Filtrer les éléments par date : vendredi, 30 novembre 2018

C’est sous une forte escorte policière que l’opposition réunie sur la bannière du Front démocratique et social de résistance nationale a marché hier, jeudi 29 novembre 2018, de la place de l’Obélisque au rond-point de la RTS. Les principales doléances de l’opposition sont relatives au contrôle du fichier électoral,  à la dénonciation du parrainage, à la requête de « Monsieur Elections » pour le scrutin présidentiel entre autres.

C’est avec une forte mobilisation constituée principalement de jeunes que l’opposition a battu le macadam à Dakar hier, jeudi 29 novembre 2018. La manifestation était assez hétéroclite avec les diverses effigies de leaders politiques représentés, marquée cependant par une forte présence des Karimistes. Du coup, le candidat en exil du Pds Karim Wade était l’absent le plus présent, sur le fait des nombreuses pancartes et des photographies empreintes de clichés et d’effigies où on pourrait lire par exemple « Karim président 2019 ». Les jeunes venus massivement avec une forte présence des femmes sont ont tenu à manifester pour la libération de leur candidat et le « respect des droits de Karim Wade » d’une part. Tout en exigeant d’autre part la « libération du député Khalifa Sall ». De la place de l’Obélisque au rond-point de la RTS, les membres de l’opposition ont ainsi bravé le régime du président Macky Sall accusé de tous les maux du Sénégal. Dans leurs différentes interventions, les leaders de l’opposition présents à la marche sont tous revenus sur l’importance de permettre à l’opposition « d’auditer et d’accéder au fichier électoral ». Qui plus est, le régime de Macky Sall a été invité par ses opposants à arrêter ce qu’ils appellent le « bradage des ressources naturelles par des contrats nébuleux». A la fin de la marche, l’opposition s’est donné rendez-vous pour une autre manifestation, le jeudi 6 décembre, mais cette fois devant le ministère de l’Intérieur. 

REACTIONS...

OUMAR SARR, SGN ADJOINT DU PDS : «Nous menons un combat pour une élection transparente où on n’élimine pas des candidats»

La prochaine étape sera la manifestation devant le ministère de l’Intérieur. Suivant la réaction du gouvernement, nous allons nous organiser autrement. S’ils n’acceptent pas ces manifestations qui sont des manifestations légales permises par la Constitution, il y aura probablement des débordements, il y aura toutes sortes de combat y compris des combats de rue. Nous ne voulons pas cela, c’est pourquoi nous faisons des manifestations calmes dans la paix. Nous espérons que le gouvernement va nous entendre et va autoriser les autres manifestations. Nous voulons simplement que le peuple sénégalais nous entende, que Macky Sall nous écoute, que la communauté internationale sache que nous menons un combat légal et légaliste, un combat pour une élection transparente où on n’élimine pas des candidats par des coups de loi. Nous voulons vraiment une élection dans laquelle tout le monde sera gagnant.

DETHIE FALL, DEPUTE ET VICE-PRÉSIDENT DE REWMI : «Hors de question de suivre Macky Sall dans un processus électoral piégé de bout en bout»

Nous allons vigoureusement nous opposer aux pratiques antidémocratiques du président Macky Sall. Comment candidat à la candidature comme les autres, il peut se permette d’être le seul à disposer du bon fichier électoral, de pouvoir en soustraire et en ajouter qui il veut ? Pourquoi insiste-t-il à vouloir faire organiser les élections par un de ses militants ? C’est inacceptable. Macky n’écoute plus, il est obnubilé par un deuxième mandat. Nous lui opposerons la résistance nécessaire. Il n’a qu’à libérer les otages politiques Khalifa Ababacar Sall, Karim Wade et prendre toutes les dispositions pour leur participation à l’élection présidentielle. Il a choisi d’installer le pays dans une instabilité et nous le tiendrons responsable de tout ce qui se passera au Sénégal d’ici la présidentielle. Il est hors de question de le suivre, sans rien faire, dans un processus électoral piégé de bout en bout. Nous allons nous battre pour notre démocratie qu’il a opté d’affaiblir. Les Sénégalais ne veulent plus de lui, Il n’a qu’à préparer son départ.  

Sudonline

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Les députés de l’opposition n’ont pas été tendres envers le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Ismaila Madior Fall, lors de son passage à l’hémicycle hier, jeudi 29 novembre. En effet, dans leurs prises de parole, ces parlementaires ont multiplié les attaques contre le ministre en question, respectivement sur les cas Khalifa Sall et Karim Wade, sur le fonctionnement de la justice et sur son engagement politique.

