Afrique

RDC: l'opposition appelle à poursuivre la mobilisation

Kinshasa a connu mardi une seconde journée de violences entre policiers et jeunes hostiles au président Joseph Kabila, que l'opposition accuse de chercher à se maintenir au pouvoir grâce à une nouvelle loi électorale controversée. Hier soir le gouvernement annonçait que les violences lundi et mardi avaient fait 5 morts mais le bilan, selon la société civile, serait bien plus élevé. L'opposant historique de Kabila, Etienne Tshisekedi, a lancé depuis Bruxelles un appel à chasser le «régime finissant» de l'homme fort de Kinshasa et dans un communiqué, le cardinal Monsengwo a condamné toute révision de la loi électorale.

Un calme précaire régnait mardi soir dans la capitale : partout un déploiement policier renforcé, la zone autour du Sénat toujours bouclée par la police, inaccessible. Sur la route de l’aéroport, désertée par les voitures, des pierres et pneus carbonisés, traces des affrontements qui ont opposé pendant plusieurs heures quelques centaines de manifestants à la police et aux militaires, les uns jetant des pierres, les autres usant de gaz lacrymogènes et de tirs en l’air. Même spectacle du côté de l’université de Kinshasa où les étudiants ont une nouvelle fois tenté de manifester contre la loi électorale. Un rassemblement immédiatement réprimé par la police. Les étudiants ont dénoncé l’usage de gaz lacrymogène jusque dans leur dortoir et des tirs à balles réelles.

Le débat sur la loi électorale, lui, ne reprendra pas avant jeudi au Sénat mais l’opposition appelle à maintenir la pression sur les autorités pour faire retirer la loi électorale controversée.

L'appel à la mobilisation d'Etienne Tshisekedi

L'UDPS, parti d'opposition historique, était jusqu'ici divisé sur la marche à suivre face à la réforme électorale, entre des parlementaires qui avaient rejoint la coalition de l'opposition appelant à manifester et son président Etienne Tshisekedi qui appelait encore tout récemment au dialogue. Celui que l'on surnomme le « sphynx de Limété » est en convalescense à Bruxelles depuis août dernier. Par un communiqué, il appelle le peuple congolais à rester mobilisé pour « contraindre ce régime finissant à quitter le pouvoir ». Car Etienne Tshisekedi se considère toujours comme le président légitimement élu en 2011.

« Le projet de loi électorale est en fait la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, explique Felix Tshisekedi, secrétaire national chargé des relations extérieures et fils du président de l'UDPS. Ca permet même d’organiser une sorte d’union sacrée contre la bêtise, contre la magouille que voulait nous imposer monsieur Kabila. Notre objectif est et a toujours été, depuis cette victoire qui a été volée, de récupérer l’effectivité de ce pouvoir » par des moyens pacifiques. « C’est pourquoi nous avons cru en cette initiative de la communauté internationale qui nous proposait un dialogue : nous le disions haut et fort que « l’impérium » nous allions le récupérer grâce au dialogue, malheureusement monsieur Kabila a multiplié les tentatives de fraude et de mauvaise foi et le peuple a perdu patience ! Nous ne pouvons que nous ranger derrière la volonté du peuple car c’est celui-ci qui avait voté [pour nous]. Il ne faut pas oublier qu’il avait élu massivement Etienne Tshisekedi ».

L'église congolaise prend position

Hier soir, dans un communiqué, le cardinal Monsengwo n'a pas mâché ses mots. Pour le cardinal, c’est une situation dramatique que traverse le pays depuis 48h, « un état de siège incompréhensible » ajoute l'homme d'église. Le chef de l'Eglise catholique congolaise condamne ainsi le recours à la force utilisée pour réprimer les manifestations. « Arrêtez de tuer votre peuple » lance t-il aux forces de l’ordre et à ces hommes politiques « qui sèment la désolation ».

Un cardinal Monsengwo qui condamne également sans ambages toute révision de la loi électorale qui viserait « à prolonger illégalement les échéances électorales de 2016 ». « La démocratie dit pluralisme d’opinions et de pensées » dit-il encore avant d’appeler le ministre de la Communication à rétablir le signal de tous les médias, référence aux télévisions Canal Kin et à la Radio Télévision catholique dont le signal est coupé depuis ce week-end.

Un communiqué qui prend la forme d’un appel à la mobilisation. « Nous appelons notre peuple à rester vigilant pour s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modifier des lois essentielles au processus électoral ». C’est par ses mots que le cardinal conclus son message avant d’adresser ses condoléances aux familles des victimes.

Appel pour la libération de Jean-Claude Myambo

L'opposition réclame aussi la libération de Jean-Claude Myambo, le président du SCOD, l'un des partis de la coalition de l'opposition. Il a été arrêté mardi matin, officiellement pour une affaire de droit commun. Une histoire montée de toutes pièces rétorque le coordonateur du Front acquis au changement, la coalition de l'opposition. Selon Martin Fayulu, Jean-Claude Myambo a été arrêté car le régime veut affaiblir l'opposition qui elle appelle la population à poursuivre la mobilisation.

