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La procureure générale de la cour d'appel de Paris Catherine Champrenault alerte sur l'augmentation des faits de "proxénétisme des cités", touchant de jeunes femmes, parfois mineures, et appelle à la "vigilance" notamment des parents, dans une tribune publiée dimanche dans Le Parisien.

La procureure générale de Paris alerte sur «la prostitution des cités» Par Le Figaro.fr


« Faire l'amour comme des canards (trop vite) et les grossesses non désirées. L'amour est une chose sérieuse et le multimédia ne donne pas une vraie image de la réalité ( porno, hard sexe, déviance, brutalité,  soyons vigilants et chacun sa méthode pour parler à sa progéniture; etc )
Dans nos cités nous avons des parents qui autorisent les sorties aux garçons et interdisent aux filles de sortir au nom de la chasteté ou de la préservation. Ces jeunes filles qui une fois sortie veulent profiter de l'instant présent et font un rapide tour dans la cave ou local isolé pour assouvir un désir sexuel afin de se sentir exister. Et il faut ajouter sans protection ; conséquences MST, sida et autres maladies. On voit souvent des triples peines ; jeune âge, MST-SIDA+ grossesse...L'éducation sexuelle est nécessaire sinon c'est à travers les smartphones que nos enfants vont découvrir des images faussées et augmentés de la réalité. P B CISSOKO »


• Par Le Figaro.fr avec AFP


La procureure générale de la cour d'appel de Paris Catherine Champrenault alerte sur l'augmentation des faits de "proxénétisme des cités", touchant de jeunes femmes, parfois mineures, et appelle à la "vigilance" notamment des parents, dans une tribune publiée dimanche dans Le Parisien.


Banalisation à l'extrême de l'acte sexuel


"Depuis quelques années, aux côtés des réseaux criminels étrangers de traite d'êtres humains, les affaires portant sur des faits de proxénétisme des cités se multiplient", écrit Catherine Champrenault.
"L'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) a noté de très fortes augmentations de la prostitution des mineurs depuis 2014", poursuit la procureure générale. "Elle procède à la fois d'une avidité pour l'argent et d'une banalisation à l'extrême de l'acte sexuel exacerbée par l'explosion de la pornographie", analyse-t-elle.
Début avril, le tribunal correctionnel de Créteil a condamné plusieurs hommes à des peines allant de deux à six ans d'emprisonnement pour avoir prostitué des jeunes filles rencontrées dans leur quartier et qu'ils présentaient comme leurs "copines".


Ces jeunes filles, droguées à la cocaïne, enchaînaient à leur profit jusqu'à 300 passes par mois dans des hôtels d'Ile-de-France. L'une des jeunes victimes a déclaré rapporter jusqu'à 48.000 euros par mois.


Cadances de plus en plus «pressantes»


"L'activité, considérée comme lucrative et peu complexe, attire des jeunes qui entretiennent des situations d'ambiguïtés amoureuses laissant aux jeunes filles l'illusion de croire qu'elles ne sont pas des prostituées et aux garçons, qu'ils ne sont pas leurs proxénètes", rapporte Mme Champrenault.


"Les cadences se font plus pressantes et l'entreprise, initialement consensuelle, se transforme en un rapport d'asservissement pervers", décrit la procureure générale, qui évoque une "descente aux enfers".
Pourtant, "les bancs des parties civiles sont clairsemés", les plaintes des victimes étant rares. "Le parquet endosse la responsabilité de poursuivre les délinquants sans que la plainte de la victime ne soit indispensable, même si elle est préférable", explique la procureure générale.


Elle insiste sur l'importance de "l'accompagnement personnalisé des victimes" et appelle à "la vigilance de tous, et notamment des parents". Un des défis est de "déconstruire auprès des jeunes filles l'image d'une prostitution anodine".


À Paris, "où plusieurs dossiers de proxénétisme de cité ont déjà prospéré, une information judiciaire vient d'être ouverte contre un site de petites annonces", souligne la procureure générale.
Le parquet a ouvert une information judiciaire contre X pour "proxénétisme aggravé" après une enquête préliminaire sur des soupçons de prostitution déguisée dans les petites annonces du site internet Vivastreet.

Publié dans Société

 

Multi partenariat sexuel : Une vie sentimentale mouvementée sous le voile du plaisir intense --Félicienne HOUESSOU (Coll.) & Sandric DIKPE (Stag


Beaucoup vivent aujourd'hui la sexualité de façon dispersée. Malgré les actions de sensibilisation sur les impacts négatifs de ce phénomène, il persiste, notamment au sein de la couche juvénile.

Les relations intimes autrefois étaient respectées, sacrées et protégées. Le constat actuel est le caractère banal qu'on attribue à la chose. La plupart des jeunes ne respectent plus les relations intimes qu'ils tiennent entre eux. Les expressions telles que : mon amour, ma chérie, je t'aime,... n'ont plus leur sens aujourd'hui. La vie intime est beaucoup plus basée sur du fantasme. A chacun ses raisons, l'important, c'est d'arriver au bout des intentions que sont dans la plupart des cas, le sexe, l'argent, le plaisir... le manque de considération à l'égard des relations intimes amène la couche juvénile à se lancer dans plusieurs relations à la fois, sans aucun remords. Pour Achille, apprenti tailleur, le sexe a été créé pour le plaisir et en tant que jeune, il faut en profiter. « C'est pour cela que Dieu a crée la femme pour l'homme. L'affaire de dignité est un faux problèmes », a-t-il affirmé. Pour Gaël, étudiant à l'Eneam « Les jeunes vont vers le multi partenariat sexuel, car en premier lieu, il constitue un plaisir pour eux. Aussi, il y a l'envie d'avoir plusieurs partenaires pour se jauger et acquérir de l'expérience avec les femmes », a-t-il déclaré.


