Avec « Le rêve éveillé du calife » Jean-Yves Duval, directeur d’Ichrono, publie aujourd’hui son neuvième roman aux éditions Ella. La rédaction a lu quelques bonnes feuilles avant même sa mise en librairie le 20 juin et a interviewé son auteur.

Ichrono : Vous publiez aujourd’hui un récit d’espionnage dont l’histoire se déroule au Moyen-Orient. Quelle est l’idée de départ de ce nouveau thriller ?       

J.Y Duval Cela fait plusieurs décennies que l’actualité, souvent dramatique et cruelle pour les populations civiles, donc par définition innocentes, s’invite dans cette partie du monde. Je suis moi-même allé en tant que reporter dans le nord de l’Arabie Saoudite, à la frontière avec l’Irak, lors de la première guerre du Golfe. Cela remonte à près de trente ans, c’est dire si cette région constitue une véritable poudrière et l’instauration du califat par Daesh a été le déclencheur de cette histoire.

Ichrono : « Le rêve éveillé du calife » est un titre quelque peu énigmatique, où puise-t-il son origine ?

J.Y Duval :En fait il s’agit de l’extrait d’une phrase des « 7 piliers de la sagesse », un de mes livres de chevet, écrit par Lawrence d’Arabie qui compte parmi mes auteurs préférés au même titre qu’Hemingway, Romain Gary, Antoine de Saint-Exupéry, Joseph Kessel et quelques autres grands aventuriers. Pour moi ce titre s’imposait naturellement et les lecteurs en lisant le roman comprendront pourquoi. Il devait être initialement sous-titré « Musulmania » pour bien montrer la volonté de conquête et d’expansion territoriale de Daesh, au même titre que « Germania » l’a été pour A. Hitler. 

Ichrono : Après plusieurs romans historiques vous avez opté cette fois pour le roman d’espionnage, pourquoi ?

J.Y Duval : Comme souvent lorsqu’il s’agit de géopolitique les questions sont plus complexes qu’il n’y paraît à priori. Pour légitimer les interventions militaires on évoque le plus souvent la nécessaire protection pour l’Occident de son approvisionnement en pétrole ou, comme cela a été le cas sous Georges Busch, l’existence d’armes de destruction massive, quand ce n’est pas la volonté de destitution de tel ou tel dictateur. Depuis les attentats du 11 septembre 2011 beaucoup de choses ont changé et le terrorisme est devenu le premier ennemi du monde libre. L’instauration d’un califat par Daesh, à cheval sur la Syrie et l’Irak, en prônant une idéologie mortifère, l’islamisme radical, à montré qu’une armée de fanatiques pouvait conquérir des territoires et y imposer sa loi et battre monnaie tel un Etat régulier. Alors plutôt que de m’intéresser à la guerre conventionnelle entre coalisés et djihadistes j’ai voulu montrer, sous la forme d’une fiction, qu’en coulisses se déroulait une autre guerre, dans  l’ombre, tout aussi impitoyable et pour cela mettre en lumière les services secrets et les forces spéciales qui jouent un rôle de plus en plus essentiel dans les conflits actuels.

Ichrono : On a aussi le sentiment que c’est pour vous, ou plutôt pour l’un des personnages principaux de votre roman, l’occasion d’évoquer les dérives de l’islam fondamentaliste.

J.Y Duval : J’ai le plus grand respect pour cette grande religion du livre, au même titre que les deux autres. Ce que dénonce Arthur Devereau, le personnage en question, c’est le dévoiement à des fins purement politiques du message du prophète par des individus sans scrupules. Mahomet, comme le Christ, refusait la violence et si le Coran fait l’éloge d’Abraham, de Marie et de Jésus on ne saurait oublier cependant que certains « hadiths » peuvent apparaître comme ouvertement racistes à l’égard des juifs et des chrétiens et que plusieurs sourates, mal interprétées, peuvent inciter à la violence. L’intolérance n’est jamais très loin pour certains prêcheurs de haine, aussi bien au Moyen-Orient qu’ici-même en France. Cela explique que beaucoup de gens voient l’islam comme une religion de la terreur et son messager comme un prophète de la guerre « sainte ». Dans le livre Arthur aborde ces questions sans manichéisme et sans angélisme, au-delà de tout préjugé. La meilleure preuve est qu’il file le plus parfait amour avec Djamila, une jeune femme d’origine Kabyle qui se trouve être de confession soufie, la branche ésotérique d’un l’islam modéré. Dans mon esprit le roman en effet doit apporter au lecteur des connaissances supplémentaires afin de nourrir sa réflexion et pas seulement le distraire. 