Rfi

RDC: calme précaire et communications coupées dans une partie du pays

En République démocratique du Congo, le Sénat reprend ce mardi l'examen de la loi électorale. Un texte fortement contesté par l'opposition qui a tenté de défiler lundi à Kinshasa. Une manifestation violemment réprimée par la police. Le bilan officiel fait état de trois morts alors que du côté de la Fédération internationale des droits de l'homme, on évoque le nombre de 14 victimes.

Ce mardi, le calme semble être revenu, mais le climat reste très tendu dans la capitale. Tout d’abord parce qu’il y a beaucoup d’interrogations du côté des réseaux de communication. Par exemple, depuis lundi soir minuit à Kinshasa, mais aussi sur l’ensemble du territoire, plus aucun accès à Internet ne fonctionne ; de même les SMS ne passent plus.

Le ministre des Télécommunications et le porte-parole du gouvernement, tous deux n’ont pas été en mesure d’expliquer dans l’immédiat cette panne généralisée, mais ils démentent toute implication. Il n’empêche que forcément beaucoup s’interrogent. En effet, des photos de blessés et de civils tués par balle ont circulé lundi sur Twitter tout comme des informations sur la mobilisation.

Interrogations aussi quant à la situation sécuritaire notamment à Kinshasa. Dans le quartier des affaires, la circulation a repris normalement, mais plusieurs sources signalent avoir entendu des tirs du côté de la place de la Victoire, non loin du Parlement, et à l’université de Kinshasa. Deux endroits où la mobilisation a été particulièrement forte hier.

Des opposants arrêtés

Enfin, il y a beaucoup de questions aussi autour des arrestations. Le président du SCODE, cet ex-parti de la majorité présidentielle qui a rejoint l’opposition il y a peu, Jean-Claude Muyambo a été arrêté ce mardi matin à l’aube à son domicile. A Goma également dans l’est du pays, deux responsables locaux des plus gros partis d’oppositions du pays, l’UDPS et l’UNC, ont été interpellés suite à la manifestation de ce lundi.

Et ces arrestations pourraient se poursuivre, car le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a prévenu hier soir dans un message télévisé que la justice allait sévir. Notamment suite aux débordements et aux cas de pillage constatés à Kinshasa.

Niger: rescapées de Boko Haram, elles témoignent

Quelque deux cents écolières de Chibok demeurent entre les mains de Boko Haram. Depuis ce kidnapping spectaculaire en avril dernier, les insurgés ont renoué plusieurs fois avec le rapt de masse. En novembre dernier, ils ont enlevé une cinquantaine de femmes et d’adolescentes à Damasak, à quelques kilomètres de la frontière du Niger. Certaines ont pu franchir la frontière et gagner le camp de réfugiés de Chetimari, à quarante-cinq minutes de route à l’ouest de la ville de Diffa. C'est le premier volet d'une série de reportages de notre envoyé spécial au Niger. RFI a recueilli leurs témoignages.

De notre envoyé spécial à Chetimari,

Adiza Abdou a des gestes doux et précis, le regard d’une écolière studieuse. Son hijab mauve dévoile des yeux mi-clos qui expriment à la fois tristesse et sérénité. Le lundi 24 novembre, avec sa mère et ses trois grandes sœurs Fatima, Bintou et Oumi, elle s’apprêtait à fuir l’attaque de Boko Haram sur Damasak lorsque les insurgés les ont kidnappées, elle et sa famille. Les combattants enturbannés ont d’abord tué un jeune homme devant leurs yeux, avant de les emmener de force dans une voiture. Elle a roulé dans le village pendant une heure, le temps pour le convoi des insurgés de rafler, maison par maison, cinquante autres personnes. Adiza, treize ans, était la plus jeune du groupe. « Ils nous ont dit : si vous parlez, on vous coupe la tête, après ils nous ont dit : une femme peut se marier deux fois, ce n’est pas haram (ndlr : interdit), car vos maris ne sont pas de vrais musulmans. Ils nous ont expliqué ensuite que tuer des gens n’est pas haram non plus, car cela fait partie de la mission que leur a confiée le prophète. ». Les captives étaient détenues dans la maison du chef de village, que Boko Haram a investi. Le troisième jour, Adiza a été désignée et mise à l’écart avec quinze autres filles pour être mariée à des combattants insurgés. Cette nuit-là, raconte-t-elle, sa mère est parvenue à libérer le groupe, qui a traversé la rivière Komadougou Yobé en pirogue pour gagner refuge au Niger voisin. Adiza se souvient d’une évasion à frissons. « Arrivées de l’autre côté de la rivière, nous avons aperçu un insurgé qui nous avait pris en chasse. Lui ne nous a pas vues. Nous nous sommes cachés dans la brousse et nous avons pu lui échapper. »