A chacun ses raisons


Etant donné que le sexe est une libido et une pulsion, la sexualité est une force, un besoin de l'individu à un certain âge. Ainsi, la puberté peut constituer un phénomène qui conduit au multi partenariat sexuel. Le garçon, pour s'affirmer peut chercher à avoir plusieurs petites amies à la fois. Stéphane, un jeune de 19 ans vit dans un jeu de concurrence de fille avec ses camarades. « J'ai des amis qui ont plus de 5 copines, chaque semaine, il faut tout faire pour avoir une nouvelle copine, et si tu rates, les autres se moquent de toi et te traitent de gamin », a-t-il dit en ajoutant que l'autre défi, c'est de coucher avec cette nouvelle le plus tôt que possible. Le psychologue et psychothérapeute Ildevert Egué confirme : « chez certains garçons adolescents, c'est en collectant des filles qu'ils se sentent fiers et courageux. De cette même façon, il y a des filles qui multiplient les partenaires, juste parce qu'elles se sentent fières du fait qu'elles sont belles et plusieurs hommes les courtisent et les désirent ». Selon le père André Quenum, l'environnement a des répercussions sur certains jeunes. « C'est la loi de : ''c'est ce que tout le monde fait'' à travers les mauvaises compagnies, les feuilletons qui ne sont, en réalité, que des fictions », a-t-il décrié. Aussi, continue-t-il, lorsqu'on parle de relation amoureuse, pour le jeune, c'est directement le sexe, les mensonges et les trahisons. « Alors qu'il s'agit d'une union des âmes et il faut beaucoup plus de bonheur et de confiance », a-t-il dit.


L'amour du gain facile, les ambitions démesurées et la pauvreté sont également autant de stimulants pour la multiplication des partenaires chez les jeunes, surtout les filles. « Mes parents sont jusqu'à Dassa. Moi-même je sais qu'ils n'ont pas les moyens et ils fondent leurs espoirs sur moi pour survivre. Je dois en plus de tout, acheter des documents, faire des photocopies, sans oublier le manger », avoue Brigitte, étudiante en 3ème année de gestion qui difficilement a confié : « J'ai quatre partenaires sexuels.

Et, puisque j'ai eu la chance de rencontrer des hommes qui peuvent m'aider, je ne peux pas refuser et rentrer au village. On ne mange pas la dignité », a-t-elle déclaré. En effet, les conditions économiques difficiles amènent des femmes à multiplier le nombre de leurs partenaires en espérant recevoir des avantages de toute nature. Pour Alice, apprentie couturière, la jeune fille doit se servir de sa jeunesse pour profiter des hommes. « Lorsque je vais me marier, l'homme va commencer par me dire qu'avant c'était une compétition ; or, la jeunesse n'arrive qu'une seule fois dans la vie d'une femme », a-t-elle avancé. Elle continue en affirmant que la femme est synonyme d'argent parce qu'elle doit prendre soin de son corps. Pour la deuxième déléguée du Ceg Houéyiho, Samaké Yasminatou, « quand on envie sa copine qui s'habille mieux et qui a de l'argent, ça pousse à aller demander aux hommes de l'argent mais en retour, ces derniers demandent le sexe. Et comme on a besoin de l'argent, on cède ».


Le niveau d'instruction amplifie aussi le multi partenariat sexuel car, au fur et à mesure que le jeune évolue dans ses études, ce comportement devient plus récurrent. Dans la tranche d'âge de 20 à 24 ans, les jeunes hommes deviennent plus intéressés par le phénomène du multi partenariat sexuel. mais, chez certaines filles, lorsque l'âge augmente surtout dans la tranche de 20 à 24 ans, elles deviennent de plus en plus sérieuses. Car, il y a la hantise de devenir de vieilles demoiselles et de se retrouver au nombre de celles qui n'ont pas eu le bonheur de goûter aux délices du mariage qui les amène à prendre conscience du retard qu'elles accusent et du coup, mettre un terme au multi partenariat sexuel.


Evidentes répercussions


Selon les explications du docteur en fonction à la direction de la santé de la mère et de l'enfant, Mabou Ahokpossi, en adoptant le comportement de multi partenariat sexuel, l'intéressé s'expose aux risques de perdre le contrôle de sa sexualité, aux grossesses précoces et non désirées, à l'avortement et à la mortalité maternelle sans oublier les maladies sexuellement transmissibles telles que : la blennorragie, la gonococcie, le condylome, la syphilis, les hépatites, le Sida... Samuel, un jeune homme, après avoir fait son expérience dans le multi partenariat sexuel s'exprime : « Depuis le cours secondaire, moi j'ai toujours vécu dans un désordre sexuel. Je changeais de filles chaque semaine. Pendant les vacances après la classe de Tle, j'ai même enceinté deux filles. Aujourd'hui, poursuit-il, je souffre de la syphilis et je n'ai même pas les moyens de me traiter correctement ». « Les jeunes hommes qui se livrent à cette pratique se détruisent car, c'est de l'énergie qu'ils déploient. Dans certains cas, ils sont victimes de troubles mentaux », a expliqué le psychothérapeute Ildevert Egué.

