Afrique

Tunisie: 4 ans après la révolution, les proches des victimes en colère

La Tunisie célébrait mercredi le 4e anniversaire de sa révolution, le 14 janvier marquant la date du départ de Ben Ali. Une cérémonie officielle s'est tenue au palais présidentiel, mais elle a été marquée par la colère des familles des victimes de la révolution (plus de 300 morts et des centaines de blessés).

Elles réclament la vérité sur la mort de leurs proches. Les festivités ont même été interrompues.

Il venait de promettre d’être « la voix des sans voix », mais à peine terminé son discours, le chef de l’Etat nouvellement élu, Beji Caïd Essebsi, est interrompu par les protestations d’hommes et de femmes qui demandent « fidélité aux martyrs ». Des Tunisiens déçus que les noms de leurs proches décédés pendant la révolution ne figurent pas en haut de la liste de remise de médailles de la République.

Au milieu des pleurs, et des cris de colère, Nabil s’accroche au portrait de son frère, victime de la révolution : « On est fâché du fait qu’il ne parle pas des gens comme mon frère. Ça fait quatre années et on ne voit rien du tout. C’est très long », regrette-t-il. Nabil reproche aux autorités de n’avoir rien fait pour accélérer les procès des martyrs. L’argent reçu ces dernières années en compensation ne remplacera pas « la vérité », dit-il.

« Tous les martyrs seront décorés »

Malgré la tension, le conseiller politique du président, Mohsen Marzouk, assure ne pas être surpris : « Pendant les quatre dernières années, les gouvernements qui étaient en place et le président de la République n’ont rien fait pour les conséquences économiques, sociales et juridiques des familles des martyrs, souligne-t-il. On a entendu le message et on va tout faire pour essayer de trouver les solutions là où les autres n’ont pas réussi à trouver des solutions. »

« Tous les martyrs sont dans nos esprits et seront décorés. Ce que vous faites n'est donc pas nécessaire », a commenté Beji Caïd Essebsi, avant de quitter la scène.

Logements sociaux

A noter que le chef du gouvernement provisoire, Mehdi Jomaa, a remis hier les clés de six logements sociaux à des blessés de la révolution.

Rfi

Le Sénégal interdit la diffusion du dernier Charlie Hebdo

Le ministre sénégalais de l’Intérieur annonce l’interdiction au Sénégal de la distribution et de la diffusion « par tout moyen » des éditions de mercredi de l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, dont la Une comporte une caricature du prophète Mahomet, indique un communiqué transmis à l’Agence de presse sénégalaise. L'agence précise que le journal n'était plus distribué au Sénégal depuis deux ans, mais seulement disponible dans certaines librairies.

Est-ce un virage à 180 degrés ? Est-ce simplement une façon d’être plus en phase avec l’opinion publique sénégalaise qui dans l’ensemble, tout en condamnant la tuerie, se déclare choquée par la caricature du prophète ? Ce qui est sûr c’est que la présence à Paris, dimanche, du président Macky Sall aux côtés de ceux qui scandaient « Je suis Charlie » a été critiquée cette semaine dans la presse et sur les réseaux sociaux par des hommes politiques et des chefs religieux. Certains y ont vu une caution au blasphème, d’autres un nouvel acte d’allégeance à la France.

La dernière Une de « Charlie » a été perçue au Sénégal comme la provocation de trop, d’où cette décision du gouvernement sénégalais. Selon une source ministérielle, si Macky Sall est venu à Paris, c’est au « nom de la sacralité de la vie humaine ». S’il interdit aujourd’hui Charlie Hebdo, c’est au nom du respect de la foi religieuse.

Cela dit, selon l’agence de presse nationale et selon un libraire, Charlie Hebdo n’était pas distribué au Sénégal depuis près de deux ans. Un seul journal sénégalais avait reproduit la Une de Charlie Hebdo. Le journal français Libération de mercredi est également interdit.
Rfi