La parlementaire libérale Sokhna Dieng Mbacké a été la première à dénigrer la gestion des droits et libertés dans le pays. A son avis, dire que le Sénégal respecte les droits de l’homme ne correspond pas à la réalité. Elle en veut pour preuve le fait que les recommandations de l’Organisation de Nations Unies et celles de la Communauté économique et monétaire ouest-africaine (Cedeao) ne sont pas appliquées.  Pis, pour le député, les Sénégalais ont l’impression d’être dans une république où les droits ne sont pas respectés. Pour autant, elle s’est demandé comment le Sénégal pourra présider le conseil des droits de l’homme des Nations Unies en janvier prochain alors qu’il n’est pas respectueux de ses recommandations. Marie Sow Ndiaye du Parti démocratique sénégalais (Pds), quant à  elle,  évoque un reniement par le Garde des Sceaux de ses convictions antérieures. Aussi juge-t-elle que les enseignements d’Ismaïla Madior Fall en tant que professeur de droit à l’université Cheikh Anta Diop ne sont plus conformes à ses actes. Mary Sow Ndiaye arguera par ailleurs par que le Garde des Sceaux est responsable de l’impopularité du régime actuel.

Enfonçant le clou, le député Aboubacar Thiaw s’est voulu ironique pour indexer Ismaila Madior Fall. « Je connais un brillant professeur qui se prêtait aisément à ce jeu d’équilibre pour la justice, en tout cas du moins théoriquement. Mais une fois devenu ministre de la Justice, il peine à dire en matière de droit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité », a-t-il estimé. Aboubacar Thiaw dira en outre qu’il n’y a plus de justice au Sénégal et que tous les cas d’injustice servent à couvrir et à renforcer un régime totalement aux abois. Pour sa part, dénonçant un traitement sélectif dans les affaires de Khalifa Sall et de Karim Wade, la parlementaire Woré Sarr a jeté l’anathème sur une justice dite sélective. Selon elle, ces deux personnes condamnées n’ont pas fait pire qu’Alioune Sall qui a le contrôle de la Caisse de dépôt et des consignations, quoiqu’il ait été épinglé par l’Ofnac. Et de poursuivre : « La justice sélective se vérifie aussi par le traitement réservé à l’affaire du Prodac qui met en cause le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang».

Abondant dans la même dynamique,  le député de la diaspora Mame Diarra Fam trouve en ce qui la concerne que le Garde des Sceaux n’a une autre mission que de « tripatouiller, de gommer, serrer et d’effacer les lois ».  « Pour un professeur de votre trempe, respecté, ce n’est pas normal qu’on vous fasse déchirer, tailler, gommer», a-t-elle dit. Quid de Mamadou Diop Decroix ? Le député de l’opposition et leader d’And-Jef s’est tout simplement demandé si Ismaila Madior Fall est resté un professeur de droit. « Vous ne gérez plus la justice. Vous gérez la politique de l’Apr. Vous êtes un politicien. J’avais énormément de respect pour vous, mais je suis déçu », a-t-il déclaré. Parlant de l’engagement politique du Garde des Sceaux, le parlementaire a jugé qu’il est dans un domaine qu’il ne maitrise pas, raison pour laquelle il fait de nombreuses erreurs. Concluant les diatribes contre Ismaila Mador Fall, Cheikh Bamba Dièye du Fsd/Bj a dénoncé pour sa part « des décisions de justice partielles avec des détournements qui sont restés impunis pour la simple raison que leurs auteurs sont proches du camp présidentiel ».

LE MINISTRE DE LA JUSTICE SUR SON ENGAGEMENT ET SUR LE PARRAINAGE : «Je suis fier…du parrainage. Le Sénégal va organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux»

« Je tiens à rassurer que je suis toujours professeur. Je suis fier des milliers de Sénégalais pour lesquels j’ai contribué à la formation.  Je suis fier  de la trentaine de docteurs que j’ai formés au Sénégal et en Afrique.  Je suis fier du nombre d’agrégés en droit et en science politique que j’ai formés.  Et je suis fier aujourd’hui d’être le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et d’être à côté d’un président réformateur de notre génération…Je n’ai rien gagné avec la fonction de ministre du point de vue matériel. Tout ce que j’ai comme ministre, je l’avais avant dee l’être... Je  ne suis pas venu pour des conditions matérielles. Je suis venu parce que j’ai l’honneur d’avoir été appelé par un président jeune et réformateur. Depuis que je suis avec le président, je suis fier de tout ce que nous avons accompli ensemble. Je suis fier d’avoir participé au parrainage. Le Sénégal va en 2019 organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux parce que ceux qui ne représentent absolument rien ne pourront pas être candidats ». 

Ismaïla Madior Fall recadre le débat

Attaqué de toutes parts par les députés de l’opposition lors de son passage devant l’Assemblée nationale hier, jeudi 29 novembre 2018, Ismaila Madior  Fall n’a pas mis de gants pour porter la réplique. De son engagement politique aux accusations de non-indépendance de la justice en passant par les cas Khalifa Sall et Karim Wade, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, s’est voulu explicite envers ses détracteurs.

Ismaila Madior Fall est formel.