Il continue en affirmant que le multi partenariat est l'un des facteurs qui poussent certains hommes à se laisser corrompre et à détourner. Ceci, puisqu'ils seront appelés de par leur comportement sexuel, à prendre en charge plusieurs femmes. Pour le père André Quenum, l'excès de sexe chez un jeune gêne la croissance normale de sa vie affective et crée des risques de dépréciation de soi. « Il est presque impossible pour le jeune qui s'est adonné à cela, qu'il soit homme ou femme de désapprendre et de rester dans un foyer avec fidélité », a-t-il affirmé. Selon ses dires, « une société a aussi besoin d'être psychologiquement saine et quelqu'un qui n'a pas appris à mettre de l'ordre dans sa vie ne peut pas avoir des projets porteurs pour son pays ».
Ildevert Egué Psychologue et psychothérapeute : je ne juge pas ces gens, même si j'ai mes appréhensions sur le phénomène


Il existe deux sortes de multi partenariat sexuel : la polygamie et la polyandrie (femme avec plusieurs hommes). La polyandrie existait dans l'ancien temps mais aujourd'hui, ce n'est plus accepté par la société. La sexualité, c'est aussi un besoin comme la faim et la soif. Le garçon adolescent, voulant s'affirmer pour montrer qu'il est audacieux et courageux cherche à avoir plusieurs filles à la fois. C'est la loi des 3T (Tout Trou est Trou), peu importe la qualité, il suffit juste qu'elle soit une femme. La névrose peut aussi conduire à un tel comportement ; Très souvent, les garçons sont à la recherche de leur mère à travers les filles et les filles à la recherche de leur père à travers les hommes. On dit souvent que l'enfant est à l'image de ses parents. Parce qu'il a vécu avec un père qui change régulièrement de femmes, le garçon peut vouloir l'imiter.

Les fondements peuvent être endogènes comme exogènes. Ainsi, ne trouvant pas ce réconfort, le jeune peut se livrer à l'hypersexualité, la toxicomanie, l'ambition... Moi je ne juge pas ces gens, même si j'ai mes appréhensions sur le phénomène. Au lieu de juger, mieux vaut chercher à connaître les motivations qui ont poussé la personne à avoir ce comportement. Lorsqu'un individu se lance dans le multi partenariat sexuel, il faut comprendre que c'est un message qu'il transmet à la société afin de dire : « j'ai des difficultés dans la vie, venez à mon aide ». Mais quand ça devient excessif, on parle de la nymphomanie. Certains sont à la recherche d'une satisfaction et lorsque l'objectif est atteint, leur comportement peut changer. Mais lorsque l'individu atteint l'étape de dépendance, il faut solliciter l'aide d'un spécialiste. Il y a des anti-dépressions pour limiter la réaction. D'où la nécessité des séances de psychothérapie pour permettre à l'individu de verbaliser ses problèmes. Si vous demandez à quelqu'un qui a des rapports sexuels tous les jours d'arrêter, il y aura un vide que le spécialiste ne pourrait combler.

Il faut trouver par quel comportement peut-on le remplacer.
Père André Quenum : ce n'est pas parce que j'ai des désirs sexuels que je dois l'assouvir n'importe comment et avec n'importe qui


Outre la polygamie, le multi partenariat sexuel est un désordre, une dérive qui blesse non seulement l'intéressé mais aussi sa victime. C'est un phénomène qu'il faut décrier. Certes, la vie affective est un don de Dieu, un désir positif. Mais ce n'est pas parce que j'ai des désirs sexuels que je dois l'assouvir n'importe comment et avec n'importe qui. Je dois vivre ma vie sexuelle pour mon bien et pour celui de ma partenaire. Comme Saint Paul l'a dit : « tout m'est permis mais tout ne m'est pas profitable ». Ce n'est pas parce que vous avez l'impression que tout le monde le fait que vous allez aussi le faire. J'ai besoin d'éduquer mon corps et de maîtriser ma sexualité. Sinon, je vais me nuire. Il faut aussi que les jeunes aillent vers leurs parents pour discuter de ces choses au lieu de se confier à des gens de leur âge car ces derniers ne leur diront que ce qu'ils veulent entendre. Le grand problème qu'il y a, c'est la question de la confiance en soi. On a l'impression que c'est en faisant cela qu'on est quelqu'un alors que ça peut détruire toute votre vie. Le jeune homme ou la jeune femme doit avoir des ambitions beaucoup plus grandes.


Docteur Mabou Ahokpossi : ..0nous avons des rapports sexuels tarifés


Le multi partenariat sexuel est le fait d'avoir connu au bout d'une année plus d'un ami intime. Depuis plusieurs années, ce mal prend de l'ampleur, surtout chez les jeunes. Il faut aussi dire que la pauvreté favorise cet état de choses. C'est pour cela qu'aujourd'hui, nous avons des rapports sexuels tarifés, c'est-à-dire basés sur des intérêts financiers. C'est un problème multisectoriel. Le ministère de la santé n'est pas le seul concerné car si la population est malade, c'est clair qu'on ne puisse pas parler de développement. Au ministère de la santé, beaucoup de choses se font dans ce sens. Il y a un programme national de lutte contre le Sida et les infections sexuellement transmissibles. Nous aidons les jeunes à prendre conscience de leurs potentialités et à mieux les gérer. L'approche consiste à aider les jeunes qui sont sexuellement actifs à éviter les maladies. Et aussi les jeunes qui n'ont pas encore connu le sexe à repousser le désir.

