

Alexandre Niyungeko, le président de l’UBJ, le syndicat qui regroupe les journalistes burundais, lui a répondu au nom des organisateurs de cette manifestation pour « un refus de la violence, pour la liberté d’opinion », a-t-il lancé, avant de remettre à l’ambassadeur de France une carte noire toute simple. « Nous disons que nous sommes tous des Charlie et que le monde des professionnels des médias burundais partage le deuil des confrères et du peuple français », a confié Alexandre Niyungeko.

Puis la foule très émue a observé une minute de silence avant que l’ambassadeur de France au Burundi n’ouvre ses portes exceptionnellement pour que quelques personnalités présentes, les anciens présidents Pierre Buyoya et Sylvestre Ntibantungaya notamment, signent dans le registre des condoléances. La foule s’est enfin dispersée dans le silence après une heure de communion. « C’est comme si j’étais à Paris, à manifester avec tous les autres », confie un Français présent.

En Côte d'Ivoire

Environ 500 personnes, Français, Franco-Ivoiriens et Ivoiriens, se sont rassemblés devant le consulat de France à Abidjan dimanche, à l'initiative des élus consulaires. Parmi les personnes présentes, des personnalités de l'opposition pro-Gbagbo, la ministre de la Communication qui représentait le gouvernement, des ambassadeurs de l'Union européenne (délégation de la Commission eduropéenne, Grande-Bretagne et Allemagne), etc. « Je suis très émue de ce qui s'est passé, confie à RFI une Ivoirienne présente, et c'est ensemble qu'il faut dire non au terrorisme. »

« J'ai trouvé cela extrêmement touchant que des Ivoiriens soient venus aujourd'hui » Ecoutez le reportage de notre correspondante à Abidjan et les témoignages croisés des Français et Ivoiriens présents. 12/01/2015 - par Maureen Grisot écouter

Alassane Ouattara, le président ivoirien, avait envoyé un télégramme de condoléances vendredi dernier et il était ce lundi matin à la résidence de l’ambassadeur de France pour signer le registre de condoléances. L’occasion pour le chef de l'Etat de s’exprimer sur la lutte contre le terrorisme : « Je pense qu’il faut être organisé, que les services de renseignements soient renforcés partout dans le monde. Il faut un échange d’informations à ce sujet et aussi être intraitable, parce que ce sont des cas de violations des droits humains. Eliminer des personnes tout simplement pour leur opinion est inacceptable. Donc, il faut une plus grande concertation de chefs d’Etat, mais également de tous les peuples parce que nous sommes tous concernés par ces actes de terrorisme. Tout près de nous, nous avons le cas du Nigeria avec Boko Haram qui fait des dizaines, des centaines de morts quasiment toutes les semaines. Nous, nous sommes engagés dans la lutte contre le terrorisme et nous continuerons ».

Au Sénégal

Au Sénégal, pas de bougie ni de marche citoyenne, mais à l’ambassade de France un rassemblement a été organisé dimanche. Autour d’un cahier de condoléances, les quelques personnes présentes, essentiellement des Français, sont venues exprimer leur soutien et leur désolation après l’attaque qu’a subi le journal Charlie Hebdo. « Ce n'est pas parce que j'ai caricaturé quelqu'un que je lui ai manqué de respect, s'indigne ce Dakarois, il n'a fait qu'apporter un point de vue ! »

« Tout sauf le silence, il faut que l'on parle ! J'ai l'impression que le cercle des poètes disparus s'est agrandi »Reportage de notre correspondante à Dakar devant l'ambassade de France 12/01/2015 - par Coralie Pierret écouter

Au Gabon

Au Gabon, le pouvoir et l’opposition radicale ont tenu à manifester, chacun de leur côté, leur solidarité avec la France dimanche après-midi alors que le président Bongo était à Paris aux côtés de François Hollande. C’est d’abord le ministère des Affaires étrangères, à travers son porte-parole, qui a publié un message de condoléances. « Le Gabon condamne le terrorisme sous toutes ses formes, il saisit cette occasion pour exprimer sa solidarité à tous les pays victimes du terrorisme à travers le monde », a déclaré Astrid Ngningone.