Répliquant hier, jeudi, lors du vote du budget de son ministère à l’Assemblée nationale, aux critiques de l’opposition sur le fonctionnement de la justice, le Garde des Sceaux a tenu à préciser que « La tendance, c’est de réduire la justice à deux cas d’affaires ordinaires dans lesquelles sont impliqués deux hommes politiques. On égare les décisions qui sont rendues. On les politise, on caricature et après, on veut faire croire aux Sénégalais que c’est ça la justice». Et d’arguer dans la foulée : « La justice a un caractère multidimensionnel qu’on ne peut pas réduire à deux cas d’affaire pénale. La justice n’a aucun problème. Dans tous les tribunaux, les juges font leur travail. Si la justice avait un problème, les Sénégalais lui auraient tourné le dos. Les Sénégalais n’ont pas de problèmes avec la justice. Ce sont deux individus qui ont des problèmes avec elle parce qu’ils  sont impliqués dans des contentieux ordinaires et qui ont été condamnés ». Et le ministre de la Justice de brocarder à son tour les députés de l’opposition : « On ne peut pas accepter que des individus veuillent chahuter la justice parce que simplement leurs partisans sont impliqués dans des affaires ordinaires. Des pays viennent s’inspirer de la pratique de la justice au Sénégal. Ce ne sont pas des chahuts qui vont effacer le label démocratique du Sénégal ».

Revenant dans le fond sur le cas de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, le ministre de la Justice dira : « Il y a beaucoup de confusions dans les recommandations de la Cedeao concernant l’affaire Khalifa Sall.  La Cour de justice de la Cedeao n’a pas ordonné la libération des prévenus et l’arrêt des poursuites. Elle a dit que certains droits ont été violés et l’Etat du Sénégal versera la somme de 35 millions s’il y a une décision définitive après que la Cour suprême a statué en cassation. Il faut aussi signaler que la décision n’invalide pas le jugement des juridictions sénégalaises ».

Pour ce qui concerne l’affaire Karim Wade également, le ministre de la Justice s’est clair devant la représentation parlementaire. Pour Ismaila Madior Fall, « Le comité des droits de l’homme de l’Onu ne peut pas invalider une décision rendue par les juridictions sénégalaises. Ce sont de simples constatations qui sont faites ». Et le ministre de tancer l’opposition parlementaire : «C’est de la manipulation que de dire que le Comité des droits de l’homme a condamné le Sénégal.  Il faut arrêter les manipulations de l’opposition même dans un contexte pré-électoral, il faut dire aux Sénégalais la vérité. Il faut avoir l’honnêteté politique de faire dire à ces organes ce qu’ils ont réellement dit ».

Quid du retour de Karim Wade ? A ce niveau aussi, le Garde des Sceaux n’a pas usé de langue de bois. «  Karim Wade a fait l’objet d’une condamnation. Il est gracié, mais l’amende elle est toujours valable. Il a le droit de rentrer dans son pays et de vaquer à ses occupations, mais s’il rentre dans le pays, il va rembourser les 138 milliards. A défaut, la contrainte par corps va s’exercer. Tant qu’il est à l’étranger, on ne peut pas le contraindre à payer. Mais, quand il  arrive au Sénégal, la contrainte par corps va s’exercer». D’ailleurs, concernant la candidature de Karim Wade, le ministre de la Justice persiste et signe : l’article L 15 du Code électoral qui stipule que tout candidat doit être inscrit sur les listes électorales disqualifie sa participation à la présidentielle de février prochain.

Fatou NDIAYE

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Ibrahima THIAM, pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle ?

Nous sommes honorés de publier cette semaine l’interview que nous a accordé le Président du mouvement « Autre Avenir », Ibrahima Thiam, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera au Sénégal en février prochain. Un entretien au cours duquel celui-ci nous révèle la sortie ces jours-ci d’un livre programme : « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». Dans notre édito du mois d’août dernier, (lire ci-dessous) où nous dressions le portrait du candidat « idéal » susceptible de faire entrer le Sénégal dans le 21èmesiècle, nous ne pensions pas être à ce point prophétique car Ibrahima Thiam semble bien être cet homme capable de porter un « New Deal » Sénégalais, cet homme porteur d’une volonté, d’une ambition, d’une vision d’avenir pour les Sénégalais et les Sénégalaises, cet homme aussi incarnant une candidature de renouveau que nous appelions de nos vœux. L’interview d’aujourd’hui n’en a que plus d’intérêt, de sens et de force.

    

-      Question : Et pour commencer, à l’intention de ceux qui ne vous connaîtrez pas encore, qui êtes-vous Ibrahima Thiam ?

-      I.Thiam : Je suis né en 1965 à Kaolack, j’ai donc cinquante-trois ans. Ma mère, Katy Mbaye est Sénégalaise et mon père, Mamadou, Gambien. Mon enfance s’est déroulée au Sénégal ou je l’ai quitté pour me rendre en France afin de poursuivre mes études.

-      Question : Justement pouvez-vous nous présenter votre cursus universitaire ?

-      I. Thiam : Je suis titulaire d’un Deug de sociologie que j’ai obtenu à l’université de Nancy, d’un DUT de techniques de commercialisation auprès de Paris XII et d’une Maîtrise des sciences de gestion délivrée par l’université Paris Dauphine. Je ne suis donc pas un technocrate et ne suis pas passé par l’Ecole nationale d’administration. Mon parcours professionnel s’apparente davantage à ce qu’on appelle la société civile et j’en suis fier car j’ai le sentiment de ne pas appartenir à la caste de la haute administration et de n’avoir pas été formaté dans un moule comme tant d’autres dirigeants politiques. 