Il faut noter que nous accompagnons aussi tout ce qui se fait par nos partenaires, c'est-à-dire des campagnes de dépistage gratuit et de conseils, la campagne « Plus tard plus sûr », qui consiste à amener les jeunes à repousser leur date d'entre en activité sexuelle, les centres « amis pour jeunes » qui permettent aux jeunes d'avoir toutes les informations et les services cliniques. Les conditions de vie aujourd'hui font que le désir est de plus en plus grand, mais il vous est toujours possible de faire un choix et le bon choix, c'est « avoir une bonne santé de reproduction ».
Félicienne HOUESSOU (Coll.) & Sandric DIKPE (Stag)

Publié dans Contribution


1 Cf. Gérard Mauger, « Enquêter en milieu populaire », Genèses, n°6, décembre 1991, pp. 31-43.


1Il est rare de pouvoir le dire vraiment : ce livre, très réussi, comble un vide.

La sociologue Isabelle Clair a cherché « à décrire les pratiques concrètes de la vie en couple adolescente et les enjeux qu'elles renferment en termes de construction des identités genrées et sexuelles, ainsi qu'en termes de projection dans une conjugalité adulte » (p. 10). Pour cela, elle a enquêté, entre 2002 et 2005, dans des centres d'accueil destinés à la jeunesse de quatre cités réparties dans deux villes de la banlieue parisienne. La présence d'une annexe méthodologique en fin d'ouvrage permet de connaître quelques-unes des propriétés sociales des 56 enquêtés (mais, logiquement, seule une petite dizaine de cas est au cœur du livre) : ayant entre 14 et 20 ans (mais surtout entre 15 et 17 ans), la population comprend un tiers de garçons pour deux tiers de filles. L'intérêt de la démarche saute aux yeux sur un objet aussi sensible : elle permet de libérer la parole des enquêtés - qui est presque sans conséquence auprès d'une personne extérieure : l'enquêtrice peut tout au plus servir à valider l'image qu'on veut donner de soi-même1.

On voit aussi bien les risques pour l'enquêtrice, sociologue, parisienne, blanche - trois propriétés distinctives : d'un côté, que les enquêtés faussent leur témoignage ; de l'autre, qu'elle n'ait pas tous les moyens pour critiquer et comprendre leurs propos. Un problème soulevé par le livre est en effet celui de l'interprétation du matériau, les discours de jeunes adolescents pris hors de l'observation de leurs pratiques quotidiennes : quelle valeur, quelle sincérité leur accorder ? La critique des entretiens est, on le sait, peu pratiquée en général. Sur ces terrains, les sociologues peuvent "se faire avoir" (et certains ont déjà été abusés !) par des ados joueurs, qui aiment bien en "rajouter", par exemple, dans l'exotisme sur la vie des bandes de copains ou de la communauté d'appartenance ethnique ou religieuse - surtout auprès d'un enquêteur étranger. I. Clair démasque par exemple une jeune fille qui lui faisait croire qu'elle avait un grand-frère (pp. 62-64). Fort justement, elle note que les discussions entre amis sur la sexualité « sont émaillées d'expressions euphémisantes ou au contraire provocatrices, et de rires qui permettent d'en dédramatiser le contenu » (p208). L'auteur s'en tire bien donc sur un sujet sensible à plusieurs niveaux - sans doute parce qu'elle a fréquenté quelques enquêtés sur une période relativement longue -, peut-être moins toutefois dans les domaines qui sont des enjeux de lutte très dures, les réputations notamment.


2-Deux axes structurent le livre : la mise à jour d'un « ordre du genre » (première partie du livre) et la description de l'expérience amoureuse de ces adolescents (deuxième et troisième parties).

L'auteur a en effet tenté une entreprise ambitieuse : rendre compte des rapports entre filles et garçons à la fois en tant que rapports de domination et rapports amoureux. Ajoutons : au sein d'une population en train de se faire, et donc difficile à objectiver, à classer, à faire témoigner.


3-Si les garçons se doivent d'être des "hommes", d'afficher leur virilité donc (selon les codes locaux), tous les adolescents rencontrés s'accordent sur l'idée que les filles doivent faire preuve de réserve, par exemple en matière vestimentaire, thème le plus spontanément abordé par eux parce qu' « étendard de la moralité sexuelle des filles » et donc aussi « prétexte permanent de rappel à l'ordre » (p39) : « Il s'agit de ne pas montrer ses "formes" et de rester à sa place, ne pas transgresser les barrières d'âge : [par exemple] porter des bottes pointues, c'est jouer à la "dame" [...]. Afficher des vêtements de "dame", c'est afficher une sexualité adulte, donc explicite et supposément assumée.

C'est brûler les étapes du scénario matrimonial associé à l'image de la "fille bien" qui, aux yeux de nombreux garçons, ne peut devenir un être pleinement sexualisé qu'après le mariage. » (pp. 41-42). Elles se doivent également de ne pas investir l'espace public n'importe quand et pour n'importe quoi - ne pas "traîner" en somme, comme certains garçons : « "Traîner", c'est être visible dans l'espace des garçons et ne pas avoir d'utilité [...]. Une fille doit être le plus possible invisible et sa visibilité ne peut être légitimée que par un but précis : une fille sans but est une fille à visée sexuelle. [...]

Les filles reprennent à leur compte ces représentations : le plus possible invisibles, le plus possible affairées quand elles sont à l'extérieur et le moins souvent seules. Non qu'elles courent un danger physique constant [...] mais leur image sociale, elle, dépend de leur conformité aux normes qu'alimentent les croyances dans l'ordre du genre. » (pp. 37-38).