Ichrono : A propos de ce roman « Le rêve éveillé du calife » vous évoquez volontiers une uchronie. Pouvez-vous vous expliquer ?

J.Y Duval : Les évènements que je décris sont réels tandis que les spéculations relèvent de ma liberté en tant qu’auteur. Blaise Pascal ne prétendait pas autre chose lorsqu’il disait dans ses Pensées : « Le nez de Cléopâtre s’il eut été plus court toute la face de la terre aurait été changé ». Dans cette guerre contre le terrorisme décryptée à travers le prisme du monde mystérieux du renseignement je n’ai pas voulu écrire un reportage mais laisser libre cours à ma fantaisie en imaginant un scénario différent de la réalité que nous connaissons. Cela donne, je crois, des scènes assez fortes, mais cependant vraisemblables. En fait tout romancier devrait suivre le précepte énoncé par François Mauriac : « Aux plus belles histoires imaginées, il faut préférer l’inimaginable histoire ».

Ichrono : Question un peu plus personnelle : Comment êtes-vous devenu écrivain ?

J.Y Duval : Depuis l’enfance j’ai une addiction à la lecture et j’ai eu très tôt le goût de l’écriture, écrivant des nouvelles vers l’âge de 15 ans. J’admire les grands écrivains, d’hier et d’aujourd’hui, Français, Américains, Russes et j’ai toujours ambitionné de devenir romancier. Après avoir écrit une biographie d’un Maréchal de France sous Louis XV, j’ai enchaîné sur les romans historiques puis les thrillers, près d’une dizaine aujourd’hui. Se mettre dans la peau des gens, leur prêter des répliques, imaginer des scènes, des lieux, créer une intrigue est passionnant et aujourd’hui je réalise mon rêve d’enfant. Comme disait John Le Carré, grand maître de l’espionnage : « Le parcours d’un homme est un apprentissage du berceau à la tombe » et je reste aussi curieux de la vie aujourd’hui qu’à l’âge de vingt ans.

Ichrono : Avez-vous d’autres projets en cours ?

J.Y Duval : Plus sans doute que le temps m’en donnera l’occasion. Actuellement j’effectue des recherches et j’écris le scénario du troisième ouvrage d’une série commencée avec « Trois divas et un divan » et « La mémoire effacée d’Abigail » et je jette les bases d’une biographie romancée d’une personnalité africaine exceptionnelle.

Ichrono : Autrement dit l’heure de la retraite n’a pas encore sonné ?

J.Y Duval : J’ai banni ce mot de mon vocabulaire, car il correspond à une mort « sociale » de l’individu, la « petite mort » aussi, comme on l’appelle parfois. En revanche j’aime beaucoup cette phrase de Jean d’Ormesson : « J’aime trop la vie pour accepter de survivre », je continuerai donc d’écrire jusqu’à mon dernier souffle car c’est pour moi une forme d’oxygène. 

Ichrono : Pour conclure nous emprunterons un court extrait du roman que vous publiez aujourd’hui : 

« … Le monde entier appris avec incrédulité l’attentat commis en Egypte contre le supertanker le jour de l’inauguration de la nouvelle portion du canal de Suez. La Nation islamique avait réalisé une démonstration de force, les fous d’Allah ne couraient pas seulement après les conquêtes militaires au Moyen-Orient, ils visaient aussi à affaiblir les économies régionales … »

Si vous voulez un bon conseil pour vos vacances de cet été, n’oubliez pas de mettre dans vos bagages « Le rêve éveillé du calife ». Ce thriller palpitant vous plongera à l’ombre de votre parasol au cœur du terrorisme et vous entraînera dans les couloirs des pouvoirs qui influencent le monde.