-      Question :D’accord, et donc quelle direction avez-vous prise au terme de vos études ?

-      I. Thiam : J’ai débuté ma première carrière professionnelle en tant que gestionnaire de patrimoine. En 1998, j’ai intégré comme Responsable du service budget de la Délégation Régionale Paris Ouest & Nord du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique), un des plus grands instituts scientifiques de recherche dans le monde. Et en 2004, je suis devenu chargé de mission à l’INSERM qui est un des plus grands instituts de recherche médicale en Europe. Peu après j’ai intégré l’Institut Fédératif de Recherche en qualité de responsable administratif et financier avant de rejoindre en 2013 l’ICAN (Institute Cardiometabolism And Nutrition) où durant deux ans j’ai piloté la mise en place des plateformes scientifiques et cliniques durant deux, en 2015, j’ai à nouveau rejoint le centre de de recherche de Saint-Antoine de l’INSERM en qualité de secrétaire général. Changer d’entreprise plusieurs fois dans sa vie permet d’évoluer dans sa vie professionnelle, d’accumuler des expériences, s’enrichir au contact de nouvelles personnes, de milieux différents. Comme secrétaire général il me revient d’assumer la direction administrative et financière de l’établissement. Je suis aussi chargé de l’accompagnement, de la mise en œuvre et du suivi des projets scientifiques du centre de recherche. On pourrait résumer mon rôle en disant que je dois organiser, planifier et coordonner les différents acteurs et à ce poste on attend de moi une connaissance approfondie de la réglementation juridique, administrative et financière relative aux établissements publics. Cela nécessite également des qualités managériales car la plus grande richesse de l’entreprise est, d’abord et avant tout, humaine.

-      Question : Cette vie professionnelle en France, très prenante, vous a tenu éloigné du Sénégal, avez-vous pu néanmoins conserver une relation privilégiée avec le pays ?

Ibrahima Thiam :  J’ai un attachement viscéral avec mon pays et ma région d’origine et durant toutes ces années j’ai initié sur place diverses initiatives comme la création d’un incubateur de start-up (T4COM) et d’une exploitation agricole (SENAGRI). J’ai aussi contribué à l’équipement de douze bibliothèques à Kaolack avec la région Ile-de-France, le conseil général du Val-de-Marne et la ville d’Alfortville. J’ai également organisé des chantiers internationaux a travers des séjours de deux semaines à Kaolack avec des jeunes déshérités du département de Val-de-Marne, accompagné la scolarité pendant dix ans des jeunes enfants en décrochage scolaire et réalisé trois courts-métrages avec des collégiens en difficulté scolaire du collège Henri Barbusse. Pour moi l’engagement associatif, ou citoyen, est quelque chose d’essentiel, très enrichissant, très formateur et je suis fier de l’avoir fait au service de mon pays.

-      Question : Parallèlement à ces activités vous avez aussi milité dans le cadre politique en occupant même des responsabilités au sein de l’opposition sénégalaise en Europe ?

-      Ibrahima Thiam : En effet, car être loin des yeux ne signifie pas être loin du cœur et le sort de mes compatriotes au Sénégal ne m’a jamais laissé indifférent. Je m’inquiète de la situation de précarité dans laquelle se trouve beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire de misère. Je m’inquiète de la gabegie financière et de l’usage des fonds publics pour des projets qui ne participent pas suffisamment au développement économique du pays et au niveau de vie des Sénégalais. Je suis scandalisé par le niveau de corruption atteint dans certains secteurs clés de notre économie alors que le Sénégal dispose de nombreux atouts pour en faire un modèle en Afrique. Même la démocratie, que l’on cite en exemple, subit des atteintes permanentes de la part d’un pouvoir autocratique, aujourd’hui à bout de souffle. La situation qui est faite à Karim Wade et à Kalifa Sall est de ce point de vue scandaleuse, en les empêchant de pouvoir se présenter aux élections de février prochain, et ce alors que l’ONU a contesté le bien fondé des poursuite entamées contre eux. Cela disqualifie le régime de Macky Sall, au niveau des instances internationales.C’est pour toutes ces raisons que voici un an j’ai créé le mouvement «Autre Avenir » afin de proposer un New-Deal aux Sénégalais et de redonner un nouveau souffle au pays. Aujourd’hui ce mouvement est présent à Dakar et dans chacun des quatorze départements du pays à travers des permanences animées par de nombreux militants. Nous sommes également présents aux côtés de la Diaspora, en France, mais aussi en Belgique, en Espagne, en Angleterre, en Italie et aux Etats-Unis, etc. Pour populariser notre mouvement on peut aussi consulter notre site : www.autre-avenir.com, qui se veut un outil de communication interactif destiné aux médias, aux sympathisants, aux militants et à toute personne désireuse de nous suivre, voire d’adhérer à notre cause. 

-      Question : Qu’est-ce qui a motivé votre décision de vous présenter à l’élection présidentielle ?

