Afrique

A la Une: les candidats mystères en RDC

À six mois maintenant de l’élection présidentielle, les Congolais se posent toujours la question : qui sera le candidat de la majorité présidentielle ? Joseph Kabila va-t-il passer outre la constitution ou bien va-t-il désigner un dauphin ? L’opposition, elle, va-t-elle se mettre d’accord sur un candidat unique ? Et dans ce cas, qui ?

Ce qui est sûr, pointe le site congolais Cas-Info, c’est que la course à la présidentielle démarre ce mercredi. En effet, « la Commission Electorale Nationale Indépendante, la CENI, a confirmé hier l’ouverture des Bureaux de Réception et de Traitement des Candidatures pour le début de dépôt des dossiers de candidats présidents de la République et députés nationaux, ce mercredi 25 juillet. »

« C’est parti », s’exclame Le Potentiel à Kinshasa. « Cette opération de traitement des candidatures, qui s’étendra jusqu’au 8 août, sonne l’heure de vérité. En effet, l’Opposition croit encore en la possibilité d’une candidature unique qui lui permettrait de tenir face à son redoutable adversaire dans un scrutin à un tour. C’est donc le moment favorable pour ceux qui appellent à l’alternance de se surpasser, estime le quotidien kinois, et de taire leurs ambitions démesurées afin de ne pas prêter le flanc à l’adversaire. De son côté, la Majorité au pouvoir n’a pas encore dévoilé le nom de son candidats. Le suspense reste entier après le récent discours du chef de l’État – autorité morale de la MP – devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès. »

Katumbi et Bemba : le retour ?

Du côté de l’opposition, deux nouveautés : le retour au premier plan de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba…

Moïse Katumbi, qui est toujours en exil, va-t-il rentrer au pays et pouvoir se présenter ? Cela en prend le chemin. Pour l’avocat parisien de l’opposant, maître Eric Dupond-Moretti, en effet, les accusations de double nationalité, congolaise et italienne, contre son client, ne tiennent pas. Et il affirme en avoir preuve de la part des autorités italiennes. Quant aux deux autres affaires dans lesquelles Katumbi serait impliqué, l’avocat parisien les qualifie de « bidons ».

« Reste donc à savoir quand et comment aura lieu le retour de Moïse Katumbi ?, s’interroge le site Afrikarabia, spécialisé sur la RDC. Car le temps presse. La course contre la montre a déjà commencé pour le dépôt des candidatures de la présidentielle. La clôture est fixée au 8 août prochain et un autre poids lourd de l’opposition a déjà annoncé son retour à Kinshasa pour le 1er août, relève Afrikarabia. Il s’agit de Jean-Pierre Bemba qui doit lui aussi déposer sa candidature pour les prochaines élections. Il reste donc 15 tout petits jours à Moïse Katumbi pour gagner son pari du retour. Après, il sera trop tard pour jouer les premiers les rôles dans le scrutin présidentiel du 23 décembre. »

Hier, Jean-Pierre Bemba a donné une conférence de presse à Bruxelles. L’opposant a confirmé qu’il souhaitait rentrer dès le 1er août à Kinshasa. Et se présenter à la présidentielle.

« Jean-Pierre Bemba, précise le site congolais Actualité.CD, a présenté son programme, un projet de société de 200 pages élaboré alors qu’il était incarcéré. (…) Il a également déclaré qu’il serait prêt à se désister au profit de celui qui serait choisi dans l’opposition comme candidat unique. 'On n’a pas beaucoup de temps, a poursuivi Jean-Pierre Bemba. J’espère rentrer au pays d’ici au 1er août. J’espère rencontrer les opposants. Nous n’avons pas le droit pour ce pays et pour ce peuple de nous diviser'. »

Un deal ?