Les dirigeants de l’opposition ont ensuite formé une chaîne humaine et entamé une marche silencieuse encadrée par la police. « Nous sommes Charlie », pouvait-on lire sur un petit carton brandi à côté des pancartes et banderoles hostiles au président Ali Bongo. Seuls les leaders sont entrés dans la mission diplomatique où les attendait le tout nouvel ambassadeur de France au Gabon, Dominique Renaux. A la sortie de l’entretien Zacharie Myboto, président du front de l’opposition, s’est adressé à la presse. « Nous sommes donc venus pour condamner ce qu’il s’est passé en France parce que c’est absolument inadmissible. Nous ne souhaitons pas justement que cela se produise un jour au Gabon. » De nombreux marcheurs affirment être venus revendiquer la liberté de la presse et la liberté de manifester au Gabon.

Les revues de presse africaine et française du 12 janvier

A Abidjan aussi il y avait des Charlie ce dimanche 11 janvier 2015.

Rfi

Gnassingbé avec les Charlie à Paris: vives critiques de l’opposition

Faure Gnassingbé, le chef de l'Etat togolais était l'un des six présidents africains à défiler aux côtés de François Hollande hier, au cours de la Marche Républicaine de Paris, suite au double attentat de la semaine passée qui a fait dix-sept morts. Une présence que l'opposition togolaise a très peu appréciée.

« J’ai beaucoup hésité [à venir], expliquait hier le président togolais à RFI. Deux choses m’ont finalement déterminé : la première, c’est l’extraordinaire mobilisation du peuple français dans plusieurs villes, des mobilisations spontanées, des citoyens, du petit peuple. Il est évident que tout le monde est touché, ressent la douleur du peuple français. Et pour moi qui ai vécu dans ce pays pendant plus de dix ans, j’ai compris que la France était touchée, qu’il y avait une douleur, qu’il y avait un désir de rester debout face à l’événement. La France est un pays ami. Quand on a un ami, dans les moments douloureux comme ça, il faut être à côté ».

Seconde raison à la présence du président togolais, le nécessaire front commun à constituer contre le terrorisme dans une région où précisément sévit le terrorisme. Faure Gnassingbé l'a expliqué à RFI. Mais l’opposition au Togo a peu apprécié la présence de Faure Gnassingbé à Paris. Le porte-parole de l'ANC, L'Alliance nationale pour le changement parle d'insulte faite au peuple du Togo.

« Nous sommes scandalisés d’apprendre que Faure Gnassingbé, qui refuse la liberté même de manifester dans son pays et la liberté de la presse - Rappelez-vous que l’on a interdit plusieurs radios à Lomé, [que l’] on a des pressions sur des journalistes, pas plus tard que la semaine dernière, on a insisté auprès de certaines radios pour que les leaders de l’opposition ne puissent pas intervenir ; que Faure Gnassingbé aille manifester pour la liberté de la presse dans un pays étranger est un scandale pour nous. C’est totalement inadmissible et cela montre la duplicité de ce régime. Et qu’il aille défiler, marcher pour soutenir la liberté de la presse en France, je crois que c’est une insulte à l’intelligence du peuple togolais » s’indigne Eric Dupuis.

Rfi

Charlie Hebdo: en Afrique, personnalités et anonymes très solidaires

Depuis le massacre perpétré à Paris à la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, l'émotion reste vive, parrticulièrement en Afrique. Nos correspondants dans les capitales ouest-africaines étaient présents aux nombreux rassemblements de soutien. A noter que le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé sa présence à Paris pour la marche républicaine ce dimanche.