La rédaction d’Ichrono

  • Le rêve éveillé du calife, Ella éditions, 390 pages – 23 €

 

Le cas d’Aliou Sall est la parfaite confirmation sans équivoque, du manque de culture de démission de nos hommes politiques au Sénégal. Mais pour être conforme avec l’histoire, il y a eu le cas rarissime, parce que, historique de Mamadou Seck, ancien ministre, de l’Économie et des finances, sous le président Wade. Pour rappel, M. Seck, lorsque son nom a été cité dans une affaire de malversations, il a aussitôt pris la décision, de son propre chef, de démissionner de son poste, sans attendre, pour se mettre à la disposition de la justice. Mais dans le cas de M. Seck , il faut souligner que ce dernier était, tout-à-fait, convaincu de son innocence. Et, c’est ainsi que d’ailleurs, après les investigations nécessaires, il a été lavé proprement par la justice et sans la protection étanche  d’un frère président. C’est le seul cas, que j’ai connu dans l’histoire du Sénégal, parmi les hommes politiques. Donc, « Gaccé ngalama » bravo Mamadou Seck pour ton loyal geste empreint de dignité qui t’honore, mais honore également, tes amis et ta famille. Vivement que le cas de Mamadou ou Boy Seck pour les amis fasse enfin école et des émules. Hé oui, je rêve ! 

Mais pourquoi M. Aliou Sall n’a -t-il pas démissionné de tous ses postes, jusqu’à présent, malgré tout ce tollé relatif à ce scandale de Pétrotim, dont il est mêlé. Alors Aliou Sall n’a-t-il pas pourtant, mille raisons de plus que Mamadou Seck pour démissionner de ses postes publics depuis l’éclatement de cette nébuleuse affaire de pétrotim ? Bien sûr que oui ! Et ne serait que pour mettre son frère de président à l’aise, Aliou Sall aurait dû, démissionner dès la première heure de l’éclatement de ce scandale . Ensuite, est-ce que de l’argent aussi entaché de pétrole et de gaz vaut la peine de souiller son honneur personnel et celui de sa famille pour l’éternité ? Ou bien se dit-il, comme ces gens qui ont pour Dieu, l’argent et se disent que l’argent n’a pas d’odeur ? Non, c’est vraiment triste de voir un tel spectacle où, un homme, telle une guêpe, colle à l’argent de cette façon-là! Puisque, il n’y a pas l’ombre d’un doute, qu’Aliou Sall devait démissionner ou être déchargé par le président de ses fonctions officielles dès l’annonce du scandale l’impliquant. Comme l’avait fait M. Seck en son temps. Et si Aliou ne le faisait pas, le président, bien qu’il soit  son frère, un sentiment que la République  ne prend pas en compte, doit le démettre sans tarder. Puisque dans le cas de Khalifa Sall, le président avait aussitôt commis la justice pour une enquête diligente sur le bienfondé de l’affaire de la mairie de Dakar. Ici, dans le cas de son frère, qui est de loin plus grave, le président n’a pas pris jusqu’à présent, de mesures concrètes donc, ses responsabilités concernant ce scandale, considéré par beaucoup de citoyens, comme le plus grave scandale de l’histoire du Sénégal. Les atermoiements et les hésitations du président de la République sur cette affaire ont, tout l’air d’une protection déguisée qui ressemble fort bien à une solidarité familiale ou fraternelle. Rappelons tout d’abord, la grave erreur commise par le  Président Sall en faisant bénéficier son frère de son décret de nomination alors, qu’il avait, auparavant et à la face du monde, déclaré que son frère n’en bénéficiera pas. Malgré tout, cela a été  fait.  Et, nous constatons donc, un reniement très regrettable par le président de sa  parole. Alors, même si effectivement, nous reconnaissons à son frère, en tant que citoyen, le droit d’être nommé à tous les emplois. Mais il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures entre les citoyens. Il se trouve que la situation gagne en ampleur et devient, de plus en grave et nébuleuse. Cette affaire de pétrotim devient une affaire d’État, par conséquent, le président Sall ne peut plus garder le silence donc, a l’obligation de saisir la justice, même à l’encontre de son frère, parce que ce dernier est, dans ce cas aussi, un citoyen justiciable comme tous les autres.

Ce scandale si honteux  démontre clairement l’incompétence et les insuffisances des dirigeants du Sénégal pour s’être fait avoir par des courtiers aventuriers internationaux, comme des naïfs. Cette nébuleuse affaire a terni l’image du Sénégal devant la scène mondiale et présente notre pays comme étant sous la direction de gouvernants incompétents et  incapables, au point de n’être capables de mener des négociations qui tiennent compte en tout premier lieu les intérêts  de leur pays. 