Dans la presse ouest-africaine, on est plutôt sceptique quant à une candidature finale de Bemba…

Pour L’Observateur Paalga au Burkina, « on ne voit pas comment les autres fauves de la faune politique congolaise, comme Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Moïse Katumbi, qui ont tenu la maison pendant ces longues années de braise, pourraient s’effacer pour dérouler le tapis rouge au messie Bemba de retour. »

« Bemba aurait-il passé un deal avec Kabila ? », s’interroge pour sa part Ledjely en Guinée. Deux raisons à cela, avance le site guinéen : « de la part de l’ex-détenu de la Haye, les dénonciations du régime de Kabila se limitent au service minimum. Comme tous les autres opposants, il se prononce certes pour le départ de l’actuel président. Mais il le fait avec peu de fermeté. Ensuite, il y a qu’à la différence de Moïse Katumbi dont Kinshasa a fait sa bête noire, Jean-Pierre Bemba n’a eu aucune difficulté à se procurer le passeport diplomatique qui lui garantit le retour dans son pays. C’est dire donc qu’il refoulera le sol congolais avec d’une certaine façon la bénédiction de Kabila. »

JOHN WESSELS / AFP

Afrique du Sud : Obama rend hommage à Mandela… et s’attaque à Trump sans le nommer

À l'occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela, Barack Obama a fait un discours très attendu à Johannesburg. Ses nombreuses allusions à Donald Trump ont fait mouche dans le stade Wanderers.

Le discours de l’ancien président américain à Johannesburg a marqué le point d’orgue des célébrations du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, né le 18 juillet 1918 et décédé le 5 décembre 2013.Barack Obama a salué la mémoire d' »un vrai géant de l’histoire ». « La lumière de Madiba (surnom de Nelson Mandela) brille toujours avec beaucoup d’éclat », a-t-il assuré, défendant la « vision » du prix Nobel de la paix sud-africain.
Un destin en commun

Les deux hommes partagent un destin en commun qui les a fait entrer dans l’Histoire : ils sont devenus les premiers présidents noirs de leurs pays.

Après vingt-sept ans dans les geôles du régime raciste blanc, Nelson Mandela a été élu à la présidence en 1994, poste qu’il a conservé jusqu’en 1999. Barack Obama a lui occupé la fonction suprême aux États-Unis de 2009 à 2017.

Contre les hommes politiques « autoritaires » et « la politique de la peur »

À Johannesburg, Barack Obama s’en est pris aux hommes politiques « autoritaires » qui ont recours à « la politique de la peur » et « ne font que mentir », critiquant en creux son successeur à la Maison Blanche, Donald Trump.

« Compte tenu de l’époque incertaine et étrange dans laquelle nous vivons, les informations apportent chaque jour leur lot de titres perturbants qui donnent le tournis », a lancé l’ancien président au début de son intervention devant plus de 10 000 personnes.

« Les responsables politiques semblent rejeter le concept de vérité objective, des gens inventent », a-t-il lancé, déclenchant des rires nourris. « Nier les faits peut mettre à mal la démocratie », a-t-il mis en garde alors que son successeur dénonce à longueur de journée des « fake news » quand des informations le desservent.

    Je ne peux pas trouver de terrain d’entente avec quelqu’un qui affirme que le changement climatique n’existe pas

« Je ne peux pas trouver de terrain d’entente avec quelqu’un qui affirme que le changement climatique n’existe pas, quand tous les scientifiques disent l’inverse », a poursuivi Barack Obama.
Une des rares interventions publiques d’Obama depuis son départ de la Maison blanche

Sur la politique d’immigration là encore, Barack Obama s’en est pris directement à Donald Trump.

« Il n’est pas faux d’insister sur le fait que les frontières nationales importent (…) mais cela ne peut pas être une excuse pour des politiques d’immigration basées sur la race », a-t-il estimé lors d’une de ses rares interventions publiques depuis son départ de la Maison blanche début 2017.

    Tous ces mecs [les Bleus] ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont Français

L’occasion aussi pour Barack Obama de faire une digression pour saluer la victoire de la France au Mondial de football et la diversité des origines des Bleus.

« Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Mais ils sont Français », a-t-il lancé sous les applaudissements, regrettant cependant que « le monde n’ait pas tenu les promesses » de Madiba.Persistances des discriminations raciales en Afrique du Sud et aux États-Unis

« Les discriminations raciales existent toujours en Afrique du Sud et aux États-Unis » et « la pauvreté a explosé », a-t-il dénoncé. Près d’un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid en 1994, le racisme attise les tensions dans la « Nation arc-en-ciel » et la pauvreté persiste dans le pays le plus inégalitaire au monde, selon la Banque mondiale.

    Mandela et Obama sont les symboles de la victoire sur l’adversité

« Mandela et Obama sont les symboles de la victoire sur l’adversité », a lancé mardi sur le podium la dernière épouse de Nelson Mandela, Graça Machel, vêtue d’une lumineuse robe et coiffe bleu roi.

« Ils ont tous les deux donné de l’espoir à des millions de jeunes qui se sont identifiés avec leur parcours humble », a-t-elle souligné.

Dans la foule, les Sud-Africains étaient aux anges. « Je suis vraiment ravi qu’Obama s’en soit pris à Trump » et à sa politique d’immigration qui « ne respecte pas nos frères et sœurs en quête d’une nouvelle vie aux États-Unis », a salué Karabo Tima, un consultant de 25 ans.

Jeune Afrique

Tchad: un rapport Amnesty sur l'impact social des mesures d'austérité

Dans un rapport, publié ce lundi 16 juillet, intitulé « Budgets en chute, répression en hausse », l'ONG Amnesty International s'intéresse à l'impact social des mesures prises par le gouvernement tchadien, depuis 2015, pour faire face à la chute brutale des cours du pétrole. Baisse du budget de la santé, coupes budgétaires en matière d'éducation... les populations paient un lourd tribut et, lorsqu'elles manifestent pacifiquement leur lassitude, elles sont victimes de la répression par les forces de l'ordre.

Des mesures d’austérité, mais à quel prix ? Dans son dernier rapport publié ce lundi, Amnesty International montre que les réductions drastiques dans les secteurs de la santé et de l’éducation ont renforcé la précarité des populations les plus vulnérables. Cette étude s’appuie sur les témoignages de 176 personnes recueillis à Ndjamena, Massaguet, Massakory et Sarh.

L’ONG constate que le budget du gouvernement consacré à la santé a diminué de moitié entre 2013 et 2017. Les subventions allouées aux hôpitaux ont aussi baissé. Résultat : des pénuries récurrentes de médicaments et notamment de produits essentiels tels que le paracétamol et les désinfectants.

« Rien ne saurait justifier le non-respect des obligations minimales essentielles en matière de droit à la santé, même une crise économique », déplore Samira Daoud, la directrice régionale adjointe pour d’Afrique de l’Ouest et du centre d’Amnesty.

Seconde victime de ces coupes budgétaires : l’éducation. Suppression des bourses des étudiants, hausse des frais d’inscription dans les universités publiques, réduction de 50 % des primes et indemnités des fonctionnaires… tout ceci contribue à maintenir un faible taux de scolarisation, à avoir des salles de classe sous-équipées et une grogne sociale de plus en plus importante de la part des enseignants et des étudiants, constate l’ONG de défense des droits de l’homme.

Chaque fois qu'il y a eu des mesures d’austérité qui ont été prises, cela a entraîné des manifestations des populations, de la société civile, des étudiants, des élèves, mais aussi des grèves de fonctionnaires. De janvier à mars, nous avons documenté au moins 12 manifestations. Dans tous ces cas-là, il n’y a eu qu’une seule manifestation pendant laquelle les forces de sécurité n’ont pas eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Que les gens aient fait ou non usage de la force, les forces de sécurité ont frappé des manifestants. Il y a eu plusieurs blessés et 150 personnes, au moins, ont été arrêtées, dont de nombreux élèves et étudiants. Nous, ce que nous constatons c’est que la répression continue au Tchad. Les mêmes restrictions qui existaient avant continuent et sont encore plus renforcées. Par conséquent, le ton a durci encore plus et la situation est, pour nous, très inquiétante d’autant plus que nous avons eu à faire, auparavant, des recommandations et nous constatons que ces recommandations ne sont pas mises en œuvre.

