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Start-up de la semaine : au Burkina, Biobag veut remplacer les sachets plastiques par ses sacs en papier Par Nadoun Coulibaly - à Ouagadougou

Sep 14, 2018
Start-up de la semaine : au Burkina, Biobag veut remplacer les sachets plastiques par ses sacs en papier Par Nadoun Coulibaly - à Ouagadougou

 

Au Burkina Faso, Biobag fabrique artisanalement des sacs en papier. © Photo bio bag, tous droits réservés


Lancée en 2015, la start-up burkinabè spécialisée dans la confection artisanale d'emballages en papier affirme avoir permis de remplacer au moins 150 000 sachets plastiques. L'entreprise compte désormais franchir un nouveau palier : étendre son rayon de distribution au Mali et au Niger.
Pour lutter contre la prolifération des sachets plastiques jugés polluants pour l'environnement, Aissa Traoré, 34 ans, a fondé Biobag Burkina Faso, une entreprise dédiée à la fabrication artisanale d'emballages en papier au Burkina.

Installée dans un modeste local au quartier Cissin, situé au sud de Ouagadougou, la start-up se targue d'avoir permis en deux ans d'activité de remplacer plus de 150 000 sachets plastiques alors que la loi interdisant l'usage de ces derniers peine à entrer en vigueur. « Nous fabriquons des emballages écologiques et esthétiques pour lutter contre les sachets plastiques qui causent des inondations et mettent entre 100 à 400 ans pour se dégrader dans la nature », explique la fondatrice de la jeune pousse qui indique avoir écoulé plus de 50 000 emballages en 2017, principalement auprès des boulangeries, des alimentations et des boutiques de prêt à porter.
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Si le projet de Biobag suscite un certain enthousiasme, l'entreprise doit faire face au frein de taille que constitue le prix de ses produits : alors que les sachets plastiques se monnayent de 10 à 50 francs CFA (1,5 à 7,8 centimes d'euros), les prix des sachets que la start-up propose aux grossistes vont de 12,5 à 300 francs CFA, en fonction du format et du grammage du papier. Les sachets de luxe, conçus en numérique à base de papier cartonné, peuvent même atteindre 2 000 à 2 500 F CFA.
Un chiffre d'affaires qui pourrait doubler en 2018


Mais Aissa Traoré, qui a commencé modestement son affaire – elle a investi 50 000 francs CFA pour fabriquer ses premiers sachets depuis son salon – n'en poursuit pas moins son aventure. « L'idée de créer Biobag m'est venue après un voyage en Europe de mon époux qui en a ramené des échantillons d'emballages en papier. Étant à l'époque employée alors dans une imprimerie, j'ai décidé de me former pour reproduire ces modèles », détaille la jeune femme, diplômée d'un brevet d'études professionnel en secrétariat.


« Je crée et conçois le design en fonction des besoins exprimés par le client. Chaque modèle unique est validé par lui avant que nous lançons sa production à grande échelle », assure Aissa Traoré. Avec une capacité de production mensuelle de 150 000 sacs, son entreprise emploie une dizaine d'agents formés aux techniques de pliage et de tissage. Le chiffre d'affaire, de 5 millions de F CFA en 2017, devrait doubler en 2018. Et sa fondatrice vise désormais l'ensemble de la région, avec une première étape au Mali et au Niger en 2019. « Nous sommes en négociations avec des distributeurs dans ces pays », précise-t-elle.


Montée en gamme et baisse de prix


L'entreprise s'est développée jusqu'ici sur fonds propres, mais vient de rejoindre la Fabrique, l'incubateur burkinabè des entrepreneurs sociaux, qui devrait l'aider à passer à la vitesse supérieure, avec notamment un projet de recyclage du papier. « L'expérience de Biobag est intéressante, car sa fondatrice sait ce qu'elle veut et où elle veut aller, mais sait aussi se nourrir de conseils pour tester de nouvelles idées », souligne Julie Van der Smissen, chargée d'accompagnement à La Fabrique.
Aissa Traoré a également candidaté à l'appel à projets financé par l'Institut de recherches pour le développement (IRD) visant à connecter des scientifiques et des entrepreneurs pour apporter des solutions techniques à des problématiques entrepreneuriales. Avec son partenaire la Fabrique, elle entend mobiliser des ressources pour l'acquisition d'équipements de production automatisés pour d'une part accélérer la cadence et d'autre part hisser les standards de qualité des produits.


« C'est un gros projet qui nécessite à la fois de l'expertise technique et un financement important », explique Mme Van der Smissen. Ce chantier une fois mis en branle va permettre à Biobag de s'émanciper des craintes de ruptures de stock auprès des fournisseurs comme ImpriColor ou Chez Toni et d'offrir des emballages meilleur marché.

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