Compte rendu Boko Haram met à feu et à sang le nord du Nigeria

Plus de quinze villages voisins attaqués en quelques jours, « des centaines de corps jonchant le sol » décrits par les rares survivants à avoir atteint des villes de la région : autour de Baga, dans l’extrême nord-est du Nigeria, un massacre d’une ampleur inédite vient d’être commis en l’espace de plusieurs jours par les insurgés de Boko Haram. Lire aussi : Cent morts dans l'attaque d'une ville du Nigeria par Boko Haram Le temps n’est pas encore à l’exactitude des chiffres, mais à la prise de conscience que cette série d’attaques vient d’annihiler une agglomération, Baga, et des villages voisins dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, alors que la ville est le siège d’une force régionale, la MNJTF (Multinational Joint Task Force, force multinationale conjointe). A Baga, la MNJTF devait coordonner la réponse militaire du Nigeria avec celle du Niger et du Tchad voisins contre Boko Haram, dont les actions dans cette vaste zone frontalière se sont intensifiées et durcies au cours de l’année écoulée. Le Tchad voit les actions de Boko Haram se rapprocher dangereusement du point où son sol sera bientôt frappé à son tour. La capitale tchadienne, N’Djamena, n’est qu’à quelques heures de route de cette zone. Vagues d’assassinats A Baga, la MNJTF (il ne se trouvait à ce moment que des soldats nigérians dans la base) n’a pas pu empêcher un massacre d’une ampleur inédite. Amnesty International estime qu’il s’agirait de « l’acte le plus meurtrier dans une série d’attaques de plus en plus atroces menées par le groupe ». Même si d’autres sources évoquent plus prudemment un nombre de victimes s’établissant à « plusieurs centaines », l’ampleur de ces tueries est considérable. Elle découle d’abord d’une organisation méthodique de la violence, mélange d’exécutions et de destructions systématiques, si complètes du reste qu’il a fallu que les assaillants s’y prennent à plusieurs fois pour « raser à 90 % » Baga, comme l’ont rapporté des survivants à Maiduguri (200 kilomètres de marche) au journal Daily Trust, qui ont dû laisser derrière eux des blessés agonisants et enjamber des monceaux de cadavres. La première attaque avait eu lieu samedi 3 janvier. Déjà, des vagues d’assassinats, des destructions. Boko Haram s’empare alors de la base de la MNJTF. L’objectif est de première importance. La proximité de Baga avec le lac en fait un endroit stratégique. Boko Haram contrôle certaines des îles du lac, et des convois d’armes qui ont transité par le Tchad, en provenance de Libye, ont sans doute emprunté des itinéraires passant dans cette région. De plus, c’est de là que la réponse militaire régionale est supposée trouver un point d’ancrage. Le Tchad étudie de très près les possibilités d’intervention contre Boko Haram dans la zone frontalière avec le Nigeria et le Cameroun. Frapper cette base, pour les insurgés, est donc un signal de défi à l’adresse des pays de la région. Boko Haram menace aussi le Cameroun, et son président, Paul Biya, d’une intensification de la guerre sur son sol. Certains de leurs hommes se trouvent sur le territoire nigérien. Autant de menaces pour les pays voisins. La base de Baga aurait dû être l’un des éléments de réponse militaire, même si le Cameroun n’est pas associé à cette unité. Soldats nigérians piégés Mais Baga est aussi un cul-de-sac. La fin des routes. Et un piège, donc, pour les soldats nigérians, qui se sont trouvés face à plusieurs centaines d’insurgés, arrivés à leur façon habituelle sur des pick-up, des petits camions et des nuées de motos. Les 7 et 8 janvier 2014, une nouvelle vague d’attaques était menée. Une partie de la population des environs a fui. Certains, à pied, ont pris la direction de Maiduguri, où ils ne sont arrivés que quelques jours plus tard. D’autres ont tenté de traverser le lac Tchad. Plus de 20 000 personnes semblent arrivées sur l’autre rive. Mais dans un mouvement désespéré, des personnes se sont noyées, y compris des soldats. Des fuyards en nombre inconnu se trouveraient encore sur des îles, sans provisions, exposés au froid de cette saison, aux moustiques. Vendredi 9 janvier, un autre groupe de combattants djihadistes attaquait cette fois Damaturu, dans l’Etat voisin de Yobe. A environ 200 kilomètres : une broutille pour les groupes de Boko Haram, très mobiles sur les anciennes pistes séculaires, qui passent à travers la brousse. La ville carrefour a été attaquée à plusieurs reprises au cours des années passées. La