Mais, ce que M. Abdoul  Mbaye ne révèle que maintenant, confirme parfaitement cette étourderie de ceux qui ont négocié et signé ce contrat qui laisse totalement de côté les intérêts du peuple sénégalais pour servir des intérêts  strictement particuliers. Mais n’occultons pas, quand même, que cette affaire est née sous le magistère de  Me Wade et que M. Abdoul Mbaye ne peut pas botter en touche si simplement pour s’en tirer à si bon compte, sa responsabilité est engagée, au même titre que le président Sall, comme les cosignataires définitifs. C’est pour toutes ces raisons que, ce scandale engage absolument,  la responsabilité du président de la République et surtout, lorsque l’on sait que, c’est son frère qui est au cœur de l’affaire, comme l’un des principaux acteurs. 

Ce scandale coïncide, justement avec le dialogue national en cours, il doit donc y être invité afin qu’il soit tiré au clair une bonne fois pour toutes. La solution juste et équitable de ce scandale, inextricable, mettrait peut-être tous les Sénégalais à l’aise. Mais évidemment, à la seule condition que tous les coupables soient punis, comme il se doit et les torts réparés, c’est-à-dire par la restitution du produit de ce contrat à son ayant droit, le peuple sénégalais et non de passer cela encore, comme d’habitude à pertes et profits.  Il y en a assez de passer à chaque fois les gros scandales à pertes et profits alors que leurs auteurs se pavanent dans le pays et vaquent librement à leurs besoins avec leur butin aussi considérable. Et,  dans le même temps, la justice chôme ou ne traite que les affaires relatives aux petits larcins qui remplissent nos prisons, où, l’on ne trouve pas les gros voleurs de millions et de milliards.

Mais que les Sénégalais ne se cachent pas aussi, derrière leur petit doigt, pour ne pas se rendre compte la réalité de leur pays et de son état actuel. Pour dire la vérité, il faut souligner sans ambages qu’au Sénégal, l’on ne travaille pas du tout, mais fait que parler et trop. En réalité, l’anarchie, l’indiscipline, l’argent facile, la corruption à tous les niveaux du pays, la violence gratuite, l’insécurité générale, le laisser-faire et le laisser-aller ont pris possession du pays et sont aujourd’hui devenus les maîtres incontestés  du Sénégal devant la démission inacceptable et l’incapacité du gouvernement à remettre les choses dans l’ordre. À Dakar les populations ne respirent plus à leur aise, à cause d’une circulation anarchique et des embouteillages indescriptibles qui n’épargnent même pas le péage. Et, c’est comme si l’État et les autorités compétentes n’existaient pas ou n’étaient pas informés de cette bombe à retardement. 

C’est ainsi que même la noblesse de la politique, dans le plein sens du terme, et les hommes politiques vertueux qui se mettaient au service de leur peuple ont cédé le terrain à la politique politicienne et aux politiciens véreux qui ne viennent au pouvoir que pour s’enrichir illicitement et, non pour servir leur peuple. Voilà pourquoi au Sénégal aujourd’hui, toutes les portes du mal, de l’abus, des vices, etc. sont largement ouvertes aux anti-modèles qui ont d’assaut notre pays. Et, l’on peut dire que nous ne sommes plus loin de la jungle où, c’est la loi du plus fort qui règne.

En conséquence,  une fois cette affaire nébuleuse sera élucidée, le pays devra, enfin, recommencer à travailler et sérieusement, et qu’il cesse de passer tout le temps dans des discussions interminables sur le sexe des anges, sans aucun  intérêt pour le pays et qui occupent cependant tout le temps utile des Sénégalais. Le président de la République  n’est pas sans connaître la présente  situation désastreuse et vraiment déplorable. Il est donc, de sa responsabilité de trouver les solutions efficaces et adaptées à une telle situation singulière et dans les meilleurs délais pour remettre à nouveau le pays effectivement au travail, mais en commençant par donner l’exemple lui et ses hommes.

Mandiaye Gaye

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À la suite des révélations de la chaîne BBC, nous avons reçu la copie de la lettre recommandée adressée à M. Eric Lombard, directeur général de la caisse des dépôts et Consignations et à M. Rémy Rioux, directeur de l’Agence Française de Développement (AFD). Un coup dur pour Monsieur Aliou Sall qui prépare le forum annuel des caisses de dépots et consignations de la France et du Sénégal prévu au mois de septembre à Dakar. Ci-dessous la lettre ouverte 

 

Monsieur le Directeur Général,

Je vous adresse cette lettre en ma qualité de président du mouvement Un Autre Avenir,appartenant à l’opposition sénégalaise.

J’ai en effet appris avec stupéfaction l’accord de coopération bilatérale que vous avez signé avec M. Aliou Sall, directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignation du Sénégal portant sur la période 2019-2021 concernant le développement économique et l’appui aux territoires français et sénégalais.