Obsédés par le mariage

Les combattants insurgés, de jeunes encadrés par un vieil émir, ont donné la même impression à Rukaya, une autre victime du rapt. Cette mère de famille aux larges pommettes a vingt ans, mais on lui en donnerait trente. Avec ses deux enfants en bas âge, elle a subi dix-sept jours de captivité entre les mains des membres de Boko Haram. Rukaya a relevé chez eux la même obsession pour le mariage : « ils nous ont dit qu’ils trouveraient aussi des maris pour les femmes dont les époux ont été tués. ». Comme sa camarade de captivité Adiza, elle a vu plusieurs insurgés tituber de drogue ou d’ivresse, tandis que d’autres étaient submergés dans un état d’euphorie hallucinée propre à certaines sectes. « Ça se voit à leur comportement qu’ils prennent des choses, ce sont des drogués, ils doivent boire de l’alcool aussi, ils avaient les yeux rouges, ils avaient un comportement très étrange, le matin et le soir surtout. On les voyait hurler, et tirer en l’air ». Rukaya n’a pas eu à s’enfuir, elle faisait partie d’un groupe de femmes mariées que Boko Haram a décidé de relâcher au dix septième jour.

Les deux ex-captives, suivies par des psychologues de l’ONG italienne Coopi, remercient Dieu pour leur libération. Rukaya est trop occupée par le nourrisson de neuf mois qu’elle tient dans les bras pour penser à l’avenir, et elle est encore en deuil : son fils aîné de trois ans a été emporté par le choléra dès son arrivée au site d’accueil temporaire des réfugiés de Chetimari. Adiza pour sa part, avant même son enlèvement, vivait dans la crainte d’être kidnappée. Aujourd’hui elle rêve de devenir enseignante, mais pas dans son pays, car dit-elle « j’aurais trop peur, j’ai renoncé au Nigeria ».
Ils nous ont dit: si vous parlez, on vous coupe la tête, après ils nous ont dit: une femme peut se marier deux fois, ce n’est pas haram (ndlr: interdit), car vos maris ne sont pas de vrais musulmans.
Ecoutez les témoignages des réscapées de Boko Haram

Rfi

Raid de Boko Haram au Cameroun: une partie des otages libérés

La journée de dimanche a été marquée par une nouvelle incursion de Boko Haram au nord du Cameroun. Des centaines de combattants du groupe islamiste ont attaqué deux villages proches de la ville de Mokolo dans la région de l'Extreme-Nord. Ils ont réussi à enlever des dizaines d'otages. 24 d'entre eux ont été libérés. L'attaque a fait trois morts et les deux villages ont été complètement détruits.

Les attaquants sont arrivés par centaines, tôt dans la matinée dimanche dans la région de Mokolo, dans l’extrême nord du Cameroun. Repoussés pas les troupes de l'armée camerounaise, ils s'en sont alors pris aux deux villages de Mabassa et Maky, pillant, saccageant les maisons et prenant près de 80 personnes en otage, pour la plupart des femmes et des enfants. Les soldats de l’armée camerounaise les ont pourchassés et une vingtaine d’otages ont pu être libérés.

Beaucoup d'habitants de la zone, mais aussi des policiers et gendarmes en poste dans les localités proches de la frontière, ont commencé à fuir à l'intérieur des terres afin de mieux se protéger de ces raids. Il s'agit de la plus importante prise d'otages en territoire camerounais réalisée par les insurgés islamistes.

Déploiement de l'armée tchadienne

Ces violences sont intervenues alors que le Tchad déploie depuis samedi son armée sur le sol camerounais pour participer à un plan régional de lutte contre le groupe armé. Pour le porte-parole du gouvernement camerounais, si les assaillants de Boko Haram tentent de passer la frontière c'est pour se ravitailler. Et ça ne va pas durer, car les pays de la région sont désormais unis pour les contrer, explique-t-il : « Aussi longtemps que nous n’irons pas les attaquer dans leur forteresse, ils garderont toujours leur avantage. Mais ils savent désormais que l’armée camerounaise, qui s’y frotte s’y pique, souligne Issa Tchiroma Bakary. Ils ne peuvent plus franchir nos frontières et que quand bien même ils le feraient, c’est impossible de s’installer au Cameroun. Les forces tchadiennes viennent désormais se battre aux côtés des forces camerounaises pour faire face à cette agression. Tous les pays de la ligne de front, à savoir le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Bénin, plus le Nigeria, sont sur le qui-vive. »

Le but de l'intervention tchadienne serait de reprendre la ville de Baga, une ville stratégique du nord-est du Nigeria, et tombée aux mains du groupe islamiste début janvier. 400 véhicules militaires tchadiens sont ainsi entrés en territoire camerounais, accompagné d'hélicoptères de combat, et pourraient ensuite entrer au Nigeria si besoin. Abuja a assuré que tout soutien à ses opérations contre Boko Haram sera le bienvenu.

Rfi

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