4-Les filles sont en effet menacées d'avoir "mauvaise réputation" si elles contreviennent à ces règles - même si l'étiquetage n'est pas systématique : d'autres éléments peuvent entrer en jeu. Pour l'auteur, « la mauvaise réputation des filles est immanquablement liée à leur sexualité. « Avoir une mauvaise réputation » ou bien, selon le langage local, « avoir une réputation », c'est nécessairement « avoir une réputation de pute ». [...] La mauvaise réputation joue un rôle de rappel à l'ordre pour l'ensemble du groupe des filles et permet la ségrégation dudit groupe en termes de ressources vertueuses sur le marché amoureux et sexuel local. » (p. 20).

De ce fait, les filles sont elles-mêmes les agents de l'ordre du genre par les réactions qu'elles adoptent à un éventuel étiquetage : la fille étiquetée adopte une position de repli (en attendant que les choses se calment) ou se re-territorialise ailleurs (où elle n'a pas de réputation, où les critères locaux qui font la réputation sont de moindre valeur) ; les autres filles l'évitent, lui font des reproches ou justifient l'étiquetage (ou pire, le viol, sur le mode : « elle l'a cherché d'une certaine manière »). Cette « dureté » est nécessaire : c'est « une sorte de vaccin continuellement renouvelé pour éviter toute contamination de la part des filles d'ores et déjà "réputées" et pour envoyer au groupe des garçons (et au groupe des filles spectateur et passeur des normes sexuelles) un message clair : "non disponible" » (p. 92).

Elle repose « sur des présupposés individualistes : chacune s'efforce de sauver sa peau, ce qui implique souvent la construction d'une plus-value individuelle, autrement dit une dévaluation des autres pour rester soi-même dans la bonne catégorie » (p94). Cependant, en dépit de ce contrôle social - familial et juvénile - qui est facilité par le fait que la forte interconnaissance qui caractérise les cités les rapprochent des villages, un certain nombre d'adolescents y ont eu une vie amoureuse, profitant, parfois, du téléphone portable ou de la proximité de Paris, pour fonder des couples à l'écart du contrôle social.


5-Cette expérience peut se vivre selon quatre registres : (1) s'amuser (parce qu'« on est jeune ») : c'est le plaisir gratuit qui est recherché - situation typique des vacances (pp. 117-123) ; (2) expérimenter : on cherche à acquérir des compétences conjugales et sexuelles et, ainsi (à terme), sa "moitié" (pp. 124-135) ; (3) « se poser » (pp. 136-151) : « les " romantiques" refusent toute instrumentalisation de leur relation amoureuse. [...] Ce qui compte, c'est d'aimer, de se sentir en osmose avec son partenaire, de pouvoir se projeter dans la durée avec lui-elle, de le dire » (p138) ; (4) se réassurer (pp. 152-165) : c'est « l'ensemble des moyens que les jeunes, garçons et filles, utilisent pour se créer une marge de manœuvre dans leurs divers engagements amoureux tant du point de vue du couple (via notamment l' "extra-conjugalité") que d'un point de vue individuel (renforcement de l'auto-estime par confrontation permanente au marché amoureux) » (p152). Les partenaires d'un couple peuvent le vivre différemment parce qu'ils « n'en sont pas au même stade de leur cycle de vie, n'ont pas les mêmes imaginaires, les mêmes horizons existentiels, ne subissent pas les mêmes contraintes de la part de leurs proches, ne disposent pas des mêmes atouts sur le marché amoureux... » (pp. 114). L'expérience conjugale peut changer - par exemple, des sentiments sincères peuvent naître et on peut vouloir « se poser » avec un partenaire auquel on était peu attaché à l'origine.


6L'auteur constate une certaine obligation sociale à la conjugalité chez les adolescents. Aussi l'important est davantage, en général, de faire couple et d'avoir vu validé sa valeur sur le marché amoureux que de vivre effectivement une relation amoureuse et de couple : très souvent, les partenaires se voient peu, voire pas du tout...jusqu'à s'esquiver ! Loin d'être spontanées, ces relations adolescentes reposent sur des normes généralement connues et les partenaires entendent (doivent) se conformer au « scénario conjugal » (p. 178) - qui interdit, par exemple, de faire preuve trop tôt de sentiments et surtout de les proclamer. C'est que les stéréotypes rassurent et on souhaite les réaliser parce que c'est ainsi qu'on vieillit, qu'on s'accomplit (p. 175) : on devient un peu plus une femme, par exemple, en connaissant la trahison masculine. Les attentes conjugales des garçons et des filles sont différentes : « les filles veulent de l' "attention" quand les garçons aiment que l'on s' "occupe" d'eux : une fois l'étape de la rencontre passée, les filles désirent être vues, remarquées, faire l'objet du regard et de la considération de l'autre ; les garçons, eux, veulent être choyés ; alors que ces derniers acceptent l'intermittence mais veulent un contact intense, à chaque fois, les filles demandent, implicitement, un lien ininterrompu » (p. 245). La conversation est la pratique de couple par excellence : elle est la condition du progrès du couple vers la complicité, une relation sérieuse (surtout pour les filles) (p. 238-251).

