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Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil

Nov 29, 2018
Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil

 

Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil
Réservé aux abonnés | 13 août 2018 à 15h58 | Par Jeune Afrique

Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du FMI, avec Faure Gnassingbé, en 2008. © stephen jaffe/AFP


Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, Denis Sassou Nguesso au Congo, Faure Gnassingbé au Togo... Dominique Strauss-Kahn multiplie désormais les contrats de conseil en son nom propre avec les chefs d'État.
Début août, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu par téléphone avec Faure Gnassingbé, comme c'est régulièrement le cas depuis quelques mois. Après avoir intercédé en vain en faveur de la société suisse Sicpa auprès du chef de l'État togolais, l'ex-patron du FMI a finalement décroché un contrat de conseil portant sur la mise en œuvre de la convention « modernisation de la gestion des finances publiques » UE-FMI. Et ce pour le compte de sa société Parnasse International, sise à Casablanca.


Après avoir sillonné le continent pour Sicpa et pour la banque-conseil Arjil, que dirige son ami Wladimir Mollof – avec qui il demeure lié par un contrat non exclusif –, DSK prospecte désormais seul. Les 25 et 26 juin, l'ex-ministre de l'Économie de Lionel Jospin s'est discrètement rendu à Bamako, où Ibrahim Boubacar Keïta l'a reçu à sa demande (JA n° 2999).
Au Congo, il conseille Denis Sassou Nguesso sur la restructuration de la dette et les négociations avec le FMI, une mission indépendante de celle menée par la banque d'affaires Lazard de Matthieu Pigasse. Lorsqu'il se rend à Brazzaville, un bureau est mis à sa disposition au palais présidentiel.


L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) conseille plusieurs pays africains, dont le Congo-Brazzaville qu'il aide notamment à restructurer sa dette auprès de la Chine.
À Brazzaville, en octobre, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu avec Denis Sassou Nguesso, qu'il continue de conseiller en matière de restructuration de la dette et pour les négociations avec le FMI, dont il fut le patron. Pour cela, il travaille en étroite collaboration avec la banque d'affaires Lazard du Français Matthieu Pigasse.
DSK conseille également l'homme d'affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou. Ce dernier avait investi 5 millions d'euros dans la société de gestion en produits financiers Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), avant que celle-ci ne fasse faillite en 2014. Le patron de Bouamatou SA est tout de même resté fidèle à DSK. Ils possèdent des riads voisins à Marrakech et se tutoient.
DSK s'est tourné vers le Sénégal et le Burkina, sans succès. En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara se passe de ses services. Pour gérer ses relations avec le FMI, le chef de l'État est notamment conseillé par Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre, Adama Koné, le ministre des Finances, et Moussa Sanogo, le secrétaire d'État au Budget. Contacté par JA, DSK n'a pas souhaité commenter ces informations au nom du « secret des affaires ».


Le Congo n'ayant pas encore restructuré sa dette avec certains de ses créanciers, dont la Chine, les discussions avec le FMI peinent à déboucher sur un accord. DSK fait jouer sa notoriété et mobilise ses contacts au plus haut niveau à Pékin pour trouver un terrain d'entente.

Franc CFA : Carlos Lopes et Abdourahmane Sarr réagissent aux propositions de DSK
Par Victor Bérenger
Jeuneafrique


Le Bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, et le Sénégalais Abdourahmane Sarr, ancien du FMI, réagissent pour Jeune Afrique aux propositions de Dominique Strauss-Khan sur la réforme du franc CFA.
Le 13 avril, Dominique Strauss-Kahn a publié une note dans laquelle il avance plusieurs propositions de réforme de la zone CFA. Parmi les pistes proposées par l'ancien directeur général du FMI, la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l'ancrage à un panier de monnaie plutôt qu'à l'euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d'élargissement de l'Uemoa, notamment au Ghana.
Carlos Lopes : politique monétaire et convergence


Pour Carlos Lopes, l'ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique entre 2012 et 2016, les débats sur le franc CFA étaient jusqu'ici très « polarisés » entre les camps du maintient et ceux favorable à sa « suppression ».