Il n’entre pas dans mes intentions de contester l’opportunité et l’intérêt d’un tel partenariat entre nos deux pays dans la perspective d’une exploitation de solutions innovantes, en particulier dans le cadre de projets portés par des acteurs territoriaux. En revanche je m’interroge sur le bienfondé d’un tel engagement au moment où, au Sénégal, se fait jour un scandale dénommé le « PetroGazGate » qui met en cause la personne même du directeur général de la Caisse des Dépôts de Consignations, en l’occurrence votre homologue M. Aliou Sall.

Si l’on se reporte à un article récent du « Monde Afrique » qui relaie lui-même un reportage réalisé par la BBC, ce dernier aurait profité d’un pot-de-vin en contrepartie de l’attribution de concessions pétrolières et gazières. Vous admettrez qu’il s’agit d’accusations très graves, sans vouloir préjuger de la présomption d’innocence de l’intéressé.

Néanmoins, si les faits étaient avérés ils relèveraient du délit de corruption et impliqueraient la société Pétro Tim, bénéficiaire de permis de recherche et d’exploration des hydrocarbures. Permis ayant été obtenu à la suite d’un décret signé par le frère de M. Aliou Sall, à savoir M. Macky Sall actuel président de la République du Sénégal.

En outre, il se trouve que M. Aliou Sall est « Country manager » de la société Pétro Tim et pour cela, toujours selon l’enquête de la radio Britannique BBC, serait rémunéré mensuellement à hauteur de 25 000 dollars. Par ailleurs il bénéficierait d’une promesse de parts dans la compagnie à hauteur de trois millions de dollars.

Ne croyez-vous, Monsieur le Directeur général, qu’au vu de ces divers éléments il aurait été plus raisonnable de sursoir provisoirement à la signature d’un tel accord entre vos deux Caisses dans l’attente que des éclaircissements soient apportés dans cette affaire et que les soupçons qui visent M. Aliou Sall soient levés ?

La population Sénégalaise attend que toute la lumière soit faite sur ces révélations et que si des agissements frauduleux ont effectivement eu lieu ils soient sanctionnés dans la transparence la plus complète. Pour autant je ne m’explique pas qu’à ce stade des accusations portées contre lui, M. Aliou Sall puisse encore être considéré par votre institution comme un interlocuteur légitime.

Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur Général, à l’expression de mes sentiments respectueux.

P.S : Copie adressée à M. le Directeur général de l’AFD

Ibrahima Thiam

Président du mouvement Un Autre Avenir

 

vendredi, 19 avril 2019 16:53

Une colonisation rampante et sournoise

En lisant ces jours-ci « Ivoire » le très beau roman de Niels Labuzan, je me faisais la réflexion qu’en Afrique les effets pervers initiés par les empires coloniaux, essentiellement européens, n’avaient pas totalement disparu. Et qu’au fond la mondialisation n’était que le rejeton incestueux de la colonisation.

Certes on ne parle plus d’esclavage et la colonisation d’aujourd’hui est plus insidieuse, pernicieuse, rampante. Elle s’exprime sous la forme du braconnage (pillage des ressources de la faune et de la flore sauvages) et de soi-disant « partenariats » économiques comme l’atteste la présence massive des intérêts chinoise en Afrique. La Chine avec son appétit d’ogre qui pour alimenter sa croissance capte des matières premières dans des proportions vertigineuses (pétrole, bois précieux aux essences rares, sable, millions d’hectares de terres arables, permis d’exploiter les sols pour des dizaines d’années, etc.). L’ancienne dictature maoïste qui pratique un capitalisme autoritaire exerce sur le continent africain une forme de colonisation qui n’ose pas dire son nom.Et que lui apporte-t-elle en échange ? des barrages, des ports, des aéroports, des trains, etc. Comme la France, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne construisaient hier dans ces mêmes pays des routes, des écoles et des hôpitaux. L’empire du Milieu n’a fait que succéder au vieux continent, la nature ayant horreur du vide. Et puis comment critiquer une puissance qui hier était chef de file du tiers-monde et appelait à la libération des peuples et l’indépendance des Etats ? Nous avons beaucoup à apprendre de la diplomatie chinoise.