■ A Dakar (Sénégal)

Pour exprimer sa solidarité au peuple et au gouvernement français, le président sénégalais Macky Sall s’est rendu à l’ambassade de France à Dakar vendredi après-midi. Macky Sall a signé le registre des condoléances, en présence de la presse dont notre correspondante à Dakar, Carine Frenk.

Dans la salle des droits de l’homme où l’on célèbre les mariages, un registre est posé sur la table. Le président sénégalais Macky Sall écrit ces quelques mots : « Je présente mes condoléances émues au peuple ami et au gouvernement français suite aux attentats barbares contre Charlie Hebdo et les populations civiles innocentes à Paris. Le Sénégal par ma voix réaffirme son engagement et sa détermination sans faille dans la lutte contre le terrorisme international ».

Un geste important pour le chef de l’Etat sénégalais : « Le terrorisme est devenu une internationale de la terreur. Aucun pays n'est épargné. C'est la raison pour laquelle ce n'est pas par la peur que cette question doit être traitée, il faut une véritable synergie de tous les Etats, il faut un véritable combat, que ce soit en Irak, en Syrie, en Libye, dans le Sahel et partout ailleurs, aujourd'hui à Paris, hier au Canada, en Australie... La sphère mondiale est touchée. Il faut une action internationale déterminée, il faudra des soldats au sol partout au cela est nécessaire. Il faut que les Etats réagissent de façon appropriée ».

« On ne peut pas au nom de l’islam faire cette barbarie, ajoute le président Macky Sall. Il faut éviter de tomber dans le piège qui consiste à opposer les religions. »

 
Vendredi 9 janvier, à Dakar, le président sénégalais Macky Sall signe un livre de condoléances et adresse un message de soutien à la France, après la tuerie au magazine Charlie Hebdo.Carine Frenk / RFI

A Bangui (Centrafrique)

« Nous sommes choqués. » Le deuxième vice-président de la Communaité islamique de Centrafrique, Akhmed Deliris, ne prend pas de détour pour condamner la tuerie de Charlie Hebdo. Les musulmans du PK5 se sont rendus en délégation à l'ambassade de France ce vendredi après-midi pour exprimer au peuple français leur sympathie. « Au nom de tous les musulmans centrafricains, poursuit Akhmed Deliris. Nous condamnons cet acte odieux et barbare. Nous présentons toutes nos condoléances à la famille des victimes et à tout le peuple français. Cet acte est contraire à la religion musulmane, l'islam ne nous a pas demandé cela. Ceux qui ont posé cet acte-là, n'engagent qu'eux-mêmes et non les musulmans ».

A Antananarivo (Madagascar)

« C'est inhumain ce qui s'est passé. Je suis musulman, j'habite dans un pays accueillant, nous n'avons jamais eu de problèmes entre nous ici. La religion, c'est individuel ». A l'image de beaucoup d'autres, cet expatrié français à Madagascar ne cache pas son indignation.

Les autorités malgaches ont exprimé leur solidarité et leur soutien à la France suite aux attaques terroristes de ces derniers jours. Dans la communauté française de la Grande Ile, l'émotion est immense. Madagascar compte 25 000 ressortissants hexagonaux, c'est la plus grande communauté française d'Afrique subsaharienne. Vendredi, un moment de recueillement a été organisé à la résidence de l'ambassadeur à Antananarivo. « Je suis venu, explique cet homme, car il me semble très important qu'on puisse se retrouver entre Français pour partager notre émotion face à l'horreur qui attaque notre pays et pour défendre les valeurs auxquelles on croit, et la première d'entre elles, la liberté ». « Même quand on vit loin de la France longtemps, on reste Français », confie un autre. Sa voisine ajoute : « On sent que ce sont nos valeurs qui sont attaquées. J'ai très peur d'un repli sur nous-mêmes. Ce serait la pire des choses ».

Ce monsieur a accroché un badge « Je suis Charlie » « par solidarité tout simplement, comme des millions de personnes dans le monde. L'éloignement ne change rien à ce qu'on peut ressentir ».