« L'appropriation par la rue de cette question », et la montée d'une vision « populiste » parfois « faussée », a obligé ces deux positions opposées « à réfléchir sur des propositions de réforme », l'évolution du système devenant nécessaire, estime Carlos Lopes, qui enseigne désormais l'économie à l'université du Cap.


Les propositions récentes de Dominique Strauss-Kahn sont significatives, car elles émanent de quelqu'un qui était au cœur du dispositif lors de son passage au ministère français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie entre 1997 et 1999. Pour Lopes, elles témoignent donc d'une évolution du consensus sur ces questions.
Selon l'économiste Bissau-guinéen, une éventuelle réforme de la zone CFA doit intégrer trois composantes essentielles.


La première est celle de la monnaie de référence. Comme l'Europe n'est plus le principal partenaire commercial des zones BCEAO et BEAC, « l'ancrage du franc CFA devrait évoluer vers un panier de devise, reflétant davantage des échanges internationaux de la région, et notamment le poids accru de la Chine ».
Il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire

 


Second « point important » : « la convergence économique », explique Carlos Lopes. Les critères de convergence sont différents entre les différentes organisations régionales – à l'image, par exemple, de l'Uemoa, de la Cedeao et de la Zmoa en Afrique de l'Ouest -, tandis que l'intégration économique réelle est très faible.
Enfin, « il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire », à part celle de la BCE. Les banques centrales ne jouent pas un rôle pro-actif, ne participant pas suffisamment au financement et au développement des économies de la zone.
Carlos Lopes semble donc plutôt en ligne avec les propositions de réformes portées par Dominique Strauss-Kahn. La mise en œuvre de ces changements doit se faire de manière progressive, afin d'éviter une dévaluation brutale, telle que celle subie dans les années 1990, détaille ce spécialiste du développement international.


Ces changements doivent permettre in fine aux pays africains de reprendre le contrôle de leur monnaie afin qu'ils puissent l'utiliser comme un instrument de développement.
Abdourahmane Sarr : autonomie des banques centrales


La position d'Abdourahmane Sarr est plus critique par rapport aux réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn. Ce spécialiste des questions monétaires a travaillé pendant 14 ans pour le FMI, notamment en tant que représentant résident au Bénin et au Togo, avant de fonder le Centre d'étude pour le financement du développement local, un think tank sénégalais.
« Toute personne raisonnable considère que modifier le fonctionnement de la zone CFA est nécessaire » s'exclame Abdourahmane Sarr. « Le plus important est l'autonomie d'objectif pour les banques centrales », détaille l'ancien économiste du FMI.


Elles doivent, selon lui, pouvoir réagir et ajuster le régime de change sans avoir à en référer aux politiques, comme le fait notamment la Banque centrale européenne. « Dans le cas de la Cemac, une dévaluation du franc CFA dès 2014 aurait pu aider les économies à s'ajuster à une baisse durable du prix du pétrole » explique-t-il.
Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie


Cet économiste considère qu'il n'y a pas besoins d'experts internationaux dans les banques centrales de la zone CFA, comme le défend DSK. « Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie » poursuit-il.


La proposition d'un ancrage du franc CFA à un panier de devise ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Pour, lui il faudrait « un régime de change stable ajustable, mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu'un panier de monnaie aurait dicté », explique ce partisan de la fin de la garantie française.


« Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d'objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable », assure-t-il.
Enfin, il juge irréaliste la perspective d'une entrée du Ghana dans l'Uemoa : « Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d'entrer dans une zone monétaire où l'absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous, qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment ».


Pour Abdourahmane Sarr, il faut également « renforcer la gouvernance et rendre la communication plus transparente, comme le fait la Banque centrale européenne, s'exprimant régulièrement sur ses décisions de politique monétaire ». Et de conclure : « L'arrangement monétaire qu'il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales.

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