Les adolescentes refusent en général toute sexualité génitale, sauf si la relation amoureuse a pris beaucoup d'importance à leurs yeux, mais ce n'est pas un critère suffisant : toutes les jeunes filles entendent (ou entendaient : certaines sont passées à l'acte, dans le cadre d'une relation effectivement amoureuse) se préserver pour le mariage et/ou pour le grand amour et/ou jusqu'à un âge plus avancé. L'acquisition d'une certaine expérience en matière conjugale oblige à réviser certains stéréotypes de genre (que les partenaires se devaient de respecter et de croire à l'origine, conditions de leur valeur sur le marché amoureux adolescent sur lequel il faut exagérer les identités de genre) : (tous) les garçons ne sont pas mus uniquement par leur appétit sexuel, ils peuvent avoir des sentiments sincères (p. 264), les femmes peuvent avoir un goût pour la sexualité (p. 266), etc.
7-Il est enfin intéressant de lire qu'en dépit d'une géographie amoureuse étendue à la capitale et aux villes environnantes de sa banlieue, les couples (étudiés) se caractérisent presque toujours par l'endogamie sociale (p. 99), et non par l'endogamie ethnique (c'est sans doute - en partie - parce que l'adolescence est encore un âge d'inconséquence) : « Une grande partie des couples que j'ai observés sont nés de [...] rencontres hors de la cité ; en revanche, ils ne sont qu'exceptionnellement formés par des individus issus de lieux sociaux différents : les jeunes des cités sont en couple avec des jeunes d'autres cités. Si la mixité en termes d'appartenance communautaire est fréquente, elle n'existe presque pas en termes d'appartenance socio-économique. » (p. 99).


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8-L'auteur montre ainsi parfaitement certaines des modalités de fonctionnement des relations amoureuses. Mais, très vite, en lisant, on n'a pu s'empêcher de s'interroger sur la portée de cette description - ce que ne fait pas l'auteur : quelles parties de la population "mère" (les jeunes de ces cités qui appartiennent à cette classe d'âge) flirtent (ou vont plus loin), peuvent faire l'objet d'une "mauvaise réputation", font le "grand-frère" ou manquent de respect aux filles ? Et, avec cela : quelle est la spécificité du terrain francilien ? Pour justifier nos questions - dont l'origine se trouve dans nos propres expériences, de vie et de recherche - citons deux extraits du beau témoignage de "Younès Amrani", qui a vécu dans une cité de province. « Au-delà de la timidité ou de la dévalorisation de soi (sur le mode « c'est pas une fille pour moi, elle est trop bien »), il ne faut pas négliger « la codification très stricte des relations filles-garçons », du moins comme on l'a vécue dans notre quartier. J'avais l'habitude de discuter avec les filles du quartier qui étaient au lycée mais toujours dans des endroits « autorisés », tels que le bus, au détour d'une allée... Avec toujours les mêmes sujets de discussion : l'école et les devoirs. Il était hors de question par exemple d'aller en ville ensemble, d'aller au cinéma...

Il y avait très peu de place pour la drague « à la française », en tout cas avec les filles du quartier. »2 Ailleurs, on peut lire : « En gros, on était un bon groupe [de copains] ; le seul problème, et je me rends compte que c'est celui qui a fait le plus de dégâts, c'est qu'on n'avait pas de copines. C'est pas qu'on n'aimait pas les filles, mais on savait pas s'y prendre, quand on allait en ville on draguait un peu, mais en groupe, résultat : les filles ne veulent pas de mecs comme ça. Pour vous dire, j'en ai un peu honte mais c'est pas grave, ma première copine c'était à l'âge de 22 ans !... Et ça n'a pas duré longtemps, parce que j'assurais pas du tout. Aujourd'hui encore, y a des mecs de 27-28 ans qui n'ont jamais eu de copines, c'est véridique !...

Imaginez toutes les conséquences que ça peut avoir dans la tête des mecs... »3 Ce n'est pas le lieu de commenter ces très riches extraits, simplement de s'interroger ; on peut imaginer trois hypothèses pour expliquer le contraste entre le livre et ce témoignage : (1) la description d'I. Clair concerne une certaine partie des adolescents des cités4 (et il faudrait alors interroger l'échantillon et la manière dont il a été constitué ?) ; (2) il y a une réelle spécificité du terrain francilien ; (3) en quelques années beaucoup de choses ont changé. Nous penchons pour un peu des trois hypothèses. De belles enquêtes pourraient être menées ! En tous les cas, l'auteur a parfaitement raison de noter : « Que les jeunes fassent concrètement l'expérience de l'amour ou non, ils et elles sont nécessairement tous (toutes) marqué(e)s par l'obligation sociale d'entrer en amour » (note 1, p. 273).


9D'un point de vue théorique, le recours au concept d' « ordre du genre » a eu un certain nombre de mérites. Sur le plan des intentions d'abord : l'auteur a voulu fort justement montrer comment les structures de domination affectaient les rapports entre les genres, notamment les relations amoureuses ; aussi, elle a pu évoquer une réalité cachée, souvent tue dans les discours publics : l'existence d'une vie amoureuse adolescente dans les cités, sans nier celle d'un certain nombre de violences (symboliques surtout et physiques parfois). En les rapportant à un « ordre du genre », ces violences ont ainsi pu être expliquées sans recourir à des spécificités de la personnalité des habitants des cités ; l' « ordre du genre » est en effet une structure de toute la société, même si l'auteur conclut que certaines de ses manifestations « sont particulièrement prégnantes dans les cités d'habitat social » (p. 275).

Sur le plan des faits, le concept a permis de rendre compte de discours et d'attitudes observés. Ainsi, I. Clair explique qu' « un garçon qui dit « je t'aime » est un "bouffon", insulte genrée qui implique une faiblesse morale et physique toute féminine, qui rend sa cible ridicule, une sorte de pantin sans virilité. » (p. 32). Ailleurs, elle illustre joliment le paradoxe du dominant avec la situation de « Karim qui, pour se voir reconnaître son identité virile et son rôle de « vrai mec » dans le quartier, doit (doit aux autres et se doit à lui-même de) souffrir du manque de réserve vestimentaire de sa petite copine. » (p. 43).
• 5 C'est ici toute la différence (qui fait tout le mérite et la difficulté de l'entreprise d'I. Clair) (...)