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Quand on dilapide l’héritage

Mais il y a également le braconnage pratiqué à l’échelle industrielle à savoir les différents trafics d’animaux sauvages, espèces le plus souvent rares et protégées * au profit de particuliers et des zoos de Hangzhou et Shangaï, les cornes de rhinocéros transformées en poudre de perlimpinpin sensée redonner leur virilité aux personnes défaillantes, les défenses d’éléphants destinées à de riches collectionneurs, l’artisanat d’art ou les ateliers de sculpture chinois et japonais,** qui, au passage, enrichissent des réseaux criminels. Résultat, cette disparition de la faune impose une nouvelle identité à l’Afrique. De plus en plus de forêts deviennent des fermes, des routes coupent en deux l’habitat naturel des animaux sauvages, des barrières électrifiées bloquent les chemins des migrations. Là comme ailleurs des hommes gaspillent l’héritage et redessinent l’environnement légué par leurs prédécesseurs.

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Un braconnage qui modifie l’écosystème

De l’Afrique du Sud, la Namibie, le Zimbabwe à l’Afrique de l’Ouest en passant par l’Afrique centrale, (lieu des principaux points de vente de produits illicites) les effets destructeurs du braconnage sont considérables*** et modifient l’écosystème. La Tanzanie a perdu 60 % de ses éléphants en cinq ans, le Mozambique presque 50%. Au Soudan, en République démocratique du Congo (RDC) ce sont le plus souvent des milices qui organisent le trafic au profit d’achat d’armes. La colonisation de la RDC s’est autant faite au prix des éléphant qu’à celui du caoutchouc, de l’or, du manganèse, du cobalt et de l’uranium. 

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Quand le bush et la savane ne seront plus que des mots exotiques

A ce rythme-là, un jour viendra où le bush sera vidé de ses animaux. Dépourvu de ses lions, ses éléphants, ses rhinocéros et ses girafes ce monde, qu’on a qualifié de sauvage, ne sera plus qu’une savane qui n’aura d’exotique que son nom. Il est vrai que dans le même temps, ailleurs dans le monde, il n’est question que de la fonte des Pôles et la défense des glaciers, des émissions de gaz carbonique, de la montée du niveau des eaux, de l’immigration climatique, de la famine, des guerres, etc. I faut bien en effet s’efforcer de sauver un monde des déviances qu’on a laissé s’installer.

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Le braconnage à l’origine d’une mutation génétique

Il se peut aussi que la nature elle-même s’en charge comme au Mozambique, où de plus en plus de femelles éléphants ne possèdent plus de défense, une évolution qui aurait été provoquée par l’homme. Le braconnage, dans ce pays a été tellement intensif durant la guerre civile, où les pointes d’ivoire servaient de monnaies d’échange contre des armes, que les pachydermes ont commencé à muer génétiquement. Une majorité d’éléphants ont ainsi été tués sans avoir eu le temps de partager leur patrimoine génétique. L’avantage est qu’un éléphant qui ne possède pas d’ivoire à moins de chance d’être chassé et le gène de l’absence de défenses se propagerait au sein de l’espèce, lui offrant une chance de survie. L’inconvénient est qu’au-delà de priver les éléphants d’une caractéristique emblématique, cette mutation les privent d’un moyen de se nourrir et de se défendre. Le braconnage apparaît ainsi, de façon inattendue, comme une nouvelle forme de sélection des espèces, très loin de ce qu’avait imaginé Darwin.   

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La mondialisation fille incestueuse de la colonisation

Au nom de la cupidité, de la bêtise et de l’impuissance des dirigeants planétaires la mondialisation n’a fait que remplacer la colonisation. Et l’exploitation des individus et des continents n’a sans doute jamais été aussi brutale et dévastatrice (moyens modernes obligent) qu’aujourd’hui. Ainsi va le monde au 21èmesiècle avec ses impérities et sa volonté autodestructrice. C’est affligeant et triste à en pleurer.

Jean-YvesDuvalDirecteur d’Ichrono

Crédit photo : Jean-Paul Erpelding

Notes :

* La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacée d’extinction (CITES) a étendu sa protection à 35 000 espèces sauvages. Depuis 1989 elle interdit le commerce de l’ivoire.

** Ce marché représente plusieurs centaines de tonnes d’ivoire, en sachant qu’une défense d’éléphant achetée quelques centaines de dollars à un braconnier au Mozambique peut être revendue, sculptée, à Pékin, jusqu’à 350 000 dollars.

***. Au Botswana trente mille éléphants sont abattus chaque année et si on recense aujourd’hui quelques 450 000 spécimens sur tout le continent  d’ici quelques années on commencera à parler d’extinction.

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