-      Ibrahima Thiam : Le désir d’offrir une alternative au pouvoir en place actuellement à Dakar. D’être une voie de recours après un septennat de Maky Sall qui s’est montré incapable de résoudre les difficultés quotidiennes de nos compatriotes. Il faut qu’une nouvelle génération accède aux pouvoirs, non pas en faisant de belles promesses qui n’engagent que ceux qui les entendent, ni même en venant avec de magnifiques projets qui plusieurs années après seront toujours dans les cartons. Ma démarche est différente et je l’explique dans un livre à paraître d’ici quelques jours « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». A travers une vingtaine de chapitres je me suis efforcé d’analyser la situation au Sénégal, d’établir un diagnostic, un état des lieux en matière économique, sociale, dans les domaines de la santé, de l’enseignement et la formation, de la culture, de la justice, de la culture, de la pêche, du tourisme, de l’énergie, etc. Le but étant à partir de ce constat d’apporter les corrections nécessaires, mettre fin aux dysfonctionnements, aux inégalités criantes, faire que ce qui ne marche pas aujourd’hui fonctionne demain. J’attends énormément des jeunes et des femmes pour remettre le Sénégal sur la voie du développement et de l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes. Nous disposons sur place de ressources naturelles importantes, y compris le pétrole, nous pouvons aussi compter sur une élite intellectuelle capable de bâtir des projets entrepreneuriaux innovants. L’exil ne doit pas être une solution pour des jeunes inquiets de leur avenir et je veux qu’ils puissent trouver sur place un travail et des conditions de vie décente. Pour cela il nous faut soutenir et amplifier la croissance qui seule peut créer des nouveaux emplois, soutenir les jeunes créateurs d’entreprise, leur donner une chance de réussir et d’être fiers d’eux-mêmes. Les partis politiques traditionnels sénégalais sont épuisés, à court d’idées et de motivation. Essentiellement parce qu’ils sont dirigés par des caciques de la politique qui aspirent à obtenir des privilèges pour eux et à distribuer des avantages à leur entourage, à se servir de leur position, plutôt qu’à servir la nation. Ces mœurs sont d’un autre temps et sont condamnés par une grande partie de la population. Il est plus qu’urgent de procéder à un renouvellement des hommes et des idées, tel est le sens de ma candidature à l’élection présidentielle de février 2019. J’ajoute que je veux lui redonner ce qu’il m’a apporté en mettant au service du pays le fruit de mon expérience, de mes réflexions et de mon énergie. Le Sénégal à besoin de tourner une page et je l’invite à en écrire une nouvelle porteuse d’espoir et d’avenir.

Nous tenons à remercier Ibrahima Thiam de nous avoir accordé cet entretien et de nous avoir expliqué le sens de sa démarche et sa volonté d’être le représentant en février 2019 de millions de Sénégalais qui ne se reconnaissent pas dans la politique conduite depuis le début de son mandat par Macky Sall.

A noter qu’Ibrahima Thiam va être doublement en concurrence avec Macky Sall, en févier bien sûr mais aussi dès aujourd’hui en librairie car la sortie, ces jours-ci, de son livre « Un nouveau souffle pour le Sénégal » coïncide avec la mise en rayon d’un ouvrage du chef de l’Etat. Ouvrage dans lequel celui-ci glorifie son action depuis qu’il a été élu. Nous laisserons le soin aux Sénégalais de se prononcer sur cette démarche plus égocentrique que réaliste, plus passéiste que porteuse d’avenir. Mais peut-il y avoir meilleur éloge qu’écrit par soi-même ?  

Interview réalisée par le Directeur de la publication

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Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme


« Je suis rarement impressionné par mon milieu intellectuel, mais j'avoue que ce garçon est dense et pragmatique.je l'ai rencontré et écouté lors d'une conférence à laquelle était aussi incité Ousmane Sonko de pastef, candidat à la présidence de la république de 2019 au Sénégal. Ce garçon connait fort bien la géopolitique du Sénégal. Lisons-le avec attention ...P B CISSOKO »


Sommes-nous africains ? Qu'est-ce que l'Afrique ? De cette double interrogation, née au XVIIIe siècle dans la diaspora africaine déportée aux Amériques, a émergé un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel qui a pris le nom de panafricanisme au tournant du XXe siècle. Ce mouvement a constitué, pour les Africains des deux rives de l'Atlantique, un espace privilégié de rencontres et de mobilisations.
De la révolution haïtienne de 1791 à l'élection du premier président noir des États-Unis en 2008 en passant par les indépendances des États africains, Amzat Boukari-Yabara retrace, dans cette ambitieuse fresque historique, l'itinéraire singulier de ces personnalités qui, à l'image de W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore, C.L.R. James, Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, ont mis leur vie au service de la libération de l'Afrique et de l'émancipation des Noirs à travers le monde. Mêlant les voix de ces acteurs de premier plan, bientôt rejoints par quantité d'artistes, d'écrivains et de musiciens, comme Bob Marley ou Miriam Makeba, la polyphonie panafricaine s'est mise à résonner aux quatre coins du « monde noir », de New York à Monrovia, de Londres à Accra, de Kingston à Addis-Abeba.
Les mots d'ordre popularisés par les militants panafricains n'ont pas tous porté les fruits espérés. Mais, à l'heure où l'Afrique est confrontée à de nouveaux défis, le panafricanisme reste un chantier d'avenir, insiste Amzat Boukari-Yabara. Tôt ou tard, les Africains briseront les frontières géographiques et mentales qui brident encore leur liberté.