dernière fois, c’était il y a quelques semaines, et il y a eu plus de cent morts, dont 38 policiers tués dans leur caserne investie à la sortie de la ville, malgré ses protections et ses systèmes de défense qui la faisaient ressembler à un petit fort. « L’attaque sur la ville par ces chiens et leurs méfaits depuis le 3 janvier devraient convaincre tous les gens bien intentionnés à travers le monde que Boko Haram représente le mal que nous devons éliminer tous ensemble », estime leporte-parole des forces armées Damaturu demeure une cible : la ville est suffisamment importante (50 000 habitants, des banques, des commerces, plusieurs camps militaires) pour constituer une belle prise en cas de victoire. Mais pas trop grosse, pour ne pas entraîner l’échec à coup sûr. Car les forces de Boko Haram, loin de pouvoir compter sur une efficacité éprouvée, n’ont pour elles que leur nombre (elles attaquent désormais en masse), leurs armes contre des civils, et surtout la faiblesse des forces armées, démoralisées, infiltrées, affaiblies par la corruption. Là où les soldats (parfois dos au mur, comme aux portes de Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno) résistent, Boko Haram ne passe pas. La secte a perdu sans doute plus de cent hommes dans sa dernière attaque de Damaturu. Vendredi 9 janvier, ils ont encore échoué. Ces revers ne peuvent cependant dissimuler la réalité d’une extension du territoire sous contrôle, ou sous la menace, des djihadistes. La vaste région frontalière du Cameroun, mais aussi celle proche du Niger, ou encore le triangle aride au nord de Maiduguri : toutes ces régions sont devenues le fief des insurgés, qui y frappent lorsqu’ils le souhaitent, même s’ils ne « tiennent » pas la plupart des agglomérations. Un nombre croissant de villes prises Monguno, à 60 km, a été déjà attaquée de manière terrible en 2013. De même que la ville de Dikwa. Selon nos sources, des bastions importants pour Boko Haram se trouvent juste à proximité, parfois dans de petites agglomérations : vers Adjibo, par exemple. Un « Boko Haram Land » est en voie de constitution, où les militaires nigérians, quand ils n’ont pas fui, vivent encerclés dans leurs bases, ne se déplaçant qu’en lourds convois, incapables de porter secours aux populations. Il y a pire : les actes de vengeance des soldats ou de leurs alliés des milices locales. En avril 2013, des soldats subissent une attaque légère près de Baga et perdent un homme. En représailles, ils brûlent 2 000 maisons, comme les clichés satellite de Human Rights Watch, coïncidant avec les déclarations des survivants, l’ont prouvé. Les forces gouvernementales avaient alors tué 193 personnes. Cette foi, c’est Boko Haram qui a « puni » Baga, de la plus terrible façon. L’armée y perd son âme et le soutien des populations. Les insurgés tiennent le pays par la terreur. C’est avec ce genre de massacre que Boko Haram, courant 2014, a poursuivi sa politique de conquêtes territoriales. Un nombre croissant de villes sont désormais « tenues », même si les destructions et les tueries en ont vidé le plus clair de la population, afin de donner corps à la décision de son chef, Abubakar Shekau, de constituer un « califat » à partir de Gwoza, vers la frontière avec le Cameroun. La partie sud du Nigeria a vécu dans l’idée pernicieuse que Boko Haram était un phénomène naturellement circonscrit, le fruit du Nord, et plus encore celui des trois Etats du Nord-Est (Borno, Adamawa, Yobe). Il a fallu plus d’une semaine aux responsables militaires pour aborder, publiquement, la question du massacre de Baga. Ce que le porte-parole des forces armées, le général major Chris Okulade, a finalement dit samedi soir, est révélateur : « L’attaque sur la ville par ces chiens et leurs méfaits depuis le 3 janvier 2015 devraient convaincre tous les gens bien intentionnés à travers le monde que Boko Haram représente le mal que nous devons éliminer tous ensemble, plutôt que de critiquer les personnes qui essayent de les contrer. » Abuja, la capitale, a été frappée à plusieurs reprises par des attentats-suicides. Lagos, la capitale économique, a subi une tentative similaire. Mais l’indifférence du sud du pays vis-à-vis de ce lointain nord mis à feu et à sang n’a pas encore été brisée par la force des chiffres : selon le Council on Foreign Relations (CFR), plus de 10 000 personnes auraient été tuées dans le cadre de l’insurrection (par les insurgés, les forces de l’ordre ou leurs auxiliaires des milices locales) en 2014. Le Monde.fr