A Alger (Algérie)

La stupeur, mais aussi « l'inquiétude et la lassitude », sont les sentiments qui dominent à Alger, rapporte notre correspondante sur place. Les Algériens revoient le spectre des années noires. Les images ont tourné en boucle sur les chaînes algériennes qui ont « cassé l'antenne », c'est-à-dire bouleversé leurs programmes. Pour les Algériens, rapporte encore la journaliste de RFI, la France représentait un territoire de sécurité. Personne n'avait imaginé que l'on pouvait être attaqué à Paris.

Rabat (Maroc)

Au moins 500 personnes se sont rassemblées vendredi soir à Rabat devant les locaux de l’AFP, pour un sit-in de deuil et de solidarité avec Charlie Hebdo. Unanimes, les Marocains présents ne se reconnaissent pas dans la religion revendiquée par les terroristes et qui les « déshonore ».

Ce sont des monstres, des barbares, qui essaient d'opposer les Français entre eux, d'opposer les étrangers entre eux ; ce type de manifestation montre bien que la France et le Maroc sont unis

Le Maroc sous le chocHabitants de Rabat et ambassadeur de France au Maroc

■ Guinée

A Conakry, la Maison de la Presse a appris avec consternation la tuerie survenue chez Charlie Hebdo. En ces circonstances douloureuses, la presse guinéenne présente ses condoléances les plus attristées aux hommes de médias français, aux parents et proches des défunts, à l’ambassade de France en Guinée et à tout le peuple français.

La Maison de la Presse réaffirme aussi son soutien à la presse française, engagée plus que jamais dans le même combat : la défense de sa liberté. Le jour où il n'y a plus de place pour l'humour, c'est qu'on est en « dictature », dit Sanassé Diané, présidente de la Maison de la Presse en Guinée : « Nous sommes solidaires dans le combat qu'ils [les salariés de Charlie Hebdo] portaient vis-à-vis de la liberté d'expression. C'est ce à quoi nous aspirons, en Afrique, en particulier en Guinée. Sans elle, nous n'avons pas de démocratie. C'est un combat que les journalistes guinéens mènent tous les jours. Un combat de responsabilité, un combat difficile, dans l'honneur de ce qui fait ce métier, c'est-à-dire sa déontologie. Les pays où l'on ne peut plus rire s'apparentent à une dictature. »

Rfi

Gambie: le président Yahya Jammeh met en garde les putschistes

Première déclaration publique, mercredi 31 décembre, du président gambien Yahya Jammeh, quelques heures après son retour à Banjul après une tentative de putsch manqué. Le chef de l'Etat s'est montré très menaçant. Yaya Jammeh s'est aussi brièvement montré dans les rues de la capitale, sous bonne escorte.

Yaya Jammeh n'a pas cité de nom, il n'a pas non plus ouvertement commenté les événements de la veille, mais dans son message de nouvelle année, le président gambien a lancé une mise en garde très claire à « ceux qui prônent et parrainent un changement de régime par la violence ». « Ceux qui jouent avec Dieu le paieront cher », a-t-il poursuivi.

Vingt-quatre heures après une attaque contre le palais présidentiel, la nervosité restait palpable mercredi 31 décembre dans les rues de Banjul. Si la ville avait repris son visage habituel, les principaux points d'accès à la capitale restaient contrôlés par des barrages militaires et, selon un témoin cité par l'Agence France Presse, ceux qui n'avaient pas de papiers à présenter étaient refoulés.

La crainte d'une répression au sein de l'armée se fait toujours sentir. Car l'identité et les motivations des assaillants de mardi restent peu claires. C'est un capitaine déserteur, Lamin Sanneh, tué dans les affrontements, qui est pointé du doigt. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a réclamé une enquête « dans le respect de l'Etat de droit ». Le voisin sénégalais, lui, a condamné « fermement » le putsch manqué et réaffirmé « son opposition à la violence et à tout changement anticonstitutionnel de gouvernement comme mode d'accès au pouvoir ».

Rfi

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