On lira ici et là ceci ....


Eddy Banaré Publication commentée | Amzat Boukari-Yabara,


1Imaginons-nous dans une librairie ; ce livre passe difficilement inaperçu : sur la couverture, l'Afrique est représentée dans un cercle, peut-être une peau de tambour ou un disque solaire ; la gamme chromatique – noir, rouge, jaune et verte – évoque tour à tour le rastafarisme, le reggae et les drapeaux du continent. Le titre – Africa Unite ! – fait référence à l'un des morceaux phares de l'album Survival1 de Bob Marley enregistré en 1979. La pochette célébrait, dans une perspective grandiose, le martyr historique de la traite transatlantique et l'éclat des indépendances africaines : le titre Survival apparait, en effet, en surimpression d'une coupe d'un navire négrier du XVIIe, donnant à voir l'entassement d'hommes et de femmes enchainés en route vers les Amériques, la bannière se trouvant au-dessus d'une mosaïque de drapeaux des nouvelles nations africaines indépendantes.

Les basses puissantes de ce classique du reggae nous reviennent en mémoire ; dans le premier couplet d'Africa Unite2, Marley chantait : « How good and how pleasant it would be / Before God and men / To see the unification of all Africans »3. Les Africains que Marley appelle à s'unir sont ceux de la diaspora (créée tant par la traite que par les migrations). Revenant au livre, nous découvrons que nous avons à faire à « Une histoire du panafricanisme » que l'auteur, l'historien Amzat Boukari-Yabara, se propose d'aborder comme « une énigme historique [dont la] date et [le] lieu diffèrent selon les critères retenus pour le définir » (p. 5). Déjà auteur d'ouvrages sur le Nigéria4 et le Mali5, Boukari-Yabara travaille à renouveler le regard sur le continent africain. La traversée proposée dans Africa Unite ! s'annonce stimulante et mouvementée ; elle emprunte les voies de la traite transatlantique puis explore la violence des colonisations et les utopies grandioses des décolonisations.


• 6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du m (...)
• 7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On pe (...)
• 8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014. Lire (...)
• 9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2013. (...)
2La nouveauté de l'approche de Boukari-Yabara réside dans le fait de prendre cette « énigme historique » c

omme point de départ où le panafricanisme tient à la fois de « concept philosophique » et de « mouvement sociopolitique » dont les actes de naissance respectifs seraient les « mouvements émancipateurs et abolitionnistes de la seconde moitié du XVIIIe » et une confluence de discours politiques anticoloniaux développés depuis l'Afrique, les Amériques et les Antilles « entre la fin du XIXe et la fin de la Seconde Guerre Mondiale » (p. 5). La lecture d' Africa Unite ! suggère que le panafricanisme est tout cela à la fois ; ce qu'Amzat Boukari-Yabara s'attache à montrer ici est un puissant mouvement en rhizome impossible à circonscrire tant historiquement que conceptuellement. On peut dire que ce livre vient combler une lacune de l'historiographie française en rappelant les contributions intellectuelles de personnalités francophones à une réalité qui a déjà été largement explorée dans les départements d'African Studies nord-américains. D'un autre point de vue, Africa Unite ! se situe dans le sillage de travaux pionniers en français : ceux des historiens Oruno D. Lara6 et Pap Ndiaye7, du sociologue Said Bouamama8 et, plus récemment, d'Achille Mbembe avec sa Critique de la raison nègre9.


• 10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a (...)
3L'approche de Boukari-Yabara est frondeuse et incisive : « pas d'histoire africaine sans histoire européenne pensait-on encore en 1960. Mais il faut aujourd'hui se rendre à l'évidence : entre Amériques, Europe et Afrique, il n'y a pas d'histoire universelle sans histoire du panafricanisme » (p. 6). On peut également trouver une dimension politique à ce travail en considérant qu'il se situe dans l'onde de choc provoquée en 2007 par le discours de Dakar dans lequel Nicolas Sarkozy, alors président, affirmait avec arrogance et sérénité que « l'homme africain n'était pas assez rentré dans l'histoire »10. Aussi, le récit historique que recompose Boukari-Yabara est-il plein de ferveur, travaillé par l'énergie du blues, du funk, du reggae et de l'afrobeat. Il permet de suivre des trajectoires individuelles et collectives, l'auteur insistant sur le fait que le panafricanisme est, avant tout, une « circulation des hommes, [une] circulation des idées [et une] une circulation des luttes » (p. 245). Trois grands chapitres structurent Africa Unite !, dont les titres reprennent les slogans qui ont scandé l'histoire du panafricanisme, donnant à voir son évolution et sa complexification du XIXe à nos jours.