10Parce que c'est un livre important, qu'on nous permette toutefois d'émettre quelques réserves. Tandis que « les filles disparaissent dans l'expression "jeunes de cité" » (p. 11), par son objet d'enquête, I. Clair les fait logiquement réapparaître...mais sous un jour parfois trop univoque pour que le trait ne soit pas forcé. En effet, si l'analyse est souvent très fine - et cela, sans renoncer au potentiel de l'explication sociologique - on peut rester perplexe sur certains énoncés dont la force heuristique devient vite violence faite aux faits si on manque de prudence (à la lecture et/ou à l'écriture)5.
• 6 Le comique Thomas N'Gijol "chambre" savoureusement ces nouveaux personnages, « mi-lascars mi-gays » (...)
• 7 Cf. Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de (...)


11Premièrement, dans les cités comme ailleurs, les jeunes femmes ne sont pas identifiées uniquement à leur sexualité. L'auteur manque de nuance quand elle écrit que les filles « n'ont la possibilité d'être identifiées qu'à deux catégories déterminées par la moralisation de leur sexualité : être des "putes" ou des "filles bien" » (p. 57), alors que les garçons peuvent être qualifiés de plusieurs manières, pas toutes liées à leur sexualité. Dans les cités et ailleurs, les jeunes filles peuvent être identifiées (et s'identifier) comme étant "brillantes", "sérieuses", "gentilles", "sportives", "marrantes", etc. Il ne s'agit pas de nier l'importance de la vertu sexuelle, mais on ne peut pour autant tout y mettre au détriment de la pluralité de la vie ordinaire : la théorie ne doit pas tout écraser sur son passage. Ce n'est pas parce que la sexualité est au cœur de l'enquête qu'elle doit aussi l'être dans le monde des enquêtés.

On ne voit pas, par exemple, pourquoi les règles qui sont imposées à la sexualité des adolescents devraient être uniquement ou principalement ramenées à l'ordre des genres ; ne doivent-elles pas au moins autant à l'ordre social et notamment à l'ordre des générations (qui s'opposerait à ce qu'on joue à la "dame" ou qu'on se mette en situation de devenir une trop jeune mère) ? De la même manière, l'auteur décide d'emblée que les hommes sont placés dans une position dominante et les femmes dans une position dominée (p30).

Loin de nous l'idée de nier le schéma général, mais l'intérêt d'une enquête par rapport à un propos théorique (et militant) de ce type n'est-il pas de faire « l'inventaire des différences » (P. Veyne) i.e. de voir par exemple où cela ne marche pas ? Evoquons juste un fait éventuellement problématique : en quelques années, une fraction importante des jeunes hommes des cités s'est mise à accorder beaucoup d'intérêt (en temps, en argent, en valeur) à soigner ses apparences vestimentaires, sa coiffure, etc6. Si l'on considère qu'est dominé celui qui subit (se pense dans) les catégories d'un autre, ne peut-on penser que ces changements manifestent dans une certaine mesure quelque chose comme l'intériorisation par ces jeunes des attentes des jeunes femmes ? A moins que la domination masculine n'ait pas tant d'importance et que l'on doive davantage prendre en compte d'autres formes de domination, non traitées ici, comme celle qui oblige de plus en plus de jeunes à s'aligner sur le modèle du "lycéen général"7 ?


• 8 I. Clair évoque la jeune Soria qui lui expose une « représentation hiérarchisée des appartenances c (...)
• 9  Comme on a pu récemment le remarquer, « Malgré l'inflation éditoriale - qui ne va pas sans déprécia (...)
• 10  Etre musulman aujourd'hui, Paris, Nouvelle Cité, 1989, p154.


12 Deuxièmement, l'idée d'un « ordre des genres » peut empêcher l'enquête de s'intéresser au sens que les agents sociaux donnent à leurs croyances et pratiques. Au cours de son enquête et de sa restitution, l'auteur a été confrontée au problème de la spécificité de sa population (p277) : jeunes des cités, enfants d'immigrants, musulmans. On ne peut que la suivre quand elle affirme que cette population est le produit de déterminants pluriels et variés, et que ce constat devrait empêcher de recourir naïvement à une posture culturaliste (p279). Mais le dire et le penser empêche-t-il de s'intéresser à l'éducation morale de la population enquêtée ? Si l'auteur justifie pleinement l'impossibilité d'enquêter sur un tel sujet à la fois sur les enfants et sur les parents (p278), il aurait été sûrement possible d'interroger davantage les premiers sur l'éducation qui leur est donnée ou de s'appuyer sur les recherches existant sur l'éthique sexuelle musulmane pour au moins l'évoquer un peu. Cela aurait permis, peut-être, de mieux comprendre pourquoi « quand il s'agit de pureté sexuelle, de résistance féminine à la sexualité, les « filles rebeus » apparaissent (y compris dans le discours de garçons autres que « rebeus ») comme des exemples. Elles semblent faire référence en la matière.