Le Cameroun fait état d'un lourd revers subi par Boko Haram à Kolofata

Ce lundi 12 janvier, Boko Haram a essuyé un cuisant revers lors d’une incursion contre une position de l'armée camerounaise dans la région de Kolofata, dans l'extrême nord du pays. Les jihadistes, venus en nombre du Nigeria voisin, avaient pour cible un camp militaire tenu par des militaires camerounais. L'assaut s'est soldé par 143 morts côté Boko Haram et un soldat camerounais tué, selon le gouvernement.

Les chiffres officiels font état de 143 islamistes tués. Un important arsenal de guerre a été saisi, comprenant notamment des fusils d’assaut de différentes marques, des armes lourdes, des munitions de tous les calibres, et des terminaux de transmission.

Le ministre de la Communication, qui signe le communiqué au nom du gouvernement, précise que c’est de loin la plus lourde perte subie par la secte islamiste depuis qu’elle a entrepris ses attaques contre le Cameroun. L’assaut de Kolofata est intervenu à 6h30 (heure de Yaoundé), précise le porte-parole du gouvernement. Les assaillants, profitant de la brume, ont essayé de prendre par surprise les forces de défense camerounaises qui y tiennent un camp.

Les combats qui s’en sont suivi ont duré plus de cinq heures, et les jihadistes neutralisés sont retournés en débandade vers la frontière avec le Nigeria. Le bilan fait état, côté Cameroun, d’un soldat mort et de quatre autres blessés. Quelques photos particulièrement effroyables des combats ont été diffusées sur les réseaux sociaux.

Troisième attaque depuis juillet

Cela fait trois fois depuis juillet que la ville de Kolofata est attaquée. La dernière attaque remontait tout juste au lundi 5 janvier dernier. RFI a réussi à joindre un fonctionnaire de Kolofata. Il avait déjà mis sa famille à l'abri après l'attaque sanglante de juillet. Mais cette fois-ci, il a lui-même plié bagage pour venir se réfugier à Maroua, plus au sud. Il témoigne de ces événements tragiques :

« J'étais dans ma chambre et à 6h44, j'ai commencé à entendre des coups de feu [...] Finalement, ça a perduré et c'est devenu un brasier de tirs terribles. J'ai vécu ce calvaire, ainsi que tous ceux qui étaient encore dans Kolofata, pendant une heure et 26 minutes. On se demandait quand tout cela allait finir et ce qu'il  se passait. »

« Finalement, j'ai appelé un peu partout, explique-t-il, et on m'a dit que les Boko Haram étaient arrivés et qu'ils avaient attaqué la base militaire. Ils ont voulu pénétrer en ville, mais comme la base militaire est juste au-dessus de Kolofata, donc du côté nord, ils ont été stoppés net. Je crois qu'il y a eu aussi un renfort, venu de la ville de Maroua. La population a fui. Presque tout le monde est parti. Ceux qui vont vivre à Kolofata, ce sont des vieillards qui ne savent plus où aller, ni quoi faire. »

■ Témoignage

L'archevêque de Jos, ville nigériane régulièrement touchée par des affrontements confessionnels, juge que la communauté internationale n'en fait pas assez pour lutter contre Boko Haram. Ignatius Kaigama plaide pour que le concert des nations s'inspire de la mobilisation entrainée par les attaques ayant frappé la France depuis mercredi dernier. Pour l'homme d'Eglise, les évènements camerounais démontrent que toute la région est menacée. Ci-dessous, son appel sur les antennes de RFI :

« Cela démontre à quel point la situation est grave. Mais aujourd'hui, cela ne touche pas seulement le Nigeria ; les pays voisins aussi. Et là-bas, ils vont faire la même chose qu'ici. C'est pour ça que nous appelons à des efforts concertés pour régler cette question de Boko Haram. Là, ils s'en prennent au Cameroun, ensuite ce sera le Tchad ou le Niger. Bref, tous les pays voisins... Et quand ils en auront fini avec ces pays-là, ils iront sûrement au-delà. Donc, nous appelons à ce qu'une solution efficace soit trouvée, qui doit être mise en œuvre d'abord par le Nigeria, mais ensuite le soutien de la communauté internationale est nécessaire. »

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