4Dans ce premier chapitre, Boukari-Yabara décrit les détails d'une prise de conscience historique et transcontinentale face à la colonisation et à la traite. À partir de la fin du XVIIIe siècle, il devient évident à des groupes d'hommes que venir d'Afrique les prédestine à des rôles particuliers dans le monde : ceux d'esclave et de colonisé. Rôles qui ont précisément été créés par une Europe alors en pleine expansion coloniale dont il faut se sortir. Le chapitre couvre les débuts de l'abolitionnisme en Europe et dans les Amériques jusqu'aux mouvements pour le retour en Afrique du début des années 1930. L'historien fait se croiser les figures de Toussaint Louverture, Anténor Firmin, W.E.B. Dubois, Alioune Diop ou encore Marcus Garvey ; le panafricanisme apparait comme une accumulation de questionnements et de mises en tension.

La force du travail de Boukari-Yabara vient précisément du fait qu'il s'attache à dévoiler le panafricanisme en termes de flux de discours, de rencontres, d'alliances et de conflits. En bref, il ne cherche pas à en faire un objet monolithique, mais bien un magma d'idées et d'initiatives à la fois politiques, philosophiques et esthétiques. Le panafricanisme apparait donc à la fois comme une lente maturation et comme l'épopée d'une vaste prise de conscience qui débute dans les Amériques après les abolitions. La prise de conscience d'avoir été enlevé à une terre précède directement celle du retour en Afrique.

La question, nous montre Boukari-Yabara, gagne en intensité après l'indépendance du Libéria en 1847. Acquises en 1822 par The American Colonization Society– société philanthropique prônant le retour en Afrique – les terres du Libéria devaient permettre le retour d'esclaves affranchis sur leur continent d'origine. Le paradoxe était que ce retour en Afrique était fondé sur la doctrine coloniale, doctrine contre laquelle se sont élevées les mouvances panafricanistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Les initiatives se multiplient, mais le retour n'a rien d'une délivrance idyllique ; il s'apparente plutôt d'une série de mises en tension que l'auteur expose sans donner dans le romantisme.


5Les chapitres consacrés à la négritude de Senghor et Césaire, puis à Frantz Fanon, sont peut-être les contributions historiographiques les plus précieuses. Boukari-Yabara rappelle en effet que le mouvement de la négritude « a fondé la contestation de la domination blanche et occidentale, et il a apporté à l'intelligentsia noire une nouvelle conscience de son rôle dans l'histoire » (p. 98). Ainsi, ce mouvement autant loué que critiqué, a joué le rôle de machine critique, il a créé une vigilance nouvelle face aux discours de domination. La profusion de publication (revues, poèmes, essais, etc.) rappelle que l'impact de la négritude est d'avoir efficacement et durablement investi le terrain intellectuel à partir des années 1930, posant ainsi les bases de projets politiques pour les indépendances africaines et d'un progrès social en Guyane, Martinique, Guadeloupe et à la Réunion.
6Le troisième chapitre de l'ouvrage est hautement politique et musical. Boukari-Yabara décrit notamment l'influence de compositeurs qui, de la Caraïbe à l'Afrique, ont chanté le panafricanisme et enrichi l'esthétique musicale de nouveaux genres comme le reggae et l'afrobeat. « Le reggae est probablement la musique qui a le plus diffusé la pensée panafricaine », observe l'auteur (p. 243). Le statut d'icône mondiale de Bob Marley lui donne raison. Sur le continent africain, des artistes comme le Nigérian Fela Kuti et la Sud-Africaine Miriam Makeba ont également participé à cette diffusion. Le premier, créateur de l'afrobeat, multiplie les attaques contre les gouvernements corrompus au point de faire l'objet de menaces et d'intimidations tout le long de sa carrière. Dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, Miriam Makeba, en prenant la parole à la tribune de l'ONU en 1963, devient l'une des voix les plus respectées du panafricanisme. Sa dénonciation de la violence de l'apartheid et son appel à faire pression sur le régime lui valent le soutien de la plupart des leaders nationalistes africains. La description de la trajectoire de Thomas Sankara est un bel exemple d'une historiographie engagée et critique. Rappelant « [la] fougue et [la] lucidité étonnante » du révolutionnaire (p. 252), l'écriture de Boukari-Yabara se fait plus ardente et dénonciatrice. La traversée s'achève sur une description critique des forces en présence et pose des questions cruciales comme celle de la « recolonisation » de l'Afrique par la voie de l'ingérence occidentale dans les conflits internes et par les enjeux de contrôle sur les ressources naturelles.
7Africa Unite ! est donc une fresque impressionnante, ambitieuse et lucide qui marque un nouveau seuil dans l'historiographie française. Il met en évidence autant les singularités que les points de convergence d'initiatives politiques, esthétiques et philosophiques générées par la résistance à la traite, à la colonisation et au racisme. Mais en dévoilant la constellation de textes qui ont fait et font encore le panafricanisme (Africa Unite ! peut être considéré comme un texte panafricain), Boukari-Yabara montre également que l'humanité s'est trouvée armée d'utopies et de vigilances face aux injustices qui tissent encore notre époque.
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Notes
1 Lire cette présentation de l'album par le critique musical Lindsay Planer sur Allmusic.com : http://www.allmusic.com/album/survival-mw0000194795.
2 On peut visionner l'interprétation en live de ce titre en 1979 à Santa Barbara en Californie : https://www.youtube.com/watch?v=bZrNoFT7OTY.
3 Marley Bob, « Africa Unite », Survival, Kingston, Island/Tuff Gong, 2001, [1979].
4 Boukari-Yabara, Amzat, Nigeria, Bruxelles, De Boeck, 2013.
5 Boukari-Yabara, Amzat, Mali, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2014.
6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1999.
7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On peut en lire une recension dans la revue Gradhiva : Dominic Thomas, « Pap Ndiaye, La Condition noire. Essai sur une minorité française », Gradhiva, n° 10, 2009, disponible en ligne : http://gradhiva.revues.org/1594.
8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014.