RFI

L'Erythrée et l'Ethiopie rétablissent leurs relations diplomatiques

Cela fait 20 ans que les échanges diplomatiques entre les deux voisins étaient rompus. Ils sont désormais rétablis, a annoncé ce dimanche 8 juillet le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Asmara, après avoir été reçu en grande pompe par le président érythréen Issayas Afewerki.

Après un tête-à-tête avec le président de l'Erythrée, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé la réouverture des ambassades dans leurs capitales respectives, mais aussi la réouverture des frontières.

« Nous nous sommes mis d'accord pour que les liaisons aériennes ouvrent prochainement, pour que les ports soient accessibles, pour que les gens puissent circuler entre les deux pays et que nos ambassades ouvrent », a-t-il déclaré ce dimanche.

Un peu plus tôt sur Twitter, c'est son chef de cabinet qui annonçait que la liaison téléphonique directe était désormais restaurée entre l'Erythrée et l'Ethiopie. Une première en 20 ans.

Toute la journée, les images d'une foule en liesse dans les rues d'Asmara et celle de l'accueil chaleureux du président érythréen Issayas Afewerki au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à sa descente d'avion ont été diffusées par la télévision officielle érythréenne.

Les échanges de sourires et l'accolade entre les deux dirigeants, hautement symboliques, étaient inimaginables il y a quelques semaines encore, tant les tensions étaient vives entre ces deux frères ennemis.

Des étapes vers la paix

Il y a à peine un mois, le nouveau Premier ministre éthiopien crée la stupeur en annonçant son intention d'appliquer l'accord de paix signé en 2000 avec l'Érythrée et qui prévoit la restitution de territoires contestés à ce pays. Nouvelle surprise, le président érythréen Issayas Afewerki, qui a pourtant créé sa légitimité sur le conflit avec le voisin éthiopien, s'empresse d'accepter la main tendue.

Puis les évènements s’enchaînent. Une délégation de haut niveau se rend à Addis-Abeba il y a à peine deux semaines, pour la première fois depuis 20 ans. On annonce à l'occasion une prochaine visite du Premier ministre éthiopien à Asmara. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour le voir tenir sa promesse. Abiy Ahmed a atterri dimanche matin à l'aéroport d'Asmara où il a été accueilli en grande pompe.

Des contentieux à régler

Des spécialistes de la région saluent un pas important franchi sur le chemin de la paix, mais un pas encore « symbolique ». « Ce ne sont pour l'instant que des outils politiques », explique le journaliste Léonard Vincent, spécialiste de la région. Les deux pays doivent maintenant s'attaquer à la cause profonde de leur conflit. « La grande étape qu'il va falloir franchir maintenent, ça va être la gestion des territoires disputés, qui est au coeur de la guerre entre les deux pays. »

Le Premier ministre éthiopien doit restituer des territoires contestés à l'Érythrée, en particulier la ville de Badme, au grand dam d'une partie de la population qui parle de « trahison ». Il y a aussi la question de la démilitarisation de la zone frontalière, la reprise des relations économiques ou encore l'accès de l'Éthiopie aux ports érythréens.

« Il y a un certain nombre de problèmes techniques très lourds qu'il va falloir gérer. Et là on pourra commencer à parler d'un vrai rapprochement et d'un début de résolution définitif du conflit entre les deux pays », souligne Léonard Vincent, journaliste au Média et spécialiste de la Corne de l'Afrique.

La situation politique et économique de l’Erythrée est désastreuse. Le régime est sous le coup d’un embargo militaire, une surveillance internationale extrêmement stricte étant donné son pouvoir de nuisance dans la région, à soutenir des mouvements rebelles ici et là, et l’oppression de sa jeunesse qui s’enfuit par milliers tous les mois à travers les frontières. Toutes ces pressions ont fini par convaincre Issayas Afewerki, sans doute.
Léonard Vincent

Par RFI

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