Tout un lexique de la dureté (dureté des filles, dureté des grands-frères) semble attaché à l'identité musulmane, et d'abord à l'identité arabo-musulmane. » (note 1, p. 69)8. Cela aurait été aussi utile pour comprendre les différences que l'on observe dans « le fait de parler ou non de choses intimes avec les parents » (p202-203). S'il est devenu routinier de dire que l'on refuse le culturalisme, il l'est beaucoup moins d'enquêter effectivement sur la transmission culturelle dans les familles d'immigrants du Maghreb (ou d'ailleurs) - les articles de référence se comptent sur les doigts d'une main ! - ou sur l'islam en France9. Or, il nous semble difficile de ne pas réitérer le constat de Sadek Sellam : « La religion reste [...] pour les Musulmans, même après un long séjour en milieu sécularisé, un catalyseur irremplaçable des valeurs sociales. »10. Aussi, quand on lit que, selon l'ordre du genre dans les cités, « une fille est bien parce qu'elle est "tenue" » (p. 37), on ne peut manquer de vouloir rappeler que c'est d'abord parce qu'elle se tient.
• 11 Le monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord, Paris, PUF, 2002 (1ère édition : 1990), nota (...)
• 12 Elle souligne « la transversalité des problématiques » (p280) : c'est bien l'optique de l' « ordre (...)


13 Après d'autres, l'auteur a adopté un point de vue qui ne semble percevoir les normes en matière de sexualité, les limites qu'on lui pose, que comme des « entraves » (p. 122), négativement donc : comme si la situation normale (ou naturelle) devrait être celle de la pleine liberté et identité des hommes et des femmes. Il nous semble que ce jugement de valeur implicite empêche de rendre compte justement des rapports de genre dans les cités. Notre modèle devrait rester ici l'enquête d'Olivier Schwartz11 : le travail du sociologue est d'abord de comprendre les formes d'appropriation positive d'une certaine condition sociale, disons l'adhésion à une certaine féminité, et des croyances qui la justifient. Aussi, en dépit de ses bonnes intentions, il nous semble qu'Isabelle Clair a accordé trop d'importance aux « violences nées de l'ordre du genre » (p. 274) ; il aurait été plus juste de montrer au moins un peu de ses aspects positifs : affirmation de soi, relations avec les parents et la famille, confiance en soi, chances sur le marché matrimonial, ancrage dans une histoire, etc. On reste donc inquiet, dans le contexte actuel, de la réception qui pourrait être faite du livre parce que l'auteur souffle le chaud et le froid : d'un côté, elle entend ne pas stigmatiser, de l'autre elle prend un point de vue féministe12 qui ne peut que faire le constat de l'inégalité et de la domination. Malgré ces quelques réserves et questions, le livre d'I. Clair est une contribution très réussie à la connaissance des jeunesses des cités et à la sociologie des genres, dont la lecture s'avère désormais indispensable.

Publié dans Ex-libris

Les étudiants drépanocytaires demandent beaucoup plus d’assistance. Hier, lors de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la maladie, l’Union universitaire de lutte contre la drépanocytose (Uuld) a organisé un panel là-dessus. Entre autres recommandations, la sensibilisation, une bonne alimentation, riche et variée, la surveillance de sa température, la consultation régulière d’un médecin sont conseillées.

Hier, la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose a été célébrée au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde. L’Union universitaire de lutte contre la drépanocytose (Uuld) a organisé un panel de sensibilisation sur la maladie. Un moment pour les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar vivant avec la maladie pour parler de leurs conditions d’études. Khadija Dé, présidente de l’Uuld, constate avec amertume que «c’est difficile pour les étudiants de suivre les cours et d’habiter dans les chambres du campus social, parce que ce n’est pas évident avec les conditions, c’est serré alors que les drépanocytaires ont besoin d’air». Selon elle, parmi les 300 membres que compte l’association, seuls environ 100 ne sont pas drépanocytaires. Et d’après la panéliste, Ndèye Fatou Bâ, le taux de prévalence de cette maladie héréditaire est de 10% au Sénégal.
Parlant du comportement d’un drépanocytaire pour mener une vie active, elle a recommandé ses camarades à éviter l’alcool et le tabac qui sont nocifs, dit-elle, «diminuent le taux de l’oxygène dans le sang» et cause la déshydratation. Mme Bâ, par ailleurs présidente de la commission scientifique de l’Uuld, a conseillé les uns et les autres à bannir le sport compétitif. «Il faut veiller à ne jamais manquer d’oxygène, donc éviter les endroits mal aérés, les hauteurs de plus de 1 500 m et les voyages en avion pas ou mal pressurisés», demande-t-elle. Toujours par rapport aux bonnes habitudes à avoir, Ndèye Fatou Bâ a invité les drépanocytaires à beaucoup boire, environ 3 litres d’eau par jour, avoir une bonne alimentation, riche et variée, surveiller leur température, voir régulièrement un médecin. L’étudiante en biologie a aussi exhorté les malades à bien se laver le corps et les dents pour éviter les microbes provoquant des infections, se donner et respecter une bonne hygiène de vie.
Par ailleurs, la présidente de la section Ucad a rappelé que «l’Uuld, créée en mars 2008, a depuis lors comme vocation première de venir en aide aux étudiants drépanocytaires sur le plan pédagogique mais aussi et surtout sur le plan social, et éventuellement sur le plan professionnel. Nous avons davantage besoin d’être appuyés et soutenus car la drépanocytose est une maladie aussi douloureuse que coûteuse».
Ayant besoin d’assistance aujourd’hui plus que jamais, Khadija Dé a lancé un appel aux autorités, particulièrement le ministère de la Santé et de l’action sociale mais également aux bonnes volontés.
Une minute de silence a été observée à la mémoire de Issa Baldé, Ibrahima Clédor Bodian, Abdoulaye Dieng et Mass Dia, tous des membres de l’Uuld emportés par cette maladie qui tue à petit feu. Une exposition sur les symptômes et autres informations sur la drépanocytose a été faite.

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Publié dans Politique
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