9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahirs libres », 2013. Lire le compte rendu sur Nonfiction : Justine Cannone. « Le devenir-nègre du monde », Nonfiction, en ligne :

http://www.nonfiction.fr/article-6949-le_devenir_negre_du_monde.htm.
10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a suscité de nombreuses réactions dans la presse, mais surtout l'écriture de deux ouvrages collectifs : Gassama Makhily (dir.), L'Afrique répond à Sarkozy : contre le discours de Dakar, Paris, Philippe Rey, 2008. Lire la critique de l'ouvrage par Philippe Bernard dans Le Monde : « Des intellectuels africains en colère », Le Monde, 28/02/2008, disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/02/28/l-afrique-repond-a-sarkozy-des-intellectuels-africains-en-colere_1016843_3260.html ; Konaré Adama Ba (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy, Paris, La Découverte, Essais, 2009.


Eddy Banaré, « Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2014, mis en ligne le 11 décembre 2014, consulté le 27 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/16406


On pourra lire ceci dans l'huma


Amzat Boukari-Yabara : « Le panafricanisme est un projet d'émancipation, une vision du monde »
Rosa Moussaoui


L'aspiration panafricaine connaît aujourd'hui un nouvel élan. L'historien, qui a signé en 2014 Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme (la Découverte), en est partie prenante. Pour lui, l'unité politique du continent africain, en connexion avec ses diasporas, est la condition de son émancipation.


Comment définir le panafricanisme ? Est-ce un projet politique, un fait historique, un courant culturel ?


Amzat Boukari-Yabara Le panafricanisme est un projet politique qui s'inscrit dans un mouvement historique. C'est un projet global de libération, d'abord anti-esclavagiste, puis anticolonialiste, anticapitaliste, qui concerne spécifiquement l'Afrique et les populations de ce continent déportées vers les mondes occidentaux. C'est un projet politique qui s'enracine dans une histoire longue.
Paradoxalement, le panafricanisme n'est pas né sur le continent africain. Comment l'expliquez-vous ?


Amzat Boukari-Yabara Il a d'abord pris corps dans la diaspora, parmi les Africains déportés comme esclaves vers les Amériques. Si ce projet politique est né ailleurs, c'est qu'il est étroitement lié à une rupture dans l'histoire de l'Afrique, divisée entre ceux qui sont restés sur le continent et ceux qui ont été coupés de son histoire. C'est ce qui explique la dimension globale du panafricanisme, le fait qu'il ne soit pas ancré dans une territorialité. Ce projet politique dépasse les limites géographiques de l'Afrique, il traduit une vision du monde.


Ce projet politique et cette vision du monde se sont pourtant ancrés en Afrique, au lendemain des indépendances. Quel fut, dans ce mouvement, le rôle de personnalités comme Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana ?


Amzat Boukari-Yabara Premier chef d'État d'une nation indépendante au sud du Sahara, Kwame Nkrumah avait étudié durant dix ans aux États-Unis. De ce fait, il était considéré par les Africains-Américains comme l'un des leurs. De retour en Gold Coast (nom colonial du Ghana – NDLR), il a fait de la libération de son pays une étape pionnière de l'émergence des « États africains unis », qu'il appelait de ses vœux. Il était convaincu que les futurs États indépendants devaient se fédérer et même constituer un gouvernement continental. Il incluait, bien sûr, dans ce projet, l'Afrique du Nord, les espaces insulaires et la diaspora. Dans le combat de libération et ensuite pendant dix ans, à travers son expérience à la tête du Ghana, Kwame Nkrumah fut le premier à déployer une politique panafricaine. À l'échelle continentale mais aussi mondiale, puisqu'il a fait du Ghana une base pour les militants Africains-Américains et pour les peuples engagés dans des luttes d'indépendance. Il a porté ce désir d'unité continentale en même temps que ce soutien aux diasporas et aux mouvements de libération.


Comment l'idéal panafricain s'est-il articulé aux tentatives des pays du Sud d'organiser entre eux des solidarités ?
Amzat Boukari-Yabara À Bandoeng, en 1955, Kwame Nkrumah n'était pas personnellement présent puisque la Gold Coast n'était pas encore indépendante et qu'il entendait ménager, sur le plan diplomatique, les Britanniques et les Américains. Mais il envoie une délégation d'observateurs associés à cette conférence réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques. Dans la façon dont...

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